CHAPITRE VIH
Prédictions sur PÈglise chrétienne. Vocation des Gentils. Destruction de l'idoU'itrie. Rois convertis à la foi, et protecteurs de l'Église chrétienne. Etendue el perpétuité de cette Eglise.
U était prédit du Messie que la gloire serait le prix de ses souffrances , et que la mort , qui est pour les rois et les conquérants le terme de leur grandeur, serait au contraire pour lui le commencement de son règne et de son triomphe. C'est pourquoi nous avons vu (2) le même homme enseveli d'abord dans la poussière du tombeau , chantant ensuite au milieu d'une église nombreuse les louanges de Dieu, et annonçant sa justice à un peuple nouveau créé par le Seigneur. Jésus-Christ , l'objet manifeste des autres prophéties, avait déclaré qu'il accomplirait également cellelà. Mais l'accomplissement en était différé jusqu'après sa mort. Quelque persuasives que ses instructions dussent être , par les sentiments de respect, d'amour et d'admiration que sa présence inspirait , il eut peu
(1) Jésus Cluistus beri et Iiodiè ipso et in secula. Ilehr. 13, 8.
(2) Ps. 21.
«SI l'AiiT. i\. TiiKoi,. I:;m;i;i;t.-l'i.N(.iii:i)11
«lu vriiUllis ili9i'i|<li'S pi-iiil.iiit sn vio. Contrnt d'uvoir attiré il SKii iMfccïu , dans la perifoimc di-s nia^is , U-i préiiiiotit do la gtMUilité , il no {irèctiuil &u doctrinu qu'aux Juifs , et il retturduit dans ces coiiiiiifiici-iiiFiits (t) /<■] brebi» é^aréts de la maiion d'Iaruet €01111110 l'uiiii|uc objet do sa mission. Ce n'est |ias qu'il ne se (iruposût di.% lors de rassembler ces brebis avec (2) d'autres d'un bercail étranger. Le temps de celte réunion n'était pas encore venu. Sa mort violente sur une croix devait la précéder. Lors jue j'aurai été (3), dis.iit-il , élevé de terre , j'attirerai tout à moi. C'était témoigner assez clairement que sa ptirole ne deviendrait féconde i l'égard dos Juifs, et n'étendrait sa fécondité jusi]ii'aux Coniils, qu'après avoir été arrosée de son sang. Ce qu'il colaircissaii (4) encore par la comparaison du grain de froment qui demeure seul et ne se mulliptie point , s'il ne meurt dans la terre où il est jcié.
Il a donc fallu qnc Jésus-Clirisl niounU , qu'il ressuscitât, qu'il moniAt au ciel, qu'il répandit son esprit sur la terre, pour que son Eglise se formât e! s'accrût. C'est h Jérusalem que les fondements devaient en être joiés, suivant ce qui avait été annoncé par les prophètes (5), que la nouvelle toi sortirait de Sion ; et ta parole du Seigneur, de Jérusalem. Aussi n'eul-il d'abord d'autres prosélytes que les Juifs. Ses Apôtres, qu'il avait choisis dans cette nation, n'eurent pas plus tôt reçu le Saint-Esprit , qu'ils enseignèrei.t publiquement dans la capitale de la Judée, que leur maître était le Messie promis , le Fils de Dieu, le Juge suprême des vivants et des morts. Il y eut des Juifs qui crurent à leur parole soutenue de l'écbt des miracles et de l'autorité dos anciennes prophéties. Trois mille, à la première prédication de: saint Pierre, cinq ïuille , à la seconde , embrassèrent le clirislianisme et furent baptisés. Cet exemple eut beaucoup d'imitateurs; et, dans peu d'années, le nombre des Juifs convertis à la foi chrétienne s'était assez augmenté pour donner lieu à saint Jacques de représenter (C) à saint Paul, que tant de milliers de Juifs devenus chrétiens , mais toujours zélés pour la loi de Moïse , méritaient de grands ménagements. Ainsi fut confirmée avec plusieurs, sur la fin de la dernière semaine , comme D.iniel l'avait prédit, l'alliance que Jésus- Christ avait scellée par sa mort dans le milieu de celle même semaine.
Cependant ces Juifs baptisés et fidèles étaient en petit nombre, comparés à la mullilude infinie des incrédules de cette nation. C'étaient (7) tes restes pré-
(1) Non sum missus nisi ad oves , quae perieruni domi'is Israël. Mattli. 15, 24.
(2) Alias oves habeo quK non sunt ex hoc ovili, et
illas opnrtet me adducere et fiet unum oviie et
unus pastor. Joan. 10, IG.
(5) Joan. 12, 32.
h) Ibid., 12, 24, 23.
(6) Isai. 2, 5. Mich. 4, 2.
(6) Vides, frater, (
.q»otmiIlia sunt in Judœis qui crediderunt, et oninesœmulatores sunt logis. Act. 21,20. (7) Iloliqui.-B eonverlenlur , reliquiu; , inquam', ad Peum fortem. Si enim fuerit pnpulus tuus Israël
rrr: convai.nci f. pau i.ks puopiieties. 982
cii'ux , tant célébrés par les propholc^s , éoti:ipp<''S ii la condamnation géuérale prononcée contre lo peuple juif. L'ubKtination de ce peuple à rejeter le Messie, à lo persécuter après sa mort dans sa doctiinc il dans SCS di.sciplt>s, devint le salut dos Gentils. Ccuv-ci, exclus jus(iu'a!ors dos promesses de Uicu , éloigné» de son royaume, étranger» à son alliance, furent appolc-s à le connaître et h le servir. Ils se rangèrent en foule sous les étendards de Jésns-Christ , et restituèrent avec usure i l'Église de Dieu ce qu'elle avait perdu par la réprobation d'un peuple ingrat et rebelle.
Uieu n'a rendu le Christian ;me plus odieux aux Juifs, dès sa naissance, que b vocation des Gentils. Ces enfants d'Abraham, fiers de leur origine, £c croyaient pétris d'un autre limon que les autres hommes. Us ne pouvaient comprendre qae des nations qu'ils méprisaient dussent partager avec oui l'héritage du Seigneur, être appelées ii la connaissance de ses mystères , et honorées de la grùce de son adoption , se charger du soin de les instruire, leur promctiic qu'elles straient admises dans l'alliance de Dieu, c'était à leurs yeux le comble de l'abomination et de l'inipiélé. Quand ils cnicndaient dire à Jésus- Clirisl (1), qu'ils le clierchcraicnt un jour et qu'ils ne le trouveraient pas ; qu'il irait dans un lieu oîi ils ne pourraient le suivre. Où veut-il aller? répondaient-ils; est-ce au milieu des nations pour les enseigner î Donnant à entendre qu'assurément ils ne l'y suivTarient pas, et que, s'il mettait entre eux et lui cette barrière, ils n'entreprendraient jamais de la franchir. C'est par ce motif qu'ils se déchaînèrent avec plus de fureur contre saint i'aui que contre les autres Apôtres. Ils n'ignoraient pas que les Gentils étaient l'objet particulier de son ministère ; qu'il prêchait continuellement l'inutilité des œuvres légales , et la nécessilé d'une foi qui était pour le Gentil, comme pour le Juif, le commencement cl le germe du salut. Outrés de cette doctrine, qui blessait leur orgueil dans l'endroit le plus sensible en les confondant avec le reste des hommes, ils jurèrent la perte de saint Paul. Ils avaient écouté assez tranquillement l'apologie qu'il leur fit à Jérusalem de sa conduite et de ses senti menls. Mais lorsqu'il vint à dire (2) que Jésus-Christ lui avait tenu ce discours : Marche, car je t'enverrai au loin parmi les nations , à ce mol ils rompirent le silence , en criant au tribun romain qui le leur avait arraché : Olei cet liomnie de dessus la terre, il ne mérite pas de vivre.
Cet attachement superstitieux pour la r.ice
quasi arena maris , re'.iquiae convertentur ex eo. Isai, 10,21,22.
(1) Qua;reiis me et non inveniciis, et ubi sum ego vos non poleslis venire. Dixerunt ergo Judaei ad semetipsos: Quô hic iturusest, quia non inveniemus eum? Numquid in dispersioncm genliura iturus est , et docturns génies. Joan. 7, 31, 55.
(2) Et dixit ad nie : Vade , qnoniam ego in noiionos longé miiiam te. Audiebanl aulom eum usquc ad licc verbum. El lovaverunt vocem sunm , dicentes. Toile de terra hujusmodi. Non enim fas est eum vivcre. ilrr. 22 21.22.
083 œuVRES COMPLETES DE
d'Abraliain el pour la loi de Moïse a passé de ces Juife r.omemporaiiis de Jésus-Clirisl el des Apôtres à leurs descendanls. Us demcurenl toujours persuadés que Dieu n'a el ne peut avoir de peuple hors de leur nation. Mais ils portent eux-mêmes, sur ce point comme sur tous les autres , leur condamnation écrite dans les livres saiuis que leurs pères nous ont transmis, el qu'ils conservent encore avec tant de respect. 11 semble que Dieu prévoyant leur répugnance à former une seule cl même société dans la religion avec les autres peuples, ail voulu faciliter celte réunion par des avertissements plus multipliés et des prédictions plus expresses. Car , s'il y a quelque chose d'évident dans le texte d'un livre, c'est la vocation des Gentils annoncée par l'ancien Testament; et, depuis Moïse jusqu'à Maîachie, il n'est presque point de prophète qui n'ait rendu témoignage à cette vérité.
