‹ Œuvres completesChapitre 76 sur 232 · cnw Ai>c;iE PAR i.!;s piioi'iii;rii:s. lèc · texte numérisé non relu

cnw Ai>c;iE PAR i.!;s piioi'iii;rii:s. lèc

ime. Ptolomée eiiviiy.i au secoure trois d« be» pluH habiles généraux , qui ne purent faire lever le siège. ^ eo|i;LS, pressé par la famine, lut obligé de se rendre. Aiitioelius assiégea Mi^^uile el prit Gaza. Nous avons NU sur le verset précéilciil (pi'i! enq)orta la citadcll': de Jérusalem , cl il se remlil maître de beaucoup d'autres villes , dont saint Jérôme fait réiiumi'ration d'après les historiens coiitenqiorains. Il lit en un luni dans la Célésyrie , dans la Phénicie , dans la Palestine , provinces qui appartenaient à l'empire d'E- / t'Nple , lout ce qu'il voulut, cl persumie ne fui en cl 't de lui résister. Mais la Judée où il entra , et où il allermit son autorité , soufi'rit beaucoup du long se juin- (pie ses loupes y lircnl , surtout pendant le siège de Jérusalem : et c'est ce que nous iiiar(|ue le prophète, lorsqu'il ajoute que ce prince s'urré^t'ra da.':s /(i Jtrrre (I) cé/éfcre (il désigne ainsi la Palestine), cJ qu'elle sera consumée sous sa main.

Il s'affermira (2) dans le dessein de s'emparer de tout le royaume du Midi. Il feindra d'agir de bonne foi avec hn (Ptolomée Epipliane, roi d'Efftpte). // lui donnera sa fille afin de le détruire. Mais son dessein ne réussira pas , et elle ne-sera pas pour lui. .\nlioclius voyant les Uoniains embrasser la cause de Pioloni c , animé d'ailleurs conlrc eux par Annibal el i)ar les Etoliens, forma le dessein de les alla(iuer, c<imnie on le verra dans le verset suivant. Mais il ne perdit pas de vue pour cela ses projets sur l'Egypte, qu'il voulait toujours envahir. Il prit une autre voie, pour les exécuter plus silrenunl; ce fut d'endormir Ptolomée Epiphane par la proposition d'une alliance. Il lui donna en mariage sa Olle Clcopàiie avec une riche dot, se flattant que celte princesse entrerail dans ses vues , et lui livrerait le royaume d'Egypte. .Mais celte artificicuBe polilique ne réussit pas. Les ministres i!u jeune roi d'Egypte se linrcnt toujours sur leurs gardes. Cléopàire, fille d'Anliochus et femme de Ptolomée , préféra, comme elle le devait , les iniérêls de son mari aux injustes piélentions de son père.

// tournera (5) ses efforts contre les iU-s , et en prendra plusieurs. Le prophète parle ici visiblement de l'expédition d'Anliochus dans la Grèce , où il s'empara de plusieurs îles de l'Archipel. On lit ensuite des paroles assez obscures el susceptibles de divers sens, mais qui tous expriment le nième évèn.'-menl (4). // fera cesser l'opprobre du prince , dont la honte retombera sur lui. Cessare faciet principem opprobrii sut , et opprobrium ejus convertetur in eum. On peut dire avec S. Jérôme, qu'.^ntiochus ayant été vaincu h la bataille de Magnésie par Lucius Scipion Nasica , consul romain , lit cesser la honle , dont ce général semblait être couvert avant cette victoire. Car le jieuple romain n'ayant pas une opinion aussi avantageuse de ses talents militaires que de ceux de son il ère Scipion l'Africain , refusait de lui donner la

(1) Dan. U, IG.

(2) Ibitl. 17.

(..) D.-.ii. Il, l.S.

(1) Ibid.

comuiandeiiicnl de raiiiiéc qui devait agir contre Antiochus. Il lallui que l'Africain , yar um magnanimité qui ne lui fit guère moins d'honneur que toutes ses victoires . offrît de servir sous lui dans celte guerre en qualité de son lieutenant-général. Ces soupçons injurieux furent dissipés d'une manière bien glorieuse pour Scipion Nasica. Il battit , sans le secours même de son Irère , qui était alors malade , Antiochus. Il lui imposa les conditions les plus onéreuses dans le traité qu'il le força d'accepter, et mérita le surnom d'Asiatique , comme son frère avait eu celui d'Africain. Ainsi tout l'honneur lui demeura dans cette guerre , et toute la honte retomba sur Antiochus. D'autres expliquent le texte hébreu de cette sorte. Le prince (Antiochus) fera cesser la honte dont il est cliargé , de peur (jue sa honte ne retombe sur lui. Il aurait pu continuer la guerre avec les forces qui lui restaient. Jlais après cette épreuve de la supériorité des armes romaines , il craignit avec raison que de nouvelles défaites n'augmentassent sa confusion , et que , tombant entre les mains de ces fiers ennemis , il ne fût mené à Rome pour orner le triomphe de son vainqueur. Il voulut éviter ce surcroît d'ignominie , et conserva une partie de ses étals par le sacrifice de l'autre. On peut dire enfin que l'insulte qu'.\ntiochus avait faite aux Romains par son invasion en Grèce, retomba sur lui par les mauvais succès et la conclusion honteuse de celte guerre. Tous ces sens aboutissent au même terme , et tous nous font connaître l'exactitude avec laquelle Daniel a prédit l'avenir.

