CHAPITRE V
Prédictions sur la mort de Jésus-Christ.
Jésus-Christ persécuté avec tant d'acharnement fut eiîfin livré an dernier supplice. La croix où il expira a été, comme parle S. Paul (1), un scandale pour les Juifs et une folie pour les gentils. Les Juifs préoccupés des mornes idées que leurs ancèires ont regardé ce genre de mort comme une preuve certaine de la nialéoiciion dont Dieu l'avait frappé. Les gentils incrédules en ont fait le sujet de leurs railleries. Un homme crnciCé leur a paru vil et méprisable, s'il n'était pas criminel ; et leur fausse sagesse a traité de superstition insensée le culie qu'on lui rendait. Les impies nés dans le sein du christianisme pensent comme ces aveugles gentils. Ils insultent dans leur cœur n la crédulité des fidèles qui craignent comme leur juge, qui bénissent comme leur Sauveur, qui adorent comme leur Dieu, celui qui a terminé sa vie par un supplice aussi honteux que cruel. Les saints Pères ins!ruils par les Apôtres ont confondu mille fois ces injustes préjuges. Ils ont découvert dans le mystère de la croix (2) la sagesse et la puissance de Dieu. Sa sagesse, qui a choisi pour la rédemption des hommes et pour leur instruction un moyen si proportionné à sa l'in ; sa puissance, dont les effets n'ont pas été seulement invisibles par le triomphe remporté sur l'enfer, la mort et le péché, mais ont encore éclaté aux yeux de l'univers par la conversion des peuples, la destruction de riîlolàlrie , l'éuiblissement miraculeux du christianisme.
Ces pensées aussi sublimes que solides ne peuvent être trop approfondies. Mais sans sortir de notre sujet nous pouvons forcer les incrédules à respecter la mort de Jésus-Christ. Les or.;cles qui l'ont prédite font assez connaître que ce n'est point par faiblesse, mais par choix qa'il l'a soufferte, et qu'un événement annoncé de si loin avait éié déterminé dans les conseils de Dieu, avant que d'être exécuté par la main des hommes.
Que le Messie dût périr d'une mon violente, et dans le même temps que celle de Jésus-Christ est arrivée, c'est ce qui est manifeste dans la prophétie de Daniel. Elle (3) nous apprend qu'après soixante-deux semaines, auxquelles il faut joindre les sept énoncées dans le verset précédent, c'est-à-dire, après soixante-neuf semaines (4) et dans la dernière des soixante-dix qu'il avait déjà proposées, le Christ sera mis à mort. PosI
{{) 1. Cor. 1,23.
{i) l.Cor. 4,24.
(ô) Dan. 9, 20.
(4) Daniel dit au verset 2.ï qu'iV y aura sept et ^oixanle-dcux semaines jusqu'au Chrisl chef da peuple :1e Dieu. Donc quand il a dit au verset 26 que le Christ fera mis à mon après soixante-deux semaines, il faut lappcler les sept premières, dont avait déjà fait [neiilion.
LEFUANC DE POMPIGNAN, oii
hehdomadas septuaginta duas occidetur Cliristus. On dira peut-être que la version des Septante, ou pour parler plus juste l'ancienne version grecque de Daniel traduit ce p.assage par un nom substantif, ronction pi'rira, delcbitur unctio. Mais l'erreur est visible. Le terme original (i) dans ce verset est le même qui est employé dans le verset précédent, pour designer une personne et la personne du Messie. Vsqiie ad Christian (Masiach) ducsm erunlhebdomades seplem et hebdomades sexaginta duœ. Pourquoi donc signifierait-il ici une chose, après avoir signifié peu de lignes auparavant une personne? Eusèbe de Césarée et Théodoret séduits par cette version défectueuse ont cru voir dans ces paroles l'abolition de la puissance sacerdotale chez les Juifs vers les temps de Jésus-Chrisl, lorsqu'Hérode fit mourir Ilircan le dernier grandprêtre de la race des Asmonéens. Ils se sont doublement trompés. Car les soixante-neuf semaines, qui de leur aveu marque le temps du ministère de Jésus- Christ, n'étaient pas encore achevées quand le malheureux Hircan fut tué ; et de plus le sacerdoce judaïque ne finit pas dans sa personne, puisqu'il eut des successeurs, qui occupèrent la même place jusqu'à la ruine entière de Jérusalem.
Mais si les incrédules désirent qu'on leur produise des oracles encore plus exprès sur la mort de Jésus- Christ, il est •■usé de les satisfaire. On ira même plus loin. On les convaincra qu'il n'est point de circonstance de son supplice qui n'ait été prédite.
i" Il a été trahi par un de ses disciples qu'il avai^admis dans sa plus intime familiarité, qu'il avait comblé de faveurs, et qui- sortit du repas, où il lui avait donné comme aux autres Apôtres les dernières marques de sa tendresse, pour consommer sa noire trahison. C'est ce que le psalmiste parlant au nom du Messie avait annoncé (2). Mes ennemis, dit-il, m'on? souhaité mille maux. Quand mourra-t-il, et quand son nom sera-l-il exterminé ? Celui d'entre eux, qm s'approchait de moi me tenait des discours trompeurs ; au milieu de ces fausses démonstrations d'amitié, il méditait ma perte. Son cœur amassait un trésor d'iniquité Il me quittait ensuite, et alors il parlait de moi comme mes ennemis déclarés. Cet homme avec quij'avai vécu dans une si grande liaison, à qui je m'étais fié, en lui donnant le soin de ma subsistance et de celle de tous mes disciples, qui viangeaient à ma table, s'est élevé contre moi. A la lettre, et comme S. Jean le rapporte (3) a levé le talon contre moi. Levavit contra vie calcaneum suum. Semblable à ses animaux dangereux qui paraissent épier le moment de frapper ieur maître d'un coup de pied meurtrier. Si mon ennemi public, dit-d ailleurs (4), m'avait chargé de malédictions, j'aurais pu le souffrir ; et si celui qui me haïssait à découvert avait parlé contre moi, je me serais peutêtre caché de lui. Mais pouvais-je attendre le même
(1) JLisiach.
(2) Ps. 40, 6, 7, 8, 10.
(5) Joan. 13, 18.
(i) Ps. 54,13, 14, i:;.