Longtemps avant qu'il y eût une loi puWiée, avant n)crue que la circoncision fut établie, Dieu avait promis à Abraham qu'ci (1) lui toutes les familles de la terre seraient bénies. On peut faire sur cette bénédiction universelle , promise dans ces circonstances , le même raisonnement que fait saint Paul sur la foi d'Abraham, qui (2) lui fut imputée à justice, lorsqu'il n'était pas encore circoncis. Ce n'est pas à (5) ce signe extérieur , qu'il ne reçut que dans la suite , beaucoup moins à la loi, qu'il ne fut jamais obligé de pratiquer, que sa justification a été attachée. De même (i) ta promesse qui le déclara l'héritier du monde, par le Messie qui devait naître de sa race, est indépendante dans son exécution d'une cérémonie qui ne fut insii- *.uée qu'après elle , et d'une loi qu'elle précéda de plusieurs siècles. La même promesse, souvent réitérée à Abraham , fut faite à Isaac et à Jacob. Ils ("i) apprirent comme lui de la bouche de Dieu , qu'en eux el dans leur race toutes les nations seraient bénies. L'accomplissement de cette promesse était réservé au Messie. Car, selon la remarque du même Apôtre, Dieu ne s'était pas servi , en parlant à Abraham , on peut .ijouler à Isaac el à Jacob, d'un terme qui piit embrasser toute leur (6) postérité, mais d'une expression qui ne peut convenir qu'à un seul et au plus illustre de leurs descendants. Les Juifs avouent eux-mêmes que , par ces paroles , ces trois patriarches furent assurés que le Messie naîtrait de leur sang. Ils ne peuvent se dispenser de conclure de cet aveu, que le Messie promis à leurs pères a dû procurer le salut à
(1) Gènes. H, 3.
(2) Credidii Abraham Deo et reputalum est illi ad juslitiam. Gènes. 15, (i.
(3) Dicmius quia reputata est Ahrahae fides ad jusiiiiam.Quomodô ergo reputata est? In circumcisione an in praîpulio? non in circumcisione , sed in praeputio. El signum accepil cireumeisionis signaculum justilis fidei. lîom. 4, 9, 10, 11.
(4) Non cnim per legeni promissio Abrahse , aut scmini ejus ut haeres csset mundi. Ibid., 4, 13.
(5) Gcnes. 26, 4. Ibid., 28, 14.
(6) Abrahœ dicta: sunt promissiones cl semini ejus. Non dicil et seminibus (juasi in multis, sed quasi in une qui est Chrislus. Calai. 5, 16.
toutes les nations. Je vais plus loin, el je ne crains pas de dire , qu'en contestant aux Gentils le droit de participer aux bienfaits de Dieu ■ par l'entremise du Messie , les Juifs renversent le litre fondamental de la plus belle prérogative dont leur nation ail jamais pu se flatter. Car , avant celle promesse de Dieu à Abraham , tout ce qu'on savait du Messie c'est qu'il serait homme. On ignorait de quel peuple il tirerait son origine. S'il est donc vrai que par cet oracle il fut décidé que la nation issue d'Abraham , d'Isaac et de Jacob verrait naître le Messie au milieu d'elle, il ne l'est pas moins que les bénédictions dont il devait être la source et le canal , loin d'appartenir à cette nation par un privilège exclusif, furent dès- lors destinées à tous les peuples de l'univers.
Toutes les fois que la promesse du Messie a clé plus pariiculièrement déterminée, soit à une des douze tribus d'Israël, soit à une famille unique de la tribu choisie, Dieu n'a pas manqué d'étendre à toutes les nations l'effet de celle promesse. Ainsi quand Jacob annonça que le Messie sortirait de la tribu de Juda, il prédit en même temps qu'il serait (1) l'attente des nations, ou suivant d'autres inlerprèles qu'il rassemblerait les nations, el qu'il leur donnerait des lois. Ainsi la désignation de la famille de David, pour donner le Messie au monde, fut suivie d'une révélation l)lus distincte de la vocation des gentils. Ce saint prophète a entendu le Père éternel promettre au Messie son Fils de lui donner (2) tontes les nations pour son héritage, el tout l'univers pour son empire. Il a vu que (3) toutes les contrées de la terre se ressouviendraient du Seigneur, qu'elles se convertiraient à lui, et que tous les peuples viendraient lui rendre leurs hommages. Il a connu (4) les enfants que Dieu donnerait à l'épouse du Messie, pour remplacer ses pères (on expliquera dans la suite le mystère de ce remplacement). Ces nouveaux conducteurs seront établis princes sur toute la terre et ils exciteront les peuples jusqu'à la fin des siècles à confesser te nom du Seigneur. 11 n'a célébré avec tant de magnificence la royauté du Messie figuré par Salomon son lils et son héritier, que pour amener (5) toutes les familles de la terre et toutes les nations devant le trône de ce roi juste cl bienfaisant, dont le nom est béni dans tons tes siècles des siècles, et subsiste avant le soleil.
Ce n'est pas sans dessein que Dieu mêlait toujours à la promesse du Messie, à mesure qu'elle se développait, la conversion future des gentils. II voulait apprendre aux Juils qu'ils devaient être contents de la gloire qu'aurait leur nation d'enfanter le Messie. Qu'il y aurait de leur part autant d'ingratitude que d'injustice à se l'approprier, jusqu'à refuser aux autres peuples la communication des biens qu'ils attendaient de lui. Qu'après tout, quoique issu de leur sang, il no
(1) Gencs. 49, 10.
(2) Ps. 2, 8.
(3) Ps. 21,28.
!)85 l VUl l\ IIIKOL. K\E(;i;T.-LIM:Utl)ll %u-iiJr.iil |ui kur |j li-rii- uiiii|Ui'iiicnt (uiur ciii ; cl qu'A rciciiipif lie stiiiIVro i|ui (1) i-it U Ditu df$ genliti comme cetm des Juijs, il serait égaleiiienl le Mestie et le «auveur Je tuuies les iiaiioiis.
Muis en CDiiibien d'autres iiiaiiiéres la vocation Jes tienliU n'esl-elle |>as annoncée tlan> les prophéties de l'Ancien- l'cstanient? Le peuple d'Lsraêl était alors le |H-uple de Dieu, l'objet de sa tendresse et de ses soins, le soûl dont il l'Ot connu. Les gentils au contraire livrés aux désirs de leur cuur, aduraleurs in)pics des plus vUes créatures, méritaient à peine le nom do peuples. Cet étal d'aveuglement et de réprobation ne devait pas toujours durer. Il était préilil que l'épouse inlidèle serait répuiliee et que l'étrangère prendrait s:i place. C'est la puniiion que Dieu, prévoyant les idoIAiries et les autres crimes des Israélites, leur dénonce par la bouche de Moïse [i}:Ils m'oiil piqué de jalousie, en rendant ii quelqu'un qui n'était pas Dieu le culte qui m'était dû. Ils m'ont irrité par leurs vanités sacrilèges. Je les piquerai « mon tour de jalousie, en aimant un peuple qui n'est pas peuple, parce qu'il est sans mœurs, sans lois, sans religion. Et je les irriterai par la préférence que je donnerai sur eux à une nation insensée. J'aurai compassion (3), dit-il dans Oiée, de celle à qui jusqu'à présent je n'ai point fait de viiséricorde. Je dirai à celui qui n'était pas mon peuple, vous êtes mon peuple, et il me répondra, vous êtes mon Dieu. Dans le même endroit où l'on avait dit à des hommes, vous n'êtes pas mon peuple, on leur dira : Vous êtes les enfants du Dieu vivant. Dieu fait justice à des coupables, en retirant d'eux des faveurs qu'ils avaient profanées. H fait grâce à d'autres coupables, en leur transportant ces mêmes faveurs. Mais, ce que lui seul peut faire, il met dans les pécheurs qu'il comble de ses dons le mérite qu'il n'y trouve pas. Car Isaie déclare (4) de sa part que les gentils plongés dans une ignorance déplorable se hâteront d'aller vers Dieu qu'ils ne désiraient pas auparavant de connaître. Que ceux qui ne le cherchaient pas, le trouveront. Qu'/7 dira : Me voici, me voici, à une nation qui ne l'invoquait pas. Celle tendre et pressante invitation ne demeurera pas infructueuse, tandis qu'un peuple incrédule auquel il aura long-temps tendu les bras, rejettera son secours, et s'éloignera de lui. Voilà les gentils dociles substitués aux Juifs rebelles; ei afin qu'on ne puisse douter de la liaison que la docilllc «les uns et la rébellion des autres ont avec le ministère du Messie, David lui prête ces paroles (5) : Vous me délivrerez des contradictions de mon peuple. Vous m'clablirei chef des nations. Israël avait un droit parlici;lier d'être appelé le peuple du Messie. Mais bien loin de lui obéir comme à son chef et à son conducteur, il doit le persécuter. Dieu, en le faisant triompher de celte persécution, lui donnera dans les gentils des
(1) .\n Judœorum Deus tantùm ? nonne et Genliuni ? liom. 5, 29.
(i) Deuler. 52, 21.
(3) Osée 1, 10, ibid. 2, 23, 2i.
(4) Isai. 65, 1, 5.
(5) Ps. 17, H, ',:;, 46, :iO.
.ITL CONV.M.M'IK l'AU I.LS l'IlOI'lILTIKS. >.m sujets plus liilèle» et plus houmis. (In peuple qu'il i e connaiuait pat s'at emjaijé à ton lervice. A peine a til entendu ta voix qu'il lui a voué une obéiuanee inviolable. Ses propres enfants devenus étrangert à fi<m égard, lui ont manqué de fidélité. Ht ont vieilli dans le, crime. //* se sont éijaréi dans leurs voies. Indigné de lci:r perlidie, lassé de leur opiniâtre résistance, il se tournera vers les naiioni, et chantera au milieu tCellcs les louanges du Seigneur.
