I.ITi; CONVAINCIE P.\R LES PnOPIirTIES
ensemble les buiianle-dix icmaincs d'abord exprimées , conimencenl à Vordre donné pour rebâtir Jérusalem : Ab eiitu sermonis, ut iteriim a'di/icelur Jenitatem, usquead Chrislum itucem, liebdi mmlesseplem el
hebdumades scxaginta duœ eruni Coi/iiniubil autcm
pactum multis hebdomadà unà. D'où il suit que ni les sept premières semaines, qu'il détache contre toute raisiin des autres, n'ont pu commencer à la lévélation de Daniel , ni les soixante Irois snivanles , à la ruine du tenqile et de la ville de Jérusalem fous Nabuchodrjnosor. Je demande seulement au chron(diigis:e anglais qu'il me montre dans l'inierprciaiion qu'il adopte un csjiace continu et successif de ^DO années. Il ne le |ieul , et aussi ne le tcnle-t-il piiS. I.e plus long intervalle (ju'il découvre esl de 44 i ans, c'est-àdire de soixanie-trois semaines et demi , dqmis la première destruction du temple de Jérusalem , jusqu'à sa purification par Judas .Machahée. Ainsi , les soixanlc-dix semaines , si exactement sujiputées par Daniel , réduites à leur juste valeur par son interprète, n'en font plus que C5 ; 443 ans font autant que 400. Les sept semaines nommées les premières commencent 21 ans plus lard que les soixante-trois qui les suivent. Celles-là sont comprises dans celles-ci, et ce n'est que par ce double emploi qu'on vérifie le compte des soixante-dix semaines. Est-ce donc là celle sagacité, cette justesse de raisonnement lant vantées par les parlisans du chevalier Marsham? Et ne vaudrail-il pas mieux dire ouvertement que Daniel, ou plutôt l'ange qui lui parlait, s'est trompé , que de recourir à un pareil dénouement, pour concilier son discours avec la vérité de l'hisloire et avec la chronologie ?
5° L'auteur anglais l'ail partout une violence manifeste aux paroles de Daniel , pour les ramener à son sens. Le Christ , ce c/ie/" auquel les sept premières semaines se terminent selon lui, esl Cyrus, roi des Perses, qui délivra les Juifs de leur capiiviié, ou, si l'on aime mieux, Zorobabel et le grand prêtre Josué, appelés tous les deux par le prophète Zacharie, 4 , 14 ,
le même Daniel exprimer Irois ans et demi par un lenips , deux temps , et la moitié d'un temps, c'esl-àdire une année , deux années et une demi-année , ce qui a élé imilé par S. Jean dans l'Apocalypse. H n'est donc pas nécessaire de chercher la raison qui a pu engager Daniel à partager le nombre d'abord proposé de S(jixante-dix semaines en trois ; savoir, sepi, soixante deux , et une. Marsham n'a pas dû se pnvaloir de celle division , pour séparer les sept premières des suivantes. Cependant il y a sur cela une conjecture assez plausible. Daroel conque d'al ord sept semaines, parce que la réédilicalion de Jérusalem fut enlièrement achevée dans les quaranie neuf premières années. Il compte ensuite «oixanle-ilenx semaines, parce que le .Messie pa'ut et fol iiislallé dans ses lonclions après ce temps écoulé 11 compte une dernière semaine, parce que ce fui dans les sept années qui icrminèrenl les 490 , que le Messie exerça son ministère, qu'd lut misa mort, que les sacrifices de l'ancienne loi lurent abolis, et que ^on alliance fui confirmée avec un grand nombre de Juifs convertis par ses apôtres. Chaque terme est marqué par s(ai événement. .Mais, quoi qu'il en soit du motif de celte partition , elle ne saurait jamais dindnuer l'inlégriié ili; nijjiilirB dessoi\ant«MJiJ t«niaines.
tes enfanls de fonction, pour avoir conlribué, chacun selon son pouvoir , au rétablissement du temple de Jérusalem. Bientôt après, le même Christ, dont la mort est prédite , occidelur Christus, n'est plus une personne : c'est le temple même souillé par Antiochus, et les sacriûces interrompus. Cette consommation et cette expiation du péché, cet accomplissement final des projiliéties, cette arrivée de la justice éternelle , caractèi-cs si énergiques et si distinctifs du Messie , tout cela n'est, aux yeux de Marsham, que le retour des Juifs dans leur patrie, après un exil qu'ils avaient mérité par leurs péchés ; retour prédit par les prophètes , et qui a fait éclater la justice de Dieu : en quoi cet écrivain, outre l'abus des termes , se trompe doublement; et contre la vérité , puisque le retour des Juifs fut l'effet de la miséricorde , et non de la justice divine; et contre ses propres principes , puisque dans ce verset il s'agit de ce qui devait arriver à la lin des soixante-dix semaines : Septuaginta liebdomades abbre-
vialœ sunt ut consummetur prœvaricatio et ad-
ducatur jusiitia sempiterna, etc. Au lieu que le rétablissement des Juifs arrive, suivant Marsham, à la fin des sept premières semaines , c'est-à-dire, au commencement du règne de Cjtus. Celui qui doit confirmer son alliance avec plusieurs dans une semaine, est Antiochus Epiphane, qui, dans les sept premières années de son règne, épargna les Juifs cl leur temple. Voilh ce que Marsham appelle confirmer une alliance.
