‹ Œuvres completesChapitre 86 sur 232 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Prédictions sur la gloire de Jésus-Christ après sa mort.

Des Juifs entraînés par l'évidence de ces prédictions ont admis un Messie pauvre, humilié, mort dans les tourments. Ils le distinguaient d'un autre Messie, fils et héritier de David, roi belliqueux et conquérant, objet, selon eux, de ces magnifiques promesses, dont le peuple fait dépendre l'exécution de sa délivrance et de son élévation temporelle.

Ce sentiment embrassé, comme on l'a vu par quelques rabbins, prouverait au moins que Jésus-Christ est l'un des deux Messies annoncés par les prophètes. Les humiliations et les souffrances prédites lui conviennent de point en point. Mais quand on forcerait une partie des Juils, toute la nation même à cet aveu, l'intérêt de la vérité et celui de la religion ne permettraient pas de s'en contenter. Il est aussi i'acile que nécessaire de montrer les prédictions glorieuses et les prédictions humiliantes, s'il est permis de parler ainsi, également accomplies dans la personne de Je- Eus-Cbrist.

L'erreur de ces Juifs consiste à diviser entre deux Messies ce qui n'appartient qu'à un seul, mais en des temps différents. Le même Christ, le même envoyé de Dieu, le même rédempteur d'Israël a dû naître et vivre dans l'indigence, éprouver des contradic-

(1) Si Moysen et prophetas non audiunt , neque si quis ex raortuis resurrexerit , crcdent. Luc. 16, 51.

I ri'h (U.NV.VI.NCLK l'Ail LKS PIlOMIKilES. >J%ii lion» iM-iidaiit 8a vie, expirer au milieu de» Kuppliti» : voilà le terme de w» cqiprobres cl du «c« douleum. Il a dû après sa mort triompher de se» eiinemiit, «e mettre en possession de Ha royauté, ouvrir à heu lidèli-H discipU-s l'entrée <l<i roy:iume conquis pour e .\ et pour lui. Voilà rép<>(|uc et lu conunencement de m gloire. Sans ce dénouement les prophéties que nous avons mises jusipi'à présent sous les yeux des lecteurs, et beaucoup d'autres que nous auri.>ns pu y ajouter, seraient incompréhensibles et contradictoires. Elles se rapportent toutes i une même personne. L'unité du Messie est après celle de Dieu un dogme fondamental dans l'ancien Testament. Il faut donc de deux choses l'une, ou que les oracles qui annoncent le Messie souffrant soient faux et trompeurs (les Juils ne le diront jamais ; les incrédules ne peuvent le dire après les preuves (|ue nous avons données de l'accomplissement de ces oracles), ou que les souffrances du Messie aient dû précéder son triomphe, et c'est ce que nous soutenons.

Ce n'est là qu'un raisonnement. Voici des textes positifs. 'Le chapitre 53 d'Isaïc, les psaumes 21 et (.S nous ont fourni les prophéties les plus claires sur les abaissements et la inort de Jésus-Christ. C'est dans ces mêmes endroits que nous le voyons élevé ensuite au comble de la gloire.

Il est (1) environné de bêtes féroces qui se jolient sur lui de toutes jiarts. Il a les mains et les pieds percés. Ses os disloqués se font jour à travers une peau desséchée. Ses forces sont épuisées. Il est ensuite enseveli dans la poussière du tom!)eau. On lo croirait anéanti. Tout A coup il se relève (2), pou:raconter à ses frères le nom du Seigneur. 11 invite toute U race de Jacob et d'Israël à s'unir à lui pour giorifu-r Dieu qui n'a pas rejeté ses prières, et qui a exaucé ses cris redoublés. // chantera les louanges de Dieu dar.s une église nombreuse. Il lui rendra des hommages publics en présence de ceux qui te craignent. Les pauvres seront nourris et rassasiés. Les âmes qui cherchent Dieu te loueront et vivront éternellement . Toutes les régions de la terre se rappelleront le souvenir du Seigneur, qu'elles avaient profondément oublié, et se converlironl à lui. Toutes les familles des nattons l'adoreront. Dieu étendra son empire sur tous les peuples. Les riches de la terre, admis après les pauvres au banquet universel, y mangeront, par le prodige le plus étonnant , ce qu'ils auront adoré. Tous les morl'els fléchiront le genou devant Dieu. Le Messie, qui avait été immolé à la fureur de ses ennemis, v'tvra pour le Seigneur. (1 le fera servir par sa postérité, etannoncer sa justice par un peuple qui doit naître, par une génération à venir dont Dieu sera te père et ie créateur.

Le psaume 68 commence aussi par les plaintes les plus amères et finit par un chant d'allégresse. La même personne qui s'était vue submergée (3) dans une haute mer, précipitée dans un a'oime sans fond- dénisée

(1) Ps. 21, 13-18.

(2) Ibid., 13- 52.

(3) Ps. 68, 1, 2, 3, 0. !5, 16, 2!, 22.

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

d'appui, abandonnée de tous, nourrie de fiel, abreuvée de vinaigre dans la soif qni la consumait, s'écrie (1) que la puissance de Dieu l'a sauvée. Elle offre à Dieu !(i! cantique de louanges et d'actions de grâces qui lui sera plus agréable que le sacrifice des animaux, dont les Juifs répandaient le sang sur ses autels. Elle exhorte les cieiur et la terre, la mer et tous les reptiles qu'elle renferme à louer le Seigneur, parce qu'il a délivré Sion, parce qu'il a rétabli les villes de Juda, que les vrais fidèles y fixeront leur demeure, et les posséderont comme leur héritage, que la race de ses serviteurs et tous ceux qui aiment son nom n'auront plus d'autre habitation.

I;aîe, qui a prédit plus clairement qu'aucun autre prophète les souff'rances et les humiliations du Messie, annonce avec la môme clarté la gloire et le triomphe qui doivent leur succéder. Dès le chapitre 52 il avait marqué cette gradation. Le Messie (2) y est représenté comme une rosée qui coulera sur toutes les nations. Les rois se tiendront en silence devant lui. Ceux à qui l'on n'avait rien dit de lui l'ont vu, et ceux qui n'en avaient pas enter.du parler l'ont contemplé. A ces traits éclatants les Juifs reconnaissent sans doute leur Messie , dont l'empire s'étend partout , dont les rois eux-mêmes écoutent et révèrent la voix, dont la réputation vole jusqu'aux extrémités de la terre. Qu'ils lisent le verset précédent, ils apprendront par quels degrés le Messie a dû parvenir à cette élévation. Comme il a été l'étonncmenl de p!uiieurs (Jésus-Christ l'avait été par ses miracles, par ses prédications, par la sainteté de sa vie), il paraîtra aussi sans gloire et dans une forme méprisable aux yeux des hommes. Tel fut l'élat où Jésus-Christ parut dans tout le cours de sa passion. Le chapitre 55 est encore plus convaincant. Le même homme qui, ayant été (5) condamné par ses juges, est mort dins les douleurs, et a été retranché de la terre des vivants (4), verra sa race durer longtemps en récompense de ce qu'il aura livré son âme pour le péché. La volonté de Dieu s'accomplira dans sa main. Il verra le fruit des travaux qu'il /iura soufferts, et il en sera rassasié. C'est pourquoi une multitude immense de sujets lui sera donnée en partage, et il distribuera tes dépouilles des forts et des puissants, parce qu'il a livré son âme à la mort.

Ainsi les témoignages des prophètes nous assurent que le Messie a d\\ passer successivement de la douleur à la joie, de l'exirènie disette à l'abondance de tous les biens, de l'esclavage à la royauté, du tombeau à la vie immortelle. C'est ce que les Juifs n'ont jamais voulu comprendre. Cet aveuglement sur une vérité si manifeste leur dérobe l'intelligence de toutes les prophéties. Pour conserver celles qui prédisent des grandeurs et des victoires, il a fallu ou pervertir par des sens étrangers, ou transporter à un second Messie imaginaire, celles qui annoncent des opprobres et des

(1) Ibid., 30, 31,32,

(4) IbiJ.. tO, li,12.

tourments. Mais les chrétiens, instruits par leur maître (1) que le Christ devait souffrir toutes ces choses, ei entrer ainsi dans sa gloire, concilient sans peine tous les oracles, qui ont exprimé ses différentes situations.

Le fondement essentiel de toute la gloire dont le Messie devait jouir après sa mort est sa résurrection. Elle seule pouvait le mettre en état de rendre à Dieu dans les nombreuses assemblées des fidèles ces hommages et ces actions de grâces que le psalmiste lui attribue, de devenir le chef d'une race future dévouée au service du Seigneur, de régner sur un nombre infini de sujets, de s'enrichir des dépouilles des forts, d'asservir les princes de la terre'i ses lois, et tout le reste qu'on vient de voir dans les psaumes et dans Isaîe. Cette résurrection était le triomphe le plus complet qu'il put remporter sur ses ennemis. Leur rage était désormais impuissante contre lui. La honte, dont ils avaient prétendu le couvrir, rejaillissait sur eux. On ne pouvait plus regarder son supplice, ni comme une conviction des crimes dont on l'avait accusé, ni conmie une preuve de sa faiblesse. Je ne parle pas de sa doctrine consacrée par un si grand miracle, de sa divinité déclarée par ce pouvoir absolu exercé sur la mort, de l'immorlalilé glorieuse dont il laissait aux hommes l'espérance et le modèle. Indépendamment de ces avantages précieux que la foi découvre dans la résurrection du Messie, elle suffis.tit, je ne dis pas seulement pour venger son innocence opprimée et pour honorer son ministère, mais pour effacer l'éclat de ces exploits guerriers que les Juifs avaient attendus de lui.