9JÔ l'Ain 1\ IIIKUI.. KXECtT.-Ll-NtllLDLLI tmilniirnl ilc tout t/ui éliti niun timi, mon loiiieil, mon cuit/iJenl .' Vuiu Iruufiti lanl di douaur à mimiftr arec moi. V'uuj m'acionipinjniii iluiit /ii miii>o<i du Siiijiitur. Il lie l'aut |ia« rruire t|Ui^ b |ici'llilic de Juil:is ak (HtusM à bout lu pjtttMico du Jisus-Clirbii, que s'o- Ijiil loHU fil garilr coiilro U' tU'clialiu'iiu'iit de Ses Cniiciiii-i, il s«>il liiiiibo par une sui|irise iiiatlendue dans le jiiege (|u'uii de ses Apiilies lui avait dressé. Il le |>révii\ail (I) depuis loti^teiiips. Il n'eu unpliipia la veille lie «a passion devaiil tous ses Apiitres rasseiiijiléâ ; el le discours qu'il liiit dans celle uccasiun à Judas, l'accueil qu'il lui lit au jardiii des Olives, prouve qu'il n'ignorait iKts son dessein. Il lui en pardonna l'uxéculion de nii^ine qu'à tous ceux qui conlribuèrenl à sa mort ; el il bul avec une éyale obiïss;mce celle portion du calice qui lui clail desliné. .Mais il a voulu nou; apprendre qu'elle lui a été plus aniéreciu'aucune autre, et qu'un cœur aussi noble cl aussi tendre qne le sien a clé %>\us sensible à rini;ialilude el à l'inlidélilé d'un ami qu'à reinpurlenienl cl à la rage brutale de ses ennemis. i" II a clé vendu au prix de trente pièces d'argeitl; et cet indigne salaire restitué et jeié dans l'c temple pr.r le traître <iui l'avait revu, l'ut employé par les princes des prêtres à l'acquisition d'un champ qui appartenait à un potier. Voilà des circoiislanccs trop singulières pour avoir été devinées au has.ird ou conjecturées |iar une prévoyance purement humaine (2). Zacharie les a prédites dans le même délail qu'elles sont ariivées(3). It introduit le Seigneur se plaignant d'avoir été vendu par les Juifs , et marquant le prix de cette vente qui consiste en trente pièces d'argent. Appenderunl mercedem meam iriginta argentées (4). U ajoute que le Seigneur indigné d'une si basse et si honteuse estimation , lui a ordonné de jeter dans le temple cette sonmie et de la donner à un (5) potier. El diiit Domimis ad me. Projice illud ad statuuriiim , décorum pretium q;io uppretiatus sum ab cis. Et Ititi triginta argenleos, cl projeci illos in domum Domini in slatuarium.
Ce n'est pas là, dira qtielqu'un, une de ces prédictions littérales que vous nous avez promises. Zacharie raconte un fait qui le concernait personnellement. Il s'était chargé de la conduite d'un troupeau; et ayant demandé sa récompense à ceux qui en étaient ies n^aitres qu'U appelle (6) les pauires du iroupcau à cause de la disette qui régnait alors dans la Palestine nouvellement repeuplée , il en reçut la somme de
(1) Joan. 6, 71, 72.
(2) Celte prophétie est attribuée à Jérémie dans Ii plupart des exemplaires que nous avons à présent de l'Evangile selon S. Matthieu 27, 0. U est inutile d'examiner comment cette faute s'y est glissée. M. Hiiet l'explique d'une manière très-ingénieuse el très- vraisemblable. Demoiistr. Evangelicœ prop. 9, cap. 125.
(3) Zach. 11, li.
(4) Ibid., 15.
h) S. Jérôme avoue que le mot hébreu est susceptible de ces deux signilications potier et sculpteur , et eue par cette raison il s'est servi dans sa traduction , du terme de statuaire, qui peut convenir à l'un et l'antre. L'événement le détermine au potier.
(6) Zach. 11,7.
It CO.WAI.M'.LK l'Ail LES l'IlUl'IlLTlES. y4G
lienk- |>iéces d'argent, ihiiit il lit l'usage (|u'oii a vu. C'est une hisloire el non pxs une prophétie : Uu hi t'en est une, elle e«t allégorique; el vous avez vousmême reconnu que des |ii'édicliiins de cette f«pùcit ne sullisaienl pas pour la conviciion des incrédules. Je ne rétracte pas cet aveu. .Mais la preuve <pie j'ai tirée de la prophétie de Zacharie n'en est pas moins concluante. La plupart d««ancieiis interprèles ont cru qu'il n'y avait point eu d'action réelle el extérieure dans tout ce que ait ici Zacharie. Qu'il n'avait voulu laire entendre autre chose, en parlant d'un troupeau dont il s'était rendu le pasteur (I), d'une belle haulctla el d'un fouet qu'il avait pris pour le conduire , sinon que Dieu , dont il élait l'interprète, gouvernerait les Juifs d'abord avec douceur, ensuite avec sévérité. (Ju'il en était de même de tout le reste du discours de Zacharie (2), de ces trois pasteurs tués dans un mois, de (3) ce refus qu'il fait de continuer la garde du troupeau (1) de cette houlette brisée et de ce fouet rompu. Qu'il n'y avait en toot cela que des emblèmes de la Providence divine sur le peuple Juif; et qu'enfin (vi) celte récompense demandée, ces trente pièces (Forgent comptées, cette étrange appréciation du Setgneur, l'abandon de celte somme dans le temple et la cession qui en fut faite à un statuaire, n'avaient été. vues en esprit par Zacharie, que pour prédire la trahison de Judas avec ses circonstances el ses suites.
Il faut de la bonne foi, quand on veut persuader. Je n'entreprendr.ii point contre les incrédules la défense de cette explication. Je ne saurais me rcsomlre à mettre au nombre des visions prophétiques et des pures allégories un récit présenté comme historique dans FEcriture sainte. Les visions d'Ezéchiel, de Daniel, et de 5. Jean dans l'.^pocalypse ne ressemblent pas à une narration aussi siir.ple que celle do Zacharie. Je conviendrai donc qu'il rapporte des faits qui lui sont réellement arrivés. Mais dans son discours la prophétie est inséparable de l'histoire, et je puis le prouver aux incrédules, sans me départir du principe que j'ai établi.