// (1) reviendra dans les terres de son empire, oit il trouvera un piège. Il tombera enfin et disparaîtra pour jamais. Le prophète, à qui les principaux événements tlu règne d'Antiocbus-le-Grand ont été découverts, n'a pas ignoré la fin de ce prince. Relégué par les Romains au-delà du mont Taurus , et , chargé de leur payer un tribut exorbitant, il résolut d'aller dans les provinces les plus éloignées de son empire, et s'avança jusqu'à Suze et à Babylone, pour amasser les somn'.cs dont il avait besoin. Il apprit que dans l'Elymaide , il y avait un temple dédié à Jupiter Bélus , où l'on •onservail de grandes richesses. Il attaqua les Elyiiiéens , sous prétexte qu'ils s'étaient révoltés contre lui , mais , dans la vérité , pour piller les trésors de leur Dieu. Ces peuples, indignés de l'injustice qu'il leur faisait et de la déprédation de leur temple , s'armèrent contre lui et le massacrèrent avec ses troupes. C'est ainsi que la plupart des historiens racontent sa mort. Un seul le fait mourir d'une manière différente, mais toujours imprévue et tragique.

Antiochus-le-Grand eut deux fils qui lui succédèrent l'un après l'autre , Sélcucus Philopator et Antiochus Epiphane. Le prophète les désigne tous deux en peu Je paroles. Il attribue au premier trois caractères qui iedistinguent parfaitement : ses inclinations, la brièveté de son règne, le genre de sa mori . Séleucus, prince

li) Dan. 11, 19.

sans courage, ne fit rien de remarquable pendant son règne. Il ne travailla point à se relever de l'abaissement où les Romains avaient réduit son père. Uniquement occupé à chercher les mille talents , subside annuel qu'il devait leur payer, son goût se trouva d'accord avec ses besoins. C'est lui qui envoya (1) Héliodore à Jérusalem, pour enlever les trésors, dont il croyait que le temple de cette ville étail rempli. Ce même Héliodore , le ministre de son avarice, fut l'auteur de sa mort. Il lui donna du poison la douzième année de son règne, et abrégea ainsi un régne obscur et méprisé. C'est donc avec raison que Daniel, parlant de Séleucus Philopator, dit (2) qu'wn itomme très-misérable et indigne du nom de roi prendra sa place (d'Antiochus-le-Grand), et qu'il périra ea peu de jours, non d'une mort viuiente , ni datis un combat. Et in paucis diebus conteretur, non in furore nec in prœlio. Peu de jours signifie également, selon la force do mol hébreu , peu d'années ; et il s'agit clairement en cet endroit d'un espace de temps court en lui-même, et qui devait être naturellement plus long. Le terme conteretur, il périra , exclut une mort ordinaire , suite d'une maladie naturelle ou d'une vieillesse avancée. Séleucus mourut empoisonné. Mais l'expression de Daniel n'en est pas moins exacte, lorsqu'il dit que ce prince ne périra point par le fer des meurtriers dans une conspiration ou par celui de ses ennemis dans un combat. iVon in furore nec in prœlio, par où il oppose sa mort à celle de son père Antiochus-le-Grand , qui fut enveloppé dans le massacre que les Elymcens firent de ses troupes , ou , selon d'autres, fut assassiné par ses propres oflieiers , qu'il avait battus dans un moment d'ivresse.

Nous voici enfin arrivés aux prédictions de Daniel sur Antiochus Epiphane, qui remplissent toute la suite du chapitre onzième de sa prophétie. H annonce d'abord l'avénemenl de ce prince à la couronne (5). Un liomm.e méprisé prendra sa place (de Séleucus Philopator). Toute la suite des actions d'.\nliochus Epiphane prouve combien il était digne de mépris. Sans parler de ses affreuses débauches , dont il ne craignait point, par une imprudence inouïe , de rendre le public témoin ; il n'est pas de bassesses nj d'extravagances par lesquelles il n'ait déshonoré dans sa personne le caractère de la royauté. Aussi ses propres sujets changeaient-ils le surnom qu'il avait pris d'/îp/p/iane, ou d'illustre, en celui lïÉpimane, qui veut (lire furieux ou insensé.

0)1 ne lui donnera pas les honneurs de la royauté (4). H viendra en secret et occupera le royaume frauduleusement. Antiochus Epiphane avait été envoyé à Rome on otage par son père , Antiochus-le-Grand. Séleucus Philopator, son frère, méditant quelque entreprise dont il le croyait plus capable que lui à cause de son éducation à Rome , l'en fil revenir, et donna en sa,

(i) 2Machab. 5.

(2) Dan. 11,20.

(3) Dan-, 11,21.

78'J l'AUr. I\ lia 01,. lAKl-t.i.— l.l.MULULl |ilaiv puur Ma'ie aux ttiiiiiiiiiw «un propre lil:) Ik-mc- Irius. Kpiplijiif i-lail arrive à AlluMios, i|uaii>t il appui U mon de suii frère Scleucus. Il se lilli de venir en Syrie, où, par le secours d'AUale cl d'Euinène», rois de l'ergame, il chassa l'usurpati-ui Iléliodore, ineiiririer de son frère , dissipa le p.>rli de IHoloinée , ro d^-i!vple, qui prétendait au royaiime de Syrie , <li chef de Cleopiire, sa miire, et se lit reconnaître ro par les Syriens , dont il gagna les corurs par des de hors de cKnience et d'airabilité qu'd soutint mal dans la suite. Il est donc vrai, connue l»aniel l'avait prédit, qu'il n'ohiint pas d'.dvird les honneurs de la royauté, qui ne lui étaient pas dus , mai'^ qui appartenaient à son neveu Démétrius , légitime héritier du trône , et qu'il n'y inonla que par son arrivée imprévue dans la Syrie, et par l'illusion qu'il lit aux Syriens. Pion trihuetur et honor reijius. Et veniet clam, et obliiiebil rcymtm in fraudulenlià.