Aussi était-elle prédite non plus, comme on l'a déjà vu, indirectement et par voie de conséquence, mais dans les termes les plus formels. J'avais toujours, dit le Messie (2) par la bouche du psalmiste, le Seigneur présent à mon esprit, parce qu'il est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. Nous apprenons par ces paroles que dans le fort de ses tourments, et lorsque Dieu paraissait l'avoir abandonné, le Messie n'avait jamais détourné ses regards de la main invisible et toute puissante qui le soutenait : C'est pourquoi mon âme s'est réjouie, et ma tangue a chanté des cantiques. Ici sa joie et sa reconnaissance commencent à s'exhaler : Ma chair même se reposera dans l'espérance. Son âme ne recueillera pas seule les fruiisde ses travaux. Sa chair doit être associée au même bonheur.

Après les tortures et les humiliations qu'elle a endurées, elle attend paisiblement dans le tombeau sa prochaine délivrance : Car vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer. Jésus-Christ y était descendu pour retirer les âmes des anciens justes de la longue captivité où elles avaient été détenues. Mais il était impossible qu'il y demeurât, et il en sortit avec ces dépouil-

(1) 0 slulii et tardi corde ad credendum in omnibus quae locuti sunt propheiœ ! Nonne haec oportuil paiiChrisiuni.et iîa intrarein doriara suam ? Lmc. 2 i . 25, 26.

(2) Ps. 13, 8, a, 10, 11.

»fil PART. IX. TIIEOI.. K\K(;I.T.-I.IN(;KKI)LI

"rs qu'il avali enlevées à l'omiiiri! des léiiêbres : t'/ tWMj ii« pennelirei pomlifue voire Saint éprouve la Ciirruplioit. Vue cliair puro el viryiiiiile, inaccL-ssIlili! :iujt Irails (lu pivlié, ut- |><iuv:iit élio réiluilo en poussii'-i r, ol (loveilir la p.^luro ilfs vers. ('.« IraileiiiiMit esl réwrvé S lies corps qui, mouillés <lùs le (troinier niunient de leur eoïKvption, el purlaiit uu-de>l:iiis d'cux-iuCnies durant tout le courA du cetlo vie innrtelle, le foyer de la eoueupiseence, doivent eonnne le grain semé en terre, passer de la p.>urriture à la résurrection. Mais celte loi n'était pas faite pour le temple uii la Uiviiiité résidait pei-sonnelleinent ; et l'Iluniinc-Dieu qui avait pu sonllVir el mourir pour l'expiation du pcclié n'était p,is sujet i*) la corruption , apanage de rhoniiuc pécliour: Vous m'avez fuit coiinaiire les voies I/I4I mèiteni » la i'if(l).Tel est l'ellét de celle sainteté incorruptible dn Messie, cl de l'aniour paternel que Dieu a pour lui. Il retourne bieiilôt à la vie qu'il avait volontairement quittée. I.u mort, dont il brise l'aiguillon, n'osera pins apprucbrr de lui; et dans cette nouvelle route que Dieu lui a frayée, il goûtera une réliciic sans lin comme sans mélange. La vue de voire face me co)nblera de joie. Les délices que votre droite répandra sur moi seront éternelles. ■

Les incrédules diront-ils avec les Juifs que dans tout ce discours David ne parle que de lui-niènie. Les Apôtres (2) avaient prévn cette objection, quand ils citèrent en preuve de la résurrection du Messie, la propliélie que nous venons d'expliiiucr. Non, répondaient-ils, elle ne peut convenir à David. Ce prince, après avoir exécuté sur la terre la commission dont Dieu l'avait cliai'gé, a subi en mourant le sort des autres hommes. Son corps défiguré par la corruption n'est jamais sorti de son sépulcre qui se voit encore parmi nous. Il n'a donc pu avoir en vue que le .Messie sou flls el l'héritier de sou trône, et nous vous annonçons raccomplissemenl de celle promesse dans la résurrection de Jcsus-Clirist, dent nous sommes témoins oculaires.

C'est par le même raisonnement que S. Pierre prouvait aux Juifs que l'ascension de Jésus-Christ avait été prédite par le psalmiste (5) : David n'est pas monté au ciel, et cependant il a chanté lui-même : Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assetjez-vous à ma droite, jusqu'à ce que tons vos ennemis soient abattus à vos pieds. L'exclusion manifeste de la personne de David amène nécessairement celle du .Messie. Une autre exclusion ne la présente pas moins clairement. C'est celle que Jésus-Christ a relevée dans la question qui déconcerta les Pharisiens : Si le Cltrist est /its de David, comment l'appelle -t-il son Seigneur? C'est qu'en effet David, ni un pur homme issu de son sang, n'a DU 4tre l'objet de l'ùivitation que le Seigneur fait dans ce psaume au Seigneur de s'asseoir à sa droite. Tout annonce ici une égalité qu'on ne peut admettre entre le créateur ei la créature : la dénomination commune

(i) S. Pierre, Act. 2, 29. S. Paul, ihid., 13, 3G. {i) Act. 2, 5t, 35.

(3) Ps. 109, 1.

ITF. CO.NVAI.NCIE PAU LKS PUOPIIETIES. !)C2 de Seigneur, la jtéanec de l'un à la droite de l'autre ; oxpresbion visiblement iiiéLq)lioric|ue, puisqu'il si-rait absurde d'attribuer dans le sens litliral bii iiienibn^ du corps hinnain, cl une biluation locale à Dieu, qui esl un être inunense et purement spirituel. Sous celle métaphore le ps.ilmible a voulu apprendie aux hommes, que le Verbe, personne divine, ne perdrait pu» la nature qui le reml égal el eonsubslatilini ù son père, en s'unissanl la nature humaine ; ipi'aprés avoir immolé son humanité, comme une hostie de propitiation, pour le salut du monde entier, il l'eleverai t ù la gloire qui lui était duc, comme appai'tcnanl au rilsunicjue de Dieu. Qu'avec celle hum.inilé, dont il ne se (hpouillcrait plus, il régnerait dans le ciel , c'est-à-dire dans l'assemblée des Ames bienheureuses qui conlenqdcni sans voile et sans nuage l'essence divine. Que du haut de ce trône, ou il serait éternellement assis, il partagerait son Eglise répandue sur la lerie, et qu'il y continuerait son ollice de médiateur, jus(|u'i ce que, le changeant en celui ilc juge dans ce jour redoutable où tous les honmies comparaitiont devant lui, il verra ses ennemis proslcrnés à ses pieds rendre des hommages forcés à sa souveraine puissance. Voilà ce qui a été révélé à David, quand d a entendu le Seigneur disant à son Seigneur; Asseyez-vous à ma droite, et attendez-y la délaite et la soumission entière de vos ennemis. Ce nouveau triomphe est encore infiniment supérieur aux trophées que les Juifs esclaves des sens érigent à leur .Messie.

Le ciel éiait fermé aux hommes , avant que Jésus- Christ y montât. 11 était cependant leur véritable patrie ; et les justes , qui avaient vécu jusqu'alors , s'étaient toujours regardés comme des voyageurs et des étrangers sur la terre. Mais quelque sainte qu'eût été leur vie, quelque précieuse qu'eût été leur mort aux yeux du Seigneur, ils n'avaient pu franchir l'inlervalle qui les éloignait de sa présence. La sentence portée contre la postérité d'Adam subsistait encore. C'est co que voulait dire cet .\nge dont il est pi.rlé dans la Genèse (1), armé d'un glaive de feu, et posté à rentrée du paradis de délices, pour défendre la approches de l'arbre de vie. Jésus-Christ avait effacé de son sang celte funeste sentence , en réconciliant sur la croix les hommes avec Dieu. Il avait délivré, dans sa descente aux enfers, les âmes justes de leur prison. Il ne restait plus qu'à les introduire dans le royaume qu'il avait acquis par tant de souffrances. Suivis de ce cortège , il entra dans le ciel , et accomplit ainsi cet oracle du psaume 07 (2) : Vous êtes monté en haut, et vous avei mené avec vous un grand nombre de captifs. C'est à Dieu que le ps.ilniiste adresse la parole . mais à un Dieu fait honune. Car la nature divine, qui contient et qui remplit tout, est incapable de monter el de descendre. Il n'y a pour elle ni lieux bas, ni lieux élevés ; et un Dieu qui monte à la lêle des heureux captifs qu'il conduit dans leur patrie , ne peuî être que le Messie s'ouvrant par droit de naissanco et

(1) Gcncs. 3, 24.

(2) Ps. IC7, 10.

S63 («LYKES Cîi.MPLETES DE

par droit ilc conquête les portes du ciel, et faisant entrer après lui dans ce séjour fortuné les hommes qui en étaient exclus.

Le premier usage que fit Jésus-Cbrisi de la puissance que son Père lui avait donnée dans les cieux et sur la terre, fut d'envoyer à ses Apôtres l'Esprit-Saint qu'il leur avait promis. Ce don si grand en lui-même, qui marquait si bien la divinité de celui qui l'accordait, avait été annoncé par les prophètes ; il est indiqué dans le même psaume. Celui qui est monté en haut, et qui a mené des captifs à sa suite , a reçu des présents pour les distribuer aux hommes. C'est le vrai et l'unique sens de ces paroles qui suivent immédiatement les premières : Ascendisli in altmn, cepisti captiviiatem; accepisii do.na in uominibls. S. Paul lésa traduites de cette manière (1) : // a répandu ses dons sur les hommes. D'anciens psautiers portent donner au lieu de receioir. On remarque que le terme original (2) se prend souvent dans la même signification. Le Syriaque, le Chaldéen, l'Arabe, TEthyopien, et le rabbin Aben-Ezra la lui attribuent dans cet endroit. A s'en tenir même à la seconde signification, il est évident que l'Honmie-Dieu monté au ciel, n'ayant pas besoin de présents pour lui-même , n'a pu en recevoir que pour les distribuer aux hommes.

