CHAPITRE X
Prédictions sur l'état présent du pcnvie ;i(.'/. Preuve qu'on tire de cet état en faveur du christianisme.
Nous allons mettre soiïs les yeux des incrédules une prophétie dont l'accomplissement a le monde entier pour témoin. Nous ne leur dirons plus : Lisez les histoires : convainquez-vous que ce qui s'est fait au'.refois avait été prédit auparavant. Mais nous leur dirons : regardez ce qu; se passe devant vous : assurez-vous biin de l'état présent du peuple Juif : et si ce que vous voyez se trouve annoncé par d'anciennes prophéties , scumettez enfin tous vos doutes à une démonstraticn si palpable.
Les Juifs soiîl bannis de la Palestine. C'est leur prensier malheur et celui qui dan? les principes de ieur religion est la marque la plus certaine de la colère de Dieu sur leui nation. Ils sont dispersés dan^s tout l'univers, assujellis aux lois et au gouvernement de chaque pays qu'ils habiteni , sans magistrature, sans sacerdoce, méprisés d'ailleurs cl regardés par tons les hommes , de quelque religion qu'ils soient , comme la lie et le rebut du genre humain. Ils subsistent néanmoins distingués des autres peuples au milieu desquels ils sont répandus.
Quand on presse les incrédules par ce caractère singulier do la nation juive, ils répondent que c'est une suite naturelle de sa constitution et de ses lois. Qu'elle porte dans sa chair par la circoncision l'empreinle de son origine : comme si cette marque kc lui était pas commune avec toutes les nations mahométancs, et que tant d'autres peuples descendus d'Abr.aham et circ-acis comme les Juifs , ne fussent p.is anéantis dcpuis longtemps. Que sa religion lui défend de s'allier avec des peuples étrangers, ce qui l'empêche nécessairement de se confondre avec eux: comme s'il n'était pas visible que cette déi'ense n'avait lieu que pour les nations idolâtres , dont la Terre- Sainte était environnée , et que ce ne filt pas toujours une merveille inouie , qu'un peuple, quoique résolu à ne mêler son sang avec aucun autre , ail pu subsister depuis tant de siècles dans cet étal de dispersion et d'abaissement avec le même zèle pour sa religion.
Mais voici une merveille qu'au moins les incrédules ne pourront contester. Cet état des Juifs, dont ils sont témoins oculaires , a été prédit. Les écritures tant de l'ancien que du nouveau Testament annoncent leur exil, leur dispersion, leur abaissement, Ic.ir conservation. Quel autre qu'un Dieu a pu prévoir de si loin des événements , qui dépendaient de tant de
SI,-, rxr.T i\ TiiKtti., i;\k(;kt. -i.iNt:uF.nii
cuur^ iiicfiuiiio'J yucl uulrc a pu lo n'vi'ler h s(n pruphi^lr* avec tant do |>rt'(-i^iclll et tk'flarit-'.' V.n ilt'vcl<t|i(>anl ce« adiiiirabli-H préilicliuns, noii« coiiiprciitirons onoori" iiiicii\ ce (|Ui' l'eliit des Juifs a de siiriLtiuiel : et la iiu'iiie preuve ciii|(loyée contre eui avec ijiit de succès aura la iiiùine force contre les iniTi'dules.
Uuïso est le premier qui ait prophétisé aux Isrnéliles la longue captivité dans lat|uelle ils {^émissent. Nous avons déjà rernanpié ipie les inallieurs dont il li-s iiicnaee dans le l.evili(iue et le Deutérononic regardent les deux destructions de Jérusalem, et que les suites de chacun de ces cvcncinents sont caractérisées par des traits particuliers. Houx fois la capitale lies Juifs a été prise et ruinée. Deux fois ils ont été firiacliés de leur p.i\s, el transportes dans îles régions eirangèrcs. M.iis lorsque .Moïse dit (1) qu'i7s seront dispersés parmi lous les peuples d'une extrémité de la terre à l'autre , il désisne leur seconde dispersion phiuU que la première. Nabuclioilonosor autour de celle-ci ne dispersa les Juifs que dans quelques provinces de rOrieni. Ce n'est que depuis leur exil qui a suivi la prise de Jérusalem par Titus , qu'Us ont été , à proprement parler , dispersés dans toute la terre.
Que devait-il arriver aux Juifs dar.s colle dispersion qui les .•> répandus parmi tous les peuples? Le psalniisie l'a prédit ; et il n'est pas possible de niéconnaitrc l'effet de l'imprécaiion prophétique qu'il a prononcée contre les Juifs, Diett (i), s'ccrie-t-il , m'a découvert quel doit cire le sort de mes ennemis. A'e les faites pas mourir, de peur que mon peuple n'oublie cet exemple de votre justice. Dispersez-les par votre puistance , el abaissez-les , vous qui êtes mnn prolectg-jr.
Dira-t-on que David parlait ainsi en son propre nom? .Mais qui sont ceux de ses ennemis, qui ont été conservés pour élrc un monument durable de la justice divine? Je vois au contraire tous ceux qui ont voulu fermer à ce prince les avejiues du trône ou qui se sont déclarés contre lui , après qu'il y fut monté , périr bientôt d'une mort funeste. Je n'en vois aucun qui ait été banni de sa patrie, pour vivre loin d'elle dans l'humiliation. N'est-il pas évident que David , à qui un tel langage est étranger, ne le tient que dans la personne de Jésus-Christ? Il annonce les châtiments réservés aux Juifs , ses ennemis. Ils ne doivent pas être détruits , pour servir de spectacle , et en même temps d'instruction au peuple nouveau qui adore le Messie. Leur anéantisfemeni enlèverait au christianisme un témoignage qui lui est nécessaire. Il faut qu'ils subsistent, pour confirmer, par leur existence et par leur opiniâtreté même , les vérités qu'ils rejettent. i\'e occidas eos ne quando obliviscantur poptUi mei. Mais il faut aussi qu'ils soient dispersés, pour rendre ce témoignage utile à toutes les nations. 11 faut qu'ils soient abaissés , pour subir la peine de l'attentat commis contre le Messie , et imprimer en lotis lieux une terreur salutaire des jugements d.i
(1) Demer. 28 , Ci.
(2) Ps. 58. 12.
ITF. CONVAINCI K l'VIl I.FS l'IliU'IlF.TIES. Mtî l>ieu. Disperge foi in cirlute luù, el depnne eot pro- Icctor meut Domine.
Le prophète roi parle eiic<ire |>lus clairement aa nom du .Messie dans le psaume soixante- liuiliémr. Après avoir décrit ses soulTraii'es [lanni Ie6<|uellc8 il iiKirqiie te fiel et te viniiiijre qu'on doit lui présenter , il ajoute (I) , en continuant à lui prêter sa voix. Q'i< leurs yeux soient obscurcis , pour qu'ils ne voient pas. Courbez pour toujours leur dos. Hépandcz sur etuc votre colère et faites-leur sentir votre fureur. Que leur habitation devienne déserte, et que personne n'habite aans leurs lubertiactcs. Car ils ont poursiavi celui que vous aviez frappé , et le reste , où David achève la prédiction d-; crime et du mnlheur des Juifs , el la termine par une vive peinture du règne glorieux du Messie.
Ne nous arrêtons pas ici à l'aveuglcnienl des Juifs. Nous en parlerons dans la seconde partie. Cette punition , quoique la plus redoutable de toutes celles qu'ils éprouvent , est purement spirituelle. Il ne s'agit encore que des événements temporels prédits dans les livres saints. L'oppression , où ce peuple est réduit, peut-elle être mieux représentée que par ce joug so;:s lequel son dos est courbé: asservissement d'autant plus pénible et plus dur pour lui , qu'il se (laite de l'emptirier sur les autres nations par la noblesse et l'antiquité de son origine , par la pureté de sa créance, par tous les privilèges dont Dieu l'a favorisé. Avec ces prétentions il est enclave, et le joug qui l'accable n'est jamais brisé. Dorsum eorum semper incurva. La colère inexorable de Dieu l'éloigné pour toujours de celle terre l'objet de ses vœux , et de ces tabernacles hors desquels il n'y a pour lui ni fêtes , ni sacrifices.
Effunde super eos iram tuam fiât habitatio eorum
déserta , et in tabernaculis eorum non sit qui inhabltct.
Osée est de tous les prophètes celui qui annonce , dans un plus grand détail, à la dispersion près, les circonstances de l'état où nous voyons les Juifs. Pendant long-temps (2) , dit-il , les enfants d'Israël se' U sans roi , sans prince, sans sacrifice, sans autel , sa:is Éphod ou sans vêtement sacerdotal , sans Théraphir.i ou sans figures. Et après cela les enfants d'Isracl retourneront au Seigneur leur Dieu. Ils le chercheront et David leur roi. Ils révéreront le Seigneur et ses dons • et cela arrivera dans les derniers jours.
Le prophète ne dit pas expressément que les Israélites seront exilés et captifs. Mais n'est-ce pas tiue suite nécessaire de la privation universelle dont il les menace. S'ils étaient dans leur patrie libres et gouvernés par leurs propres lois, seraient-ils sans roi, sans prince, et ce qui est encore plus désolant, sans sacriJicc et sans autel? Qui ne voit dans cette description , où rien de ce qui était de plus cher aux Juifs n'est omis, l'état déplorable dans lequel ils languissent depuis tant de siècles. Soumis partout où ils se trouvent 5 des maîtres étrangers, ils n'ont ni rois,
(1) Ps.(î8,2*, eiàeor.
/2l 0.-.eo3, 4, j.