L'n des Cijracières les plus éclatants du Messie, est d'être l'auteur d'une loi, et le médiateur d'une al- Uance. L'une et l'autre ont dil commencer à s'ét:iblir à Jérusalem et dans la Judée. Celait la prérogative des Juifs, que le Messie, leur frère selon la chai-, exerçât d'abord son niinislère dans sa pairie cl en faveur de ses concitoyens. Mais la loi et l'alliance qu'il venait annoncer n'étaient pas, comme celles de Moïse, bornées à une seule nation. Elles devaient s'étendre .^ tous les peuples de la terre ; et les proiihcles n'ont pas oublié celle différence enlre l'ancien et le nouveau Teslament.
Nous lisons dans Isaie (I) et dans Miellée que la lot sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem. Est-ce seulement en faveur des Juils? Non. La montagne de la maison du Seigneur placée sur le sommet des montagnes, élevée au-dessus des collines, attirera les regards et les vœux de tous les peuples. Ils ij courront en foule, se disant les uns aux autres : Venez et montons à la montagne du Seigneur, et à la maison du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Il est aisé de voir que les prophètes n'ont parlé ni d'une montagne de la Palestine, remarquable par sa hauteur, ni d'une marche effective de tous les peuples, s'ébranlant de concert, pour gagner le sommet de celle montagne. Ce sens grossier ne peut entrer que dans l'espril des Juifs esclaves de la lettre. Tout lecteur judicieux aperçoit du premier coup d'œil la métaphore, qui désigne une église visible à l'univers entier, où tous les peuples, sans changer de place et sans quitter leur pays, s'empressent d'entrer par une conversion sincère ; une église née à Jérusalem et au milieu des Juifs, répandue ensuite dans les contrées les plus éloignées ; une ég'ise qui adore le Dieu de Jacob, et apprend à tous les hommes à l'adorer par un culte plus pur que celui qu'il recevait de ses premiers adorateurs. C'est en ce sens que le Messie, fondateur de celle nouvelle église, jugera toutes les nations et convaincra les peuples de l'erreur dans laquelle ils avaient vécu jusqu'alors^ Isaïe ajoute (2) que les iles, c'est-à-dire dans le langage de l'Ecriture, les peuples lointains, attendront la loi du Seigneur. Que celte loi pleine de sagesse et d'équité, se reposera (5) sur les nations pour êlm leur lumière. Que le juste el le Sauveur, qui doit la publier, n'est pas loin, qu'il va paraître, el que te peuples des extrémités de la terre mettront toute leur confiance dan
(I) Isai. 2, 2, 3, 4. Mich. 4, 1,2, 3. (21 Isai 42, 4.
m Ibid .M, 4, S.
le bras loul-puissaiil du Seigneur, leur juge et leur soutien.
L'ailianco scellée par le Messie, n'a pas dû être moins universelle que sa loi. La première, dont Moïse était le ministre, ne comprenait que les Israélites. La seconde, prédite par (1) Jérémie, plus sainte dans ses conditions, plus magnifique dans ses promesses, lèvera les obstacles qui dérobaient aux peuples étrangers la connaissance de Dieu. L'idolâtre ne dépendra plus, pour acquérir cette connaissance , des enseignements puisés cbez une seule nation. Car tous depuis le plus petit jusqu'au plus grand auront la facilité de connaître le Seigneur. Et que les Juifs ne disent pas que cette nouvelle alliance ne doit être contractée qu'avec (2) la maison de Juda et celle d'Israël. Ignorent-ils que Je rémie écrivait dans un temps où les dis tribus d'Israël avaient été transplantées dans le royaume d'Assyrie, qu'elles étaient devenues totalement étrangères à l'alliance de Dieu, parce qu'elles ne devaient plus ni l'aire un peuple à part, ni retourner dans la Palestine, et que depuis celte époque les prophètes qui les ont distinguées de la maison de Juda n'ont pu entendre et n'ont réellement entendu sous leur nom que la multitude des gentils ? Mais s'ils veulent que les gentils soient disertement exprimés dans la promesse d'une seconde alliance, ils les trouveront dans Isaïe. Cest peu, dit (3) le Seigneur au Messie, que vous soyez mon serviteur, pour rappeler les tribus de Jacob, et pour convertir les restes d'Israël. Ce ministère particulier pouvait suffire à Moïse et aux prophètes ses successeurs. Je vous destine un plus vaste théâtre, une moisson plus abondante. Vous unirez ensemble dans une seule et même alliance deux peuples qui paraissaient irréconciliables, les Juifs et les gentils. Je vous ai établi pour être la lumière des nations, et pour annoncer en mon nom le salut jusqu'aux extrémités de la terre. Je vous ai réservé pour faire avec mon peuple une alliance nouvelle, pour le rétablir dans sa véritable patrie, pour recueillir mon héritage dispersé. Pour dire à ceux qui sont dans les chaînes : Soyez libres. Et à ceux qui sont dans les ténèbres : Soyez éclairés.
II n'y avait pas seulement une promesse générale d'introduire les nations dans l'Église fondée par le Messie. Tous les avantages du nouveau culte leur étaient assurés. Si Dieu avait prédit qu'on (4) lui offrirait eu tout lieu depuis l'Orient jusqu'à l'Occident une victime pure, différente de celles que l'ancienne loi ne permettait pas d'immoler hors du temple de Jérusalem, il était marqué en même temps que les nations honoreraient par ce sacrifice le nom du Seigneur. Mais ce qui est encore plus accablant pour les Juifs, le sacerdoce, restreint dans la loi de Moïse à la tribu de
(1) Hoc erit pactum quod feriam ciim domo Israël
post dies illos Non docebit ultri vir proximum
suum omnesenun cognoscent me à minimo eorum
usque ad maxinmm, ait Dominus. Jerem. 31 , 53, 34.
(2) Feriam domui Israël et domui Juda fœdus novum. Jeron. 31, 31.
(3) ls.!l. 49, 6, 8, 9.
(4)Malai!i. I,îl.
Lévi , devait être communiqué aux Gentils. A la vérité, les premiers et les plus respectables pasteurs de la nouvelle église, supérieurs par la sainteté de leur mission, par la grandeur de leurs œuvres, par l'éminence de leur autorité à tous leurs successeurs, devaient être tirés du peuple Juif. Mais ce ministère commencé par eux devait ensuite passer en d'autres mains sans distmction de familles ni de nations. Les étrangers (1), dit Isaïe, viendront et paîtront vos troupeaux. Les enfants des étrangers seront vos laboureurs et vos vignerons. Ces images champêtres, si familières aux écrivains sacres pour désigner la conduite des âmes, annoncent des pasteurs qui ne seront pas descendants de Lévi, ni même d'Abraham et de Jacob. Et lorsqu'on ajoute, en parlant aux Israélites, que pour eux, ils seront appelés les prêtres du Seigneur, les r^.inistres de notre Dieu, il est visible qu'on fait allusion ;\ la vénération profonde que les Gentils eurent d'abord, et qu'ils conserveront éternellement pour les Apôtres, Juifs d'extraction, mais patriarches du christianisme, chefs de la hiérarchie ecclésiastique, héraults dans tout l'univers de l'évangile qu'ils avaient appris de la bouche même du Fils de Dieu. Vous vous nourrirez, leur dit le Prophète, des richesses des nations, et leur grandeur servira à votre gloire. Sans le secours de l'éloquence et de la science humaine, destitués de tous les appuis naturels, vous entraînerez à votre suite tout ce qu'il y aura sur la terre de plus puissant, de plus sage, de plus illustre, et vous enrichirez l'Église des dépouilles de la gentilité.
