CHAPITRE VII
Prédictions de Daniel sur la succession des empires.
Les prophéties que nous avons citées jusqu'à présent du livre de Daniel n'ont pas été plus loin que les temps d'Aniiochus et des Machabées. Il a fallu, pour en bien comprendre la divinité, se rappeler les preuves que nous avons données au chapitre troisième de l'authenticité du livre de Daniel. Mais nous consentons qu'on oublie pour un moment ces preuves. Nous avons, dans le même livre, des prophéties qui ne peuvent être éludées par la date que PorphjTC a imaginée, toute fausse qu'elle est. Il a prétendu que les prédictions attribuées à Daniel avaient été supposées dans le temps d'Antiochus et des Machabées par un homme ou témoin oculaire, ou instruit par l'hisioire
pessiniura regem Antiochum, qui sanctos persecutus est templumque violavlt, reciè typum sui habuisse dicendus est. S. Hieron. in cap. 11 Danielis.
(1) Qu» etianisi potuerii approbare non de Anlichristo dicta, scd de Antioclio, quid ad nos qui non ex omnibus Scripturarum locisClirisli probanius a(îventum et Antichristi mendaclum. Poiie enim haec dici de Anliocho, quid nocet rcligioni noslr.x-?... Diniiltal ilaque dubia, ct inmaniléslis ha^reat, dicalque quis Bit ille lapis. S. Uieron. in cap. 11 Dan.
LEFIiANC DE POMPIGNAN. £00
des événements que ces prophéties annoncent. Ce sentiment est insoutenable, nous l'avons déjà prouvé. Mais que peuvent répondre Porphyre et tous les ennemis de la religion aux prophéties que nous allons expliquer, évidemment postérieures à l'époque de la prétendue supposition du livre de Daniel.
Ces prophéties regardent la successsion des quatre plus grands empires qui aient paru dans le monde. Elles ont été révélées à Daniel en deux occasions différentes : la première, lorsqu'il découvrit et qu'il interpréta le songe de Nabuchodonosor sur la statue composée de quatre métaux; la seconde, lorsqu'il eut la vision des quatre bêtes. Tout le monde convient que ces deux prophéties ont le même objet ; que le songe de Nabuchodonosor et la vision de Daniel représentent la succession des mêmes empires. On s'accorde aussi généralement sur les trois premiers de ces empires, figurés par les trois premières bêtes , ou par autant de métaux. Toute la difficulté roule sur l'intel ligence du quatrième métal ou de la quatrième bêle, et sur l'empire caché sous cet emblème. Avant que de résoudre cette difficulté , commençons par mettre sous les yeux de nos lecteurs ces deux célèbres prophéties.
Nabuchodonosor (1), au milieu de ces vaines pensées sur l'avenir , dont les âmes ambitieuses aiment à s'occuper, vit tout à coup une statue qui se tenait debout devant lui, d'une hauteur prodigieuse cl d'un regard effroyable. Sa tête était d'or, sa poitrine et ses bras d'argent , son ventre et ses cuisses d'airain , ses jambes de fer, ses pieds en partie de fer et en partie d'argile. 11 regardait avec attention cette statue, lorsqu'une pierre détachée d'elle-même d'une montagne , frappa les pieds de fer et d'argile, et les mit en pièces. Alors le fer, l'argile, l'airain, l'argent et l'or se brisèrent tout ensemble , et devinrent comme la menue paille que le vent emporte hors de l'aire pendant l'été. Il ne resta plus le moindre vestige de la statue, et la pierre qui l'avait frappée devint une grande montagne , qui remplit toute la terre.
Le roi de Babylone avait oublié ce songe , quoique l'impression en fût demeurée assez vive dans son esprit, pour qu'il en fût saisi de frayeur , et qu'il lût en état de le reconnaître dès qu'on lui en renouvellerait le souvenir. Sans cet oubli , nous n'aurions ni l'histoire ni l'interprétation prophétique de ce songe. Nabuchodonosor, satisfait de l'explication que ses mages et ses devins lui en auraient donnée, et dont il n'eût pu démêler la fausseté , n'aurait pas cherché d'autres lumières. L'impuissance où ses devins se trouvèrent de lui répéter ce qu'il avait vu, donna occasion à la merveilleuse découverte qu'en fit Daniel. Ce jeune prophète obtint par ses ardentes prières une révélation qui le garantit de la mort , lui , ses compagnons, et en même temps les enchanteurs chaldéens qui avaient été forcés d'avouer la vanité de leur art et 1-s ténèbres de leur chimérique science. Il ne
(I] Dan. 2, 29, et seq.
loi pAiir. !\. 1111(11.. Fxr.r.rr. i.iN(.m.i)i i,
l'agit pu« luainiiMiaiit d'iri-sistcr »ur uiic merveille qui devint ulor< |>iililii|Uo ikiiis iiiirvilli^ telle (|U(> llabyloiie , qui «'leva Daniel et stMi irum coiiipagiioim aux premières dignités do l'empire , et qui ne peut <^trc par cntisotiuciit ai'cusoe de sup|itisili<)n. Ne revenons piiint sur ce que niiusavonsdit plus haut, et arrc^liinsnous seLleiiieiit i la prupliélie que lit Daniel en expliquant ce songe.
Vous itea, dit-il à NabuclioJonosor, la tète d'or de celte statue. Votre puissance, vos richesses, votre gloire, l'équité même et la honlé de votre gouvernement mérilent celte (|ualité. Après foi/j il s't'thera un autre royaume moindre que le >'ùlre, qui sera d'urgent. Ensuite un troisième roijaumc qui sera d'airain, et qui commandera à toute ta terre. Le quatrième royaume iera comme le fer : il brisera et réduira tout en poudre, comme le fer brise et dompte toutes choses. Mais comme vous avez r» que les pieds de la statue étaient en parlie d'argile et en partie de fer, ce royaume, quoique prenant son origine du fer, sera ditisé, selon que vous aiei vu que le fer était mêlé avec la terre et l'argile. L»s doigts des pieds étant en partie de fer et en partie d'argile, le royaume sera aussi ferme en partie et en vartie faible. Et comme vous avez vu que le fer était mêlé avec la terre et l'argile, ils se mêleront aussi par des alliances humaines. Mais ils ne demeureront pas unis, comme le fer ne peut se lier avec l'argile. Dans le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit , qui ne passera point à un autre peuple, qui brisera et consumera tous tes royaumes, et qui subsistera lui-même éternellement, selon ce que vous avez vu que la pierre détachée sa}is main de la montagne a brisé l'argile, te fer, t airain, f argent et l'or. Le grand Dieu a fait voir au roi ce qui doit arriver dans le temps à venir. Le songe est véritable, et Cinterprétation en est très-certaine.
Voilà donc quatre empires qui se succèdent l'un à l'autre désignés par quatre métaux, et qui font place à un cinquième plus durable, signifié par celle petite pierre détachée d'abord d'elle-même d'une montagne, frappant ensuite les pieds de la statue qu'elle abat, et qu'elle pulvérise tout entière, parvenue enfin à la hauteur d'une moi-tagne immense qui remplit tout l'univers.
Un spectacle bien difTérent de celui-là , destiné cependant à la même représentation , fut montré à Daniel sous le règne de Balthazar, petit-fils de Nabuchodonosor. Il vit la succession des mêmes empires, suivis également d'un cinquième qui les absorbe tous. Mais ces empires lui parurent sous la forme de quatre bêles montant l'une après l'autre d'une grande mer agitée par les quatre vents du ciel. II est inutile d'avertir que celle mer agitée figure le monde et ses révolutions, qui n'ont jamais été plus violentes que dans ces guerres dont l'empire devait être le prix. Les interprètes observent également que la distinction des quatre empires, marquée par les propriétés difl'ércnles des métaux, n'est pas moins visible dans les diverses qualités des quatre bêles ; et qiic colle
m: ( owAixm: par i,i;s f-uopiiktif.s. f.o»
seconde im.igc a sur la première l'avantage do joinilre aux earaetères particuliers de chacun de ces empires, celui (|ui est commun à tous les conquérants, de se nourrir de sang et de vivre de proie. Nous laissons ces remarques et beaucoup d'autres à ceux que nous ex hurlons de lire dans le livre iiiéiiie, et d'approl'imilir ces admirables prophéties. Nous nous contenterons ici de ce qu'elles oui de plus fiaj.panl, cl do ce qui sullit pour la conviction de l'incrédulité.
La première de ces bêlct, dit Daniel (I), était comme une lionne, et elle avait des ailes d'aiyle. Comme je la regardais, ses ailes lui furent arrachées. Elle fut ensuite relevée de terre, et elle se tint sur ses pieds comme ur homme, et il lui fut donné un cantr d'homme. Et voilt qu'une autre bête semblable à un ours parut à son côté. Trois rangs de dents étaient dans sa gueule. Et on lui disait : Lève-toi et rassasie-toi de carnage. Après cela je regardais, et j'en vis une autre qui était comme un léopard, et elle avait sur son corps quatre ailes comme un oiseau. Cette bête avait quatre têtes, et la puissance lui fat donnée. Je regardais ensuite dans cette vision que j'avais pendant la nuit, et je vis paraître une quatrième bête terrible et surprenante. Elle était vrodigietisement forte. Elle avait de grandes dents de fer. Elle dévorait, elle brisait et foulait aux pieds ce qui restait. Elle était fort différente des autres bêtes que
j'avais vues devant elle Et je vis que la bête avait
été tuée, que son corps était détruit, et qu'il avait été livré au feu pour être brûlé. Je vis aussi que la puissance des autres bêtes leur avait été ôlée, et que la durée de leur vie leur avait été marquée jusqu'à im temps et un temps. Je considérais ces choses dans une vision de nuit, et je vis comme le fils de l'homme qui venait avec les nuées duciet, q-ui s'avança jusqu'à l'ancien des jours. Ils le présentèrent devant lui, et il lui donna la puissance, l'honneur et le royaume. El tous les peuples, toutes les tribus et toutes les tangues le serviront. Sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera point Olée, et son royaume ne sera jamais détruit.