Sil ŒUVRES COMPLETES DE 1.
ni princes tirés de leur nation. Ds n'ont ni sacrifices, ni auiel : ils n'en pourraient avoir que dans le lieu où le temple de Jérusalem était bâti. Il ne s'est présenté qu'une seule occasion de rétablir ce temple , ils l'ont perdue ; et quelle espérance pour eux de la retrouver? Ils n'ont plus d'orneraenis sacerdotaux. A quoi leur serviraient-ils? Leurs prêtres devraient être pris dans la tribu de Lévi. La distinction des tribus est abolie parmi eux , depuis que les Romains les ont chassés de la Terre-Sainte. Ils ignorent qui sont ceux d'entrt; eux qui descendent d'Aaron ; et par cette unique raison , il leur serait impossible d'immoler des victimes au Seigneur, quand ils seraient les maîtres de Jérusalem , et que leur temple serait rebâti. Ils n'ont plus ni les Chérubins qui couvraient l'arche, ni aucune des figures , dont le second tempîe était orné. Tout ce qi;i servait à leur culte , tout ce qui était pour eux un çagc de la protection divine a disparu ; ou si l'on aime mieux prendre en mauvaise part tes Téraphtms dont parle Osée, ce sens est également accompli dans les Juiis. Car ils n'ont plus d'idoles dcpui? 'eur dispersion ; et c'est ce qui doit plus les étonner, qu'avec une horreur si forte et si constant ment soutenue pour l'idolâtrie , ils demeurent toujours dépouillés de ce qui faisait autrefois leur gloire et leur consolation.
Cependant ils retourneront au Seigneur leur .Dieu. Ils le chercheront. Mais comment? En cherchant David Imr roi. Ce ne peut être le prince de ce nom , qui était mort depuis tant d'années. Celte prophétie s'écrivait sous le règne d'Osias le dixième de ses successeurs. Les Juifs eux-mêmes conviennent que le Messie , fils de David , est souvent appelé de son nom dans les saintes Écritures. La seconde partie de cet ouvrage en fournira des exemples. Le retour au Messie sera donc la fin de la disgrâce des Juifs. Ils commenceront alors à rendre à Dieu un véritable culte. Ils ne connaîtront que viaiis ce moment ce qu'ils doivent attendre et désirer de la bonté de Dieu. D'où il est aisé de conclure que cette calamité du peuple d'Israël n'est pas celle qui suivit la ruine de Jérusalem , et la ravage de la Judée par les armes de Nabuchodonosor. La peinture de l'exil et de l'esclavage qu'ils souffrirent alors serait visiblement exagérée. Mais ce qui tranclie toute difficulté , ils ne durent point leur délivrance au Messie , qui n'était pas encore venu. Ils l'attendaient, comme ils l'atlen.lcnt maintenant ; avec cette différence que leur attente étant alors légitime, ils furent rappelés après le temps marqué piJtir le châtiment de leurs idolâtries et de leurs autres prévarications : au lieu qu'ils doivent comprendre par une punition qui n'a ni les mêmes causes, ni les mêmes adoucissements, ni une si courte durée, que leur attente étant devenue vaine cl chimérique , ils n'ont plus pour se réconcilier avec Dieu, d'autre ressource que de chercher cl d'adorer ce Messie, qu'ils ont outrageusement méconnu.
Le novfvcau Testament est sur ce point , comme siir tous les antres, d'accord avec l'ancien. Nous avons
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lU que Jésus-Christ a prédit que les Juifs seraient (1) emmenés captifs au milieu de tous les peuples , et t/ue Jérusalem sérail foulée aux pieds des gentils , jusqu'à ce que les temps des nations fussent accomplis. C'est comprendre en peu de paroles tout ce qui doit leur arriver dans la suite des siècles. On les voit dispersés dans tout l'univers , distingués néanmoins des peuples parmi lesquels ils vivent , cl reconnaissables par leur qualité de captifs , foulés aux pieds des gentils , c'est-à-dire, méprisés de tout le genre humain , comme ce qu'il y a de plus vil et de plus abject dans la nature , conservés malgré tant d'opprobres et de persécutions , jusqu'au temps que leur nation se joignant à toutes les autres dans le même culte cl la même foi , il n'y aura plus qu'un seul bercail sous un seul pasteur.
Saint Paul , fidèle interprète de son maître , s'est rendu garant après lui de la conservation du peuple juif, qui survivrait à ses malheurs. La matière qu'il traitait dans son épître aux Romains et dans sa seconde aux Corinthiens, ne lui permeil;ait pas de parler de sa dispersion , de sa captivité , de son humiliation temporelle. Il n'envisage que sa dégradation dans l'ordie de la grâce et que l'aveuglement spirituel dans lequel il est tombé. Mais il avertit (2) les gentils que si les branches naturelles, c'est-à-dire , les Juifs enfants des patriarches et des prophètes, ont été arrachées de l'olivier, et n'ont plus de part à sa racine et à sa sève, elles seront un jour entées de nouveau dans l'arbre qui les a portées. Jeneveux pas (3), poursuitil, vous laisser ignorer ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux, Israël a été aveuglé en partie jusqu''à ce que la plénitude des nations entre dans /'Eglise, et qu'ainsi tout Israël soit sauvé. Selon qu'il est écrit: Il viendra de Sion celui qui doit délivrer Jacob et en èter l'impiété. Il déclare de même (4) aux Corinthiens, que les enfants d'Israël ont un voile sur le cœur en lisant les livres de Moïse et tout l'ancien Testament; mais que ce voile sera levé, lorsqu'ils se convertiront au Seigneur.Or cette conversion future du peuple juif prédite avec tant d'assurance suppose que, jusqu'à ce qu'elle arrive , il doit subsister avec tous les caractères qui le dislingue des antres nations. 11 faut qu'on puisse reconnaître les branches coupées,pour se réjouir de leur insertion dans l'olivier , dont elles tirent leur origine. L'Apôtre ne veut pas qu'on puisse jamais les confondre avec le sauvageon enté contre la nature ;et suivant cette prédiction les Juifs doivent toujours former un peuple à part, jusqu'à ce qu'il soil incorpore avec toutes les nations dans l'Eglise clirétionne.
Il est évident par toutes ces prophéties que l'état présent du peufifc juif a été prédit, ce qui est d'abord une preuve démonstrative contre l'incrédulité ; et de plus qu'il a été prédit comme le châtiment de la révolte de ce peuple contre le Messie, ce qui confond
(1) Luc 21, 2i.
2) Rom. 11. 23,24.
(5) Ibid. 2.'i, 2G.
(i) 2 Cor. 5. li, lis
84;) IVIU. I\. IIIKOI.. EXLCKT. - l.l.\(;iU:iil i^i;ïleuipii( Ifs Juiis ri 11» iiicrrilulcH. (/i-sl cmmiMtimemu Je ce ilttkMo uu liuiii iluqucl l'aviil i>'i'\|ilii|Ui', c'e»l pour tUre une levoii aux yeux ilet peupUt ifui lui appurlieiimnl, ijue li-s Juifs Jtiivenl i^lre dispfru'i tl humiliét Mm l'Ire di'lruits. «l'esl pane qu'ils oui pvuritiiii celui que Dieu ai'ail frappt', que leur dus tU.il éire courbé sous un joug accablant, (|u'ils doivenl Ou c chasses de leur hubilulioii et de leurs tabernacles. <!'esl enlin [Hiur avoir rejoié David leur roi , ce don inestimable de la bunte de Dieu , qu'ils demeurent depuis si longteni|is laiK roi , saus prince , sans autel et saiii sacrifice , puisqu'ils ne doivent retourner à Dieu, qu'en cherchant ce inèuie roi , (ils el successeur de Duvid.
C'est donc sans fondement que le juif'Orobio dans sa conlcrence avec Philippe de Lluiborcli , si rcnouiniée parmi les incrédules, soutietit ( I ) (juc sa nation n'est exilée cl captive, que pour avoir violé la loi de Moïse, et nullement pour s'être révoltée contre le Messie. Les textes que nous citons sont exprès, et celui d'Osée en particulier ne souffre pas de répli(iue. Mais, ajoute le juif, Moïse qui nous a prédit les malheurs qjie nous éprouvons, n'en marque point ■d'autre cause que nos prévarications contre la loi qu'il nous a donnée. Dans les chapitres :28 et !2!J du Deutéronome, où il nous menace de la dispersion, de l'esclavage el de tant d'autres Héaux , il ne dit pas un mot (lu Messie. 11 ne parle que de l'alliance (2) contractée avec nos pères quand il les tira de la terre d'Egypte, et du crime qu'ils commettront en adorant des dieux étrangers. Dans le chapitre suivant il nous annonce la fin de nos maux, et le retour dans noire patrie : mais ce n'est qu'ù condition , qu'en (5) écoutant la voix de notre Dieu nous observerons toutes les ordonnances et toutes les cérémonies écrites dans sa loi. Telle est l'objection du juif Orobio.
Son adversaire lui (4) répond qu'il ne s'jîjit pas dans cette prophétie de Moïse de l'état présent du peuple juif, mais uniquement de la captivité de Babylone.
11 est aisé de voir que cette réponse ne s'accorde pas avec nos principes. Nous avons prétendu et nous prétendons encore que Moïse a prédit tout à la fois les deux destructions de Jérusalem, les deux captivités, et les deux délivrances du peuple juif. Qu'il n'a pas à la vérité distingué tous ces événements avec la précision qu'on ne doit pas toujours attendre d'un prophète. Mais qu'U n'a pas laissé de les indi(|iier assez clairement, pour nous faire connaître qu'il n'eu est aucun qui n'ait été présent à son esprit. L'objection d'Orobio ne nous forcera pas à changer de sentiment.
Nous convenons avec lui que Moïse dans tout cet endroit du Deutéronome ne parle pas du Messie. Mais était-il nécessaire qu'il en parlât? Et ne doit-il pas nous suffire, que les autres prédictions de l'ancien
(i) Philippi h Limborch de veritate religionis Christian» amica CoUatio cum erudito Juda;o. Tertium scriptum Judœi.