Jésus-Christ , comblé (5) sans mesure des dons du Saint-Esprit, les fit descendre sur ses disciples quelques jours après son ascension. Il est inutile de s'étendre ici sur ce prodige, dont les effets sensibles furent publics dans Jérusalem, où des Juifs de toutes les nations, rassembles pour la solennité de la Pentecôte, entendirent les Apôtres parler toutes les langues étrangères. Mais il est de notre sujet, de montrer dans ce prodige (4) , après l'apôtre Saint Pierre , l'accomplissement d'une ancienne prédiction. Le prophète Joël avait annoncé (5) que Dieu répandrait son esprit sur toute chair. Que les /S/s et les filles des Israélites prophétiseraient, que leurs vieillards auraient des songes mystérieux, et les jeunes gens des visions célestes. Que dans ces jours le Seigneur répandrait son esprit sur ses serviteurs et sur ses servantes. Les Apôtres ne furent pas les seuls qui reçurent alors ce don inestimable. Tous les disciples au nombre de cent vingt, parmi lesquels se trouvaien'. la mère de Jésus- Christ ot les saintes femmes qui l'avaient accompagne pendant sa vie, étaient réunis dans le cénacle. Ils persévéraient tous dans la prière ; et des langues de feu, signes visibles des grâces intérieures communiquées par le Saint-Esprit, se reposèrent sur cliacun d'eux. Bientôt après plusieurs milliers de Juifs convertis par les prédications de S. Pierre, et baptisés au nom de Jésus-Chrsit, furent remplis du Saint-Es-

(l)Ephes.,4, 8.

(2) Gencs., 3i, i. Ibid. 48, 9. Num. 11, 16. Exod. IH. 12. Ibid. 23, 2. Ibid. 27,20.

(3) Non enim ad mcnsuram dat Dcus Spiriluni. Pater (liligit Filium, et omnia ledit in manu ejus. Joan. 5, 5-t, 35.

(4) Aci. 2, 46.

(.,). Joël 2, 28, 29.

prit. Les Samaritains ne tardèrent pas à le recevoir par l'imposition des mains des Apôtres ; et les Gentils enfin, au grand étonnement des fidèles de la circoncision, participèrent à la même faveur. Ainsi s'exécuta l'oracle qui avait promis que le Saint-Esprit descendrait sur toute chair, sans distinction d'âge, de sexe, ni de nation.

L'accomplissement de cet oracle était réservé aux jours du Messie. Le prophète déclare (1) en finissant, que tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés, et que le salut sera sur la montagne de Sion et dans Jérusalem, où commencerait la publication de la nouvelle alliance, pour se répandre ensuite dans tout l'univers. Cet accomplissement devait se perpétuer jusqu'à la fin du monde dans l'Eglise fondée par le Messie, quoique le Saint-Esprit ne dût plus être donné aux fidèles dans les siècles suivants, avec les mêmes démonstrations de la puissance divine, qu'à la naissance du Christianisme. C'est pourquoi le prophète ajoute à cette promesse la prédiction (2) des prodiges qui doivent précéder dans te ciel et sur la terre le grand et manifeste avènement du Seigneur : du sang, du feu, une vapeur de fumée, le soleil et la lune éclipsés, la lumière de l'un convertie en ténèbres, et la blancheur de l'autre en une couleur de sang. Celte prédiction a pu avoir un accomplissement imparfait daes la dernière désolation de Jérusalem, annoncée par des signes prodigieux qui parurent dans l'air et sur la terre, et figurant la vengeance terrible que Dieu exercera sur les réprouvés au jour du jugement universel. Mais la vérité peut seule remplir toute l'étendue et toute la force des paroles de Joël. Ce n'est qu'à la fin du monde qu'on verra cette confusion des éléments, cet embrasement des cieux et de la terre, cet obscurcissement du soleil et de la lune ; ce n'est qu'alors que le Seigneur paraîtra dans tout l'éclat de sa majesté. Joël a uni les deux avènements du Seigneur, l'un de miséricorde et de bonté, l'autre de justice et de rigueur, par un événement intermédiaire (la communication du Saint-Esprit), qui commence au premier, et doit durer jusqu'au second. L'intervalle qui les sépare, quoique très-long pour les hommes, n'est qu'un point à l'égard de Dieu (3), devant qui un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Indépcndanmient de celle chaîne, qui lie dans le texte de Joël les deux avénemenis du Messie, il est ordinaire aux prophètes, qui n'ignoraient pas leurs rapports, de passer subitement de l'un à l'autre, et de les comprendre dans les mêmes prédictions.

A la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, finissent les prophéties qui concernent personnellement Jésus-Christ. Les autres ou ne sont pas encore accomplies, ou l'ont été dans son Église ; et nous deslinons à celles-ci une explication particulière.

Que doivent penser les incrédules de cette suite adndrable de prophéties sur une seule et même pcr-

(1) Joël 2, 52.

(2) Ibid., 2, 30. 31.

(3) 2 l'olr. 5, 8.

pur. l'AUT. 1\. TIIKOI,. KXKIIKT. - I. INCUKhl 1 tonne / A i|iictli< c.tuns Wi altriliiirriiiililA, s'ils n'y recoiiiiJiiMviil i>as la sdeiico int'aillible d'uu Dieu qui prOVdit el i|ui ri'velo I avenir î Tout ce i|ui e»l arrivé ik Jesiis-dlirisI, ilejiuis l'inslanl tie t>a e<iiK'e|iUun jusqu'au lertne ilo sa carrière, a ili> préilil. Les pro|)liùte« ont arliculé sa gciiealngie, lu tcnq.s île sa venue, Sun prtH'urseur, sa pairie, la inanièro iluiil il devait tUre conçu et entante, li-s actions les plus reiiiarquables lie sa vie, sa iiinrt avec tous les lietails de son supplice, son trioinplic après ses liuniiliaiioiis. Qu'il est grand, puisque tant du voix ont été employées à rannonccr longtemps ivant sa naissance! que sa religion est divine, piiisi|u'il a l'ailii tant d'avertissements et tant d'oracies, pour en jeter les fondenicnls, et pour préparer les lioinmes 5 la recevoir! Achevons le parallèle de sa personne avec celle du Messie promis aux Israélites, et montrons encore, dans l'ancien Testiinieiit, des caractères plus particuliers de ce Messie tels qlie les chrétiens le révèrent,

CIIAIMTIIE VII.

Qualités particulières du Messie référé par tes clirétiens,

annoncées dans l'ancien Testament.

Les Juifs et les chrétiens reconnaissent également le Messie comme Sauveur et comme Libenilcur. Mais ces expressions n'ont pas le même sens dans la bouche des uns et des autres. Le salut attendu par les Juifs est un bonheur temporel ; leur délivrance , un alTrandiisscment, par les armes du Messie, de la servitude où ils gémissent sous l'empire des autres nations. Les chrétiens pensent au contraire que le Messie a été envoyé pour délivrer les hommes de l'esclavage le plus funeste , qui est celui de la mort et du péché , pour leur apporter les plus graniis de tous les biens, la justice dans ce monde , la possession de Dieu dans une vie éterncQe. 11 est leur Libérateur, parce qu'il a détourné sur sa propre personne les peines qu'ils méritaient , qu'il a payé par sa mort la rançon qu'ils devaient à Dieu , qu'il lui a olferl l'unique sacriûce qui put appaise- sa colère. Il est leur Sauveur, parce qu'il les élève à la dignité d'enfants adoptifs de Dieu , qu'il leur communique l'esprit sanctiftcateur, qu'il les soutient par les secours de sa grâce dans les seuliei-s pénibles de la vertu, qu'il leur assure l'iiérilage céleste qui en est la récompense.

Je ne compare pas ces deux sentiments. On voit assez que l'un est aussi digne de la majesté suprême et de la bonté de Dieu , que salutaire et consolant pour l'homme qu'il rappelle à lu noblesse et à la pureté de sou origine. L'autre est un préjugé national, injurieux à Dieu qu'il accuse d'auner et de haïr dans les hommes le sang qui coule dans leurs veines, offensant pour les autres peuples qu'il menace d'un honteux assujettissement; comme si la distinction d'être né Juif était un titre de supériorité , et que le plus noble usage de la puissance de Dieu lût de rétablir dans l'univers par les sanglantes victoires du Messie cette supériorité prétendue. Laissons les Juifs se bercer de ces vaines chimères. Il nous sullîi de leur prouver.

ITi: «lONVAINCl'K l'AU LES l'IlOI'lIKIlCS. 'M)n ainsi qu'aux iiieréilult.ii, ipie le Libérateur et le Sauveur reconnu par les chrétiens est le iiièiiiu que W» prophètes ont annoncé.