Les quatre bêles que voit Daniel ont le même sort que les quatre métaux de la statue que Nabuchodonosor avait vue. Ceux-ci sont brisés et réduits en poudre comme une paille menue que le vent emporte hors de l'air. Celles-ci sont mises à mort , et leurs cadavres sont consumés par les flammes. C'est une pierre qui frappe les pieds de la statue, la renverse et anéantit tous les métaux , dont elle est composée. C'est l'ancien des jours qui, assis sur son trône el environné de ses ministres, prononce contre les quatre bêles l'arrêt de leur condamnation. Mais il ne les condamne que pour faire régner en leur place le Fils de l'homme qu'on lui présente. La petite pierre , après avoir écrasé cette énorme statue, s'élève jusqu'à la hauteur d'une montagne immense et remplit touie la terre. Le Fils de l'homme victorieux de ces bêle? meurtrières est déclaré roi de toutes les nations. La ressemblance ne pouvait êire plus parfaite, cl la suite
(1) D.in. 7. 4clsef|,
noiis permet encore moins d'en douter. Car de môme que Daniel avait dit à Nabuchodonosor , que les qua tre métaux de sa statue figuraient les quatre empires , qui se succéderaient l'un à l'autre , jusqu'à ce qu'il en vint un cinquième , qui ne finirait jamais : ainsi Daniel s'étant approche d'un des assistants , pour lui demander l'explication de tout ce qu'il voyait, il lui fut répondu , que ces quatre bêles étaient quatre royaumes qui s'élèveraient de la terre. Mais que tes saints du Dieu très-haut entreraient en possession du royaume, et qu'ils régneraient jusqu'à la fin des siècles et dans les siècles des siècles. Sa curiosilc s'étant surtout arrêtée sur la quatrième béte plus terrible que toutes les autres , dont les griffes et les dents étaient de fer qui dévorait , brisait , et foulait aux pieds ce qui lui restait, on lui dit que cette quatrième bête était le quatrième royaume qui dominerait sur la terre , et serait plus grand que tous les autres, qui dévorerait toute la terre , la foulerait au.t pieds, et la réduirait en poudre.
Je demande maintenant à des lecteurs équitables , si l'accomplissement de ces deux prophéties peut leur paraître incertain. Daniel leur apprend d'abord que le premier mclal et la tête d'or de la statue représentent l'empire des Assyriens porté sous Nabuchodonosor au plus haut point de sa puissance et de ses riches-^es. La première bêle qui est une lionne avec des ailes d'aigle a donc la même signification. C'est dans la personne de Nabuchodonosor que fut accompli ce qui parai! incompatible avec la nature d'une lionne. Ses ailes lui furent arrachées, et elle tomba par terre, lorsque ce prince dégrade de tous les droits de l'humanité , et chassé de la compagnie des hommes , fut réduit pendant sept ans à la condition des animaux. Elle fut ensuite relevée de terre , se tint sur ses pieds comme un homme , et il lui fut donné un cœur d'homme, lorsqu'il fut rétabli sur son trône, qu'il connut sa faiblesse , et la toute-puissance du Créateur. Ce n'est que de ce moment qu'il eut un cœur d'homme. Jusque-là plein d'orgueil et d'ambition , il n'avait eu que le cœur d'une bête farouche. Son royaume est néanmoins du métal le plus précieux , soit parce que les empires suivants n'en ont pas égalé la magnificence , soit peut-être parce que l'iiv iustice de ses entreprises , et l'excès de sa présomption n'ont pas empêché, qu'il n'ait gouverné ses propres sujets avec une bonté , qui a eu peu d'exemples et d'imitateurs dans les autres conquérants.
Le royaume qui succède à l'empire des Assyriens , pst celui de Mèdes et des Perses. Rien ne nous oblige à séparer ces deux nations , nu plutôt l'histoire, aussi . bien que l'Ecriture sainte nous force à les réunir dans un seul empire. C'est par les forces rassemblées des Mèdes et des Perses , que Cyrus a fondé ce nouvel empire qui a renversé celui des Assyriens. C'est ia seconde bête que voit Daniel , cet ours qui parait à coté de la lionne , qui a trois rangs de dents dans la gueule , parce qu'il a joint à h puissance des Mèdes et des Perses, celle des Chaldécns qu'il r subjugués ; à
qui l'on dit : Lève-toi , et rasiasle-toi de carnage , parce qu'il a étendu fort loin ses conquêtes , et qu'il a fait couler partout des fleuves de sang. C'est en même temps le second métal de la statue, l'argent qui en forme la poitrine et les bras.
On est étonné que l'empire des Mèdes et des Perses soit mis par Daniel au-dessous de celui des Assyriens. Celui-ci nous est presque inconu. L'histoire nous donne au contraire la plus haute idée de la splendeur et des richesses du royaume des Perses. Mais nous ne devons pas opposer ce que nous ignorons à ce que le prophète voyait. Il dit formellement que le second empire sera moindre que le premier. II voyait donc en l'un des avantages qui ne devaient pas cire dans l'autre. La connaissance de ce qui se passait sous ses yeux , et celle de l'avenir que nous ne pouvons lui contester, le mettait en état de juger mieux que nous de celte différence. Au reste ne croyons pas que cette dégradation de métaux , s'il est permis de parler ainsi , marque une entière supériorité des empires qui paraissent d'abord sur ceux qui leur succèdent. Ce n'est que du second qu'il est dit qu'il sera moindre que le premier. Les deux suivants , quoique d'airain et de fer, métaux moins précieux que l'or cl l'argent , peuvent avoir et ont eu effectivement sur ceux qui les précèdent de grands avantages par la valeur et la bonne discipline de leurs troupes , par une simplicité de mœurs plus long-temps soutenue , par les talents de l'esprit et la perfection des arts , pïr une puissance plus étendue. De tels avantages compensent bien les richesses des Assyriens et des Perses.
Après l'empire des Mèdes et des Perses on en chercherait inutilement un autre que celui des Grecs fondé par Alexandre. C'est le troisième métal de la statue, le ventre cl les cuisses qui sont d'airain. C'est aussi Ja troisième bête, le léopard qui comme un ciseau a quatre ailes , et qui en même temps a quatre tètes. Le prophète assure que ta puissance fu.t donnée à cette béte. C'est ce qu'il avait déjà dit du royaume d'airain , qu'iV commanderait à toute la terre. On reconnaît dans ces expressions les victoires et les prodigieuses conquêtes d'Alexandre. Mais on reconnaît encore mieux l'empire , dont il est fondateur , dans les quatre ailes et dans les quatre têtes du léopard , c'est-à-dire dans les quatre royaumes formés des débris du sien , et dans les quatre principaux monarques qui furent ses successeurs , caractère auquel Daniel s'attache toutes les fois qu'il veut exprimer l'empire des Grecs.
Reste le quatrième métal de la statue , ses jambes et ses pieds de fer, et la quatrième bêle différente des trois premières , plus forte , plus effroyable, plus dévorante que toutes les autres. C'est ici qu'est la diliiculté : non qu'un lecteur judicieux et médiocrement instruit n'en aperçoive tout d'un coup la solution, mais parce que la malice de Porphyre, et l'imprudcnct de quelques auteurs chrétiens ont fait naître des embarras , que le texte n'offrait point.
805 l»AHT l\. TIIKdl,. F.XF(;F.T. -LINTIIF.I>L Porphyre a vuulu cmicillier ruccuiii|ilisst'iiiciit du celle |)rii(ilu'lio avec IVponuc ilf la preleiiilue suppn- »ilioii Ju livre (le Daniel. Klle a ele faile selon lui dam le leuips des M-iclialues. l'ar une con»ei|uence liét essaire, le qualiiénie nielal île la slaluo el la quati'ièuie Wle duivcat ôlre l'empire di-s Séleucides el des Lagides.et surtout AiitiueliuÀ Fpipliane le|)orsécuieur déclare de la rilii^ion juilai(|ue. Malijre la vive censure et la solide relutalioii de saiiil Jeninie cl de TliiHKloret (1), des interprètes chrétiens n'ont pas craint d'adopter ce seiilinienl. Les incrédules , en essayant de le soutenir , auraient encore i détruire , ce qu'ils ne feront jamais , les preuves par lesquelles nous avons établi l'authenticité du livre de Daniel. La prophétie ramenée à sa véritable date , serait toujours trop ancienne pour eux. Le second , le troisième , et le quatrième empire n'auraient pu être connus de Daniel que par une lumière prophétique ; el la cause des incrédules n'en deviendrait pas meilleure. Mais nous leur avons promis, qu'indépendamment de ces preuves, nous leur montrerions dans le livre de Daniel des prédictions , dont l'accomplissement est postérieur aux temps des Macliabécs. 11 faut leur tenir parole. Celle dont il s'agit maintenant est évidemuieni de ce nombre. Commençons par exclure le sens que lui donne Porphyre , el nous prouverons ensuite qu'elle ue peut s'appliquer qu'.à l'empire romain.