{%) Deuter. 29, 25, 26.
(5 Deuter. 50, 40.
(i) Uespnnsio ad lerlium scriptuin Jud;ei.
l.liK Cd.NVAINCL'l': P.Vll LUS PIIOPIILTIKS. K50
Ti-sl.inii'lit qui !><■ ia|ipi)rtent à la hienne dincnt netteiiii-nl c(! qu'il a passé bOUS hileiice? Il n'ekt ni convenable aux deii.seins de Dieu, ni essentiel à lu vérité des |iroplii'lies, que toutes les cire onsUince» d'un événement se trouvent ilans la même prédiction. Les lumières sur l'avenir sont distribuées , selon (|ue Dieu le juge à propos. Il découvre à l'un de ses prophètes ce qu'il a caché à d'autres. Il ne vent pas toujours (ju'ils publient tout ce qu'il leur ajipn.-nd. C'est à nous ensuite à rassembler ce (|ui estépars en diverses prophéties; et pourvu qu'il n'y ait entre elles aucune opposition, nous ne devons pas être surpris, que celles qui sont postérieures , ajoutent quelque chose aux plus anciennes.
Quand Moïse annonça aux Israélites les maux qao leur perfidie envers Dieu devait leur attirer, la promesse du Messie, quoique déjà faite, n'était pas aussi développée, qu'elle l'a été dans la suite. Moïse leur avait parlé de celte (I) '^emence de la femme qui devait écraser la tête du serpent, de la race d'Abraham , d'Isaae et de Jacob (2), en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies; de ccC^) prophète semblable à lui qui sortirait de leur nation , qui leur parlerait an nom du Seigneur, et dont les paroles ne pourraient être méprisées, sans s'exposer à la vengeance divine. C'en était assez pour le temps ofi Moïse s'expliquait ainsi. L'objet de son ministère était, en donnant aux Israélites une loi proportionnée à leurs besoins et k leurs dispositions, de les affermir dans la pratique de cette loi. Dans ce dessein, il leur proposa d'une part les bénédictions, dont leur fidélité à l'accomplir serait récompensée, et de l'autre, les malédictions dont ils seraient frappés, dès qu'ils la violeraient. Ce n'était pas le temps de leur nommer le Messie auteur d'une nouvelle loi. Mais sans le nommer , Moïse ne l'excluait pas, et les Israélites ne devaient pas oublier que ce Messie qui naîtrait d'Abr.iliam, d'haac et de Jacob, serait le canal des bénédictions promises au gonre humain, et que l'obligation de Vécouler, lorsqu'il paraîtrait, faisait tellement partie de leur loi, que Dieu menaçait de venger le mépris qu'on ferait de ses paroles.
Le silence de Moïse dans cet endroit du Deutéronome ne prouve donc point que la révolte des Juifs contre le Messie n'entre poiir rien dans les malheurs qu'ils éprouvent aujourd'hui. Ce silence doit être suppléé par les prédictions postérieures, où la véritable cause de leurs malheurs est disertement exprimée. La révélation du Messie devint plus claire et plus distincte à mesure que le temps de sa venue approchait. Les caractères de sa personne, ceux-mêmesqui étaient le moins conformes aux désirs el aux espérances des Israélites charnels, furent annoncés dans un grand détail. L'un de ces caractères fut, qu'après qu'il aurait été rejeté el mis à mort par les Juifs , cet attentat serait puni par la dispersion et l'esclav.ige où
(1) Gènes. 5, 13.
(2) Cencs. 12, 5. Ibid. 26, i. Ibid. 28, 'A. (5) Deuter. 18, 1.5,-18, 10.
Soi CELVRES COMPLETES DE
nous'IcB voyons. Ou a ropporié ce qu'en a dit David. Le texte d'Osée est encore plus formel. Nous aurions pu alléguer d'autres prophéties, si nous ne nous étions scrupuleusement attaches à celles qui ne peuvent être interprétées que de la captivité présente du peuple Juii'. En comparant ces prophéties à celle de Moïse , qui a prédit cette captivité, il n'est plus permis de douter, que parmi les crimes qui devaient attirer ce châtiment aux Israélites, il n'ait compris leur révolte contre le Messie, quoiqu'il n'en ait pas fait une mention expresse.
De quel front Orobio (1) peut-il reprocher aux chrétiens, qu'en attribuant à ce crime la misère actuelle de sa nation, ils soudent témérairement les décrets nnpénétrables de la Providence? Est-ce donc une conjecture hasardée que de reconnaître une punition prédite par les prophètes ? Nous ne devinons point ce que Dieu a laissé dans les ténèbres de l'incertitude. Nous répétons sou langage avec simplicité ; et loin d'insulter au mallieur des Juifs, nous travaillons à les en délivrer, en leur montrant dans les livres de leur religion, la cause qui l'a produit, et le moyen uui doit les rendre heureux.
Quand nous n'aurions pas les prophéties qui nous éclairent sur le châtiment que souffrent les Juifs, la cause do ce peuple défendue par Orobio avec tant de subtilité, n'en serait pas meilleure. Nous allons entrer dans une controverse qui n'est pas nécessaire avec les ÏBcréduIes. Il suilit, pour les confondre, de leur produire, sur l'étal du peuple juif, des prédictions accomplies à leurs yeux. Mais cette controverse est trop avantageuse au christianisme, pour être oubliée : et l'on ne peut guère placer plus à propos l'une des plus fortes preuves, qui établissent la vérité de notre religion.
L'histoire des Israélites nous offre les traits les plus éclatants d'une Providence continuellement attentive sur celte nation. Dieu l'a introduite par des prodiges dans la terre qu'il lui avait promise. Il a dissipé de- ^ant elle les peuples guerriers qui l'habiiaient. Il l'a /■«•ndue victorieuse de ses ennemis, toute? les fois qu'elle lui a été fidèle, et ce n'est que lorsqu'elle a renoncé à son culte, qu'il l'a livrée à une domination étrangère. 11 a fait plus en sa faveur : il s'est maiiilisité à elle, tandis que les autres peuples do l'univers demeuraient ensevelis dans l'erreur et dans l'ignorance. L'idolâtrie régnait partout. Le Dieu unique créateur du ciel et de la terre, n'était connu que dans la Judée. C'est une prérogative que l'incrcduliié même ne peut disputer aux Israélites. Ils ont été pendant longtemps les seuls dépositaires des oracles divins. La prédilection de Dieu à leur égard était si marquée, qu'il punissait leurs crimes plutôt en père tendre, qui veut corriger ses enfants, qu'en roi et en juge irrité, qui ne ménage plus des sujets coupables. C'est la différence qu'il mettait, comme (2) il l'assure lui-même par ses niophctes, entre le traitement des
(1) Tertium scriptuni. Tertium quxsllmn. Nuni. ô. (2J Jun;m.30, 'l;ibi.l. iC, iiS.
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nations idolâtres, et celui des Israélites. S'il fut enfin forcé de les condamner à l'exil et à l'esclavage, il en fixa auparavant le terme à soixante-dix ans. Il leur annonça leur délivrance et le nom de leur libérateur. Il les consola pendant la durée de leur captivité par des prophètes qui soutenaient leurs espérances : et lorsque le temps fut arrivé de les rappeler dans leur patrie, il suscita Cyrus et ses successeurs qui leur permirent successivement de peupler et de cultiver la Judée, de rebâtir le temple et leur ville capitale.
D'où vient que Jérusalem et la maison du Seigneur ont été une seconde fois ruinées? D'où vient qu'une nouvelle révolution a banni les Juifs de la terre promise, et les a dispersés beaucoup plus loin que dans leur premier exil ? Cette question n'est pas, connue le prétend Orobio, une recherche indiscrète des consiils de Dieu. Les Juifs dans les principes de leur religion sont obligés d'y répondre. Ils savent que selon 1 alliance contractée avec eux. Dieu s'est engagé à leur accorder une protection, dont leur infidélité seule peut les rendre indignes. Il ne s'agit pas de nommer des crimes commis par des particuliers. C'est avec le corps entier de la nation que Dieu a traité. L'alliance ne peut être rompue que par un crime dominant, par un crime généralement approuvé, qui ait pour complices ou pour fauteurs les chefs de la nation et ie plus grand nombre des citoyens.
Je dis plus. Ce crime dans les mêmes principes do la religion judaïque doit être ou l'idolâtiie ou un au lie attentat encore plus contraire à l'alliance fant avec Israël. Car pourquoi Dieu s'est-ii choisi un peuple parmi les enfants d'Abraham? Pourquoi leur a-til donné la terre de Chanaan? Pourquoi Dieu a-t-il désigné Jérusalem pour être le centre de sa religion, et dans cette ville, une place unique, poury constiuiie un temple hors duquel il ne fût pas permis de lui oi frir des sacrifices? C'est sans doute pour avoir dan? une partie du monde un culte et des adorateurs, au milieu des superstitions qui couvraient la face de l'univers. Ce dessein était rempli, tant que le culte qu'il avait prescrit, subsistait sans mélange d'idolâtrie. Le peuple qui le lui rendait ne cessait pas d'être son peuple. Il ne perdait pas son droit à l'hcritage qu'on lui avait assigné. Jérusalem conservait sa qualité 'le ville du Seigneur; et le temple vide d'idoles, sanctifié par Toblalion contiimelle des victimes ne méritait pas d'être démoli.
