CHAPITRE II
i'tapport des prophéties précédentes avec Cextraction de Jésus-Christ et avec te temps de sa venue.
S'il sufïisait de démontrer que les temps du Messie sont déjà passés, suivant les prophéties de l'ancien Testament, tout serait décidé par les preuves qu'on vient de voir. Puisque le Messie devait naître de la race de David, il a du paraître dans un temps où les litres de son origine pouvaient être produits. Ce temps n'est plus. Toutes les tribus sont confondues parmi les Israélites. Les anciennes familles le sont également ; et si elles subsistent dans quelques-u»s de leurs descendants, la trace de celte succession s'est perdue. Il est impossible à anoun Juif, depuis bien des siècles, de se faire reconnaître pour fils de David ; cl cela seul devrait convaincre cette nation, ou que le Messie qui lui était promis est déjà venu, ou qu'il ne viendra jamais.
A ce raisonnement si s'.mple et si concluant se joignent les deux époques mémorables qui ont dû concourir avec le temps du Messie : la décadence de la tribu de Juda, et la fin des soixante-dix semaines de Daniel. On pourrait y ajouter des marques non moins certaines de l'arrivée du Messie annoncées par les liroplièles. Le second temple construit après la captivité de Babylone a été ruiné : il était prédit (I) que le Messie l'honorerait de sa présence. Les quaire empires, dont la suite a été montrée à Daniel, ont disparu : le règne du Messie devait (2) commencer avant
(\) Agg. 2, 8. Malach. 5, 1.
(2) In dicbus regnorum illorum suscitabil Deus cœ!i re.gnum quod inœiernuni nondissipabitur, et refeauia ciiisalteri populo non tiidetur. Dan. 2, 44.
leur destruction. On pourrait enfin confondre les Juifs par les aveux de leurs anciens docteurs. Ceux qui ont précédé de quelques années la naissance et la prédication de Jésus-Chrisi enseignaient ouveriement que la venue du Messie était prochaine. Ceux qui ont écrit immédiatement après Jésus-Christ, et qui ont vu la ruine du temple, sont convenus que les temps fixés pour l'arrivée de ce Messie étaient révolus. M. Huet rapporte (I) loulesles tentatives qu'ils ont faites, pour trouver dans leur nation un Messie différent de Jésus- Christ. Mais toutes ces tenlatives ont paru si vaincs aux successeurs de ces premiers rabbins, qu'ils ont bientôt renoncé aux supputations de leurs pères. Que'qtie autorisées qu'elles fussent par des textes formels de leurs livres sacrés, ils ont trop senti l'avantage que le clirislianisme en retirait. Ils les ont proscrites avec les imprécations (2) les plus terribles contre les Juifs qui compu raient dorénavant les années de la venue du Messie. Aveuglement déjjlorable d'un peuple qui met toute sa gloire dans l'atteme d'un Messie ; et qui aime mieux néanmoins ignorer les temps de son arrivée, qun de consulter attentivement les oracles où ces lenips sont délerniinés. Comme si une ignorance alTeciée pouvait faire un changement réel dans le sens de ces oracles, et que les hommes pussent au gré de leurs désirs avancer ou reculer l'accomplissement des prophéties.
Les Juifs sont assez convaincus par leur propre témoignage. Mais les incrédules ne le seraient pas, si on ne disait rien de plus. C'est peu de leur prouver que les temps du Messie prédit sont écoulés. Il faut leur inspirer du respect pour ces prédictions, en les leur montrant vérifiées dans la personne de Jésus-Christ.
Il est né delà racod'.Vbraliam, de Juda et de David; et par ce trait il commence à ressembler au Messie prédit. Son origine d'Abraham n'a pas besoin de preuve. Il suflisait qu'il fùl Juif pour descendre de ce patriarche, ainsi que d'Isaae et de Jacob, héritiers de la même promesse. La distinction des tribus se conservait encore lorsqu'il vint au monde. Nul homme originaire de celle de Lévi ou de Benjamin, n'eût pu s'enter dans celle de Juda. Il n'eût pas été plus facile à Jésus-Christ de s'altacher par une généalogie supposée à la famille de David. Chaque Juif connais- ' sait alors ses ancêtres par des titres de filiation que la critique ne pouvait attaquer, ni la vanité contrefaire.
Il arriva même, avant la naissance de Jésus-Chrisi, un événement qui rendait son origine plus autheniicpie. Auguste avait ordonné un dénombrement général des sujets de l'empire romain. Cyrinus gouverneur de Syrie fil exécuter cet ordre dans la Judée (3) qui dépendait de son gouvernement. Tous les Juifs accoururent dans les villes d'où ils tir.iient leur origine, pour y faire
(1) Demonslr. Evang. prop. 9, cnp. 8, num. 1 et 2.
(2) liillata rum[ianlur ossa eoruni qui. periodos temporum compuU'it. TaJ.m. Cod. Sunhedrim. cap. 1 !.
(3) Luc. 2.
SilLI l'AllI. I\. Illlol.. l.\l.(.l.l. l. l.N< Ul.lil I iii^-riro Ifuni iiuiiis duiis li-s ri>)^L«ires publics. Joso|ih 01 M.uii'.son i|)iiiisr, si- rcnliroiit iilliMlili'lifiiv, pairie ili- l>.if iil, t'ixiiwi' l'Iaiit lie ta muMi'ii cl ilv lit famitie de <e prince. Ce fut iLitis ci>s circonstances que Mario ri.'aiita J'su*, ilonl l'urisine fui coiMalce par \\'\&~ cuiiuu suloiiiu'llo il'une loi (pii mit luute la Jmli'u en iiiouveiiicnt, l.'inilijîi'nce oii ses partiilft vivaient ni la kissesbe de sa conililion ne renilirer.k point éi|utvuque \i nuble^$c tic Eon cxîraciiun. CcUe- kmmc clianantennc dont il (;ucril la Uile (I) ne l'ignorait pas, tuuie étrangère ipi'elle était. Les deux aveugles qu'il rencontra, en sortant de Juiicho \i), l'appelèrent aussi lils de David, en le conjurant de leur rendre la vue. Les troupes qui l'environnaient Ji fon entrée triomphante dans Jérusalem lui donnèrent le nième nom. I.oiiaiiije (ô), s'écriaicnl-clles, ou /iU de l>aviJ, ou, suivant une autre expression que S. Marc met dans leur buuclic (i) : liéni suit le règne que nous royovs enfin arriver de notre père David. La même acclamation répétée dans le temple par une nmlliludc d'enlants excita, il est vrai, lindignaiion des princes des prêtres et des Scribes. Ils ne pouvaient (S) souffrir un témoignage si honorable à Jésus-Christ. Mais ils n'osèrent l'arguer de faux, cl ils demeurèrent muets à ces paroles du psalmisic, par lesquelles Jésus-Chrisi les lit soiiveiiir que Dieu sait tirer sa gloire el sa tèrilé de !a bonclie des chfants.
Aussi S. Pierre et S. l'aul, prêchant dans les synagogues et devant des assemblées nombreuses de Juifs la résurrection de Jésus-Christ, :ic craignaient pas d'avancer comme un fait ccriam et imlubilable qu'il éi:«il sorti de !a race de David. Les Epîlrcs de S. Paul, répandues partout dès le moment qu'elles étaient é'--r!ies, assurent la même chose en beaucoup d'endroits. Les Pharisiens et tous les ennemis de Jésus- Clirisi n'ont jamais nié cette origine, ni durant sa vie ni après sa mort.
Mais ce qui est au-dessus de toute exception, c'est l.i généalogie que S. Matthieu el S. Luc ont publiée dans leurs Evangiles (6). Ils ont noamié l'un el l'autre tous les aïeux de Jésus-Christ depuis Joseph jusqu'à David, et ils les ont nommés dans un temps où ils pouvaient être démentis par les Juifs, instruits de l'origine de toutes Icisrs familles. Si l'on demande pourquoi ils ont oublié >Lirie, à laquelle seule il devait la naissance, pour ne parler que de Joseph qui nélail pas son véritable père, il est aisé de répondre que !a ligne maternelle n'entrail pas dans les généalogies des Juifs, que les lois de ce peuple, qui avaient oblige Joseph de s'allier dans sa famille, confondaient son origine avec celle de Marie ; et que la naissance de Jésus-Christ devant être longtemps couverte du voile d'un mariage légitime, avant que la virginité de sa mère fût déclarée, il était essentiel que celui qui
(1) Matth. 15- 20.
(2) IMd. 9, 27.
(5) Ibid. 21, 9.
a)Marc. H, 10.
(5) Matth. 21, 15, 10.
(6J Matth. 1. Luc 3,
.111. (.(I.NS.M.NLl 1. l'.VK Li;^ IUU1'III.'IH;S. 890 avait pasité p<mr son père wirtil, rumnio sa mère, da la nijinon choisie |«nir pr<><luire le Messie. Id- ba\oir ensuite il'oii virni (a difléieno' entre ci-b deux géiiéabigies, S. Matthieu faisant remonter la sienne à Sulomon, et S. Lue la bienne à Nathan, un autrt! lils do David, les interprètes l'explii|uent diversement; inai.s les incri'dules ne peuvi-nt en conclure que Jesus- Chri-àt ne fiU pas issu du sang de David. Car c'est toujours à ce roi que les deux ovangélisles aboutissent, quoique parties routc-sdiiférentes. 11 est Irès-possiblc que Jésus, lils de Marie, épouse de Jose|)h, ail conq>lé parmi ses ancêtres deux princ s enfants de D^'.vid. Coiimient est-il descendu tout à la fois de l'un et de l'auire, c'est ce que les év.ingéli-les ne nous apprennent pas, el ce qui ne fait rien à l'origine de Jésus- Christ, puisqu'au contraire elle n'en est que mieux assurée, quand on nous le nio;itre lié par deux branches à la même tige. Je sais que les incréduUa rcprocbenl à S. Matthieu et à S. Luc une contrariété qui alTaiiliiraii leur témoignage, si elle était réelle. On a prouvé mille lois et ea plusieurs manières qu'elle n'est qu'apparente. Les travaux des cornmeniaieurs ont prévenu depuis longtemps une objection qu'il était trop facile d'apercevoir, po"ir qiio les hisioriciis de l'Evangile y eussent donné lieu, si les détails que nous ignorons sur la famille de Jos<'ph el de .Mai ic n':;vaiont été, lorsqu'ils écrivaient, connus parfaitement des Juifs.
Ainsi fui accomplie en Jésus-Christ 'aa-'Oînosse que Dieu avait confirmée à David par un serment de perliétutT son trône dans sa postérité, el dî choisir parmi ses descendants le roi el le libérateur d'Israël. Jésus n'était pas encore né, que celle qui devait le mettre au monde fut avertie que ce merveilleux enfant occuperait (1) le trône de son père David. A peine ful-il mort el ressusciié que les apôtres souliment bautemenl (2) qu'il était l'iiéritier promis el le fds de David, désigné par ce roi prophète, pour porter un jour sa couronne. Les incrédules, éblouis comme les Juifs par l'illusion des objets sensibles, ne conçoivent pas qu'un homme qui a vécu dans la pauvreté, et qui est mort dans les souffrances, ail pu succéder i un nionarque puissant el victorieux. Il n'est pas encore temps de combattre et de détruire ce préjugé. Mais en attendant que nous leur fassions voir dans le règne de Jésus-Christ une grandeur el une m.ajcsté supérieure aux richesses et aux conquêtes des rois ses aïeux, qu'ils reconnaissent au moins dans son extraction le premier caractère attribué au Messie pa? les anciens oracles.
Les temps ne conviennent pas moins. On a vu que l'arrivée du Messie devait concourir avec la décadenea de la tribu de Juda, et avec la lin des soixante-dix semaines de Daniel. Le temps de la naissance de Jésus-
(!.) Dabit illi Dominus Deussedem David palris sui, Luc. 1, 32.
(2) Propheta igitur cùm essel fDavid.'l i-t soirel (piia jurej.uiando jurassel illi Deusde Iructi; li tnb. ejiis se ' dere super sedein ejus, provideris loculus est de re.< surrectione Chrisli. Acl. 2, 50, 5L
Christ, cl surtout coFui ou il a exercé pubtiqueniem son niinisièrc, s'accordent exactement avec ces deux époques.
Il ne faut pas croire que le peuple juif dût perdre en un moment toutes les marques extérieures d'un peuple chéri et protégé de Dieu. Les révolutions qui changent l'état des royaumes et des nations sont toujours amenées de loin, et ne se consomment que par degrés. Les Juifs avaient souvent subi le joug d'une domination étrangère depuis leur captivité à Babylone. Mais ils n'avaient jamais éprouvé une situation aussi humiliante; ils n'avaient jamais été menacés d'une décadence si prochaine et si entière qu'au temps de Jésus-Chrif.l ; et les événements qui suivirent sa mort, en avançant chaque jour leur ruii e, les précipitèrent enfin dans les derniers malheurs.
Lorsqu'il naquit, llérode régnait à Jérusalem et dans la Judée : llérode, Idumécn d'origine, ennemi secret de la religion de Moïse, qu'il ne professait que par bienséance, destructeur de la race asmonéenne, à qui les JuiTs avaient déféré la royauté, usurpateur d'une puissance arbitraire qu'il n'avait acquise qu'en dépouillant le souverain pontife et les principaux magistrats de l'autorité que les lois leur donnaient dans le gouvernenientdel'État. Un changement dccette importance dans l'administration politique du peuple juif préparait les voiesâ l'accomplissement de la prophétie de Jacob. Elle fut de plus en plus vérifiée par la nouvelle servitude que les Romains imposèrent aux Juifs. Après la mort d'Hérode ils laissèrent des princes de sa maison régner dans quelques cantons de la Judée sous le nom de Téirarques. Mais ils réunirent la capitale et la meilleure partie de la Palestine au gouvernement de Syrie sous les ordres du proconsul qui commandait dans celte province ; ils établirent à Jérusalem un préfet ou intendant qui enleva aux Juifs les restes de leur juridiction expirante. Ils n'eurent plus le droit de mort sur leurs propres malfaiteurs, droit qu'ils avaient conservé jusqu'alors dans toutes les vicissitudes de leur bonne et mauvaise fortune. S'ils n'avaient pas perdu ce droit, sans doute ils l'auraient exercé sur Jésus-Christ, dont ils brûlaient de répandre le s;ing. Mais quand le magistrat romain voulut ie leur abandonner, pour le juger selon leur loi, ils déclarèrent (1) qui! ne leur élail permis de faire mourir personne.
Quoi qu'en aient pu dire quelques auteurs, cet aveu est trop absolu pour être limité au scrupule, de condamner à mort un criminel dans la solennité de Pâques. Il eût fallu, selon cette 'dée, répondre que dans le moment présent ils ne pouvaient juger un homme qui était digne du dernier supplice. Une telle réponse, qui n'avait après tout aucun fondement dans la loi, et qui ne s'accordait guère avec le déchaînement et la rage des Pharisiens contre Jésus-Christ, est bien différente de celle où ils reconnaissent sans restriction n avoir pas le pouvoir de condamner à
(DNobis non licct intcrficere quemaitam. Joan. i8, 51.
mort : Nohis non licel interficere qucmqnam. Les exemples qu'on nous oppose poiir justilier la prétendue conservation de ce droit, tels que celui de S. Etienne lapidé par les Juifs, ftt de S. Paul qui fut sur le point de l'être, sont plutôt des exécutiot s tumultuaires, quelquefois réprimées par les officiers romains, que des condanmations juridiques prononcées par un tribunal compétent.
Dans cette impuissance générale pour tout acte d'autorité, dans cette privation de toute espèce de magistrature, il était aisé d'apercevoir la décadence annoncée par Jacob vers le temps du Messie. Elle parvint à son comble, lorsque les Juifs s'étant révoltés contre les Romains, il en périt dans cette guerre une multitude innombrable par la famine , le fer et le feu. Jérusalem et le temple furent réduits en cendres. Tout ce qui survcquit i« cet affreux désastre fut banni sans retour de la Terre-Sainte. C'est dans ces circonstances que la religion chrétienne s'est étendue parmi les Gentils. L'établissement de ce nouveau règne a concouru avec le renversement de la république des Juifs; et l'époque marquée pour la venue du Messie est précisément la même que celle où Jésus- Christ est devenu Vatlcnte des nations. Non anferetur sreptrum de Judà et dux de semine ejus, donec veniat qui viiltendus est, et ipse eril cxpeclatio gentinm.
Le ministère de Jésas-Christ est tellemeiit lié avec le terrible châtiment dont les Juifs ont été frappes, qiie, dans la prophétie de Daniel sur les soixante-dix semaines, le premier de ces événements est' désigné comme la cause et le principe du second. Daniel propose un espace de soixante-dix scm;iines ou de 400 années, dont il fixe le commencement à l'ordre donné pour rebâtir Jérusalem. Après soixante-neuf semaines, c'est-à-dire 483 années, le Christ doit venir, ou plutôt être installé dans les fonctions publiques de son ministère. 11 sera mis à mort dans la dernière et soixante-dixième semaine ; par sa mort, les hosties cl les sacrifices de l'ancienne loi étant abrogés au milieu de cette semaine dans la 487'^ année, l'autre moitié, composée de trois ans et demi, pour achever les 4;'0, sera employée à confirmer avec plusieurs l'alliance qu'il aura établie. C'est à la suite, et comme il est manifeste, en punition de cette mort injuste du Messie, que le peuple qui l'aura rejeté ne sera plus le peuple de Dieu, qu'une autre nation conduite par un chef victorieux détruira la ville et le sanctuaire, que l'abomination de la désolation sera dans le temple , et que la désolation prédite, loin de finir avec la guerre, durera jusqu'à la dernière consommation.
Tous ces calculs quadrent parfaitement avec l'histoire de Jésus-Christ. On trouve (1) 483 aimées ou soixante-neuf semaines depuis la vingtième année du
(1) L'édit d'Artaxerxès tombe à l'année 4260 de la période Julienne, à l'année 3350 de l'ère du monde, à la troisième année de la quatre-vingt-unième Olyrapi:iih>. Le baptême de Jesus-Christ tombe à l'année 4743 de la période Julienne, à l'année 4053 de l'ère du monde, à la deuxième de la 20-2" Olympiade. Toutes CCS difl?rcntess!:pi)ulalions reviennent au même.
8'i3 PARI. I\. 1111(11.. I.\l.(.i;l.— l.l.Nt.Ul.ltl ri^Kne )l'.\ria\erxè^ l.uii^uiMnuiii, qui autoriu Noliéiiius à rrliàlir l:« ville tlo Ji'rti^li'm, jiisi|ir.\ l;i irciitii^iiif aiiiioe (le la vio tic Jt'sus-i!lii isi, oi'i il fut b:i|ilisé par S. Jean, cl di'chiro par uni' voix céleste le lils liicii aimé tie Dieu. Deiiuis ce liaptéiiie , qui fut pour lui une e>|>éi'e d'inau'^uiulicui solennelle dans le niinislore qu'il all.iil remplir, il priVlia les mêmes clio- ».■« que Daniel alti ibue au Messie , la rémission des péchés, rélalilissemenl d'une nouvelle alliance qui devait être éternelle, rare.)mpli>i.<ement en sa personnelle toutes les prophéties. Après avoir employé environ trois ans d.ins celte sainte et laborieuse prédication, il fut la victime de son zèle cl la proie de ses ennemis. Un s.ncrilice si pur et si précieux mit fin aux ohlalions imparfaites de l'ancienne loi. La vérilé prit la place des ligures. Los apôtres qu'i' aniim de son esprit, et ipi'il rendit témoins de sa résurrection, continuèrent l'a-uvre iju'il avait commencée. Par eux il attira plusieurs Juifs dans son alliance durant les premières années qui suivirent sa mort. Mais la nation persévéra dans la haine implacable qu'elle lui avait jurée. Elle persécuta ses disciples avec le même acharnement qu'elle l'avait poursuivi. Livrée à un sens réprouvé, elle ne lit plus que s'enfoncer dans l'abîme qu'on lui avait prédit. Les Romains commandés par Titus l'accablèrent d'un déluge de maux. Ils assiégèrent Jérusalem, brillèronl le temple, réduisirent lesJui 'sdans ccl état d'infortune et de désolation, oj nous les voyons encore depuis dix-sept siècles. Quelle admirable conformité des événements avec la prophétie ! et si les incrédules n'attendent q.uc des preuves, que peuveni-ils désirer de plus pour leur coiiviclion ?
On aurait lieu d'être surpris si deux époques aussi mnarquables avaient été accompagnées et suivies d'un oubli général sur la présence actuelle, ou sur l'arrivée prochaine du Messie. Mais elles produisirent un effet tout contraire; et c'est ici une nouvelle preuve en laveur de Jésus-Christ. Quand il vint au monde, les Juifs plus fi Icles cl plus éclairés attendaient un Sauveur. De ce nombre ét.iienl Siméon et Anne (1 ), qui se trouvèrent au temple où ses parents le portèrent pour accomplir ciî qui était prescrit par la loi de Moïse à l'égard des premiers nés. lîs n'éiaient pas les seuls. Les pieux discours qu'ils tinrent dans cette oc casion furent écoutés avec empressement pur bien de. personnes qui attendaient comme eux (2) la rédemp lion d'Isracl. Les autres Juifs, quoique moins spiri tuels, étaient également persuadés dans le même temps que le Messie allait paraître. La vie extraoniinaire que S. Jean-Dapiisle menait au désert leur Gt d'abord soupçonner qu'il pouvait être cet envoyé de Dieu. Ils lui (3) députèrent des prêtres et des Lévites pour éclaircir leurs soupçons. On jetait les yeux de tous côtés pour découvrir ce Messie, dont on sentait bien que la v- nue ne pouvait être plus longicmiis
H) Luc. 2.
(2) Luc. 2, 28.
iù) Joan. l, 19,20.
Lin; CU.NNAlNCl L l'Ail LLS PUOPIIKTIES. 8!)* différée. Lu puititancc cl l<« tuccèu d'iléroJe firent
naître à quclquis-uns de ses flalteurH, nial);ré ses crimes et son orij-'ine (•Iran^ère, l'opinion qu'il était le Messie ; et cette opinion forniu la secte des llérodienii, dont il est souvent parlé dans l'Lvangile.
Plus les temps s'avançaient , plus le désir et l'cttpérance de voir le Messie s'enllanmiaieiit. lies que Jésus-dhrisl fut mort , il s'ileva un graml nondirc d'inqiosteurs qui s'attribuèrent le nom de Messie, et s'aliirèrenl des jiartisans. Les Samaritains eurent de ces prétendus christs. Ce peu|)le, de tous les livres de l'ancien Testament, n'admcliait comme divin que le Penlaleuque. Il lisait dans la (ienèse la prophétie de Jacob. Il ne lui en fallut pas davantage pour ciimprendre que dans le tenq)S dont nous [larlons le Messie devait se montrer. C'est ce (;ui parait d:iiis l'ciilreucii qu'eut Jésus-Clirist avec la femme S.imarilaine ; le sais, lui dit-elle, que te Messie ou le Christ vient (1). Elle se son du présent el non du futur, pour marquer que celui qu'elle attend arrive incessamment, (^e qu'elle asjurait avec tant de confiance, tous ses concitoyens le croyaient comme elle. L'on vit bientôt parmi eux des effets de cette persuasion. Siinon le Magicien et Dosilhée, tous deux Samaritains, éblouirent par des prestiges une populace crédule qui leur prodigua les honneurs de .Messie.
