CHAPITRE IX
Vains efforts de l'empereur Julien pour s'opposer à l'accomplissement de cette prophétie.
La prophétie de Daniel et celle de Jésus-Christ contre Jérusalem ne se terminaient pas à la ruino de celle ville et de son temple par les Romains. Elles prédisaient encore que cette ruine serait éternelle ci irréparable. Si Jésus-Chiist s'était contenté d'assurer qu'il ne resterait pas pierre sur pierre à Jérusalem cl à son temple, ces paroles auraient pu laisser quelque espérance que l'un cl l'autre, après avoir été détruits jusqu'aux fondements, seraient un jour rebâtis, comme ils l'avaient déjà été. Mais il avait ajouté que les Jnift demeureraient captifs (l) parmi tous les peuples, et que Jérusalem serait foulée aux pieds des Gentils, jusq'i'à ce que les temps des nations fussent accomplis, ce qui était visiblement prolonger l'abaissement des Juifs jusqu'à ce qu'ils se réunissent dans la même foi avec les autres nations, et mettre conséqucmmeni un obstacle insurmontable au rétablissement de la Jérusalem terrestre cl de son temple. Il avait d'ailleurs rappirté sa prophétie à celle de Daniel , et il était clair dans celle-ci que la désolation de Jérusalem, loin de fiuir avec la guerre, comme les autres malheurs de ce genre, devait durer jusqu'à la fin et à la consommnlion des siècles. Les sacrifices offerts dans cette ville devaient être abolis parla même prédiction. Une nouvelle alliance, dont une justice éternelle serait et Je truit cl le sceau, devait prendre la place de l'ancienne ; et le culte judaïque étant proscrit sans retour, il n'était plus possible qu'une ville et un tem-
fl) Luc. 21 , 24.
LEFR.VNC DE POMFIGNAN. 83G
p'e, qui avaient une li;iison nécessaire avec ce culte, fussent rétablis.
C'est dans ce sens que les chrétiens ont toujours entendu la prophétie de leur maître. Les Juifs ne l'ignorent pas; et Dieu a permis qu'ils aient eu l'occasion la plus favorable de convaincre de faux celle prophétie , afin que l'inutilité de leurs efforts en rendit la vérité plus éclatante. On sent que je veux parler du rétablissement du temple de Jérusalem commencé par les ordres de l'empereur Julien , cl abandonné ensuite malgré toute la puissance de ce prince, et son extrême passion de venir à bout de celte entrcpi ise. J'avoue que c'est un miracle plutôt qa'une prédiction; et qu'à ne considérer cet cvéïicmect qu'en lui-même, il ne devrait pas trouver place dans un ouvrage destiné aux seules prophéties. Mais il a un rapport trop manifeste avec les oracles de Daniel et de Jésus-Christ, pour ne pas le mettre .\ leur suite. Il en est même raccomplissemcnl et la confirmation. Il justifie la parole de Dieu, et fait connaître aux incrédules que les prodiges ne coûtent rien au Tout-Puissant, quand ils deviennent nécessaires à l'exécution d'une prophétie.
L'empereur Julien, ennemi d'autant plus implacable du christianisme qu'il en était déserteur , le combattait par un nouveau genre de persécutions. On ne voyait pas paraître sous son nom de ces édits sanglants qui avaient élevé autrefois des échafauds et allumé des bucbcrs pour les chrétiens. Ce n'est pas qu'il ne vit couler leur sang avec plaisir , et que sa feinte clémence ne se démentit quelquefois par des sciions qui trahissaient son caractère naiurcHemcnt cruel. Mais l'expérience lui avait appris que les supplices ordonEcs par les lois impériales n'avaient servi qu'à multiplier les chrétiens. Il voulait essayer si l'avilissement pourrait faire ce qu'on avait tenté sans succès par la force et par la violence. Il voulait enlever au christianisme le respect et la vénération des peuples, persuadé qu'une religion tombée dans le mépris perdrait le plus grand nombre de ses sectateurs, Cl n'en acquerrait plus de nouveaux. C'est dans ce dessein qu'il avait défendu aux chrétiens d'enseigner et même d'étudier dans les écoles publiques les lettres humaines , regardant l'ignorance comme la ruine de toute religion. Il avait voulu de même relever le paganisme de lojiprobre dont l'avaient couvert les savants apologistes du christianisme. Disciple de Jamblique et de Porphyre, il avait converti la mjthologic si décriée par nos auteurs en un recueil d'allégories. Tous ces dieux adorés par les idolâtres n'étaient, selon lui et selon les sopiiistcs ses favoris, que des symboles et des .tliributs de la divinité souveraine.