La destination du sacerdoce et du ministère sacré aux nations étrangères, est prédite ailleurs avec plus d'évidence dans le même Isaïe (2). J« mettrai en eux un signal, et j'envorrai ceux d'entre eux qui auront été sauvés vers les nations, dans les mers, dans l'Afrique, dans la Lydie, chez les peuples armés de flèches, dans l'Italie, dans la Grèce, sux îles les plus reculées, vers ceux qui n'ont pas entendu parler de moi. Il s'agit ici des Apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ. Ils seront préservés du châtiment dont le prophète a menacé dans les versets précédents, la nation Juive infidèle et superstitieuse. Mais ce n'est pas seulement pour euxmêmes qu'ils seront sauvés. Dieu mettra en eux son signal, soit en leur confiant le dépôt de sa doctrine, et en les chargeant de l'enseigner quelque opposée qu'elle soit aux préjugés des hommes et aux inclinations de la nature, soit en leur communiquant le don des miracles qui les fera reconnaître pour ses envoyés et pour ses ministres. Munis de ces instructions, revêtus de ce pouvoir, ils iront vers toutes les nations idolâtres sans être arrêtés par la distance des lieux, ni effrayés par les périls d'une longue navigation, ou par la férocité des peuples au milieu desquels on les enverra. Ils leur annonceront la gloire du Seigneur qui leur était inconnue. Ils amèneront à la montagne sainte de Jérusalem tous les frères des Israélites. Comment
DS'Jl'AUT. l\. IIIKOI,. KXKCKT. LINCUKDLLITK (:(».\V.VINCLE l'.VK LES CIIOI'IIKTIES. 090
€"•» eiraiiger» venus de «i luiii, ([ui n avaient jaiiiai» eniriiJu iwrif r di- Dii'u, i|Ui n'iml pas éli U-nioins île v (iloiro, Miiuili apiK'K's le» fnVts ili's Juifs î lU no le MiiK pas assurément p.ir la naLssaiiee, puis(|ue ee sciiit lies gentils ori(;inaires J'Alrique, de Lydie, d'Italie, de CnVe, des Iles les plus éloignin-s. La unSme foi, la nu*nie adoption eoinniune aux Juifs fidt^les et aux Genlils convertis produira entre eux cette fraternité. Ces nouveaux enfants de Dieu seront introduits dans l'Église figurée, on l'a déjà vu en d'autres prédictions, par la montagne s;iinle de Jérusalem. Ils s'empresseront d'y entrer avec une joie ipii remplira tout l'univers d'étonnenient et d'admiration. Is;uc représente ce merveilleux concours p.ir un spectacle conformeauxidéesdeceuxquirécoulaieni. 11 fait conduire & Jérusalem les idolâtres convertis, sur des chevaux, dans des chars, dans des litières, sur des mulets et sur des chariots. La droite raison ne souffre pas que cette description soit prise dans le sens littéral. C'est le triomphe de la religion que le proplièie a voulu nous montrer par une marche pompeuse, qui serait absurde et impraticable, si elle n'éiait pas allégorique ; et en con tinuant celle allégorie, il compare la conversion des Gentils aux prése)!/s que tes enfants d'Israël portaient à la maison du Seigneur dans un vase pur. La coutume des Juifs était de porter au temple avec beaucoup de solennité les prémicci de, leurs fruits. Ainsi les Gentils appelés à la foi dans toutes les parties du monde se roiit présentés à Dieu par ses minisires comme un sa crilice d'agréable odeur, comme un trophée des victoires remportées par sa grSce, comme un tribut offert par des cœurs pénétrés d'allégresse cl de recon naissance. Le Seigneur se choisira des prêtres et des lévites dans le nombre de ces nouveaux fidèles. Le sacerdoce et le service des autels ne seront plus concentrés danâ un seul peuple, dins une seule tribu, dans une seule famille. Us ne se perpétueront plus par la chair et le sang. L'éleciioii volontaire ei l'ordre d'une succession canonique prendront la place du droit héréditaire. Dieu aura desponlifes el des ministres, de même que des adorateurs, de tout pays el de toute nation. Isaîe a été le prophète des Gentils, comme saint Paul en a clé l'Apôtre. L'Église qu'ils devaient former par leur conversion est conlinuellemeni présente à son esprit. Plein de cet objet, sa langue ne peut exprimer les transports qu'il lui inspire. Il voit une épouse stérile, délaissée, indigente, couverte d'opprobre dans sa jeunesse. Tout-à-coup elle parait à ses yeux environnée d'une mulliiude infinie d'enfants, qu'elle n'a pas portés dans son sein, mais qui la conjurent de prendre pour eux des senlimenls de mère, qui n'ont d'autre ambition que de lui plaire et de la servir, qui baisent la poussière de ses pas, et lui apportent toutes leurs richesses. Leur nombre est si grand qu'elle ne sait où les placer, et il faut nécessairement qu'elle recule les bornes ciroitcs de sa première habitation (1). Réjouissez-vous, stérile qui n'en-
fanliet point. Chantet de» cantiques de louanges et pousiet des cris de jule, vous qui n'aviei pas (Ceiifnnlt, parce que celte qui était abandonnée aura plut dC enfants que celle qui avait un époux, dit le Seiyneur. l.'F.gliso des Gentils est ici clairement di-signée dans ses deu» états, Cl les avantages qu'elle doit avoir dans le second sur la synagogue ne sont p.xs moins manircsit-s. La suite lis fera encore mieux connaître. Prenez un lieu plus vaste pour dresser vos lentes. Etendez le plus que vous pourrez les peaux qui les couvrent. Mlongeten les cordages, el affermissez-en les pieux. Vous pénétrerez à la droite et à la gauche. Votre postérité aura tes nations pour héritage : elle habitera les villes auparuvar.t désertes. Ne craignez point ; vous ne serez pas confondue. Vous ne rougirez point. Il ne vous restera plus de sujet de honte, parce que vous oublierez la confusion de votre jeunesse, el vous perdrez le souvenir de l'opprobre de votre viduité Parure désolée qui avez
été si longtemps battue de la tempête, et sans consolation tous vos enfants seront instruits par te Seigneur et ils jouiront de l'abondance de la paix //
vous viendra des habitants qui n'étaient point avec moi, et ceux qui vous étaient autrefois étrangers se joindront à vous.
Dans un sens très-véritable l'Église composée des Gentils est différente de l'Église judaïque. Tontes les deux appartenaient à Dieu, l'une par la création, l'autre par une alliance particulière ajoutée à ce premier litre. L'une n'avail point donné d'enfants au Seigneur, pendant que les ténèbres de l'idolâtrie couvraient la face de la gcniilité. L'autre était alors épouse et mère. C'est pourquoi le prophète oppose dans cet endroit celle qui avait eu des enfants à celle qui était stérile, celle qui avait un époux à celle qui était abandonnée. Mais dans un autre sens également certain, et qui ne contredit pas celui-là, l'Église établie par le Messie est au .fond la même que celle que Dieu s'était formée dans le peuple d'Israël. La nouvelle loi n'est que la continuation, racconiplissement et la perfection de l'ancienne. L'Église envisagée comme la société des vrais fidèles qui rendent au Seigneur le culte qu'il approuve, comme l'épouse de Dieu qui enfante les saints et les élus, est unique dans tous les temps : non seulement sous l'une et sous l'autre loi écrite, mais sous la loi de nature, et à remonter jusqu'au premier âge du monde. Il n'y a de diversité que dans les états où elle a successivement passé ; et pour ne parler ici que de ses deux situations dans l'ancien et dans le nouveau Testament, lune des différences les plus remarquables entre elles, est la vocation des Gentils exclus de la synagogue, admis dans l'empire spirituel du Messie. Écoulons encore Isaîe annonçant à Jérusalem une gloire et une fécondité qu'elle n'avait point dans sa première alliance avec le Seigneur.
Levez-vous{\), Jérusalem, et soyez éclairée. Car voilà que votre lumière est venue, et que la gloire du Seigneur s'csl levée swr vous. Oui les ténèbres couvriront ta terre.
(\) Isai. 54. 1-15.
(l)lsai. 60, 1-5.
et une nuil sombre enveloppera les peuples. Hais le Seigneur se lèvera sur vous et sa gloire éclatera au milieu de vous. Les nations marcheront à votre lumière, et les rois à ta splendeur qui se lèvera sur vous. Levez vos yeux et regardez autour de vous. Tous ceux-ci sont assemblés et viennent à vous. Vos fils viendront de bien loin, et vos filles viendront vous trouver de tous côtés. Alors vous verrez celte affluence de peuple. Votre cœur s'étonnera et se dilatera de joie, lorsque vous serez comblée des richesses de la mer et que toute la force des nations sera venue à vous.
Dans un autre chai 'Ire où le prophète adresse le même discours à Sion, il lui fait dire par ces étrangers qu'elle a reçus (1) : Le lieu où je suis est trop étroit. Donnez-moi une place pour y pouvoir habiter. Et elle dira dans son cœur : Qui m'a engendré ces enfants, moi qui étais stérile et n'enfantais point; moi qui avais été chassée de mon paijs et qui étais captive ? et qui a nourri tous ceux-là? car pour moi j'étais seule et abandonnée. Et d'oii sont-ils venus ? S'il s'agissait de la synagogue rappelée par Cyrus dans la Palestine, elle ne deman deriiipasqui lui a engendré, qui a nourri, et d'où sont venus les Juifs qui retournent à elle. Ils étaient toujours ses ciifanis par leur origine et par la circoncision, quoique nés hors de la Judée. Ils étaint pcs élèves et ses nourrissons par la doctrine qu'ils avaient sucée avec le lait ; et loin d'être surprise de leur retour, elle devait l'être plutôt, de ce qu'il en restait un si grand nombre dans des terres étrangères. D'ailleurs nous ne voyons pas que la Palestine ait été alors tellement inondée de Juifs, qu'elle n'ait pu lear fournir un espace assez vaste pour leur habitation. Qui peut méconnaître dans celle prophétie l'Église chrétienne, succédant à la synagogue, étendant ses conquêtes bien au-delà des limites de la Judée, recueillant dans son sein des enfants étrangers jusqu'alors à l'alliance de Dieu, étonnée elle-même de la rapidité de ses progrès, et remerciant le Seigneur de cette admirable fécondité qui la console avec tant d'avantage des pertes qu'elle a faites par la disgrâce des Juifs ses premiers enfants.
Dans le chapitre 60 que nous avons interrompu, Isaïc continue à féliciter Jérusalem sur les biens dont elle sera comblée. Vous verrez arriver (2), lui dit-il, une quantité prodigieuse de chameaux, des dromadaires de Sladian et d'Epha. Tous ceux de Saba viendront vous apporter de l'or et de l'encens, et publier les louanges du Seigneur. Tous les troupeaux de Cédar seront rassemblés pour vous. Les béliers de Nabajoth seront employés pour votre service. Le prophète nomme ici des peuples de l'Arabie, dont les uns montaient ordinairement des chameaux et des dromadaires, d'autres étaient célèbres par l'or et l'encens qui abondaient chez eux, les derniers passant leur vie sous des tentes et dans des chariots couverts, n'avaient d'autres richesses que leurs bestiaux. Que les Juifs qui ne connaissent rien de spiriiuol dans les promesses fai-
(Dlsai. 49,20,21.