C'en est assez pour démontrer que les conjectures ni les calculs de cet auteur ne peuvent faire remonter jusqu'au temps d'Antiochus Epiphane et des Machabées l'accomplissement de cette prédiction de Daniel. Nous prouverons dans la suite aux incrédules qu'elle a été véritablement accomplie dans le temps de Jésus- Christ. Nous leur exposerons alors les diverses opinions des critiques qui se sont exercés sur la fameuse question des soixante-dix semaines, pour en déterminer le commencement et la fin. Il leur sera permis de choisir celle de ces opinions qui leur paraîtra la plus vraisemblable; et s'ils rencontrent partout des difficultés à peu près égales , ils s'assureront au moins qu'une différence de quelques années (car c'est à quoi se réduit tout ce partage de seniimenls) ne peut rendre équivoque une prophétie liée à des faits aussi connus que la mort de Jésus-Christ , l'établissement de sa nouvelle alliance , l'abolition des sacrifices de l'ancienne lui , la ruine entière de la ville et du temple de Jérusalem.
La même prédiction que nous venons de voir dans l'ancien Testament se trouve dans le nouveau ; et Jésus-Christ, qui a cité la prophétie de Daniel contre la ville et le temple de Jérusalem, lui a donné un nou vel éclat, en y ajoutant des circonstances qui n'éiaien. p.is encore prédites. Il a parlé des malheurs de Jérusalem en quatre occasions.
La première, lorsque, entrant dans cette ville au milieu des acclamations de ses habitants, il ne inii rc-
LEFRAJSC DE POMPIGNÂN. 852
tenir ses larmes sur elle, et s'écria : Ah (1) si tu connaissais en ce jour la paix que je viens t'apporter ' Mais tout cela est caché à tes yeux. Il viendra des jours sur loi. Tes ennemis feront autour de toi une circonvaltation. Ils f environneront , et te serreront de tous côtés. Ils te renverseront par terre avec tes enfanls qui sont au milieu de toi. Ils ne te laisseront pas pierre gut pierre , parce que tu n'as pas connu le temps de ta visite.
Dans une autre occasion Jésus-Christ, indigné de la malice et de l'hypocrisie des Pharisiens, leur déclara que tout (2) le sang des justes répandu sur la terre depuis Abel jusqu'à Zacharie, Cls de Barachie, avec celui des prophètes et des sagas qu'il leur enverrait lui-même , et qu'ils mettraient à mort, leur serait redemandé ; et que celte vengeance retomberait sur la génération qui vivait alors ; et il ajouta ces paroles rapportées également dans l'Evangile (5) de S. Luc : Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes , et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et lu ne l'as pas voidii. Yoi'.à que votre maison va devenir déserte.
En troisième lieu, les disciples de Jésus-Christ voulant lui faire admh-er la superbe structure du temple, il leur répondit (i) : Vous voyez cet édifice, il n'y restera pas pierre sur pierre. Interrogé ensuite sur le temps et les signes avant-coureurs de cet événement, il les avertit qu'il s'élèverait d'abord de faux christs et des prophètes séducteurs, que des bruits de guerra se répandraient partout, que les nations s'armoraieiit les unes contre les autres ; que ce fléau serait suivi «Je pestes, de famines , de tremblements de terre ; qu'ils seraient eux-mêmes persécutes et livrés à la mort en haine de son nom ; et qu'ils connaîtraient enfin la ruine prochaine et inévitable de Jérusalem, lorsqu'ils verraient l'abomination de la désolation prédite par Daniel, placée dans le lieu saint, ou comme S. Ma;c s'exprime, dans l'endroit oit elle ne doit pas être, ce qui est encore expliqué plus clairement dans S. Luc par (S) l'itwestissement de Jérusalem. En c.Tct, les ai>proches de l'armée romaine, et l'assiette de son camp autour de cette ville , firent paraître pour la première fois dans la Terre-Sainte, et surtout auprès d'un lieu consacré au culte du Seigneur, les enseignes romaines, qui étaient de véritables idoles. Jusqu'alors on avait épargné aux Juifs cet odieux spertacle. Dès ce moment les chrétiens devaient comprendre que l'arrêt prononcé contre ce peuple allait s'exécuter. On les avertissait de ne plus différer leur fuite, et de sortir précipitamment d'une ville condamnée à périr. Il ne manquait à une prédiction si détaillée que le temps de son accomplissement. Jésus-Christ le fixa , en as-
(1) Luc. 19,41 etseq.