Les (I) bras de eeitx qui auront eomballu contre lia sfroni abattus en sa présence et brisés , comme aussi le iheftle ce parti, .\ntiochus Epiphanc, en paraissant tout à coup dans la Syrie avec les forces d'Atiale et d'Kuinènes , déconcerta tous les desseins de ceux qui voulaient l'exclure de la couronne. Ce chef de parti abattu en sa présence est llcliodore, vaincu avec tous les rebelles , fauteurs de son usurpation , ou , si l'on veut, Ploloinée Philométor, roi d'Éi;ypte , qui avait aussi SCS partisans, el dont la mère Cléopàtre, (ille d'Antioclius-le-Grand , faisait valoir pendant son enfance k'S droits sur le royaume de Syrie. Ce parti fut bienlot détruit , comme celui d'Iléliodore , et l'on va voir qu'Aniiochus Epiphane fit repentir l'Égypie des obstacles qu'elle avait mis à son clcvalion sur le trône de Syrie.

Daniel entre ensuite dans le détail de toutes les expéditions d'Antiochus Epiphane contre l'Egypte. Nous ne le suivrons pas dans ce détail, qui pourrait ennuyer quelques lecteurs après tout ce qu'on vient de lire. Il nous suflil de remarquer dans le discours du prophète les circonstances les plus singulières de ces expéditions.

1° Il est dit qu'Antiochus Epiphane (1) fera dans l'Egypte ce que ses ancêtres n'avaient jamais pu faire. Ses prédécesseurs, dans le fort de leurs succès contre l'empire égyptien, n'avaient pu s'emparer que des provinces voisines, comraede la Célésyrie, de la Palestine, de la Phénicie , et, s'ils avaient pénétré jusqu'aux frontières d'Égypie, ils en avaient été repoussés. Mais Epiphane franchit cette barrière qui avait toujours arrêté ses aïeux. I prit Péluse, place forte, qui était la clé de l'Égypie par sa situation. Il s'avança dans le cœur du royaume , dont presque louies les villes lui ouvrirent leurs portes, à la réserve d'Alexandrie. IHolomée Philomélor, roi d'Égjpte, ou tomba, ou se remit lui-même entre les mains de son oncle Aniiochus. L'empire des Lagides était à deux doigts de sa ruine, et, après avoir long-temps balancé la puissance

(1) D.in. 11,22.

(2; Dan. 11, 21.

m. LUNNAIM Ll. lAK I.I.S l'KOl'lll. I1I,>. V'.tO des Scleucides, après l'avoir quelc|ucfois humiliée, il eiiur.iit riiqui' d'en devenir la proie.

i" Daniel prciphetiseque les i/fUJ roi» (celui du midi et celui du nord) uiiroiif le cœur attentif à le faire du mal l'un à l'autre. Qu'étant assit à la même table, Ht diront des paroles de mensonge, et qu'ils ne réussiront point. .\ntio<luis avait toujours cherché .'i ttiimpir Ptolomée Pliiloinetor. Il conservait avec lui les dehors de l'amitié , dans le temps qu'il se préparait à la première guerre qu'il lui déclara. Quand ce jeune prince fut couronné à .Memphis, il envoya un de ses (irinci- )iau\ olliciers à cette cérémonie. .Mais , peu de temps après, il assembla ses iroiipes et s'avança jusqu'à Joppé. C'est ce que Daniel avait dit auparavant (2) : // fera amitié avec lui , et ensuite le trompera et montera vers l'Egypte. Depuisqu'.\ntii>chusfutmaitre de la personne de Ptolomée, il feignit dans Icscommencciiients de le traiter comme son neveu et son pupille. Il ne prenait dans l'Egypte que la qualité de tuteur de ce prince el de régent du royaume. Sous ce prétexte, il s'enrichissait des dépouilles de ce pays qu'il ruinait ci qu'il opprimait. C'est encore ce que Daniel avait annoncé. Ceux qui (2) mangeront avec lui le ruineront (Ptolomée Philoiaélor), son armée sera accablée et plusieurs des siens seront mis à mort. Apiès que les Alexandrins , indignés de la faiblesse de Ptolomée Philomélor, qui s'était livré à son ennemi, eurent mis sur le trône Ptolomée Evergète, son frère, Antiochus recommença une nouvelle guerre dans le dessein, disait-il toujours , de rétablir Philomélor , mais plutôt pour achever la ruine de l'Egypte par ces divisions intestines. Celui-ci s'aperçut enfin du piège que lui tendait Antiochus. 11 se convainquit de sa mauvaise volonté, lorsqu'il vit, qu'au lieu de lui restituer tout ce qu'il avait conquis en Egypte, il se réservait Péluse, qui lui en ouvrait l'entrée. 11 pensa dès ce moment à se séparer de ce dangereux allié, et à se réconcilier avce son frère Évergèie , pour tourner de concert leurs forces contre leur ennemi commun. Plein de celte idée, il usa de la même dissimulation avec Antiochus, que celui-ci employait avec lui. Ces deu.v princes mangeaient à la même table, comjiie Daniel l'avait annoncé ; conservant au fond de leur cœur une haine envenimée l'un contre l'autre. Les démonstrations de tendresse qu'ils se donnaient réciproquement étaient pleines de mensonge. Aucun d'eux cependant ne réussit : ni Philomélor à délivrer entièrement son royaume des armes et de la domination d' .Antiochus, le roi de Syrieyreiint alors Péluse et porta encore une fois les horreurs de la guerre au milieu de l'Egypte , ni .Antiochus à engager Philomélor dans une guerre contre Évergèle, qui eut élé funeste à la race des Lagides; les deux frères, s'élanl réunis, régnèrent paisiblement ensemble.

5° La circonstance la plus surprenante que Daiii<'l ait prédite dans les guerres d'Anliochus Epiphane, c'cat la cause du malheureux succès qu'eut sa dernière cxpé-

(1) Dan. 11,23.