Une association avec les Juifs entrait dans son syflème politique sur la re'igion. Il ne devait pas aimer un peuple qui faisait depuis tant de siècles une profession constante de ne servir qu'un seul Dieu , et d'abhorrer le culte des idoles. Mais, soil qu'il ne désespérât pas Je concilier leur créance avec ses
â57 PAIIT. I\. IIIF.OL. EXIXKT. I.'INCHKDL' fclécfl, Roil qu'il jugL>;il plulOt (|ii(> le iiicillour nioyrn d'anéantir le cliristiaiii^inc él.iit iraccorJcr d'abord le libre i-xercife de luulcs les religions, il furina le |>ri>ji'l de rétablir leur temple, et de les iiicllrc en • lai d'y olViir le.s mêmes s.ieri(ii:es (ju'aulrel'ois. l/'nfc vue plus prulunik) el plus coiifurme ù sa haine cnvciiiiuéo contre le cliristiaiiisme l'oncilail encore à cette eulreprise. Il savait ce que les clirélicns publiaient de l'analbènie irrévocable prononcé contre le temple de Jérusalem. Il se flattait d'annuler cet analliùme, el de nviiUrcr ainsi aux yeux de l'univers la fausseté des propliéiies dont le cliristianisuic s'autorisait.
Ainmien Marcellin, grand admirateur de ce prince, ne lui prOle dans cette entreprise d'autre niolil'qiic !e désir d'éterniser (t) sa mémoire par un monunienl inagniflque. Nous croyons sans peine que ce fut un des motii's de Julien, dont l'orgueil est assez connu, quoiqu'il affectiU les dehors d'une modestie philosophique. Mais s'il n'avait voulu que faire éclater sa magnificence, pourquoi préférer à tout autre ouvrage le rétablissement du temple de Jérusalem? Combien d'édifices ou plus utiles à l'empire , ou plus convenables pour lui-même, cùt-il pu entreprendre? S'd alla chercher une nation généralement méprisée , pour lui rendre son temple détruit par un empereur romain, el rét.iblir un culte qui ne pouvait lui plaire, il eut sans doute un autre dessein que de construire pour la gloire de son règne un superbe bâtiment. Il choisit un ouvrage qui devait selon lui imprimer au nom de Jésus-Christ une laclie ineffiiçable. II imit sa Laine à celle des Juifs contre le christianisme, assuré du triomphe de l'idolâtrie, s'il pouvait décréditer h seule religion qu'elle redoutât.
Les Juifs invités par l'empereur accoururent de toutes parts dans la Palestine. Ce n'était plus pour eux le temps, ni d'un Adrien , leur persécuteur, qui n'avait bâti à la place de Jérusalem une nouvelle ville que pour lui donner (2) son nom , et la dédier à de fausses divinités , ni d'un Constantin , qui par un autre principe s'était oppose au rétablissement de Ic^r temple, lis trouvent dans le maître du monde un protecteur aussi libéral que puissant. Ils touchent au moment de voir renaître de ses ruines ce temple si cher à leurs désirs et si nécessaire h leur religion. Un des principaux officiers (3) de l'empire est charge de la conduite de cet ouvrage. Le gouverneur de la province a ordre de se joindre à lui. Les préparatifs sont immenses, lois qu'on doit les attendre d'un empereur qui comm.'mde, et d'une nation entière qui le seconde. On commence par arracher ce qui restait des anciens fondements. On travaille à leur en substituer de nou-
(1) Imperii sui gloriam magniludine operiim cuniens propagare, ambitiosum quoddam apud Hierosolyniam tciiipliim... instaurare suraplibus cogitabat imruodicis. Lib. S'i de JuUano ,caj). i.
dj 11 voulut qu'elle fût appelée Elia, de son nom Etiiis.
(3) Alypius, favori de Julien, et qui avait gouverné la Bretagne.