Dans la règle ordinaire un fait historique et véritable épuise tout le sens d'un texte à l'égard de ceux qu'une au;orité reconnue n'oblige pas d"y admettre d'autres sens plus profonds. Cependant si ce texte avertit les lecteurs qu'il renferme un myslère, s'il les mène, non par des conséquences ou des conjectures, mais par une indication formelle au-delà de Tévénc ment ou présent ou passé, alors la prédiction de l'avenir est évidente aux yeux même des plus incrédules, n ne s'agit plus que de lui trouver un accomplissement qui n'ait rien d'arbitraire ni d'incertain.
U est vr.'ii que Zacharie se mit effectivement à la lète d'un troupeau. La vie pastorale n'avait rien de bas parmi les anciens, et n'était pas inconnue aux
(1) Zach. U, 7.
(2) Ibid., i (5) Ibid., 9.
(4) Ibid., 10, U.
(h) liid., a, 13.
prophètes. Que dans celle profession do berger, il pril une belle houlette et un fouet entre ses mains. Que (1) f;iligu6 de l'indocilité de ce troupeau, il tua d:ins l'espace d'un mois, non pas trois autres bergers, c'eût été un himicide barbare, mais trois béliers qu'il faisait marcher devant le reste du troupeau pour en être les conducteurs. Qu'il refusa ensuite de paître plus longtemps les mêmes brebis, et qu'il brisa sa belle houlette. Qu'il demanda néanmoins son salaire aux maîtres du tioupeau qui lui comptèrent trente pièces d'argent, que Dieu lui commanda de jeter dans le temple, pour les donner à un potier. Qu'après cela il mit en pièces le fouet qui lui restait; et qu'enfin (2) il reprit de nouveau les instruments de la vie pastorale, non plus pour représenter comme la première fois un berger vigilant et fidèle, mais un paUewr insensé, mercenaire, cruel, digne du ch.^iiment le plus sévère.
Si le texte de Zacharle ne disait rien de plus, la prophétie que nous y avons ri^niarquée ne pourrait faire preuve que par l'autorité de S. Malîhiétj ijui h cite, ilais tout décèle dans ce récit une prédiction d'événements futurs figurés par les actions du prophète. C'est (3) par l'ordre du Seigneur qu'il prend la conduite d'un troupeau exposé à la boucherie. Il est si manifeste que ce troupeau représente le peuple juif, et qu'il tient lui-même la place de Dieu, qu'il s'élève, après avoir reçu cet ordre, contre l'avarice et l'inhumanité des chefs et des magistrats de ce peuple, et qu'il fait parler le Seigneur en son propre nom, menaçant les habitants de la Judée des plus affreuses calamités, il rompt en deux temps différents sa belle iioulette et son fouet. .Mais la cause qu'il en apporte annonce des vues plus hautes que la lassitude et le dégoût de la conduite de son troupeau. Je brisai (4), dit-il, ma belle houlette pour rompre l'alliance que j'avais faite avec tous les peuples, et dès ce jour-là elle fut rompue (5). Je mis en pièces mon fouet, pour rompre la fraternité entre Judas et Israël. C'est le prophète qui brise ce qu'il avait dans les mains. Mais c'est Dieu qui rompt une alliance que lui seul avait laite, et qui livre le peuple juif aux divisions intestines dont il doit être déchù'é. Les (6) maîtres du troupeau que Zacharie avait gardé comprirent eux-mêmes que
(1) Et succidi très pastores in mense uno, et contracta est anima mea in eis. Z<ich. 11,8.
;2; Adhucsume libi vasa pastoris stulti. Zach. U, 15, 16, 17.
(3) Haecdicit Dominus Deus meus : Pasce pecora occisionis, quae qui possederant, occidebant, et non dolebant, et vendebant ea dicenles : Benedictus Dominus , divites facti sumus; et pastores eorum non parcebant eis. Et ego, non pascam ultra super habitantes terram, dicit Dominus. Ibid. i, 5, 6.
{i'I Et tuli virgani meam qua; vocabatur Decus, et abscidi eam, ut irritum facerem fœdus meum quod percussi cum omnibus populis; et in irritum deductum est in die illû. 2ac/i. 11,10,11.
(5) El praecidi virgam meam secundam qua: appellabalur Funiculus, u\ dissolvercm germanitatem inter Judam et Israël. Ibid. 14.
(6) Etcognoverunt sic pauperes gregis, qui custodiunl mihi, quia vcrbum Doniini est. Ibid. 11.
LEFRANC DE P0MPIGN.4.N. DiS
toutes ses démarches et tous ses discours étaient prophétiques. C'est alors que leur ayant demandé sa récompense, ils le jugèrent assez bien payé par une somme de trente pièces d'argent. Le (1) Seigneur, qu'il représentait dans sa qualité de pasteur, prit pour lui-même cette estimation. Il fut irrité que sa personne et ses bienfaits eussent été mis à si bas prix, et il ordonna au prophète de jeter cette somme dans le temple à un potier. C'était un averlissemeiit exprès, qu'il viendrait un temps où les Juifs connaîtraient assez peu la majesté de leur souverain pasteur, et les oûligations infinies qu'ils lui auraient, pour n'estimer sa vie que trente. pièces d'argent, lesquelles seraient employées comme le furent celles que reçut Zacharie.
Je demande maintenaKt si, quand on ht dans l'histoire de Jésus-Christ que les chefs de k nation juive accordèrent à Judas, qui le leur livra, une récompense de trente pièces d'argent; que ce traître pénétré de repentir leur rapporta celle somme, et sur le refus qu'ils firent de la reprendre, la jeta dans le temple ; que n'ayant pas osé la remettre dans leur trésor, ils s'en servirent poui acheter un champ qui appartenait à un potier; je demande, dis-je, si, quand on lit toutes ces cu-consiances, on peut se dissimuler qu'elles aient été prédites par Zacharie. La conformité est parftiite. Même évaluation par les magistrats des Juifs, de celui qui avait été le pasteur de ce peuple. Même nombre de pièces d'argent comptées. Même abandon de cette somme dans le temple. Même usage des trente pièces d'argent en faveur d'un potier. Cette conformité, frappante partout ailleurs, démontre en cette occasion l'accomplissement d'une prophétie. D'une part on voit un récit, qui sannonçant lui-même comme mystérieux, indique pour l'avenir des événements importants. De l'autre on voit ce mystère dévoilé, c' ces événements accomplis avec la plus étonnante précision. Il ne faut pas être amoureux des figures, et crédule jusqu'à l'excès; il ne faut qu'être raisonnable pour apercevoir dans les paroles de Zacharie une prédiction de la vente de (2) Jésus-Christ.