Je dis doue que l'empire des Lagides el des Séleucides , n; quelque prince que ce puisse être de l'une de ces deux maisons , n'est désigné par le quatrième métal de la statue , ni par la quatrième bète que Daniel a vue. La preuve en est facile : c'est que la postérité de Séleucus , et celle de Plolomée fils de Lagu* appartiennent au troisième métal et à la troisième bote. Un des caractères que Daniel donne au cinquième empire vainqueur de tous les autres, et représenté par cette pierre qui brise les quatre métaux de la statue , c'est qu"i7 ne {i) passera point à une autre
{\\ Théodoret sur le chapitre septième de Daniel attrioue ce sentiment à des auteurs , qu'il appelle des maîtres de la piété. Ceux qui le soutiennent aujourd'hui su prévalent de ces expressions. Mais ils ne s'aperçoivent pas, ou ils dissimulent que le savant évéque de Cyr témoigne !i/ie ejctrême surprise que ces maîtres de la piété aient proposé une telle explication. Veliementer admiror quosdam pielalis niagistros quartam bestiam vocàsse rcgnum Macedonicum. Il n'eût pas été si étonné d'un sentiment où il n'eilt rien trouvé de reprehensible ni de dangereux pour la religion. On en dirait autant aujourd'hui des auteurs catholiques qui l'ont adopte. Au surplus , as maîtres de la piété, par où Théodoret désigne plutôt leur genre d'écrire que la sainteté de leur personne, ou la pureté de leur doctrine , ces auteurs , dis-je , sont apparemment Théodore de Mopsueste et ses disciples. On sait que c'est de ce Théodore que sont nées les interprétations judaïques des prophéties. Ce fut un des motifs qui attirèrent une si sévère condamnation à ses écrits dans le cinquième concile général. Les partisans du sentiment que nous réfutons n'ont pas lieu de se glorifier de cette origine.
(2) Regnuin ejus aile i populo non iradetur. Dan, S. 11.
I.ITF CONVAINri'E PAU LFS PnOPIIF.TIES. 800 natiun. Pur la raiion dot contraires , les quatre premiers empires ont dd être lormés par quatre p«-uple8 dillerents. Or les Seirucides rois de Syrie el les ron d'Kgypte de la race des Lagideo étaient Grecs comme Alexandre. Ils sonl donc eonqiris avi.x lui dans le troisième métal de la slalue. Lg le sont encore mieux dans la troisième bète. Car elle a quatre ailes et quatre tètes. Or le royaume de Syrie hindc par Séleucus , et celui d'hgypte fondé par l'tolomée, fils de Lagus, sont deux de ces ailes el de ces 'êtes (1). Ils fonl donc encore une fois partie de ce iruisième empire, qui est celui des Grecs, figuré par le troisième métal et par la troisième bêle.
Ce n'est pas tout. Ces mêmes royaumes à qui on dispute leur place naturelle , n'ont aucun rapport au quatrième métal , ni à la qualrièmc bête. Où Irouvet-on en eux ce fer, le plus dur de tous les métaux, qui surmonte et qui brise tout? Les princes qui les ont gouvernés oni-ils eu plus de force et d'activité qu'Alexandre , dont l'empire n'est que d'airain ? Slérilent-ils en comparaison de lai d'être représentés par cette bète plus terrible avec ses dents et ses ongles de fer que toutes les autres? Daniel serait donc tombé non seulement avec l'histoire , mais avec lui-même dans une étrange contradiction ; puisqu'on parlant ailleurs d'Alexandre, il ajoute toujours que ses quatre successeurs n'égaleront pas sa puissance.
Comment expliquera-t-ou ce mélange de fer et d'argile qui se voit dans les pieds de la statue , ces deux parties du quatrième empire , dont l'une est faible , l'autre est ferme, qui s'allient inutilement par des mariages, et ne s'unissent jamais, comme le fer ne peut seller avec la terre? Où trouve-t-on rien de pareil dans le royaume des Séleucides , quand on v joindrait celui des Lagides? Où sont la partie forte et la partie faible , dont les divisions ne peuvent être terminées par des mariages ? Cela n'a jamais eu lieu dans un royaume purement monarchique tel que celui de Syrie , où l'on a vu à la vérité des guerres civiles pour la succession à la couronne , mais dont la constitution n'admettait pas cette division toujours subsistante entre deux parties aussi inalliables entre elles , que la terre et le fer. Que si l'on entend cette division des deux royaumes d'Egypte et de SyTie, qui contractaient quelquefois entre eux des alliances par des mariages , sans perdre
(1) Daniel ne nous permet pas de douter que l'empire d'Autiochus Epiphane en particulier, ne soit une suite et une dépendance de celui d'Alexandre , loin de former un empire à part. Cette division en quatre royaumes de l'empire d'Alexandre , qu'il marque ici sous la figure des quatre ailes el des quatre têtes du léopard , il la désigne ailleurs ( Dan. 8,8) par les quatre cornes qui se formèrent sur la tête du bouc , après que la grande corne eut été rompue. Ue l'une de ces quatre cornes , ajoute-t-il , est sortie une petite corne. Tout le monde convient , et nous l'avons montré dans le chapitre précédent , qu'il s'agit là d'Autiochus Epiphane. Ce prince appartient donc à l'une clos quatre tètes du léopard , comme il sort de l'une des quatre cernes du bouc. Il ne peut donc appartenir à la quatrième bête totalement distinguée du léopard.
807 r.fîL'VKES COMPLETES DE
l'envie de se nuire , quel est celui des deux qui est le fer? quel est l'argile î Ils étaient à peu près également puissants , tantôt vaincus , et tantôt victorieux dans leurs guerres mutuelles. Ni l'un ni l'autre n'a mérité d'être respectivement désigné par sa force ou par sa faiblesse.
Mais ce qui tranche la difficulté, est-ce pendant l'empire des successeurs d'Alexandre que s'est élevé ce cinquième empire qui a détruit tous les autres , sans s'établir par des moyens humains , qui ne passe à aucune autre nation, que l'ancien des jours a donné au Fils de l'homme , poui y régner avec les saints, qui enfin est éternel et incorruptible? Les interprètes partisans de cette opinion répondent que ce cinquième empire est l'empire romain , et ils font seulement la grâce à celui de Jésus-Cbrist d'accorder qu'il a vcrilié la prophétie dans un sens plus sublime et plus auguste. Suivant cette réponse l'empire romain aurait sa place dans la prophétie de Daniel. Celui de ésus-Christ y aurait aussi la sienne, quoique mal assurée. Porphyre et les incrédules de\Taient avouer, que l'auteur de ce livre , qu'ils font contemporain d'Aniiochus et des Machabées, a prédit l'avenir. Mais cette interprétation est si visiblement fausse , qu'ils auraient plutôt droit de l'accuser de mensonge et de tromperie. Aucun des caractères du cinquième empire ne convient à l'empLre romain. Ce n'est pas cette pierre détachée sans main d'une montagne , c'est-à-dire une puissance formée sans aucun secours humain. Quel est le Fils de l'homme qui y règne et y fait régner les saints avec lui? N'a-t-il passé à aucune autre nation , et ne voyonsnous pas encore une partie des peuples qui l'ont détruit, soit en Occident, soit en Orient? Peut-il être appelé éternel et incorruptible , tandis que niius connaissons les époques de sa destruction totale , et ne serait-ce pas se jouer du langage, que de prétendre qu'il subsiste encore dans l'empire romain qui est en Occident î
Replaçons dans son véritable rang l'empire romain , dont parle le prophète ; et après avoir exclu le sens de Porphyre , disons que cet empire est le seul qui soit figuré par le quatrième métal de la statue, et par la quatrième bête de Daniel. On ne peut douter qu'il n'ait eu en vue quatre différents empires , les plus grands qui aient régné dans l'univers, qni se sont succédés l'un à l'autre , et qui ont enfin subi en périssant la même destinée. Faut-il un autre guide que l'histoire , pour trouver l'empire romain dans cette succession ? Ne nous apprend-elle pas que quatre nations différentes , les Assyriens , les Mèdes les Perses , les Grecs et les Romains ont formé successivement les quatre plus puissants empires de l'univers ? Qu'elles ont pris la place les unes des autres? Et que le dernier de ces empires a eu son Kmr comme ceux qui l'avaient précédé ? En comparant la prophétie de Daniel à des faits si universellement connus , ne sent-on pas d'abord qu'ils en font l'accomplissement ? Et pourquoi faire violence
h sa pensée , tandis qu'il est manifeste qu'il a dit ce qui est arrivé aiLx yeux du monde entier ? Des idc!'s si simples n'ont pu être obscurcies que par l'intérêt qu'ont les ennemis de la religion à affaiblir une telle preuve, ou par un travers d'esprit qui a souvent les mêmes effets que la corruption du cœur.
Mais en examinant de plus près ce quatrième métal , et cette .quatrième bête , on ne peut y méconnaître l'empire romain. Il est , vis-à-vis des trois autres empires , d'une force et d'une dureté comparable à celle du fer. Ce sont les jambes et les pieds de la statue. Cet empire prend son origine du fer, et ce métal en est la matière dominante. Cependant il a de l'argile dans ses pieds mêlée avec le fer. Ce mélange l'affaiblit en le divisant , et les alliances que les deux parties contractent par le sang ne les unissent pas mieux que le fer ne se lie avec la terre. Rome, endurciedès sa naissanceaux fatigues et aux combats , a conservé jusqu'au dernier période de son élévation un courage et une ambition infiexibles , qui ont fait ployer sous ses lois toutes les nations et tous les empires , comme le fer brise tout et met tout en pièces (1). Néanmoins elle a toujours eu dans son sein et par sa propre constitution un germe d'affaiblissement. C'est la division du peuple et du sénat , division que les mariages permis entre les familles patriciennes et les plébéiennes, n'ont jamais pu éteindre (2). La force de l'empire et même son origine était dans le sénat composé des plus anciennes maisons de Rome , et dont la sagesse et la fermeté ont sauvé cette ville au milieu des plus grands périls , et l'ont rendue maîtresse de l'univers.