L'hoiniiie péelieur iMait à l'égard do Dieu un dt^biteur ipii ne pouvait s'acquitter, un criminel dont la condanination était inévitable, une victime prête à être immolée, et dont l'immolation ne pouvait expier les souillures. Il fallait donc , ou que Dieu renunçil à tous les droits di; sa justice , et qu'il laissit le |M';chc impuni en pardonnant au pécheur, ou que pour allier les vues de sa miséricorde avec les intérêts de sa gloire outragée, il reçût d'ailleurs une satisfaction que l'iiomme était incapable de lui donner. On a souvent deinandé si Dieu n'aurait pas pu , par une indulgence purement gratuite, remettre au pécheur tout ce qu'd lui devait, sans exiger la réparation du péché. Cette spéculation peut occuper avec quelque utilité le loisir des théologiens. Mais indépendamment de ce qui était possible ou ne l'était pas , l'Evangile enseigne aux clirétiens que , dans le plan actuel de la Providence divine, l'homme est redevable de son salut à un tempérament merveilleux de la justice et de la miséricorde. Que la justice éclate par une expiation du péché proportionnée à sa malice et à l'injure qu'il avait faite à Dieu ; la miséricorde, par la subrogation volontaire de l'innocent au coupable , et par l'amnistie accordée à l'un en considération de ce que l'autre a consenti de souffrir pour lui. D'où il résulte que la reconnaissance de l'homme doit être d'autant plus vive, qu'il comprend mieux, par ce qu'il en a coûté à sou médiateur pour fléchir son juge irrité , la grandeur de l'offense qu'il avait commise.

Ce plan , dont la sagesse et la beauté méritent notre admu-ation , est précisément celui qui avait été prédit sur la personne du Messie , et dont nous voyons l'exécution dans celle de Jésus-Christ. La rédemption des hommes opérée par le Messie n'est exposée dans aucun endroit du nouveau Testament avec plus de suite et de clarté que dans le chapitre 53 d'Isaïe. On y trouve tout ce qui constitue une véritable et parfaite satisfaction.

S'il a été nécessaire que celui qui voulait racheter les hommes pécheurs , ne dût rien lui-même à la justice de Dieu , Isaïe déclare que le ïlessie (i) n'a commis aucune iniquité, et que la fraude n'a jamais été dans sa bouclie. C'est (2) un serviteur de Dieu qui est jusie et qui justifie les autres. S'il a dû être le maître absolu de sa propre vie qu'il offrait pour le rachat des hommes , aussi (3) n'a-t-il été immolé que parce qu'il l'a bien voulu. S'il a fallu qu'il répondît et qu'il pay.it lui-même pour des débiteurs insolvables, jamais cautionnement n'a été plus généreux et plus effectif que le sien. Les dettes contractées par les hommes étaient les peines que méritaient leurs péchés. Le Messie les a volontairement subies. Il a (4) pris sur lui

Ibid.,H.

(3) Ibid., 7.

(4J Ibid., i, E

nos langueurs, et il s'est chargé ae nos douleurs. Il a été couvert de plaies pour nos iniquités, il a été brisi pour nos crimes. Il a porté les iniquités el les péchés de plusieurs, c'est-à-dire sic tons dans le langage de l'Ecrilure- Voilà ce qu'il a l'ail pour réconcilier les homincs avec Dieu. Veul-on savoir si sa médiation a été acceptée , le prophète répond (l) que , comme nous étions tous semblables à des brebis errantes , que chacun de nous s'était égaré dans sa propre voie, le Seigneur a mis sur lui les iniquités de nous tous, qu'il l'a frappé pour le crime de tout le peuple, et qu'il a voulu l'écraser dans sa faiblesse. On voit que les hommes accablés sous lo poids immense de leurs iniq-uités ne pouvant se relever d'eiix-mcmes , Dieu a jeié ce fordeau sur le Messie pour les en décharger, qu'il l'a frappé pour épargner son peuple , el qu'il veut bien être regardé comme l'auleur des coups qui l'ont écrasé , afin qu'on ne puisse douter que le Messie n'a souffert tous ces tourmeius que par soumission à sa volonlé. Si l'on demande enfin quel a été pour les hommes le fruit de cette niédiatinn , Isaïe assure (-2) que le châtiment qui est tombé sur lui nous a procuré la paix, que nous avons été guéris par ses tncurtrissures , que par sa science il justifiera les hommes dont il aura porté les iniquités, et qu'en récompense d'avoir livré son âme à la mort comme une victime d'expiation pour te péché , il verra dans l'avenir le plus éloigné, les hommes devenus «€s enfants, ses sujets, sa conquête, partager sa gloire et régner avec lui. Un Apôtre témoin des souffrances de Jésus-Christ, instruit par lui-même de leur cause , de leurs effets , n'en aurait pas parlé autrement qu'un prophète respecté par les Juifs , et qui de leur aveu a écrit plus de sept siècles avant la fondation du christianisme.

De celte propilialion attribuée au Messie dans l'ancien Testament naît la qualité de prêtre el en même temps celle de victime. La première et la plus importante fonction du sacerdoce est d'intercéder pour les hommes auprès de Dieu. Il n'y a point de sacerdoce sans sacrificateur , ni de sacrifice sans victime ; et puisque nous venons de voir que le Messie a d\\ s'immoler lui-même pour le salut des hommes, c'est une conséquence nécessaire qu'il soit tout à la fois le prêtre qui sacrifie el la victime sacrifiée. Je n'ai pas besoin d'avertir que Jésus-Christ nous est représenté sous celte double idée dans le nouveau Testament ; que l'Apôlre S. Paul a composé son Epître aux Hébreux pour célébrer le pontife de la nouvelle alliance, qui n'a offcrl d'autre hostie que son corps sur l'autel sanglant de la croix , et qui continue encore d'une manière .".ussi réelle qu'incompréhensible cette même oblaiion dans les assemblées des fidèles. Mais je dois observer que S. Paul n'a fait que répéter le langage des prophètes.

n nous montre le sacerdoce de Jésus-Christ en ces paroles du psai m iste, qui s'adressent incontestable-

(1) Isai. 6, «, 10.

(2) Ibid., 5, 10, 11, 12.

ment au Messie (1) : Vous êtes le Prêtre éiernci selon l'ordre de Melchisédech. Il ne s'agit pas de vérifier avec cet Apôtre une partie des rapports qui sont entre Jésus-Christ et ce roi de Salem dont il est fait mention dans la Genèse , ni de développer les autres traits de cette ressemblance que S. Paul se contente d'insinuer aus Hébreux , parce qu'ils n'étaient pas encore capables de les comprendre. Il me suffit de remarquer après lui (2) que tout prêtre étant établi pour offrir des dons et des hosties , le Messie, à qui un sacerdoce réel a été promis , a dâ nécessairement avoir quelque chose à offrir (5). Qu'étant né de la tribu de Juda, son sacerdoce diffère essentiellement de celui de l'ancienne loi , affecté par Moïse à la tribu de Lévi , et que la loi étant inséparablement attachée au sacerdoce, le changement de l'un emporte le changement de l'autre.

J'ajoute , toujours avec S. Paul , que le Messie n'a pas été moins prédit comme victime que comme prêtre. Le psalniisle l'introduit parlant ainsi à Dieu (4) : Vous n'avez point agréé les hosties pacifiques, Jii les sacrifices pour le péché , qu'on vous offrait dans le temple de Jérusalem. Alors j'ai dit : Me voici. Il est écrit de moi à la tête du livre que je ferai votre volonté. Rien de plus évident que la substitution déclarée par cet oracle d'une victime nouvelle aux anciennes , d'une victime pure et précieuse à des sacri- Cces que Dieu ne daigne pas recevoir. Mais quelle est cette victime ? C'est le Messie lui-même qui s'offre à la place des oblations légales. C'est lui dont il était résolu de toute éternité , qu'il accomplirait la volonté de Dieu : volonté, poursuit saint Paui , dans laquelle nous avons été sanctifiés (5). Et en effet, si l'on consulte les lumières de la saine raison , on conçoit aisément que les péchés n'ont pu être effaces par l'effusion du sang des boucs et des génisses. Que l'homme coupable ne pouvait désarmer la colère de Dieu par l'immolation d'une victime étrangère, eût-elle été d'un plus grand prix que ne sont les animaux. Que le sacrifice même de sa propre vie ne sullisait pas pour égaler en genre de réparation le crime de sa révolte et de sa perfidie contre son Créateur. Que pour lui rendre Dieu propice , il fallait une hostie vivante et spirituelle, d'une valeur infinie par la dignité de sa personne , et qui lui fût appropriée par l'imputation qui lui serait faite du mérite de ce sacrifice. Tout cela était renfermé dans les prédictions qui annonçaient le sacerdoce et l'immolation du Messie ; et quand les Apôtres les ont .ippliquées à Jésus-Christ , ils ont invinciblement démontré, qu'il remplissait, en sa double qualité de prêtre et de victime, une des plus belles parties du ministère que le Messie promis devait exercer.

Si S. Paul a parlé moins claircnvent aux Hébreux

(1) Ps. 109.

(2j Omnis enim ponti.ex aa offerendum rauncra et hoslias constituitur. Unde necesse est et hune habere aliquid quod oflérat. Uebr. 8, 5.

(3) Ibid., 7,11, 12,13,14.

(4 Ps. 50, 7, 8, 9.

(5) Ps. 59, 7, 8, 9.

'uii. i\. riii;oi.. L\i;c.F.T. - L'iiV»;u(:Di'LrrE convain(:i:f, par lis i-udi-iii.iii.s. um

IMi!)

rfu sacrilicf roiitiiiiic sur 1 1 lorrc par le Messie ;i|iieh k:i mort , s'il n'a |i;ts juius^m' I.i inaipuraLsuii de sou siiccrducc avec eelui ilc Melchisedceli , ■usqu'aii puni et au vin offtrit au Tris-llaut par i-o rui puiitile (I) ; il trigiioruit |Kis iii'-jiiuKiiiLS, et il le dit dans la iiicfiiic 0|illre (i) , (|ue les clirélieiis ont un autel dont les miuisires qui lerveiil au tabernacle jildai(|ue n'ont fins droit de maiitjer la vicliiiie. C'est iiidi<|tier dans les Eglises chrctieiiiies un sacrifice extérieur cl public , le indme qui u été annoncé par Malacliic , dunl la pré diction est trop inipiul.uite , pour n'élre pas traitée avec (|ueli|ue étendue.