C'est surtout d.'ins i'espril des Juifs que celte idéo était fortement imprimée. Il y avait plus de cinq cents ans qu'ils semblaient cire détrompés des faux prophètes qu'ils avaient écoutés autrefois avec une si aveugle et si funeste docilité. Personne n'avait osé, dans un si long intervalle, leur parler au nom de Dieu sans une mission légitime. Depuis Malachie îls n'avaient eu môme aucun vrai prophète; el quoique la persécution d'Antiochus les ei:t réduits aux dernières exlrémilés, ils n'avaient p is eu recours alors, comme faisaient leurs ancêtres, à de nouveaux oracles pour se consoler dans leurs uialheurs. Ce n'est donc pas sur leur penchant pour des fables consacrées par un prétendu commerce avec la Divinité, qu'd f;ml rejeter la facilité qu'ils eurent à croire toutes celles qu'on leurd.'biia quelque temps après la mort de Jésus-Christ. Ce penchant était efface de leur cœur. Il n'y restait qu'une attente du Messie puisée dans ta tradition de leurs pères , et une conviction fondée sur le sens manifeste des propliéties, que les lemps où il devait paraître étaient arrivés. A ce signe ils auraient dû reconnaître Jésus-Christ. Mais l'austérité de sa morale les effraya. Sa vie pauvre et souffrante les rebuta. Ils cherchèrent d'autres messies plus lavorables à leurs passions. Barchochéhas, un vil scélérat , dont le nom signiliait dans leur langue /ils de rétoile, s'appliqua l'oracle de Balaani qui avait prédit qu'une (2) étoile sortirait de Jacob. Il les engagea, par cette grossière application, dans une guerre doni la niaiheureuse issue fil changer son nom en celui de Barcliusibas, c'esl-:i-dire, enfant du mensonge. Le fils el
(\) Venil, 8?yET0(i. Jean. 4, 23.
(2) Nuui. 24. n.
le peiii-fils de cet imposleur jouèrent le même persiinnage cl eurent des sectateurs.
Les Juifs étaient si persuades que le temps du M<'8sie, qu'ils i)renaientpour celui de leur délivrance teinpoi elle , était venu ou qu'il approcliait, qu'ils ne ijurent plus supporter la domination des Romains , eux qui avaient déjà vécu sous leur empire, et qui avaient été pendant tant de siècles assujettis aux l'er- Bcs et aux Grecs. Josèphe, historien de leur nation, mieux instruit que personne des véritables causes d'une guerre oit il avait pris beaucoup de part, nous apprend quelles étaient alors les dispositions de ses compatriotes. Ils étaient animés (1), dit-il , par uji oracle ambigu contenu dans les livres saints, qui annonfait pour ce même temps l'empire du monde à un homme sorti de leur pays. Cet oracle est sans ditCcullé relui de Jaco'u ; et rien ne prouve mieux que les circonstances du temps déterminaient les Jui!'s à juger qu'il allait être accompli. Josèphe ne le trouve ambigu, et n'accuse d'erreur plusieurs sages (il devait dire tous ceux de sa nation) qui l'appropriaient au Messie, que pour pouvoir l'interpréter, par la plus criminelle et la plus basse adulation, de Vespasien, proclamé empereur dans la Judée. Au reste, cet oracle était si clair, qu'il a fallu le falsifier pour y mettre de l'arabiguité. Car Jacob n'avait pas laissé en doute si un homme, né du sang de Juda ou sorti seulement de la Judée, «.irei/ioiie aliquis eorum (c'est l'expression de Josèphe susceptible de ces deux sens), régnerait 6ur toute la terre. Il avait dit dans les termes les plus énergiques qu'un descendant de Juda serait l'attente des nations, ou que les nations lui obéiraient. Quel sveuglemenl, ou pluiôt quelle prévarication dans un Juif et dans un prêtre éclairé, d'appliquer cette prédiction à un étranger, à un idolâtre, à un ennemi du peuple de Dieu ! Josèphe était lui-même honteux des paroles qu'une servile politique lui faisait écrire. Sa coiifuMon éclate à travers son embarras. Il ne demande qu'une place pour Vespasien dans cet oracle, sans exclure (2) celle que tout autre pourrait y avoir , et l'on remarque un écrivain qui cherche, en flattant son nouveau maiirc, à s'épargner les justes reproches de sa conscience et de sa nation.
Suétone et Tacite, qui n'avaient pas les mêmes ménagements à garder, ont parlé avec plus d'assurance de l'accomplissement de cet oracle dans la per-
(1) Quod aulcm Judaios ad hélium incitabat valici:iium eral ambiguum simililer in s.icris codicibus reperlum : futurum nempè , ut hoc Icnipore ex regiotie aliquis eorum toli orlii imperarel. Hoc nonnulli quidem tanquàm sibi propri.iin aceipiebant, et niulti e sapienliCus in eo iiilelligondo halkicinali sunt. Siniul aulcm Vespasiani imperium siguific.ibat oraculum, nui in Judœà impeialor crealus est. Joseph, de Bello Judaico, lib. 6, cap. 51.
(2) Simul aulem Vespasiani imperium significabat waculum. Le sens qu'on donne à ce passage de Josèphe, suppose qu'on a lu dans le texte original an», simul, au lieu de âp«, nempe, que quelques éditions ont préféré. 11 ne sentit pas dillicile de prouver que »a le^on qu'on a suivie est la meilleure, si celte discussion était nécessaire à l'otijel principal qu'on Irailc dans cet endroit.
sonne de Vespasien. lis rapportent l'un et l'autre (1) Vopinton établie alors dn)is l'Orient, que l'empire de l'univers était promis à des hommes partis de la Judée. Cette ignorance du vrai sens de l'oracle de Jacob est pardonnable en des auteurs païens qui ne l'avaient p.is lu. Ils ne contestent pas la divinité de cet oracle ; et si Tacite le traite d'obscur, il pense néanmoins comme Suétone que la prédiction a été juslitiée par l'événeraeni. Je ne prétends pas tirer avantage de la créance que ces deux historiens paraissent ajouter à une prophétie des saintes Ecritures. Je me borne au fait qu'ils attestent, et j'en conclus que la vive et ferme espérance des Juifs, touchant la venue prochaine du Messie, était de notoriété publique dans tout l'empire Romain ; qu'ayant manque en Jésus-Christ son véritable objet, elle les avait poussés à une fatale rébellion contre les Romains; qu'enhn elle avait pour fondement ce même oracle de Jacob que nous avons tant cité.
La prophétie de Daniel ne faisait pas sur eux la même impression. Les biens spirituels y étaient trop ouvertement désignés comme l'unique fruit du ministère et des travaux du Messie. Lui-même y était représenté, non comme un conquérant, mais comme une victime destinée à la boucherie. Son peuple ingrat et perfide devait être rejeté, la ville et le sanctuaire détruits, les sacrifices abolis, la désolation durer jusqu'aux derniers temps. De si tristes objets ne flattaient pas les désirs terrestres et les vues ambitieuses des Juifs. Ils s'occupaient plus volontiers d'une prophétie où l'empire universel, sans en expliquer la nature , était prorais à un homme de leur nation. Il n'en est pas moins certain que la prédiction de Daniel ne pouvait s'entendre que du Messie, et que les soixante-dix semaines étaient alors parvenues à leur terme. Leurs plus habiles docteurs on convenaient alors. Ils ont eux-mêmes dans la suite rendu hommage à cette vérité par la loi sévère qui leur défend de supputer les temps.
Les incrédules n'auroiit-ils d'autre ressource que
l 'S Juifs ? veulent-ils comme eux lermer obstinément
les yeux à une lumière importune? Le tableau du
Messie n'est encore qu'ébauché ; el déjà les premiers
traits nous découvrent une parfaite ressemblance avec
Josus-Christ.
CIIAPITKE m.
Accomplissement, dans la personne de Jésus-Christ, des prophéties concernant la naissance du Messie. J'observe dans la naissance du Messie trois cir-
(1) Percrebruerat Oriente tolo vêtus et conslans opinio esse, in faiis ut f.o tempore Judseà proiocli rerum potii-entur. Id de imiieraloie Romano, quantum eventu posleà patuit, pra'diclum JutUei ad se trahenles rebell.irunt. Suelon. Vcspas., cap. i.
Phiribus persuasio inerafanliquissacerdotum libris contlneri fore ut valcsceret Oriens profeclique Judîcâ rerum polirentur ; quœ ambages Vcspasianum et Titum praedixerant. Sed vulgusmore hiimanœ eupidinis sibi Uiitam fatoriim magnitudinem inierpreiari na adversis qnideni ad vera mulabantur Tucil. Ilisl., cap. a,
HiH IV\I. . 1\. 1111 01.. I.M.l.ll. l.l.M.Ki:iiU (Mastaiiivs |>ri'iliie», H limii-» iroi* n-unii-s «laiw Cflle
lU' JiMiN (llii'Ltl ; uii tidiii |iii ili-v.iil naître avaiil
lui {Hiur lui siTvir ili' priTursrur; sa paliir, «[ui di'vaii »Hie la ville «le lleililclicm ; une mère vierge, qui (levait le uu-llre au iiiondo sans iiréjudice ilc sa virgiiiiie.
I.e uiinisliTO |)ri)[ili(liiiui', ipii av.iil élr longlciiips iinlinaire parmi Us Jnils, lut su|i|irinii> <|ueli|ucs années aprOs leur retour ilans la Palestine. Instruits par leurs ilisijrâces et ilétaclios pour jamais île l'iilolAtrie, ils n'avaient i>lus besoin de ce secoui'S. .Malaelile lut le dernier prophète ipie Oicu leur accorda
I u-squ'ils eurent aclicvé leur second temple. Mais en imposant silence fi ces hommes inspirés pour la picilielion des elioses futures, il s'engagea de susciter un prophète d'une nouvelle espèce, pour cire le héraut du .Messie déjà né. I.a majesté de ce Messie demandait un tel précurseur. Il était même de l'intérêt des hommes, toujours distraits sur les véritables biens, qu'un avertissement airticipc, mais récent, fixât leur attention el les préparât imnicdialement à recevoir l'auteur de leur salut.
Ce même Malacbie, qui ferma la carrière des aneiens prophètes, fut choisi pour piédire celui-ci. (;'est par sa bouche que le V;!rbe éternel déclare (I) qu'il eiuerro son Avge pour préparer la voie (levant si face. Et tout de suite, ajoute-t-il, le Dcmiiialeur que l'Ciw cherchez et l'Ange de l'alliance que vous désirez, viendra dans son temple. Le voici qui vient, dit le Seigneur des armées. Dans la version des Septante (2), adoptée par Jésus-Christ lui-même, c'est Dieu le Père qui parle à son Fils : Voilà que j'envoie mon Atv)e devant votre face qui vous préparera la voie. Le sens est le même quant à la mission du précurseur ; et quant à l'autorité de celui qui l'envoie, il est égal dans la doctrine chrétienne que ce soit Dieu le Père ou son Fils qui lui est consuhstantiel.
Ce dominateur cherche par les Juifs, cet .inge de l'alliance qu'ils désiraient, ne peut être que le Messie.
II viendra tout de suite, après qu'un ange envoyé devant sa face lui aura préparé les voies. Le voilà qui vient, poursuit Malachie, comme s'il voulait dire aux Jjil's : «N'attendez plus de prophète intermédiaire «entre le temps où je vous parle et celui du Messie. • il s'approche. Il se réserve le soin de vous instruit e, « el jusqu'à lui (3) la loi de Moise vous sullit. Toiile- « lois, au moment qu'il devra paraître, il se fera pré- « céder par ini homme plus grand que tous les pro- « phèlcs. >
Qu'on ne pense pas que ce précurseur promis doive être un esprit céleste. Les Pères ont remai-que qiie dans le langage des livres saints, le nom d'ange exprime plutôt le ministère que la nature. Toute per-
(I) Malach. 3, 1, 2.
(-i) Malth. 11. Marc. i. Li;c. 7.
(3) Menierilole logis Moysis servi Doi, quam m.mdavi ei m lloreh ad omneni Israël pnecepla et judjeia. Ecce ego miltum vobis Eliam proplietam anlrquàin veniat dies Donrr.i magnus el horrRtilis. MaLuh., Clip. 5, et uliimo versiis liuem.
Ml. l.O.NS.M.M.l I. l'.VIl Li;s l'IlOPIILIIFS. 898 lionue envoyée de Dieu , dé()<>sitaire de «i-» socreti , chargée de rcvéculion de ses ordrii» , est ange daiK ce sens. Vu homme peut'fii porter le nom comme un être puri'menl spirituel. L'Ecriture en fournit des exemples ; et sans sortir de iu>lrc texte, nous voycmn qiu' le Messie, qui est certainement d'une autre na- Itn'e i\w les esprits célestes, est app(dé rAng(! de l'ullianee. Si l'on veut même presser la sigiiilittition de ce terme, il convient parlieulièrementà un homme dont la vie plus angi'lique qu'humaine a semblé IV"galer à ces intelligences sublimes (jui n'out point de commerce avec la matière.
En ellèl, saint Ji'an-Itapliste, précurseur de Ji'-sus- Christ, a vérifié dans sa personne la prophétie que nous venons d'expliquer. Sans parler des merveilles .irrivées avant et api es sa naissance, sa vie lut un prodige si étonnant de pc'nitence et d'austérité, que, sans le secours d'aucun autre miracle, ei!e lui attira la vénération des Juifs. Ils coururent en foule à ses prédications et s'empressèrent de recevoir son baptême. Il n'esl point d'honneur qu'ils ne lui eussent rendu , s'il avait voulu le permettre. Mais cet linniii e divin, inaccessible à la séiluciion de l'orgueil comme à celle de la crainte, amateur incorruptible de la vérité aux dépens de sa propre gloire, iciAovail les hommages des Juils à celui doe.t il était l'avant-coureur, «Je i:e suis point le Christ, leur disait-il. Je ne
0 suis que la voix qui crie dans le désert pour l'an-
1 noncer. Celui que vous avez au milieu de vous, sans « le connaître, est infiniment au-dessus de moi, quoi- « que je paraisse avant lui. Je ne mérite pas d'exercer
< les tondions les plus basses pour son service. C'est «son bsptême, plein de la vertu du Saint-Esprit et
< plus pénétrant que le feu, qui vous purifiera vérila- « blemenl de vos iniquités. Le mien n'est qu'une ablu- « lion extérieure, dont toute la force dépend de vos « secrètes dispositions, dont toute la sainteté consiste « à vous disposer au baptême que le Messie vous des- « tine. »
S. Jean .ivail longtemps désiré de le voir, ce Messie dont il publiait les grandeurs. Enfin il le reconnut au signe que Dieu lui av;dl donné. Voila, s'écria-l-il d'abord en le montrant à tous ceux qui le suivaient, voilà l'Agneau qui efface les pèches du monde; supcrieur par cette tendre et respeclueuse démonstration du Messie présent aux anciens prophètes qui ne l'avaient vu et annoncé que dans la perspective loitvtaine d'un avenir reculé. Pressé par Jésus-Christ de lui conférer son baptême, il s'en défendit sur le besoin qu'il avait lui-même «l'être baptisé de la main de Jésus-Christ. Mais la perfection de son humilité fut d'obéir aux ordres qu'il en reçut, et le mérite de son obéissance fut de rempKr avec lui toute justice. L'honneur qu'il avait eu de le baptiser ne lui fit pas oublier la soumission qu'il lui devait. En vain ses (iisciples, animés d'un zèle moins pur et moins éclairé que le sien, vinrent-ils se plaindre à lui du concours des Juifs autour de Jésus-Christ. II réprima leur colère et leur jalousie, en leur r.ippelant l'aveu pu-
Llic qu'il avait (ÎLJà fait. «Toute ma gloite, ajouta-t-it, • est d'oire l'ami cl le serviteur de l'époux. Ma joie «est complète depuis que j'ai eu le bonheur d'enten- « dre sa voix. C'est à lui qu'il appartient de croître et < de s'élever. Slon partage est de descendre et de lui I faire place.» Ce n'était pas li le langage d'un esprit borne, ni les sentiments d'une âme faible. Car qui fut pl'js sage et en même temps plus magnanime que S.Jean? Avec quelle véhémence reprochait-il aux Pharisiens ftt aux Saduccens leur malice envenimée ! Avec quelle prudence et quelle lumière réglail-il les devoirs de toutes les conditions ! Avec quelle intrépidité condamna-t-il l'adullère et l'inceste d'Ilérode! L paya de sa léie cette généreuse liberté ; et il prépara les voies par sa mort, comme il l'avait fait par sa vie, au Rédempteur <Ie l'univers.
Ici se présente une diXicullé que les scribes Taisaicntdojàdu temps de fésus-Chrisi, et que les Apôtres lui proposèrent. Slalachic, dont nous avons cité les paroles, répète la même prophétie dans le chapitre suivant. Il y nomme ce précurseur qu'il n'avait fait qu'indiquer au chapitre 3. Le nom qu'il lui donne exclut saint Jean-Baptiste de ce ministère, et, par contre-coup, enlève à Jésus-Christ le titre et les fonclioriS de Messie, renverrai (I), dit-il, au nom de Dieu, le prophète Elle, avaui que le grand et redoutable jour du Seig-ieur arrive. Il convertira le cœur des pères aux enfants, et celui des enfants à leurs pères. C'est donc Elie qui doit précéder le Messie ; et, puisque le premier n' at pas venu, il faut encore attendre le second.
JésusClirist a daigné répondre à cette difficulté. A Dieu ne plaise que nous cherchions ailleurs ce que nous trouvons dans la source des lumières. Les incrédules apprendront de sa bouche une vérité qui sera dans la suite d'un merveilleux usage pour concilier les prophéties qui paraissent opposées. Oui (2), répondil-il , Élie viendra avant le jour du Seigneur. Il rétablira toutes choses. Mais je vous le dis : Il est déjà verni. Ils ne l'ont pas connu , et ils ont fait de lui tout ce qu'ils ont voulu. Dans une autre occasion , il avait (3) a'ppliqué à saint Jean-Baptiste la prédiction de Malachie : J'enverrai moh ange devant volt e face, qui préparera la voie devant vous; et, continuant l'éloge de ce grand homme , il avait (4) ajouté : Si vous voulez le recevoir, il est lui-même Élie qui doit venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre , entende ce que je viens de dire. Ayons ces oreilles attentives que les préjugés et les passions ne ferment pas à la voie de la vérité. Nous comprendrons un discours qui, sous une apparence de contradiction , renferme le plus sulide et le plus admirable dénouement.
Elie était déjà venu au temps de Jésus-Ch:ist, et cependant il devait encore venir. Il était venu , non dans sa propre personne , mais dans celle d'un hom-
(1) Malach. 4, 5. 6.
Ci) Matth. 17, 11, 1-2.
(4) Ibid. Il, 13.
me rempli de sa force et de son rsprit. I! était venu dans cet autre lui-même , pour annoncer le jour du Seigneur, c'est-à-dire, le premier avènement du Messie, jour grand aux yeux de la foi, redoutable aux démons qu'il déposséda de leur empire, terrible pour les impies dont il augmenta le crime et consomma la réprobation, dépourvu toutefois de cet appareil éclatant de puissance, de justice et de majesté qui dévoile aux yeux des hommes le juge suprême de l'univers. Il ne lient qu'aux Juifs, en voyant ce nouvel Elie dans la personne de saint Jean-Bapiisic, de suivre ses leçons, de s'unir par la même foi aux patriarches et aux prophèlos leurs pèics, ou, si l'on aime mieux , de ne former qu'une même église avec les chrétiens leurs enfants. Saint Jean-Baptiste aurait été alors pour eux , selon la parole de Jésus-Christ, cet Elie prédit par Malachie, qui doit convertir le cœur des pères aux er.fants et celui des enfants à leurs pères : Si vultis recipere ipse. ipse est Elias qui lenturus es^ Quelques-uns d'eux surent se faire un Elie de saint Jean-Baptiste. Mais le plus grand nombre méconnut le sublime ministère de ce précurseur. Ces Juifs aveugles, contents d'une stérile admiration pour s.i vertu, ne virent pas le terme où il voulait les conduire. Un prince même qui régnait sur une partie de leur nation fut assez barbare pour l'immoler au ressentiment d'une femme irritée: Dico vobis quia Elias jam vcnit, et non cognoveruni eum; sed fecerunt in eum quœcumque voluerunt.
Mais quùiqu'Elie soit déjà venu en cette manière, il doit encore venir. Il viendra en personne avant que le grand et le redoutable jour du Seigneur arrive , c"est-àdire, avant le second avènement du Messie, où environné de ses anges , porté sur les nuées du ciel , assis sur son trône, il jugera toutes les nations assemblées devant lui , exercera la plus rigoureuse vengeance sur les démons et sur les réprouvés , couronnera ses élus de gloire , et commencera un nouveau règne dans rétcrnelle Jérusalem. Elie, dérobé aux yeux des mortels depuis qu'il (I) fut transporté dans un char de feu , sera rendu à la terre pour y (2) annoncer ce majestueux et formidable avènement. Au son de sa voix, Israël se réveillera du sommeil léthargique où il aura été plongé jusqu'alors. La synagogue, désabusée de ses erreurs, s'incorporera dans l'Eglise chrétienne. LesJuifs rentreront dans les sentiers que leurs pères, les saints de l'ancien Testament, leur avaient tracé. La colère du Seigneur s'apaisera sur eux, et toutes choses seront rétablies : limitas ciitn venerit, primo restituct cmnia. Ecce ego mittam vobis Eliam prophetam , et co::vcrlet cor palrum ad filios, et cor ftliorum ad paires eorum. .\insi l'Evangile est d'accord avec les prophètes. La prédiction de Malacliie louchant le précurseur du Messie a été accomplie dans la personne de saint Jean- Baptiste, sans préju-
(1) 4Reg., 2,11.
(2) Qui receplus es in turbine ignis in curru equoruni igneorum. Qui srriplus es in judiciis temporum lenire iracundiain OoMiiiii, conciliare cor palris ad filium. cl rcslituere liihus Jacob. Erctes. 48, 9, 10.
U*i| l'Alll. 1\. IIIF.OI.. F.X[:r.FT. -I.IMUKDi: (lii'i- d'tm irriiMHills'-.i'inni! iiiii'iii-ur il:ins celle d'Klii; ; Cl Jcàus-Chrisl nous u déveiuupo Uiuie l'élenilue ilc cei uracle, en nous en inoniram uni; punie dijù vériliùi! et une aune qui ilnil IVHn- à la lin dos siècles.
Les iiicivtlules diioiil peul-èlre i|ue l.i nii:>sion lulu- ■ >: d'Klii! el le second avéneiiicnt du Messie sont di-s laits qu'on leur allègue sur des uuloriu's (ju'ils ne reconnaissent pas. Mais cpi'ils consi lurent ipie c'est ici la justilicaliiui trniie proplielic dont on leur prouve d'ailleuiii raeconijilisseineiit. Malacliie .ivait d'ahord prédit que le Messie aurait un précurseur, qu'il désigne sous le nom d'un ange envoyé devant sa l'ace pour lui préparer la voie. Il s'ayit constainnieiit dans cet endroit d'un avéneaienl du Messie déjà passé, puisque c'est celui où il a ilil entrer dans le temple de Jérusalem qui ne subsiste plus : Et slaliin veniet ad lempliim stiiiitiiiH stmm doiniiuitur qiwm vos qttœrilis, etc. C'est celte |)reniièi e prédielion qu'on soutient, après Jésus- Clirist, avoir eu son acconqilissemcnt en saint Jeanl'.:ptiste. Les incrédules n'ont rien à répliquer à celte preuve. S'ils viennent objecter ensuite, ù l'exemple des Scribes et des Pharisiens, un autre texte du même propliéle, où il annonce que l'apparilioi. d'Elie doit précéder le jour du Seigneur, on est en droit de leur dire qu'une prophétie qui s'explique naturellement dans les principes de la doctrine chrétienne ne décide rien contre Jésus-Christ ; que cette mission d'Elie en sa propre personne, i)our disposer les Juifs à recevoir le Messie triomphant, n'empêche p.is qu'un hummc semblable à lui n'ait déjà paru pour frayer les voies au Messie humble et soull'rant, et qu'enfin les rapports de ces deux précurseurs sont trop marqués pour (pi'ils n'aient pas pu être compris tout à la fuis dans la même prophétie.