Tous ces privilèges néanmoins ont été enlevés aux Juifs. Us se flattent d'être toujours le peuple de Dieu, mais sans aucune des marques si communes autrefois parmi eux de la protection divine. Les Romains les ont chassés de la Palestine. Ils ont détruit de fond en comble Jérusalem et son temple ; et ces malheurs leur sont arrivés dans un temps où, selon l'histoire et de leur propre aveu, ils détestaient l'idolâtrie. On sait que , depuis leur retour de Bahylone ce vice n'infecia plus le corps de la nation. Les violences d'Antiochus firent succomber une partie des Juifs. Cette apostasie forcée dans !a phipait il'cnlre eux, bien diffcronie du
«r.5 l'viu i\. iiiKOL. K\K(;i;r. i,iN(;«i;bi,i.
pciicbaiit ili- leur» |>crt-s |Hiar l<- lulle ilc» fauitM'» ili- MiiiU'it, lui uuuie pjr la |ji'>ilaiiatiun du lviii|ilo. I.o i('iii|ili! fui purillo, Us i>;u'rUkoii ri'Coiiiuiciii'cruiil, la I rli^ioii rt'|>ril (nul son luAlrc Daiu la suitt; les Juil's iR' w kuiil jamais Jt'|MrlH do leur ïllacliiMiiciit à la lui •le Muis<-. Snlijti^ut's par U'sarun's de l'oiiipéL-, ils pa-.bt^rviil MUS l'ciiipirL- di's Umiiaiiis, 8;iiis adujiler leur iJulÂtrio. Ll le taux toli- |iuur leur ri-li^ioii nu iul pas un des muindres iiiulil's de leur soulèvciiieiil cuiiliu des niailres iduUlros.
Il laul diiiie (|u'uii autre crime plus oilieux que l'i ('.ulûlrio, plus direclemeiit upposé à ralliaiice ipi'ili. avaieiu jurée avec Dieu, ait aiiirc sur Jérusalem, sur le leniple, sur le peuple entier, une seconde malédictiun plus terrible (jue la première. Un Juif instruit de sa reli^iioii ne peut nier celle cunsi'quenee ; et te qui la lui rend plus évidente, c'est l'extrême dilleience, (|u'il duit remarquer entre l'état présent de sa nation, et la captivité qu'elle a soufl'erte à Babylono. Celle-ci uv dura que soixante-dix ans. La lin en avait été prédite, avant qu'elle commençât. Elle élail ad«)ucie par des témoignages non interrompus de la tendresse de Dieu sur Israël. Aujourd'bui, les Juil's sont exilés de leur patrie depuis dix-sept siècles. Rien ne tempère j~.our eux l'amertume du calice, qu'ils boivent jusqu'à la lie. Nulle consolation, nul fondement d'espérance, nulle réponse du ciel. Ils ne cessent d'invoquer le Dieu tie leurs pères; et il est sourd à leurs cris, lis soupirent après la terre de Cbanaan qu'ils regardent coiniTie leur patrie ; elle s'éloigne d'eux. Ils attendent un libératcui* ; et ils n'osent supputer dans leurs oracles les temps de sa venue. Ils abhorrent tout autre culte que celui dont Moïse a réglé les cérémonies; ils éiaient moins nialbeureux, quand ils ne l'observaient pas. Us n'ont jamais mieux mérité aux termes de leur loi les bénédictions qu'elle promet ; et ils n'ont jamais été plus accablés des malédictions qu'elle prononce.
Qui ne doit être frappé de cette inégalité de châtimt>ntentrele Juif idolâtre et transgresseur de sa loi, et le Juif sectateur fidèle de la religion de ses ancêtres? Mais qui peut en inéconnaitre la cause, lorsqu'on considère ce qui a précédé le siège et la prise de Jérusalem. C'est apVès avoir livré Jésus-Christ à un juge étranger, après avoir extorqué de ce juge sa condamration par leurs clamears redoublées, après avoir accepté d'une voix unanime pour eux et pour leurs enfants la punition de sa mort, après avoir nourri leurs yeux cruels du spectacle de ses souffrances, c'est après l'avoir poursuivi avec une implacable fureur dans la personne de ses disciples, que la nation entière des Juifs a été inondée de ce déluge de maux qui durent encore. Voilà sans doute, et sans avoir même besoin des prophéties, le crime que nous cherchons. C'est le crime de tout le peuple, de ce siècle et des siècles suivants : des pères (|ui t'ont commis et des enfants (lui l'approuvent. C'est le crime, dont Moïse les avait avertis que Dieu se rendrait (I) /e reni/eur. Quel autre
(I) Qui autcm verba ejus quse loauetur in iiomine
m; coWAi.NCLi; I'au i.i;s l'iioi'iiKTiiiS. 854
iriine en effet peut réunir tous ces carjclen-s , d'étro uiiiver>el, d'être toujours 8ulh,istant, d'être jilus injurieux à Dieu qu'une idulAirio publique ei générale, que le nieurliu du Mebsic médiateur d'une nouvelle alliance (I), semblubli' à Moi-e par sa qualité de légi»lal.^ur, mais inlinimenl buV-rieur à lui par sa nature, condamné à mort par une sent'.-nce ([ue b- cor|(S de la nation juive a portée une fuis, et qu'il n'a cessé depuis de ratifier.
Kcoulons niainienant Orubio employant toutes Icâ re-sources de son isprit, pour rejeter sur une autre c;uise les malheurs de sa nation. Il voudrait d'abord (i), s'il était possible, la décharger de tout ce qu'a d'odieux le crucifiement de Jésus-Christ. Il feint d'igiiorer s'il esi tel, que les chrétiens le racontent. Il ii'en a aucune preuve authentique. En tout cas c'est aux Juifs qui vivaient alors, que cette action doit être uniquement imputée. Leurs descendants n'ont jamais su si elle a été injuste ou légitime. Ils l'abandonnent pour ce qu'elle est, et ne peuvent porter la peine d'un criiue réel ou prétendu, auquel ils n'ont point de part.
Ce langage est nouveau pour un Juif. Mais il est si peu sincère qu'Orobio le soutient mal, et ne larde pas à le désavouer. Il convient au même endroit que les Juifs ont appris de Josèphe et de leurs ancicjjs, que sur le déclin de leur république il parut dans leur nation des sédncteurs et des faux prophètes que les Romains firent mourir par divers supplices, et dont les partisans se dispersèrent à Samarie, dans l'Idumée et en d'autres pays. N'est-ce pas désigner assea clairement Jésus-Christ (suivant l'idée qu'en ont les Juifs) dans le temps même qu'on affecte sur le genre; et sur les auteurs de sa mort une ignorance qui n'est rien moins que véritable. Bientôt après Orobio se démasque. S'il est plus modéré dans ses expressions que les auties Juifs, il a le même venin contre Jésus- Christ, et ne peut le renfermer dans son cœur. Il dit (3) nettement que tout honiine, lùt-ce un prophète, fût-ce le Messie lui-même par une supposition impossible, et eiit-il coidirmésa doctrine par les miracles les plus éclalanls, a du être lapidé par les Juifs, dès qu'il a voulu se faire reconnaître pour le Dieu d'Israël, et s'en attribuer la toute-puissance. C'est parler en Juif qui connaît et qui approuve le supplice de Jésus-Christ. C'est à cette réponse qu'Orobio devait se borner. Car aussi bien la vérité et sa propre conscience lui permettaient-elles de feindre des doutes sur un fait aussi notoire que la mort de Jésus- Christ avec toutes ses circonstances'/ L'univers entier n'a-t-il pas su que les Juifs l'ont livre aux Romains, et qu'ils ont demandé qu'il fut mis en croix? Les païens ne l'ont-ils pas écrit connue les chrétiens ?
ineo, audire noluerit, ego ultor existam. Deuier. IS, 19.
(1) Il)id. 18, 18.
(2) Tertium scriptum Jadxi. Secundum quaesitum num. 5.
(5) liiid. uum. 8.
Orobio lui-niônie dans le fond de son âme ne louel-il pas celle aciion comme sainle, comme conforme à la loi ? Ne pose-l-ii pas les principes, dont on lire ncceisairenienl celle conséquence? Il esi donc, quoiqu'il n'ose le dire, complice par son approbation de l'horrible aitentai qu'il s'efforce de dissinmler. Et que doit-on penser du reste des Juifs, qui moins réservés que lui à l'égard de Jésus-Christ font une profession ouverte d'accuser sa mémoire, et d'adhérer à sa condamnation ?
Ce n'est donc pas seulement un petit nombre de Juifs contemporains de Jésus-Christ, qui l'a crucifié. C'est le corps entier de la nation, inspirée par le souverain poniife, par les prêtres et par les docteurs. Ce sont les Israélites de toutes les parties du monde rassemblés alors à Jérusalem. Ce sont leurs enfants qui déclarèrent une guerre irréconciliable à la doctrine et aux premiers disciples de Jésus-Clirist. C'est leur postérité qui, p.^rsévérant dans le même esprit n'a que trop fait connaître qu'elle est aussi disposée que ses ancêtres à répandre ce sang innocent. Fautil s'étonner qu'on le lui redemande et qu'elle soit toujours punie d'un crime, dont elle est toujours coupable?