Dieu proteste par la bouche de ce prophète (3) qu"/i ne recevra pliu de présents de la main des Juifs , que depuis le lever du Suteit jusqu'au couchant son nom ser(t tfraiid parmi tes nations, et qu'en tous lieux l'on sacri- /iera et l'on offrira à son nom une otilalion pure. Malgré tous les eflbrls des protestants pour énerver ces paroles, elles signifient quelque chose dcpluâ iju'un culte spirituel rendu i Dieu dans toutes les pai ties de l'uni vers par des prières cl de bonnes œuvres. Ce serait toujours une propiiélie dont l'accoinplissemenl coiifondrail les incrédules. Mais la vérité nous oblige A leur découvrir, dans ce texte de Malachie , une autre prédiction qui s'exécute également ik leurs yeux par i'oblation du sacrifice eucharistique.

Le culte spirituel n'est pas , à proprement parler un sacrifice. 11 n'est appelle ainsi que par métaphore, et l'Ecriture ne lui en donne jamais le nom , sans ajouter quelqu'un de ces correctifs : un s;icrifice de louange , un sacrifice de justice , le sacrifice d'un cœur contrit et humilié. Ici l'on ne trouve rien de pareil. Le sens littéral se présente seul, et n'est détourné par au cune modification à un sens de figure (4). La suite du discours permet encore moins d'exclure le véritable sa crifice. Où serait l'opposition que met le prophète entre riioslie delà nouvelle allianceet les victimes immolées par les Juifs, s'il n'annonçait pour l'avenir qu'un culte spirituel? Les protestants répondent qu'elle consiste en deux choses. Dansfuniversaliié du culte attaché à la nouvelle alliance, et dans la pureté des dispositions qui doivent l'accompagner. La première de ces deux différences est insuHisante, la seconde n'est p.is exacte. La première est insudisante. Car ce n'est pas seulement l'étendue des lieux et le nombre des adorateurs que le prophète compare, mais encore la nature des sacrifices. Il oppose, j'en conviens, le monde entier au temple de Jérusalem , l'assemblage de toutes les nations au peuple Juif isolé. ISon est milii voluntas in vobis.... ab orta

(1) At verô Melchisedech rex Salem , proferens panem et vinum , erat eniin sacerdos Dei altissimi , benedixit ei. Gènes. 15, 18.

(2) llébr. 13, 10.

(3)Malaeh. 1, 10, 11.

(4) Le terme original (Mincha) est affecté par l'usage de TEcriturc à ces offrandes de pure farine décrites dans le livre du Lévitique , cliap. 2, vers. 1 , et chap. 6, vers. U, 13. Le choix de ce terme désigne encore mieux le sacrifice eucharistique , dont la matière est la même que celles de ces anciennes offrandes, e: où il n'intervient pointd'immolation sanglante.

Œuvres compl. de Lefi-.anc de Po'.inr.NAN. II.

enint totit uique ail uiiuiii/ii muijnuni ett nuiiien inrunt in yenlibut, mais il oppose du plus auv oblaliuns ilcii Juifs (|ue Dieu rejette, munus non luscipiam de manu relira, celle des Cenlils qui leur sera substituée. /•.( in umni loco sucrifuitlur et offerlur noniini meo oblalio munita.1.3 seconde différonre n'est pas exacte. Car quoiqu'il soit certain que le culte îles Juifs, contre le- (luel Malachie s'élève, fût répréhensible par les dispositions de ceux qui le rcndaienl , il l'était aussi , ei le prophète s'en plaint (I), par la mauvaise qualité des victimes innnolées. Dieu était indigné qu'ils osassent apporter sur ses autels des offrandes qu'ils n'auraient pas présentées à un hoinn-e de quelque considération. C'est de lu qu'il prend occasion de leur déclarer qu'il remplacera ces hosties doublement défectueuses par une oblaiion essentiellement pure. La différence prédite par Malachie ne se trouve donc pas dans les dispositions des Juife et dans celle des Gentils. Les premières n'étaient pas toujours criminelles. Les autres ne devaient pas être toujours agréables à Dieu. Le culte spirituel qui consiste en prières et en bonnes œuvres n'était pas étranger aux Juifs , ni spécialement réservé aux Gentils. Ce qui est annoncé comme nouveau , comme un apanage exclusif de l'alliance future , c'est la pureté inviolable de son sacrifice. Il y avait eu des Juifs qui semblables à Caïn choisissaient ce qu'il y avait de pire dans leurs troupe»ux , pour l'immoler à Dieu , cl c'était le crime de ceux que Malachie reprend avec tant de véliéaicnce. Mais la nouvelle hostie, indépendante des mains qui l'oflient, n'est pas susceptible de celte profanation. Les Juifs avaient souvent souillé leurs sacrifices par l'impureté de leurs cœurs ; et ces sacrifices n'ayant rien de saint par eux-mêmes devenaient dès lors aux yeux de Dieu un objet d'horreur et de malédiction. Mais la victime de la nouvelle alliance esi d'un si grand prix par sa nature, qu'elle lie peut être avilie par l'indignité des adorateurs et des prêtres ; et le sacrilège de ces profanateurs , quelque énorme qu'il soit, n'empêche pas qu'elle n'honore également le Dieu à qui elle est offerte. Tel est dans la prédiction de Malachie le contraste des deux sacrifices , l'ancien et le nouveau. 11 est aisé de voir que tous les caractères du second conviennent au sacrifice de l'Eucharistie. Sacrifice unique, et cependant offert dans toutes les nations et en tout lieu depuis l'Orient jusqir:^ rOccident : sacrifice essenticllenien" pur , puisqu'il n'a d'autre victime que le Messie que nous avons vu s'offrir dans le psalmiste, pour succéder aux oblations réprouvées du judaïsme. Toutes ces prophéties se tiennent , quand on les examine de près. La gloii e du christianisme est d'accomplir sans exception ce qu'elles ont de commun , et ce que chacune d'elles peut avoir de particulier.

(1) Offertissupsr allarc meum panem pollutnm

Si offeraiis ca;ciMn ad immolandum , nonne maliim est? et si offeraiis claudum et languidum , nonne malum ost?Offcr illud duci luo, si placuerit ei autsi susceperit facicin luam Mulucli. i 7. 8.

Si le Messie a dû être le libérateur des bommcs en les racheiant de l'esclavage du péché , il a dû être aussi leur Sauveur, en leur communiquant , par 1 esprit de grâce et d'adoption , le germe de la vie éternelle. Je ferai , dit le Seigneur dans Jérémie (i), avec la maison de Juda et celle d'Israël une alliance nouvelle, et bien différente de celle que j'ai contractée avec leurs pères , quand je les délivrai de la captivité d'Ég}pte. On a déjà vu que le Messie est le médiateur de celte nouvelle alliance (2). Voici, ajoute le nouveau Seigneur, en quoi elle consistera : J'imprimerai ma toi dans leurs entrailles, et je t'écrirai dans leui cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple, «;) Iwnune n'enseignera plus son voisin et son frère en lui disanl: Connaissei le Seigneur. Car tous me connaîtront depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Je serai propice à leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché. EzéchicI (3) annonce la même promesse en deux endroits de sa prophétie. Je ne rapporterai ici que le second qui est le développement et la confirmation du premier. Je répandrai sur vous une eau pure, dit le Seigneur, et vous serez laiés de toutes vos souillures. Je vous purifierai des ordures de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau , et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. J''ôlerai de votrt chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur dt chair. Je mettrai mon esprit au milieu de vous , et je ferai que vous marchiez dans mes commandements , et que vous gardiei fidèlement mes ordonnances.

Il faut prendre ces paroles dans leur juste signification, pour ne pas tomber dans des excès également rondamnés par l'ancien et par le nouveau Testament. Dieu dislingue les deux alliances. Il déclare les pré rogatives de la nouvelle sur l'ancienne. Mais les ver mes exclusifs dont il se sert pour relever l'une au-dessus de l'autre, doivent-ils être entendus à la rigueur? Est-ce que l'enseignement des hommes ne sera plus nécessaire dans la nouvelle alliance, pour conduire d'aulrcs hommes à la connaissance de Dieu? U le sera toujours. Car, suivant saint Paul (4), la foi vient de l'ouïe, et l'ouïe suppose une prédication extérieure : Fides ex audilu. Quomodb autem audient sine prœdicante? Celle prédiction de Jérémie qu'un homme n'enseignera plus son voisin et son frère en lui disanl, connaissez le Seigneur, ne signifie donc autre chose, sinon que la connaissance de Dieu n'étant plus limitée à un seul peuple, et l'Eglise chrétienne répandue dans tout l'univers ou^Tant son sein à toutes les nations, les hommes n'auront plus besoin de s'adresser à un peuple unique dépositaire des oracles de Dieu, pour connaître sa loi. La voix de ceux qui la publieront retentira d'une extrémilé de la terre à l'autre. Il n'y aura plus en Jésus-Christ, comme parle (5) l'Apôtre, m homme ni femme; la circoncision ne les dis-

a) Jerem. 51, 51, 32.

(2) Jerem. Ibid. , 53, 34.

(5) Ezech. U, 17 et seq. ibid. , (4) Uom. 10. 14, 17.

ÔJ Galal. 3,28. Coloss. 5,11.

30, 25 et seq.

LEFR.\1NC DE POMPIGNAN. 072

tinguant plus, et le baptême qui lui succédera étant commun aux deux sexes ; ni esclave ni persorme libre, tous les hommes étant soumis an même maître et affranchis de la même tyrannie ; ni Juif, ni Grec, ni Scy~ the, ni Barbare, toutes ces différences d'origine, de patrie, de mœurs et de gouvernement, demeurant confondues dons la vocation générale des peuples à la même foi.