Mais quelle devait être la patrie du Messie? Dieu r.ivaii révélé depuis longtemps : c'était la ville de lietldéhem dans le territoire de la tribu de Juda , la même qui avait été le berceau de la famille de David cl le lieu de sa naissance. C'est ce que nous lisons dans les paroles du prophète Michée adressées (1) à celte ville : BeihUhein, autrement appelée Ephrata (Moïse n;)us apprend (i) dans la Genèse qu'elle avait ces deux noms) , vous êtes une des plus petites vilLs dam le grand nombre de celles qui appartiennent à la tribu de Juda; cependant le dominateur d'Israël sortira de vous. Sa génération est dès le commencement, dès les jours de féternitc.
Sans aller plus loin, nous découvrons dans ces parties la naissance du Messie évidemment prédite. Car .piel autre que lui a pu être appelé avec tant d'emphase le dominateur d'Israël? A-t-on pu dire d'un homme ordinaire, quelque grand qu'il lût, que sa génération commence avec les jours de l'éternité? La suite confirme ce sens. Le même qui naîtra à Bcthléhem (3) demeurera ferme. Il paîtra son troupeau dans la force dit Seigneur, dans ta sublimité du nom duSeignewson Dieu.
(I.) Mich. 5, 2.
(2| r.enes. iS, 7.
iS) Midi. 3, t, 5, j.
I.ITF. C.ONVAINCL'F, PAR LES ['UOPIIETIl'.S. n(t2 Les peuplet se converlironl , parce que la gloire éclatera juiqu'aux ecctrimilét de la Itrre, et il sera notre paix. Celte inaltérable stabilité, cette force cumnniiiiquée d'en haut, pour être le pasteur, c'esl-i-dire le prince et le conducteur du peuple de Dieu (paitre el gouverner expriment la mênu! idée dans l'Ecriture sainte cl niênie dans les auteurs profanes de l'antiquité) , ce gouvernement exercé dans la sublimité du nom, c'esl-à-dire, avec la majesté el la puissance ilu Seigneur , cette conversion des peuples opérée , celle gloire portée d'un bout de la terre à l'antre, cette paix accordée aux honnnes, ce sont là autant d'attributs cl d'ceuvres propres du Messie.
Quelipies docteurs juifs et des Chrétiens iropdisposés à les suivre ont cherché Zorobabel dans cett4; prophétie. Mais il n'y a pas un seul des traits que nous venons de rapporter qui puisse lui convenir (1). Issu de la famille de David depuio longtemps délroné, il n'eut de pouvoir sur les Juifs revenus de leur capiivité que par une commission de Cyrus qui l'établit leur gouverneur au nom des rois de Perse. Ce qu'il fil de plus grand lut de rebàiir le temple de Jérusalem, et il partagea la gloire de cet ouvrage avec le grand-prêtre Josué. Du reste, sa puissance et son nom ne francliirenl pas les bornes de la Palestine. Les Juifs le respectèrent, sans lui devoir ni la paix promise par cet oracle , ni même le rétablissement de leur ville cayila'.e. Les peuples étrangers ou ignorèrent, ou, comme les Samarilains, traversèrent ses desseins. £-a patrie enfin l'exclut manifestement de cette prédielion. Lois» d'être né à ncvhléhem, les présomptions les plus fcrtos sont qu'il naquit à Babylone durant la captivité. Jéclionias ou Joacliim son aïeul , roi de Jérusalem , fut [i] emmené à l'âge de trente-six ans dans la ClialJée, d'où il ne retourna plus à Jérusalem. Cet événement arriva onze ans et quelques mois avant la captivité qui dura soixante-dix ans. Jéclionias fut pcro de Salalhie!, qui eut Zorobabel pour Cis. Il est dillicile que Jéclionias ait clé grand'père avant l'âge do trente-six ans , et encore plus que Zorobabel , son petit-fils , fut dans sa quatre-vingt-deuxième année , lorsiju'd alla par ordre de Cyrus à Jérusalem pour en rebâtir le temple.
Les anciens Juifs n'.avaient g.arde de méconnaîtra le Messie dans cette prédielion de Michée. Leurs prêtres et leurs scribes (3) la ciièrent à Ilérode quand il leur demanda quelle devait dire la patrie du Messie ;
(1) Il n'est pas plus vraisemblable que cette prophétie ait été vérifiée dans la peisonne rie Josias. C'était m prince pieux, à la vérilé, mais imprudent et malheureux dans ses entreprises. Il livra , contre toutes les règles, a Néchao, roi d'Egypte, une bataille on il fut vaincu et blessé, et il inourut de celle blessure. Est-ce ainsi qu'il demeura stable , que sa gloire éclata jusiiu'aux extrémités du monde et qu il cimenta la paix? D'ailleurs quelle preuve a-t-on qu'il soit né àBelhléhem? n'esl-ilpas beaucoup plus probable qu'il naquit à Jérusalem, résidence ordinaire des rois de Juda ?
(2) 2 Paralip., 30, ?>, ('>.
(31 M.aili. 2. S, li.
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et ils en conclurent sans balancer que c'était Bethléem, ville du territoire de Juda. La providence de Dieu est admirable dans le témoignage que lendirenl alors les chefs elles savants de cette nation au véritable sens d'une prophétie de cette conséquence. Si l'étoile qui avait éclairé la marche des Mages depuis leur départ d'Orient les avait conduits jusqu'au terme de leur voyage, ils n'auraient pas eu besoin de s'infonnrr, en arrivant à Jérusalem , du lieu où était né te roi (les Juifs qu'ils cherchaient. Mais ce guide leur manqua dans la capitale de la Judée et dans le centre de la religion judaïque. Dieu voulait les instruire par le ministère des pasteurs légitimes, tirer un aveu favorahle-à Jésus-Christ de ceux mêmes qui devaient le persécuter, rendre la naissance du Messie publique par le Irou'uleoù l'arrivée et les discours de ces étrangers jetèrent Hérode et toute la ville do Jérusalem.
A peine les Mages eurent-ils pris la route indiquée par les docteurs de la loi, que l'étoile qui les avait quittés reparut à leurs yeux. Dès qu'ils furtnt entrés dans Bethléhem, elle s'arrêta sur la maison où ils trouvèrent Jésus-Christ né depuis quelques jours dans celte ville. Son enfance ni les dehors de sa pauvreté ne purent affaiblir l'impression vive et profonde du respect que les .avertissements du ciel leur avaient inspiré jxmr ce nouveau roi. Ils démêlèrent à travers ces voiles le dominatcnrd'hrael annoncé par le prophète Miellée. Plus religieux que les prêtres juifs, qui s'étaient arrêtés aux premières paroles et à l'écorce de cette prophétie , ils élevèrent leurs pensées jusqu'à sa génération éicnielte. Ils se prosternèrent devant lui ; et , parleurs présents mystérieux plus encore que parleur posture suppliante, ils adorèrent comme Dieu celui qu'ils semblaient d'abord n'être venu honorer que comme roi.
Nous prouverons dans la suite aux incrédules que Cette adoration des mages était due au Messie. Qu'ils avouent du moins, en attendant, que la prédiction qui désignait le lieu de sa naissance a été accomplie en Jésus-Christ. Croiront-ils pouvoir en douter parce qu'il y avait de son temps des Juifs qui le croyaient Galiléen de naissance, et lui disputaient sur ce fondement la qualité de Messie. Est-ce que le Christ (1), s'écriuienl-ils , doit venir de Galilée? L'Écriture ne ditelle pas qu'il naîtra de la race de David et dans lu ville de Uelhléem oit ce prince est né. Si cette ignorance des Juifs , qui parlaient ainsi sur la véritable patrie de Jésus-Chrisl, n'était pas simulée, pour colorer leur incrédulité , elle n'avait d'autre principe que le long séjour qu'il avait fait à Nazareth, patrie de ses parents, et ses premières prédications dans les autres villes de Galilée. Ces mêmes Juifs durent être bientôt conv.aincus que Jésus-Christ était aussi bien natif de Beihléhem qu'originaire delà maison de David. Ils n'ignorèrent pas sans doute ce que savait le peuple qui le proclamait , on l'a déjà vu , fds de David. Saint Matthieu et saint Luc attestèrent hautement le fait de sa
(1) Joan. 7, 41,42.
LEFUANC DE POMPIGNAN. 904
naissance à Bethléhem, et ils en apparièrent les preuves , l'un par l'histoire des Mages qui avait fait tant de brtiit à Jérusalem , et qui avait été suivie de la cruelle boucherie de tous les enfanis nés depuis deux ans à Bethléhem et aux environs ; l'autre , par les registres publics où Joseph fit inscrire son nom et celui de Marie, son épouse, et du fils qu'elle venait de mettre au monde dans Bethléhem. La pairie de Jésus- Chrisl n'a plus été un problème depuis la publication de ces deux Évangiles, s'il est vrai que quchiues personnes en eussent douté auparavant. Les Juifs n'ont jamais réclamé contre le témoignage des évangélisies. Les incrédules viendraient trop tard pour ressusciter un doute abandonné par ceux mêmes qui pouvaient l'éclaircir, et qui avaient le plus pressant intérêt de l'accréditer.
La troisième el dernière circonstance de la naiss nce du Messie est la perpétuelle et inviolable virginité de sa mère. Elle avait été prédite comme les lieux premières, et s'est également rencontrée dans la naissance de Jésus-Chrisl.
On voit d'abord qu'il s'agit de la célèbre prèliciion (i'isaïe : Une vierge concevra et mettra au monde un fils qu'on appellera Emmanuel. Quelque fortes el quelque décisives même que soient ces paroles, il ne sufiiit pas de les rapporter isolées. Les incrédules voudraient en approfondir le sens par la suite et par la liaison du discours. Il est juste de les satisfaire. La vérité n'y perdra rien , ou plutôt elle y gagnera. Replaçons donc ces paroles dans le texte d'où nous les avons détachées, et discutoP3-en la signilkaiion autant par les règles de la eiitiqueque par celles de la grammaire.
Isale raconte au chapitre septième (1) de sa prophétie, que Rasin, roi de Syrie, et Phacée, roideSamarie, avaient rassemblé leurs forces contre la ville de Jérusalem ci le royaume de Juda. A la nouvelle de cette ligue, Aclias, roi de Jérusalem, fui saisi d'eiTroi. Le Seigneur commanda au prophète d'aller avec son fils (-2) , Schéar-Jasub, à la rencontre d'Achas qui était alors sorti hors des murs de sa capitale. Isaïe exécuta l'ordre et dit à ce prince : Demeurez en repos ; ne craignez pas ta colère de ces deux tisons fumants et prêts à se consumer, Rasin, roi de Syrie, el Pliacée, fils de Romélie. Ils ont co)ijuré votre perte, en disant: Montons vers Juda; faisons-lui la guerre; rendons-nousen les maîtres; établissons-y pour roi le fils de Tabéel. Soit qu'il y eût réellement un homme de ce nom à qui ces deux princes ligues destinassent la couronne de Juda, soil que, par une métaphore fondée sur le sens littéral du mot hébreu, ils parlassent en général d'un homme vil et obscur , qu'ils voulussent rendre , en le faisant roi de Juda, leur tributaire et leur vassa'..
(1) Isaïe, 7, 1 elsoq.
(2) La Vulgate rend en latin la signification qu'avait en hébreu la première partie du r.jm de ce (ils d'isaïe. Votre fils Jasiib qui vous est resté : Qui derelicius est filius tuus Jasub. Le nom entier, Schéar-Jasub, lequel était mystirieux, signilie . le reste retournera.
iMi;. l'Mtr i\. iiiKoi. i.M.t.i r. i.incuf.i»! i.i
Uais roiVi it' çw Jil le Seijneiir Dn-u. Ci'Ui ligue ne luftji'jfiTu p<ii, el ee detstiit t'èvuiiuuira. Damai demeurera la capitale de Syrie, et /.'uj/'/i iit' rt'ffiiera i/u'à Damai. Samarie sera éijalemeiil la eapilale du roijaiime dltrael uu dos ili\ tribus , et l'haece , fili Je Homélie , lit! régnera qu'à Samarie. Khevre soijtante cinq ans, et Efihraim, la principale des dix Irihus si-paroos, cessera d'être un peuple (I). Ailias pMraiAsaiil insensible à une préilietion si consolanle piiur lui , li> pnijilièle eonliiiua du lui parler ainsi au nom du Seigneur. Demanda au Seiijneur votre Dieu un signe soit du fond de la terre, soit du plus haut des deux. Voulez vous que les ubinies s'ouvrent eoniiiie ilu temps de Moïse; que les inorls soient évoqui-s , connue Samuel l'a été, que le soleil s'arrête , que les éclairs brillent et menacent , que le tonnerre gronde et foudroie, comme il est arrive en laveur de vos ancêtres'? Aon, répondit Achas , je lie demanderai point de signe, et je ne tenterai pas le Seigneur. Ce prince impie couvrait son incréJulilo d'un masque de respect cl de religion. Car était-ce tenter le Seigneur que de se rendre à l'invitation qui lui était l'aile par un de ses ministres aussi autorisé *qu'ls:ne? Qu'y avait-il de plus commun dans le peuple de Dieu qnc ces signes miraculeux no:i seuiemenl acceptés , mais sollicités même avec insiancc , pour confirmer les promesses du ciel ? Alors Isaîe , laissant Achas comme trop indigne de la protection divine , adressa la parole à toute la maison de David. £/i quoi, ne vous sujpt-il pas de fatiguer la patience des hommes, par vos injustices, vos rapines, vos cruautés? Faut-il encore que vous irritiez mon Dieu, par une révolte obstinée? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même vn signe (2). Une vierge concevra et enfantera un fils dont le nom sera Emmanuel. Il mangera d<( beurre et du miel, en sorte qu'il sache rejeter ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon. Car, ajouta le prophète , avant que l'enfant sache faire ce discernement, les deux pays que vous délestez à cause de leurs rois seront désolés. C'est lotit ce qu'il y a d'intéressant dans le chapitre septième au sujel de cette projihélic.
Isaîe commence (5) le chapitre suivant par un nouvel ordre qu'il reçut du Seigneur. Prenez, lui dit Uieu , w;i jraiirf livre et écrivez-y en caractères connus et lisibles : Maher-schalal-has-bas. Ce sont quatre mots
(1) Il y a deux manières d'expliquer cette prophétie. L'une de remonter au temps ou Amos avait prédit 7, M, i7, qu'Israël serait emmené captif hors rie sa vatrie. (On trouve les soixante-cinq ans depuis cette époque jusqu'à l'expédition de Salinanasar, roi d'.\ssyrie, qui vainquit Osée , successeur de l'Iiacée, et transporta dans son royaume une grande partie des Israélites.) L'autre manière est de reculer l'accomplissemenl de la prophétie jusqu'au règne d'.\ssaiaddon , roi d'A-sssyrie , qui conson!ii;a la destruction des dix tribus d'Israël commencée par Salmanasar, vingt un ans seulement .iprès cette prédiction d'Isaie.
(2) Le texte original et la version des Scpianto mettent avant le mol de Vierge un article iiiilicitil. Pour traduire littéralement, il faudrait dire celle Vierge pur excellence, on plus brièvement cl plus énergiquemcnt ccnime le voulait Jl. Hossuet, la Vierge.
(j) Isai. S l-S.
OEliVRES CO.MPL. DE LeFRANC UE PoM
ri: ((iNVVINCI T. l'Ail I.KS ITlOI'lir.TILS. OOi?
hébreux que nuire Vulgale a rendus suivaut leur ftigniiicalion dans la langue saiotc (I) : llàlei-vou* de ramasser les dépouilles, prenez vite le butin. Nous verrons bientôt que l'as-seniliLige de ces quatre mots forma le nom mystérieux ilu seconil lils qui naquit au prophète. Ln consejjuence de cel ordre , Isaie prit wec lui deux témoins fidèles, L'rie, prêtre, et Zacharie, fils de Barachie. Il y a toute apparence qu'ils rureiit les témoins de von mariage dmit nous allons voir le huit. l'ar la même raison on a lien de penser que ce volume où Dieu lui ordonna d'écrire, en caractères connus cl lisibles, le nom de l'enlanl qui devaii lui naître, était le contrat de son mariage; d'autres croient que c'était le livre de sa prophétie , qu'il déposa entre les mains de deux témoins lidéli'S, pour être dans la suite un monument incontestable de ce qu'il avait prédit sur la prochaine délivrance du royaume de Juda , cl sur la ruine fuluie des empires de Syrie et d'Israël. Quoi qu'il en soit, \i,:\\ct %' approche de sa l'emine (pi'il appelle la prophélesse. Elle covçut et mit au niMiJe un ftls. Dieu voulut qu'il lui donnât le nom déjà écrit de ilaher-schalal-has-bas, c'esl-à-dire , hàtez-vous de ramasser les dépouilles , prcr.ci vile te hulin. Cel enfant annonçait par son nom le ravage des deux royaumes ennemis de Juda , comme Schéar Jasub , ou, le reste retournera, fds aine d'Isaîe, était le gage, par le nom qu'il portait , de la conservation de ce dernier royaume.
Je ne m'arrête pas ici à l'opinion de plusiei.i's Pérès , abandonnée depuis long-temps par presque tous les inierprèles, cl peu conforme, il faut l'avouer, à la lettre du texte sacré. Selon eux , ce que raconte le prophète ne se passa que dans son esprit. Il vit par une lumière divine la sainte Vierge, véritable prophélesse, concevoir cl enfanter son fds, digne du nom qu'on lui donne en cet endroit par les dépouilles qu'il a remportées sur les puissances de l'enfer. C'est réduire en pure allégorie le sens historique et littér.)], inconvénient justement reproché à Origène , cl où il nous est d'autant moins permis de tomber aujourd'hui, qu'il serait plus dangereux d'exposer rEcriture-Sainle à la dédaigneuse critique de nos prétendus espritsforts.
Le prophète ajoute qu'avant que l'enfant dont il vient de rapporter la naissance sache appeler son père et sa mère, la force de Damas sera détruite, et les dépouilles de Samarie enlevées par le roi d'Assytie. En effet, Thiglath Phalasar, roi d'Assyrie (2), gagné par les soumissions et les présents d'Achas , déclara la guerre à Uasin, roi de Syrie, s'empara de Damas , en transféra les habitants à Cyrène , et fil mourir P.asiii. Il ne traita guère mieux Phacée (-î), roi de Sauiari;-. Il entra dans ses états, y prit beaucoup de villes, ci emmena au-delà de l'Euphrate le peuplede Galilée, les tribus de Nephthali, de Ruben, de Cad cl de Manassé. Isaîe décrit ensuite les maux dont ces mêmes Assy-
(t) Accolera spolia ditrahcre; festina praïdari.
(2) 4 lleg. 10, 7, 8, !).
(5) 4Ueg. 15.i9. 1 l'arali;). 3,20.
riGNA\. (1. 29
ŒUVRES COMPLLTES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
riens, vainqueurs des ennemis de Juda, aecaHoront les Juifs. C'est à la (in de celle description qu'il reconnaît Emmanuel , ce fils de la Vierge , qu'il avait annoncé dans le chapitre précédent souverain Seigneur de la Terre-Sainte (1). Dans le même chapitre, le prophète représente ses enfants comme un signe et un pronostic donné à Israël par le Seigneur.
Enûn au chapitre neuvième, Isaîe (2) prédit la destruction de l'empire Assyrien. Le joug que cet empire avait mis sur le peuple de Dieu , ta verge dont il le frappait, le sceptre dont il l'opprimait seront brisés, comme il arrit^a aiLV iladianites, du temps de Gédéon. Ce butin enlevé avec tant de violence, ces vêtements souillés de sang seront la proie des flammes. Car un enfant nous est né, et un fils nous a été donné. Il portera sur ses épaules les marques de sa royauté. Il sera appelé V Admirable, le Conseiller, Dieu, te Fort , le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Son empire s'étendra de plus en plus. La paix qu'il établira n'aura pas de fin. Il sera assis sur te trône de David , et possédera son royaume pour l'affermir et te fortifier dans l'équité et dans la justice , depuis ce temps jusqu'à jamais. Le zèle du Seigneur des armées a fait cela. ,^
Nous venons de mettre sous les yeux des lecteurs toute la suite de cette prophétie. Peut-on en inférer que CCS paroles , tine Vierge concevra et er.fantera nn fils dont le nom sera Emmanuel, doivent s'entendre du Messie et de sa mère conservant sa virginité dans la conception cl dans l'enfantement , ou d'une femme qui conçoit cl d'un enfant qui vient au monde par des voies purement naturelles?
Los Juifs qui ont essayé d'enlever au christianisme cette prophétie , ont soutenu d'abord qu'elle devait s'appliquer k la naissance d'Ezéchias, fils d'Achas. Mais il a été aisé de les convaincre par une démonsiration sans réplique. Ezéchias était né avant cet oracle d'Isaie. Il avait vingt-cinq ans (3) quand il monta sur le trône. Achas , son père , n'en régna que seize (4). il n'a donc pu être cet enfant dont Isaïe a prédit la naissance future au roi Achas , comme un signe de l'invariable protection de Dieu sur la maison de David.
■Les Juifs forces dans ce retranchement , adoptent plus volontiers une autre explication, que des auteurs chrétiens, à la honte du christianisme , leur ont euxmêmes fournie. Il avait déjà paru , du temps de saint Jérôme, un de ces chrétiens judaïsants (S), quidam de nostris judaizans , qui donnait au prophète Isaîe deux fds , l'un nommé Scliéar-Jasub , qui l'accompagna dans l'audience qu'il eut d'Achas ; l'autre , que cet auteur nommait Emmanuel, suivant ce qui est prédit au verset 14 du chapitre 7, et qu'il confondait avec celui dont il est parlé au chapitre 8, sous le nom de Maher-schalal-has-bas. On ne sait pourquoi le mot judaitans, qui fait si bien connaître l'horreur de saint
(1) Et erit extensio alarum ejus implens lalitudinem terra; luoe, ô Emmanuel. Isai. 8, 8. Ibid. 18.
(2) isai. 9, 4, 5, 6, 7.
(5) i Reg. 18, 2.
(4) Ibid., 16, 2.
(b) S. Ilieron., m cap. 7 Isaiae.
Jérôme pour cette opinion , ne se trouve pas dans l'édition de ce Père, publiée par Doni Martianay. Toutes les .autres éditions le portent; et l'on peut croire que c'est une omission de copiste ou d'imprimeur dans celle du docte bénédictin , puisqu'd n'averlit par aucune note que ce mot manque dans quelque manuscrit, et que cette variante n'est point dans le catalogue des différences de la nouvelle cdilion , mis au commencement du troisième volume. Ce! te opinion , si sévèrement condamnée par saint Joiôme, a eu néanmoins des partisans. Socin et Grolius l'ont renouvelée, sans parler de ceux qui les ont copiés. Si nous n'avions pas à combattre les incrédules, nous produirions ici , soit dans la tradition des Pères et des auteurs ecclésiastiques , soit dans celle des commentateurs (1) de toutes les sectes chrétiennes, à l'exception des Sociniens , une nuée de témoins qui déposent en faveur de la naissance du Messie , prédite par ces paroles d'Isaîe. Mais ces armes victorieuses contre des hommes qui ont quelque respect pour la religion, seraient impuissantes contre nos adversaires. Ce n'est point par une autorité extérieure, c'est par des raisonnements tirés du texte même qu'on peut les confondre.