Rome ne ressemble pas moins à la quatrième héte qu'au quatrième métal. Cette bêle surprend d'abord Daniel par la nouveauté de sa figure. Il s'en informe particulièrement , la voyant si différente de tontes les autres (3). L'empire romain dans le fort de ses conquêtes n'avait rien de commun avec les monarchies des Assyriens, des Perses et des Macédoniens, soit par les mœurs de ses citoyens , soit par la manière
(1) Regnum qnartum erii velut ferrum. Quomodn ferrum comminuit et domat omnia, sic comaiinuel et contcret omnia hœc. Dan. 2, iO.
(2) Si celte explication qui nous a paru la plus natu; relie ne convient pas, on peut lui préférer celle qui recule jusqu'au temps de Jules-César, la division et l'affaiblissement provemis du mélange de l'argile et du fer, sans que les mariages contractés entre les parties divisées aient pu y reinéilier. Jules-César donna sa fille à Pompée. Le" beau-père et le gendre n'en furent pas moins irréconciliables ennemis. Marc Antoine épousa la sœur d'Auguste. Les deux beaux-frères se disputèrent l'empire de l'univers. Antoine succomba sous les armes d'Auguste, comme Pompée avait cédo à celles de César. Jusqu'alors l'empire romain avait été dans sa force et dans sa vigueur, prenant sans cesse de nouveaux accroissements. Depuis que la liberté fut changée en servitude, il s'affaiblit et déclina coniini;ellement, soit par ses divisions intestines, soit par les guerres étrangères.
(3) Volui diligenier discere de bestiâ quarlà , qtue erat dissimilis valdè ab omnibv\ Dnii. 1, 19'
8(0 ivvuT. i\ jiir.oi.. iai.(.i;t
dont elli; (aUail la guiTre, soit par la forme île sou gouveriiomeni. Celte béic Clait plus eiïroyablc qui; Im iruis aulreii. Année ilc Jeiits et d'onglc8 «Je Icr, elle dévorait, elle brisait, et foulait aux pieds ce qui avait étlwppo à la violeucc de ses eoups. Aiiiai l'eiiipire ruiuaiu plus guerrier , plus eiilreprenaiit , plus lier que les empires de» Assyriens , des Perses et des ,;rees(l), a |)orté aussi plus loin ses conquêtes, a vaincu plus de nations , a lait dans le monde plus de ravagi-s. Sa maxime était d'écraser tout ce qui osait lui résister, et de s'asservir ceux qui lui demandaient la paix, ou qui briguaient son alliance. Tant de villes ruinées de fond on comble, tant de trônes renversés , tant de millions d'hommes passés au lil de l'épée, ont été des cflets de sa fureur ; tant d'éiais réduits eu provinces romaines, des preuves de son ambition : et son impérieuse hauteur a paru dans le traitement qu'elle exerçait à l'égard des rois et des peuples ses alliés. Une telle conduite i)Ouvait-ellc èire mieux représentée que par l'action d'une bêle féroce qui engloutit «ne partie de sa proie , en met une autre en pièces, et foule aux pieds le reste.
Cette bête si forte, si avide, si cruelle, péril enfin, comme le dernier métal de la statue est réduit en poussière malgré sa dureté. L'empire romain est anéanti , et il n'en reste pas aujourd'hui plus de vestiges que des nionarcliies des Assyriens, des Perse» et des Grecs. C'est pendant la durée de ce dernier et quatrième empire qui , s'étant incorporé les trois autres , était censé les contenir tous , que s'est élevé le royaume de Jésus-Christ , faible dans ses commei»ccments , dépourvu de tous les secours humains , acquis par les souffrances du Fils de l'homme , partagé avec les saints compagnons de ses travaux et imitateurs de ses vertus , répandu par degrés dans toute la terre, supérieur aux vicissitudes des siècles , éternel et immuable comme son fondateur. Nous montrerons plus au long dans la seconde partie de cet ouvrage , comment les prédictions qui regardent Jésus-Christ et son Église ont été vérifiées. Nous ne disons' qu'un mot de celle-ci, pour ne laisser aucun doute à nos lecteurs sur le parfait accomplissement de la prophétie de Daniel.
Vous ne dites pas tout, m'objectera quelque incrédide. Vous n'achevez pas la prophétie et vous désespérez d'en soutenir la vérité jusqu'à la fin. Cette quatrième bêle , qui signifiait selon vous l'empire romain , cvait (2) dix cornes. Daniel les considérait , et il vit une petite corne qui sortait du milieu des autres. Trois des premières cornes furent arrachées de devant elle. Celte corne avait des yeux comme les yeux d'un homme, et une bouche qui prufcrail de grandes choses. Il faudrait expliquer tout cela <le l'empire romain, quand Daiiiel n'aurait ajouté rien de plus. Mais il ne
(1) Beslia quarta regnum (juartum erit in terr.l quod majiis erit omnibus retçuis , et devoraliit universam lenam, et cunculcabit et comminL.U eam. Oan. 7, -lô.
(2) Dan. 7, 8, 9
l.INCnr.Dl'l.lTK.CONVAINCri-: par I.F.S PIIOPIIFTIF.S. 810 tarde pas à nous ih velnpper le mysirre de toutes ces cornes. Le» dis (1) premières loul dix roii du quatrième «>n;>irf. l.a petite corne sortie du milieu des autres, devenue ensuite plus grande i|u'elles, devant qui trois d'entre elles étaient lond)ées , i|ui avait dig yeux d'honune, et une bouche proférant de; grandes choses, qui faisait la guerre aux s^iints et prévalait contre eux, est un roi qui sera plus puissant que ceux qui l'avaient devancé. Il abaissera trois rois, parlera insolemment contre le Seigneur, foulera aux pieds les saints du Très- Haut, et il s'imaginera qu'il pourra changer les tcmpi et les lois. Et ils seront livrés entre ses mains jusqu'à un temps , deux temps , et la moitié d'un temps. Et le jugement se tiendra, afin que ta puissance lui soit otée, qu'elle soit entièrement détruite , et qu'il périsse à jamais. L'exactitude de la prophétie demande donc qu'on fasse voir dans l'empire romain dix rois , un autre roi s'élevanl après eux , faible d'abord , et les surpassant ensuite en puissance, abaissant trois rois, blasphémant contre le Très-Haut, persécutant ses saints, et puni après un certain temps par la justice divine.
Je remarque d'abord sur cette objection qu'elle détruit sans ressource le système inventé par PorphjTe et renouvelé par quelques interprètes. Suivant ce système, Anliochus est la onzième corne , le nouveau roi qui vient après dix autres. Or ce caractère est incompatible avec l'histoire de ce prince. Il n'a eu dans le royaume de Syrie que sept prédécesseurs, Séleucus Nicator , Anliochus Soter , Antiochus Théus, Séleucus Callinicus , Séleucus Céraunus, Antiochus le Grand , Séleucus Philomêlor. On n'a vu en aucun temps dans ce môme empire des Séleucidcs dix rois ou princes régnants à la fois. Ainsi, de quelque manière qu'on prenne ces dix cornes de la quatrième bète , ces dix rois du quatrième empire , le royaume de Syrie ne les offre pas. Anliochus Epijih.nne no ressemble point à la pclile corne née au milieu des dix premières. Le voilà exclu à j imais de cette prophétie, el il n'est plus possible de la regarder comme l'ouvrage d'un auteur contemporain, qui, parfaitement insiruii des événements présents ou passés, a supposé qu'ils avaient été prédits plusieurs siècles auparavant par le prophète Daniel.
Les saints Pères qui n'ont eu garde de distinguer la quatrième bête, de l'empire romain , ont communément interprété de l'Antéchrist la petite corne dont on vient de parler. Pour mieux entendre leur pensée sur ce point, il faut savoir qu'étant persuadés par l'autorité de l'Ecriture , que l'Antéchrist paraîtrait vers la fin du monde, qu'il persécuterait alors l'Eglise chrétienne , et que celte perséculion serait terminée par l'avéncment glorieux de Jési;s- Christ, qui du souffle (2) de sa bouche foudroiera le méchant et l'homme de péché , la plupart d'entre eux croyaient en même temps, [lar une erreur excusable.
OECVKES COMPL, DE LeFRAM: te POMriGNAN, If.
(1) Day. 7, 2i, 23, 26.
(2) 2. Thcssal. 2, 8.
que l'eiîipiro romain durerait jusqu'aux derniers événenienis qui devaient précéder la venue de l'Antéchrist , la fin du monde , la manifestation ccîatanie de la puissance et de la majesté de Jésus- Cîirist. Par une suite de ce préjugé, les Pères voyaient dans la prophétie de Daniel l'empire romain démembré en dix royaumes , lorsque l'Antéchrist paraîtrait, h réunion de tous ces royaumes sur sa tète , ses victoires contre trois de ces princes qui , plus fiers et plus hardis que les autres , refuseraient de plier sous SCS leis , la guerre qu'il livrerait aux saints , ses bîasplièmes contre le vrai Dieu et contre son Christ, la courte durée de son règne et de sa persécution, la délivrance éternelle par le jugement universel que Jésus-Christ viendra prononcer.
11 ne s'agit pas d'examiner ici le motif qui avait engagé les Pères qni pensaient ainsi, à lier la fin de l'empire romain et la venue de l'Antéchrist. Encore une fois, c'était une erreur de fait paidonnable avant les événements, qui nous ont appris que la durée du monde était indépendante dans les décrets de la Providence , des bornes qu'elle avait prescrites à la durée de l'empire romain. Il est plus surprenant que le grand nombre des commentateurs, témoins de la chute de cet empire, ait persévéré dans une explication que les Pères auraient désavouée, s'ils avaient vu les tvéneinenls postérieurs. Il n'est plus permis de penser que l'Antéchrist, qui ne doit paraître que vers la fin du monde, soit celle corne prédite par Daniel, comme formée sur la tète de la quatrième bêle, c'est-à-dire de l'empire romain, et comme croissant au milieu des dix c<irnes, qui représentent dix rois de ce même empire. Qu'on trouve dans cette propliéiie une vive peinture de ce dernier persécuteur de l'Eglise chrétienne , j'y consens ; et à cet égard l'interprétation des Pères doit être conservée, comtne celle dont nous avons parlé sur la fin du chapitre précédent, et qui concerne Aniiochus Epiphane. Mais outre ce sens figuré, digne de notre vénération , il faut nécessairement chercher à celle partie de l'oracle de Daniel un sens littéral accomph dans l'histoire de l'empire romain.