LITI". CONYAINCI i: l'Art I.F.S ['IIOI'IILTIF.S. g.'-g veaui. Qui n'cOt dit alors i|Ui; Jéi>Ui-(dirisl était un fuu\ prophète'; Kl que ne; diraient pas aujourd'hui les incrédules, si le iiiéiiie specluelc !e renouvelait? C'étaient là les bornes que Dieu avait inunptées à l'audace d(; ses ennemis. A peine quelques pierres sontelles posées, que la terre, ébranhic par un violent tremblement, les pousse, les déplace et les disperse. Des tourbillons de l'eu, sortis de son sein, dévorent les matériaux , les iiiUrunienls et les travailleuis (I). On reconinience l'ouvrage à plusieurs reprises ; autant de fois le prodige se réitère. On se rebute eidin. On abandonne un lieu dont la vengeance divine défend les approches par des coups si terribles. Les Juifs so dissipent avec la honte el le désespoir dans le cœur, et Julien médite de nouveaux projets contre le christianisme.
Il ne reste aux incrédules d'autres ressources que de nier un fait qui les accable. L'intérêt de leur cause l'exige. .Mais la vérité le leur permet-elle? Tous (2) Ici» historiens et les auteurs ecclésiastiques, à commencer par ceux qui ont écrit peu d'années après la mort do Julien, attestent d'une voix unanime cet événement. Sozomène, l'un d'eux, renvoie ses (.3) Iciieursà d&> personnes, qui vivaient encore lorsqu'il écrivait , et qui avaient été instruites par des témoins oculaires. Ils en parlent tous comme d'un fait si public et si notoire, que personne dans l'empire romain ne lo révoquait en doute. D'illustres évéques du mêinp temps racontent ce fait avec une égale assurano dans les lettres qu'ils adressaient ii des empereurs , dans les discours qu'ils prêchaient à leurs peuples , dans les ouvrages qu'ils publiaient pour la réfutation des Juifs et des p.iïens.
Saint Chrysoslôme el S. Grégoire de Nazianzc for.t plus. L'un presse ses auditeurs (il parlait .i Aniiochc, ville peu éloignée de la Palestine) d'aller à Jérusalem (4). «Vous y retrouverez, leur dit-il, les fonde-
(1) Il y eut dans cet événement d'autres prodiges, dont on peut voir le détail dans saint Grégoire de Nazianzc et dans les hisloriens ecclésiastiques. Les auteurs qui ont attaqué celte preuve du clirislianlsmo ont prétendu que les dillérenies relations de ces prodiges se contredisaient ; d'où ils ont conclu que le fait lui-même, dans sa substance, était faux, ou du moins incertain. Ce^ contradictions apparentes ont été parfaitement éclaircies par Warburton, écrivain a;i,:;lais, qui a porté le l'ail dont il s'agit jusqu'au dernier ilegié d'évidence. On a donné depuis peu d'années une très-bonne traduction de son ouvrage dans notra langue.
(2) S. Chrys. Orat. 3 in Judxos. Idem Ilom. 4 in Mallhœum ; llom. 41 in Acta; Serin. 2 in Babylam ; Serm. 2 in Judx'os, el in denionslr. qiibd Lliiisliis sic Deus. S. Greg. Naz. Orat. 4. S. Ainbr. Epist. ad Theod. Pliilost. Hist. Eccles. Iib. 7, cap. y el 14. Socrat. lib. 5, cap. 20. Sozom. lib. 5, cap. 22. Ruilin. llist. lib. i , cap. 58 el 51). Sulp. Sever. Ilist. lib. 2. Theodoret. llist. Eccles. (ib. 3, cap. 20.
(3) Quôd si cuipiam ha;c incredibilia videbunlur, fidem ei faciant, qui acceperunt ab hominibus qui res ipsi videranl, el qui etiamniim supcrslitcs sunt. Sozotn. ul supra.
(4) Et nunc si vedeas Jcrosolymam, conspicies n'.ida fundamenta. Quôd si causam quïcras , non aliam ou.iin hanc audies. Ilajus rci nos omnes lestes eu-
« ments du temple dans l'état où je viens de vous les dO- < peindre. Si vous en demandez la cause , on ne vous « en dira point d'autre que celle que vous venez d'enten- « dre. Nous sommes tous témoins de ces choses , vous « dira-t»on. Elles se sont passées depuis peu et de no- « trc temps, i L'autre (1) cite comme public et actuellement subsistant le témoignage de ceux qui, ayant été spectateurs du prodige, montraient les vêtements où furent imprimées les croix , dont tous les historiens ecclésiastiques parlent après lui.