3° Judas se repentit bientôt d'avoir trahi son maître, dont il connaissait l'innocence et la sainteté. Son repentir ne se borna pas à jeter avec horreur dans le temple, le salaire qu'il avait reçu. Outré de douleur et de confusion, il se donna la mort, rendit son crime irrémissible par cet acte de désespoir, et la place qu'il laissait vacante dans le collège apostolique fut remplie par-un autre. C'est ce que nous lisons dans le psaume 108, oii le sort de ce traître est clairement marqué par une imprécation prophétique. Le Messie
(1) Et dixit Dominus ad me : Projice illud ad statuarium, décorum preiium quo appretiatus sum ab eis. Ibid. 13.
(2) On eut pu aussi véiifier dans l'histoire du peuple juif avant et après Jésus-Christ les autres traits du récit de Zacharie rapportés ci-dessus. Mais (e rapport n'est pas aussi sensible, et il ne s'agissait que de justifier contre les incrénlules l'application que S. Matthieu a faite du texte de Zacharie au marché conclu entre les pharisiens et Judas.
9»ii IVVUr l\ IllhOl. I \K(,Ki LIMUIUII apré» sVlro |ilaiiil lUii» iv pkJUiiio tic ccui i|>ii lui fui- MJMil (u guerre iaiu lujel, qui lui ri'iiibieiit ilei maux pour ili-s tic-iij , el lie tu hume pour Je (1) l'itmour tourne luul-^ ('uu|i Mtt ri-gards mts un 6eul liuuinit' le )>luH pt'i liile ot le plus cuu|):ible de Mii iiurei'cutt'urs. Uounei au pécheur (i), s'ùcriu-t-il, tout pouvoir mr lui, et que Salait toit à ta droite, qu'il toit condamné toraqu'on te jugera, et que m prière même lui êoil imputée à péché. Que ses jours soient abrégés, et qu'un autre occupe sa dignité. (l.esSoptanto, suivis par noire Vul|;ate, ont traduit, luii épiscopui.) Que ses enfants soient orphelins, et sa femme veuve; que ses enlants deviennent vagabonds et tombent dans la mendicité. Il a poursuivi, ajoute-il, un liontme pauvre et indigent dont te cœur était plongé dans la tristesse, afin de le faire mourir. Il a aimé ta malédiction, et elle t'accablera. Il a refusé la bénédiction, elle s'éloignera de lui. Tout cela, de nièine que le reste du jjsaume, di-signe la perfidie de Judas à l'égard de Jésus-Clirist, la cunispiratiun qu'il avait tramée contre lui, le désespoir qui reloi(;na du sein de la miséricurdc qui lui était ouvert, cl mil le sceau à sa réprobation, sa mort violente et prématurée , l'état misérable où sa veuve et SCS enfants furent réduits, le choix d'un successeur plus digne que lui de l'apostolat.
4" Jésus-Clirist, abandonné de tout le monde cl de SCS disciples même , dès qu'il fut au pouvoir de ses ennemis , demeura dans tout le cours de son supplice sans appui et sans consolation, Les liabiianls de Jérusalem oublièrent non-seulement la joie qu'ils avaient témoignée quelques jours auparavant , lorsqu'il était entré dans leur ville , mais sa doctrine salutaire qu'ils avaient si souvent entendue , et ses miracles dont ils avaient été témoins. Ce délaissement universel était réservé au Messie. Il avait été prédit dans les deui psaumes 21 et 68, qu; ne peuvent s'enlcndre l'izn et l'autre que de sa passion et de son triomphe (5). 0 lous qui clés mon Dieu dès le ventre de ma mère, ne vous relirez pas de nroi, parce que la Iribulationest proche, et que personne ne vient pour m'aider. Je suis (i) devenu étranger à mes propres frères et aux enfants de ma mère. J'ai aliendu que quelqu'un s'affligeât avec moi, et il ne s'est présenté personne. J'ai cherché un consolateur, tlje n'en ai point trouvé. Mais comme la fuite et la dispersion de ses Apôtres le touchèrent plus vivement que l'indifTéience et 1 oubli du reste des Juifs , elles ont ausi été annoncées par une prophétie particulière. 0 épée, réveille-toi. Ce n'est pas la seule fois que l'Écriture sainte personnifie (5) l'epée , et lui attribue du repos et du mouvement. 0 épée (6), réveille-toi contre mon Pasteur , et contre Chomme qui m'est inséparablement attaché, frappe le Pasteur, et les brebis se disperseront. Ces paroles , qui expriment si bien Teffet que la crainte produisit sur
(1) Ps. 108, 5, 5.
(2) lbid.,{i, 7,8, 9, 10, 17, 18.
(5)Ps.2l.l2.
(4 Ps. 68, S). 21.
(5) Jerem. 47, 6, 7. Ezech. 21, 28, 50.
(6) Zachar. 13, 7.
ITK (:i»N\MN(:i I. l'AU IIS l'inti'iii iii:s. 'j:.o
lek Apittrm au moment qu'ilii virent la pirlu de Ifr 8us-Cliriiit assurée , ne regardent que le Messie. Il j a dans le cuiiMuenrement du chapitre , des Inils qui ne eonvii-nnent qu'<t lui. Li suite .iiiiionce la vocation dfii Gentils , les tournientM et la constance dus martyrs ; cl Aben-Kzra , l'un des plus habiles rabbins, appli(|ue lui-même cette prédiction de Zacharie .à celui des deux .Messies qu'il reconnaît a\ee quelques Juis devoir vivre et mourir dans li.'s soullrances , tandis (|ue l'autre , selon eux , doit toujours £lrc heureux el triomphant.