Nos preuves commencent par la signification littérale des termes de la prophétie, et par les caractères qu'Isaîe attribue à l'enfant dont il y est parlé. .
Le premier terme est celui de Vierge, d'une vierge, dis-je , unique et distinguée entre toutes les autres , suivant la force de l'article (2) qui précède ce mol. Celle vierge est distinguée dans le texte original par une expression dérivée du verbe (3) caclier , abscondcre , ce qui marque une jeune personne élevée , conformément aux mœurs des anciens temps, dans le secret de sa famille , et soustraite non seulement aux approches, mais aux regards des hommes. C'est en ce sens que les livres saints emploient toujours le mol aima. Saint Jérôme, si savant dans la langue hébraïque, a défié (4) les Juifs de citer un exemple contraire. Les deux qu'on oppose communément n'ont pas rempli ce défi. L'un est du Cantique des cantiques, où l'on (5) donne pour compagnes à l'épouse de
(1) M. Huet et Dom Calmet ont écrit que l'Emmanuel , fils de la Vierge , pouvait s'entendie en un certain sens du second fils d'Isaîe. M. Uuet a corrige dans la proposition neuvième de sa Démonstration cvangélique , ce qu'il avance de défectueux sur cette matière dans la septième. Dom Calmet parle en tremblant, se contredît à plusieurs reprises dans sa Dissertation séparée sur ce p.issage d'Isaîe, et finit par avouer, dans le corps de son commentaire , que , de toutes tes qualités d'Emmanuel , la seule qui convienne au fils d'haïe, est celle qui est marquée au verset 16 du chaiùlre 7. Avant que l'enfant sache discerner le bien du mal, les royaumes de Syrie et d'Israël seront désolés. Ce n'esl pas, au reste, l'unique faute que les savants ont reprochée à cette vaste rédaction sur les livres saints.
(2) Halma en hébreu , i jtipaévo» dans le grec des SepLinte.
(5) Alam en hébreu.
h) S. lIieron.,(iua;st. Uebr. in Genesim. (5) Adolcscentuiac (.\laiiwth) dilexcrunt le.Caniiq. 1,2. Ailolfscenliilantm non e«l numéros. Ibid.. 6. 7.
ÎMl'l IVMll l\ lllldl. KXICI 1 I. I.M lli:iH I. Jfuiir» lilli-s a|>|i<-Uyii Ju nom iI'ii/»m au |iluru'l. Mais qui ne sait que clirz le» Juifs, riiiiiiiie clu-i lis (îrocs et clit't li's Itiiiiuiiis , li's nouvfuii^ époux avaient rhacun leur i-i>rUj!C île personnes de leur se\c, non f ncori' eiip(;ér» dans le mariage? I.'aulre exemple est ilii livre des Proverbes, où l'on eonipie(l) quatre choit» dont la l-race est imperceptible, le vol de Cuigle liaiii tel airs, les sauts d'un serpent sur un rocher, le cours d'un navire dans les flots de la mer, et au-dessus des trois autres , la voie de l'homme dans une jeune fille , aima. C'est préeiscment ce qui prouve i|uo dans sa propre et naturelle signilicaiion , le nom li'alma convient exolusivemoni à une vierge. Car on n'appelle ainsi eelle dont il s'agit, que parce que son Age et son éducation retirée font présumer sa virginité , et ipie cette pn-somption ne peut être détruite par le genre de preuve indiqué dans ce passage. Et quand on ajoute que (2) '<;//<.■ est ta voie d'une femme adultère, ijui , après avoir mangé, s'essuie la bouclie et dit : Je n'ai point fait de ma! ; celle femme n'est plus la jeune personne , aima , désignée dans le verset précéilesit. Mais elle se flatte de paraître, par la hardiesse de son maintien et de ses discours, aussi irréprochable qu'une liile S(>igiicu$cment resserrée sous les yeux de ses parents.
Il est vrai qu'Aquiia , Théodolion et Synimnque , auteurs de trois versions grecques de l'ancien Testament, postérieures au temps de Jésus-Christ, ont traduit l'u/ma d'ls;iïe par un terme qui signilie (3) plutôt sa jeûnasse que sa virginité. Aquila et Tliéudotion étaient du nombre de ceux que les Juils appelaient prosélytes. On ne doit pas être surpris qu'ils aieiU Voulu détourner le sens d'un oracle si favorable au christianisme. Symniaque était de la secte des Ébionile» , ennemie de la virginité i^rpctuellc de la mère de Jésus-Christ. Son témoignage n'est pas moins suspect. L'autorité de ces trois interprètes peut-elle Iwlancer celle des Sepl.intc, Juifs de naissance et de religion , parfaitement instruits de leur langue , et qui, ayant composé leur version plusieurs siècles avant Jésus-Christ, n'ont eu d'autre intérêt que celui de la vérité, à trouver dans ce texte d'isaîe non seulement une vierge , mais , conmie je l'ai déjà remarque , une vierge extraordinaire '?
Le second terme est celui iTEmmanuel. C'est le nom que doit porter le fils de la Vierge. N'est-ce pas celui du Messie, et à quelle autre personne peut-il convenir î Dieu avec nuits. On reconnaît dans cette ad-
(1) Tria sunt diOficilia niilii, et quarluni pcnilùs ignuro : Viani aqui!:u in cœlo, viani cùlubri super petrani , vi mi navis in medio mari , et viani viri in adolescentiâ. Prov. 50, 18, li>.
Pour traduire littéralement ces dernières p.iroIes , ■1 aurait fallu dire , viam viri in virgine adoleiceniuln. La tiaduction de imtre Vulgate substitue un autre sens exact et véritable en lui-même, mais moins conlorme au texte original.
(2) Talis est via mulieris aduiierae, quae comedii, et tergens os suum, dieit : Non sum operata maluui.Prof. 30, 20.
(ô) Ntiniç, ptiella , adolescentula.
ITL CO.NVAINCI K l'VIl I.KS l'IlOI'IM ilKS. !)I(I mirable et siniiulii^re dénomination un l)ieu\isil:le aux lioiinnes par l.i nature hiunaine qu'd s'est unie, par le !«-jiiur qu'd a fait sur la terre, par la loi (|u'il a publiée de sa propre bouche. Le secoml (ils d'isaîe n'a été Emmanuel ni d;ins le sens littéral, ni même dans le sens ligure. Nous avons vu que le nom propre de cet enfant, annoncé avant sa naissance , et (|u'il reçut de son père en venant au monde , fut .Malier-sclialal-has-bas. Ce nom renfermait un mystère, à la vérité, non pour servir de gage aux Juifs de la protection qui leur était promise, mais jiour les assurer de l'exécution infaillible et prochaine du jugement prononcé contre les royaumes de Syrie et de Samario. Ilùtez-vous de ramasser tes dépouilles, prenez vite le bi:tin. C'est la signification mystérieuse du nom de Scliéar-Jasub, son fils aîné, le reste retournera, qui marquait la conservation de la tribu de Juda et de la maison de David. C'est pour celle raison que le prophète déclare que (t) ses deux fils lui ont été donnés pour être un signe et un pronostic à Israël: l'un étant le signe de la délivrance de Juda, l'autre de la ruine de ses ennemis. Si maintenant on considère tout ce qui suit , le fils d'isaîe paraîtra encore plus au-dessous du nom d'Emmanuel. L'enfant, qu'on appelle ainsi , doit être le souverain seigneur de la Terre-Sainte. Erit extensio alarum ejns super latitudincm terrœ iitœ , b Emmanuel. A quel litre la Palestine a-t-elle appartenu à un fils d'isaîe? Mais le Messie en a été le véritable roi, non seulement par un domaine universel sur les créatures, mais par un droit particulier sur la succession de son père David. 11 est aussi le seul qui rassemble dans sa personne tous les caraclèrcs qu'Isaïe attribue à cet enfant royal , dont il parle au chapitre neuvième :■ Un petit enfant nous est v.c , et lui fiis nous a été donné ; il portera sur ses épmilcs les marques de sa royauté, et le reste déjà cité, qui contient une si magnifique description de son règne , de ses vertus, de ses bienfaits et de son triomiihe On chercherait inutilement dans ces paroles le llls d'isaîe, dont l'histoire ne parle plus depuis sa naissance, et qui constamment n'est jamais monté sur l<; trône. On fait des efforts également vains |iour y trouver Ezéchias ou Josias, ou quelque autre prince que ce puisse être. Car outre qu'aucun d'eux n'a |ju être appelé ni Dieu, ni le Fort, par excellence , ni le Père du siècle futur, ni le Prince de la paix ; que leur empire, loin de s'étendre de plus en plus, a été fort borné , et leur règne mêlé de prospérités et d'infortunes ; que la paix qu'ils ont établie, loin d'être élernetle, a été bientôt troublée , que fu pu/isan« qu'ils ont héritée de David , loin de subsister depuis son commencement jusqu'à jamais , n'a duré que peu d'années, d'ailleurs la conformité de cet enfant avec l'Emmanuel, fils de la Vierge, est trop manifesic,potir qu'il soit permis de les distinguer. La naissance de l'un est donnée comme un signe que la maison u'c David et le royaume de Juda ne seront na? détruits
(1) Ecce ego et pueri mei quos dedii mihi Domiuus in signuni et in portenlum Israël. Isai. S, 18.
Uil ŒUVRES i.;OMPLETES DE
par la conjuralion Je leurs onnoniis. Proplcr hoc dabil Domiims ipsc vobis signum. Ecce virgo concipict et panet filium. La naissance de l'autre est proposée comme le motif de la vengeance que Dieu exercera sur les plus furieux et les plus redoutables ennemis de son peuple. Parvulus enim datus est 7wbis, et flius datiis est nobis. L'un est nommé Dieu avec nous : l'autre est de même appelé Dieu. L'un règne sur la Terre-Sainte ; raiilrc est assis sur te trône de David. Si le premier n'est ni Ezécliias ni Josias , le second ne l'est donc point. Si celui-ci n'est pas (ils d'Isaïo, celui-là ne l'est p.is non plus. C'est dans ces deux textes du prophète le môme enfant. C'est le Messie qui dissipe les nuages, dont l'inflexible opiniâtreté des Juifs et la témérité de quelques chrétiens ont osé rcnvclopper.
Je n'ai pas besoin de répondre à ceux qui objecteraient que Jésus-Christ n'a jamais été appelé Emmanuel. 11 sullit qu'il ait été, et qu'il ait opéré réellement tout ce que signilic ce nom sublime et mystérieux. L'usage de la langne sainte est de transporter aux personnes les dénominations que méritent leurs qualités ou leurs actions. Aussi quand nous refusons de reconnaître le second fds d'isaïe pour Emmanuel , c'est parce que ce n'a été ni son nom véritable , ni un nom qui pftt le caractériser.
Tout éloigne jusqu'ici de la proj)liélie d'isaïe l'idée d'une femme et d'un enfantement ordinaires. Il ne reste qu'à rapprociier cette prédiction des circorvstances où elle a clé faite. On comprendra encore mieux qu'elle ne peut regarder qu'une vierge , qui devait concevoir et mettre au monde un fds , sans perdre sa virginité. Isaïe avait pressé Achas de demander à Dieu, pour preuve de racconq)lisscment de ses promesses, un signe tel qu'il le voudrait. Fallùt-il enlr'ouvrir les gouflies de la terre, ébranler les voùlcs du ciel , Dieu ne mettait aucunes bornes à ses désirs comme il n'y en a point à sa toute-puissance. Sur le relus de ce prince, Isaïe annonce lui-même de la p^irt de Dieu ce prodige digne de la majesté de celui qui l'envoie, supérieur ou du moins égal à ceux qu'il avait déjà ofl'erts. A ces traits reconnait-on la naissance d'un fils conçu et mis au monde par une voie naturelle? En ne promettant qu'un événement si commun, Isaïe n'aurait-il pas avili son ministère , trompé l'aitenie de ceux qui l'écoutaicnt, autorisé leur déliance sur le secours divin dont il les avait flattés? Au lieu que tout rentre dans l'ordre, qu'Isjiïe soutient jusqu'au bout le langage d'un ambassadeur de l'Être suprême , l'espérance chancelante des Juifs est affermie, leur prochaine délivrance pleinement garantie par la promesse de l'enfantement d'une vierge. Ce miracle, il est vrai, ne devait pas présenter aux yeux des hommes le spectacle d'une révolution éclatante sur la terre ou dans le ciel. Mais il était si flevé au-dessus des pensées humaines , il était si contraire aux lois de la nature les plus constamment observées, Il était si marqué au coin du Créateur, qui. ét.ant le principe de la fécondité des deux sexes ,
LEFRANC DE DOMPIGNAN. 'Mi
peut la réunir en un seul, qu'il éyaldt, qu'il surpassall même tout ce que les Israélites depuis Moïse avaient vu de plus merveilleux. Tel est le raisonnement des Perses sur ces paroles d'isaïe ; raisonnement simple, mais concluant, et par sa simplicité mêujc préféraDie aux vains raffinements d'une subtilité qui s'égare, dès qu'elle abandonne les routes frayées.
Qu'on en juge par la réponse des Juifs et des chrétiens qui les faVorisent. Il était , disent-ils , incertain si la jeiine épouse d'isaïe ne serait pas stérile ; incertain si elle porterait et mettrait au mon.îe heureusement l'enfant qu'elle concevrait ; incertain si ce serait un enfant mâle ou une fdle. Un discours qui fixait toutes ces inccrlitudes n'élait-il pas véritablement prophétique? 11 eût pu l'êire, j'en conviens, quoiqu'après tout nous serions fort à plaindre si nous n'avions à produire pour la défense de notre religion que des prédictions de cette espèce, qui ressendilent beaucoup à des conjectures ordinaires vérifiées par l'événement. Mais ceux qui raisonnent ainsi ne voient pas, ou dissimulent que, dans le discours d'isaïe, il y a deux choses , prophétie et signe promis. Leur système conserve la prophétie, en l'énervant, en la dégradant. Mais pour le signe miractdeux, il en efface jusiiu'aux moimlres vestiges. Car enfin ils ne peuvent nier que la fécondité de la femme d'isaïe, que son heureux accouchement , que la naissance de son fils, que tous ces événements , dis-je, quek|ue incertains qu'ils fussent avant qu'ils arrivassent, ne fussent en eux-mêmes des événements natui-els. Ce n'était donc pas encore une fois des miracles qui pussent cire proposés à la place de ceux qu'Achas n'avait pas voulu demander, des miracles qui démontrassent en Dieu le pouvoir et la volonté de délivrer incessamment Juda du péril extrême où II se voyait exposé par la ligue formidable des rois de Syrie et d'Israël.
C'est pourtant de ce sipne m'mc, que nous faisons valoir, qu'on lire ur. argument coiilre nous. Quelle apparence, dit-on, qu'Isaïe ail voulu donner pour signe d'un événement aussi prochain que la désolation des deux royaumes de Syrie et d'Israël, la naissance du Messie et l'enfantement miraculeux de sa mère qui ne devait arriver qu'après plusieurs siècles ? Ce n'est pas une chose aussi étrange qu'elle le parait à nos adversaires, que de confirmer par un signe éloigné la mission d'un prophète et la vérité de ses discours. Il y en a plusieurs exemples (1) dans l'Ecriture. Mais s'en tenir là, ce ne serait qu'cfileurer la difficulté. Il faut montrer aux incrédules la liaison de celle promesse avec les circonstances où se trouvait Isaïe, cl lonrnerrobjcctionmêmeenpreuvede notre sentiment.
On doit se souvenir qu'avant de prononcer cet oracle sur la Vierge et sur son fils, Isaïe avait cessé d'interpeller Achas, pour adresser la parole à toute la maison de David. Audile er<jo domus David. Acbas avait communiqué sa frayeur à tous ses proches, à
(1) Exod. 3, 12. 1 Reg. 2, 3i. Jerera. U. 29.
913 l'AIlT. IX. TIIKOL. F.XIXKT. - I.INCIUIKH louif sa cour, 1 tous st's snjois. On rrai|;iinii que la ni.iisiiii ilf D.iviJ, tlaii» l.ii|urlli' l'c^ulaicnl louirs les <'S|>-'raiK'i-<> (lu |it'U|ilf lie IMru, iii' lilt auiMiili, i|Ui! Iiii (lfu\ ruis t'uiuMiiis (le Juila lu- subslituussoiu au »anK (le les anciens nialtros un nouveau roi, ce fils de Tnbétt, qu'ils voulairnt platu'i' sur le tri^nc de Uavid. (! est cette crainte injurieuse ^ la lidelité de Dieu qui' eumbal Isaie. Aclias, s'il n'ertt ete (|uestion (|Uft de ses intérêts personnels, aurait lueritétous U'sinallieurs qui le tnenavaient. Mais la maison de David, qu'il desliunurait |iar ses idulAlries, était appuyée sur des tbndeiuenis trop solides. Vous tremblez, dit le prophète, pour cotte maison. Avez-vous oublié (|u'elle doit donner au monde ce Messie si souvent promis à vos pères '! \\\ ! t'est oulra};er Dieu que de mépriser cette auguste promesse. C'est mettre le comble à tous b-s crimes que vous ave/, déjà commis contre les liomlucs. Numqiiid parùm vobis est nwleslos esse liominibiis, quia nwlesii csiis et Dco mco ? Dieu se vengera de vos sacrilèges mépris, non en changeant l'ordre de ses décrets ; mais en les accomplissant au milieu des plus grands obstacles, et par les coups les plus signalés de sa toute-puissance. Il déconcertera les complots des ennemis de Juda. Il conservera la maison de David, d'où le Messie doit naiire. Mais voici ce que vous ignorez encore sur sa naissance. Elle n'aura rien de semblable à celle des autres liommcs. Une vierge destinée à une si haute dignité devicndru sa nière et ne cessera pas ifétre vierge. Ce prodige ineffable ne vous répond-il pas de la délivrance que je vous annonce 'i Et si Dieu est assez puissant, pour unir la maternité dans une même personne avec la virginité, doutez-vous qu'il ne puisse humilier et mcl- Ire en fuite vos ennemis ? Vropter hoc dabit Domimis ipst vobis siijnum. Eccc virgo concipiet et pariet filimn. Tout est lié, tout est soutenu dans ce raisonnement du prophète. On aperçoit le rapport de celle dernière prédiction avec tout ce qui l'a précédée. On découvre un signe proportionné à la grandeur du Dieu qui le donne, aux promesses de son ministre qui l'avait offert, aux besoins et à l'allenle de son peuple (jui était épouvanté. Toute autre interprélaiion met dans le discours d'Isaïe un désordre, une petitesse, une indécence qui sulïiraient pour la rejeter.
Vous voulez donc, poursuit-on, que le prophète ait dit du Messie qu'î'/ (\) se nourrira de beurre et de miel, jusqu'à ce qu'il saclic discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais. Quel éloge pour un enfant si merveilleux? N'est-ce pas admettre dans les premières années de sa vie une ignorance incompatible avec sa divinité recoimue par les chrétiens ? Oui ; je n'hésite pas à expliquer du Messie ces paroles entendues dans leur véritable sens. Eh ! qu'y aurait-il de singulier qu'un enfant ordinaire mangeai du beurre et du miel Y C'était la nourriture de cet ûge dans le pays où parlait Isaïc. Le prodige était qu'Emmanuel, c'est-à-dire, un Dieu avec nous , un Dieu fait homme fùi assujetti
(i) lîulyrum et mel comcdel, ut sciai rqirobaïc malum et cliucrc bonum. Isai. 7. 'i5.
.ITE f.ONVAINCl i: l'Ail LES l'UOI'IIEilES. OU coimne les autres enlnnl!) aux besoins de l'humanité, qu'd pass;U par tous les degrés de l'enlaiia! avant ipjc de parvenir à l'adolcsceiuT et à la virilité. Que, d<in6 cm progrès successils, le Messie ait acquis une connaissance cxpérimcnlidc de ce qui est mauvais, Boit dans le genre physi(|ui- îles aliments qui flitlent oa ri^voltenl le goiU, soit dans le genre mural des vertus ou des vices qu'on voil pratiquer aux autres hommes, t'est ce qui ne déroge pas à la sciences divine, dont il a été rempli dès les premiers moments de sa vie. Les incrédules ne désavoueront pas que la divinité de Jésus-Christ ne soit clairement enseignée dans l'Evangile. Cependant S. Luc n'a pas craint d'écrire {l)quc dans son enfance, il croissait en sagesse, en âge, et eu grâce devant Dieu et devant tes liommcs. Devant Dieu par une suite coniinuelle d'aciions saintes et méritoires, devant les hommes par un développement sensible de ses vertus et de ses admirables qualités. Isaïe, éclairé du même esprit que S. Luc, a donc pu prédire que son Emmanuel, nourri comme les autres enfants, apprendrait comme eux à distinguer par expérience ce qui est bon de ce qui est mauvais. C'était assurer en lui la vérité de la nature humaine, sans préjuJicier àsa divinité suHisammcnt déclarée par son nom, par l'empire qu'il a dès le berceau sur la Terre- Sainie, par l'assemblage des titres sublimes qu'on lui donne dans la suite, de Dieu, de Fort, de Père du siècle futur, de Prince de la paix, de Roi éternel ; et enfin par la description même des aliments de son enfance, description superflue et déplacée, s'il n'eût été qu'un /lomme ordinaire.
C'est pourquoi le prophète ajoute (2) qu'avant que cet enfant sache clioisir te ton et rejeter le mauvais, la terre qu'Achas détestait à causede ses deux rois, c'està-dire, la Syrie, terre de Rasin, el Samarie, terre de l'hacée, serait désolée. Ou, si on l'aime mieux, le propre royaume d'Achas qu'il voyait avec amertume en proie à deux princes ses ennemis, serait délivré do leurs vexations. Celle version même est plus correcte: et Isaic veut dire que la délivrance de Juda arriverait dans un temps aussi court que le temps nécessaire à l'enfant Emmanuel, lorsqu'il viendrait au monde, pour acquérir de la manière que nous l'avons expliqué, le discernement du bien cl du mal.
Nos adversaires se prévalent de ces dernières paroles du prophète. Ils soutiennent qu'elles indiquent un enfant qui allait naiirc incessamment; el ils en concluent que c'est ce même fils d'Is;tie, dont il est dit au chapilre suivant (3), qu'avant que cet enfant sache appeler son père et sa mèie, la force de Damas sera détruite, et les dépouilles de Samarie enlevées par le roi des Assyriens. La conformité de ces expressions et de ces époques leur persuade qu'il s'agit du même enfant
(1) Luc. % n2.
(2) Quia anlequàm sciai puer reprobare malum cl eligere bonuni derelinquetur terra, quam lu delestaris, à facie duoruni reguni suorum. Isai. 7, \(i.