Ce sont des chrétiens , répondront sans doute les incrédules. Oui, mais ce sont des hommes en qui l'on doit supposer les lumières les plus communes du bon sens et de la droite raison. Avec quelle pudeur auraient-ils osé avancer un mensonge qu'il était si facile d'avérer? Le souvenir de ce qui s'était passé sous l'empire de Julien était trop récent , pour que S. Grégoire de Nazianze, S. Chrysostôme, saint Ambroise, sans compter les historiens, pussent lui attribuer une démarche à laquelle il n'eût jamais pensé. Et quelle démarche? Une entreprise annoncée dans tout l'empire, communiquée à un peuple entier qui n'épargna ni ses richesses ni ses soins pour en faciliter l'exécution, commencée avec tout l'appareil indispensable dans un ou\Tage de celte conséquence. Est-ce une matière d'imposture et de supposition? Et les auteurs que nous avons cités ont-ils donné lieu par leur conduite et par leurs écrits de leur reprocher un tel excès d'extravagance cl d'effronterie? Mais s'ils en avaient été capables, n'auraisnt-ils pas été désavoués par d'autres chrétiens plus judicieux et plus sincères, contredits du moins et confondus par les païens qui étaient encore en si grand nombre» pa* les Juifs qu'ils accusaient d'avoir concouru à une entreprise si malheureuse ? Ils objectaient aux uns et aux autres celle preuve éclatanie de la protection de Dieu sur le christianisme. Est-il possible qu'aucun de leurs adversaires ne leur ail fermé la bouche par un démenti formel, qui eût ôté pour jamais l'envie aux chrétiens de renouveler une objection détruite sans réplique ?
Rendons ce raisonnement sensible par un exemple. Jacques II favorisa , comme tout le monde sait , la religion catholique pendant le peu de temps qu'il régna en Angleterre. Supposons qu'il eût entrepris de bâtir à Londres, ou dans quelque autre ville consiJérable de ses étals, une vaslc et magnifique église pour les catholiques ; qu'il eût exhorté tous ceux de ses sujets attachés il celte religion de contribuer à cet ouvr.ige. Croit-on qu'après la révolution qui le détrôna, il eût pu se trouver parmi les protestants, qui blâmèrent avec tant d'aigreur son gouvernement , des écrivain» assez hardis pour assurer que l'entreprise de
mus. Nostrà enim actate hscc non Un pridem acciderunt. S. Clirii^. Oral, ôadvershs Judœos.
(l) Prolérunt nunc quoque vestes suas, qui hujus miraculi spectalorcs et conseil cxlitcrunl ; illas, inquam , cruels nolis lune iiiuslas et coiisignalas. S. ùrcgù-r, !Saiia-iz. Orai. 4 ailt'crsits Jiiliuiium,
cet édifice avait été arrêtée par un tremblement de terre qui purait fait écro der les fondemenia , et par des tourbillons de feu qui auraient consumé les travailleurs ? Aurait-on souffert en Angleterre , quelque peu de niénagenienis qu'on y gardât pour ce roi fugitif, un mensonge si grossier? Des évêques de la communion anglicane seraient-ils montés en chaire pour débiter celte fable à leurs auditeurs? auraienl-i's osé l'écrire à Guillaume III dans des lettres rendues publiques? L'auraient-ils insérée dans des ouvrages polémiques en faveur de leur religion? Mais si la tête avait tourné jusqu'à ce point à tous les protestants anglais, les catholiques de la Grande-Bretagne et des pays étrangers auraient ils gardé lo silence? Un fait dont la fausseté n'était ignorée de personne scrail-il passé à la postérité sans la plus légère contradiction ? Or , ce qu'on juge avec raison impossible dans un temps si voisin du nôtre , doit le paraître également dans un âge plus éloigné. Les hommes se sont toujours ressemblés dans leurs inclinations dominantes. Il y a un certain degré de droiture et de bon sens dont on doit croire qu'ils ne se sont jamais écartés de concert. C'est sur ce principe que la critique établit ses règles les plus infaillibles. Elle décide sans hésiter qu'un événement rapporté par les auteurs conleniporains , adopté ensuite par toute l'histoire , est incontestable , si c'est un événement dont la vérité ou la fausseté ait pu être universellement connue , s'il est de plus assez intéressant par lui-même pour avoir excité la réclamation de ceux dont il combattait les droits ou les préjugés. Tous ces caractères se renconirent dans le fait que nous alléguons. Il ne peut donc être attaqué sans qu'on entreprenne de renverser les fondements inébranlables de la certitude historique.