Mais, demande Orobio (1), pourquoi les autres nations qui ont abandonné dans une partie considérable de l'Afrique, de l'Asie, et de l'Europe la foi de Jésus- Christ pour embrasser l'idolâtrie ou le mahoméiisme, ne sont-elles pas comme les Juifs, l'objet de la colère divine? Pourquoi? La différence n'est-elle pas visible ? Ces nations, quoiqu'ennemies de l'Eglise chrétienne, n'ont pas crucifié Jésus-Christ. Les mahométans le respectent comme un prophète ami de Dieu. Les païens sont bien éloignés des blasphèmes, que les Juifs, par une suite de leur aveuglement, profèrent contre lui. Mais remontons à l'origine des choses. Les Juifs de leur aveu même ont eu des promesses particulières. En vertu de ces promesses ils ont dû èirc paisibles possesseurs de la Palestine , comblés dans celle terre de toutes les bénédictions temporelles, et maîtres de l'unique temple, où l'on pût sacrifier à Dieu. Une idolâtrie dominante les avait privés une fois de l'efl'et do ces heureuses promesses. Rétablis ensuite dans leurs premiers droits, ils les ont perdus sans retour par leur détestable conspiration, et leur haine opiniâtre contre le Messie prédit à leurs pères, né de leur sang, envoyé d'abord pour leur instruction préférablement à celle des gentils, autorisé à leurs yeux par des prodiges, qui ne marquaient pas moins sa bonté que sa puissance. C'est par ce crime, qui leur est personnel, qu'ils sont déchus des avantages qui n'étaient promis à aucune autre nation. Les peuples qui professent les religions les plus fausses peuvent jouir d'une félicité temporelle. Elle n'est point pour eux, comme pour les Juifs, un signe certain cl indisjiensable de l'amitié de Dieu. Ils sont étrangers à l'alliance d'Israël. D'autres peines et d'autres récompen-
(t) SecuLjum quxsitura. iYum. 5.
ses leur sont réservées. Heureux ou malheureux, leur . état est sans conséquence pour celui dcb Juifs.
De si faibles raisons ne satisfont pas un esprit raisonnable. Orobio le sent ; et il en cherche d'autrts qui répondent 'd'une manière plus spécieuse à l'objection des chrétiens. Les dix tribus (1), dit-il, emmenées captives par les rois d'Assyrie sont parfaitement innocentes de:ia mon de Jésus-Christ : elles ne retournèrent point dans la Palestine, qui depuis la captivité de Babylone n'a été habitée que par les tribus de Juda, de Benjamin, et de Lévi. Ces tribus sont néanmoins captives et dispersées comme les trois autres. Je sais, ajoute-t-il, que dans tout l'orient, dans les vastes régions de l'Inde et dans l'Ëthjopie les Israélites ont des synagogues innombrables et ne prennent point le nom de Juifs. ISous en avons reçu, il n'y a que six ans, des lettres écrites dans la langue sainte, et nous ai'Ofis admiré qu'il y eût dans ce pays des Israélites, qui n'eussent qu'une notion vague et confuse de la religion chrétienne. Nous soupçonnons que ce sont des restes des dix tribus, etc. Or il est inanifcile, continue-t-il, que la captivité de ces Israélites ne peut être attribuée au crime que vous nous reprochez. Donc la nôtre a également une cause différente.
C'est dommage qu'un raisonnement si décisif en apparence >èche dans le fait, et qu'il porte tout entier sur une supposition aussi dépourvue de vérité que de vraisemblance. On nie formellement à Orobio qu'il existe dans aucun coin du monde des Israélites (2) descendus des dix tribus séparées sous Jéroboam. Ces synagogues si nombreuses répandues dans l'orient, dans l'Inde, et dans l'Ethyopie, sont inconnues à tous les historiens et à tous les voyageurs. Ces prétendus Israélites sont ou des demi-chrétiens qui pratiquent la circoncision, ou plutôt de véritables Juifs. C'est sans doute de ceux-ci qu'était venue la lettre écrite du temps d'Orobio à la synagogue d'Amsterdam. Ce n'est que par un soupçon qu'il présume que des Israélites en sont les auteurs. Parlerait-il avec tant de crainte et d'incertitude, si dans des pays aussi fréquentés par les Européens que l'orient et l'Inde, il y avait d'innombrables synagogues formées par les restes des dix tribus. Quand il ajoute que ceux qui ont écrit cette lettre, qu'on n'a jamais vue, n'ont aucune connaissance du christianisme, ou n'en ont qu'une très-confuse, quelle preuve en donne-t-il ? Est-ce leur silence? Mais le sujet n'exigeait peut-être
(Il Tertium quxsitum. Num .3.
(i) Benjamin de Tudèle voyageur juif du douzième siècle, dont Orobio s'appuie, est un auteur trop suspect, au jugement même des savants qui en font plus de cas que les autres pour établir par son seul témoignage un fait incroyable, dont on n'a d'ailleurs aucune preuve. Ceux qui trouvent quelque vraisemblance à ce qu'il se soit conservé dans la Haute-Asie quelques descendants des anciens Israélites, reconnaissent en niênie leinps qu'ils ont adopté les usages et la religion des Juifs; d'où il suit évidemment qu'on doit les confondre avec eux, et que la tradition qui distingue leur origine, incertaine en elle-même, ne peut être opposée à tous les motifs qu'on a de croire l'exlinction totale des dix tribus.
8!,- i-Aiii. i\. iiiH'i.. i:\K(:KT.-i.iNt.iu;i»u
pa» qu'ilH lui lab»enl Of Ji'fcu* «:iiriM. Ksi -cr li-iir avf u T lisiii MMMil plusiiiiMs m- iliMMil, ilt-â nu'il» «Vx|.li (juiMil aill^i, kJii> .Ure iiilcTi»-ll.>. Au l»liJ iclle i«iioram-e se rwduil. suivanl Oo.l.io. ù mm^ <-o.iii.ii.«<i.i.v rayue tt confine ilu cliri^liaiiiMiu', l:i iii<^"'l' ilireil (iiil la pluiarl ilrt Juifs disiHrs.s au milieu do nous, (pii s'accorde 1res- bien avec une liailie furieuse wnlrc JiKUs-Cliri!,!, el <|ui ne lis juslilie pas mieux que l'i- (îiiorahce de 8»^ persiculeurs cl de ses bourreaux, qui lie lai-aient ce {i) qu'ils (uisaienl.
L'exemple dis dix Iribus envisagé dans son vrai poinlde vue se tourne en preuve contre les Juifs ol contre les incrédules. Elles ne retournèrent pas dans la Palestine, nprôs que la captivité de Babylone eut (té linie. Counnenvant dés lors :\ se confondre avec les nations parmi !e>(iuelles on les avait transplantées, elles ne devaient plus foi mer un peuple séparé. On ne trouve plus dans l'iiistoire aucum- trace des Israélites depuis qu'ils eurent passé sous la domination et d iiis les étals des rois d'Assyrie. Il n'en a pas été ainsi des Juils relégués beaucoup plus loin et chargés de chaînes plus pesantes. Tant de siècles éooulés, tant de révolutions fatales aux plus grands empires n'ont pu effacer leur nom de dessus la terre. D'où peut venir celle différence entre deux peuples sortis de la même lige, niarcpics du même sceau de la circoncision, reconnaissant tous deux Moise pour leur législateur, destinés, ce semble, ou à la même durée, ou i la même destruction? Les incrédules n'ont rien à répondre, eux qui ne voient dans la conservation du peuple juif qu'une suite nécessaire de sa conslitu- IJon fondamentale. Qu'ils apprennent donc que les Juifs , qui auraient dû nalurellemenl finir comme les Israélites, ne subsistent par une providence particulière, que pour la gloire de Jésus-Christ qu'ils ont crucifié, et du christianisme qu'ils délestent.
Non, répond Orobio (2) , la mort de Jésus-Christ , quelque jugement qu'on en porte, n'a pas aliiré sur nous les maux que nous souffrons. Notre captivité présente n'est, à proprement parler, qu'une conlinuali(in de celle de Babvlone. Jamais le peuple entier n'a été délivré. Il est vrai que Cyrus el ses successeurs permirent aux Juifs de retourner en Judée. Mais peu d'entre eux, comme il parait par le livre d'Esdras, profitèrent de celle permission. Le plus grand nombre aima mieux rester d:-ins son exil, comprenant que cette délivrance imparfaite n'était pas celle que le Messie devait apporter à la nation. Mais tous demeurèrent également captifs , soit ceux qui continuèrent leur séjour dans des pays étrangers, soit ceux qui repeuplèrent la Judée, assujettis les uns et les autres, d'abord aux Perses, ensuite aux Macédoniens, et enfin aux Romains. Une dispersion commencée plus de cinq cents ans .ivant Jésus-Christ, cl jamais interrompue pendant ce long espace de temps,
(I) Jésus aulem dicebal : Pater, dimitlc illis ; non enim seimit quid faciunl. Luc. 23, ôi.
,'i) Terliuu) quïsitum. /Vu»;. 5.
ilL ( O.NVAI.M.t i: l'Ml IIS l'IlOPlILTIES. 858
puut-ulle être le châtiment ilu crime comiui» contre ba pcrsiinne ?
On n'avait pa« encore oui dire que Ii>h Juifi» n'eu»henl pas été délivrés de la captivité de IJabylone. Que bignilie ddiic cet é.lil de Cyrus rapporté .'i la fin des l'aralip eues , et au ciiiiimenc cmciit du livre d'Esdras (I) : /.(.■ Seigneur Dieu dit ciel m'a (luimé lou$ Ut roijaumes de la terre, el il m'a commandé de lui bùlir tiw iiirt/sdii (i Ji'rusatem. Qui de voiu est ton peuple ? Que le Seigneur soit avec lui. Qu'il monte n Jérusalem, qniesl dar.slaJudi'e, et qu'il bâtisse une maison an Seigneur Dieu d'Israël. Cet édit est adressé à tous les Juifs sans distinction. Non-seulement il leur permet de retourner dans leur patrie, il les y invite, il les y exhorte même par le motif le plustoudianlpour eux, qui est le rétahlissement de leur temple. Il est inutile après cela d'examiner si leplus grand nombre desJui.B profila de celte permission. Un homme, remarque judicieusement Philippe de Liiiiboreh, à qui la porte de sa prison est ouverte, devienl libre à l'heure même. S'il y rosle volontairement, il n'est i)lus censé prisonnier. Celui qui préfère le lieu de son exil à sa patrie, où il est le maître de retourner . n'est plus regardé comme banni, mais comme citoyen véritable du pays-qu'il choisit pour sa résidence. Le peuple cnlirr fut donc affranchi et rappelé par l'éclit de Cyrus. S'il y eut peu de Juifs qui se hâtèrent de retourner en Judée, c'est qu'il yen eut peu d'assez courageux pour rompre d'abord des liens qu'une longue habiuide avait fcjrmés, et pour partager les fatigues d'une entreprise aussi pénible que celle de rebâtir le temple et de défricher une terre incube depuis tant d'années. Dans la suite néanmoins les Juifs se rendirent en foule dans leur patrie. Leur nombre s'y multiplia prodigieusement. Ceux mêmes qui, répandus dans les pays soumis à l'empire des Grecs, furent pour cette raison appelés Juifs - Hellénistes , n'en étaient pas moins attachés de cœur el d'affection à Jérusalem, qu'ils regardaient toujours comme la métropole de leur nation. Ils y allaient souvent pour y célébrer les fêtes prescrites par la loi, pour y offrir dans le temple leurs sacrifices.