(2) Ibid.. n

VOl ŒUVRES COMPLETES DE

lîition contre l'Egypte. Il retournera, d'ii-W , quelque (1) temps après et reviendra vers le midi. Mais ce dernier voyage ne ressemblera pas au premier. D'où viendra cette diflcrence? Les Egyptiens tant de fois vaincus par les S)(iens, reniporleront-ils à leur tour quelque vie toire éclatante, qui forcera Antioclius de rentrer dan. ses états ? Non , il ne rencontrera que des Romains (2) tenus sur des galères, qui, sans autre appareil dt gtierre que leur présence, sans autres armes que leurs discours, abattront son orgueil , el arracheront de ses mains la proie qu'il était sur le point d'engloutir. Des Romains viendront contre lui sur des galères. Il sera percé de douleurs et s'en retournera. On lit dans le texte original le terme Cciliim que notre Vulgate a traduit par les Romains. Nous avons déjà justifié cette traduction dans le premier chapitre de cette partie. Un événement célèbre dans l'histoire prouve combien elle est fidèle dans l'endroit que nous examinons.

Ptolomée Ëvergète el Cléopâtre, sa sdeur, pressés dans Alexandrie , dont Antiochus Épiphane faisait le siège , avaient imploré la protection du sénat et du peuple romain. Trois ambassadeurs étaient partis de Jïome, pour ordonner aux rois d'Egypte et de Syrie une suspension d'armes, jusqu'à ce que la république eût terminé leurs différends par sa médiatif.n. Ces ambassadeurs débarquèrent à Alexandrie , d.ins le temps quo les deux frères , Philoraétor et Évorj;ète , s'élant réconciliés, Antiochus leur faisait ouvertement la gtierre , el ne déguisait plus ses projets ambitieux sous le voile d'un feint attachement pour Philométor. Il n'était plus qu'à sept mille d'Alexandrie , lorsque l'ambassade romaine vint à sa rencontre. Popilius Léiias en était le chef , et Antiochus l'avait connu par ticulicremcnt à Rome. Il ne l'eut pas plus tôt aperçu , qu'il lui lendit la main en signe d'amitié. Mais Popilius , avant que de répondre à cette civilité , voulut savoir ses intentions sur le décret du sénat qu'il lui présenta. Antiochus, après l'avoir lu, répondit qu'il en délibérerait avec ses amis. La (ierté romaine fut offensée qu'un roi victorieux et à la tète d'une puissante armée , hésitât quelques moments s'il obéirait au sénat. Popilius avec une baguette qu'il tenait à la main, traça sur le sable un cercle autour d'Antiochus, et le somma de s'expliquer sur le décret du sénat, avant que de sortir de ce cercle. Ce prince intimidé d'une action si hardie , et plus encore des forces d'une république, dont les ambassadeurs parlaient avec tant de hauteur , répondit qu'il ferait tout ce que le sénat exigeait. En conséquence Antiochus évacua toutes les places qu'il occupait en Egypte , et reprit avec ses troupes la route de Syrie. On conçoit sans peine la iionte et le dépit que lui laissa cette retraite forcée. Daniel ajoute qu'il déchargea son (3) indignation contre l'alliance du sanctuaire, et c'est ici la plus importante de ses prédictions sur Antiochus Épiphane.

(1) Dan. 11, i'X h) Ibid., 50.

l5) Dan. H, 30.

Le ijrophètc a représenté aillc-urs ce prince comme persécuteur du peuple juif et de la religion du vrai Dieu. On a vu Alexandre-le-Grand et l'empire des Grecs désigné sous la figure d'un bouc , qui touchait à peine la terre , et par sa victoire sur le bélier , avait renversé l'empire des Perses. La grande corne du bouc ayant été rompue oar la mort d'Alexandre, il s'en était formé quatre autres au-dessous de cellelà, vers les quatre vents du ciel , ce qui marquait , ne- Ion l'explication de cette figure donnée à Daniel , les quatre royaumes à l'orient, à l'occident, au midi, au septentrion , fondés par des Macédoniens capitaines d'Alexandre , mais inférieurs à ce prince en gloire et en puissance. De l'une de ces quatre cornes (1), continue Daniel, il en sortit une petite qui s'aggrandit contre le midi , contre l'orient et contre la force : elle s'éleva jusqu'à l'armée du ciel , el elle en fit tomber plusieurs de ceux qui étaient comme des étoiles , et les foula aux pieds. Elle s'éleva même jusqu'au prince de cette armée. Elle lui ravit son sacrifice perpétuel, et déshonora le lieu de son sanctuaire. La puissance lui a été donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des péchés des hommes ; et la vérité sera renversée sur la terre. Elle fera tout ce qu'elle voudra. Et réussira dans ses entreprises... Et après deux mille trois cents jours , le sanctuaire sera purifié. L'ange Gabriel fut chargé de développer à Daniel le sens de cette mystérieuse représentation (2). Après le règne des quatre successeurs d'Alexandre. // s'élèvera un roi qui aura l'impudence sur le front et qui entendra les propositions tes plus obscures. Antiochus Épiphane est d'abord dépeint par des traits qui le caractérisent. Son effronterie dans les actioiiS les plus honteuses et son habileté dans les ruses de la politique. Voilà cette petite corne née d'une des quatre formées au-dessous de la grande corne du bouc. Antiochus Épiphane descendait de Séleucus Nicator, l'un des quatre successeurs d'Alexandre. L'empire de Syrie était bien diminué, lorsr qu'il y parvint ; et il n'augmenta sa puissance et ses richesses que par les guerres qu'il fit au midi contre l'Egypte, à l'orient contre Artaxias roi d'Arménie qu'il vainquit, et contre la force, c'est-à-dire contre le peupie Juif, dont Dieu était le protecteur et la force. Sa puissance s'établira , mais non par ses forces, C'est ce qui a déjà été dit que la puissance lui a été donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des péchés des honmtes, et qu'il s'élèvera , lorsque les iniquités seront accrues. Antiochus ne dut pas à sa valeur ses succès contre les Juifs , mais uniquement aux péchés de ce peuple, que Dieu voulait punir. L'ange Gabriel achève la ressemblance de cette petite corne, montrée à Daniel, avec Antiochus Épiphane , en prédisant (3) les cruautés , les perfidies , les prospérités de ce prince contre les Juifs , son orgueil et son impiété contre Dieu, el enfin sa mort où la main des hommes n'auiA aucune part. Et sine maint conteretur.

