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CHAPITRE IX

Objecliont contre Faccomplissemenl des prophéties dam la personne de Jésus-Christ.

Il est donc invinciblement établi par des preuves accumulées, et dont quelques-unes sont portées jusqu'à la démonstration, que Jésus-Christ est le Messie promis aux Juifs. Jamais la lumière prophétique n'a brillé avec plus d'éclat que dans les oracles qui concernent sa personne et son Eglise. Les prédictions sur des événements icmporeîs n'ont été données aux Juifs que pour accréditer par leur accomplissement prochain des prophéties plus importantes el plus éloignées, dont ils devaient être les dépositaires. Une partie de ces prédictions temporelles est presque entièrement perdue à notre égard, par l'ignorance où nous sommes des événements dont elles faisaient mention. D'autres ont percé l'obscurité des temps antiques par la grandeur et la célébrité des faits qu'elles ont annoncés. Mais si de telles prophéties suffisent pour la conviction des incrédules, que doivent-ils penser de celles qui ont été accomplies en Jésus-Christ.

C'est un homme, pour ne parler ici que selon ce qui est aperçu par les sens , c'est un homme attendu par une nation entière durant un grand nombre de siècle*. Un homme toujours présent à l'esprit des premiers fondateurs de cette nation, du législateur qui l'a policée , des prophètes qui l'ont éclairée. On ne dit rien de toutes les figures qui ont éié tracées de cet homme unique dans l'ancien Teslacnent. Leur élude est la plus douce consolation des âmes piouscs qui ont appris Je l'apôire S. Paul (1) que Jésus-Christ

<i) Rom. 10. 4

esl (a fin de la loi. InJt'pomlammenl de ces tableaux m)Stéricux, Jésus-Chrisi parait en mille endroits des livres des prophètes. Leur mission n'a évidemment d'autre objet que de lui préparer les voies. Sans cosse occupésde lui ils le mêlent à tous leurs discours. Souvent ce sont des traits isolés, des éclairs rapides, mais qui laissent de profondes impressions ; quelquefois ce sont des descriptions plus longes et plus suivies. Quoiqu'ils traitent tous, en parlant de lui, le même sujet, ils ne se copient pas. Des circoiisiancos omises par les uns, sont exprimées par les autres. Et ces différents morceaux rassemblés composent une histoire de Jésus-Christ aussi complète et aussi détaillée, qu'aurait pu la donner un compagnon inséparable de ses travaux, un témoin oculaire de toutes ses actions. Quelle admirable connaissance de l'avenir dans cet amas de prédictions sur une vie pleine d'événcraenls si extraordinaires ! Quelle autorité plus convaincante pour des esprits qui n'ont pas juré une haine irréconciliable à une vérité qui les gêne et qui les captive î

De quel poids peuvent être des objections qui combattent de telles preuves? Elles pourraient être négligées, sans affaiblir notre cause. Maiselle n'a point à craindre l'exposition et l'examen de ces difficultés. Les incrédules connaîtront de plus en plus qu'on agit avec eux de bonne foi, et qu'on ne veut rien dissimuler deloutcequipeut serviràréclaircisseraenlde cette importante matière.

La première objection est tirée des sentiments que les Juifs ont témoignés à l'égard de Jésus-Christ. Loin de le recevoir comme le Messie, ils l'ont traite d'impie et de séducteur. Ils entend.aicnt néanmoins leur langue. Ils lisaient avec une application infatigable, et en particulier et en public, les écrits de leurs prophètes. Serail-il possible qu'ils y eussent méconnu Jésus-Christ, s'il y était aussi évidemment annoncé que les Chrétiens le prétendent? Ils étaient à la source des événements. Les prophéties s'accomplissaient à leurs yeux. On veut même qu'ils fussent alors dansTaltenle de leur accomplissement. Par quel prestige ont-ils pu se cacher à eux-mêmes ce qu'ils voyaient, ce qu'ils entendaient, ce qu'ils touchaient de leurs mains? Les hommes sont-ils capables de cet excès d'extravagance et de stupidité? N'est-il pas plus naturel de penser que ces oracles dont nous nous prévalons, ont tout un autre sens que celui qui nous favorise? El dans l'interprétation des textes lichroux, le témoignage des Juifs ne doit- il pas l'emporter sur celui des Chrétiens ?