(2) Matth. 23, 34 et seq.
(3) Luc. 13,34.
(4) Matth. 24. Marc. 13. Luc. 21.
(3) Cum autem vidcn'iis circuniil.iH ali exereitu Jérusalem, fiiiic scilotc quia appr'j»n'|iinvil désolalio fjn'î. l.MO. 21,20.
sr.i i>Ai\i. i\. niLOL. K\Ki;i.i. LiM.m:i»LLni; i.o.wai.m.lk I'au lks i-uopiiktiis. k.-.i
■uraot que lu tî>'nt'rutii)ii qui vivait alors iio passe-, rail |>aii avant que tout ce (|u'il avait prédit nu fût accompli.
(Jualrit^nieiiient enfm, Ji'sus-Clirisl, enlendunt les soupirs et Us lauieiitaliuiis ties IViiiiiies qui l'aecoiii|iagnaient au supplice, se tnunia vers elles, ei leur (lit (I) ; Filles lie Jérusalem, ne pleurez pas sur moi; i/Ki.j pleura pluldl sur vous et sur l'os e»/iiiiM. Ciir les jours riemlroiil oii Con dira : Heureuses tes femmes stériles, dont les entrailles n'ont poiul engendré, et dont les mamelles n'ont pas allaité.
Il résulte (le ces quatre pnipluties que Jésus- Clirist a prédit avec évidence la desiniciion totale de Jérusalem et de son temple , les événements qui devaient la précéder , et le temps où elle arriverait. Si les incrédules veulent nialnieiiaiii s'assurer de l'exécution de toutes ces prophéties , qu'ils ouvrent les historiens. Ils y verront que peu de temps après la mort de Jésus-Christ et avant la dernière calamité des Juifs, cette nation, qui depuis plusieurs siècles paraissait désabusée de tous les faux prophètes , et n'en voyait plus paraître, fut tout à coup inondée d'un déluge d'imposteurs qui s'attribuèrent le nom de Messie, et s'attirèrent beaucoup de prosélytes. C'est le premier signe que Jésus-Christ avait donné à ses disciples , et une preuve , pour le dire en passant , que la nation était pcrsua<lée de la venue prochaine du Messie. Il;, y verront les malheurs publics annoncés par Jésus-Christ, les guerres civiles et étrangères qui désolèrent l'empire lionia.in dans toutes ses parties , les famines, les maladies contagieuses, les ireinblemenis de terre, et les autres fléaux qui l'afiligèrent : c'est le second signe qui! donna à ses disciples. Ils y verront la persécution déclarée au christianisme naissant, et les supplices inouis que souffrirent les chrétiens : c'est le troisième. La précaution que prirent les fidèles renfermés dans Jérusalem , d'en sortir aux approches de l'armée romaine, et de se retirer à Pella, ville située dans un pays (2) moniueux : c'est le quatrième. La circonvallalion que Titus fil f:dre autour de Jérusalem : c'est le cinquième. Ils y verront qu'après la pri=e de cette ville, toute la vigilance de Titus et son autorité sm- ses soldats ne piu-ent la préserver de l'incendie qui la réduisit en cendres, et consuma le temple où il ne resta pas pierre sur pierre : c'est ce que Jésus-Christ en avait prédit. Ils y verront enfin que depuis cette prédiction quarante ans s'étaient à peine écoulés ; et qu'ainsi la même génération qui l'avait entendue la vit accomplie. Quelle plus parfaite conformité peuvent-ils désirer entre des prophéties et les événements ?
Il y a deux questions à proposer sur cette prédiction. La première, si elle a pu être faite sans une lumière divine. La seconde, si elle a précédé l'événeraeiit.
On dira peut-être sur la première que Jésus-Christ
(1) Luc. 23, 28 et seq.