5" La passion de Jésus-Clirit a été un mélange C(miinuel d'outrages el de violences. Ses ennemis, qui voulaient tout à la fois le déshonorer et le perdre, faisaient succéder tour à tour les ignominies aux tortures. Les cruautés mêmes qu'ils exerçaient sur lui portaient un c;ir.ictère d'insulte et de moquerie. Celle double persécution n'a pas été oubliée dans les prophéties. Jésus-Christ se plaint par la bouche du psalmiste , que (1) 'e nombre de ceux qui le haïssent, sans qu'il leur att fait aucun mal, a surpassé celui des cheveux de sa tète, que ses injustes persécuteurs ont prévalu contre lui, et qu'il souffre entre leurs mains la peine des crimes qu'il n'a pas commis. Il les compare dans le psaume 21 (21 à des chiens enragés qui le mordent el le déchirent , à des taureaux furieux qui l'assiégenl , à des lions rugissants qui ont ouvert leurs gueules pour le dévorer. Accablé des tourments qu'ils lui font souffrir ^3), son cœur est devenu comme une cire qui bouillonne et se fond au milieu de ses entrailles. Sa force s'est desséchée comme une terre cnile au feu. Sa langue s'est attachée à son palais , et il marche à grands pas vers la poussière du tombeau. Telles sont les violences commises par ses bourreaux. Les outrages qu'il éprouve sont décrits avec ta même énergie (4). Je suis un ver de terre , dit-il, et non pas un homme ; l'opprobre des hommes et le rebut du peuple. Il le fut assurément quand le peuple de Jérusalem, excité par ses prêtres, demanda sa mon à grands cris , et n'hésita pas à lui préférer un brigand et un assassin (5). Tous ceux qui m'ont vu ont parlé de moi avec dérision , et en remuant la tête ils ont dit : Il a espéré au Seigneur, qu'il le délivre , et qu'il le sauve, s'il est vrai qu'il l'aime. Voilà encore une fois la prédiction de ces mêmes paroles que les ennemis de Jésus-Christ prononcèrent en le voyant sur la croix ; el ce mouvement de tète , dont il est fait mention dans le psaume , a été (6) remarqué par S. Matthieu et par S. Marc. Le psaume 68 et le chapitre 53 d'Isaie , qui est une histoire anticipée de la passion de Jésus-Christ, sont également rempUs des opprobres dont il a été rassasié.
C" Les crachats dont on couvrit , les coups dont on frappa son visage , l'étal horrible où la fiagellation
(1) Ps. 68, .^.
(6) Malih. 27, 39. Marc 15. 29.
itol ŒUVRES COMPLETES DE
réduisit louie sa personne n'ont pas été moins dairelïieui prédits (1), J'ai livré mon corps à ceux qui le frappaienl, et mes joues à ceux qui m'arrachaient les poils de la barbe. Je n'ai point délourné mon vi- .•tuge de ceux qui me couvraient d^injures et de crachats. (Quelle peinture plus naïve des excès auxquels se liorlèrent contre Jésus-Christ , les prêtres et leurs domestiques dans la maison de Caîplie , et les soldats romains dans le prétoire de Pilate ! liais qui ne le reconnaîtrait déchire de plaies , arrosé de sang , couronné d'épines, vêtu d'une robe de pourpre, tenant en sa main un roseau , et donné en spectacle aux Juifs dans cet état aussi douloureux qu'humiliant , qui ne le reconnaîtrait , dis-je , à ces paroles du même Isaîe (2) : Il est sans beauté et satis éclat. jSous l'avons regardé, et il n'était pas reconnaissable. C'est un objet de mépris et le dernier des hommes. Un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché. Il paraissait méprisable, et nous ne l'avons pas reconnu. Nous raions considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié. Le châtiment { celui (3) dont on punit les entants et les esclaves indociles , c'est-à-dire la flagellation), ce châtiment qui doit nous donner la paix, est tombé sur lui , et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Le prophète marque par ces derniers mots ce qu'il répète souvent dans le môme chapitre , et ce qu'il faudra reprendre dans la suite avec plus d'étendue , que Jésus-Christ ne souffre ainsi que parce qu'il Pa voulu et pour expier nos iniquités par ses souffrances.
T Accusé par de faux témoins dont il pouvait aisément confondre l'imposture , invité par Pilate et par Ilérode à proférer une seule parole qui l'auruit sauvé , assailli par les clameurs et les blasphèmes li'une vile populace , d'une soldatesque effrénée , dos Scribes et des Pharisiens ses parties , Jésus-Christ (jarda un profond silence , sans se justilier, sans menacer, sans se plaindre. Cette douceur et cette patience au-dessus de l'humanité ne pouvaient être mieux exprùnées que par cette prédiction d' Isaîe (-1): // a été immolé parce qu'il l'a lui-même voulu, et il n'a pas ouvert la bouche. Il sera mené à ta mort comme une brebis qu'on va égorger. Et il demeurera dans le silence comme un agitean est muet devant celui qui le dépouille de sa toison.
8° Il a été suspendu sur une croix où on l'avait attaché avec des doux dont ses mains et ses pieds oiaien'. percés. Ce supplice est é\idemment annoncé dans le psaume 21, par ces paroles (S) : Ils ont percé mes mains et mes pieds. Us ont compté tous mes os. On y voit le lieu et la nature des plaies que reçut Jésus-Christ. L'extension violente de son corps déjà i-puisé de lassitude et de douleur, semblable à un
(11 Isai. 50, G.
(-2) Isai. 53, 2, 5, i, 5.
(3) Disciplina pacis nostra: super eum , et livore ejus sanali sumus.
(i) Isai. 55, 7.
(5)Ps.2!, !8.
LEFRANC DE POMPIGNAN. y:i2
squelette décharné. Ce corps pesant sur lui-même dans la situation où l'avait mis le cruciiiemeni laissait apercevoir aux spectateurs tous ses os , dont il leur était facile de compter le nombre.
On a tenté d'enlever cet oracle au christianisme par deux explications forcées. L'une est des Juifs moder nés qui par le changement d'un seul irait ont substitué un mot (1) à un autre, d'où résulte cette leçon, comme un lion mes mains et mes pieds, au lieu de celleci , ils ont percé mes mains et mes pieds. La preuve que les Juifs modernes sont coupables d'avoir falsifié leur texte en cet endroit , c'est que les Septante qui savaient l'hébreu , et qui ont traduit l'ancien Testament longtemps avant Jésus-Christ ont lu caru, foderunt , ils ont percé. C'est que le Juif Aquila, qui a fait sa traduction peu de temps après Jésus-Christ, a lu de même, quoique, dans le dessein d'affaiblir le sens d'un oracle si honorable aux c'iréiicns , il ait traduit , ils ont déshonoré mes mains et mes pieds. C'est que S. Justin oppose ce passage à Tryphon dans son dialogue avec ce Juif ; c'est que S. Jérôme qui a traduit le Psautier sur l'hébreu , et qui ne craint pas d'appeler les Juifs en témoignage de la fidélité de sa traduction a rendu le mot qu'il trouvait dans ses exemplaires par celuici : Ils ont percé, ils ont attaché mes mains et mes pieds : Fixerunt manus meas et pedes meos. Il n'y avait donc encore aucune contestation dans le quatrième siècle entre les chrétiens et les Juifs sur la véritable leçon de ce passage , et tous lisaient d'un commun accord caru, foderunt , et non pas car/, sicut ko.