Il y en aurait assez pour convaincre un lecteur désintéressé. Il faut quelque chose de plus pour la conviction d'un incrédule. Il s'obstine à récuser comme suspect le témoignage des auteurs chrétiens, quelque plausible, quelque irréprochable qu'U soit. Alléguonslui des témoins que leur religion puisse mettre à l'abri de ses injustes soupçons. Trois auteurs juifs avouent nettement le projet formé par l'empereur Julien , de rebâtir le temple de Jérusalem, et le mauvais succès de cette entreprise.
Le ])lus ancien des trois (i) attribue ce désastre, comme les chrétiens , à un tremblement de terre miraculeux, et à un feu descendu du ciel, qui fondit les matières de fer et brûla un grand nombre de Juifs. Le rabbin qwi parle ainsi a prétendu sans doute concilier avec les principes de sa religion cet aveu que
(I) Menioranl libri annalium magnum in orbe universo fuisse ternie moluni, collapsumque esse tcmplum quod struxerant Jud*! Ilierosolymis prseceplo CiRsaris Juliani Apossalœ. Postridiè hujus diei quo moia l'ucrat terra, de cœlo ignis mulius cecidil; ita ut omnia ferranienta illius oedificii liquescerent, comburerenlur Judaei multi , atque adeô innumcrabiles.
Rahbi Gedaliah ben Joseph Jecliaïa apud Wagcnscilium, Tel3 ignea Salana;.
K4I r.VUr. IX. TIII.OL. KXF.r.F.T.— l/INCHLOLI,
r^viilence il'uii fjit l'imiro rrciMit airaciiail de sa tuiii'lii*. Il novail |M)UViiir cIuiIlt Ii-s ('(Hisi'queiict'S ik* ce iiroili);!- par li'S p<M'lii-ii dt- ha natiiui , di'iioùiiu'iit ordiiiairi* des Juils, quand un leur ulijrctu les i>i|;iieH iiuiiirehies de l'indignation divine contre eux. Peutl'ire s'iniagiiiait-il aussi quo Dieu avait interposé sa puissanee, piuir l'nipèeliiT ipi'uru' entreprise réservée au Messie, qne les Juils attendent , ne l'iU eiéiulee par un prince idol;Ure. yuoi qu'il en soit, ce rahhin nous apprend que les annales de sa nation font foi du miracle qui déconcerta le projet de Julien. Il se troniiH> i la vérité, lorsqu'il assure que les Juifs aclievèreiît, par les ordres de l'empereur, la construcliDO du temple de Jérusalem. Tous les aitteurs chrétiens et les pîens eux-mêmes, comme nous le verrons bien- IM, conviennent qu'il n'y eut que les fondements de posi's. La merveille n'en serait que plus fjramle, si le lenq)le déj."! bàli ertt été consumé par le l'eu du ciel : et cette erreur du rabbin prouve seulemcnl la forte impression qu'une entreprise si mémorable , et les obstacles qu'elle avait éprouvés , avait laissée dans l'esprit des Juifs.
Reu\ autres écrivains de cette nation parlent du même événement. Le (1) premier accuse les chrétiens, qu'il désigne sous le nom de Samaritains, d'avoir détourné Julien de l'exécution de son projet. Ils lui persuadèrent , suivant cet auteur, que, si la ville de Jérusalem était rétablie, les Juifs lui refuseraient les subsides accoutumés; et, sur ce que l'empereur n'osait révoquer l'ordre qu'il avait donné , ils lui suggérèrenl un expédient pour le rendre inutile. Ce fut de commander aux Juifs que le nouveau temple fût constiuit dans une autre pl.ice que l'ancien , et qu'il cilt en longueur ou en largeur cinq coudées de plus ou de moins.
On voit par ce récit que si les anciens rabbins n'osaient ou ne voulaient pas contester le prodige «jui fit avorter l'entreprise de Julien, quelques-uns des mmvcaui ont mieux aimé , pour l'honneur de leur nation , chercher dans un stratagème des chrétiens la cause de cet événement. Personne ne croira sur leur parole, que les chrétiens aient eu assez de crédit sur l'esprit d'un empereur, leur plus mortel ennemi, pour lui faire abandonner une entreprise qu'il n'avait commencée que dans la vue de ruiner leur religion. La vérité se montre à travers une fable si grossièrement inventée. Il demeure constant que Julien a voulu rétablir le temple de Jérusalem , et que les Juifs y ont travaillé de concert avec lui. Les chrétiens oppiiraés sous son règne n'étaient pas en état de traverser par la force un ouvrage funeste au christianisme. Il leur était encore plus difficile d'engager l'empereur à leur épargner la douleur et la confusion qu'il leur prépraii. Si, dansées circonstances critiques, le temple de Jérusalem n'a pu être rebâti , si tous les efforts de Julien ont été vains , si le christianisme a triomphé de l'attîque la plus dangereuse qui lui ai; jamais été
(1) Bepesitb R.ibba. In fine, cap. fil.