(l)Dan. 8, 9, 10,11, 13, IL

(2) Dan. 8, 23.

(3) Dan. 8, 2^, 33.

*93 l'.VUT. IX. ilItOL. LXttitT. LiNCIlEDL Toulit len circoiikUiicos do la iM'j-M'CUtiuii il'Aullocl>tb> simt (U'crites avec plus il'oUMiJue iluii& lu cbj|iilrf uazioiiif Je la |iri>|)li('lii- do lijiiii'l.

1" Il amioiu'c lo uiDlif, li- loimiioiniiiiout , fl Ks li-iTÏbli-s cUi'ls Jo Miii aiiiiiiosito cuntru les Juifs. Il veiuil tic parler de l'expédition d'Anlioclius dans rEi;y|ileoù voulant amuser Pluloniée l'Iiilouictor , et cuuilMtlaiil ouvi'rU'iiii'iil Evergcle suii frère , il avait assiège Ale&autlrie. 11 ajoute (|ue \l), retournant dans son pays av^c Je yraiiJes riehenes, son cutur se déclarera contre Caltiance sainte, qu'il fera beaucoup de ma'.Lt, et rentrera dans ses Etats. Le bruit de sa mort b'elait répandu peiidaut le sie^e d' Vlexaiidrie. On accusa les Juifs d'en avoir léinnigué de la joie, bans le même temiis le traître Jason, qui avait supplanté Unias le véritable pontife, en achetant d'.\ntiocbus la souveraine sacrilicaiure, s'élani préscnié .'i Jérusalem en fut repousse , Anlioelius irrité contre les Juifs entra dans leur pays, avant que de retourner à .\nliocbc. Il prit Jérusalem et la traita comme une ville rebelle et emportée d'assaut. Quarante mille do ses li.ibiianis furent passés au Cl de l'épée, et il y en eut autant de vendus dans l'espace de trois joure. 11 monta ensuite au temple, le souilla, et en lira les vases , les trésors, les ornements précieux , dont la valeur se portait à dix-buit cents talents (cinq millions quatre cent mille livres.) Ce fut le prélude et comme l'essai de ses fureurs contre le peuple Juif au retour de son dernier voyage en Egypte , dont il lut bonteusemenl cbassé par les trois ambassadeurs romains. Outré de cet affront , il s'en vengea sur Jérusalem. Il détacha vingt-deux mille hommes de son armée sous la coni^uite d'Apollonius avec ordre de tuer tous les hommes eu âge de porter les armfs , et de vendre les femmes et les enfants. Apollonius arrivé à Jérusalem garda un profond secret sur les ordres qu'il avait reçus. Il attendit que dans un jour de sabbat les citoyens de celle ville s'assemblassent au temple. Alors il lâcha contre eux ses soldais , qui égorgèrent impitoyablement tous les hommes. Il mit le feu en plusieurs endroits de la ville en abattit les murailles, et emmena captifs les femmes et les enfants. C'est ce que Daniel avait prédit (2). // sera abattu, en abandonnant l'Égypie par l'ordre des Romains , et sa fureur retombera sur l'alliance du sanctuaire.

2° C'était peu pour Antiochus d'avoir dépeuplé Jérusalem, d'avoir consumé par le feu une partie de ses édifices, et de l'avoir inondée de sang. Il en voulait au culte du vrai Dieu. Il publia une ordonnance qui enjoignait à tous ses sujets d'abjurer la religion et les cérémonies de leurs ancêtres , et d'adorer les mêmes dieux que le roi , en leiu- offrant les mêmes sacritices. Pour faire exécuter celte ordonnance , qui regardait principalement les Juifs, quoique conçue en termes généraux, il envoya en Judée des officiers, qui profanèrent le temple , y firent cesser le culte du Seigneur, et le dédièrent à Jupiter Olympien. Daniel

(1) Dan. H, 28.

(i\\)an. 11,50.

LITK CO.NV.VINCtL l'AU LES l'UOI'IIETIES. 'iO\ avait annoncé toutes ces horreur» (I). Des hommes puiisanls viendront de sa part , qui touilleront te taitctuaire dit Dieu fort , en àterunt le tacri/ice perpétuel , (|ui s'y ollrait tous les jours loir i-i matin , et y placeront l'abomination de la désolation.

3° Les ulliciers d'Antioclius avaient ordre J'cni' ployer les caresses, les menaces et les violences, pour engager le» Juifs i renoncer à leur religion, à saci ilicr aux Idoles et à manger des viandes (|ui leur étaient innuolées. Lui-même s'élant rendu à Jérusalem , mil tous ces moyens en œuvre , pour séduire et pour pervertir les Juifs. Ils réussirent sur plusieurs d'enlre eux , qui gagnés ou intimidés se conformèrent à son ordonnance. Le prophète avait déjà parlé de ces éloiles qu'.\ntiochus devait faire tomber du ciel, pour les (â) fouler aux pieds, par où II marquait la chute déplorable des Juifs et des prêtres même, que la persécution d' Antiochus devait enlranicr dans l'apostasie. Il ajoute ici que (5) tes impies contre Vulliance useront de déguisements. Quelle dissimulation jjIus criminelle que d'abandonder la vraie religion contre les lumières et le cri de sa conscience, ou de croire remplir tout ce qu'on lui doit , en lui réservant l'hommage secret de son cœur, et en prêtant sa langue et sa main à un culte faux et impie. C'est ainsi qu'apostasièrent alors les Juifs infidèles. L'histoire nous l'apprend d'un grand nombre ; et il n'y a pas d'apparence qu'aucun d'eux ait préféré sincèrement le culte de Jujijier Olympien à celui du vrai Dieu.