Que signifie d'ailleurs cette dernière leçon , comme un lion mes mains et mes pieds ? Pour y mettre quelque sens, on supplée ces paroles : Ils ont mordu, ou ils ont déchiré. Mais est-il naturel à un animal aussi terrible et aussi sanguinaire que le lion de s'arrêter aux pieds et aux mains , au lieu de mettre en pièces et de dévorer toute sa proie. C'est ainsi que l'action de cette bêle farouche avait été dépeinie dans le verset 14 du même psaume : Ils ont ouvert leur gueule sur moi comme un lion qui dévore et qui rugit. Il est absurde de supposer que le psalmiste ramène une seconde fois le lion dans le verset 18, pour ne livrer à ses morsures que les mains et les pieds. Il ne l'est pas moins de réunir ces paroles avec les précédentes, pour en tirer ce sens : L'assemblée des méchants a entouré, a assiégé, comme un lion mes mains et mes pieds.Car, outre que les paroles qu'on va cherdier dans le verset 17 y forment un sens complet , l'assemblée des méchants m'a assiégé (2) ; a-t-on jamais ouï dire qu'un lion ait assiégé , ait entouré des mains et des pieds? A quelles extravagances en est-on réduit , quand on veut, à quelque prix que ce soit, obscurcir la lumière et combattre la vérité ?
Ce n'est que depuis l'invention de la massore , ce recueil de subtilités grammaticales , souvent faussf s
(1) Cari, sicut leo , à caru, foderunt, par le changement de la lettre vau en celle de iod, qui n'en diffère que par la grandeur.
(2) Concilium malignautium obsedit.
«•3 l'AKl. I\. ilIKOl.. KXKGLT. -Ll.VUŒKl 1
Il |)iii'iilt-s sur !a Ijiiyur saiiiU', iiuciriu- ollérutiuii s'i'nl ^liSMit: ilaii!i les t'Xoui|>lairfs liebrctix. Klk- nu les a pa» méiiie lou* iiifeciM. Les rabbins Daviil Kiincbi el Abeii- Kzra,<|ui ocrivaieul Jansle iluuziùine KicV'le, rccouiiamsi'iil i|ue lie leur temps les aiieiens exemplaire» licbieux étaient partage» entre la leeon île cuni, foderunt, el celle ilet'un, tient Uo. Il n'y avait guère plus d'un tiècle que la Becoiide, euniuic plus conruruie aux prcjujjés lies Juifs , avait enniniriicé îi s'intriuluirc ilc la marge ilans le leMe. In rabbin plus niiKlerne qu'eux, Jean Isaac (1) , atteste la vérité et sa cuuoeience que dans un ancien psautier dont sun grand-pcrc se servait, il a vu la levon des chrétiens dans le texte, et celle des Juil's à la inartje. D'habiles hébraîsants ont encore vu dans ces derniers siècles îles exemplaires corrects. Dimi Martianai , éditeur de S. Jérôme , dans une de ses notes sur le [isauine 21 traduit par ce père , en cite ao de cette nature , qui était dans la bibliotlièque de M. (jilberl. Le Juif qui l'avait copie avait d'abord écrit cari par un iod. Mais il s'était corrigé lui-même , et en formant la lettre vau par le prolongeineiii du iod , il avait écrit caru. .M. Simon s'étant récrié contre cette correction qu'il prétendait être l'ouvrage d'un chrétien , dom Marlianai lit examiner ce manuscrit par deux Juil's. Ceux-ci convinrent , et par un certilicat en bonne forme déclarèrent que le trait qui prolongeait la dernière lettre était de la main d'un Hébreux comme le reste du mot.
L'autre explication est de Théodore de Mopsueste. De son temps le texte hébreu était encore dans sa pureté. 11 n'avait donc pas la ressource que les Juifs ont imaginée depuis pour détourner à un sens étranger la prédiction accomplie dans la personne de Jésus- Christ. .Mais aussi déterminé qu'eus h. éluder celte prédiction , il eut recours à la métaphone. Us ont percé mes mains et mes pieds, signifie selon lui , ils ont fonillé dans ce q:Cil y avait chez moi de plus secret et de plus caché. Il appliquait ces paroles à l'allenlat d'.\bsalon contre son père David , qu'il chassa de sa capitale el de sa maison , et porta l'impudence jusqu'à l'aire sortir les femmes de ce prince des appartements intérieurs du palais , pour les déshonorer à la vue du public. Je ne dirai pas aux incrédules que cette inlerpréiatîijn de Théodore de Mopsueste a été condamnée, avec ses autres blasphèmes contre Jésus- Christ, par le cinquième concile général (2). Celle autorité les toucherait peu. Je ne leur demande que de la bonne foi pour rejeter une métaphore contraire à toutes les règles du langage. Elle est sans exemple dans l'Ecriture sainte , comme dans les autres livres. Percer des mains et des pieds , compter des os que les yeux découvrent , n'a jamais exprimé ce qu'entend ici Théodore de Mopsueste. Il faut pous-
(1) Idem ego ipse veritate et conscieniià bonà leslari possum , quod hujusmodi psalteriuin apud avum meura viderim , ubi in texiu scriptum erat KkRV , et in margine Kxr\. Johan. Isaac contra Lindanum lit. 2, pag. 202.
(2) Coacil. Constant. 2 Collât. 4.