(2j Isai. fiO, (;, 7.
LEFR.VN'C DE POMPIGNAN. D32 tes à Jérusalem, nous apprennent en qtiel temps les Madiaiiiics, les Sabéens, et les autres peuples Orientaux dont parle Isaïe, sont accourus en foule dans la Judée, pour oflrir leurs présents au temple du Seigneur. Mais s'ils ne le peuvent, qu'ils avouent que cette promesse n'a été accomplie que par le sacrilice généreux que ces mêmes peuples ont fait au vrai Dieu, en embrassant son culte, de tout ce qu'ils avaient de plus riche et de plus précieux (t). Les enfants des étrangers bâtiront vos murailles, et leurs rois vous serviront.... Vos portes seront toujours ouvertes. On ne les fermera ni jour ni nuit, afin qu'on vous apporte les richesses des nations, et qu'on vous amène leurs rois. Car le peuple et le royaume qui ne vous sera pas soumis périra Les enfants de ceux qui vous avaient humiliée,
viendront se prosterner devant vous, et tous ceux qui vous décriaient adoreront la trace de vos pas, et voun appelleront la cité du Seigneur, la Sion du Saint d'Israël. Le prophète prédit le changement qui se fera dans les idées et dans le langage des Grecs et des Romains. Ces peuples n'estimaient que les sciences humaines, les arts et les talents dans lesquels ils excellaient. Les Juifs, dont ils avaient dédaigné d'étudier les livres cl d'approfondir la religion, n'étaient Ji leurs yeux que des barbares. Ils ne connurent longtemps le christianisme que sous le nom d'une secte Judaïque ; et ils furent encore plus rebutés de l'indifférence que les chrétiens témoignaient pour les richesses, pour les plaisirs, pour la gloire, pour la vie môme. Bientôt ils cessèrent de blasphémer ce qu'ils avaient ignoré. Ils apprirent à respecter et les livres canoniques des Juifs elles Ecritures des chrétiens. Ils confessèrent que Dieu, honoré autrefois à Jérusalem, habitait dans l'Eglise substituée à l'ancienne Sion. Ils s'estimèrent heureux d'être ailmis au nombre des enfants de cette Eglise, qui seule pouvait les conduire au salut. Il est encore question dans cet oracle d'Isaïe d'un autre changement non moins remarquable, que nous ne tarderons pas à expliquer.
Les déicnseurs du christianisme dans les premiers siècles de l'Eglise ont insisté particulièrement sur les prophéties qui avaient annoncé la vocation des Gentils. Quelques-uns d'eux, nés dans les ténèbres du paganisme , ont avoué que l'examen de ces prophéties avait plus contribué que tout autre motif à leur conversion. Ces prophéties étaient claires, multipliées, antérieures à la naissance du christianisme, transmises aux chrétiens par les Juifs leurs plus mortels ennemis, qui déposaient à la face du monde entier de l'authenticité des livres où elles étaient consignées. Nulle apparence de supposition ou d'altération. Nul moyen de s'inscrire en faux contre des titres si légitimes. Le fait qu'ils avaient prédit, n'était pas d'une moindre certitude. Qui pouvait révoquer en doute que Jésus-Christ n'eût par ses disciples attiré les peuples idolâtres à la connaissance et au culte du vrai Dieu î qu'il n'eût formé des débris de la sjTiagogue et de
(1) Isai. 60, 10-14.
9i»3 l'Ain. i\ iiiKU. k\i;(;ki i.in(ki.i>ii
rai»t'inl>hn;i' tic» (ii'iilils une Kg'ihC repandiii! Jaii» tout l'uiiivcrs 1 Cl"»! surtout par rapixirl à l'iSviiK'iiM (l'un Tait aiiiiuiRV par tant de priMlIcliuiis i|uo ces savant» ciTivaius proliTaii'iil la prcuvi' des prO|>liOlii'S à celle de» miracles. Il ne fallait i|uc le léinnignaiîC <!e» yeut, pour Rc convaincre de racconiplissenioni de ces prophéties. Il n'en faut pas davantage pour con fiindre aujourd'liui l'incrédulité de nos prétendus e.<prits-forts. Ils peuvent voir aussi bien et nileuv qu'on ne le voyait alors, les conquêtes que la religion cliiélieniie a faites, et qu'elle l'ait tous les jours parmi les idolâtres. D'autres caractùres , contenus dans les Anciennes prophéties, frappent également leurs regards. Serait-i' possible qu'une preuve si forte et si palpable ne lit 8'jr eux aucune impression ? et qu'aveuglés dans la lecture des prophéties par l'intérêt qu'ils ont à ne rien croire, comme les Juifs le sont par leur haine contre Jésus-Christ, ils n'eussent ii l'exemple de ce (1) peuple endurci, n« des yeux pour voir, ni des oreilles pour entendre, ni un esprit pour concevoir les vérités les plus cclalanlcs?
L'accomplissement manifeste el toujours subsistant de ces prophéties, n'est pas même ce qui doit toucher le plus les incrédules. Qu'ils considèrent tout ce qu'elles ont de merveilleux ou plutôt de divin, C'est une révolution prédite, d'une nature bien différente de celles qui ont souvent changé la face du monde : une révolution non dans les empires (nous en avons vu de pareilles annoncées par Daniel), mais dans les esprits, dans les cœurs, dans la religion de tous les peu pies, n en existait un, inconnu à la plupart des autres, méprisé de ceux qui le connaissaient, inférieur en bien des manières à des nations idolâtres. C'est dans les livres sacrés de ce peuple unique et isolé qu'est écrite cette étonnante révolution. Des hommes qui se sont succédé durant plusieurs siècles dans l'exercice du même ministère, n'ont pas craint de promettre qu'il sortirait de leur p;iys une lumière destinée à éclairer tout l'univers.
Ilsoniparléain3i,dira-t-on, par une vanité patriotique. Peut-être ; si dans la communication de cette lumière promisel'avantiigeavait dû demeurer auxJuifssurles Gentils, si du moins il avait dû être partagé entre eux. C'est un honneur pour une nation de donner à toutes les autres des guides et des maîtres dans la plus haute et la plus utile de toutes les sciences. Mais en est-ce un pour elle de rejeter les enseignements de ces maîtres, et de les persécuter eux-mêmes .tvec acharnement ? En est-ce un de perdre par cette criminelle résistance à la voix du ciel ses plus augustes prérogahvcs, de tomber dans l'ignorance, dans l'aveuglement, dans l'erreur, de servir en cet état déplorable de spectacle et d'insiructioa aux Gentils enrichis de ses pertes ? Voilà néanmoins ce que les prophètes ont prédit
(1) Exceca cor populi hujus et aurcs ejus aggrava : et ocuios ejus Claude , ne forte videat oculis suis, et auribus suis audiat, et corde suo intelligat, et conver- I3tur, et sanem eum. Isai. G, C, 10,
MI..I.(1.N\ Al.Nt I I. l'AK LIS l'ItOPIIiniKS. !i!)} ^u\ Juifs Ivuis Compatriotes. C'eut ainsi qu'il» ou llatté leur orgueil el lour présomption.
L'événement qu'ils amioncaicnt avait-il d'ailleurs (|uelque vriiseiiiblaiicr '.' Qui pouvait conjecturer ipie les pi'Upli'S les plus éloigné» de la Judée se dipaitiraient de leurs anciens iiréjugés, pour adopli-r ui.^j religion prêchée par des docteurs juifs 'f Combien d'obstacle» ce changement ne devait-il pas rencontrer ? Combien de volontés devaient y concourir ! Quelle prodigieuse complication de causes '.' Quel cnchalnenicnl inlini do ressorts ! Dans l'ordre purement naturel le défaut ou le déplacement d'une seule circonstance eut surti pour déconcerter un projet qui dépendait de tant de moyens. Mais la conversion des Gentils était bien au-dessus des forces de la nature. Rien ne la favorisait de la part des hommes ; tout au contraire s'y opposait. Dieu seul pouvait exécuter une pareille entreprise. Et maintenant qu'elle est accomplie à nos yeux, elle démontre h tout esprit attentif la vérité d'une religion, dont l'établissement surpasse les vues de la sagesse humaine. Or si la conversion effective des Gentils a été un ouvrage si difficile, qu'estce que l'avoir prévue et l'avoir annoncée longtemps avant qu'elle arrivât ? Quelle autre preuve faut-il aux incrédules qu'un Dieu scrutateur des cœurs et souverain arbitre des choses humaines, a mis dans la révélation qu'ils rejettent l'empreinte ineffaçable de sa majesté ?
Le premier pas que les païens avaient à faire , pour embrasser le christianisme, était celui que saint Rémi l'apôtre de la nation française exigea de Clovis. Il fallait brûler ce qu'ils avaient adoré, c'est-à-dire, abjurer le culte des idoles. L'idolâtrie nous p.iraît aujourd'hui une erreur si absurde , que nous avons peine à comprendre qu'elle eût jeté parmi les hommes de si profondes r.icines. Mais il ne faut pas juger de la disposition où étaient les esprits, lorsqu'on commença de prêcher l'Evangile, par celle où nous les voyons. La foi a épuré et fortiflé la raison. Elle l'a réveillée de ce sommeil léthargique où les sens et les passions l'avaient plongée. Elle a brisé les chaînes pesantes dont elle était accablée sous l'empire des préjugés , d'une longue habitude, des lois politiques qui proscrivaient tout culte incompatible avec la religion dominante. Qu'on se place dans le temps où tout contribuait au soutien de l'idolâtrie , la pompe attrayante des fêles el des cérémonies païennes, l'amour des plaisirs autorisé par l'exemple des divinités adorées, le charme de la poésie consacrée jusqu'alors aux louanges des faux dieux, la force de l'imagination qui aime à prêter des qualités sensibles aux êtres les plus spirituels, l'ambition des peuples, des villes, des familles, intéressée dans les apothéoses de leurs fondateurs ou de leurs bienfaiteurs. On concevra que des liens si forts ne pouvaient être rompus qu'avec d'extrêmes diUieultés, et que la raison ne suffisait pas , pour ramener les gentils au culte d'un Dieu unique et créateur.