(3) Quia anlequàm sciai puer vocare palieni suuin et malrem suaui, aufcrctur forliludo D.iiii:isci el sp<v lia Sainaiiac coram regc Assvriorura. Isai, 8, 4.
dans ces doux endroits. Mais 1° il n'est pas sûr que dans l'un et dans l'autre texte le prophète fixe le même terme. Nous* venons de Toir qu'il est plus vraisemblable que dans le premier il annonce la délivrance du royaume de Juda. Elle précéda la ruine des royaumes de Syrie et de Samarie, prédite dans le second. Pbacée et Rasin furent contraints d'abandonner leur entreprise sur Jérusalem, avant que Théglalh- Phalasar, roi d'Assyrie, eût exécute la sienne sur leurs états. Ainsi, à p.trler exactement, le temps de la première enfance d'Emmanuel est le terme de la délivrance de Juda, et ce même temps, pour le fils d'isaîc, est le terme de la ruine desroyaumesde Syrie et de Samarie. 2° Quand ces deux textes rapprochés détermineraient la même époque, ce n'est pas une conséquence inévitable, qu'ils indiquent le même enfant. L'Emmanuel du chapitre septième est distingué par des caractères trop frappants du ûls d'Isaîe mentionné dans lechapitre huitième, pour qu'une si légère ressemblance doive nous engager à les confondre. Leurs noms sont différents, leurs fonctions prodigieusement inégales. Le fds d'Isaîe était déjà né, et il le montrait en quelque sorte du doigi, quand il proférait ces paroles qu'on nous objecte : Avant que cet evfant sache appeler son père et sa mère. Mais il avait prédit la naissance d'Emmanuel comme future, lorsqu'd disait : Avant qu'il sache choisir ce qui est bon, et rejeter ce qui est mauvais. 11 ne fixe point le temps de sa naisgance. Il n'avertit point s'il sera prochain ou éloigné. Cette alternative est indifférente à la vérité de sa prophétie. Il suffit, pour que les Juifs soient instruits du terme qu'il leur propose, qu'il n'y ait pas un intervalle plus long entre le moment de la prédiction et celui de l'événement, qti'cnlre la naissance d'Emmanuel, dans quelque temps qu'il vienne au monde, et l'âge où il aura pris les mêmes accroissements que tous les autres enfants. Tout ce qu'on peut inférer de cette époque répétée avec des expressions à peu près pareilles, c'est que Dieu a voulu la rendre palpable aux Juifsdans un enfant qui venait de naître, et qu'ils voyaient de leurs propres yeux, après la leur avoir fait envisager dans un autre enfant d'un rang infiniment supérieur, dont la naissance pouvait être, et réellement était fort éloignée. Mais celte répétition ne prouve pas, ni que Maher-schalal-has-bas soit Emmanuel, ni que le fils d'Isaîe et de sa femme la prophélessc soit le fils de la Vierge, ni qu'un enfant obscur né et mort dans une condition privée soit le maître de la Terre-Sainte, ni qu'une conception et un enfantement ordinaires puissent être confondus avec un signe miraculeux.
Une objection plus importante que toutes les autres nous donnera lieu de montrer dans la personne de Jésus-Chiist l'accomplissement de cette prophétie. On demande comment il est possible que les Juifs en aient ignoré le sens. Ils ne croyaient pas, au tem[is de Jésus-Christ , que leur Messie dût naître d'une vierge. S'ils- l'avaient cru , ils n'auraient pas député à saint Jean-Baptiste, pour s'informer de lui s'il était le Christ Us savaient qu'il était fils de Zacharie et
d'Elisabeth. Une raison semblable n'empêcha pas plusieurs d'entre eux de reconnaître Ilérode pour le Messie , ainsi que d'autres imposteurs qui en prenaient la qualité. Quelque haine même qu'ils eussent contre Jésus-Christ , ils ne lui opposèrent jamais sa filiation , qui passait pour constante parmi eux , de Joseph et de Marie. Il y a plus : le mariage authentique entre ces deux personnes , à l'ombre duquel Jésus-Christ était né , eût été contre lui un préjugé décisif, si la prédiction d'Isaîe eût paru alors aussi claire que nous prétendons qu'elle l'est. Car la virginité de Marie était un secret impénétrable pour les Juifs. Ils n'ignoraient pas qu'elle avait épousé Joso|>!i. Ils devaient croire que le fils qu'elle avait mis au monde dans cet état , était le fruit de ce mariage. C'en était assez pour refuser à Jésus un titre qui no devait .ipparlenir qu'au fils d'une vierge ; et loin que cette prophéiie pût être utile à Jésus-Christ , elle eût formé , au contraire , un obstacle invincible au succès de son ministère.
Voilà l'objection dans toute sa force. Elle attribue aux Juifs une ignorance trop générale sur la naissance du Messie. Il y a des rabbins qui ont enseigné qu'il devait naître d'une vierge ; mais leur nombie est petit , je l'avoue , en comparaison de ceux qui ont détourné l'oracle d'Isaîe de sa signification naiurelle. Je conviendrai même sans peine que, lorsque Jésus- Christ vint an monde, le gros de la nation Juive ne faisait aucune attention à ce caractère du Messie. Qu'on ne s'alarme pas de cet aveu. Il est nécessaire , et la cause que je défends n'en sera pas moins viclurieuse.
On a déjà vu dans la première partie de cet ouvrage , pourquoi les traits qui peignent le Messie sont épars et détachés les uns des autres dans les livres prophétiques de l'ancien Testament. De là est née une Suite d'obscurité, dont on a vu aussi le motif, qui ne porte aucune atteinte à la cerlitude du sens de ces prophéties, qui ne p-ut en cacher à des cœurs droits et sincères l'accomplissement effectif, mais qui devait diminuer, avant l'événement, l'impression qu'elles n'auraient pas manqué de faire sur l'esprit des Juifs, SI elles eussent formé dans la suite d'un même discours une histoire anticipée de toute la vie du Messie. Il fallait cependant que ce Messie fût attendu et désiré , et que, dans le temps de sa venue, les peuples fussent disposés à le recevoir. C'est aussi l'eiîet qu'avaient produit d'avance les prédictions qui le concernaient. Les Juifs soupiraient sans cesse après ce libérateur qui leur était promis depuis tant de siècles. Ils savaient tous qu'il devait être enfant d'Abraham et de David. La plupart n'ignoraient pas qu'il devait naître à Bethléhem ; et c'était une croyance universelle parmi eux , de même que parmi les Samaritains soumis à la seule autorité du Pentaiciique , qu'il devait paraître vers le temps que Jésus-Christ exerça son ministère. Mais toutes les circonstances particulières que les prophètes avaient annoncées sur le Messie , n'étaient pas prcsrnics à Vcspril de
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|iiU!> Int Jnil» ilaiis ce iU%rf ilVviilcncc cl de clarli'. Il y (Ml eut iiii^ino <|ii ils iiicciiniiurt'iil , qu'ils rcjc- Iri'i'iit iiuviTti'iiK-iit (l;iii> l:i |i<TS(iiiiu' de Jcsus-Clirist, (juouiu'flle!) iif lusseiil pas inuiiis picdiles que Cilles qu'ils aiiuietlaieat. On verra duiis la suile quel fut le |iriiici|)e (le ci'lte iiicrédulilé , rt <|ue, bien loin de nuire ^'l la vérité des |ii'iiplie(ii'S , elle l'etablil au euiin.iire par une preuve nouvelle.
Il n'est donc pas surprenant que ce caractère singulier du Messie , d'eUre enfante |iar une mère vierge, quoique subsistant dans le livre d'ls;Me , que les Juifs lisaient et respeelaicnt , eût celiappé , cuninic tant d'autres, ù leur attention. Il n'entrait pas daas le plan qu'ils s'étaient l'ait , suivant les penchants de leur cœur, d'un Messie glorieux par ses conquêtes , redoutable par sa puissance , cher à sa nation par les biens ieni|iorels dont il la comblerait. Il surpassait les idé< s grossières et cliarnellcs , que des instructions si pures cl si souvent renouvelées n'avaient pu arracher de leurs esprits. Ce n'était pas l'ambiguïté de l'oracle qui Us rendait distraits sur ce caractère ; car il y était alors , coninic aujourd'hui , exprimé avec une énergie qui écarte tout autre sens. C'était la nouveauté de la chose en elle-même, son opposition ji des préjugés profondément enracinés , son élévation au-dessus des sens et de l'imagination ; et si l'on veut pénétrer plus avant , on trouvera qu'il était même de la sagesse de Dieu de permettre que ce caractère prédit ne fût pas , dans le temps dont nous parlons , si dislinclement aperçu par tous les Juifs.
L'enfantement d'une vierge est par sa nature un événement invisible aux yeux des hommes. Il n'était pas possible qu'au moment qu'il devait arriver, la vérité en fût constatée par les mêmes preuves extérieures qui assurent les "utres faits. Quand on voyait, par exemple, Jésus-Christ né à Belhléhem , opérant dans le cours de sa vie des miracles ou d'autres actions remarquables , souffrant le dernier supplice avec des circonstances extraordinaires , ressuscité ensuite, montant au ciel , et faisant descendre des langues de feu sur ses disciples ; tous ces événements soumis au témoignage des yeux, ou susceptibles, pour ceux qui ne les voyaient pas, d'une preuve équivalente , n'avaient besoin que d'être comparés aux textes des propliètes , pour juger s'ils étaient autant de caractères qui dussent convenir au Messie. Mais cette comparaison ne pouvait être ni si prompte, ni si facile à l'égard de sa conception , et de sa naissance d'une viergo. Quelque vive , qutlque répandue qu'eût été parmi les Juifs l'atlinle de ce signe merveilleux , ils n'étaient pas en état d'en faire sur-lechamp l'application. L'incorruptible virginité de la Mère du Messie était un mystère , dont la manifestation , réservée d'abord à un petit nombre de témoins fidèles , ne devait se communiquer que de proche en proche. Avant qu'elle devint entièrement publique , il fallait préparer les voies par l'éclat di-s autres caractères qui disiiiigiioicnl le Messi»>. Jiisqni--là il é!:iit
LITK CONV.VINCl K PAK LKS l'IlOI'lIKTIiiS. 9|g
assez inutile i|ue tous les Juif» fussent inslruiLs du veritabli' sens d'uni' priiphélie dont l'aecoinplisseiiii'nt leur demeurait iiiroiinu.
t^t c'ekt par une suite de cette économie , qui nu |M>uvait être dérangée que par des iniraeleb qu'il ne convient pas à Dieu de prodiguer, c'est pour donner le temps aux hommes d'ciilrer d'eiiv-iiiêiiies et saii8 ed'ort dans la croyance d'une inére vierge, que Jésu&- Christ est né sous le sceau du mariage contracté entre M.irie et Joseph. Quel étrange spectacle cill-ce été, dit M. lîossuet (1), qu'une fille avec sun eiifunl , scati- (lulf de tonte la terre , sujet de ses dérisions , objet inévitable de ses calomnies! Quand elle aurait assuré qu'elle était vierge, sa parole parliailièrc n'eût pas été un témoignage sulfnant pour l'affermissement de la foi.... Ainsi c'était un conseil digne de Dieu de faire nalhre dans le mariage le Fils de la Vierge , afin que sa naissance parût du moins honnête , jusqu'à ce que le temps fût venu de la faire paraître surnaturelle et divine. Les Juifs, quoique convaincus que Jésus-Christ était véritablement fils de Joseph , ne lui objectèrent jamais celte filiation comme incompatible avec la qualité de Messie. Le temps n'était pas venu pour eux ni de pénétrer le sens de l'oracle d'Fsaïe, ni di; savoir comment il s'était accompli. Enfin ce temps arriva. Jésus-Christ qui s'était contenté d'insinuer la virginité de sa mère , en répétant souvent dans ses discours publics qu'il avait Dieu pour père , fit déclarer hautement par les écrits de saint Matthieu et de saint Luc le prodige de sa conception et de sa naissance. Le premier de ces évangelislis rappela aux Juifs la prédiction d'isaïe (i). Il leur montra la Vierge annoncée par ce prophète dans Marie concevant et enfantant un fils par l'opération du Saint-Esprit et l'Emmanuel ou Dieu avec nous dans Jésus Verbe incarné , réconciliant l'homme av^c Dieu. L'événement rapproché alors de l'oracle qui le prédisait , en dévoila l'intelligence aux yeux les moins clairvoyants. Les Juifs qui n'avaient ps conçu ce que voulait dire dans Isaïe l'enfanl'meni d'une vicrgi^ , ne purent plus méconnaître ce signe qu'il leur avait promis de la part de Dieu. Leur ignorance avait pu cire excusable. Elle devint dès ce moment une aveugle et perfide obstination.
Combien moins ppul-il être permis à des chrétiens de contester encore après l'événenieni le sens des paroles d'Isaîe? L'exemple des Juifs est un mauvais garant pour eux , et sans insister sur la honte et le danger de celte imitation , je ne demande à mes lecteurs que de la raison et de l'équité, pour jug r fi l'explication d'un oracle, appuyée sur les preuves les plus fortes, doit être rejetée par la siule dilliculté que les Juifs avaient à comprendre cet oracle avant son accom|ilissemeni.
(1) Explication de la prophétie d'isaïe , seconde leitie.
(2) Hoc aiileni lolnm faclum est m adiiiqilcrclur qiiod dieluni est à Domino per prophctam dicenleiu, l'à'cc virgo, Ole. Miilih. I, "'i, '25.
Vous alléguez toujours cci accomplissement , diront les incrédules. Mais c'est ce qu'il faudrait nous prouver. Vous n'avez fait vers nous que la moitié du chemin, en interprétant la prédiction d'Isaïe. Il nous reste à la montrer vérifiée dans la personne de Jésus- Christ. Les évangélistcs ont publié qu'il était fils d'une vierge. Mais vous sentez qu'il nous faut d'autres prouves que leur témoignage. Les Juifs, dans leur Thalinud, n'ont pas craint de le démentir; et non seulement ils ont cru la Mère de Jésus-Chiist une femme ordinaire; ils ont même entrepris de flétrir sa mémoire. Sans répéter leurs discours ouiragcux ne pouvons-nous pa<! , continueront les incrédules , douter d'un fait dont vous avouez vousmême que la certitude ne peut être acquise comme celle des autres faits?
C'est à ces dernières paroles que j'arrête d'abord les incrédules. L'enfantement d'une vierge, événement invisible par sa nature, n'a pu être, il est vrai,publiquenicnl connu au moment qu'il est arrivé. Mais il l'a été dans la suite , et il est parvenu , quoique plus lard , au même degré de certitude morale que les faits dont l'existence est sensible.
Je mets à part la révélation divine qui a découvert au\ évangélisles, et par eux à tous les Odèles , le mystère de la virginité de Marie. Cette révélation est le fondement inébranlable de notre foi. Il ne s'agit ici que d'une croyance humaine , mais raisonnable cl légitime.
N"esl-il pas surprenant et digne d'attention que Jésus-Christ ait été le premier et le seul de la nation juive à qui l'on ail attribué ce caractère , d'être né d'une mère vierge? Si c'eût été une supposition , rien n'éuit plus éloigné de toutes les idées reçues. La \irginitc perpétuelle n'était pas en elle-même honorée par les Juifs : unie à la maternité , elle était presque incompréhensible pour eux. Si l'on tourne les yeux vers les autres nations , ce gi'ure de naissance y était également inouï. La mythologie des païens est pleine des amours de leurs dieux et de leurs déesses. Leurs héros fabuleux tiraient tous leur origine de quelque divinité. Mais l'union des deux sexes (1) intervenait toujours dans ces généalogies , de même que dans la naissance des princes et des hommes illustres , dont les mères s'étaient vantées dans des temps plus modernes d'avoir été recherchées par les dieux, ou qui avaient eux-incmes .iccrédité celle imposture, pour rendre leur origine plus respectable. Personne n'avait pensé jusqu'à présent h relever sa naissance par la virginité de sa mère, beaucoup moins à justifier cette circonstance singulière par l'accomplissement d'un ancien oracle qui l'eût prédite en termes exprès. S'il est vrai , comme on l'a écrit de Simon le Magicien , lu'il ait voulu décorer sa mère
(i) Les fables font sortir Minerve du cerveau de Jupiter, et naître Vénus de l'écume de la mer. L'allécorie était visible , et le peuple ignorant pouvait seul fa prendre pour une réalité. Mais ces deux naissances ne ressemblent pas à celle d'un cnfinl conçu et mis aa monde par une mère vierge.
LEFilANC DE POMPIGNAN, ;iiO
de la même prérogative , il n'en a formé le dessein que sur ce quî les ehréliens publiaient à la gloire de leur maître. Celle prétention au reste , supposé qu'il l'ail eue , est tombée dans le même mépris que soa nom et sa secte ; et Jésus-Christ est demeuré seul en possession dans l'iiistoh-c de l'univers de passer pour le fils d'une vierge.
Mais encore quel est cet homme unique de qui l'on a raconté un événement si extraordinaire? C'est le même qui a paru dans le temps où le Messie était attendu , et où il devait effectivement paraître ; qui en a pris le nom et l'a soutenu par l'assemblage de tous les caractères , qui désignent le Messie dans les livres des prophètes. On en a déjà vu quelques-uns. Oii en verra beaucoup d'autres dans la suite de cel ouvrage. A'oilà une présomption , qu'on peut appeler démonstrative , pour le récit de saint Jlatlhieu et de saint Luc. Ds n'ont avancé après tout , sur la naissance de Jésus-Christ , que ce qui avait été prédit sur celle du Messie. L'on ne doit pas trouver étrange que le Messie, révéré par les chrétiens, conforme en tout le reste au Messie promis aux Juifs , lui ressemble encore par la virginité de celle qui l'a mis au monde.
Si l'on demande maintenant par quelle voie ces deux évangélisles ont pu apprendre un fait de cette nature, (car indépendamment de ce qui leur a été révélé , on ne les considère en cet endroit que comme des historiens dignes de foi) je répondrai qu'ils ont adopté la déposition de deux témoins nécessaires et en même temps irréprochables. Le premier est Marie mère de Jésus-Christ , qui ne pouvait ignorer ce qui se passait en elle, et quiav.iit été avertie , avant de concevoir ce divin enf.int. Sa pudeur, son amour pour la retraite et pour l'obscurité , son extrême réserve sur le don inestimable qui relevait au-dessus de toutes les femmes , confirment la vérité de son témoignage. Sa vertu constamment respectée pendant sa vie par les plus cruels ennemis de son fils , confond les calomnies atroces que de vils suppôts du judaïsme ont osé vomir contre elle longtemps après sa mort, calomnies dictées par le désespoir d'une cause perdue , dénuées de la plus légère apparence , réfutées dès lors par ellesmêmes et dont je veux bien croire, pour riioimeur de l'humanité , que les incrédules sentent l'extravagance cl l'infamie. Le second témoin est Joseph époux de Marie plus intéressé que personne à la connaissance de ce secret , et qui aussi en fut insiruit d'une m.inière qui ne lui permit pas d'en douter. On sait qu'il fut justement alarmé de l'état où il trouva son épouse. L'idée qu'il avait conçue de sa vertu ne suffisait pas pour calmer ses alarmes; et ne jugeant d'elle que par les lumières qui pouvaient Péclairer, il avait résolu de la renvoyer secrètement , pour ménager son honneur, et pour satisfaire néanmoins à ses propres obligations. S'il changea toul-à- coup de projet, si rien ne fut capable d'altérer sa tendresse et sa vénération pour elle, s'il partagea toujours ses soins dans l'éducation de ce précieux enfant , dont il parait certain
!il l'AIlT. I\. illl.OI hALlil 1. -I.INCKKIH qu'il 110 \il |i.ii> la liaulo r('|ititaliiiii , rt i|ui lU' U- lira jaiiKiis <lf la iiiL-tlitH'rilo uù il avait vécu, à (|U(ii poul- (•II atiribut'r t oUe L'oiidulto, i|M'à une conviction inliiiio tif la |>uifto vir^inalt* >le Mirii- snii t'|>ouso?
Je pourrais ajouter à ei>s ilcuv tonioi|;nagi« celui ilKli^belli reninie île /^eliarie, qui, visitée durant sa (grossesse par la sainte Vierge (I), reeoiinut en elle lu imVc" </f iii/i Si'i'i/iii'iir ; et coiilessa (|u"elle était /ii'«reuse entre toutes les femmes par le mt'rile de sa foi et par l'accomplissemenl îles choses i/nf Dieu lui avait prédites. Je pourrais y ajouter celui iln vieillard Siniéon ipii, tenant entre ses bras Jésus porté au teni|)lc queli)ues jours après sa iiaissanee (2) , n'ailrossa la parole , en présence de Josepli , qu'à Marie , en lui IMrlant des grandeui-s de son (ils, et en lui annonvant te glaive dont son cœur maternel serait percé , i la vue des tourments qu'il devait soulfrir. Cet enfant était encore dans le sein de sa niérc , lorsqu'on s'entretenait dijà du i)rodit;e de sa conception ; et l'on ne peut pas dire que ceux i|ni parlaient ainsi fussent engagés par quelque intérêt à lui attribuer ce caractère du Messie.
Quand S. M.iiiliiou et S. I.uc n'auraient pas eu d'autres preuves que Jésus-Clirist était né d'une vierge , pourrait-on les blâmer de l'avoir cru cl de l'avoir publié? Ils avaient d'abord pour eux la relation uniforme de la mère et de l'époux témoin et gardien (îdèle de sa virginité. Ils voyaient dans ces deux personnes les indices les plus convaincants de candeur et d'ingénuiic. Ils savaient que d'autres personnes d'une sainteté éminenie et reconnue avaient rendu hommage dès les premiers moments à la virginité de Marie. Us ne trouvaient rien que de grand et de digne de Dieu dans cet événement , qui concourait d'ailleurs avec tant d'autres à former en Jésus-Christ le parfait tableau du .Messie annoncé par les prophètes. Était-ce donc une témérité à ces historiens de rapporter un tel événement , dans la supposition même qu'ils ne l'eussent pas appris par une voie surnaturehe? Cependant ce qu'ils en ont écrit a concilie le respect du monde entier à la mère et au fils. L'oracle sorti de la bouche de cette incomparable Vierge s'est accompli. Toutes les générations (5) ont dit qn^elle était heureuse, parce que le Seigneur a fait en elle de grandes clioset. Sa virginité, qui a introduit parmi les hommes des vertus qui semblaient être réservées aux esprits célestes, a eu autant d'admirateurs que Jésus-Christ a compté de disciples, et, si l'on excepte quelques sectes impures (4) qui ont déshonoré la raison en défigurant le christianisme, la multitude innombrable des chré-
(l)I,uc. 1,42, 15,43.
(2) Luc. 2, 54, 55.
(5) Luc. i , 48, 49.
(4) Le niariieliéisme avec toutes ses branches. Ces hérétiques joignaient aux plus alisurdes erreurs celle de croire le mauvais principe auteur de tous les êtres palpables et par conséquent du corps humain. Le Verbe, selon eux, nes'était pas véritablement incarné, et la conception ainsi que l'enfan' cranni cuit une œuvre du diable.
l.liL CO.NVVIM.I I l'Ali I.I.S l'IvOI'lILTIF.S. U12 lii-ns n'a connu il'autre Sauveur que le hlH de la Vierge.
L'accomplissement de la prophétie d'Isaïc csl-il encore prohli'iualiqin- aux )cu\ des incrédules/ Qu'ils nous «livnl de qinllc autre manière il a pu drvi-nir public? Confié dans lt>s coinnienceinenls à ceux qui devaient le savoir, ou qui incTilaient d'être initiés h un si grand mystère , il a demeuré longicnips envoloppé sous le voile sacré du mariage. Sa divulgation prématurée, outre qu'elle était humainement impossible , dit rompu l'enchaînement des desseins de Oieu sur la personne et le ministère de Jésus-Christ. Liiliii les hommes ont su qu'il était né d'une mère vierge dans le temps et comme il convenait de les en iiisiruire. Ici la prophétie et l'événement viennent à l'appui l'un de l'autre. L'histoire de Jésus-Christ répand sur la prophétie une nouvelle clarté; et la prophétie achève de rendre évidemment crovahle , tout ce qui a été dit avec tant de marques de vérité sur la naissance de Jésus-Christ.
cnAi'iriŒ IV.