Ainsi Dieu permit qu'une partie des Juifs demeur.àt par son propre choix au milieu des gentils , pour communiquer à ceux-ci la connaissance des livres sacrés , et préparer les voies à la nouvelle alliance qui devait abolir la distinction des deux peuples. Mais en exccutanl ce dessein si digne de sa profonde sagesse , il n'en accomplit pas moins la promesse qu'il avait faite aux Juifs de les délivrer de la captivité de Dabylone. Moïse avait prédit cette délivrance. Plusieuis autres prophètes avaient renouvelé la même prédiction. Elle est si claire dans Jéréinie , qu'il n'est pas concevable qu'un Juif, qui respecte les prophètes, ail pu dire que la captivité de Babylone durait encore (2) : Voici ce que dit le Seijneur : Lorsque
(1)2 Paralip. 3C, 23; 1 Esdr. 1, 3.
(2) Jcrcm. 23, lOclscq.
soixante-dix ans seront sur le point d'être accomplis, je vous visilo-rai, et j'exécuterai la promesse favorable que je vous ai faite, de vous ramener dans ce lieu.... Vous me trouverez, dit le SeigTieur, et je vous rappellerai du lieu oii vous êtes captifs. Je vous rassemblerai de tous les pays où. je vous ai dispersés , et je vous ferai revenir de l'endroit où je vous ai transportés. Ce n'est pas là seul.'uient , comme le prétend Orubio , une visite du Seigneur sur son peuple ; c'est un rappel,une délivrance, un rétablissement des Juifs dans leur patrie. Le terme en est fixé à soixante-dix ans ; et Daniel comprit (1) , dès la première année du régne de Darius le Mède à Babylone , que ce terme était arrive. Qi:i peut résister à révideuce réunie de la prédiction et de l'évéuenient ?
Au surplus, nous accordons volontiers à Orobio que celte première délivrance des Juil's n'est pas comparable à celle qui était réservée au ministère ilu Messie. Pour prouver une vérité que personne ne lui conteste , il n'avait pas besoin de s'étendre sur lo-j maux que les Juifs souffrirent depuis leur retour dans lu Palestine. Mais veut-il en conclure qu'il n'est sursciiu aucun changement dans leur état , par la seconde ruine de Jérusalem ? Est-il égal pour eux d'avoir une patrie , un temple , des prêtres , des magistrats , l'usage de leurs lois , l'exercice de leur religion , quoique exposés de temps en temps à des traverses, dont il n'est pas de peupb qui soit toujours exempt, quoique sujets même à des tributs imposés par des souverains étrangers ; et de se voir exclus de l'Iiéritage de leurs pères , déchus de tous leurs prÏTÏlégcs dans l'ordre politique et religieux, esclaves dans le monde entier, où ils ne sont pas même les mailres d'une seule bourgade ? La distance entre ces deux états est innnie. Nous demandons n Orobio pourquoi sa nation est passée de l'un à l'autre. II faut , malgié lui, qu'il réponde à cette question; et les efforts qu'il fait [lour l'éluder piouvcnt seulement combien elle l'importune.
Il s'enhardit cependant ; et il cherche (2) enfin le motif de la colère de Dieu sur les Juifs. Il le trouve dans les péchés qu'ils ont commis et pendant la durée du second temple et depuis sa destruction. 11 s'arrête surtout à l'idolâtrie , comme à celui qui , dans les principes de sa religion, a pu seul réduire le peuple de Dieu dans un état si affreux. Il assure que beaucoup de Juifs en ont été coupables , non-seulement sous la persécution d'Antiochus , mais en d'auti es occasions, avant et après la mort de Jésus-Christ. II descend même jusqu'aux derniers temps, i Depuis rétablissement, dit-il, de l'idolâtrie papistiquc, coin- « bien de Juifs ont été forcés de la pratiquer exté- • rieurement , en Italie , en Espagne , en Portugal ? tJ'ai été moi-même, poursuit-il, du nombre de ces € idolâtres, et ma propre conscience réclame contre « l'éloge intéressé qu'on fait de l'allachemenl de notre I nation au culte au vrai Dieu. »
1) Dan. 9, 1, 2.
S) Terli'jni u .a»itum. .Y«m. 4.
LEFRANC DE POMPIGNAN. 8C(r
C'était un beau champ pour un Juif disputant avec un Soicnien tel que Philippe de Limborch. Celui-ci (1) convient de tout ce qu'avance Orobio sur la prétendue idolâtrie des papistes. II renchérit sur ses plaintes contre les violences exercées à l'égard des Jui s. Il s'autorise de quelques railleries d'Erasme contre deux écrivains espagnols qui l'avaient attaqué, pour prouver qu'en Espagne des Juifs, cachés sous le masque d'un chiistiaiiisnie apparent, occupent les premières liignilésde l'Eglise, remplissent les monastères, siègent jus(]ue dans les tribunaux de l'inquisition. Des faits de cette nature sont trop étrangers à une controverse cussi sérieuse que la nôtre, pour que nous daignions les examiner. Laissons Orobio et Limboicu peser ensemble les divers degrés d'idolâtrie, disccrt;er celle (pii est accompagnée d'une espèce de bonne loi, de celle qui est condamnée par le témoignage de la Conscience ; comparer l'iJolàtric dont ils accusent l'un et l'autre l'Eglise romaine, à celle où les Israélites tombaient si fréquemuieni avant leur première captivité. Ce n'est pas le lieu de réfuter les calomnies que ces dcu"; adversaires, divisés sur tout le reste, débitent de concert contre la religion catholique. Oa n'aperçoit que trop que des préjugés de parti affaiblissent entre les maii:s de Limborch la caiise qu'il soutient contre Orobio ; et je me contente d'en avertir ici, pour que les incrédules ne se prévalent pas de l'avantage qui demei;re quelquefois dans celte dispute au Jui? sur le Chi éiien.
Que prétend le défenseur du judaïsme avec ses lamentations sur les péchés de ses ancêtres et de ses frères? Pense-t-il que la mort de Jésus-Christ mi>c h part nous ayons une si haute idée de la conduite in éprébensible des Juifs anciens et modernes? Nous croirons tout ce qu'il voudra nous dire des péchés qui ont régné et qui régnent encore parmi eux ; et s'il était nécessaire, peut-être en dirions-nous plus qu'il ne voudrait. Nous détestons comme lui l'hypocrisie des Juifs déguisés en chrétiens, sans avouer néanmoins que le culte qu'ils professent malgré eux soit véritablement idolàtrique. Mais ce crime, et tous ceux qu'Orobio nomme et qu'il ne nomme pas, ne sont après tout que les crimes des particuliers. Ce n'est pas la nation en corps qui en est coupable, comme elle l'était de l'idolâtrie que Dieu punit par la captivité de Babylone , connue elle l'est encore du crucifiement de Jésus-Christ. On le répète : c'est avec le corps entier du peuple Israélite que Dieu a cojilracté son alliance. Elle ne peut être rompue que par un crime public, général, persévérant, commis par les principaux de la nation, approuvé de leur temps par le gros de leurs concitoyens, et dans la suite par leurs descendants. Orobio n'en trouve aucun de cette espèce parmi les Juifs. Il ne reconnaît point jrjur tel la condamnation de Jésus-Christ. Il s.iii bien que ce peuple s'est eonslamment préservé d'une idolâtrie dominante, depuis son retour de Ba-
(1) Responsio ad lerlium scriptum Judxi. Tcriium q"a'siiuin. iSum. i.
fci i-\Ki. i\ niroi.. i:\ri:rr. i- im :ui;i»i i
liylolie ; el ior»(|UC l'fiiib;iiT.is (lii If iiii'l une ol jiclion pri-jw-iiilo iif l'faKi'k!'; P-»* •> <'l>'>oui<-"ir II'» cl»»»» le* plu» i-laiios, il 'lil ^u»»' '''•'" M'"-' """^ M'"-'- ''"" mut (I) /un/ i/i^ tiéclea, U penpU juif tiaiis sa disperùoii abhorre ndotàirie (i). Que /.i iirconslance la plus reiiiarifuabU de ton élut présent, c'est qu'étant dhperni depuis si loiiijlemps il s'ubiliemie de tuut eulte iJvlàlriifue, (luoiifu'il ij ait eu plusieurs particuliers qui aient ubjuré leur loi pour s'unir aux ijenliU. Apii^s des aveux f\ précis, il iiuoi lui sorl la peiiiluiv ([u'il lail Jesdésor- Ures el surtout de l'idoUHrie où beaucoup de Juil's sont loiiibis autrefois et tombent encore selon lui ? Ce n'est pas là le deiioilment de la dilliculté qu'on lui propose. Ces désordres ont pu mériter aux coupables des cliAtiiiRHils personnels; mais ils n'expliquent pas comiuenl la colère de Dieu peut reposer depuis tant de siècles sur le corps entier de la nation. Orobio est si eonvaineu (pie l'elat présent des .lui s suppose nécessairement un crime de tout le peuple, qu'il remonte jusqu'aux idolâtries plus anciennes que la (aplivilé de liabslone. Elles sont, dit-il (3), imputées à la républiipie judaïque (jui subsiste aujourd'hui, et qui est la même qu'elle el;iit alors. Si celle re[)Ubliquc n'est plus idolâtre, il suffit qu'elle l'ait été, pour que Dieu la punisse, c;)mnie si elle l'était encore. l.is peines générales ne ressemblent pas aux suppliées particuliers. Ainsi un roi qui a pardonné à une \ille rebelle le crime de lèse-majesté, indigné de fautes beaucoup moindres commises dans la même ville, exécute contre elle un arrêt qui n'était que suspendu, la dépouille de tous ses privilèges, la fait raser jusqu'aux fondements, bannit et disperse tous tes habitants.