OEUVRES COMPI.. Dlî LEFRiNC DE PoMP
ITK CONVAIMlLi: PAU LKS PIUIPIIKTIES. SU
livrée , ce triomphe , qui ne peut i^trc rapporté h aucim '('Cours liiiniain , n'est-il pas visiblement l'elTet d'uni- disposiilim paiiiiuliire de la Providence? C'est le laisomiemi'iit de So/nmene. Que cidui (1), dit cet historien , qui voudra douter de ce prodige , nialgi é le témoignage des personnes encore vivantes qui l'ont appris de ceux qui en ont été spectateurs , soit ilu moins convaincu par les Juifs et par les païens euxmêmes, qui, soutenus de toute la puissance d'un cm. pereur, cl ne trouvant point d'opposition dans Icg chrétiens, ont été forcés d'abandoimer l'ouvrage commencé, ou, pour mieux dire, n'ont pu le commencer.
L'n troisième rabbin explique cet événement d'uns manière plus conforme au goût des incrédules. Il convient des mesures nrises par Julien pour le rétablissement du temple de Jérusalem ; mais il prétend que ces mesures n'ont été rompues que par la mort précipitée de cet empereur, qui fut tué dans son ex - [jédition contre les Perses (2). Si cette circonstance est véritable , le miracle dispiraît , et je veux bien accorder aux incrédules que, si elle a du moins une vraisemblance historique , ils peuvent renvoyer ce . miracle dans l'ordre des événements naturels. Malheureusement pour eux un témoin au-dessus de toute exception leur enlève cette ressource : c'est Julien qui déclare (3) lui-même dans un discours dont on trouve parmi ses écrits un fragment considérable , qu'il a voulu rétablir le temple de Jérusalem. C'est un dessein qu'il a eu , mais dont il parle comme étant demeuré sans exécution. Il est donc évidemment faux que la mort de ce prince ait été le seul obstacle au rétablissement du temple de Jérusalem.
Il ne faut pas dissimuler que dans la suite de ce discours il insinue, quoique d'une manière assez obscure , que ce travail n'a été abandonné que par un accident ordinaire. On ne devait pas s'attendre qu'il reconnût un prodige qui était tout à la fois la honte de son règne et la gloire du christianisme. Mais un témoignage aussi peu suspect que le sien suppléera au silence affecté qu'il garde sur la cause de cet événement.
Que les incrédules lisent l'histoire de cet empereur, composée par Ammien Marcellin. Toutes les qualités qui doivent attirer leur créance sont réuni:>s dans cet écrivain. Attaché au paganisme , il n'a p:is
(1) Rit etiam persuasus tùm àiJudœis ipsis, tùm h Gentilibus, qui opus inchoaluni reliqiierunt, imô verc ne inclioare quidem potucrunt. Sozomen. llist. Ecoles, lib. 5, cap. 22.
(2) Julianus Cœsar praecipit ut restiluerelur Templum sanclissimum magno cum décore et pulcliriiudiiie. Uuicque rei ipse sumplus suppeditavit. Verum cœlilùs impedinientum iiijectom est, ne perficeretur fabrJM. Nain C.Tsar in belln Persico peiiil.
Rabbi David Gans. In Zeraali David apud Wagenseïlium, paçi. 231.
(3) Ihecego, non ut illis (Judceis) exprnbrarem, in médium addiixi ; ulpote qui Templum illud îanto intervallo à ruiiiis excilare voluerim, in ejus honorem numinis, quod ibidem invocalumest.■/!('(l"l./>a(3^me«^ orat. Pelaiio Interprète, paj. ri il.