C'est néanmoins ce qu'a opéré dans le monde la prédication de l'Evaiigile. M('rvcille d'.iulant plus
convt-ncante poui- les incrédules, qu'elle avait élé prédiie contre toute apparence. Les prophètes ont souvent répété qu'il viendrait (1) un jour où tes idoles seraient réduites en poudre, où t'Iwmme jetterait loin de lui les idoles d'or et d'argent, ouvrages de ses mains, oit il cesserait d'adorer de vils animaux , où il se prosternerait devant son Créateur et tournerait ses regards vers le Saint d'Israël, oii il ne se courberait plus devant les autels qu'il aurait dressés, et ne regarderait plus les bois et les temples des idoles qu'il aurait lui-même fabriquées. Us ont entendu (2) les discours que tiendraient les nations accourues des extrémités de la terre pour rendre leurs hommages au vrai Dieu. Oui , nous r avouons, nos pères ont possédé le mensonge, ils ont adressé leurs' vœux à des êtres imaginaires qui n'ont pu leur faire aucun bien. Appartient-il à l'homme de se faire des dieux? Et certainement ce ne sont pas des dieux. Tel fut le langage des gentils, lorsque cclaiics des lumières de l'Evangile , pénétrés de honte et de confusion d'avoir multiplié, avili, défiguré la divinité, ils déploraient leur aveuglement et celui de leurs ancêtres. Ils se rappelaient avec amertume l'inuiilité , l'extravagance , l'impiété d'un culte rendu à des dieux qui ne devaient qu'au caprice de l'homme leur divinité chimérique. Ces sentinicnls gravés dans les coeurs des idolâtres convertis dépeuplaient les temples et détruisaient peu à peu le règne de l'idolâtrie. C'était alors la seule manière dont les oracles, qui avaient prédit le renversement des idoles devaient B'accomplir. Elles tombaient d'elles-mêmes par la cessation volontaire du culte que leur rendaient leurs adorateurs. Le christianisme, qui devait s'él^iblir sans aucune autre violence que celle qu'on exercerait con Ire lui, n'avait pas à se reprocher d'avoir précipité la chute des idoles par des voies de fait capables d'exciter des troubles et des séditions.
Enfin l'autorilé publique, son ennemie et sa persécutrice, se déclara en sa faveur. Les empereurs et les rois convertis à leur tour regardèrent comme un de leurs principaux devoirs de proscrire par leurs lois l'idolâtrie aussi funeste aux hommes qu'injurieuse à la divinité. Leur zèle appuyé dessoudes instructions que les pères ne cessaient de donner, extermina dans l'empire romain et de proche en proche d.ms tout l'univers, ce honteux monument de la faiblesse humaine. Ainsi fut vérifiée la prophétie de Soplwiiie , que (3) le Seigneur anéantirait tous les dieux de la terre, que chacun l'adorerait dans son pays, et que toutes les îles des stations le reconnaîtraient. Et celle de Zacharie (4), que dans le même temps il y aurait une fontaine ouverte à la maison de David et aiu habitants de Jérusalem , pour y laver les souillures du pécheur et de la femme impure. (On reconnaît les Sacrements de l'Eglise, et surtout celui du baptcuie, dont l'eau salutaire purifie les âmes des taches du
(1) Isai. 2,17; etscq. ibil 51, 7; ibid. 17, 8, 0. h) Jerciii. 10. 19, 20.
/3 Sopho!!. 2, il.
(t) Z:ic!i.ir. Ij, I,
péché). Que dans ce mènie temps, l'is-je, le Seigneur des armées abolirait de la terre les noms des idoles , et quHl n'en serait plus mention.
Ce changement dans la religion des princes et des souverains est celui-mcnie que nous avons indiqué plus haut, comme ayant été prédit parlsaï (1). David n'avait pas ignoré que (2) les rois et les princes de la terre s'élèveraient contre leSeigneur et contre sonCbrist, qu'ils se diraient à eux-mêmes, rompons leurs liens, et rejetons loin de nous leur joug. Telles furent d'abord les dispositions des maîtres de l'univers à l'égard de la nouvelle loi publiée par le Messie. Ils la craignirent, ils la détestèrent, et firent les derniers efforts pour l'étouffer dans sa naissance ou pour arrêter ses progrès. Mais David ne s'était pas contenté de prédire l'issue infructueuse de ces projets formés contre le christianisme (3). Celui qui habite 4..ns les deux devait se rire et se moquer des complots de ses ennemis. // devait leur parler dans sa colère et les remplir de trouble dans sa fureur. On sait quelle a élé la fin tragique de tous les empereurs qui ont perséci'té lechrisiianisme ; et Laclance dans un traité (4) exprès sur celle matière, découvert à la fin du dernier siècle, nous ?.pprend des circonstances de leur mort, où l'on reconnaît , comme dans celle d'Aiiliochus , la justice foudroyante du Dieu qui les a frappés. A cette punition des princes persécuteurs David avait ajouté la conversion de ceux qui devaient leur succéder. Et maintenant à rois (5), s'écrie-t-il, ouvrez votre cœur à l'intelligence. Recevez les instructions de la vérité, vous qui êtes les juges de la terre. Maintenant, après que les temps désignés pour éprouver l'Eglise par le feu de la tribulaiion seront passés; quand le moment de lui donner sur la terre de puissants protecteurs sera venu, alors, et ni plus tôt ni plus tard, venez, accourez, princes, monarques, empereurs, déposez devant l'Eire suprême et devant son Christ le fasie de la royauté, abaissez devant eux voire pourpre et voire diadème. Donnez l'exemple à vos sujets de (6) l'obéissance due au Seigneur. Faites consister votre gloire à établir ou à maintenir dans vos états la pureté de son culte et la sainteté de ses lois.
C'est ce qu'Isaîe avait annoncé à l'Eglise chrclienne, en prédisant l'heureuse révolution qui s'opérerait en sa faveur ; Parce que vous avez été abandonnée (7), lui dit-il, et exposée à la haine, de vos ennemis, je vous établirai dans une gloire qui ne finira jamais et dans une joie qui durera de génération en génération. Comment l'Eglise parviendra-t-elle à un état si florissant? 11 venait de l'expliquer (8): Lcsvnfmitsde ceuxq-i vous
(1) Isai. 60, 14.
(2 Ps. 2, 2, 5.
(3) Ps. 2, 4, 5,
(4) De mortibus perseculoruni.
(5) Ps. 2, 10.
(C) Servi'.e Domino in timoré et CMiHale oi cnm treraore. Apprehendiie discip'inam, cie. Ps. i, 11>
(7) Isai. CO. 15.
t8J Ibj.l. 14.
9U7 l'Ail 1 l\. TIIKOI.. KXIXKl.— LINCUKDL' araUnt humiliée, c'cgl-ù-diro, les buccitiscurs du» piiiicus vut> pcl'^éc'uteu^s, vieiidruiil t>e pruileriier titrant tout. Tous ceujc i/ui vous décnaienl adoreront les truces de vos pas. ls.iio osl si rciii|ili do ccUu idée, il la juge M digue di> liii'U, bi glmii'UM' cl !>i utile à suii KglJM', (|u'il la raillent' eu plusieurs eudruils de sa propliOlie. Aussi quoiijue mous ayims vu Uuvid prulucllrc la conversion des rois, (|uoi(|u'il déclare dans uu autre |isauine, que (i) tous Us rois de ta lent ujureront le ilessie, (|uuii|uc Daniel ait prëdil que (2) (oui /*s rois obéironl au Tri's-Uuul et ici Fils de l'hom me ; Isaîe est néanmoins celui du tous les prophètes qui a le plus insisté sur ces nouveaux protecteurs que Dieu r&crvait à son Eglise, après les temps de persécution. Nonsialement i! représenie (3) les rois icmuins de la gloire et de la grandeur du juste et du Sauveur , se levant de leur trône dès qu'ils l'aperçoivent pour aller h sa rencontre, se tenant auprès de lui dans un respectueux silence ; il fait encore envi sagcr à l'Eglise tous les secours qu'elle tirera d'eux. Les enfanls des étrangers (l), lui dil-il, bàtirûiit vos murs, et leurs rois vous servironl. Ce sera peu pour eux d'embrasser votre foi, de professer vulie culte, de s'initier à vos mystères, de pratiquer les vertus que vous leur enseignerez. Ils comprendront que la souveraineté, qui n'a rien d'incompatible avec le Chrisliauisme, leur impose dans cette religion des devoirs qu'eux seuls peuvent remplir. Ils consacreront à la gloire du vrai Dieu la puissance qu'ils ne tiendront que de lui, et ils ne se croiront de véri tables enfants de celle Eglise, qui les aura régénérés dans son sein, qu'en devenant ses défenseurs. Vous sitcerei (5), continue isaïe, le lait des nations, et vous serez nourrie de la mamelle des rois. Image qu'il avait déjà développée avec plus d'étendue (6). Les rois seront vos nourriciers, et les reines vos nourrices. Us vous adoreront en baissant le visage contre terre, et ils baiseront la poussière de vos pieds.