Actions principales de la vie de Jésus-Christ, prédites.
Il n'y a pas d'événement remarquable dans la vie de Jésus-Christ qui n'ait été prédit. Mais toutes ces prédictions ne se ressemblent pas. Les unes , purement figuratives , n'ont annoncé les actions de Jésus- Christ que par d'autres actions destinées à les représenter. 11 en est d'autres qui ont ajouté h ces représentations réelles , des paroles (1) également propres à signifier ce qui s'était p.issé dans des temps iiliis anciens , et ce qui devait arriver au Messie. J'ai fait profession, dès le commencement de cet ouvrage, de ne point employer de pareilles prophéties, non qu'elles ne soient infiniment respectables pour des personnes déjà persuadées de la divinité des livres saints , non que les incrédules ne doivent même être touchés du rapport de tant de figures avec des événements éloignés; mais après tout dans une controverse, comme celle que nous traitons, c'est la lettre seule qui prouve. Toutes les fois qu'elle est susceptible d'un sens étranger à Jésus-Cbrist, celui qui le regarde n'a plus la même force pour la conviction des incrédules.
(1) Par exemple ces paroles d'Osée H, 1 : J'ai appelé mon fils de l'Egypte, signifient clairement dans la ^ite de son discouis que Dieu a délivré le peu|de d'Israël, pour qui il avait un amour de père, de la servitude où les Egyptiens le retenaient. Elles ont en même temps signifié, comme S. Matthieu nous l'apprend, chap. 2, vers. 13, que Dieu rappellerait Jésus- Christ, son véritable fils, de l'Egypte où il fut porte après sa naissance, pour le dérober à la fureur d'Hérode. De même ces autres paroles : \ous ne briserez pas ses os, contenaient tout à la fois un précepte donné aux Israélites, Exod. 12, 46, Numer. 0, 12, de ne pas briser les os de l'agneau paschal qu'ils devaient manger tout entier, et une prédiction rappelée par S. Jean ly, 53 , que les os de Jésus-Christ, l'Agneau et la I'à<iue de la nouvelle alliance , ne seraient point bi isés sur la croi\, comme le furent ceux des deus Cl imincls crucifiés «avec lui.
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L'Ecriiure a cela de parliculier qu'elle couvre de profonds niyslères sous l'écorce de la lettre, et que la fécondité de son texte ne peut être épuisée par un seul ni quelquefois même par plusieurs sens. Mais elle a cela de commun avec tous les autres livres , qu'étant composée dans un langage humain, les arguments qu'on en lire ne sont concluants , qu'autant qu'ils sont fondés sur les règles de ce langage. Il faut donc pour forcer quelqu'un à reconnaître dans rEcriturc ce qu'il ne veut pas y voir, lui montrer par la valeur des termes et par la suite du discours , que le sens qu'il rejette est non seulement vrai, mais nécessaire; et c'est ce qui me détermine à n'apporter pour preuves qne les prophéties dont Jésus-Chrisl est l'objet unique et manifeste.
Ce n'est pas ici le lieu de m'étendre sur les miracles opérés par Jésus-Chrisl dans le cours de sa vie. Ils forment une preuve à part, distinguée, indépendante même de celle des prophéties, quoique l'une et l'autre se prêtent réciproquement un nouvel éclat. Ils étaient néanmoins prédits (1). Les aveugles éclairés, rouie rendue aux sourds , la langue des muets déliée, les boiteux redressés, les lépreux guéris, des infirmes de toute espèce rétablis dans une parfaite santé, les morts ressuscites devaient signaler sur la terre la présence et le ministère du Messie. Il faudrait un ouvrage aussi long que celui-ci pour mettre dans tout son jour la vérité des miracles dont l'Evangile est rempli. Contentons-nous d'observer que ce caractère du Messie ne manque pas à l'histoire de Jé- Bus-Christ, et qu'on est en état de satisfaire les incrédules, s'ils désirent qu'on leur prouve sur ce point comme sur tous les autres l'exécution des anciennes prophéties.
Il est d'autres actions de Jésus-Christ que les incrédules ne contestent pas. Je les rapporte toutes à ce trait principal et dominant, dont les circonstances particulières de sa vie ne sont que des dépendances, je veux dire l'institution d'un nouveau culte et d'une nouvelle loi. 11 est venu mettre fin à l'alliance dont Moïse avait été le médiateur. Celle qu'il lui a substituée est plus sainte, plus pure, plus spirituelle. Il a soutenu son ministère par une innocence que la calomnie n'a pu noircir , par une conduite pleine de sagesse, dedouceur et de modération, par un désintéressement porté jusqu'à l'amour et à la pratique de la pauvreté. Pour prix de ses travaux , il a été haï, outragé, persécuté. Or tout cela était prédit, et ce qui est .arrivé à Jésus-Chrisl, n'est que l'accomplissement de ce qui avait été annoncé touchant le Messie.
Les Juifs servilement attachés à une loi , dont ils ignorent la véritable destination, ne peuvent souffrir qu'on leur dise qu'elle a dû être abrogée par le Messie. Il n'y a rien cependant de mieux établi dans les livres qui ont passé de leurs mains en celles des chrétiens ; et rien ne prouve l'excès de leur aveuglement,
(l)M;itili.1I,5. Isai. 35, 6. IWJ. 61, 1,2. lbid.,53, 4. lbi:l.,-26, It».
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comme cette résistance opiniâtre à des titres si clairs qu'ils produisent eux-mêmes.
Moïse, le plus ancien et le plus respecté de leurs écrivains , Moise , leur propre législateur , a combattu le premier leur fausse confiance dans la durée éternelle de sa loi. Il les a expressément avertis qu'ils auraient un second législateur, le Seigneur votre Dieu{i), leur dit-il, vous suscitera un prophète comme moi de votre nation et (Ventre vus frères. Vous l'écouterez conformément à ce que vous avez demandé à Dieu sur la montagne d'IIoreb où tout le peuple était assemblé. Vous avez dit alors : Je n'entendrai plus la voi.c du Seigneur mon Dieu, et je ne verrai plus ce grand feu qui me ferait mourir. Le Seigneur m'a répondu : Ils ont eu raison de parler ai:!si. Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi. Je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui aurai commandé. Mais si quelqu'un d'eux ne veut pas écouter tes paroles qu'il leur portera en mon nom , ce sera moi qui en ferai la vengeance.
Les Israélites (2) intimidés par le son des trompettes, les coups (le tonnerre, les tourbillons de flammes, les torrents de fumée, qui .iccompagnaient la publication de leur loi sur la montagne d'Horeb, s'ét-njenl écriés : Que Moïse nous parle, et nous l' écouterons. Mais nous ne pouvons plus entendre sans mourir, ta voix du Seigneur. Moïse leur rappelle ce discours; il les assure qu'au lieu de ce spectacle effrayant qu'ils n'avaient pu soutenir. Dieu fera paraître à leurs yeux un prophète semblable à lui, sans doute pour être leur législateur; car sans cette circonstance essentielle, il n'y aurait aucun rapport entre la promesse et l'événement qui en est l'occasion. Mais que faut-il de plus que les termes dans lesquels elle est conçue , pour y découvrir le Messie publiant une seconde loi.
Il s'agit d'abord d'une personne individuelle d'un prophète répété deux fois .tu singulier, ce qui exclut manifestement la sniie et la succession des prcvphèles qui ont paru durant plusieurssiècles au milieu d'Isniël. C'est un prophète semblable à Moïse, nouvelle exclusion pour tous ceux qui depuis lui ont exercé dans l'ancien peuple le ministère prophétique. Car il est dit au dernier chapilrcMu Dculéronome (3), qu'il ne s'est plus élevé dans Israël de prophète comme Moïse. Et en effet tous les minisires du Seigneur qui ont parlé en son nom aux Israélites, n'ont osé ni changer, ni ajouter un seul point à la loi de Moïse, dont ils n'étaient que les interorètes. Ce grand homme a toujours conservé la prééminence la plus marquée sur eux, noji seulement par ses communications plus intimes avec la Divinité, par le nombre et l'éclat de ses miracles, mais plus encore par sa fonction de législateur. Tout autre prophète n'a pu l'égaler que par la même fonction. Mais c'est aussi le seul endroit par où Morse puisse ressembler au Messie. Car la disproportion est d'ailleurs extrême de l'aveu des Juife. Moïse n'a pu
(1) Dcuter. 18,io, IC, 17, 18, 10.
(2) Exod. 20. 18, 10.
(3) Dculcr. 3i. 10.
•.'-2r. TAiiT. i\. Titr.n!.. FXF.ciT. ! -irfinrpi'!
t^lre rciii|>laci' i|iu< par un li'^i&luteur. Le MeuiR n'a pu avoir ru-ii tic fciiniiiiiii avec lui i|iii- la li'^inlalloii. Ainsi let oaruUs que le Sei(!iieur duit meure ilani la ti>Ui-he de ce nouveau prophiUe ne soin pas seuleiueiil des exiiorlations à la venu, des iiiveeiives ou des menaces contre lô vice ; c'est unr- lui véritable, dont Dieu ie déclare le vengeur, parce qu'elle est revêtue de toute son autorité.
Ce caractère de législateur est souvent attribué au Hessie par les propliètes. Il est ce Roi cliaiué par le psalniiste (1), éiabli par le Seiijneitr sur la montagne laiiite de Sion, ce Fils de Dieu engendré .aujourd'hui (on expliquera dans la suite le inysicrc de celte génération toujours présente). Il n'a qu'à demander, et l'empire des nations lui sera donné comme son héritage. Il possédera l'univers entier. Au milieu de toutes ces grandeurs il se fait gloire d'être cliargé d'annoncer le précepte ou la loi de Dieu. Prœdicans prœceplum ejus. Il est ce docteur (2) que Dieu n^ôlera plus aux hommes, par opposition à Moïse, qui ne devait l'être qu'un certain temps, ce maître qu'ils verront de leurs propres yeu.v, tandis que les Israélites n'ont pu ni entendre ni voir la Divinité présente et publiant de sa propre bouche la loi qu'ils devaient observer. Les Iles (3), c'esl-.'i-dire , dans le langage de l'Ecriture, les contrées éloignées de la F'-ilestine, attendront sa loi. Tous les peuples accourront à la montagne du Seigneur et h la maison du Dieu de Jacob, parce qu'une loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem : loi promulguée par le Messie, comme le dit ailleurs le même prophète (i), sortie de Sion et de Jérusalem, parce que c'est dans celle ville et dans la Judée qu'il en commencera la promulgation, différente de la loi ancienne, qui avait été d'abord publiée sur la montagne d'IIoreb ou de Sina dans l'Arabie, et qui, n'étant d'ailleurs destinée qu'à un seul peuple, ne peut être l'objet des vœux empressés de toutes les nations.
A ce litre de législateur qui désigne le Messie dans les prophètes, ils ont ajouté celui de médiateur d'une alliance (5). Alliance distinguée de celle de Moïse par son étendue (6), qui comprend tous les peuples de la
(1) Ego autem constitutus sum rex ab eo super Sion raoniem sanctum ejus , priedicans praeceplum ejus. Dominus dixit ad me : Filius meus es tu , ego hodie genui te. Postula à me , el dabo tibi génies ha;redilatem tuara , et possessionem tuain terminos lerrae. Ps. 2, 6, 7, 8.
(2) Non facict avolare ullrà à le Doclorem tuum , et erunt oculi lui videnies pra;ceplorem luuni. Isai. SO, 20.
(5) I.egera ejus insulx expeclabunt. Ibid.,i, i. Ibuiii populi mulii cl dicenl : Asccniiamus ad monleni Domini el ad doniuni Dei Jacob... quia de Sion exibil Icx, el verbuni Domini de Jérusalem. /Wrf., 2, 3.
Le prophète Michée a prédit la même chose chapitre 4, vers. 2 , dans les mêmes termes.
(4) Atlendite ad me, popule meus, el tribus mea, meaudite, quia lex ù me exiel, el judiciura meuni in lucem populorum requiescet. Isai. 51, 4.
(5) Zach. 9, 11. Malach. 3,1.
. Isai. 42, 6, 7. Ibid., 49, 8, 9. Ibid., 55, 3, 4. lbid..Ci, 8, 9.
ITK CONVAINCri': l'A» I.LS l'UOI'IIETIKS. y.'O terre , par «a perpétuité (I) qui embrasse tuuK le» siôtlis, pnipiiv !■ dans la plnfiart di-s tcxli'i, cilés à la iMar^r.coninie luUire el éloignée, ce qui sulliraitpour ne pas la cunlondre avec une alliance déjà contracuie. Mais Jérémie exprime celte distinction d'une manière si positive, qu'il nous épargne la peine de la prouver par l(S conséquences mêmes les plus immédiates.
Les jours viendront (2) , dil le Seigneur, el je ferai une nouvelle alliance avec la maison d'Israël et celle de Juda. Son une alliance pareille à celle que je fis avec leurs pères, lorsque je les pris par lu main, pour les tirer de la terre d'Egypte. Ils ont violé cette alliance, et je leur ai fait sentir mon pouvoir. Mais voici le pacte que je ferai avec la maison d'Israël, après que ces jours seront venus : J'imprimerai ma loi dans leurs entrailles et je l'écrirai dans leurs cœurs. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. L'alliance, dont il est ici question , n'est p.is seulemenl dépeinte comme nouvelle , elle est mise en contraste avec celle dont Moïse fut le médiateur après la délivrance de l'Egypte. L'une a clé violée par les Isr.iélites , et ils méritent par cette infidélité que Dieu les rejette à son tour. L'autre écrite dans des cœurs plus dociles, observée par des motifs plus pui-s , cimentée par une connaissance de Dii'u plus l'.arfaile et plus répandue parmi les hommes, fondée sur la promesse d'une miséricorde (3) qui ne se démentira jamais , n'éprouvera pas le même sort.
Des paroles si précises peuvenl-elles cire entendues du retour des Israélites dans la Terre-Sainte après leur capiivilé de Babylone? La maison d'Israël futcUe comprise dans ce retour? On sait que sous le nom d'Israël l'Écriture désigne les dix tribus schismatiques, depuis que ces dix tribus séparées du royaume de Juda eurent formé un royanine parlieulier. Aucune de ces liibus ne profita de la liberté que Cyrus rendit au peuple de Dieu de retourner dans sa pairie (4) : celles de Juda, de Lévi cl de Benjamin sont les seu-
(1) Jerem., 52, 40, ibid., 50, 5. Ezech., IG, 60, 01, 62. Osée 2 , 18 et seq. Isai. ut supra 55 , 3, 4, ibid., 61,8,9.
(21 Jerem., 51, 51, 32, 3.
(5) Et non docebit ullrà vir proximum suum, et vir frairem suum, dicens : cognosce Dominum. Omnes enim cognoscent me à mininio usque ad maximum , dicit Dominus, quia propitiabor iniquitali eorum , et peccal! eorum non meinorabor ampliiis. /crem. 31, 54.
(4) On répète souvent dans le cours de cet ouvrage , que les dix tribus schismaiiques d'Israël ne retournèrent plus dans la Palestine après qu'elles en eurent été enlevées par les Assyriens. Les Juifs l'assurent comme nous. On l'a vu dans la dispute avec Orohio. Josèphe , leur historien, le dil expressément. Saint Jérôme l'a cru, et l'Écriture sainie le témoigne suflisaminent, en ne faisant mention au livre d'Esdras que du retour des trois Iribus. Les oracles qui promènent la conversion de ces tribus d'Israël doivent s'entendre de la vocation des Gentils. Au resie on ne nie pas qu'il n'y ait eu des particuliers de quelquesunes de ces iribus ou même de toutes les dix, qui sont retournés dans la Terre-Sainte , ou qui demeurant dans le lieu de leur exil ont renoncé à leur schisme et à leur idolâtrie. Anne , celle pieuse veuve dont il est parlé dans l'Evangile de S. Luc, 2 , 36 . était de la tribu d'Ascr..Sainl Paul dil .m livre des Actes, 26, 7, que les douze tribus servant Dieu nuit et jour espèrent parvenir à la résurrection, el saint Jacques adresse
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les doni il soil fait meniion depuis ce retour dans ''llisloire tant sacrée que profane. Ce retour est-il comparable, soit pour les prodiges qui le précédèrent el le suivirent, soit pour les effels qu'il produisit, à la manière dont le peuple d'Israël fut délivré de l'Egy|)le ? Mais ce qui ne laisse aucune ombre de difliculié, où est Palliancc nouvelle ciMractée alors entre Dieu et son peuple ? Il n'y en eut point. L'ancienne demeura dans toute sa force. Loin de penser à l'abolir, pour lui en substituer une autre, Esdras et Néhéniie tournèrent tous leurs soins à reformer les abus qu'elle condamnait, et à rétablir parmi leurs frères l'exacte observation de la loi de Moïse. C'est donc un minisière plus noble que le leur, c'est un événement plus important que le retour des Juifs dans la Palestine, que Jéréniie a prédit. S'il fait espérer aus deux maisons de Juda et d'Israël une nouvelle alliance avec le Seigneur, on voit qu'elle ne peut être restreinte aux descendants d'Abraham et de Jacob. La première suQisaii à ce peuple pendant qu'elle devait durer. Mais une seconde alliance qui facilite aux homnies la connaissance de Dieu, suppose nécessairement la vocation générale de toutes les nations; et la maison d'Israël opposée à celle de Juda, ne signinc dans ce passage, comme en d'autres textes dos prophètes, que les gentils séparés alors des Juifs , et unis ensuite avec eux par la nouvelle loi.
Mais, dira-l-on, la loi publiée par Moïse, et l'alliance qu'il avait traitée avec les Israélites au nom du Seigneur, devaient-elles être entièrement détruites ? N<m ; et c'est dans le discernement de ce qu'elles avaient de durable, et dccc<ju"il fallait y changer, que Jésus-Christ a merveilleusement accompli les oracles des prophètes, sur la législation el la médiation du Messie.
Moïse avait donné aux Israélites trois sortes de lois. Des lois judicielles qui réglaient la police de leur gouvernement, des lois cérémuniellesqui prescrivaient le culte extérieur qu'ils devaient rendre h Dieu, des lois morali'S ijui leur apprenaient les vertus qu'ils devaient pratiquer, elles crimes qu'ils devaient éviter. L'abolition des lois judicielles était inévitable à l'arrivée du Messie. Il venait établir un nouveau gouverncmenl, un gouvernement qui devait s'étendre, on l'a déjà vu et on le verra encore p\as clairemciil, sur toutes les nations. Il n'était pas possible que des ordonnances faites pourune république isolée, subsistassent dans cette révolution. La ruine de cette république étant prédite, ces mêmes prédictions que nous avons rapportées, s'appliquent par une conséquence nécessaire à ses lois politiques.
A l'égard des lois cérémotiielles, il y a des oracles exprès sur leur abrogation. Tout ce qui formait l'extérieur du culte mosaïque a été frappé d'un anathème particulier. Ils ont annoncé la profanation el la destruction de ce temple dans lequel Dieu avait fixé le
Bon Epîire rallmliqnc niix doute tribus qui soiU dans la
disj'inion.
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siège de l'ancienne religion. Daniel (1) a yn le peuple, qui, conduit par un c/ic/'viclorieux, dcvaitruijier de fond en comble la ville de Jérusalem avec le Sanctuaire. Jéréniie a menacé ce temple du même désastre qu'avait déjà souffert le lieu de Silo, où l'arche avait longtemps reposé. Allez , dit le Seigneur (2), dans ce lieu honoré de ma présence dans les commencements, et voyez ce que j'y ai fait, à came de la malice de mon peuple d'Israël. El maintenant vous commettez les niâmes crimes, malgré mes avertissements réitérés. Je ferai à cette maison oii mon nom est invoqué, et dans laquelle tous avez placé votre confiance, à ce lieu quej'ai donné à vous et à vos pères, comme j'ai fait à Silo (3) et je vous repousserai loin de ma face. L'aicbed'al liance ne reparut plus à Silo depuis qu'elle en eut été déplacée. Ce lieu demeura éternellement profané. La comparaison que fait ici Jéréniie ne serait donc pas exacte, s'il ne parlait que de la première destruction du temple rebâti ensuite par les ordres de Cyrus, et sa prophétie s'étend manifestement à la seconde profanation de ce même leinple par les Romains, laquelle est irréparable.
Les prophètes n'ont pas plus épargné les solennités, les sacrifices, les jeûnes ordonnés par la loi de Moïse. Tantôt ils ont dit (4) que le Seigneur ne deman- 'dait pas qu'on lui offrit des victimes et des holocaustes, mais plutôt qu'on obéit à sa voi.t. Qu'il (5) ne jugerait point les Israélites sur leurs sacrifices quelque fidèles qu'ils fussent à lui en offrir continuellement. Qu'il ti'avail pas besoin de prendre des veaux de leurs mtiisons ni des boucs du milieu de leurs troupeaux. Que toutes les bètes des forêts lui appartiennent ainsi que celles qui sont sur les montagnes, et tes bœufs. Qu'il est également le maître des oiseaux du ciel el de tout ce qui embellit les campagnes. Que s'il a faim, il n'en avertira pas les hommes, tonte la terre étant à lui avec tout ce qu'elle renferme. Qu'il ne mangera pas la chair des taureaux, el qu'il ne boira pas le sang des boucs. Mais qu'il faut lui offrir un sacrifice de louanges et de prières, l'invoquer dans les jours de tribulations, et compter, enl'honorant ainsi, surson secours. Que(6) Dieunepeut être apaisé par l'immolation de mille béliers, ou de plusieurs milliers de boucs engraissés, beaucoup moins par le sacrifice impie des enfants immolés par leur père pour l'expiation de ses crimes. Mais que ce qui est utile à l'homme et ce que Dieu exige de lui, c'est de garder la justice, d'aimer les œuvres de compassion el de charité, et de marcher en la présence de son Dieu avec une crainte respectueuse. C'était séparer dans la loi de Moïse l'esprit de la lettre, les fruits de l'écorce,
(1) Civitntcm et SaDcluarium dissipabit populus cum duce vcnturn. Dan. 9, 20.
(2j Jerem. 7, 12, 15, U, 15.
(5) L'arche d'alliance qui était à Silo sous le pontificat d'Hélie et longtemps auparavant fut prise par les Philistins, cl les deu-x fils de ce prophète qui portaient l'arche furent tués dans ic même combat. 1 Req. i.
(i) 1 Res;. 15,2-
(.■)) Ps. 49, 8-1 S.