IGNA\. t!. -7
84 j rr7;rvuES complètes de
d'inlérèt à croire Icgôrcmciu, encore moins à supposer un miracle favorab'e aus ciircliens. Courtisan et panégjTisle de Julien , il est ircs-éloigné de flélrir sa mémoire. Contemporain du fait qu'il raconte , et s'olant même trouvé , lorsqu'il arriva dans la ville d'Anlioclie , auprès de Julien , il en sait parfaiiement toulp-s les circonstances. C'ect dans cet historien idolâtre, impartial, instruit, que les incrédules peuvent (1) voir le dessein conçu par Julien de rebâtir le lomplc des Juifs, le nom du magistrat à qui l'cxcculion de ce dessein fut confiée, Tordre envoyé au gouverneur de la province de lui donner îous les secours nécessaires, les globes enflammés qui, s'clançant de la terre agitée près des fondements qu'on avait poses, brûlèicnt à plusieurs reprises les ouvriers, et la nécessité où l'on fui, x>^T la résistance opitiiâtre de ce jurieiLx élément , de renoncer à celle entreprise. De.-, paroles si expresses n'ont pas besoin de commantaire , et nos réflexions ne pourraient qu'alfailillr un témoignage qui dit et qui renferme tout.
Ainsi Dieu justifie, quand il veut, la vérité de ses oracles par des effets surprenants de sa toute-puissance. D'autres fois il laisse les choses humaines suivre leur cours ordinaire, et sa Providence se ciche sous le voile des événements naturels. Mais ce qu'il a prédit arrive toujours. Les hommes l'accomplissent, ou par une volonté qui s'y porte d'eUemcme, ou par des efforts impuissants pour s'y opposer. Le ciel et la terre passeront. Mais sa parole ne vassera pas (2).- C'est à l'occasion de sa propheiie contre Jérusalem , que Jcsus-Chrisl a parlé .lir.si ; cl il semble avoir voulu designer le triomphe que celle prophétie remporterait sous l'empire de Julien.
Oepuis cet événement les Juifs n'ont plus tenié le itiablissemcnt de leur temple. Du icmpsdc saint ,lérôrae , ils (5) achetaient h ;inx d'argent la tris'c !i-
(1) Negoiium maiurand'jm Alypio dederat Aniioclieusi, qui olini Britanniam ciiraverat pro pracfccils. Cùm igilur opcri insiarct Alvpius, juvarctquc provinciie. reclor , mctiiendi g!obi (1 iminarum propè fundamenta crebris assultibus erumpcnics Icccre locum exustis aliquolics opcrantibus iiiacccssum. Hocque modo clcmenlo destinatiiis ro[)ellcnte cessavit incœjilum. Aniniian. ilarcelt. de vital idian.tib.'io, cap. 1.
(2) .Mallh. 21, 55.
(5) Le motccau entier de saint Jérôme mérite d'sire transcrit ici, quoiqu'il ait clé souvent cité :
« L'squc ad praîsentcni diem pcr(i<li coloni , post • inlerfcclioncm sen'orum et ad cxlremum Filii Dci, I excepto planclu, prohibenlur ingredi Jérusalem : et « ut ruinant su;b eis liceat flerc civilatis, prctio redi-
< muni; ut qui quondara cmeranl sanguiriom Chrisli,
< emant lacrymas suas, cl ne (letus quidrm eis gra- « tuitussit. Vidcas in die qiio capta est à Homanis et f dirula Jerus.alem, venire populum lugubrem, con-
< fluere decrepitas niulicrculas, et senes pannis annis-
< que obsitos, in corporibus et in liabitu suo iram Do-
< mini demonslranlcs ; congrcgari turbam miserorum,
< et palibulo Doniiiii coruscaule ac radiante ivuToiasi I ejus, de Oliveii qunquemonle crucis fulgente vexillo, « plangere ruinas Templi sui populum miserum, et ■ lamcn non esse miserabi'em. Adhuc fleius in genis, <et livida brachia, et sp.arsi crines, et miles mercedem I postulat, ut illis ilcrc dIus liceat. i S. IJieron. in cap. i Soiilton.
LEFUANC DE POMPif.N.AN. Sli
'oerlé de pleurer sur les ruines de Sion. L'av.iricc des musulmans , qui a iaissé aux chrétiens des églisci dans les saints lieux , n'a jamais permis aux Juifs ni d'y prendre des ctabîissemenis pour eux, ni d'y rebâtir leur temple. Exilés de leur ancienne patrie, sans espoir légitime de retour, ils subissen', an milieu des nations la destinée qui ne leu» était pas moins prédite , comme nous allons voir, que tous les événements dont nous venons de parler.