Nos esprits forts s'abusent étrangement , s'ils se flattent de trouver la justification de leur incrédulité dans celle des Juifs. Celle-ci est au contraire uric preuve de plus en faveur du christianisme. Elle a mis le sceau à l'accomplissement des prophéties, el il eût manqué à Jésus-Christ un des caractères qu'elles aiiribuent au Messie, si la nation Juive avait été moins obstinée à rejeter sa mission.

Il était prédit que celle na'ion serait incridnle et reiW/e , el que /e Seigneur ouvrirait inutilement ses

|(Htr. l'AUr. I\ 1111(11 I Alf.ET. -LINCREm mutins {\) [Hiur If» allircr ^ lui. (>iii' les i/ciii leraié'nl ohti-urci» i>onr ne pani) voir U-s |iriiiligi>H le» plus rcla- Unis. CiM olHcurci&sriNi'iit ilfvall Aire suivant eu niOuif p^uutno l;i ju^li* puiiiliiiii dtt sa fureur ciiiilre If Mfssif. Sa ri|>r<it>;iliciii si «•liirriiifiil iii:irqu<'f par le pr«pli(Hf Osée (:\) f l ipii m- lui l.iisso ni roi , ni prince, ni lacrifii-e, ni auli-l, ni ^phod ou vêtf moiils sacrrJolaux, ni llu'raphim ou imagfs, celle aiïrcuse et totale rf|)r(iliali(>ii iif finira que par le relonr des en~ fanis il' Israël au Seii/neur leur Dieu , et à David leur roi, c'est-i ilirc au Messio.

Isaïf sur le piiini de raconter la passion fulure ilo Jésus-Clirisi, s'écrie ^ la vue de l'endurcissement des Juifs (l) : Seigneur, qui est-ce qui a cru À nvlre parole, el à qui voire puissance a-i-elle Hi révélée? Parlant dans la suite de ce chapitre au nom de tous ses concitoyens. Nous l'avons vu (5), dit-il , el nous ne l'avons pas reconnu. Son visage étail si défiguré que nous n'en avons fait aucun cas. Nous l'avons regardé comme un lépreux que Dieu a frappé, el qu'il s'est plu à humilier.

Mais ce prophète, à qui les temps du Messie semblent avoir été mieux connus qu'aux autres écrivains sacrés ne s'exprime nulle part en icrnies plus formels sur l'incrédulité des Juifs ipie dans ce passage (6) cé- Icbre, souvent cilc par Jesiis-Cluist et par les apôtres ("). t« Seigneur m'a dit : Allez et vous direz à ce peuple : Ecoutez ce qu'on vous dira et ne le comprenez point. Voyez ce qu'on vous fera voir, cl r.e le discernez point. Aveuglez le cœur de ce peuple, rendez ses oreilles sourdes, et fermez ses ijeu.c , de peur que ses yeux ne voient, que son cœur ne covtprenne, qu'il ne se convertisse, et que je ne le guérisse. Dieu crainl-il la cnnversiiin (les pécheurs? Leur envoie-t-il ses prophètes pour les endurcir? Loin de nous ce blasphème insensé. Dans le style de l'Ecriture les prophètes font ce qu'ils annoncent de la part de Dieu. Ils endurcissent celui dont ils prédisent l'endurcissement. Ils détruisent ce dont ils assurent la destruction. Ils souillent ceux qu'ils déclarent souillés. Ils sanctifient ceux à qui ils ordonnent dese sanctifier (S). Dieu ne choisit doiic pas Isaïe, pour opérer par son ministère l'incrédulité des Juifs. Il ne désire pas qn'cllesoit incurable. Il ne iV.it que prédire par la bouche de ce prophète ce qui doit arriver à ce peuple, non par une nécessité inévilable, mais par la libre résistance de sa volonté. Aussi les Sepianie.dont Jésus-Christ el les apôtres ont adopté la traduction , s'écanlani de la lettre pour mieux suivre l'esprit, ont rendu cet ordre que Dieu donne iciàlsaîe par une simple prédiction de l'avenir. Vous entendrez, et vous ne comprendrez pas. Vous verrez, et vous ne discernerez pas. Car le cœur de ce peuple est endurci. Leurs

(1) Isai. G5,2.