ITE i:(>.NV.Vl.\ClK l'.\U LES l'IUM'ilLTlES. 954 her renlétemi'Mt ju»(|u'au riilicule, (mur ne pas avouer que ces paroli-H , uniquement susceptibles du sens littéral , marquent des plaies fuites aux mains et aux pieds pur des instruments t|ui les percent , et un corps suspendu , duiil le déi liarneiuent excessil laisKe iijtercevoir tous ses os.
y" 1-e même auteur n'a pas été plu» heureux dans le seits métaphorique qu'il donnait ù une autre pro- |)liélie vériliéc pendant que Jésus Christ plait sur la croix. Après les paroles que nous venons de voir , le psaliniste (1) ajoute: //*• se sont appliqués à me regarder, cl ils m'ont considéré. Jouissant ainsi du spectacle de rabattement , de la nudité , des douleurs du Messie crucilié et prêt à expirer, ils se sont partagé mes vilements, el ils ont lire au sort ma robe. Saint Mallhieu el saint Jean nous onl niuiilré raccomplissement de celle prédiction dans le partage que firent enire eux les quatre soldats qui avaient crucifié Jésus-Christ , des habits extérieurs qui le couvraient. Ils ne voulurent ou n' en purent faire autant de sa tunique intérieure ; elle était d'une seule pièce et sans couture. Ils la lù-crent au sort. L'événement ne pouvait rél)on(lre avec plus d'exactitude et de précision aux termes de la prophétie. Pour la faire disi)ar:;ilre, Tiiéodore de Mopsueste la transformait en uiie plainte do David sur le brigandage d'Absalon , qui , s'étant emparé de son palais , en avait pillé toutes les richesses. Sans doute on n'a rien de mieux à prendre dans le palais d'un grand roi que des habits et une lunique. On s'amuse dans l'ardeur du pillage à jouer ce qu'on ne veut point partager ; ou bien celte division d'habits si formellement énoncée , ce sort jeté sur une robe unique , veulent dire des meubles précieux et des trésors enlevés. Quel étrange renversement des idées communes ou du discours humain ! Cette circonstance du palais de David saccagé par Absalon n'est pas racontée dans le livre des Rois. Elle n'est pas même vraisemblable , vu le projet qu'il avait formé d'envahir le trône , et d'occuper la maison de son père. Quand elle le serait , je ne crois pas que le bon sens permette de la préférer à un événement aussi conforme aux paroles du psalmisle que celui dont on vient de voir la relation dans l'histoire de Jésus- Christ.
10° Enfin, et pour rassembler dans un seul ariide les derniers traits de la passion de Jésus-Christ , il a été crucifié entre deux voleurs. On lui fit goûter, avant que de le mettre en croix , du vin mêlé avec du fiel ; et la soif brûlante qu'il ressentit sur le point d'expirer fulétanché par du vinaigre. Il demanda grâce pour ses persécuteurs et pour ses bourreaux ; il invoqua Diçu par des paroles qui exprimaient son délaissemenl. Son côté fut ouvert d'un coup de lance. Or toutes ces choses avaient été prédites , comme elles arrivèrent. Isaie, dans le chapitre 55, où il parle plutôt an témoin oculaire qu'en prophète des souffrances de Jésus- Christ, assure (2) qu'iV a été placé parmi des scélérats,
(2) ls.-îi. 55, 12.
955 œUVRES COMPLETES DE
et qn'tl a prié pour les transgresseurs de la loi , pour ceux principalement qui , dans sa condamnation et dans son supplice, avaient violé toutes les lois divines et humaines. Il est dit au psaume 68 , qu'on lui a donné du fiel à manger, et du vinaigre pour appaiser sa soif. Le psaume 21 (1), autre lamentation prophétique sur les tourments et k mort de Jésus-Christ, commence en lui mettant dans la bouche ces paroles qu'il proféra peu d'instants avant de rendre l'esprit : Mon Dieu, moii Dieu (2) , pourquoi m'avez-vous aban-
(1) Quoique ces deux psaumes regardent évidemment Jésus-Christ, ils ont l'un et l'autre un verset qui semble l'exclure. Le psaume 21 le fait parler ainsi , vers. 1 : Les paroles de mes péchés sont cause que le salut s'éloigne de 7noi, Lonqè à sainte meà verba deiictormn meorum. Le psaume CS, verset 6 : Vous connaissez. Seigneur, ma folie, et mes péchés ne vous sont pas cachés. Deits lu scis insipientiam meam, et delicta mea à te non sw.t abscondila. Cette accusation de ses propres péchés dans la bouche de Jésus-Christ ne cadre pas avec la sainteté qui est essentielle au Messie. Le vers, i du psaume 21 ne fait aucune difficulté dans l'hébreu. On y lit : Mes cris et rugissements n'empêchent pas que le salut ne s^éloigne de moi. Longé à sainte meà verba nigitiis mei. Et c'est ainsi que saint Jérôme a traduit. Mais la leçon des Septante , dont l'Eglise a adopté la version latine dans les psaumes , est trop respectable pour qu'il nous soit permis de l'abandonner. D'ailleurs cette réponse ne pourrait avoir lieu pour le verset du psaume 68. Il faut donc àke pour l'un et pour l'autre que le Messie parle , non de péchés qu'il ait réellement commis , mais de ceux dont il est responsable , et qui lui sont devenus en quelque sorte personnels , tant par l'imputation que Dieu lui en a faite , en le chargeant de les expier, que par l'acceptation qu'il a bien voulu faire lui-même des peines que ces péchés méritent.. Isaïe, chap. 55 : Dieu a jeté sur lui les iniquités de twus tous. Il l'a frappé pour le crime du petiple. Il a porté les péchés et les iniquités de plusieurs. Il a été blessé pour nos- iniquités. Il a été brisé pour nc-s crimes. S. Paul, 2 Cor. 5, 21 : Dieu a fait péché pour nous , c'est-à-dire a regardé , a traité comme pécheur pour l'amour de nous, è notre place, celui qui ne connaissait pas le péché, afin que nous devinssions en lui la justice de Dieu, ou justes de la justice de Dieu. Ce n'est qu'en ce sens que les deux versets dont il s'agit parlent des péchés du Messie souffrant. Dans le psaume 21 , il réclame la protection de Dieu , comme lui étant acquise dès le ventre de sa mère et dès son berceau : Quoniam tu es qui extraxisli me de ventre. Spes mea ab nberibus matris meœ. In te projectus sum ex utero. De ventre matris meœ Deus meus es tu , vers. 10, H. Il n'attribue donc pas l'éloignement de son salut à des péchés dont il lut personnellement coupable. La chose est encore plus claire dans le ps.iUiiie 68. Car immédiatement avant les paroles qu'on nous objecte, on lit celles-ci : Je payais ce que je n'avais pas dérobé. Quœ non rapui tune exolvebam, vers. 5. Ou voit un homme chargé d'une dette immense , mais comme caution , non comme débiteur. En liant ces paroles avec celles qui suivent , elles forment un sens qui s'accorde purlaitement avec la sainteté du Messie. Vous connaissez , Seigneur, ce que c'est que ma folie. Elle m'est éirangère , et on me l'impute. Vous savez quels sont mes péchés. D'autres les ont commis ; et je les expie. Quœ non rapui tune exsolvebam. Deus, tu scis insipientiam meam , delicta mea h le non sunt abscondita.