({;) Mich. (i, 7, 8
M!» l'AKi. i\. Tiii'.oi.. i:\ri;rT i.-in( ui;iti i
rtnwiiliil ilo racTCSsoirc, ol ili'ii)irti'r lis Juiln ;i voir iliUruiri'uiij.iurloul ce tulle oxii-rifur, sans aluni lo fonti ili- la religion.
lt'auirfloi« li-s pro|ilu\ii'is |wrlaiont avec mépris cl iiidiciuniim ilo tout rel appareil tic religion juibïi|iie. (•u'ui-jc t«oiii, s'oerie le Seigneur dans Isjiie (I) tlo ta multiluiU (levosviclinifs? J'en suis rastasiJ. Je 'l'ubiie ni Us hotucuusles de vos béliers, ni la graisse de vo* Iroupeaia-, ni le sang des reauj-, des agneaiu et des hoiiis. tl«(iii</ l'OHJ veniez devant moi pour entri*r dans mon temple, gni a demandé gue vous eussiez tous ces don* en vos mains ? Ne m'offrez plus de sacrifices inutilement. L'encens m'est enabominalion. Je ne supporterai plus vos nouvelles lunes , vos subuts et vos autres fêles. L'iniguilé règne dans vos assemblées. Je hais vos solennités des premiers jours des mois , et vos autres solennités. Tout cela m'importune. Je suis las de le souffrir... Lavei-vous, purifiez-vous. Olez de devant mes yeiLC lu malignité de vos pensées. Cessez défaire le mal, apprenez à faire le bien. Jugez avec équité. Secourez l'opprimé, liendez justice au pupille ; défendez ta veuve, et après cela venez et accusex-moi, si je rejcitc vos vœux. Vos péchés fussent-ils rouges comme l'écarlalc , ils deviendront blancs comme la neige (2). Le jeûne que j'ai commandé consiale-t-il précisenwit clans ces macérations prolongées durant des journées entièra? Dans ces penchements affectés d'une tète qui peut à peine se soutenir ? Dans le sac et dans ta cendre dont on se couvre ? Est-ce là ce que vous appelez un jeûne cl un jour agréable au Seigneur? Le jeune que j'approuve n'est-il pas plutôt celui-ci ? Rompez les liens de l'iniquité. Déchargez ceux qui sont opprimés des fardeaux qui les accablent. Rendez la liberté à ceux que vous retenez en servitude. Faites part de votre pain à ceux qui ont faim. Ouvrez votre maison aux pauvres qui errent sans habitation. Couvrez la nudité de vos frères, et ne méprisez pas votre chair. Alors votre lumière éclatera comme l'aurore. Vous recouvrerez bientôt la santé. Votre justice marchera devant vous, et la gloire du Seigneur vous protégera. Pourquoi (7i), conlinue le Seigneur dans Jcrtniie, brûlez-vous sur mes autels de l'encens de Saba ? Pourquoi faites-vous venir des pays lointains des parfums de roseaux odoriférants? Vos holocaustes ne me sont pas agréables. Vos victimes ne me plaisent point.
Je sais que, par ces fortes expressions, les prophètes ne prétendaient pas réprouver , comme mauvais en soi , un culte que Dieu avait établi. Mais ce ne serait les entendre qu'à demi , ce serait leur imputer les exagérations les plus outrées, que de réduire tout ce qu'ils disent sur les cérémonies religieuses des Juifs , à des invectives contre l'hypocrisie de ce peuple. Leurs discours nous mènent plus loin. Il est visible qu'ils rabaissent le culte extérieur pratiqué par les Juifs, non pas uniquement parce qu'ils y apportaient des dispositions criminelles , mais encore parce qu'ils
(l)Isai.l, 11-18.
{<■!) Isai. 58, 5, 6, 7.
(3) Jerem. 0, 20.
iTi; (:(»Nvvi.N».i I". l'Mi i.i;s i'U(»iiii;tii:s. o:^>
ne pouvaient Ira rendre vériubleineiil justeit; p.-trce que Dieu ne le leur avait prescrit (|ue pour iiiellrc une barrière entre eux el les autres peuples , pour oppos<'r un frein à leur penchant pour l'idolltrie, pour allaelier par des liens sensibles cra Aines duresel ces esprits volai^es au souverain Èlre, créateur di- l'univers et protecteur de leur nation ; parce qn'eiiliii toutes ces céréinonies u'étaienl, comme parle S. l'aul (1), que les ombres des choses à venir. Un tel culte imparfait par sa nature, relatif aux circonsiane»>sdes temps, des lieux et des personnes devait avoir une fin. C'est ce (lue les prophètes font entendre aux Juil's en leur reprnc'iantles vices scandaleux, dont ils se flaiLiienl d'obtenir l'impuiiiié par des exercices publics de religion, et si Ion doute qu'ils aient eu cette vue, écoutons-les se déclarer d'une manière encore plus piéciso sur l'abolilinn future des sacrifices inosaîipies.
Le .Messie dans le p<:.aume 09, parle à Dieu en ces termes (2) : Vous n'avez voulu ni hosties, ni oblaliotis, c'est-à-dire, ni les sacrifices sanglants oii l'on immolait (les animaux, ni les offrandes pacifiques, où l'on présentait les fruits de la terre. C'est exclure tous les sacrifices ordonnés par la loi. Mais vous m'avei ouvert les oreilles, ou comme S. l'aul traduit d'après les Soi>tante : Vous m'avez préparé un corps. Ces deux sens reviennent au même , l'un marquant la parfaite obéissance de Jésus-Christ à son père , l'autre exprimant la victime même que cette obéissance l'engagerait à sacrifier. Vous n'avez pas reçu avec complaisance les holocaustes et les saeri/ices pour le péché. Alors j'ai dit: Me voici. Il est écrit de moi à la tête du livre que je ferais votre volonté. Oui, Seigneur, je Cai voulu, et votre loi est gravée dans le fond de mon cœur. Ce texte est d'autant plus important qu'il nous enseigne que rabrogati(m tant de fois prédite de l'ancien culte a été confiée au Messie, et qu'il n'exécutera cette commission, qu'en remplaçant p.ir une victime plus noble et plus précieuse les sacrifices qu'il doit 8U[)primer. Tel est le raisonnement de S. Paul si juste et en même temps si palpable, que nous ne craignons pas de le citer aux incrédules , quoiqu'ils ne reconnaissent pas cet Apôtre pour inspiré. Celui, dit-il (3), qui avait témoigné d'aboid que les victimes commandées par la loi ne plaisaient pas à Dieu, ajoute qu'd vient lui-même pour accomplir sa volonté. Il abolit donc le premier culte, pour lui en substituer un second. Aufert primum, ut sequens statuât.
Osée a prévu (4) que les Israélites demeureraient pendant un loiigtenq)S, et jusqu'à ce qu'ils retournent au Messie, sans sacrifice, sans autel, sans vêlements sacerdotaux , sans Théraphim, ou sans ces images qui ornaient leur temple et leur tabernacle ; Daniel (S), qu'après la mort du Messie , tes hoclies et les sacrifices cesseraie:il. M:dacliie, le dernier das propliè-
(1) Coloss. 2, 17.
(2) Ps. 39, 7, 8, 9.
(3) Ilebr. 10. 8, 9.
(4) Osée 3, i, 5.
(5) Dan. 9.27.
9ôi ŒUVRES COMPLETES DE
les csl anfsi le plus clair el le plus décisif sur celle matière (1). Uon affection, dil le Seigneur aux Juifs, n'esl point en vous, et je ne recevrai pas de présents de votre main. Car depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations; et en tous lieiuc on sacrifie et ton offrt à mon nom une oblalion pv'e. Yoilà les anciens sacrifices proscrits comme dans les autres prophètes ; mais , ce qu'ils ne disent pas avec la même évidence , les voilà suivis d'un sacrifice plus pur, offert en tous lieux el dans toutes les naliens, affecté par conscquenl à une religion difforenle de celle des Juifs , el voilà enfin le véritable objet de ces déclamations , qui sans cela pourraienl paraître excessives , contre un culle introduit sur la terre par l'autorité même de Dieu.
Ainsi quand Jésus-Cbrisl est venu apprendre aux hommes qu'ils n'adoreraient plus le Seigneur, ni devant (2) l'autel schismatique érigé par les Samaritains sur la montagne de Garizim , ni même dans la ville de Jérusalem , quoique choisie de Dieu pour être le siège de son culte, que l'heure approchait où Dieu, qui est esprit el qui cherche de vrais adorateurs , serait adoré en espril el en vérité ; quand il a combattu le respect superstitieux des Juifs pour le sabbat, leur aveugle confiance dans les œuvres l(>gales, la présomption que leur inspirait l'alliance de Dieu avec leurs pères ; quand il a enseigné par ses disciples que la circoncision qui coupe et déchire la chair n'esl rien, et que la seule circoncision agréable à Dieu est celle qui retranche les penchants et les désirs déréglés du cœur, que les péchés des hommes ne peuvent être effacés , ni la colère de Dieu fléchie par l'effusion du sang des animaux , qu'un sacerdoce perpétué par la chair el le sang dans une seule et même famille, devait faire place à un ministère universel plus sainl dans son origine comme dans ses fonctions, que la majesté d'un Être immense el tout-puissant ne pouva'nl être renfermée dans un temple , ni le droit de le connaître et de le servir réservé à une seule espèce d'hommes, il recevrait indifféremment dans toutes les parties de la terre les hommages de tous ceux qui désirent ou qui pratiquent la véritable justice, quand il a dégagé la religion decel amas d'observances pénibles imposées par Moïse à un peuple opiniâtre et rebelle, il n'a fait qu'accomplir par lous ces changements les oracles des prophètes. Les incrédules, qui se piquent aujourd'hui d'une philosophie si épurée , hlàmerontils des changements que la raison même esi forcée d'admirer? Ne conviendront-ils pas que le Messie, s'il devait en paraître un sur la terre , ne pouvait rendre aux hommes un plus utile service , que de leur faciliter le culte de Dieu, et d'abattre le mur de séparation
(1) Malach. 1,10, 11.
(2) Crede mihi quia venil hora , quandô neqiie in monte hoc, neque in Jerosolymis adorabilis Paircm... Sed venil hora, et nunc est , quando veri adoraiDres adorabuni Patreiu in spiritu et veritate. INam et Pater laies quaerit qui adorent eum. Spiritus est Deus , el eos qui adorant eum , in spiritu et veritate oporlel adorarc. Joan. 4, 21, 22, 23, 24.
élevé entre l'unique peuple qui connût la Divinité, et toutes les autres nations '! Jésus Christ pouvait-il mieux vérifier dans sa personne le titre de Législateur, de Chef, de Maître et de Pasteur, qui devait être un des principaux caractères du Messie promis aux Israélites?
11 a fait plus. Il a perfectionné dans la religion de Moïse ce qu'il fallait y conserver. Les lois morales ne pouvaient pas subir le même sort que les lois politiques et cérémonielles. L'amour de Dieu , l'amour du prochain , l'honneur dû par les enfants à leur père et à leur mère, l'horreur du parjure , du mensonge, de l'homicide et de toute injustice, la pureté des mœurs, lous ces préceptes fondes sur la loi naturelle , étaient immuables. Une religion nouvelle qui eût donné la moindre atteinte à des règles si salutaires, eût été par cela seul convaincue de fausseté. Jésus-Chiist n'a eu garde de l'entreprendre. 11 connaissait trop bien l'usage légitime du pouvoir que lui donnait la qualité de Messie. L ■ base de sa religion a été le premier des dix commandements gravés par Moïse sur des tables de pierre. Mais ce comniandemciit ancien, puisqu'il était publié depuis tant de siècles, a été en même temps nouveau (1), suivant l'expression de Jésus-Christ cl de son disciple bicn-aimo, par le merveilleux développement qu'il a reçu dans le christianisme. On nous a enseigné à aimer Dieu jusqu'à le préférer à tout ce que nous avons de plus cher selon la nature , jusqu'à haïr en nous-mêmes ce qui peut lui déplaire, jusqu'à chercher notre unique béatitude dans sa possession éternelle, jusqu'à souffrir les maux les plus exlrêmes de celle vie par soumission à sa volonté. Jésus-Christ a rappelé l'obligation d'aimer son prochain comme soi-même ; mais il a compris tous Us hommes sans disiinclion sous le nom de prochain. Il l'a étendu jusqu'aux ennemis, jusqu'aux persécuteurs, et il a vou.'u qu'on leur rendit des prières pour des malédictions, des bienfaits pour des injures. Il a réprouvé riioniicide comme Moïse ; mais il a décerné contre la colère injuste la même peine que l'homicide encourait autrefois , et de plus fortes contre les paroles outrageantes. Il a renouvelé la loi qui condamnait l'adultère; mais il a déclaré coupable de ce crime quiconque en forme volontairement le désir. L a rétabli l'union conjugale dans sa perfection primitive, et a révoqué la tolérance accordée par Moïse au divorce et à la polygamie. Il a répété l'anathème prononcé contre le parjure; mais il y a ajouté une défense plus expresse des serments téméraires et multipliés.
Qui pourrait ensuite expliquer tous les autres avantages que la morale de Jésus-Christ a sur celle de Moïse , quelque belle que fût celle-ci ? Les vertus inconnues aux Juifs qu'il a prêchées, les conseils héroïques qu'il a joints à ses préceptes , les motifs plus sublimes qu'il a suggérés ? Ici le suffrage des incrédules nous dispense d'une plus longue preuve. Ils ne
(1) Mandatum novum do vobis. Joan. 13, 34. Mandatum vêtus est verbum quod audislis, iteriLTi mandatum novum scribo vobis. Joan. 2, 7, 8.
9m l'Aui i\ iiu.tii. iai:(:i:t.-i.i.N(.iii;i>i i
li>nl |Kit ilillU'iiUi' iIk rt'ixlrt- liiMiiina^iK it rexr4-llfiici! ili" |j iiiiir.ili- ili- Jé-iUs (;iiii-.l. lu .ivmic'iil (iii'olli- fsl lo iliff-U'truvrt' ilo l'i-spril luiiii.nii. ("i-*l loin n- qu'ils croienl pouvoir en dire itc plus ^miuI. Mais elle fSl au-ilessus lie cet t'Iii^e, elle est Y<'rit:ibleiiieiil divine , Ki, connue ou le leur a iiiuiilri^ , la hub.siitutinn do lelle loi i) celle de Moïse avail clé |>rétlito par les prophètes.
Il était juste, il était même indispensable que la 3;iinteté du lépslaieur répondit à celle de la loi. Aussi rien n'est plus loiniiiuii ilans les prophéties de l'ancien Teslanu'iil que le lilre de Jusic et de Saint allribué au Missie (I). Isaie invile h s cieux à répandre leur rosée, et les nuées à se résoudre en pluie. C'est le Juste qui doit élre cette rosée et celte pluie salutaire. Il est en même temps le .Suiir^ur que la terre doit enfanter. Ce proplu'le en plusieurs autres eiiilroils rassendile les deuv ([ualius de Juste et de Siiuveur. Il prédit (2) l'arrivée prochaine de celui qui doit les unir, et pour ne laisser aiuun dotile qu'il ne paiie du Messie, il déclare que les peuples étrangers et tous les rois de la terre ne sonl p:is moins iniéres- Bés à désirer sa gloire, que Sion et que Jérusalem. Jérémie (3) annonce un héritier et un successeur de l>avid; Zach.iric (4), un roi dont la présence doit combler JérusaJciu d'allégresse. L'un et l'autre lui donnent le ni>m de Juste, comme plus convenable à sa royauté que celui de vainqueur et de conquérant. Isaïe (S) propose à Sion le même sujet de joie dans la venue du Saint d" Israël ; cl Daniel {ô) termine la description des merveilles que doit opérer le Messie , en l'apoclant le Saint des saints.
La justice et las .inietc sonl dos vertus dont le parfait discernement n'appartient qu'à Dieu. Mais dans le degré d'héroïsme où le Messie a dû les porter , elles sonl reconnaissables aux yeux mêmes des hommes qui peuvent les distinguer aisément d'un zèle hypocrite ou d'une piété commune. Quelle sainleié plus éclatante et en même temps plus soliile et plus pure que celle de Jésus-Christ. Les Pharisiens , si aiteniifs à examiner toute sa conduite , si déterminés .î la censurer, n'ont pu lui trouver des crimes que dans ses actions les plus admirables. Ils lui ont objecté sa vie populaire et sa facilité à se laisser approcher des pé -
(1) Roraie , cœli, dcsupcr, et nubes pluanl jusium. Aperiatur terra, et germinet Salvalorem. Isai. 43, 8.
(i) Lex à me exiet, et judicium meum in lucem populorum requiescet. l'ropè est Justus meus, egressus est Salvalor meus. Isai. 51, 4, 5.
Propicr Sion non tacebo, et propter Jcrnsalem non quiescam, donec egrediatur ut splendor Juslus ejiis, et Salvalor ejus ul lampas accendatur; cl videbunt génies Justuin tuuni, et cuncii reges inclytura luum. hid., 6i, 1, 2.
(3) Ecce dies veniunt , dicit Dominns , et suscitabo David germen justum. El rcgnabil lex, et sapiens erit. Jerem. 23, 6.
(4) Exulta salis, fdia Sion. Jubila, fdia Jérusalem. Ecce Rex luus veniet lîbi justus et salvalor. Zach. 9, 9.
(5) Exulta et lauda, h.ibitatio Sion, quia magnus in medio lui Sanclus Israël, hai. 12, 6.
(G) Et ungatur Sanutus saucloruui. Dan. 9, 24.
m; i:i)N\ M.M.ii. i-au i,i;s I'Koi'IIETIES. 054
cheiirs ; comme ni la «oiiveraine sainteté ne consisl.iit pa« :i ^e communiquer aux \iw< ipii en tiont li>« plus éloigm-es , |»ar ta voie de l'exemple et de l'instruclion, pour nu point parler ici des reworU plus pui»sants que Jésus Christ faisait agir sur les corurs. Ils l'ont ai". usé de violer le ri'spect et la sainlel.' ilu s:ibat par des giiérisons surnaturelles : illusion pitoyable, et (pii , loin de lernir la glolriî de Jcsus-I.hiist , ne servait au contraire qu'à l'augmenter. IK ont trouvé mauvais que ses disciples ne jeûnassent pas ; il n'était pas encore temps pour eux; et en attendant, leur .Maître les préparait à cette vie auslcre et laborieuse qu'ils ne devaient mener qu'après sa morl ; qu'ils arrachassent des épis pour leur nourriture un jour de sabat , la loi ne le défendait pas ; elle admettait des exceptions nécessaires, et Jésus-Chrisl, qui secourait les hommes ces jours-là par des miracles , pouvait bien leur permellre de pourvoir à leurs besoins ; qu'ds négligeassent avant leurs repas les puiificalions extérieures introduites par la tradition des anciens , vain reproche dont le fondement était ruineux ; les Pharisiens altéraient les commandements de Dieu par des traditions dépourvues d'autorité , et il fallait leur apprendre que l'homme n'est point souillé par les alimenlsqui entrent dans sa bouche, m«is par les désirs criminels qui sortent de son cœur.
Au surplus , ni les Pharisiens ni les aulres Juifs n'ont jamais pu convaincre Jt'îsus-Christ (1) d'aucun péché. Pour donner quelque couleur à sa condamnalion , il fallut recourir aux calomnies les plus grossières, empoisonner par la déposition infidèle de deux témoins suscités le sens innocent d'une de ses prédictions ; prêter le dessein ambitieux de se faire déclarer roi à celui qui s'était dérobé aux empressements d'un peuple prêt à le proclamer ; imputer des troubles et des séditions au plus doux et au plus pacifique de tous les hommes ; soutenir avec impudence qu'il s'opposait au recouvrement des tributs imposés par César , tandis qu'il avait prouvé aux Pharisiens eux-mêmes l'obligation de les payer, par le raisonnement le plus décisif. Des accusations si visiblement fausses s'évanouirent au tribunal de Pilate. Ce juge idolâtre aperçut d'abord la p.ission injuste qui les suggérait. Quoique Jésus-Christ n'eût répondu qae sur l'article de sa royauté , qu'il déclara n'être pas de ce monde , Pilate ne douta pas un moment de son innocence. Il protesta , en le livrant malgré lui à la fureur de ses ennemis, qu'il ne voyait rieu en lui qui méritât la mort ; et s'il est permis d'en croire des auteurs chrétiens (2) , il rendit à l'empereur Tibère le témoignage le plus honorable à sa mémoire.
11 est certain du moins que la sainteté de Jésus- Christ a été respectée par les païens dans le temps
(1) Quis ex vobis arguel me de peccato. Joan. 8, 46.
(2) Terlullien , dans sa fameuse Apologie adressée au sénat. Eusèbe de Césarée, liv. 5 de son llisloiie
Ecclésiaslique.
même qu'ils persécutaient le Christianisme avec plus de violence. Lampride, un de leurs écrivains (1), raconte le bruil qui s'était répandu qu'Adrien avait voulu lui dédier des temples; et si une critique trop rigide lui a reproché sans fondement sa crédulité sur ce point , elle n'a pu s'inscrire en faux contre ce qu'il atteste positivement (i) de la vénéralioa d'Alexandre- Sévère pour Jésus-Christ. Ce prince , non content d'admirer ses maximes , avait placé son image parmi celle des âmes saintes dont il avait rempli une chapelle ou oratoire , lararium , où il offrait tous les matins des sacrifices. Porphyre (à ce nom on ne s'attendrait pas d'entendre un panégyriste de Jésus-Christ) sépare sa cause de celle des chrétiens (3). Il déplore V ignorance et l'aveuglement de ceux qui Vaiiorenl. Mais il ne peut souffrir qu'on déleste sa mémoire. Il l'appelle un homme souverainement religieux , illustre par sa piété, dont l'àme immortelle a été élevée dans le ciel comme celle des saints , et habile tes régions bienheureuses , quoique son corps ait succombé sous la force des tourments. Il va plus loin ; il prétend ne faire autre chose , en parlant ainsi de Jésus-Christ , que répéter le propre langage de ses dieux. S'il fallait traiter la question des oracles du paganisme , je défendrais sans peine celui-ci contre les incrédules. Je leur montrerais qu'il n'a rien que de conforme à l'idée que les Ecritures nous donnent de la puissance exercée par le Messie sur les démons qui étaient les dieux des idolâtres. Mais je n'exige jias des incrédules qu'ils adoptent le merveilleux du récit de Porphyre. H me suflit qu'ils aient dans ce récit une preuve non suspecte de ses Bentiments. Quelles impressions n'avait pas dû laisser dans tous les esprits la sainteté de Jésus-Christ , pour que des païens et celui d'entre eux qui a écrit contre le Christianisme avec le plus de savoir, lui aient donné de si magnifiques éloges?
Cette sainteté eût été imparfaite , si venant à substituer sa loi à celle de Moïse, il eût pressé ce changement avec une ardeur inquiète et un zèle précipité. Il était dit du SIessie (4) qu':7 ne crierait pas, qu'on n'entendrait pas sa voix dans les rues, qu'il ne briserait pas im roseau cassé, quil n'éteindrait pas une mèche fumante, qu'il n'y aurait en lui ni amertume ni emportement, et que cette conduite si sage cl si modérée pro'parerail les voies au jugement qu'il devait exercer sur la terre, et à l'établissement de sa loi parmi les nations. Le respect dû à une religion divine exigeait des ménagements. Il ne convenait pas de hâter sa chute, et de prévenir les événements que Dieu avait marqués pour en rendre la pratique non seulement iimtile, mais impossible ou pernicieuse. C'est ce que Jésus- Christ a observé avec une attention qui ne peut être trop admirée.
Tout législateur qu'il était, il s'est soumis pcrson-
(1) Lampr. in Severo.
(2) Ibid.
(5) Porph. lib. 3 de Pliilos. apud Euseb.,lib. 3. Demonsir. evang. cap.!.
|4> Isai. 4->, 2, 3, 4.
nellement aux cérémonies de l'ancienne loi les plus dures et les plus humiliantes. Il renvoyait les lépreux qu'il avait guéris aux prêtres pour les rétablir, suivant ce que Moïse avait ordonné dans la sctciéié civile cl dans l'usage des choses saintes. Il honorait la chaire de Moïse, et ne permettait pas de confondre les enseignements de ceux qui y étaient assis avec leurs vices et leurs dérèglements; il ne prêchait qu'aux Juifs, différant jusqu'après sa mort à rassembler dans le nême bercail les brebis étrangères avec celles de la maison d'Israël. Il épargnait, autant qu'il était possible, à ses envieux le chagrin et la confusion d'entendre publier ses miracles. Il défendait aux infirmes, à qui il avait rendu la santé, de le nommer ; et c'est h l'occasion d'une de ces défenses que saint Matthieu (I) lui appliqua l'oracle d'isaïe que nous venons de rapporter.