Par une raison semblable on ne doit pas croire que la loi ancienne ait laissé les Juifs dans une impuissance réelle de l'accomplir, ni que tous ceux qui ont vécu soas elle l'aient violée, ni que tous les chrétiens aient dû être de parfaits observateurs de leur loi, parce qu'il est prédit que Dieu rompant son alliance avec les Israélites infidèles écrira sa nouvelle loi dans les cœurs, qu'il l'imprimera dans les entrailles de ceux qu'il y appellera, au lieu des tables de pierre où il avait gravé sa première alliance, qu'ils seront son peuple, et qu'il sera leur Dieu, qu'il leur ôlera leur cœur de pierre pour leur donner un cœur de chair, qu'il mettra son esprit au milieu d'eux, etc. Moïse avait (I) assuré les Israélites que la loi qu'il leur intimait de la part de Dieu n'était pas au-dessus de leurs forces, qu'elle était près d'eux, dans leur bouche et dans leur cœur, pour qu'ils fussent en état de l'accomplir. Il leur avait proposé à la face du ciel et de la terre, la bénédiction et la vie d'un côté, la mort et la malédiction de l'aulre, les conjurant de choisir la vie : preuve certaine que ce choix était en leur pouvoir; si l'on n'aime mieux dire que Dieu, dont il était l'interprète, insultait par une dérision aussi perfide que cruelle à la faiblesse des Juifs, en leur donnant l'option entre le mal dont ils ne pouvaient s'abstenir, et le bien qui était impraticable pour eux. Les chrétiens savent aussi par le témoignage de S. Pjul qu'î/s (2) portent dans des vases d'argile le trésor précieux de la justice : et ils ne la perdent que trop souvent par l'abus de celle liberté que la grâce de l'adoption ne leur ôte pas.

La préférence, annoncée par les prophètes, de la nouvelle loi sur l'ancienne, n'a pas besoin de ces exclusions rigoureuses qui seraient de véritables er- Tcurs Elle s'entend en premier lieu de la perpétuité de la seconde alliance qui ne doit pas être rompue, comme l'a été la première (3). Non secmdum pactum... quod irritum fecerunt, et ego dominatus sum eorum, dicit Dominus. Sedhoc eril pactum, etc. En second lieu, et ceci se rapporte h la matière que nous traitons actuellement, celle préférence consiste dans une abondance de glaces intérieures et de secours surnaturels,

(l)Mandatum hoc quod egopra;cipio lilii, non supra te est ncque procul posiium... sed juxia te est sermo valdè in ore tuo et in corde luo, ut lacias illum. Deuter. 50, 11,14.

Testes invoco liodiè cœlura et tcrram quod prnposucrini vobis viiam cl moricm, benedictioncm et ina- IcJio fmeni. Eiig", ergo viiam ut et tu vivas et senicn tuuni. ibid. 19.

(2) 2, Cor. 4, 7.

(51 J^-rem. 31, Zi.aZ.

«73 PAUT. IX. TIIKOI.. EXKC.KT. -l.'IN(.l»K.l»ri priiniiik! |Hiur la ni)Uvi>llt! alliaiii'c (t). Dabo Uujem utetun iii liiceribut eurum et in corde eurum icribmn eaiii. Uitko lobu cor rioiuui et tpiritiim iiofiim poiiuin in mt'i/io veilrt. E( aiiferam cor lupidtum de carne veëlrà, et dabo vobis cor cariieum etc. l)c inéiiic que ilans cfiio alliancp Dieu sera plus uiiivorscllcnicnt, plus fai'iloiiu'iil, fl plus pai raili'iiinil connu qu'il ne l'i'lail auparavant (iî), non doccbil iillrii ii'r projcimum smtm et vir jralrcm suimi, dicens : Cognoice Domiimm. Oinnet enim cvgnoscenl me à minimo eorum usqtie ad maainNini, etc. Ainsi la gricc qui renouvelle et qui purilie les cœurs, celle qui éclaire l' esprit, qui touclie lu volonlé, qui surmonte son eiulurcifiscnienl, qui la rend tlexible ;\ la voix île Dieu cl docile à ses comniandemenis , toutes ces grlces seront plus communes, plus abondantes, plus fortes qu'elles ne l'étaient sous l'ancienne loi. Les sacrements dont le nombre sera moindre cl l'usage moins onéreux, auront une eûicace qu'ils n'avaient pas. La circoncision n'était qu'un sceau imprimé sur la chair. Les sacriliccs et toutes les purifications observées par les Juifs n'effaçaient que des taches cl des souillures légales. L'eau du bapléme rendue active et féconde par la vertu du Saint-Esprit pénétrera jusqu'au>L imcs. Elle les marquera du caractère ineffaçable de la filiation divine, et leur donnera une seconde naissance, en les translérani de la mort du péché à la vie de la grâce. Les autres sacrements ou perfeciionneront ou rétabliront la justice communiquée dans le baptême (3). Effundam super vos aquam mun' dam et mundabimiiii ab omnibus itiquinamentis vestris. Les sources du Sauveur seront ouvertes suivant la prédiction d'isaîe (4), et chacun y viendra puiser avec joie les eaux qui rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. Saurielis aquas in gaudio de fo}itibus Salvaloris. A ces grâces sanciifiantes Dieu joindra des secours actuels proportionnes à une loi plus sainte dans ses préceptes, plus parfaite dans ses maximes, plus magnifique et plus spirituelle dans ses récompenses que ne l'était l'ancienne loi (5). Faciam ut inprœceptis meis ambutelis et judicia mea cuslodialis et operemini. En troisième et dernier lieu la nouvelle alliance a cela de propre et d'infiniment supérieur à la première, qu'elle enferme comme condition essentielle, ce qui était étranger à l'autre, je veux dire la rémission des péchés, la communication de l'Esprit sanctificateur, la promesse de la vie éternelle : qu'elle a été publiée par un législateur qui dispense lui-même avec une puissance souveraine les dons de la grâce qu'il leur a mérités, et qui par là est véritablement leur Sauveur : qualité qui n'a pu convenir à Moïse législateur des Israélites, beaucoup moins à tous les chefs et à tous les prophètes que Dieu leur a suscités après lui, d'où il est arrivé que s'il y a eu des hommes d'une

Cl) laid. 53. Ezech.

(2) Jerem. 51, 54.

i3) Ezech. 56, 25.

h) Isai. 12, 5.

(6) Ezech. oG, 27.

,ITI'. CIlNVAINCL'i: l'AU LES l'KOl'IlETICS. !I71 sainteté éiuinente dans lu preinlérealliaiice, c'est parce que h'élcvant au-dessus d'elle, ils ont reçu par anticipation l'i-sprit de la seconde, et que Ic-g hecours même que Dieu ne refusait pas au\ Juifs, pour pratiquer une loi qu'il leur avait imposée, leur uni été accordés non par la venu do cette loi, qui lie |iroiiietuit rien que de temporel, mais par les mérites ilc IMyneiiu donl Vitmnolation présenle aux yeux de Dieu, avant (pi' elle fùl accomplie, a été salutaire aux hommes ci'és (l) l'origine du monde.

Je serais infini, s'il fallait transcrire tous les oracles qui rcprésenlent le Messie comme libérateur et comme Sauveur des hommes dans un sens spirituel. Daniel décide la question sans ambiguïté. Après avoir déterminé à soixante-dix semaines le tenq» de la venue <lu Messie, il joint, pour caraciériser sa personne, à Vaccomplissement des prophéties qui se terminent toutes à lui, et à Vonction divine qui le rendra le Suint des saints, la consommation du péché, l'expiation de l'iniquité, et l'introduction de la justice éternelle. C'est exprimer dans les termes les plus clairs tout ce qu'il est permis d'attendre du .Messie, les m.iux dont il doit délivrer les hommes, les biens qu'il est chargé de leur apporter. Que les incrédules jiigeni eux-mêmes quelle est lidée du Messie la plus conforme aux anciennes prédictions, celle des clirétiens, ou celle des Juifs.

11 reste un dernier liait plus opposé encore aux préjugés des Juifs, mais qui ne s'olïre pas avec moins d'évidence dans les oracles qui annoncent le Messie. Les chrétiens le croient Fils de Dieu , non par adoption, mais par nature, fils consubsiantiel à so:i père, Dieu lui-même, immense, éternel et tout puissant. C'est en cette qualité que les chrétiens reconnaissent et qu'ils adorent Jésus-Christ leur Sauveur. Les Juifs abhorrent comme une iJoIàirie ce culte qtio nousluirendons;fidè]es imitateurs de leurs pèrcsqui accablaient Jésus-Christ d'injures, et voulaient le l.Tpider, parce qu'en disant que Dieu était son père, il se faisait égal à Dieu (2). Il était juste que la révélation de ce dogme impénétrable à la raison humaine fût appuyée des motifs les plus convaincants. Les miracles de Jésus-Christ, ceux de ses disciples, l'établissemeni merveilleux du Christianisme, le courage d'un million de niartjTS, sont autant de garants de la vérité de cette révélation. Nous n'en produirons ici d'autre preuve que celle même qui a é:é alléguée par Jésus- Christ (5). C'est le témoignage des anciennes écritures. Il ne doit être suspect ni aux Juifs qui les révèrent autant que les chrétiens, ni aux incrédules qui savent de quelles mains elles sont parvenues jusqu'à nous.

Si les Juifs n'avaient pas an voi'ie (i) sur le cœur, quaiiJ

(1) Agnus qui occisus est ab origine mundi. Anorat. 15, 8.