Dieu n'a pas voulu que la conversion des gentils commençât par les grands et par les souverains. Considerei, mes frères, disait saint Paul (7) aux Corinthiens , volr£ vocation. Il y a parmi vous peu de sages selon la chair, peu de puissants , peu de nobles. Dieu a choisi ce qu'il y a de plus vil et de plus méprisable dans le monde, et ce qui n'est rien, pour détruire ce qu'il y a de plus fort et de plus élevé , afin que mil homme ne se glorifie en sa présence. Rien n'était plus propre en effet i confondre l'orgueil humain , que i.'e préférer, dans la distribution de ses grâces et dans la formation de son Eglise , les ignorants et les simples aux savants et aux génies sublimes , les pauvres aux riches , les i-ens des conditions les plus basses aux
jij PS. 71, il.
Dan. 7, -11.
(5) Isai. 62, 2. Ibid., 49, 7. IbW.
h) Isai. CO, 10.
(5) Isai. eO, 16.
(6) isai. 49, 23.
<7) 1 Cor. 1,26. 27,28.
LITE CONVAINCIE PAU LES I'IKII'IICHI:^, '.m perhiinnes illustres par Lur uai!>iiMic<' uu par Umrs dignités. Kien ne prouvait mieux la toute-puissance de Dieu que il'exetuter par de si faibles instruments la plus Haute et la plus dillicilc cntr.prise (|ul fut jamais. L'univers ne put attribuer à la protection de» princes 1rs rapides progrès du cliriKliaiiismc. Ils le persécuii^iriit pendant trois siècles avec une violence inùuie ; mais il triompha de lears attaques redoublées , sans armes, sans trésors, sans éloquence, sans |Hililicpie, sans crédit ; et par cette merveilleuse victoire sur les forces réunies de la terre cl des enfers, il justifia la divinité de son origine. La foi, suflisaramciii aflèrmic par un prodige si éclatant , n'avait jilus à craindre les soupçons de l'incrédulité. Il était temps que les souverains fussent appelés ;i la profession du chiistianisme , et que Dieu montrât que l'exercice d'une religion, dont le détacberaent et l'humilité sont les vertus fondamentales , pouvait s'allier avec la royauté qu'il avait instituée par sa providence et consacrée par sa révélation. C'est dans ces circonstances, et lorsque le chrisiianisine remplissait déjà tout l'univers, que l'Eglise vit jjarallre ces nourriciers et ces protecteurs que Dieu lui avait destinés. Constantin fut le premier. Les empereurs qui lui succédèrent enrichirent comme lui l'Eglise de leurs biens , comblèrent ses ministres de faveurs , appuyèrent ses lois du concours de leur autorité. Cet exemple do piété a été surpassé par les rois chrétiens , dont les états se sont formés des débris de l'empire romain. Ce n'est pas que parmi les princes qui l'ont gouverné, et parmi les aulres iiionarques, il n'y en ait eu qui ont tourné contre l'Eglise elle-même la protection qu'ils lui devaient. Il ne fallait pas tant se reposer sur un bras de chair, qu' on ne dilt être averti quelquefois par la soustraction de ce secours , que puisqu'il a été étranger à la naissance de l'E- . glise , il n'est pas absolument nécessaire à sa conservation. D'ailleurs, le moment où tous les rois, ainsi que tous les hommes sans exception , doivent être soumis à l'empire de Jésus-Christ , n'est pas encore venu , et nous expliquerons bientôt pourquoi et comment il faut attendre ce parfait accomplissement des propliéties. Cependant il n'en est pas moins certain que celles qui ont promis a l'Eglise la protection des rois de la gentilité , ont été vérifiées depuis Constantin jusqu' à nos jours. Les prophètes ont lu dans les livres de l'avenir celte admirable économie par laquelle Dieu a fait succéder aux miracles qui ont fondé son Eglise , les moyens humains qui la soutiennent ; et un si grand événement prédit avec tant de clarté est une démonstration complète de l'inspiration qui les a éclairés.
Donnons-en une dernière preuve aux incrédules, dans l'étendue et dans la perpétuité de l'Eglise chrétienne. Ces deux caractères qui la distinguent de toutes les seeles cantonnées dans quelque partie de l'univers, connues par la nouveauté de leur origine, déjà éteintes ou menacées du môme anéantissenienl qu'ont éprouvé celles qui les oni précédées , ces deux
caractères, dis-jc , sont niaiiiiesiemefll énoncés dans les anciennes prophéties.
On les trouve réunis dans les psaumes 44 et 7i. L'un (1) représente l'Eglise comme l'épouse de ce roi, qui est à la vérité le plus beau des enfants des hommes, mais qui en mênie temps est Dieu , et dont /* trône subsiste éternellement. La reine assise à sa droite, couverte d'or et de pierreries, est invitée à oublier dans le palais de son époux , qui est son Seigneur et son Dieu, le peuple au milieu duquel elle est née , et la maison de son père. Voilà l'Eglise des gentils appelée d'une nation et d'une contrée étrangère à l'ai liance de Dieu. A la place de vos pères , lui dit le psalmiste, il vous naîtra des enfants. Vous les établirez princes dans toute la terre. Ils se souviendront de vctre nom de génération en génération. C'est pourquoi les peuples publieront vos louanges éternellement et jusqu'à la fin des siècles. Soit que par les pères de l'Eglise chrétienne on veuille entendre les patriarches et les prophètes de l'ancien Testament , et par les enfants qui naîtront à leur place les Apôtres ; soit qu'on pense que ces mêmes Apôtres sont les Pères et qu les évoques leurs successeurs sont les enfants dont il esJ question , l'universalité de l'Eglise et sa perpétuité sont également annoncées par cette prophétie. Ces deux sens sont véritables et ne se contredisent pas. L'Eglise reconnaît pour ses pères et les Saints de l'ancienne loi ses précurseurs , et les Apôtres ses fondateurs , les uns et les autres ses guides et ses maîtres. Les Apôtres sont les enfants des patriarches et des prophètes dans les travaux desquels ils sont entrés , selon l'expression (2) de Jésus-Christ. Les évêques se font gloire d'être les enfants des Apôtres , dont ils occupent les chaires et dont ils ont recueilli la doctrine. Conformément à ce double sens, l'Eglise a des princes établis, non dans quelques villes, dans quelques provinces, dans quelques royaumes, mais dans toute la terre. Son gouvernement n'est pas anarrhique ou populaire. L'autorité y réside dans les premier= pasleurs (5), dont le ministère commencé par les Apôtres et continué par les évoques, s'étend comme TEslise elle-même dans tout l'univers. Ce ministère durera sans interruption jusqu'à la fin des siècles. Sans cesse ils se souviendront du nom de l'Eglise, gardiens fidèles du dépôt qu'elle leur a confié , censeurs incorruptibles de toute erreur et de toute nouveauté. Les peuples dociles à leur voix publieront éternellement
(2) Alii laboraverunt. Vos in labores eorum intro- ÎStis. Joan. 4, 5S.
(5) Le prophète annonce la principauté des premiers pasteurs de TP^glise, s;ins préjudice de la subordination canonique qu'ils doivent tous à leur cliei visible , centre et l'cn de leur unité. Sous ce point de vue le gouvernement de l'Eglise n'est pas purement aristocratique. Il y a un chef divinement établi. Il y aussi dos magistrats et des princes dont l'autorité coule de la même source que celle de leur supérieur, d'où résulte, comme parlent les théologiens une monarchie mêlée et tempérée d'aristocratie.
lis louanges de cette Eglise qui leur a ouvert son stiin, et du Seigneur qu'elle leur a fait connaître.
Le psaume 71 , dont l'inscription porte qu'il s adresse à Salomon, débute, il est vrai, par l'éloge de ce prince. Mais ce début se termine bientôt au Messie , dont Salomon n'était qu'une figure imparfaite ; et s'il y a dans ce psaume des traits qui peuvent convenir au fils de David, il n'y en a aucun qui ne convienne beaucoup mieux au Messie, il y en a plusieurs qui ne conviennent qu'à lui. Est-ce du roi de Jérusalem qu'on a pu dire (1) qu'il a existé avant ta lune , et que la durée de son règne égalera le cours du soleil de génération en génération, ou comme saint Jérôme l'a traduit d'après le texte original , qu'i7 sera éternellement craint et respecté , tant que le soleil subsistera, et même au-delà de la durée de la lune ? N'est-ce pas uniquement du Messie qu'il est dit, que la justice et la paix fleuriront dans les jours de son règne , jusqu'à ce qug la lune soit détruite? C'est visiblement prolonger jusqu'à la fin du monde la durée de l'Eglise , qui est le royaume de Jésus-Christ. L'universalité suit de près la perpétuité. // dominera , ajoute le psalmiste , depuis vie mer jusqu'à l'autre, et depuis le fictive jus qu'aux extrémités de l'univers. On prétend expliquer ces paroles de Salomon, qui étendit son empire depuis la m3r Rouge jusqu'à la grande mer, et depuis le fleuve d'Euphrale jusqu'aux frontières de la Terre- Sainte. Mais outre que le verset précédent , qu'on vient do voir , ne regarde que le Messie , outre que les Septante ont rendu le mol qu'on veut restreindre \ la Terre-Sainte , par un autre qui signifie (2) tout l'univers habitable, la suite ne permet pas de douter que le prophète-roi n'altribue à celui qui est le pr'jicipal objet de ce psaume , une domination universelle dans le monde entier. Il met à ses genoux tous les rois de la terre et toutes les nations. 11 prédit que toutes les tribus seront bénies en lui, et que totis les peuples le glorifieront. 11 finit par aE-surer que si le nom du Seigneur Dieu d'Israël doit être éternellement béni , toute la terre sera remplie aussi de sa majesté. Voilà encore l'inséparable union de la perpcluilc de l'Eglise et de sa catholicité.