Cet enipire a passé de l'état républicain à l'élac monarchique , quand le prophète y voit les circonstances que nous examinons. Cette onzième corne qui excite particulièrement son attention est un monarque puissant cl absolu. C'est un prince ennemi des saints, et qui remporte des avantages sur eux. Il est donc question d'un des successeurs d'Auguste , et de l'un des empereurs , qui ont persécuté le christianisme. En rassemblant tous les caractères que lui donne Danif! , il me parait qu'ils ne peuvent convenir qu a Julien l'Apostat , plus digne encore qu'Antiochus Epiphane d'être l'image et le précursem- de I'AdIccbrist.
1" Cette corne a des commencements faibles et oiBCurs: El ecce{i) eomu a'iud parvulum ortum esi.
fît Dà.i. V, 8
LEFRANC DE POMPiGNAN, S!2
Tels furent ceux de Julien. Quoique né dans la familii» impériale, son père Jules-Constance, son oncle et sept de ses cousins germains furent massacrés après la mort de Constantin, pour ne laisser aucun ombrage aux trois fils de ce prince, qui lui succédèrent. Gallus, qui fut César dans la yiite, et Julien, son frère, fureni seuls épargnés, l'un à cause de son tempérament qui ne pronietiaii pas une longue vie , l'autre à cause de son bas.ige. Julien reçut une éducation qui semblait l'éloigner pour toujours de l'empire. L'empereur Constance, son cousin, fit tous ses efforts pour l'engager dans l'état ecclésiastique, où il fut promu à l'ordre de lecteur; et lorsqu'enfin ce prince, se voyant saHS enfants et accablé d'un poids immense qui surpassait ses forces, se résolut à élever Julien, son plus proche parent, à la dignité de César, il resserra dans les bornes les plus éiroilcs l'autorité qu'il lui confia.
2° Celle corne si petite dans sa naissance , s'agrandit, se fortifie, et parvient au comble de la puissance : Et (1) niajus erat cœteris. Et ij^se pctcnticr e.it piioribits. .Malgré tous les hasards que Julien avait courus dans son enfance, malgré les précautions que Constance avait prises pour le retenir dans sa dépendance, en le créant César, malgré toutes les traverses qu'd essuya de la part des officiers que Conslance avait mis auprès de lui, il remporta dans les Gaules , dans la Germanie , et dans les iles Britanniques , les victoires qu'il faudra bientôt expliquer plus au long. Lesmèmes troupes, qui avaientcombattu sous lui dans toutes ces guerres, le proclamèrent Auguste et empereur , irritées de l'ordre que Constance leur avait envoyé de passer en Orient , soit pour les employer contre les Perses , soit pour affaiblir Julien. Il souiir.» avec autant de courage que de prudence ce choix de £on armée; et Constance, qui vraisemblablement aurait été forcé de le reconnaître pour son collègue, étant mort sur ces entrefaites, il devint seul maître de tout l'empire. Il le gouverna paisiblement avec une pleine et entière autorité ; et si l'on excepte son projet aussi téméraire qu'impie d'anéantir le christianisme, quelques ridicules pcrsMmels où sa vanité philosophique le fit tomber, son expédition contre les Perses, dont la fin ne répondit pas aux commcncemenis, il régna d'ailleurs avec autant de bonheur et de gloire que les plus illustres empereurs qui l'avaient précédé.
V Cette corne avait des yeux d'homme et une bouche proférant de grandes choses : Eccc ocuti quasi oculi liomiais{i) eranl i,i cornu isto, et os loqiiens injeii/i'a. Ces discoure superbes, que Daniel lui entendait tenir, il les appelle ailleurs des blasphèmes prononcés contre le Très-Haut pr.r le roi que cette corne représente : Et sermones contra (5) Excelsum toquetur. Qui ne reconnaît à ces traits la pénétration et la po • lilique de Julien , l'éloquence dont il se piquait , et qu'on ne peut effectivement lui contester, les raiîine-
(2) Dan. 7, 8.
(5) Dan. 7, 25.
115 rvUT PC. TilFOI.. E\F.(.F.T. - LINC.l\r.l>l ineuls alli'goiinups dont il 8t> &<'rvail. it rcxcinidi» ilf s ■opliistn set aialircs, pour di';;uis('r les absurdilc» do l'idolilrif , tes sages maximes empruiiiees de la relit;ioii eliri'lieiine, t\ni\ t,lili:iil d"iiilio;liiire dans le pagauiiiiiie, ses profanes el s;iiiiîlaiilis i ailleries coiilie jL'sus-CUrist, ses apùires, se-i riiarivrs cl sa doctrine î
4" Le roi figuré par eciie m: ne , Cl» fuulanl aux pieds les Siiinls du Très Haut, se (latlera dVtrc assez puissant |>our changer les temps et les lois : El tanclo$ Mlisiimi coiilerel ; et putabit iinod possit muiare lempora (l) et Uges. C'est une persécution déclarée à la véritable religion, où tous les moyens capables de la rendre odieuse et méprisable seront f niployés ; c'est déjà un des caractères de la pei sécution de Julien. Mais ce qui la caractérise encore mieux, Cl ce qui \i distingue des persécutions précédentes , elle trouvera la religion chrétienne dominante dans l'ei.ipire romain. Constantin et ses enfants l'avaieit mise sur le Irène, l's avaient publié les lois les plus favorables à son culte, à ses temples, ,\ ses ministres. Julien, ayant formé le dessein de ruiner leur ouvrage, entreprit quelque chose de plus que ce qu'avaient tenté les empereurs payens, persécuteurs avant lui «lu christianisme. T.s avaient attaqué une religion proscrite par les lois romaines , cl sans autre appui qu'elle -même. Julien voulut la déposséder de la supéiicrité que lui avait acquise la protection des empereurs qui l'avaient embrassée ou soutenue. Il osa espérer que sa puissance triompherait égalciuent el des obstacles que les empereurs payens n'avaient pu surmonter, et de ceux qui étaient survenus depuis la conversion de Constantin, il crut que le plan de persécution qu'il méditait , dilTérent de ceux qu'on ayail suivis jusqu'alors , serait plus funeste au christianisme ; et l'histoire nous assure que, si dans les premières années de son règne il n'avait travaille que sourdement et par des voies détournées à l'exécution de ce plan , il était déterminé à lever entièrement le masque , eï à ne garder plus de mesures avec les chrétiens , après avoir achevé la guerre des Perses.
5° La destruction du chrislianisme paraissait infallible sous un tel prince. Mais le Roi des rois avait fixé un terme à sa persécution. Ce terme était prédit dans la même prophétie de Daniel. Les saints qu'il foulera aux pieds seront livrés entre ses mains un temps, deux temps, et la moitié d'un temps. Et iradeiitur in manu ejus usque adCijIempus, et tempora, et dimidium temporis. On retrouve la même expression dans le chaphre douzième de l'Apocalypse, où la femme (3), qui figure l'Eglise, est nourrie au désert un temps, deux temps, et la moitù! d'un temps. C'est visiblement dans l'un et l'autre texte le nombre de trois ans et demi ; et si l'on en demande une freuve plus claire , elle est dans le même chapitre , où il est dit q'ie la nicme femme a un lieu prépari dans le dé-
(1) Dan. 7,23.
(2) Dan. 7. 23.
(3) Apoc. 12, 14.
ijtf: (oNVAi.Nci r l'Ui i.ts I'Iiomiltils. ru
tfrl (I), pour ij être iirurrie douze cent loizante juurs. Ce nombre, exprimé ailleurs (2) dans l'Apocalypse par Celui de quarante-deux mois, revient netteincnl i celui de trois ans el demi. Il ne faut pas croire que dans cette énumdration si souvent répétée , saint Jean , connue Dar.icI , ait voulu marquer un W-nqis précis, qui ne fût ni moindre ni plus long que trois ans et demi. On sait que parmi les Hébreux le nombre de sept était un nombre complet. De là vient qu'ils comptaient des semaines, liebdomades, ou des septénaires d'années comme de JDUrs , usage qui n'a pas été inconnu aux autres nations. Ainsi, quand les prophètes désignent une ilurce, en partageant en deux le nombre de sept , ils veulent parler d'un temps court , imparfait, abrégé, et qui, par le retranchement d'une partie de sa durée naturelle , n'est pas arrive au terme qu'on lui destinait. C'csi en ce sens que l'apôtre saint Jean rebai en tant de manières le nombre de trois ans et demi , la moitié d'une semaine d'années; et que le prophète Daniel, son original et son modèle, a prédit que les saints, peisécutés par le roi qu'il dépeint , seraient livrés entre ses mains un temps, deux temps, el la moitié d'un temps. Si l'on voulait complf^r tout le temps qui s'écoula depuis la proclamation de Julien, en qualité d'Auguste et d'empereur, jusqu'à sa mort, on trouverait à peu de chose près l'espace déterminé de Crois ans et demi. Mais à parler exactement , il ne persécuta le christianisme qu'après être devenu paisible possesseur de tout l'empire romain par la mort de Constance. Celle persécution dura un peu moins de deux ans; et cette durée s'accorde très-bien avec l'idée que les prophètes nous donnent du nombre de trois ans et demi. Dieu, qui arrête les flots de la mer sur le sable de son rivage, ne permit pas que Julien exécutât tous ses projets. 11 l'enleva dans la (leur de son .ige , après un règne très-court ; et par sa mort prématurée , il délivra l'Eglise chrciienne du plus dangereux persécuteur sous lequel elle eût encore gémi.