4^ Mais (4), poursuit le prophète, te peuple qui connaîtra Dieu, s'atlacliera fortement à la toi, et fera ce qu'elle ordonne. Eléazar plus instruit et plus religieux que ces apostats rejeta le lâche déguisemenl qu'on lui proposait, pour conserver sa vie , en paraissant obéir aux ordres du roi. Les sep.t frères Machabées et leur admirable mère confessèrent avec le même courage leur foi devant Antiochus. Combien d'autres, dont l'histoire ne nous a pas transmis les noms , imitèrent ces généreux exemples (5) ? Ils seront tourmentés par Cépée, par le feu, par la captivité, par des brigandages qui dureront plusieurs jours. Personne n'ignore les supplices de toute espèce, qu'Aniiochus fit souffrir aux Juifs inébranlables dans leur religion.

5° Daniel qui avait déjà (6) prédit que la persécution d' Antiochus ne durerait qu'un certain temps , après leqael te sanctuaire serait purifié, explique ici la manière dont celte révolution devait arriver. Lorsqu'ils seront (7) tombés (les uns par leur apostasie , les autres par leur mort héroïque au milieu des tourments), ils se relèveront par un petit secours. Kien de plus faible dans ses commencements que le parti de .Matthaiias et de ses enfants , qui donnèrent auH

(l)Dan.

-2) Dan.

(3) Dan.

(i) Dan.

(5) Dan.

Il, 33

(G) Dan.

urA

Juifs opprimés le signal d'une courageuse résistance. Ils se réfugièrent d'abord avec ceux qui se joignirenl à eux dans des lieux écarlés , et sur des montagnes. .*.près même que Judas Machabée, fils de Matthatias, eut commencé à tenir la campagne avec des troupes réglées , ses plus fories armées ne passèrent pas le nombre de dix mille hommes. Ce fui avec cette poignée de soldats qu'il battit tous les généraux d'Anlioclius, et Lysias lui-même, à qui ce prince avait confié , en panant pour la Perse , le gouvernement de ses provinces on deçà de l'Euphrale , et l'éducation de son fils. Lysias était cnlré en Judée avec soixante mille hommes d'infanterie, et cinq mille de cavalerie. Jada profila de celte vidoire cl de la luiie de ses ennemis, pour purifier le temple el le sanctuaire, dont la profanation avait duré six ans el demi, espace marqué par Daniel (1) sous le nombre de deux mille trois cents jours. Les paroles qui suivent celles que nous venons d'expliquer sont divcrsemenl inierprélées, et applicabunlur eis pliirinii fraudulenter (2). Les uns, les prenant en bonne pari, y voient les premiers Juifs qui se joignirenl à .Matthatias secrètement el à petit bruit. Les autres les entendent dans un sens contraire des Juifs qui servaient dans l'armée de Judas .Machabée , sans un véritable aiiachemenl à ta loi de Dieu , tels qu'étaient ceux (3) à qui l'on trouva sous leurs habits des dons offerts aux idoles, qu'ils avaient emportés du leniple de Jamnia, ou ceux (4) qui, par un motif de jalousie el de vaine gloire, combattirent contre l'ordre de Judas, et furent dél'ails par les Syriens.

G" Daniel, en décrivant la persécution d'Aniiochus, ajoute de nouveaux traits a son caractère. Il prédit qu'i7 (5) sera possédé de la passion des femmes. Les dérèglements de ce prince sont assez connus , il ne respectait aucune bienséance. Marchant avec pompe dans sa capitale, il fil porter dans des chaises à pieds d'or quatre-vingt de ses femmes, el cinq cents autres dans des chaises à [liods d'argent. 11 donna deux villes de la Cilicic à deux de ces concubines. Lcj habitants de CCS villes se croyant déshonorés , en devenant le salaire du crime , se révoltèreni contre Antiochus , qui fut obligé de marcher en personne pou? les réduire. // ne se {6} souciera d'aucune divinité , et s'élèvera contre toutes ctioses. On reconnaît ici l'impiété d'Aniiochus qui tournait en ridicule toutes les religions, et méprisait au fond de son âme les dieux même qu'il paraissait honorer, puisqu'il ne se faisait point scrupule de piller leurs leniples, el d'en employer les dépouilles dans les profusions les plus vaines et les plus insensées. Il voulait néanmoins que tous ses sujets oubliant leur ancienne religion , sacrifiassent au même Dieu que lui, c'est-à-dire à Jupi-

(!)Dan. 8, 11.

(2) Dan. 11, ôi.

(5 3Mach. li , -10.

(1 2 Mach. 5, CO.

(5. Dan. 11,37.

(6iDan. lî,57.

LEhRANC DE POMPIGN.'LN. 796

ter Olympien dont il avait placé la statue dans le temple de Jérusalem , et dont il avait en quelque sorte fortifié le culte, en bâtissant auprès de ce temple une citadelle qui commandait Jérusalem el tenait en bride les Juifs.