(2) Tnnc qui in Judx'à sunt fugiant ad montes. Wi'M!. 2i. l'J. Marc. 13, li. Luc. 21, 21.
f.av.iit l'impatience avec la(|uellc les Juifs supportaient un jciug étranger, et resjioir dont ils se llallaicnt de commander un jour ii ceux qui leur donnaient des lois ; (|u'il lui était facilt- de prévoir (|uc ces dispositions les entraîneraient t^iou tard dans une révolte, (|ui ne pouvait manouer île leur èlre fatale, par l'extrême dis|i(°oporiion de leurs forces avec celles des liomaiiis.
Je veux que cette révolte fût vraisemblable, quoiqu'il n'y ertt aucune raison de penser que les Juifs, qui avaient si longtemps obéi aux Perses et aux Macédonii'ns, dussent se soulever contre les Romains, dont la puissance était plus fornddable, et qui ne les inquiétaient pas sur leur religion, il fallait, ce semble, d'autres motifs pour les excitera une guerre si périlleuse, ou plutôt si téméraire, qu'une disposition ancienne parmi eux, et qui ne les avait pas empêchés de reconnaître plusieurs fois la domination d'un peuple idolâtre. .Mais accordons une vraisemblance sur le f(md, qui pourrait être contestée. La trouvera-t-on dans ce détail de circonstances que Jésus-Christ a prédites ? dans les prestiges et les progrès des séducteurs que les Juifs paraissaient si peu disposés à recevoir ? dans les tremblements extraordinaires dont la terre fut agitée? dans les fréquents ravages de la peste et de la famine ? dans ces guerres si funestes à l'empire romain '.' dans les horreurs où fut réduite Jérusalem assiégée par Titus ? dans la démolition entière de cette ville et de son temple ? dans le temps enfin où tout cela devait être accompli ? Des connaissances sur l'avenir si précises et si détaillées sontelles du ressort de l'esprit humain ? Et en attendant que les incrédules respectent comme Dieu celui qui parle à Jérusalem avec la tendresse d'un père, et l'autorité d'un juge suprême, peuvent- ils méconnaître la divinité de sa mission ?
La seconde question est encore plus aisée à résoudre. Il est démontré que cette prophétie de Jésus- Christ a précédé l'événement, 1° par la retraite des chrétiens qui se trouvaient à Jérusalem, lorsque l'armée romaine en fit les approches, lis connaissaient donc la prophétie qui leur avait donné ce signal de leur fuite. Les historiens ecclésiastiques conviennent qu'ils ne durent leur salut qu'à la promptitude avec laquelle ils exécutèrent l'ordre qu'ils .nvaient reçu. 2° Par le temps où les trois évangiles de S. Maiihicu, de S. Marc et de S. Luc, furent composés et répandus parmi les fidèles. L'histoire ecclésiastique atteste également que la publication de ces Evangiles précéda même de plusieurs années la prise de Jérusalem. Le seul Ev.ingile de S. Jean, où il n'est rien dit de cet événement, est d'une date postérieure.
Ce serait sans raison et contre toutes les règles de l'équité, que les incrédules rejetteraient le témoignage des auteurs qui nous apprennent des faits si positifs. Ils étaient presque à la source de ce qu'ils ont écrit. Indépendamment de leur témoignage qui n'a rien d'incertain, les incrédules ne peuvent nier que fcs Evangiles que nous lisons n'aient été, dès ie
Rôo ŒUVRES COMPLETES DE
premlersiicle du chrisiianisnie, des ouvrages pubUcs, Bon-sculcmcnt parmi les fidùles, mais parmi les Juifs ei les gentils. Il n'esi pas moins constant que personne ne s'est jamais inscrit en faux contre la narralion des évangclistes, en particulier sur la prophétie qu'ils atlribuonl à Jésus-Clirist. Cependant ils citent pour témoins, outre les apôtres qui ont signé de leur sang leur déposition, les Scribeset les Pharisiens, ses plus mortels ennemis, tout le peuple qui l'entourait à son entrée dans Jérusalem, ses propres bourreaux, et tous ceux que la curiosité ou la compassion avait attirés auprès de lui, lorsqu'il déclara aux femmes de Jérusalem quel devait être l'objet de leurs pleurs. Rien n'était plus notoire qu'une prophétie si souvent répétée cl eiHenduc par un si grand nombre de témoins non suspects. Elle n"a donc pas été suppTxe ; elle n'a pu môme l'être par les évangéiiâies : et quand nous ne serions pas assurés que leurs ouvrages ont paru avant le siège de Jérusalem, nous le serions de la vérité de l'oracle qu'ils mettent dans la bouche de Jésus-Christ. Les deux dilUcultés qui pouvaient suspendre l'acqnicscemenl des incrédules sont pleinement levées ; et il ne leur reste que de rendre hommage à une religion conlirmée par des preuves si décisives.