C Ce fut aussi la dernière persécution qu'elle éprouva dans l'empire romain. L'idolâtrie, abattue par la mort de Julien, ne se releva plus. C'est ce qui est marqué dans la même prophétie de Daniel. 11 voit qu'après que les saints auront été opprimes pendant trois ans et demi , le (ô) jugement se tiendra , ta puissance sera ôtée à leur persécuteur , il sera brisé el périra à jamais. Le royaume, la puissance et la grandeur de l'empire qui est sous le ciel sera donnée au peuple des saints du Très-Haut , dont le règne est éternel et à qui tous les rois obéiront. Voilà, s'il est permis de pénétrer avec un humble respect les secrets conseils de Dieu , la véritable raison pourquoi , dans un tableau prophétique de l'empire romain, Julien a été seul représenté, parmi tous les empereurs païens qui l'ont gouverné, sous la figwe de celte corne mystérieuse, observée avec tant de curiosité par le prophète Daniel,
(1) Apoc. 6.
(2) Apoc. 11.2; ibid. 13, 5.
(5) Dao 7, 2G, 2-!.
Rien ii'étail en eCfet plus remarquable qu'un prince rcssustiianl ridolâlric accablée sous les règnes prccidenls , et livrant au chrislianisme une guerre d'une nouvelle espèce , qui , bientôt terminée et suivie d'une (•Inrnelle paix, devait lui laisser la liberté d'eMcrniiner, dans l'empire romain, le culte des fausses divinités.
Tous ces rapports sont justes, dira-t-on; mais les principales circonstances manquent. Où sont les dix rois qui ont rogné avant Julien? Où sont les trois rois qu'il a vaincus et humiliés'? C'est uniquement à ces marques qu'on peut reconnaître la petite corne formée sur la tête de la quatrième bêle au milieu des dix autres , et en présence de laquelle trois des premières furent arracliées.
Il y a deux manières de répondre à celte question. On peut dire en premier lieu que ces dix cornes et ces dix rois sont les dix empereurs romains qui ont perséculé le christianisme avant Julien. Saint Augustin les compte et les nomme (!) dans son livre de h) Cité de Dieu , Néron , Domiiien , Trajan , Anionin , Sévère, Maximin, Dècc, Valérien, Aurélien et Dioclclicn. Saint Augustin ne comprend dans ce nombre que les empereurs qui commençaient de nouvelles persécutions, après les intervalles de repos que Dieu Kccordait de temps eu temps à son Eglise , et ceux dont les noms étaient écrits à la icic des édils de persécution.
Suivant cette interprétation, les trois cornes ou les trois rois arrachés en présence de Julien , sont les trois fils de Constantin le Grand , Constantin , Constant et Constance. Les deux premiers régnèrent peu et périrent d'une mort violente. Constance, qui leur survécut et réunit leurs ctals.à la portion de l'empire qui lui était d'abord échue , mourut assez jeune , et dans un temps où Julien le menaçait d'une guerre dont le succès était incertain. Julien succéda aux trois frères, contre l'attente de tout l'univers. Car était-il vraisemblable qu'ayant été tous trois mariés, aucun d'eux ne laissât de postérité , et que leur succession ira recueillie par un prince exposé d.ans son enfance audanger d'être tué, et condamné dès lors à la retraite et à une vie privée. Julien fut plus puissant , plus redouté, plus absolu que les trois fils du grand Constantin, SCS prédécesseurs. 11 les méprisait souverainement , et ne perdait aucune occasion pour décrier leur mémoire. C'est ainsi qu'on peut dire que trois cornes de la quatrième bête ont été arrachées devant lui , et qu'il a humilié trois rois.
Cette explication est beaucoup plus naturelle et plus soutenablc que celle qui attribue à Antioclius Epipliane l'accomplissement de cet oracle. Celle-ci a le défaut essenliel, déjà remarqué, de ne pouvoir trouver dix rois dans l'empire des Séleucides ; cl au lieu de chercher dans ce même enipire, comme l'analogie (lu texte le demande, les trois cornes arrachées , elle s'arrête aux maux qu'Antiochus a faits à l'Egypte ,
(<) De Civil. Dei, lib. 8, cap. 52, n. J.
gouvernée par les deux Ptolémces, Philométor et Evergète second ; à l'Arménie, dont Artaxias était roi; à la Palestine habitée par les Juifs. J'avoue néanmoins que la réponse qu'on vient de voir à la question proposée ne me satisfait pas.
On pourrait d'abord incidcnler sur le nombre des persécutions qui ont précédé celle de Julien. Sulpice Sévère n'en compte que neuf (1). Le nombre de dix, marqué par saint Augustin, est susceptible, sous différents points de vue, d'augmentation ou de diminution. Indépendamment de cette difficulté, en voici deux accablantes à la vérité pour le système de Porphyre et des inlerprèies qui ne veulent voir dans cet endroit de Daniel qu'Antiochus Epiphane , mais qui ne sont guère moins pressantes contre ceux qui expliquent les dix cornes de la quatrième bête , des dix empereurs idolâtres, persécuteurs avant Julien du christianisme , et les trois cornes arrachées , des trois fils de Constantin.
Ce n'est pas seulement ces trois dernières cornes que la onzième , si petite dans ses commencements , doit ensuite surpasser en puissance. Ce sont les dix premières , au milieu desquelles cette corne victorieuse a été formée , et majiis erat cœteris. Ce qui fait qu'en dévoilant ce mystère, l'ange dit expressément à Daniel que le nouveau roi qui s'élèvera après les dix autres sera plus puissant qu'eux : El alias consurget post eos,el ipse polcnlior erit prioribus. Il est bien certain qu'Antiochus Epiphane a été inférieur en puissance à son père Antiochus le Grand, que les Romains dépouillèrent d'une partie considérable de ses états, et aux autres monarques pi us anciens qui avaient régné en Syrie depuis Sélcucus Nicator. Mais aussi comment peut-on dire que Julien ait été plus puissant que tous les empereurs païens qui ont perséculé avant lui le christianisme, que Trajan, par exemple, qu'Antonin, que Sévère, que Dèce, qu'Aurélien, que Dioclélien même, quoiqu'il se fût associé Maximien '>
De plus , les trois cornes arrachées ne doivent pas être prises au hasard parmi les princes ou les étais qu'on voudra choisir. Elles sont du nombre des dix premières que Daniel a vues sur la tête de la quatrième bêle : El tria de coriiibus primis émisa sunl à facie ejiis. Ce trait ne convient pas aux victoires d'Antiochus Epiphane sur des rois tort différents des Séleucides , ses ancêtres. Par la même raison , il ne désigne pas les trois fils du grand Constantin, auxquels Julien succéda. Ces trois empereurs n'ont point persécuté la religion chrétienne, et ne font point partie des dix premières cornes.
J'ajoute , et c'est un vice particulier à cette seconde explication , que Ju'ion n'a jamais vaincu ni Constantin ni Constant, nions avant qu'il fût César, ni n.ême Constance , qui mourut lorsqu'ils étaient sm le point de terminer leur querelle , ou par une bataille , ou par des voies de conciliation. On abuse des termes en confondant une succession inespérée et un mépsis
(!) Sulp. Sev. llisi. Sacr., lib. 2.
817 ï'.\(U l\. ilIKOL. F,\I:<;LT. -LI.M:»KIHi déclarO (tout lu iiujnioiro do sos irois priytcosscurs avec- riiuniili;uion îles trois rois (ircdile par Daniel : El Ira Ttijes humiiiatiil. S'il avait été dit auparavant que le» trois cornes ont été arrachées en présence de la petite , erutia mut à fucie ejtis , c'est un liébraîsnic semblable à ces expressions coniiuunes dans l'Ecrilure. I.ts lioniuies périront à la face de l'é|H'e ou de la l'aini , à (ucU gLulii, à facie famis , pour exprimer les rava(;es causes par ces deux (leaux. 11 ne sullil doue IKis , pour verilier cette partie de la prédiction , (lue trois cornes reprcseiitanl Irois rois aient disparu devant Julien, sans qu'il ait contribué à les abattre. Il faut que , par la force de ses armes , il les ail réellement vaincus.
(.'.Iierclions donc une autre explication qui évite tous ces inconvénients. .Mais pour montrer la justesse dccclle que nous adoptons, il est indispensable de conférer la prédiction de Oaniel avec celle de saint .'taî(, dans les chapitres 15 et 17 de l'Apocalypse. L'Apôtre a vu, coiunie le prophète, une bête qui avait dix cornes. Ce n'est pas cette circonstance seule qui me persuade que le même objet leur a été représenté. Ils parlent l'un et l'autre de l'enipire romain. On l'a prouvé démonstraiivement de Daniel, l.a chose n'est pas moins certaine à l'égard de saint Jean.
Les sept têtes de la bête (l) qu'il voit sont sept montagnes. On ne peut méconnaître Rome à ce caractère. Les eaux (2) d'où s'élève la bète sur laquelle est assise la prostituée , sont les peuples et les nations qui avaient subi les lois des Romains. Celte même prostituée , que saint Jean ne sépare pas de la bète qui la porte , est la (3) grande Cité qui règne sur tous les rois de la terre. 11 n'y en avait point d'autre quand saint Jean écrivait , il n'y en a pas eu depuis lui , que la ville de Rome. Yoili ce qui est clair dans sa prophétie , pleine d'ailleurs des plus sublimes mystères. 11 n'est pas douteux qu'à l'exemple du prophète Daniel, il n'ait envisagé l'empire romain dans le spectacle étonnant qui a été offert à ses yeux.