C'est ce qui forme une difficulté , dont la solution partage les interprètes. Daniel assure qu'Anliochus (1; ne fera aucun cas du Dieu de ses pères , qu'il honorera le dieu de ses forteresses (car c'est ce que signifie le terme hébreu, Maozim, que notre Vulgate a conservé), ii;i dieu que ses pères ont ignoré et qu'il, bâtira des forteresses pour le culte de ce dieu étranger qu'il a connu. Peut-on dire qu'en adorant Jupiter 01yni|)ien, .4ntiochus ail témoigné du mépris pour le Dieu de ses pères, qui avaient adoré le même Jupiter? Celle divinité était-elle étrangère el inconnue aux ancêtres de ce prince? L'auteur de la prophétie, que nous expliquons , a trop bien connu Antiochus de l'aveu même de Porphyre, pour qu'on puisse lui reprocher de s'être trompé dans celle unique circonstance , après avoir rencontré si juste dans beaucoup d'autres plus diflîciles à découvrir. Ainsi la vérité des expressions de Daniel est indépendante des explications qu'on peut leur donner. Le champ est ouvert aux conjectures des interprètes. Mais je n'en ai point trouTé jusqu'ici de plus ingénieuse ni de plus solide que celle du P. Tournemine dans la douzième dissertation chronologique insérée à la fin du second volume de son édition de Ménochius. Ce savant Jésuite prétend , el il en apporte des preuves irès-plausibles, que les Macédoniens ainsi que les Spartiates , et plusieurs autres peuples de la Grèce el de l'Asie, étaient Amalécitcs d'origine. On sail qu'.\malec descendait d'Ésaii, fils d'Isaac el pelit-fils d'Abraham. Selon ce senlimenl, Antiochus de race Macédonienne , méprisait le Dieu de ses pères, en souillant le sanctuaire, et en abrogeant le culte du Dieu que les Israélites adoraient. Ce Jupiter Olympien , dont il plaçait la statue dans le temple de Jérusalem, el dont il entourait l'autel d'une forte citadelle , était une divinité étrangère et inconnue aux premiers ancêtres des Macédoniens, Ésaû , Isaac et Abraham.

Les prédictions de Daniel sur Antiochus Épiphane finissent par les circonstances de sa mort. // sera (2) troublé par les nouvelles qui lui viendront de l'orient et de l'aquilon. Antiochus fui troublé par les avis qu'il reçut des irouvemenls excités dans les provinces de son empire situées à l'orient, et de la révolte d'.\rtaiias roi d'Arménie au septentrion. Obligé alors de faire face de tous côtés , il partagea ses forces, et en donna la moitié à Lysias, qu'il envoya dans la Judée avec ordre d'y mettre tout à feu et à sang. Nous avons vu quel fut le succès de celle expédition de Lysias. Pour lui avec l'autre moitié de ses forces, il passa l'Euphrate dans le dessein de punir les rebelles , et de ravager leur pays (3). /( viendra avec de grandet

(1) Dan. Il, 37, 58.

(2) Dan. il, il.

(3) Pan. '1. 4i.

797 l'.UlT. I\. lllhUL. tM:Ui:T. l.l.NCULlil lro:t(>et pjur penlre IduI ttpoiir (aire un grand carnage. I>uiiiol nous uppriMul i|Ui' dan» cilti' f\|ii'diliuii, AnliiK'liu» (l) ••unifia (Ijus un lii-u qu'il aiiiifllc Ajiaiino entre ici deux mers, tur une montagne (|u'il nomme iitiiite et (élèbre , ou selon l'hibrou sur lu luonla^nc sjinle de Zabi. Quel esl ce lieu d'Ap;idno enlre les deuv mers, et celle monla^ne sainle de Zabi? Nous l'inr.orons, cl le peu de luniii^ies iiui nous reste sur la géographie ancieni.'o, ne nous permet pas de la découvrir. Mais Porphyre, îi (|iii celle (jc'ographie n'élail y^as inconnue, et qui avait lu beaucoup d'historiens que nous n'avons plus , applicpiait lui-nicme ces paroles à lu dernière expédition d'Aiiliochus Épiphane au-delà de l'Euplirate. Kt dans les paroles suivantes, i) reconnaissait également les paroles de ce prince (2). £■/ // vieniira jusqu'au sommet de celle montagne cl personne ne lui donnera du secours. Polybe assure (3) qu'Antiochus mourut sur la monlngne de Taba, dont le nom est assez conlcrme à celui de Zabi par le rapport lies deux lettres liébraûiues qui les coninicncent l'un et l'autre, il est dit au second livre des .Maeliabéesqu'i7(i)moiirH; misérablement dans les montagnes.

Je ne raconte point ici la mort d'Aniioclius si fameuse par l'impression manifeste de la puissance divine, et par l'inulile repentir (pie lui arracha co terrible chàlimenl. On voit avec quelle vérité Daniel a prédit que personne ne lui donnerait du secours dans une maladie au-dessus des remèdes humains. Et nemo auiitiabitur ei (5). Et que la main des hommes n'aurait point de part à un événement où celle de Dieu se rendrait si visible, que le prince qu'elle frapperait , serait forcé , malgré son orgueil impie , de l'avouer (C). Et sine manu conteretur.

Combien est évident le rapport de toutes ces prophéties avec les événcnienls , puisque Porphyre se faisait de celte évidence même un titre pour autoriser son incrédulité. Il avait pris soin de rassembler tous les témoignages des historiens , dont les ouvrages lie subsistent plus aujourd'hui en grande partie , et il prouvait par ces témoignages que tout ce qui est dit dans le chapitre onzième de Daniel sur les royaumes d'Egypte et de Syrie est exactement conforme à tout ce qu'en écrit l'histoire. 11 concluait de cette conformité, que ce chapitre, et même lout le livre de Daniel, est moins une prophétie des choses futures , qu'une relation de ce qui s'était déjà passé ; et que l'auteur de ce livre , loin d'être Daniel ministre et favori des rois de Bahylone, a été un juif contemporain d'Anliochus Epiphane et des -Machabées, Renversons ce raisonnement sur PorphyTB et sur les incrédules qui voudront le copier. Vous reconnaissez , leur dironsnous, la vérité historique de tout ce qu'on lit dans le livre qui porte le nom de Daniel. Or ce livre lui aj)-

(l)Dan. 11, i".