(2) Deus, Deus meus, respice in me. Quare me dereliquisti. Ps. 21, 1.
Il est remarquable que Jésus-Christ, en prononçant ces paroles , omit celles-ci : liespice in me , qui ne sont point dans le texte hébreu , et qui ont été ?joutécs , sans changer le sens , pnr les Septinie.
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donné? Zacharie déclare (1) que les Juifs, louches de repentir, tourneront un jour les yeux vers celui qu'ils ont percé : Aspicient ad me queni confixerunt ; qu'ils pleureront sa mort comme on pleure dans une famille celle d'un fils tendrement aimé, d'un fils unique, d'un fils aine. Ces pleurs, ainsi que ces regards vers celui qui a été percé, seront les fruits de Yesprit de grâce et de prière que le Seigneur doit répandre sur ta maison de David et sur les habitants de Jérusalem. Ce qui prouve qu'il ne s'agit en cet endroit que du Messie, puisqu'il est seul dont la mort ne puisse être dignement pleuiée que par une effusion abondante de l'esprit de grâce et de prière , et que celui d'ailleurs qui promet cet esprit , est le même que les Juifs doivent regarder après l'avoir percé. Au reste , quoique ce soit la lance d'un soldat romain qui a ouvert le côté de Jésus- Christ , on a pu dire avec justice que ce coup a été porté par 'es Juifs, qui ont armé la main de ses bourreaux. Il faut ajouter , pour ne laisser aucune difllculté, que celte plaie est différente de celles de ses pieds et de ses mains. L'Ecriture a su nommer ces parties de son corps , quand elle a voulu prédire qu'elles seraient percées ; et saint Jean a eu (i) raison d'appliquer ce texte de Zacharie : Aspicient ad me quem confixerunt , à un coup de lance , qui , en ouvrant le côté, perce véritablement l'homme et atattaque le prindpe de la vie (3).
Plus on considère cet amas de prophéties sur la mort de Jésus-Christ, plus on y découvre l'inspiration divine qui les a dictées. Il faut connaître l'avenir avec une certitude qui n'appartient qu'à Dieu , sonder comme lui par un regard anticijjé les replis les plus pro'fonds des âmes qui ne sont pas encore tirées du néant , prévoir leurs déterminations les plus volontaires et les plus libres , tenir en sa main toute la chaîne des événements futurs, soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral , pour annoncer jusqu'aux moindres détails d'un fait incertain en luimême , et susceptible dans sa manière d'être de tant de variétés. Mais quel est ce fait , quelles en sont les circonstances prédites par les prophètes? Avaientelles au moins quelque rapport avec les idées populaires qui régnaient de leurs temps? Est-ce l'envie de relever la gloire de leur nation , de flatter ses désirs ,
(1) Zach., 12, 10.
2) Joan. 19,34,57.
(3) On ne s'est occupé que du soin de vérifier cette prophétie particulière-: Ils regarderont celui qu'ils ont percé. Mais quand s'est accomplie à l'égard des Juifs la promesse d'un esprit de gilice et de prière qui doit leur faire pleurer l'attentat qu'ils ont conmiis sur In personne de Jésus-Christ? Elle s'accomplit d'abord l)ar la prédication des Apôtres, qui excita dans le cœur d'un grand nombre de Jnits des sentiments de componction, Act. 2, 57. Elle s'est accomplie et s'accomplit encore dans la suite des siècles par la conversion, quoique rare , des Juifs qui se font chrétiens. Elle s'accomplira p.irfaitcment vers la (in du monde par la réunion entière de ce peuple à l'Eglise chrétienne. C'est alors que le ileuil des Juifs sur la. mort de Jésus-Christ, dont leurs pères ont été coupables , sera universel , comme les paroles suivantes de Zacharie l'insinuent clairement. Chap. 12, 12, 13, li.
»57 i\M. i\. iiiioi. I \ii;kt -lim;iii:i>i
qui a |iu leur iiii>|)irer ce* pn'ilii'tioiiiiT Nuii ; iU mivrrviiciu au roiilrairo un i>)hU^iiir l'tabli (lariiii liii Juin ^ur la iien<oiiiui ol lis l'arai'U^if» ilu Mt^-^ie, iU kiilntituaii'ut la pauvri'le au\ riclii~>s«i , îc* wiufrraiii'cs au\ dclicoit , les u|)|irobrM aux iriuuiplict , l.i croix au lr(^llt^ uno mort cruelle à uu r£i;no ^lurioux. Ilt> oiiN'vaii'iil tl'.ivam-o au |ieu|ili' juif tes brillalitt^ |iri>!i|>oriU'.s , i-t ci-iu- tloiiiiiiatioii uiiivorbullc qu'il se (N'oiiu'Uail par U'S arnifs vit'lurifus«-s de son Libéra- U'Ur. Ils ne laissaient pas uit^nie à leurs cuncituycns la consolation de. croire (|u'ils seraient innocents du suppliée de leur Messie, ni d'espérer qu'ils en seraient les vont;eurs. C'est au milieu de ues propres frères que le Messie devait trouver d»>s traîtres , de liclies serviteurs , des envieux et des ennemis implacables. Les maux que sa nation lui ferait devaient retomber sur elle, et cette pierre, rejelée de l'édifice par d'infidèles areliitectes , devait écraser par sa cliutc la maison d'Israël. Voilà ce que contiennent des oracles publiés dans Jérusalem et dans la Judée plusieurs siècles avant Jésus-Christ , des oracles que les Juifs nous ont transmis et qu'ils conservent encore aux yeux de l'univers avec une vénération que rien n'est capable d'altérer, des oracles dont raccomplisseinenl est aussi niamleste que leurs dates sont authentiques. Il n'y a jamais eu de démonstration , si ce n'en est pas une; et c'est ici qu'on peut dire après Jésus-Christ , que les incrédules, qui n'écoulent pas les prophètes , ne se rendraient pas même à la vue d'un mort ressuscité (1).