Daniel rassemble ces deux caractères en deux prophéties , où nous avons déjà démontré que l'Eglise de Jésus-Christ est peinte sous l'image d'un cinquième royaume succédant aux quatre plus grands empires qui aient régné dans le monde. Les quatre métaux de la statue montrée à Nabuchodonosor durant son sommeil , sont brisés et réduits en poudre (3). La petitt pierre détachée sans main d'une montagne, qui avait d'abord frappé les pieds de la statue et l'avait renversée , devient elle-même une grande montagne qui remplit toute la terre , l'empire figuré par cette pierre est donc universel. Mais afin qu'on ne croie pas que cet empire si étendu puisse avoir une fin comme ceux
1) Ps. 71, 5-19.
3) Dan. 2, ôl, 55.
lOOIl'AllT. I\. TIlKOl.. 1;\I.i;ET. -LINCUKDl I.ITK CO.NVAINCIK IAK 11^ IIIOI'IIF.TIKS. M02
nui ravtiriil iiréciMtS, lo |ir(i|>la^lt« didarc (»)qin'
iluhs U Uiiipê de ces rvyannift |>ôri«salili'S , 1^ Dieu
du citl tn êuidlera i«i autie , i]iii Liin tCitrt traiisfi'ri! ,
aiQSi qu'il» l'avaienl élo , u un peiiftle étranger, lubiU-
lera ^Uniellefeiil.
L'Kjîlisc cliréiioiiiie , avoc «es |>ro|iriolrt , ii'esl p:is moins ilaii riiiciit oxpi iime clans la vision ilt-s qnalre IkHi>s. Lt'urs lailavris miuI citnsuniôs |>ar les llanuncs, comme li's qualn- niilau\ avairnt ùio mis en [mjussiiVe, el l>i«'u ne cosse île nous inculquer par ces dilfércnls IraiU la cailucilc des cnqiires enrichis des i\é |iouillos el cimenles du sang des naliiins vaincues. Oe iiiiMne qu une |)ii'rre |iclile dans son ori,;ine, croissant eiisuile jusqu'à la liauleur il'une nionlagnc immense , prend la place de lous ces méLiux , ainsi te Fils de rhomme (i) irioniplie de ces bèlcs ineurtrièros. Monré sur tes im^es du ciet, oit te présente ù C Ancien des jours. H en reçoit la puissance, l'Iionnefir et le roijaume. Tous tes peuples, toutes tes tribus, Itjutes les la'gnes le teniror.l. Sa puissance est une puissance éternelle gui ne lui sera pas ôtée , et son royaume ne sera jamais détruit. Les Juifs el les incrédules peflvent-ils nier que ce Fils de l'iionime victorieux et couronné par l'Ancien des jours , c'est-à-dire pur l'Eue tout-puissant cl éternel, ne soit le Messie"? Que son empire, substitua à ceux des Assyriens , des Perses , des Grecs el des Koiii:;;;,^ , ne doive embrasser tous les peujiles lia j- (erre, el ijiie supérieur par son étendue auï plus puissantes monarchies , il ne doive aussi remporter sur elles par son inébranlable fermeté. Au reste , ce cinquième cnqiire n'est pas , comme les précédents, un royaume terrestre el temporel (5). Les Sji'.its du Trè^-llaut y régnent avec le Fils de l'houKne. Le royaume, la puissance et toute la grandeur de Cempire qui est suus le ciel, sont donnés à ce peuple de Saints. Le règne du Trés-Uaut avec eux et sur eux ne finira point : et partout on donne pour apanage à cet empire spirituel la perpétuité jointe à l'universalité.
Si l'on veut maintenant rapprocher les événements des prophéties , on trouvera que l'Eglise de Jésus- Christ, celle dont l'oriuine remonte par des faits positifs jusqu'aux apôtres , qui ne s'esl jamais séparée d'aucune église plus ancienne, et dont au contraire toutes les sectes nouvelles se sont séparées , que celle Eglise a toujours été distinguée des sociétés hérétiques ou schismaliques par son titre de catholique , lilrc que les élrangers lui accordai^-iil d'une commune voix , et que les sectes ses rivales n'ont jamais osé revondiquei-. On trouvera qu'elle a mérité ce nom (4), parce qu'elle était répandue dans tout l'univers, et qu'elle ne le mérite pas moins aujourd'hui, puisqu'elle a autant et plus d'éleudue qu'elle n'en
H) Dan. 4t.
(2) D.m. 7, 15, li.
o) Da!i."7, iS.
(i) lii'Iè Eeclesia dicta est catholica quôd sil ubiqne l'iilusa.
Saiictns Optafjs lib. 2, •contra Parmenianum. Idem S. August. el alii Patres passim.
OKuVnKS COJPL. DE LtîinA.NC UE PojirlGNAN. I!
avait dans les tempA ob les l'ères publiaient liauleinenl et s;in8 crainlu d'être démentis , sa calliolicilé. Un trouvera aussi que relie même Eglise , quoiqui; persécutée durant trois siècles par toute la pui&sanKn romaine, ijuoiipie exposée aux assauts continuels du schisme el de l'hérésie, (|uoii|ue di'chirée quelquefois par des divisions intestines, quoii|ui! coiidiattue dansi sa nu)rale cl dans sa disciplini! par les vices d'un grand nombre de ses enfants , souvent même par leg dérèglements de quehpies-uns de ses miin>lres , a déjà surpassé la durée des empires qui pnraisgaicnl le nueux aiïernns; que son ministère subsiste sans interruption depuis dix-sept sicles dans la chaîne des pontifes successeurs de saint Pierre , cl dans la suite des évèques unis au siège de Home ; qu'elle n'a pu être convaincue par des actes publics et des monuments certains d'avoir innové dans son culte ou varié dans sa foi ; qu'elle n'a cessé de porter la connaissance de Dieu et celle de Jésus-Christ aux nations idolâtres ; el que si Dieu a permis (jue des sédu(Mio;is, qui ont été elles-mêmes prédites, lui enlevassent de vastes contrées , elle a réparé ces perles par de nouvelles conquêtes.
Los incrédules diront-ils ([ii'il n'est pas sûi qu'elle subsiste avec le même éclat jns(]u'à la fui du monde? Qu'en tout cas celle prophétie étant encore suspendue, on ne peut les obliger d'en reconnaître l'accoinplisscmeni comme une preuve de la divinité du christianisme? Ils le diraient peut-être avec quelque couleur, si c'était l'unique prophétie qu'on leur eût citée. Mais elle l'ail un tout indivisible avec cette miiltitudc d'oracles déjà produits , dont l'exécution consommée n'a besoin que du témoignage irréprochable de l'histoire ou même de celui des yeux , et n'emprunte rien des conjectures les plus légitimes sur l'avenir. Les mêmes livres qui ont annoncé la perpétuelle durée de l'Eglise chrétienne, ont prédit non seulement les événements historiques qu'on a vus dans la première partie de cet ouvrage , mais encore le temps et le lieu de la naissance de Jésus-Christ , son précurseur , sa généalogie , le prodige de sa conception , ses vertus , ses travaux , sa passion , sa mort , sa résurrection glorieuse , son ascension dans le ciel , l'eiTusion éclatante de son esprit sur ses premiers disciples , l'établissement de son Eglise, la vocation des gentils, la destruction des iiloles , la conversion des princes et des souverains. Tanl de prophéties vériQées ne garantissent-elles pas la certitude de celles qui doivent l'être un jour ? Et Dieu trouvé fidèle dans toutes ses promesses donl le temps est passé, n'a-t-il pas droit d'exiger qu'on se repose sur sa (idélité de l'accomplissement de ce qu'il a promis pour la suite et pour la fin des siècles ?
La perpétuité de l'Eglise n'est pas le seui événement futur que les prophéties nous donnent lieu d'attendre. Tout ce qui est dans la religion chrétienne l'objet, ou d'une crainte salutaire , ou d'une espérance consolante , a été prédit dans l'ancien Testinient. On nous enseigne que le Fils de Dieu , après
avoii exercé ilans son premier avénciiieiil la fonciion d« métliaicur, reparaîtra une seconde fois en qualité déjuge , et qu'il assemblera tous les hommes devant son tribunal. Les prophètes ont connu ce jugement universel. Ils en ont annoncé le terrible et majestueiiX appareil. Nous croyons que les méchants sortis de celle vie seront éternellemeni tourmeniés par un fou vengeur, et par des remords encore plus dévorants ; que les bons affranchis des liens de la mortalité jouiront dans la possession de Dieu d'un bonheur sans terme et sans mesure , que réunis avec les anges dans le ciel , ils y composeront celte Eglise triomphante , d'où la discorde, l'indigence, la douleur, l'injustice seront à jamais bannies. Ces deux éternités si différentes l'une de l'autre ont éié révélées aux prophètes. Leurs prédictions, touchant ces dogmes importants , n'entrent point dans le plan de notre controverse avec les incrédules. Mais ils ne doivent pas ignorer qu on peut , quand ils le voudront , leur faire voir en des écrits où l'avenir est clairement dévoilé , tout ce qui se prêche dans le christianisme sur la fin da monde , et sur l'état des âmes après leur mort. La nécessité même de répondre aux objections que nous allons exposer, amènera le développement de quelques-unes de ces prophéties.