(-2) Patreni suum dicebal Deuni, xqualcm se lacicns Deo. Joan. 5, 18.

(3) Scrutamini scripturas.... illa; sunt quoe testimonium perhihent de me. .ioan. 5, 35.

(4) 2, Cor. 3, iù.

i!s lisent leurs livres canoniques, ils seraient moins surpris d'entendre parler d'une filiation propre et naturelle dans la Divinité. Salomon introduit (1) la sagesse rassemblant les hommes autour d'elle pour leur annoncer de grandes choses. Qu'on ne croie pas que ce soit une de ces prosopopces qui prêtent de la voix et du sentiment à des êtres imaginaires, pour animer le discours et réveiller l'attention. La sagesse qui parle est Dieu même, qui (2) déleste forgueil cl la duplicité; qui donne la prudence, f équité, la farce; par qui les rois régnent, et les législateurs portent des ordonnances justes; qui aime ceux qui faiment, et se fend accessible a ceux qui le clierchent avec empressement. Cette sagesse n'est pas non nlus une perfection de Dieu personnifiée. C'est une personne réellement subsistante, inséparahle, il est vrai, de la nature de Dieu, mais distinguée d'une autre personne divine |)ar des rapports d'opposition. Le Seigneur, dit-elle, m'a possédée dès le commencement de ses voies (3), avant qu'il eût encore rien créé. Le terme original qui répond à posséder, signifie souvent engendrer; et c'est ainsi qu'Eve devenue mère de Caîn, se frlicite(4) d'avoir possédé, c'est-à-dire, enfante un homme par la fccon- (litc que Dieu lui avait donnée. Ce sens est clairement fixé par la suite du discours (5). Les abimcs n'exislaient pas encore, et j'étais déjà co.nçue, les sources d'eaux n'étaient pas encore sorties de la terre. Les menlagnes n'étaient pas encore affermies sur leurs masses pesantes. J'^^a/s enfantéi; avant les collines. Voilà une sagesse conçue et enfantée par le Seigneur. Elle ne peut donc être cet attribut de la nature divine que les liommcs entendent sous le nom de sagesse. Il est absurde et contre toutes les règles du langage que Dieu conçoive et qu'il enfante les perfections de son essence. C'est une personne antérieure à la production de toutes les créatures; éternelle, comme il est dit dans le même endroit (Cj, ab œtcmo ordinaia sum et ex antiquis antequam terra fieret ; divine, puisqu'elle s'attribue, on l'a vu plus haut, la puissance et les opérations de la Divinité, et qu'elle a toujours été avec Dieu (7) dans la formation et l'arrangement de ses ouvrages ; distinguée enfin de la personne dont elle est née, et pour mieux marquer cette distinction, se jouant en (8) sa présence dans ce vaste univers qu'elle a tiré du néant et revêtu de toute sa beauté sans le moindre elTort.

Salomon était si persuadé que par ces paroles il décrivait un vrai Fils de Dieu par nature , que dans le même livre des Proverbes , il demande (9) si quelqu'un connaît le nom de Dieu et le nom de son Fils.

(1) Proverb. 8.

{-2)lbid. 8, 13,14, 13,17.

(3) Proverb. 8, 22.

(4) Possedi homiiiem per Deum. Gènes, i, 1.

(5) Proverb. 8, 2i, 23.

(G) Ibid. 23.

(7) Prov. 8, 26, 27, 28, 29, 30.

(8) Ludens coram eo omni tenipore, ludens m orbe icrrarum. Ibid. 30, 31.

(9) Quod nomen est ejus? Et quod nomen filiiejus, si nôsti ? Prov. 50, 4

C'est un fils unique, un fils bien supérieur à des enfants adopiifs, tels que peuvent être des créatures coiiibloes des faveurs de Dieu , et douées ''es plus excellentes vertus. La question ne serait pas digne de la haute sagesse de Salomon , si elle ne regardait que ces enfants adoptife. Les Israélites étaient accoutumés depuis longtemps à la bonté paternelle de Dieu envers ses amis et ses serviteurs. Le mystère qu'exprime le Sage par cette interrogation surprenante , est une filiation restreinte à une seule personne, incompréhensible à l'esprit humain, inconnue jusqu'alors aux Israélites, ils pouvaient absolument savoir par des révélations précédentes que Dieu avait un fils. Mais il en ignorait le nom. La réponse à celte question, quod nomen filii ejus si nôsti? était réservée au temps de la nouvelle alliance. Les chrétiens ont entendu prononcer ce nom inutilement demandé depuis tant de siècles. Ils ont appris que le Fils unique de Dieu conçu dans le sein de son père s'appelle le Verbe (1), que ce Verbe était dans Dieu dès le commencement, qti'il était Dieu lui-même, que toutes choses ont été faites par lui : et s'ils ajoutent que ce Verbe fait chair est venu dans le monde qu'il a créî: , nous allons voir que leur doctrine est encore sur ce point conforme à celle de l'ancien Testament.

Lk prophètes ont déclaré que ce Fils de Dieu par nature serait le Messie promis aux Israélites. C'est ce qui donne lieu à Isaïe d'interrompre le récit des souffrances futures du Messie par celte exclamation (2) : Qui racontera ta génération ? et Michée , pour mieux faire entendre comment et par où elle surpasse les discours et les pensées des hommes, dit (3), sprès avoir annoncé le lieu de sa naissance temporelle, que sa génération est dès le commencement, dès les jours de l'éternité. L'un et l'autre ont voulu prémunir les Juifs contre l'erreur où ils pouvaient tomber au sujet du Messie. Ils pouvaient le regarder comme un homme ordinaire, en voyant qu'il était né au milieu d'eux. Le spectacle de ses douleurs et de ses opprobres était encore plus capable de les affermir dans ce préjugé. Il était nécessaire de les avertir que cette même personne liwée sur la terre au plus affreux tourments avait dans le ciel une origine que nul homme ne pouvait expliquer, et que si elle devait naître à Bethléhem dans un temps marqué, sa naissance dans le sein de Dieu commençait avec l'éternité.

David est celui de tous les prophètes qui a parlé avec le plus d'énergie de la filiation divine et de la génération éternelle du Messie le psaume S et le psaume 109 ont été tous deux destinés à chanter sa

(1) In principio erat Vcrbum et Verbum erat apud Deum. Omnia per ipsum facla sunt.... mundus per ipsum facius est.... unigenitus Dei Filius qui est in sinu patris. Joan. i, l et seq.

Ilabcns nomen scriptum quod nemo novit nisi ipr.e. Et vestitus erat veste aspersû sanguine, et vocatur nomen ejus Verbum Dei. Avocal. 19, 12, 15.

(2) Isai. .^3, 8.

(?)) Mich. 5, 2.

077 p.vin. i\. iiiKOL. e\i;(;kt.-i.im;ui.i»i 1.

(iloire ei »« iriuuiphi'^. Ujiw l'un (i) il pn'ilil la ili'failf lies |M-uple* el Jrt roLs .lo lu U-rri- W^ui-i citnlr.) II! Si'it;iu-ur cl cunlrc sou Cluisl. Ce t:iirUl viclorifux 1-.1 lUbli rui (ur 11' Si'ijjiu'ur sur la iiiuiilag<- Je Siuii. Il Ijublio sa lui. l'oulo:! les naliuiis lui sont (loiiiitrs l'ouuiio Bon lit-ritagf. Il les gouvernera avec une vi*r|;e ilo for, el il biist-ra ooiniiii' un vase fragile lous ivu\ i|ui ustTonl lui ri'si?.liT. I>aiis l'auire psaume (â), le Messie est |>laeé à la ilroile du Seigneur , jusqu'à ce qu'il voie ses ennemis à ses pieds. Le sceptre de «a puissance sortira de Siun. Il dominera au milieu do ses ennemis. Il écrasera les rois dans le jour de sa colère. Il exercera ses jugements au milieu des nations , et après avoir bu de l'eau du torrent, il lèvera sa tète, c'est-à-dire, que sa joie et ses victoires succéderont à ses humiliations et à ses souITrances. Au milieu de cette magniliquc description du Messie, Dieu lui parle ainsi : Vous ctes mon Fils , je vous ai engendré aujourd'hui ^3). Je rvus ai engendré de mon tein avant l'aurore (i). Dieu reconnaît également dans CCS deux textes le Messie pour son Fils. Fils unique el d'une autre nature que les liomnies les plus justes et que les anges , auxquels il n'a jani.iis tenu le même langage (3). Fils non pas adopté d'une l'amille étrangère, mais porté dans son sein, et à qui il communique sa propre nature sans altération et Bans partage. La génération suppose la communication de substance , et dans l'Être divin qui n'admet point de division de parties , cette conmiunication doit être une parfaite consubstantialité. Fils éternel né avant l'aurore ou ce qui est la même chose , avant le temps qui commence avec les créatures et n'est précédé que par l'éternité. Fils dont la génération toujours ancienne et toujours nouvelle , est aussi nécessaire, aussi iimnuable que l'essence divine. Ce qui fait que Dieu dit à son Fils : Je votts ai engendré aujourd'hui , dans le même sens qu'il dit de lui-même (6) : Je suis celui qui suis. Idée admirable de la manière dont Dieu existe sans succession, sans accroissement , sans restriction , et dont il produit son Fils au-dedans de luimême par une action qui n'a pas commencé , qui ne passe jamais , mais qui est continuellement présente. Filius meus es tu. Ego hodiè genui le.

(l)Ps. 2. 1,2, 3, i, 5.

(2) Ps. 109, 1,2, 5.

(3) Ps. 2, 7.

(4) Ps. 109, 5.