Les Apôtres, instruits par ses leçons et pleins de son esprit, usèrent longtemps d'une semblable réserve. Ils fréquentaient le temple de Jérusalem, tant qu'il leur fut permis de demeurer dans cette ville. Ils participèrent et tirent participer les Juifs qu'ils avaient convertis aux sacrifices cl à tous les rites de la loi da Moïse. Ils n'affranchirent du joug de celle loi que les Gentils qui avaient embrassé le christianisme ; et tout expirante qu'élail la synagogue, ils lui rendirent les mêmes devoirs, jusqu'à ce que Dieu l'eût plongée dans la nuit éternelle du tombeau. Alors la plus grande partie du culte extérieur qu'elle pratiquait tomba nécessairement d'elle-même, et le resta qui pouvait encore subsister devint criminel par la réprobation manifeste du peuple juif.
Une condescenilance et une circonspection si peu ordinaires aux hommes amoureux de leur propre ouvrage et inipalienls de voir le succès de leur dessein , mentaient bien d'être prédites. Le Messie devait montrer qu'il était, non pas l'écueil el le fléau, mais le terme cl l'accomplissement de la loi ancienne. Ce n'est qu'à ce titre (2) que Jésus-Christ s'est présenté comme fondateur d'une nouvelle religion. Loin de blâmer ou de mépriser celle qui l'avait préeé:!('e, il lui a laissé tranquillement achever son cours ; cl il a justifié par les égards qu'il a eus pour elle, autant que par sa doctrine, qu'il ne manquerait pas à celle loi une seule lettre ni un seul trait, avant le moment où elle devait être enlièrement accomplie.
A tant de qualités si rares et si dignes d'un parfait législateur, Jésus-Christ a joint le désiniéresscmenl, mais un désintéressement porlé jusqu'à une pauvreté extrême et volontaire. On s;iii qu'il est ne dans une élable, qu'une crèche a d'abord été son berceau, et que les premières années de sa vie se sont passées dans la maison d'un simple artisan, dont il partageait sans doute les travaux. Sorti de cette retraite obscure, pour commencer l'exercice public de son ministère, il ne se prévalut pas de la haute réputation que ses
(l)Malih. 12, 18, 19.
(2) Non veni solvere (legem aul prophetas), scil
adimplere Iota uimm aiil unus apex non pra-.te-
ribil à lege, donec onmia liant. Muiib. 'i. 17, 18.
'..■>: ia;;i i\. tiikoi. i;M:(.i;i. i.imiu:i>u.itk convaincue i>.vii les l'iioi'iii.Tits. y.-.g
luiuili^ et si>it |>rt*Jicliun8 lui altiroreiil. S;i |>:mvn't*S fut tuuj<>ur> lu tiic^iiif, ut>il [Hiuvait tlirc avec cuiiliaiicc i)UO Uiiilis qut.' (1) Us reliants o:il da (a/iiVrc-i el Ij4 viiettiu Uu citl JiJ lùjs, il ii'aviiil pus ou rffiuser sa
('et i'Uil rebuta les l'Iiuri^^iiMis aviires et les Juifs orgueilleux. Il n'en est pas moins vrai iju'il était prédit. .Niius aviMis vu il.soA le psaume r>9 le Missie s'oiïrir à Utvu eonune une victime destinée ù remplacer U>s sacrinei>s de I.1 loi de Moïse. Cet auteur d'un nouveau tulle (i) s'avoue néamiioins réduit à l'indigence et ît la mendicité. Il n'attend que de Dieu les secours qui lui sont nécessaires. Le psaume CS wi une vive peinture des humiliations et des grandeurs du .Messie. C'est avant de décrire celles-ci, qu'il est représenté (ô) dans un état de misère et de (.'ouleur. Sa pauvreté est encore plus fortement inculquée dans le psaume 103. D'abord on y déleste la noire trahison du disciple ingrat et perlide, qui a poursuivi (») celui qui était pauvre et dans l'iiidigeiice, pour le faire mourir. Ensuite le Messie lui-même (.ï) invoque le secours de Dieu dans la disette où il est de toutes choses. Enfin il rend gr;lces (G) au Seigneur, et proteste qu'il le louera au milieu d'une nombreuse assemblée, parce qu'il a toujours M à la droite du pauvre, et qu'il l'a délivré de ses persécuteurs.
Il y avait dans cette pauvreté prédite une circonstance trop sinjjuliére, pour que nous puissions l'oniettre. Le prophète Zacharic exliorle (7) Sion et Jérusalem à se réjouir de l'arrivée de son Roi qui est le J:'ste et le Sauveur. Ces paroles annoncent clairement le Messie. Qui pourrait croire, à raisonner suivant les idées humaines, que l'indigence dût être l'apanage de sa royauté; et qu'au lieu des chars où les rois de l'orient se faisaient traîner, des chevaux, des mules, ou des chameaux qui les portaient, il n'eût pour monture qu'un vil et méprisable animal ! Voili , pourl;int ce que Zacharie a déclare sur ce nouveau loi de Sion, et voilà par où il a confondu les ambitieuses espérances du peuple Juif. Ce roi sera pauvre, continue-t-il. // montera sur une ânesse et sur un ânon. Prédiction accomplie par Jésiis-Clirist, lorsque, pour entrer en triomphe dans Jérusalem, quelques jours av.^nt sa mort (8), il se fit amener par deux de ses disciples une ftncsse et un ânon. Il n'était pas naturel que le (1) Luc 9, 58.
(~2) Ego aiitem nicndicus sum et pauper. Dominus sollicilus est nici. l's. 5'J, 18.
(ô) Ego sum pauper et dolens. Salus tua, Deus ssscepit me. Ps. G8, 30.
(1) Persecntus est hominem inopemel wendicuni, et conipunctum corde niorlificare. Ps. 108, 17.
(5) Lil'.era me quia cgenus ei pauper ego surn. Ibid., 2-2.
(6) CouQlebor Domino nimis in cre mei), et in niedio niullorum laudaho euni, quia asiilil à dexiris pauperis, iit salvani l'aceret à persequenlibus animam me:iin. IbiU., 30, 31.
(7) Exiilln satis, filia Sion. Jubila, (ilia Jérusalem. Ecce rex liiiis véniel tibi jublus et salvalor. Ipse pauper et nsiendens super asinam et super lilium asiiue. Zach. 9 9.
(8) Mallh. 21.
iiiatire, .'i qui ils appartenaient, les cédât «aii»difllculté. Mais par sa prompte et aveugle dél'érciiec. il concdîiral à raccom[dis.ioment di" la prophétie. UucI ques Apùlres étendirent leurs vêtements sur ces deux siuimaiix (pic Jésus-Christ devait monter. D'autres rouvraient des Icui's les chemins par où il p..ss:iil. En peuple innni accouru au-devant de lui joni:liait de, rameaux ces mêmes chemins; et tous transportés de ce sentiment d'allégresse manpié dans l'oracle de Zacharic s'écriaient ( I ) : liéiii soit le roi d 'Israël, qui vient au nom du Seiijneur.
Ce s|iectaclc aurait dû ouvrir les yeux aux Pharisiens. Il redoubla leur haine conîre Jé.sus Christ. Dès ce moment ils résolurent de ne plus différer sa perte qu'ils avaient jurée depuis longtemps. L'éclat de ses miracles et (.'c sa vertu , le nombre de ses disciples croissant chaque j lur, la pureté de sa morale, le contraste de son désintéressement avec leui sorJidc avarice ; sa douceur même et sa patience les aigrissaient. Souvent ils lui avaient tendu des cmbûclu» pour le surprendre dans ses discours. Ils prêtaient des couleurs oJicuscs à ses démarches les plus innocenics. Ils s'efTurcaicnt de le di'-crédiicr dans l'esprit du peuple : Ils avaient déjà délibéré de cJia? ser de la .«synagogue quiconque confesserait qu'il était le Christ. Alors ils tinrent un dernier conseil pour déterminer le jour et la manière de s'assurer de sa personne. Les psaumes et les livres des propiiètes sont pleins des contradictions que devait éprouver le Messie, de; complots tramés contre lui : et il faudra bien rappeler dans le chapitre suivant, quelques-uns de ces trai'.s liés avec la mort de Jésus-Christ. Je me coiUenle de rapporter ici une prédiction dont on ne peut niéconnaitre le r.apport avec les persécutions que Jésus- Christ a souffertes.
L'auteur du livre de la Sagesse expose d'abord les sentiments et les discours des impies en général (2). Ils s'encouragent les uns les autres au libertinage et au crime par les principes qui leur sont communs, i Cette I vie immortelle dont on nous entrelient, n'est, disenl- «ils, qu'une behe thimère. Sortis du némn nous y « rentrerons. Notre âme, qui n'est qu'une luinée o'i (I une vapeur légère doit périr avec notre corps. La
< vie est courte, et sa perte est irréparable, ilàlons- « nous donc de jouir des biens présents. Ne laissons « point pnsser inutilement la fleur do noire .âge. Eni- I vrons-nous des vins les plus délicieux. Parfumons-
< nous d'huiles de senteur. Couronnons- nous de roses t avant qu'elles se flétrissent. Livrons-nous lotis à l'envi « à la joie et à la débauche ; c'est là notre partage et no- « Ire sort. » Après celle peinture générale des désordres de l'impiété le s.igc passe -à une espèce particulière d'impies, dont les passions plus tristes, mais enflammées par les mêmes motifs, les portent à d'autres excès. 11 les représente s'Invitant mutuellement (3)
< à opprimer le juste indigent, à ne pas épargner 1 1
(l) Joan. i2, !5.
C?.^ Sap. 2. 1-9.
/3) Sap. 2, 10, 1.'..
Olà'VRiîs cOMPi., DE L!:l^l•.A^c df. Posipign vn, II.
ivcuve, à n'avoir aucun égard à la vieillesse el aux I cheveux blancs. Que noire force soit la loi de jus- < lice. Malheur aux faibles et aux vaincus. » Jusquelà on ne voit point de prophétie. C'est, à la houle de l'humanité, le langage el la conduite de tous les temps et de tous les pays. Mais tout de suite le sage démêle dans cette foule innombraôle d'impies une faction d'hommes pervers ligués contre un juste qui ne peut êlre confondu avec aucun autre. Ces impies sont les Pharisiens. Ce juste est Jésus-Christ. Je ne demande aux incrédules, pour s'en convaincre, qu'un peu d'attention à ce qu'ils vont lire.
Enveloppons (1), disent ces impies, le juste dans nos pièges, puisqu'il ne nous est pas seulement inutile, mais qu'il est contraire à nos œuvres, qu'il nous reproche les violements de la loi, et qu'il nous diffame en faisant connaître les dérèglements de notre conduite. Voici des impies dilKrenls de ceux donl le sage venait de parler. Ds ont une loi, donl ils se flattent d'être ou dont au moins ils voudraient persuader qu'ils sont de fidèles observateurs. Ils n'ont point renoncé :\ la pudeur et aux bienséances. Jaloux de leur réputation el de l'autorité qu'elle leur procure, ils sont furieux contre un juste, qui, par sa vertu autant que par sa doctrine, démasque leur hypocrisie, découvTe 1rs atteintes qu'ils donnent ù la loi, détrompe les peuples de leurs pernicieux enseignements. // assure qu'il a ta science de Dieu, et il s'appelle le Fils de Dieu. Nul autre que Jésus-Christ ne s'est donné ce nom. Que faut-i! de plus pour le reconnaître? // est devenu le censeur de nos provres pensées. En cflcl Jésus-Christ, qui, selon la remarque de saint Jean(2), n'avail pas besoin qu'on l'instruisît des pensées secrètes des hommes, parce qu'il lisait dans leurs cœurs, reproche (3) souvent aux scribes cl aux Pharisiens les jugements faux et injustes qu'ils formaient inlérieurement contre lui. Sa vue seule nous est insupportable, parce que sa vie n'est pas semblable à celle des autres, et qu'il suit une conduite toute différente. Quoique les dehors de la vie de Jésus-Christ n'eussent rien d'extraordinaire, et que les Pharisiens en prissent même sujet de la mépriser, cependant examinée de près et dans toute sa suite elle avait un caractère de singularité qui attirail l'admiration, et la distinguait également d'une vie mondaine ou imparfaite, cl de l'austérité superstitieuse qu'affectaient les docteurs de la synagogue. // nous regarde comme des hommes qui ne s'occupent que de bagatelles, et il s'abstient de notre manière de vivre comme d'une cher'? impure. Jésus-Christ prouvait aux Pharisiens qu'ils substituaient de frivoles observances aux obligations essentielles de la loi. Il abhorrait celle prétendue justice, qui, se bornant à des œuvres extérieures couvrait sous une surface blanchie, une affreuse et profonde corruption. // préfère ce que les justes atten-
(1) Sap. 2, 12-22.
(2) Opus ci non erat, ut quis testimonium perhiberel de homine. Ipse enira sciebat quid esset in horainc. Joan. 2, JS.
(3)Malth. 9 .A /*. Ibid., 12, 21, 25. Marc. % G, 7, 8.Luc.5,21,22. !bid., 7,59, 40. lljid.,H,l.'i, 16,17.
LEFR.VNC DE POMPIGNAN. 940
dent à la mort, et il se glorifie d aioir Dieu pour père. Jésus-Christ reparait toujours sous celte image. Voyons donc si ses discours sont véritables. Éprouvons ce qui lui arrivera, et nous saurons quelle sera sa fin.. Car s'il est vraiment fils de Dieu, Dieu prendra sa défense et le délivrera des mains de ses ennemis. C'est mot pour mol ce que dirent (1) les princes des prêtres, les scribes et les anciens, en voyant Jésus-Christ attaché à la croix : et pour ne laisser aucun doute qu'ils ne lussent l'objet de cette prédiction, le sage a mis leurs propres paroles dans la bouche des impies dont il décrit les complots. Interrogeons-le par les outrages et par les tourments, pour savoir jusqu'oit ira sa somnission et pour éprouver sa patience. Condamnons-le à une mort honteuse, et nous l'accuserons, notis le jugerons sur ses discours. Qui ne croirait assister au conseil tenu par les Pharisiens. Qui ne croirait les entendre s'animant les uns les autres à perdre le juste qu'ils haïssaient, se faisant un plaisir cruel des supplices et des ignominies qui mettraient sa patience aux dernières épreuves, el méditant contre lui une procédure, dont tout le corps de délit consistait en discours ou calomnicusement supposés ou malignement interprétés. Le sage termine le récit de leurs assemblées par cette réflexion : Ils ont eu ces pensées, et ils se sont égarés, parce que leur malice tes a aveuqlés. Ils ont ignoré les mystères de Dieu. Quelle méchanceté plus noire que de sacrifier un innocent à ses hilérêls ou plutôt à sa haine. Quelle ignorance des voies de Dieu que de se figurer, qu'il n'aime ni ne protège ceux qu'il abandonne dans cette vie aux poursuites de leurs ennemis ! Cette mort violente que les Pharisiens regardaient comme une preuve que Dieu n'était pas véritablement le père de Jésus-Christ, était au contraire le sceau de la rédemption des hommes, qui ne pouvait être opérée que par le Fils de Dieu. Ils devenaient malgré eux et à leur insçu les exécuteurs de ce conseil éternel; et en imitant par leur jalousie contre Jésus-Christ celle du démon contre le premier homme, ils accomplissaient avec évidence la prédiction du sage qui finit par ces paroles (2) : La mort est entrée dans le monde par l'envie du diable, et ceux qui se rangent de son parti sont ses •mitateurs.
Je sais que le livre de la Sagesse est un de ceux de l'ancien Testament que les Juifs n'ont pas inséré dans leur canon ; qu'il y a eu autrefois des auteurs chrétiens qui ne l'ont pas reconnu pour inspiré, et que les protestants lui disputent encore celte auguste prérogative. Mais cette controverse décidée en faveur de ce livre par les autorités les plus respectables est absolument étrangère aux incrédules. Je n'ai besoin contre eux que d'un fait qui n'en dépend pas. Ce livre est plus ancien que le christianisme. Les paroles que nous
(1) Similiter el principes sacerdolum cùm scrihis et senioribus dicebant... confidit in Deo. Liberet nunc, sivult, eum.DiNitenimouiaFilius Dei sum Matih. 27 41, 45. j
(2) Sap. 2, 24, 23
»ii lAiii. i\. riii;oi.. i;\n.i I i im m m i
«enuiitt il'i'ii eMijiro sont ilimo iiifoiili'stalilfmriil prii|ihftii|Ui-;i, pubiqu'i'lli-s m- |ii-uvciit h'i'iiliMiilri" que lie la «•oiijurulKji» ilos l'Itirisii-iis coiilre Jf*iis-(;iirisl. ApriS cela qu'il soii iMiiiiiiii|uc il.iiis toulos ses parties, ou qu'il ne lo soit pa«, Us iniTi-iliili'S sont Oi;;ilcnii'iit coiiroiiilus. S'il l'est, l.i l'ause est liiiio : et i|u;iiiil un pourrait cniire qu'il ne l'est pas, il serait toujours vrai ou que l'iVrivain a été inspiré dan* un morceau qui renlernie une préiliclion si elaire île l'avenir, ou qu'il a iraii'ierit ilans son onvraj-e une pro|ili(''lie qui existait ili^ji, et lionl la divinité se |>rouve par son accuniplissenient.
L'incrédulité pourrait elierclier un asile dans l'opinion de ceux qui ont attribué le livre de la Safjessc à l'Iiilon le Juif, dont nous avons d'autres 0Hvra;;es. Car il a écrit depuis la mort de Ji'sus-Clirist. Mais tout réclame contre cette opinion. Les sentiments de Pliilon sont fort éloignés sur des points essentiels de la doctrine répandue dans le livre de la Sagesse. Zélé liour les inléréls des Juifs, qui le députèrent auprès de l'empereur ("allgula, il n'eiilpas représenté comme des scélérats, les prêtres et les cliefs de sa nation auteurs de la mort de Jésus-Clirist. Quelle apparence d'ailleurs qu'un écrit sorti d'une telle main, eût été non-seulcnienl ciié comme canonique dès les premiers siècles du christianisme, mais aiiopté enfin par toute l'Eglise chrétienne , tandis que d'autres livres qui avaient eu aussi leurs partis;ms , et qui devaient être moins suspects aux chrétiens par la qualité de leurs auteurs, ont été rojetés comme apocryphes. Slais ce qui lève toute diiBculié, il y a dans le nouveau Testament des passages qui font allusion à des textes du livre delà Sagesse. Les évangélisies et les Apôtres n'ont pu les emprunter de Philon le Juif, dont ils n'ont pas connu les ouvrages; et celui-ci pni' la même raison n'a pu être leur copiste. On a cru trouver dans saint Jérôme le fondement de cette opinion. Quelques auteurs anciens (1), dit ce Père, assurent que le livre de la Sagesse est de Philon le Juif. Après ce qu'on vient de voir on ne peut douter que si ces auteurs ne sont pas tombés dans une erreur grossière, ils n'aient parlé d'un autre Philon antérieur au christianisme, et dilTérent de celui dont les ouvrages nous restent.
Grotius n'a pu nier que la composition de ce livre n'ait précédé les temps de Jésus-Christ. Mais dans le dessein qu'il semble avoir formé d'énerver toutes les prophéties qui l'annoncent, il (1) accuse un chrétien d'avoir ajouté celle-ci au livre de la Sagesse, en traduisant en grec l'original hébreu. Voilà encore une ressource pour les incrédules. Mais qu'ils jugent euxmêmes, si elle est bien sûre. Où Groiius a-t-il déterré cet original hébreu , dont on ne trouve aucune trace dans l'antiquité la plus reculée? Il était inconnu d S. Jérôme. Le goût d'éloquence grecque (3), qu'il
(1) Sanctus Hieron. , praefat. in Kbros Salomonis.
(2) Grotiii» praefat. in libr. Sapient.
(3) Apud llebrreos nusquàm est, qui et ipse Stylus Gra;cam eloqueiitiam redolcl. Sanclt(s Hieron. prœfnt. in (ibns Salomonis.
m: CONVAIM.IF. l'AK I.LS lUKI'lll lll> 'Hi remarquait dans ce livre, est un des motif» qui le delipuriiait de l'attribuer à Salomon. Grotius fcUlipoHe donc s;ms la iiioiiulrt- vraisemblance que ce livre a d'abord été écrit en langue hébraïque. Nous lui soutenons au contraire avec beaucoup plus de probabilité qu'il a été coinpos»'' par un «le ces Juif» liellénisics dont le nombre s'était si prodigieusement accru depuis le règne d'.Mexandrc. Mais quelle preuve apporte Grotius de cette addition frauduleuse qu'il impute au prétendu traducteur chrétien? Sa conjecture est-elle fondée sur quoique ancien exemplaire où ce passage manque ? Non. Est-elle ét;iyéc du suffrage de quelque auteur contemporain ou qui ait écrit dans les siècles suivants? Point du tout. Est-elle conflrméc par le peu de rapport de ce passage avec toute la suite <lu discoui-s? Encore moins ! La prédiction touchant «ésus- Christ est placée très-naturellement dans le texte où on la lit, et le retranchement de cette prédiction laisserait un vide sensible à tout lecteur attentif. Tout !e système de Grotius roule sur la mention trop expresse h son gré dans le livre de la Sagesse, de quelques dogmes qui n'ont pas été si distinctement connus des Juifs que des chrétiens : La spiritualité et l'immorialité de l'âme, le jugement à venir, les peines de l'enfer, le bonheur éternel des justes. Cette mention décèle selon lui un auteur chrétien qui a pris la liberté d'ajouter ses propres pensées au texte héoicu, qu'il traduisait. Mais les mêmes ilogmes ne saat-ils pas exprimés avec autant de clarté dans l'iicclesiastique, dans les livres des Machabées, dar.s celui de Tobie, plus anciens, de l'aveu de tou'. le monde, ane la naissance du christianisme, quoique les Juils ne les aient pas reçus dans leur canon ? Le germe de ces dogmes n'est-il pas renfermé dans la loi et dans les livres de Moïse? N'a-t-il pas été développé dans les psaumes, dans les prophètes et dans les livres moraux, dont Salomon est indubitablement l'auteur? Doit-on être surpris que Dieu ait voulu rendre la connaissance de ces dogmes plus distincte parmi les Juifs, à mesure qu'ils approchaient des temps de l'arrivée du Messie; et lorsque leur république étant soumise à l'empire des Grecs, et la plus grande partie de la nation répandue au milieu des idolâtres, ils avaient plus besoin de ce secours pour s'affermir dans le culte du vrai Dieu ?
Grotius ne fait que deviner, et les conjectures qu'il hasarde n'ont aucune solidité. Si de pareilles exceptions pouvaient être admises contre des écrits qui depuis tant de siècles ont passé jusqu'à nous de main en main, il n'en est point qui fût à l'abri d'une critique téméraire. On les accuserait impunément de supposition, ou l'on serait en droit d'en retrancher tout ce qu'on jugerait à propos. Porphyre, accablé par les prophéties de Daniel, avait tenté la même voie , pour en reculer la composition au temps oùlesévéncmenis qu'elles prédisent étaient arrivés. Grotius n'est pas plus heureux dans les efforis qu'il f.ait, pour anéantir la prédiction du livre de la Sagesse. Si ics incrédulen persistent à soutenir avec lui qu'elle est l'ouvrage d'un
S'K ŒlYRES COMPLETES DE
chré'.ien, ils monircrom plus que jamais que ce n'est pas la raison, mais l'intérêt de leur cause qui préside à leurs jugements.