Après cela , qu'il y ait eu quelque différence entre les deux bètes que Daniel et que saint Jean ont vues, que l'une n'ait qu'une tète, et que l'autre en ail sept , pour marquer plus pariiculièrement un caractère dislinctif de la ville de Rome , et en core le partage de l'empire romain entre sept princes, dans le temps de la persécution de Dioclétien ; que la première ait des dents et des ongles de fer, et une. figure qui ne pouvait être comparée à celle d'aucun animal connu , et que la seconde ail le corps d'un léopard , les pieds d'un ours , la gueule d'un lion ; qu'il y ail sur la bète de saint Jean une femme prostituée , velue de pourpre et d'écarlale , couverte d'or et de pierreries, lésant en sa main une coupe empoisonnée, ivre du sang des martyi-s, et qu'il n'y ail rien de pareil sur celle de Daniel ; ces différences et d'autres qu'on omet ne poctenl pas sur
(1) Apoc. 17, 9.
(2 Ibid. 17, 15.
(3 Ibid. 17 18.
iTK c().nvai.m;i i; I'au les puopiiliiks. kih
le fond. Le prophète a vu principalement , selon lu lin de sa révélaiiiMi , l'rnipire ronuin comme guerrier et con(|uérant, comme engloutissant par ses conquêtes Ii-s empires préei'deiits ; et ce n'est (|u'à l'occasion du cinquième empire s|)jrituel (pii a remplacé les quatre premiers, qu'il parle énigmatii|iiemi-iit d'une des persécutions que lu véritable religion doit souffrir dans l'empire romain. L'Apôtre, supposant la grandeur et les conquêtes de Rome , la considère uniiiuemcnt comme idolâtre, comme idole elle-même, comme persécutrice de l'Église chrétienne, et digne par tous ces crimes de l'affreux ch:\liment que Dieu lui avait préparé. .Mais c'est toujours le même empire dont ils sont tous deux occupés; d'où il me semble qu'on doit conclure que les dix cornes qu'ils ont vues l'un et l'autre ont la même signification.
Celles de la bêle de Daniel désignent dix rois du quatrième empire : Porrbcormia decem, ipsius regni (i) decem reges erunt. Celles de saint Jean marquent ausï^i dix rois : Decem cornua quœ vidisti decem reges sunt (2). Les dix rois dont parle l'Apôtre, sont donc les mêmes qi:e ceux qui ont élé annoncés par le prophète. Or, quels sont les rois dont il est fait mention dans l'Apocalypse'.'
Ils ont deux caractères qui paraissent fort opposés. Ils sont les dix cornes de la bête et lui appartiennent en celte qualité, puisqu'i/i (3) lui donnent leur force et /«ir puissance. Cependant ils la haïssent , ou , ce qui est la même chose, la prostituée qu'elle porte ; et il viendra un temps où ils la réduiront dans la dernière {i\ désolation, ils la dépouilleront, ils dévoreront ses chairs, et ils la feront brûler au feu. Plus cette cpposition est étrange au premier coup d'oeil , plus elle indique , examinée de près , un événement célèbre dans l'empire romain. C'est l'inondation des peuples barbares sortis des pays septentrionaux , qui se répandirent dans les terres de cet empire. Ils étaient ses ennemis (5), ayant tous le même dessein, comme il est dit dans ce chapitre, de s'enrichir du pillage de ses provinces , et de lui enlever celles où ils trouveraient un établissement plus commode. Les rois néanmoins qui commandaient ces colonies errantes de guerriers , ne laissèrent pas d'entrer dans l'alliance, et de se meiire même à la solde des empereurs romains, qui les honorèrent souvent des dignités de l'empire, cl choisirent quelquefois parmi ces barbares les généraux de leurs troupes et les ofliciers de leurs palais. Les armées romaines étaient remplies de ces soldats étrangers et mercenaires , dont la valeur soutint quelque tcnii^'S l'empire sur son déclin. Mais ces dangereux alliés ne perdirent pas de vue leur premier projet. A la fin ils détruisirent l'empire romain dans sa source, je veux
(1) Dan. 7, 21.
(2 Apoc. 17, 12.
(5) Et virtuiera et poleslatein suam bestiœ iradeni. Apoc. 17, 13.
(i) Hi odient fornicariam , et desolalam facic». ilhm. et nudam, et carnes ej:is mandoeahuni, el ii!sar;î igni concremabunl. Apoc. 17, 10.
(5) Hi unum caisjlium hahent. Apoc 17, 13<
f Î'J ŒL'VnriS COMPLETES DF
dire dans l'OccidcRl ei dans Rome mémo, sa capitale, non-scuIemcnt par leurs courses ci leurs brigandages qui l'épiiisèront , mais par le dcmembremenl des conlrces où ils établirent leur domination sur les ruines de la sienne. LesGoths, peuple le plus puissant Cl le plus nombreux de ces barbares échappes du Nord , assiégèrent deux fois Home , la saccagèrent , firent périr ou emmciicrcnt en captivité la plupart de ses habitants, livrèrent aux flanmies ses plus beaux édifices, et aceomplirenl ainsi , dans toute son étendue, la prédiction de saint Jean (I).
Rien ne nous oWige à réduire précisément au n ombre de dix ces peuples qui, s'étant introduits dans l'empire romain, en furent tout h la fois les alliés ei les ennemis , les appuis et les destructeurs. La précision des nombres no doit être scrupuleusement re- «■•Iierehée dans les prophéties , que lorsqu'elle en est la clé. Mais si de grands traits , des traits dont l'application n'est pas équivoque , en fixent et en déterminent le sens, on peut négliger cette exactitude, comme n'étant pas du dessein de Dieu. C'est ce qui pst d'autant plus croyable dans cette occasion, que le nombre de dix est encore un de ces nombres complets qui marquent souvent la multitude et l'universalité. En eCfet, le nombre de ces nations, dont le débordement fut fatal à l'empire romain , est considérable. Toutefois , s'il était nécessaire , on le réduirait à dix sans beaucoup d'efforts. En ne comptant , 3'J^ leroies de la prophétie, que les peuples qui ont fcmdé des rojaumes plus ou moins durables dans l'empire romain , après Kavoir tour-à-tour ravagé et servi , on trouve les Goths, les Francs , les Vandales, les Suèves, les Alains, les Dourguignons, les Allemands, les ilérules, les Lombards, les Saxons.
Nous savons maintenant ce qu'on peut entendre par les dix cornes de la quatrième bête de Daniel. H ne nous sera pas difficile de développer les rapports que le prophète leur donne avec Julien , désigné par une corne nouvelle formée au milieu des dix autres, petite dans sa naissance, plus grande ensuite, et plus puissante que les premières, arrachant trois d'entre elles, ou, comme on l'explique, humiliant trois rois du nombre de ceux que les dix cornes représentent.
Le tyran Magnence s'était fait déclarer Auguste dans les Gaules. Une partie de l'Occident l'avait reconnu. L'empereur Constance crut faire une diversion avantageuse, en sollicitant les barbares qui habitaient les bords du Ubin, d'entrer sur les terres de iVmpire, pour partager les forces de Magnence, tandis qu'il marchait lui-même contre lui. Cette diversion réussit. L'usurpateur fut vaincu et périt malheureusement. Mais Constance ne tarda pas à s'apercevoir que sa politique, utile pour i)n temps, avait eu its suites les plus pernicieuses. Les barbares continuaient à ravager les Gaules, qu'ils ne voulaient plus
(1) Voyez dans le Commentaire de M. Bossuet sur l'Apccalypse, l'Histoire abrégée après l'explication du {•liapitre; et l'explication du clinpitre 17.
LEFRANC DE POMPIGNAIV. jj^
quitter. C'est ce qui détermina Constance à y envoyer Julien, qu'il éleva dans le même temps à la dignité de César.
Julien parut dans ces provinces avec des forces Irêsiiiférieures aux enneniis qu'il allait combattre. Jeune ciicSre, ne connaissant le gouvernement et la guerre que par les livres, dépourvu de tous les secours qu'exigeait l'importante expédition dont on l'avait chargé ; environné de rois barbares qui méprisaient également sa jeunesse et sa faiblesse, il était alors cette petite corne formée au milieu des dix autres : El ecce cornu aliud panulum ortmn est de medio eorum. Il confondit bientôt l'orgueil de ces rois. Il remporta sur eux plusieurs victoires, purgea les Gaules de ces troupes innombrables de brigands qui les infestaient, porta la gloire et la terreur de ses armes jusqu'au fond de la Germanie et au-delà des mers.
Si l'on cherche le nombre déterminé de trois daiis les ennemis qu'il vainquit, on peut le trouver, dans les trois pays où il fit la guerre par lui-même ou par sjs généraux, les Gaules, la Germanie, l'Angleterre; dans les trois peuples dont il repoussa les attaques, les Allemands, les Francs, les barbares des îles Dritanniques ; dans les trois rois qu'il ( 1) fit prisonniers, et dont il humilia l'audace, très reges liiimiliabit, Chnodomaire, Nébiogaste, Yadomaire. Mais, comme on a vu qu'il est beaucoup plus vraisemblable que le nombre de dix, dans cet endroit de la prophétie est un nombre indéfini, c'est une conséquence naturelle que, par ces trois cornes arrachées et ces trois rois humiliés, l'Ecrilurc ait voulu nous faire entendre que de tous ces royaumes alternativement déchaînés contre l'empife romain et engagés à son service, la moindre partie succombera sous les armes triomphantes de Julien.