Le texte Hébreu dans le psaume 109 est extrêmement obscur. Les Septante qui avaient plus de facilité pour le bien enlen Ire que lous les rabbius et les interprètes postérieurs, l'ont traduit comme les chrétiens, sans qu'on puisse les soupçonner d'avoir voulu f.ivoriser le christianisme. L'hébicu même tel qu'il est ponctué dans les exemplaires que nous tenons des Juifs, ou n'a pas de sens raisonnable, ou présente le même que la version des Septanlc et notre Vulgate. Les dilliculiés de ce texte sont très-bien éclaircies dans les notes de M. Bossuet sur le psaume 109, premier Tohmie de la nouvelle édition de ses œuvres. On peut les consulter.

(5) Cui enim dixit aiiqiiando angeiorum ? Filius meus es tu. Eeo hndic genui le. Ili'h. I , .'i.

(0) Exod. 5," 1 1.

ITF. C.O.NV.VINCl I, PAU I.LS PIIOPIIKTIES. «78 Saint Paul a dit (I) de J(^>us-Chri«l qu'i7 ii'u pai cru faire un larcin, en se disant égal à Dieu. Le» Juifj qui regardent comme une vaine et sacrilège usurpation cette égalilé préleiiihii' par le Mosii- des chrétien» , oublient ou se dissiumlent à eux niêines , t|ue les anciennes Écritures atiribuent le nom de Dieu , et les honneurs de la divinité au Messie ((ui leur était promis. Le psalmiste le fait asseoir à la droite du Seigneur , et par celte séance ainsi que pir le titre de son Seigneur , ((u'un roi comme David ne pouvait donner qu'à Dieu, il reconnaît dans le .Messie son (ils et son héritier la puissance et la majesté d'une personne divine. Dans le |)saume 44, il consacre sa lyre (2) à chanter un roi qu'il appelle le plus beau des enfants ces hommes. Les grâces sont répandues sur ses lèvres. U le voit ceint de son épée , armé de son arc cl de ses Ûèches, percer le cœur de ses ennemis, abattre les peuples sous ses coups , exécuter les plus grandes entreprises, et régner sur ses sujets avec autant de douceur que de justice. U n'en faudrait pas davantage , que cette alliance des vertus guerrières cl pacifiques , pour exclure de ce psaume Salonion, qui ne s'est fait admirer que dans la paix. Tout àcoup le prophète roi s'élève aune plus haute contemplation. Voire trône, s'écrie-t-il en adressant toujours la parole au Messie (3) votre trône, é Dieu, subsistera éternellement. Votre sceptre est un sceptre d'équité. Vous avez aimé la justice et haï l'iniquité. C'est pourquoi votre Dieu vous a oint, ô Dieu, de l'huile de joie d'une manière plus excellente que tous ceux qui ont part avec vous à cette onction. U n'est pas surprenant que i'IIonime-Dicu (ce sont les deux qualités que David réunit dans la personne du Messie) soit préféré à toutes les créatures dans la distribution des dons du Saint-Esprit , 'figurée par l'onction de l'huile qui donne la force et la santé.

Isaîe ne s'est pas moins clairement expliqué sur la divinité du Messie. 11 l'annonce comme le véritable Emmanuel (4), c'est-à-dire, comme un Dieu qui doit habiter avec nous. U ajoute le titre (o) de Dieu à lous ceux que portera ce royal enfant qui doit siéger sur le trône de David. Il prédit aux Israélites (G) que Dieu viendra lui-même et les sauvera, lorsque les yeux des aveugles et les oreilles des i:ourds s'ouvriront, que les boiteux marcheront avec la même légèreté que les cerfs, et que la langue des muets sera déliée. Jésus- Christ, qui a prouvé par tous ces prodiges qu'il élait le Messie, est donc le Dieu Sauveur (7). II est on

(1) Philipp. 2, 6

(2) Eructavii cor meum verbum bonup'. Dico ego opéra mea régi. Speciosus forma prse filiis hominum. Ps. 44, 1,2, el seq.

(3) Ps. 7, 8.

(4) Isai. 7, 14. ibid. 4*. S, 8.

(.5) Ibid. 9. 6.

(0) Ibid. 33, 4, 5, 6.

(7) Labor ^Égyptiel negolialio -■Ethiopia! cl Sabaini viri sublimer) ad te Iransibunl et U;i orunl. Posl te .Tuibulabuiit, vineli nianieis pergcnt, teque dcprecabuntur. Tanîùm in le est Deus el non est absque te Dcus. Vcrè lu es Deus alis:^indiliis, Dous Israël Salvaior. hai, 43, 14, 15.

liiênifi temps ce Dieu caché sous le voile de son bumanité que les peuples les plus sauvages cl tes plus superstitieux viendront adorer, suivant une autre piédictioii d'haïe, dans la nouvelle Jérusalem. Ils le prieront avec une liunille soumission, en lui disant : Voui êtes vraiment le Dieu caché, le Dieu d'Israël, le Sauveur. Ils confesseront que Dieu n'habite qu'au milieu de cette Église , dans laquelle ils s'empresseront d'entrer , et qu'il n'y a point d'autre Dieu que reîui qu'elle invoque. Tel est l'aveu qu'ont fait les fïcntils , en renonçant à leurs idoles , pour embrasser le cuite de Jésus-Christ.

La langue hébraïque a un nom fpécialemenl afTcctéau vrai Dieu. Ce nom est Jehovaii , du moins , selon la prononciation qui est la plus commune. Car il n'y en a point d'absolument certaine , et les Juifs, dont l'autorité ne serait pas même décisive, ne nous donnent là-dessus aucune lumière. Par un respect superstitieux pour ce nom, ils ont cessé de le prononcer longtemps avant leur dernière dispersion, et quand ils le lisent dans leurs livres canoniques , ils lut substituent d'autres (1) noms qui conviennent à Dieu et au Seigneur. Sans nous arrêter 5 cette pratique ni à toutes les visions qu'ils débitent sur les propriétés et les eOéls de ce nom ineffable , il n'est ni douteux ni contesté que la signincation du mot de Jeiiovah ne Eoit restreinte au Dieu créateur , à l'Être infini et Bouverainement parfait. Or Jcrcmie appelle ainsi le Messie en deux endroits. Il (2) prophétise la venue d'un juste , rejeton de David , roi plein de sagesse el d^équilé. Ce prince apportera le salut à Juda, la confiance et la sûreté à Israël. Et son nom sera le Seigneur (en Hébreu Jehovaii) qui est notre justice (3). Quand Jérémie n'aurait voulu parler que du titre attribué au Messie, il aurait suiTisammenl établi sa divinité par une dénomination incommunicable à tout antre qu'à Dieu. Mais il a été déjà observé que le génie de la langue hébraïque, est de marquer par des noms appellatifs la nature et les propriétés. Dire d'une personne qu'elle sera appelée d'une certaine manière, c'est dire qu'elle sera réellement ce qu'exprime le nom qu'elle portera. Les exemples en sont fréquents; et selon cette règle, la prédiction de Jérémie que le Messie sera nommé JéuovAii, est une déclaration d'autant plus authentique de sa divinité, que le prophète ajoute à la nature de Dieu une opération qui n'appartient qu'à lui, je veux dire la justification des hommes : Dieu seul étant assez juste pour être la source et le principe de notre justice. Et koc est nomen quod vocabunt eum. Dominas (Jehovah) justus noster.

Les incrédules soutiendront peut-être que tout ce qui vient d'être traité dans ce chapitre leur est étran gcr. Ils demandent des faits qui aient été prédits. On leur propose des dogmes. Les Juifs sont intéresses dans cette discussion qui les convaincrait d'avoir

({) Âdonaï, Elobim.

(2) Jcrem. 23, 5, 6.

(3) Les mr'mcs paroles sont répétées. Jcrcm. 53,

{.'i, in.

LEFRAXC DE POMPIGNAN. 9s:0

ignoré la nature et les fonctions du Messie , el de s'être égarés dans llnlelligence des prophètes , dont ils sont les premiers déposifaires. Mais la preuve qu'on a promise aux incrédules , qui ne défendent pas la même cause , est d'un genre bien différent. Elle suppose une confrontation exacte d'un événement historique avec une prédiction antérieure. Il faut , d'une part , un oracle qui ait déclaré ce qui devait arriver ; de l'autre, un fait sensible el certain, qui soit l'accomplissenienl de cet oracle.

Les incrédules auraient-ils oublié qu'on leur a tenu la parole dont ils réclament l'exécution? Combien de prophéties leur a-t-on faii voir , telles qu'ils les exigent, accomplies dans la personne de Jésus-Christ, à commencer depuis sa naissance jusqu'à son ascension dans le ciel , et à la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres? Cette preuve de fait n'est pas affaiblie par la conformité des dogmes qu'enseigne le christianisme sur le Messie avec la doctrine des prophètes. Ce n'est pas assez dire : cette conformité est une nouvelle démonstration contre l'incrédulité. Le système entier du Messie se développe dans les Livres sacrés de deux peuples qu'on ne peut soupçonner de collusion. On apprend dans les Écritures des Juifs ce que le Messie devait être et ce qu'il devait faire. On retrouve dan« celles des chrétiens, les actions el les qualités de ce Messie promis. De ces deux témoignages , l'un sans l'autre aurait pu laisser quelque fondement aux doutes des incrédules. Mais un édifice dont toutes les parties sont liées est inébranlable. Jésus-Christ est aujourd'hui ce qu'il était hier (1) : révéré par ses disciples , teJ que les prophètes l'ont annoncé. L'Evangile est la clé de la loi ; et les mystères que nous professons , déjà croyables par tant d'autres motifs , acquièrent un surcroît d'autorité par les oracles qui les ont prédits.

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