Si Orobio se rapproche par celte réponse de l'état de la (pieslion, il s'écarte mar.ifeslenient des règles immuables de la justice. Malgré la dillérence arbitraire qu'il met entre les peines générales et celles qui regarilenl des particuliers, il est vrai des unes et des autres qu'elles ne peuvent être justement décernées que contre des coupables. On a beau dire qu'un peuple est toujours le méiue ; il l'est par le nom, p-ules lois, si l'on veut, et par les usages ; il ne l'est point par les qualités personnelles des sujets qui le composent. Les aïeux ont pu être très-méchants et trèscorrompus. Si les neveux ne marchent pas sur les mêmes traces, s'ils effacent par leurs vertus l'infamie des crimes précédents, ce n'est plus le même peuple dans l'ordre moral, parce que ce ne sont plus les mêmes mœurs. Quand il est dit en plusieurs endroits de l'Ecriture que Dieu venge l'iniquité des pères jusqu'à la troisième et quatrième génération, on suppose que cette iniquité, transmise aux enfants par une imitation contagieuse, leur transmet le niênic cbàliment. Uais lorsque le cours de cet exemple pernicieux est axrêté la punition est également retranchée. Le fils
(1) Qia;situm tertiuni. A'iim. 2.
(2) Ihld. .\«m. 11.
(3) Tertium qua'siluni. yuin. i.
m; (OWAINM K l'Ait l.i;S IMtOI'lII TII'.S. Hfii Inuvieiil (I) ne purle pas l'iniquité du vére eriiiiilii'l ; el l'àme qui a péché est la seule qui doive mourir. Il e.il tiurprenaiit ipi'Orobiu ne s'aperçoive pa» que , p»r l'iUanne piineipe qu'il établit, Il M-iiouvclle le blaplièiiie de ses aiieélres, répiinie avec tant de fort! par le proplièie Kjlc eliiel. Ils disaient alors, Coinine le dit iiiaintenant leur apologiste, que les pères avaient mangé des raisins (l) amers, cl que les dents des enf.inls en étaient aijacées. Par où ils voulaient faire entendre qu'ils n'étaient punis que par les eriiiies de leurs pères. Mais Dieu, irrité d'un pareil discours, leiir déclare que toutes les âmes sont il lui ; qu'étant sorties de ses inains, elles ne peuvent devenir mauvaises et dignes de sa colère que par une iiiiipiilé cpii leur Soit personnelle ; que le juste vivra dans sa justice, que son fils prévaricateur mourra dans sa propre inipiéié ; et qu'en un mot il n'y aura des pères aux enlants d'autre succession de peines ou de récompenses, (jue celle qui sera relalive à la succession des vices ou des vertus. Orobio a-t-il dans sa nation plus d'autorité qu'EzéchicI '.' Se llatte-l-il de nous apprendre des règles de justice plus sûres que celles qu'un si grand prophète a puisées dans le sein de la Divinité, et qui sont d'ailleurs si conformes à la raison, ((u'oa ne peut les combattre, sans s'éloigner d'un sentiment que la iKtiure a gravé dans le cœur de tous les hommes?
Au reste, la comparaison qu'il emploie doit avoir, pour être juste, des circonstances ([u'il n'exprime pas. La république judaïciue est, je l'avoue, cette cité rebelle à qui Dieu a pardonné, en rapiielant les Juifs de Babylone, les crimes de lèse-majesté qu'elle avait commis par une idolâtrie publique et dominante. Mais il faut ajouter que celle ville a été depuis son pardon coiisiainment fidèle à son souverain, quoiqu'un petit nombre d'habitants se soit laissé quelquelois séduire par les offres d'une puissance ennemie. Il faut ajouter de plus, selon le préjugé des Juifs, qu'un citoyen ambitieux de celle ville ayant tenté sa lidélilé pour s'en faire déclarer roi , non-seulement elle a rejeté ses trompeuses suggestions, mais elle l'a lait mourir , pour étoufler la révolte dans son principe; que les villes voisines, loin de suivre un si parfait n:oJèle, ayant embrassé le parti de l'usurpateur après sa mort, elle a persisté dans l'attachement inviolable qu'elle devait à son légitime maître. Eiait-ce là le moment de sévir contre une ville si soumise et si zélée , de lui ôter ses privilèges, d'en abattre les murs et les édifices, de condamner tous ses habitants à l'exil et à l'esclavage? Il n'est point d'exemple dans l'histoire, d'un souverain qui contre ses plus chers inlérêls ail exercé une injustice si criante. Qu'Orobio s'instruise par sa propre comparaison ; qu'il apprenne que cette ville, punie plus rigoureusement que lorsqu'elle ctaii rebelle, est sans doute convaincue du plus exécrable de tous les parricides , puisqu'il n'est point pour des sujets de crime au-dessus de la félonie, que l'attentat sur la personne sacrée du souverain.
(1) E7.ech. 18, iTD li) Toid. 2.
œUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
HM
Forcé dans tous ses rctranclieraenls, Orobio change sa délense. Il était convenu jusqu'à présent des malheurs qu'éprouve sa nation; mais, pressé par les conséquences qu'on lire contre elle de cet aveu, il voudrait pouvoir le rétracter. Il l'adoucit du moins ; il l'exténue , pour le rendre, s'il est possible , inutile au chrislianisme. Les Juifs nesont plus si malheureux (I). Dieu fait d' abord pour eux un miracle en les perpétuant. Ils jouissent d'ailleurs dans leur exil de bien des avantages, qui les rendent un objet d'envie pour beaucoup de chrétiens. Ils ont des richesses et toutes les commodités qu'elles procurent. Dans les états du Turc et dans la Perse, on se sert d'eux pour les plus importantes affaires. Les principaux oniciers de ces deux grands empires ne font rien sans le secours des Juifs. Les négociations des ambassadeurs ne réussissent que par leur entremise. On en use de même dans presque tous les royaumes chrétiens. 11 est peu de souverains en Europe qui n'aient des résidents de celte nation. (J'interromps ici le discours d'Orobio pour remarquer qu'en lui passant tout le reste, ce dernier article est d'une exagération insoutenable.) J'admire, continue-t-il, comment les chrétiens se contredisent à notre égard. Quand ils nous reprochent le Blessie conquérant, et la rédempiion temporelle que nous ailendons, ils nous appellent des hommes charnels qui rampent sur la terre, et ne peuvent s'élever à des objets célestes. Mais lorsv|u'ils veulent se prévaloir de notre captivité, nous sommes un peuple misérable, sans royaume, sans lerriloire, sans aucune considération parmi les autres hommes. Je leur répondrais volontiers : Si les biens de ce monde ne sont pas désirables pour un homme spirituel, qu'importe aux Juifs d'en être privés depuis tant de siècles, pourvu que fidèles .à Dieu, à son culte elà saloi, ils supportent avec patience les insultes de toutes les nations, et les antres maux de leur captivité. On se trompe, si l'on croit que nous faisons consister notre suprême félicité dans la délivrance dont le Messie doit être l'auteur. Nous ne la plaçons que dans la vie éternelle que chacun de nous peut obtenir par une pratique exacte de la loi divine ; et, sans préjudice de cette récompense, nous attendons encore et nous désirons avec ardeur les promesses qui doivent s'accomplit pour la gloire de Dieu dans le merveilleux rétablisse ment de l'Eglise d'Israël.
Rendons justice à l'esprit de cet écrivain. Il n'est guère possible de défendre avec plus d'adresse une mauvaise cause. Qu'il est triste que tous ses U'denls n'aient servi qu'à rendre son aveuglement plus incurable ! Nous reconnaissons avec lui le miracle de la conservation des Juifs. Mais nous y joignons leur exil, leur dispersion , leur captivité. Ce miracle alors , loin d'être une preuve de l'amour que Dieu a pour cette nation, est au contraire la marque la moins équivoque de sa colère qui n'est pas encore épuisée. Ce n'est pas un bonheur de subsister pour servir
(1) QuxsUum leniuni. Kum. 4.