Que si l'on demande comment ces guerres moins remarquables que beaucoup d'autres soutenues et glorieusement terminées par les empereurs romains, ont pu mériter une place dans une prophétie si ancienne, on doit répondre d'abord que celte question est superflue. Dieu fait prédire ce qu'il veut, et dans le temps qu'il le veut. Ce n'est pas à nous de sonder les raisons de ce choix. Cependant on entrevoit quo des victoires qui signalèrent avec tant d'éclat les talents et la valeur de Julien, qui lui concilièrent l'estime et l'affection dïs peuples et des soldats, qui lui frayèrent le chemin au tiône impérial et à cette vaste puissance supérieure aux forces réunies de toutes les nations barbares, entraient naturellement dans le port: ail d'un prince, objet intéressant d'une prédiction si éloignée. Les causes de sa grandeur élaienl annoncées; et quand on manifestait ensuite la terrible punition, donl il devait être fiappé, on apprenait aux hommes que l'impiété , qui ternit et qui déshonore des qualités héroïques, soumet les plus grands princes, comme les plui vils des mortels, à la justice vengeresse d'un Dieu à qui rien ne peut résister.
Le dernier refuge des incrédules est de dire que
(i ) Voyez la vie de l'empereur Jjilien, par M. l'abbé ilv la Ble'terie.
8il l'AUT. IX. TUEDL. ÏALC.I T.— L'LNCIll.Itl 1 loule cfUi- i'\plkaiiun ii'oîl après loul iiu'uii lissmlo coiiicclurfs, «(K'ciewc» |K>un.Hro, iii;iis irop au-dcssuus d'une parlaiie ceilituile pour dissiper les doutes cl capiiver les esprits. J'en eonviens à l'égard de. celle projilictie de Uaiiii-I, où il s'agit des dix cornes de la (jiiatriènie bOle, et de roiiiioiiie corne (jni arrache trois des premières. .Mais nue les incrédules se souviennent que j'ai commencé par établir do la manière la |ilus convaincante que celle quatrième béte dcsigiie l'empire romain. Ils auraient pu me reprocher un silence affeelc, si, me bornant à ce qui l'a- Turise mon eiplication, j'avais dissimulé ce qui peut 4ui paraître contraire. Mais ils n'ont pas dû s'attendre «pie des réponses à une objection égalassent les preuves en ecrtiiuJe et en évidence. Les preuves produisent leurciret par elles-mêmes et indépendamment de ce qu'on peut penser sur les dilliculles. Dès que ces preuves ont acquis par leur force le degré de déuionslration, elles sulliseni pour rendre incontestable le sentiment en laveur duquel on les allègue. Les objections qui le combattent ne peuvent lui enlever les <lrolts qu'il a déjà sur une àmc sincère et sur un esprit jusle. Ne fussent-elles susceptibles d'aucune soliiiion apparente, elles ne sauraient balancer le poids insurmontable d'une preuve démonstralive. A plus forte raison la conviciion opérée par des preuves de celle espèce deuiGurc-t-ellc en son entier, lorsqu'oa donne un dénouement plausible aux objections. L'évidence n'est plus nécessaire alors, parce qu'il n'est question que d'écarter les obstacles à une croyance d'ailleurs indispensable ; et l'on fait même plus que n'exigent les lois de la controverse, quand on ajoute à la certitude dans les preuves la vraisemblance dans la solution des ditlicuUcs.
Le mélange de la clarté avec robseuritc doit encore moins étonner dans une prophétie que dans tout autre matière. Les molife de ce mélange om déji été exposés. Dieu, qui dispense selon les vues profondes de sa sagesse la lumière propliélique aux hommes chargés d'écrire ses oracles, en distribue aussi l'intelligence, selon les mômes vues, à ceux qui les lisent. 11 y a souvent dans ces prophéties des traits qu'il laisse longtemps cachés sous d'épaisses ténèbres, se réservant d'en découvrir le mystère, quelquefois ici-bas, et certainement dans le ciel, où la manifestation des secrets de la parole divine fera une partie de la joie et du bonheur des saints. Mais quand il a destiné ces mêmes prophéties à servir de fondement à notre foi, il y a toujours mis quelques traits éclatants qu'il est impossible de méconnaître. Telle est celle de Daniel que noiis examinons. Tous les détails n'en sont pas également connus. On peut expliquer diversement avec plus ou moins de probabilité le fer et l'argile mêlés dans les pieds de la slalue, et toujours divisés malgré leurs alliances, les dix cornes de la quatrième bête au milieu desquelles s'élève une autre corne , petite dans sa naissance, supérieure dans ses progrès aux dix premières, et victorieuse ia trois d'entre elles, .\ussi n'est-ce point par cespar-
ITL CO.W.XI.NCl I. l-AIl IIS l'IlOI'lILTIl.S. 8M lies de la prédieUou (|ue nous prétendonn conTondie les inercduh'S. C'est assi 7. pour nous qu'ils ne puissent s'en prévaloir contre lu vérité de l'oracle. .Mais la suecession des quatre empires est évidente dans le texte de Daniel. Il est démontré (|ue le (luatrièmc métal de la statue et la (|uatrième béte reprcsentenl l'empire romain, conmie les trois premieis luéiaux cl les trois premières bêles figurent les cnqjiresdes Assyriens, des F'erses et des Grecs. C'est ;i ce côté lumineux de la prophétie que nous ramenons les incrédules; et si nous ne leur offrons sur le reste que des conjectures, qui peuvent néanmoins les satisfaire, c'est sans préjudice de la démonstration qui doit les convaincre.
Quiii qu'en ait pu dire Porpliyn?, voilà dans le livre de Daniel une prophétie dont l'accomplissement est postérieur au temps d'Antiochus et des Machabées. L'empire des Grecs subsistait alors en Egypte sous les Lagides, en Syrie sous les Séleucides. L'empire romain n'avait pas encore détruit ces deux monarchies, comme il l'a fait depuis. Ainsi le temps du troisième métal de la statue et de la troisième bèie n'était pas passé. La quatrième béte, quoique déjà trèsredoutable, n'avait pas acquis toute la force qu'on lui avait prédite. Mais surtout le cinquième empire plus durable cl [Jus étendu que tous les autres, figuré par la petite pierre détachée sans main d'une mont.-igne. destiné par l'Ancien des jours au Fils de l'homme et à ses saints, cet empire, dis-je, n'avait point paru. Le quatrième métal et la quatrième îiète, représentant l'empire romain, semblaient éire bien éloignés de la chute qu'on leur annonçait. En reculant cette prophétie. Porphyre gagnerait peut-être trois siècles. Mais trois siècles retranchés ne la rendraient pas moins divine. 11 n'était pas plus possible dans le temps des Machabées, que dans celui de Daniel, de connaître humainement la ruine du royaume des Grecs, celle de l'empire romain, et rétablissement de l'Eglise de Jésus-Christ.
Oublions à présent les vaines imaginations de Porph}Te, qui ont été assez réfutées, et tournons toute notre attention sur les admirables découvertes que Daniel a faitesdans l'avenir. Quelle multitude et quelle variété d'événements renfermés en peu de paroles! Une seule statue est pour lui le tableau raccourci de l'univers. Un groupe de quatre animaux lui retrace la même image ; et toute la suite des siècles se développe en un instant à ses yeux. Témoin de la puissance et des richesses de l'empire assyrien, il n'en prédit pas r^i-ins sa chute au roi même de cet empire, à ÎS'abuchodonosor , le plus superbe de tous les princes. Conservé dans ses emplois et dans sa faveur par les rois du second empire, il ne rélracte pas ce qu'il avait écrit sur sa ruine future ; et c'est sous le règne de Darius le Mède, oncle de Cyrus, qu'il prophétise de nouveau les victoires d'iUcxandie , si funestes aux Mèdeselaux Perses. Au moins connaissaitil par lui-même ces deux premiers empires. Mais s'il avait entendu parler des Grecs", qui n'étaient alors connus dans l'Orient que par les voyages de quelques
uns de leurs philosophes, comment a-l-il pu deviner que d'un pays si pauvre, si resserré, partagé en tant de petits états, si étranger à l'Asie, il sortirait un conquérant destructeur de la monarchie des Perses? Qui lui a appris que les Uoinains, dont le nom était ignoré hors de rilalic, où môme leur ville ne faisait (jue de naître, commanderaient à toute la terre, et par leurs conquêtes effaceraient la gloire des empires précédents ? Enfin qui lui a montré un royaume d'une espèce toute différente, fondé sans armes, sans trésors, sans négociation, plus rapide néanmoins dans ses progrès, plus considéraLle dans son étendue, plus long dans sa durée, que les monarcliies dont il a pris la place ?
Le prophète nous invite par son exemple à rendre hommage à l'È'.re souverain, i/mi i-liar-ge les temps (1) et les siècles, qui transfère et qui établit les roijaumes, qui révèle les choses les plus cachées, qui connaît ce qui est dans les ténèbres. Daniel parlait ainsi sur la seule assurance que lui donnait une révélation des événements ligures par la statue de Nabuchodonosor. Il réunissait dans les tiansports de son zèle et de sa reconnaissance les deux attributs de Dieu que cette révélation lui manifestait, son intelligence sans bornes, et sa toute-puissance. Combien plus l'un et l'autre ont-ils éclaté dans les événements mêmes que Daniel n'a vu que de loin ? Quel autre qu'un Dieu a pu changer si souvent la scène du monde, et substituer de nouveaux empires à ceux qui disparaissaient ? Quel autre que lui a pu déclarer tant de siècles auparavant ces étonnantes révolutions? Que tardons-nous à nous écrier avec le prophète : Béni soit le nom du Seigneur qui possède la sagesse et la force (2). Ou si ce tribut de louange et de bénédiction est un langage encore trop étranger pour les incrédules, peuvent-ils au moins refuser leur soumission et leur respect à des effets si visibles de la providence et de l'inspiration divines?