(2 Dan. il, -iS.

(3) Polyb. in expert. Vales. |k 1 i.i.

(i) 4 Mach. 9, -28.

(si Dan. 11,45.

(o) Dan. 8, 5.

1111. m>S vl.Nt.Ll. l'Ail 1.1 ^ l'UUl'IllTlKS. 7J8 partienl inroMtesiableiiKMil. Il est d'une date beaucoup plus aneieniK' (jue le lemps des Macliabée». C'est ce qui a ele déjà démontre dans le chapitre troisième de cette première partie. Donc ce livre est propliéti(iue ; et plus vous y remarquez de conformité avec les événenn'uls , plus vous élahlissez la lumière divino dont l'auteur a clé éclaire.

Kn réunissant cet aveu de Porphyre , qui d'ailleurs n'était pas nécessaire , avec un fait que les incrédules ne ponvent nier que par la plus aveugle obstination , (|ui n'admirera des pro|)hélies aussi précises, aussi délaillées (pie cell(»s (ju'on vient de lire? C'est le caractère de Daniel plus clair et plus étendu que les autres prophètes. Mais il s'est surpassé dans la prédiction des principaux événements ipii devaient arriver aux rois d'Egypte et de Syrie, il décrit sans interruption leurs généalogies et l'ordre de leurs successeurs durant six à sept règnes consécutifs. 11 voit qu'à Ptolomée Sotcr, le premier des Lagidcs et fondateur de l'empire d'Egypte, doit succéder Ptolomée Pliiladelphe, son lils, à celui-ci Ptolomée Évergète premier, à cet Évergète Philopator , à Philopator ï]pi[)hane , à Epiphane Philométor , qui , ayant commencé de régner seul , fut oblige de i)ariager la couronne avec son frère Ptolomée Évergète second. Dans la Syrie , i! passe de Séleucus Nicalor, la tige des Séleucidcs, à son petit-fils Aniiochus Tbéus, ou la dieu, qui entra le premier en guerre avec l'Egypic ; d'Antiochus Théus à son fils Séleucus Callinicus , de celui-ci à ses deux fils , qui se succédèrent l'un après l'autre , Séleucus Céraunus, et .\niiocbus-le-Grand ; de cet Aniiochus A Séleucus Philopator l'aîné de ses enfants , qui fut remplacé par Aniiochus Epiphane, son frère. Il désigne ces différents rois par leurs guerres mutuelles, par leurs victoires, ou par lours défaites , par leurs traités , par leurs mariages , par leurs qualités personnelles , par des circonstances particulières de leur vie et de leur mort. Un témoin oculaire ne parlerait pas avec plus d'assurance. Beaucoup d'historiens ne se croiraient pas obligés d'entrer dans les mêmes détails. Voilà ce qui a été prédit trois sièck^s avant les événements. Avons-nous trompé les incrédules, quand nous leur avons promis une preuve convaincante et démonstrative dans les prophéties? En vain allégueraient-ils que S. Jér(jme, ïhéodorel et plusieurs autres interprètes ont attribué à l'Antéchrist les prédictions que nous avons expliquées d'.\ntiochus Epiphane. Celle difficulté , si elle était solide, regarderait uniquement ces prédictions ; toutes celles qui ont rapport aux rois de Syrie, prédécesseurs de ce'prince, et aux rois d'Egypte demeureraient en leur entier. C'en serait assez pour la conviction des incrédules. Mais S. Jérôme nous apprend lui^ même quel est son sentiment et celui des autres Pères sur ces prophéties. Il cherche moins à en exclure Aniiochus Epiphane, qu'à y placer l'Antéchrist, dont Aniiochus a été le type et la figure (1) : Jésus-Christ,

(!)• Siciit ijilur Salvator habet Salonioneni et cœle- 5^05 saïKlds in Ijpum advenUls sui, sic et Aiilichristu*

799 OELYRES COMPLETES DE

dil-il, a été figuré par Salomon et les autres saints qui ont précédé son avcneiiient. L'Antéchrist l'a été de même par un roi méchant persécuteur, des saints et profanateur du temple de Dieu. C'est sous cette double idée que ce saint docteur explique la suite de ces prophéties, comme ayant eu d'abord un accomplissement imparfait dans Ântiochus, etdevanten avoir un autre dans la personne de l'Antéchrist. Il était d'ailleurs si peu attaché à cette seconde explication , qu'il est prêt à l'abandonner à Porphyre, sans craindre que ce sacrifice donne quelque atteinte à la religion. // ne nous importe pas, dit-il, quWnliochus soit seul exprimé dans ce endroit de Daniel , puisque nous ne pré tendons pas prouver par tous les textes de l'Écriture l'arrivée de Jésus-Christ et la séduction de l'Ante christ. Mettons à l'écart les choses douteuses, et bornons-nous à ces passages décisifs (1), où il n'est pas possible de trouver d'autre sens, que celui qui convient à Jésus-Christ et à son Église.

Les incrédules peuvent donc opter entre l'interprétation de Porphyre et celle de S. Jérôme et des Pères. S'ils préfèrent celle-là, comme fondée sur la vérité de l'histoire , ils ne pourront plus échapper à la force victorieuse d'un oracle si manifestement accompli. S'ils nous opposent celle-ci, comme autorisée par des suffrages que nous devons respecter , nous leur répondrons que dans l'esprit et l'usage des Pères un sens allégorique et caché sous le voile de la Ipttre ne détruit p.is le sens littéral, et que les efforts d'Aniioclius, pour abolir le culte du vrai Dieu à Jéru- Balcm et dans la Judée, n'en sont pas moins véritablement prédits parDaniel, pour .nvoir été destinés à figarer la persécution mêlée d'artifice et de violence , quer.4ntcchrist doit exercer à la Du des siècles coclre l'Eglise chrétienne.

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