d'exemple au reste de l'univers, par la rigueur et la continuité de son supplice. Les autres avantages qu'Orobio décrit avec tant de complaisance ne sont un objet d'envie que pour des chrétiens qui ne connaissent pas l'esprit de leur religion. Mais coupons cour* sur ces avantages qui ne touchent pas la difliculté. Qu'il y ait des Juifs riches (on sait par quels moyens), qu'il y en ait de considérés dans les cours et d'emjiloyés dans les négociations, le peuple entier en estil moins sous l'analhème ? Orobio a-t-il oublié les conditions de l'alliance que Dieu a faite avec ses pères ? A-t-il oublié les prérogatives qui distinguaient Israël entre les autres nations ? Le Seigneur avait promis à son peuple la possession tranquille du pays de Chanaan, la victoire sur ses ennemis, la stabilité de son gouvernement. Il y avait ajouté l'abondance des biens de la terre, de fertiles moissons, un air pur et serein, une non)brcuse postérité, non pas seulement pour quelques particuliers , mais pour toute la nation. Telles étaient de la part de Dieu les conditions du traité. En prescrivant le culte qu'on de^'ait lui rendre, il avait marqué la tribu de Lévi comme la seule d'où les ministres de ce culte poin-raient être tirés. D'autres prérogatives furent ensuite accordées à Israël comme une suite et un gage plus authentique du choix que Dieu en avait fait pour être son peuple chéri. Jérusalem fut désignée comme la ville sainte et (I) la cité dit grand ;•.)/. Un fonds qui apparten.ait auprès de cette ville à Oman le Jébuséen fut (2) déterminé pour y b.itir le temple où l'arche reposerait , où les louanges du Seigneur seraient continuellement chantées, où les victimes commandées par la loi seraient immolées. Ainsi toute la grandeur du peuple israéliie est essentiellement attachée à la Palestine, à Jérusalem, au temple, au sacerdoce lévitique, à l'usage de ses propres lois, à l'exercice complet de sa religion. Il est exilé, qu.and le séjour de la Palestine et de Jéi usalem lui est inierdil. Il est excommunié, quand il n'a ni temple, ni prêtres, ni sacrifices. Il est captif, quand au lieu de se gouverner lui-même, il obéit à des maîtres étrangers. Voil.'i les malheurs que nous prétendons cire une punition manifeste d'un crime commis par tout le peuple. Orobio n'ignore pas quelles sont les dispositions des Juifs sur leur état présent. Il sait combien ils soupirent après la délivrance et le rétablissement dont ils se flattent. Lui-même en mille endroiu confesse l'esclavage et l'exil de sa nation. Instruit et pénétré des sentiments communs à tous les Juifs, il a mauvaise grâce de nous vanter les richesses de quelquesuns d'entre eux et les emplois qu'on leur confle. Si ces avantages méritent d'être relevés, ils ne concernent que ceux qui en jouissent. Ils laissent le corps entier de la nation dans le même état d'abaissement; et ils sont d'ailleurs trop disproportionés aux promesses qu'Israël avait reçues, pour dédommager au-
(1) Matth. n, 35.
(2) I Paralip. 2''
»i<' pMiT. i\. riiKoi,. iAKCKT. i.iN( nr:i>i
rua Juil, l'K've lUii^ les |iriiici|ifs ilf ga lui, dtt> maux .liiiit il li'iiiil.
Oriibio vi-ut nous apprenilro li-s véritables ni.ixiiiu-s (lis juiis sur lu supri^inu foliciu-. Qu'il nous |>orniettc JU^si (If lui taire cuniiallre la (loelriiii- des clirclieiis, l.a cuiilrailicliuii iju'il leur ri'|ir<i('lic (li^|).>^alt^a par ri'i eclairi-i>S('iiuMil. Nous iiu'ituiis une ilillcrciict' oxiri^me entre raiicienne et la nouvelle alliance. Toutes les deux «Mint divines. Toutes les deux cxit;ent le renuncenient au peelic, et l'accomplissement de la lui. Mais elles ne proposent ni les iiiéiiies récompenses, ni les mêmes diàlimenls. l.a première, contente d'insinuer l'immortalité de l'ùmcet le jugement exercé dans une autre vie, s'arrêtait principatemenianx biens tem- IKjrels et aux maux visibles. ICIle promenait les uns aux lideles observateurs de la loi, et surtout au corps de la nation. Llle punissait par les autres les prévarications publiques et p;irticuliéres. .Mais; la nouvelle alliance développant avec clarté ce qui était plusobscuré'nient renferme dans ranciennc, n'excite les hommes au service de Dieu que par l'esijérance des biens célestes, 61 par la crainte des maux éternels. N'entrons point plus avant dans l'esprit qui distingue ces deux alliances, et dans les vues adorables de la sagesse divine, qui a donné d'abord aux Israélites une loi sainte, mais imparfaite, et telle (,u"elle convenait à une nation séparée de toutes les autres, pour l'abolir ensuite par une Icii plus excellente et plus pure, digne du médiateur qui devait réconcilier le ciel avec la terre, et appeler tous les peuples à la connaissance du vrai Dieu. Les personnes, pour qui nous écrivons, ne sont pas encore préparées à de si hautes instructions. Un fait certain, connu cl avoué de tout le monde, c'est que les Jui.s, quoique persuadés de la réalité d'une autre vie, devaient néanmoins s'attendre, suivant les conditions de leur alliance aux bénédictions temporelles, s'ils pratiquaient la loi, et à des peines présentes et sensibles, s'ils la transgressaient au lieu que les Chrétiens ont appris de leur législateur à ne désirer d'autre récompense que la vie éternelle, et à regarder les maux de cette vie plutôt comme une épreuve salutaire, et une visite miséricordieuse du Seigneur, que comme une punition. On conclut de celte différence, que si des châtiments temporels sont pour le peuple juif une marque infaillible de la disgrâce de Dieu, il n'en est pas de même pour les chrétiens. Où donc est la contradiction d'objecter d'une part aux Juifs l'état où ils se trouvent, comme une exécution manifeste de l'arrêt que Dieu a prononcé contre leur nation ; et de les accuser d'autre part d'un attacbemenl si bas et si rampant aux biens visibles et terrestres, qu'ils ne veulent reconnaître pour Messie, qu'un roi puissant, riche, victorieux, qui leur apporte des biens de cette nature ? Dans le premier de ces reproches les Chrétiens argumentent contre les Juifs par les leimcs mêmes de leur aUiance. Dans le second, ils soutiennent la vérité et la nécessité de l'alliance nouvelle, ei ils ne peuvent souffrir que les Juifs la rejettent à cause qu'elle ne nromet que la réniissi(m des péchés, la
i.rn: convainci i; i>.\u i.i;s i'iu)i'iii:rirs. rcu
t'r.lce lianelilianle et le salut eli'rnel. Ci-s deux raihiiniii'meiits, loin de si' eunlredire, aboutissent au même teiiiie. 1,'un prouve que l'ancienne alliance em rompue. Lau'.-c représente lidélenient celle qui a dil lui succéder.
La prétendue ronlradiclion des Chrétiens étant éclaircie , la réponse d'Ornbio tond»: d'elle-même. Il est vrai que hs biens de ce monde ne sont pas désirables |M)ur un homme spirituel. Mais la captivité des Juifs, qu'Orobiii apjielle fort in)propreme[it une privation (le ce;; biens , n'en est pas moins int(yressantc pour eux. Llle leur dénmnlre qu'ils ne sont plus le peuple de Dieu , et que la patience dont ils se parent au milieu des insultes des autres nations , n'est qu'un endurcissement véritable sous des cou|)S si visibles de la main du Seigneur. S'ils n'ont jamais placé leur suprême lélicité dans la délivrance dont le Messie devait être l'auteur, c'est en cela même que leur aveuglement e.;t dé'plorable. Ils devaient mieux C(mnaitre ce Messie , et ft^s fruits de sa venue, par les prophéties qui le leur avai(»ni annoncé. L'idée seule de Dieu, s'ils la consultaienl encore , leur apprendrait qu'il est plus glorieux pour lui d'envoyer .'i tous les hommes un Kédempteur uniV(!rsel qui les affranchisse de la mort et du péché , que de susciter en faveur des seuls Israélites un conquérant qui, par la force des armes, les remette en possession de la Palestine , et leur assujettisse tous les peuples de l'univers.
Il y aurait même un autre moyen de lever cette contradiction sans être obligé de recourir aux caractères particuliers des deux alliances. Quel est l'homme , quelque détaché qu'il soit des biens fragiles et périssables , qui ne remarque des traces de la colère du ciel dans la situation présente du peuple juif? Ce peuple , en faisant abstraction des faveurs singulières dont Dieu l'a comblé, a joui longtemps de tous les avantages qu'un pays fertile et délicieux, une milice nombreuse et aguerrie , de sages lois , une exacte police, des hommes excellents en tous genres , peuvent procurer à un état. Depuis dix-sept siècles il n'a pas seulement perdu ces avantages , il est dispersé dans toutes les parties du monde , toujours dépendant, toujours humilié, toujours continuant le spectacle d'une infortune qui n'a point d'exemple par sa nature et par sa durée. Il y a quelque chose de trop marqué dans cette infortune, pour la confondre avec des malheurs ordinaires. Ceux-ci peuvent être, suivant les principes du christianisme , des grices d'épreuve ou , de correction , ou suivant les lumières de la seule raison, des effets- d'une providence qui afflige ou qui console quand il lui plaît. La misère du peuple juif n'offre rien de pareil. Le doigt de Dieu s'y montre avec un éclat qui frappe tous les yeux attentifs; mais il ne s'y montre que pour laisser dans les cœurs une vive impression de la justice divine. Une nation qui subsiste contre toutes les lois de la nature, et qui ne subsiste que pour être malheureuse, est nécessairement une nation réprouvée. C'est à ce
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point que nous ramenons sans cess'' les Juifs ei les incrédules. Tous les détours, lous les raflincmciils dOrobio ne nous donneront pas le change. La preuve reste et les objcclions s'évanouissent.
Il eût suin pour la conviclion des incrédules de leur montrer un événement dont ils sont témoins oculaires, prédit en termes exprès plusieurs siècles avant qu'il arrivât. On a été plus loin. De cet événement seul et considéré en lui-même , on a tiré un argument invincible en faveur du Christianisme. Celte digression , qui ne paraîtra pas déplacée , a pu ilclasser le lecteur fatigué d'une trop longue suite de prophéties. Il est temps de reprendre notre sujet et de passer .aux oracles de la seconde e?pèce, accomplis dans la pcreonne de Jésus-Christ cl dans son Eslise.
Srcciiiïrc partir.
DES PROPHÉTIES VÉRIFIÉES DANS L\ TERSONNE DE JÉSIS-CIIRIST ET DANS SO.N ÉGLISE.