(5) Osée 5, 4, 5.

(4) Isai. 53, 1.

(3) Ihid. 2, 3, i.

(fc) Isai. ti, il, 10.

(>) M;iitli. IT), H, !.•). Marc, 4, 12. Luc. 8, 10. Joan. 12, 40. AcI. Aposl. 28,2(i, 27. Uom 11, 8.

(5) Jerem. 1. 10. Is.ii. 45, 28. Joël. 1,14.

l.m: (.O.NVAINC.I I. PAU I.F.S PUOPIH.TIF.S. lOOfi oreilles sont devenues sourdes, el l'/i ont fc nié les yeux, de peur que leurs yenx ne voient, que leurs t/reiltes n'entei>dent, que leur eœur ne comprenne, qu'ils ne sé eonvertissent, et que je ne les guérisse. Voili cet excès d'a\eii- (;leiiient el de stupiililé, dont on veut soutenir que les liOMiiiies siuil incapables. Il était prédit aux JuilB longtemps avant (ju'ilsy tond)asseul. Itien n'approclic d'un étal où l'on a des yeux pour ne point voir, des oreilles pour nVritemlre pas , un eœur pour ne conqirendre ni ne sentir. Kl afin qu'on ne [lense pas que cet état ne rej;arde que les Juifs cotileniporains d 'Isaïe, dont ils méprisaient les avertissements, écoulons ce qu'il ajoute (1). El je dis :. Seigneur, jusqu'à quand durera cet aveuglement ? // me répondit : Jusqu'il ce que les villes soient désolées el sans citoyens, les maisons sans habitants, cl que la terre demeure discrie. Et le Seigneur bannira les hommes loin de leur pays ; et celle qui était délaissée au milieu de la terre se multipliera. Elle offrira encore ses dîmes. Elle se convertira... et elle se fera remarquer par sa grandeur comme un lérébinthe et comme un chêne qui étend a:t loin ses rameaux, et la race qu'elle produira sera une race sainte. Le bonheur qu'Isaîe promet ici aux Juifs n'est pas celui qui suivit leur retour dans la terre sainte , après ([u'ils eurent été délivrés de la c.nptivité de Babylone. Leur conversion ne fut alors ni assez solide, ni assez universelle, pour mériter de si grands éloges. La république judaïque presque toujours asservie à une domination étrangère, ou agitée par des troubles domestiques, ne parvint jamais au même degré de splendeur et de magnificence où SCS rois l'avaient élevée. Il s'agit donc d'un autre exil, d'un autre esclavage que celui qu'éprouvèrent h s Juifs sous les rois de Babylone. C'est celui sans doute dans lequel ils géndsscnt depuis tant de siècles. Leur révolte contre le Messie en a été la véritable cause. Ils ne cesseront de le méconnaître et de le haïr pendant leur dispersion, jusqu'à ce que vienne le temps où la nation juive convertie sortira de cet état d'abandon et de délaissement où nous la voyons. Alors elle se multipliera non par la chair et le sang en devenant plus nombreuse, mais par l'esprit, en acquérant de nouvelles vertus. Elle offrira encore ses dimes , et Dieu les acceptera, parce qu'elle lui offrira un culte exempt d'hypocrisie, dégagé de superstition, épuré de ces vîtes mercenaires qui souillaient les olTrandes de ses ancêtres. Sa grandeur sera semb'rable à celle d; s plus hauts arbres qui étendent leurs branches au loin. Grandeur d'autant plus réelle, qu'elle sera fondée non sur des avantages temporels, mais sur la justice et sur la piété. Et c'est par une grandeur de cette nature que le prophète détermine le sens des promesses qu'il fait à Jérusalem. La race qu'elle produira sera une race sainte. Bien différente de cette (2) génération perverse et adultère, qui demandait conlinuellement de nouveaux signes à Jésiis-Clorét, quoiqu'elle cilt déjà vu les miracles qu'il avait faits, cj

(1) Isai. 6. 11.12, 13.

(2j Matth.l2, 38, 5^. Ibid. 10, 4. 5.

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qu'il ne lini qu'à cils d'approevoir en s:r personne îous les signes .de l'arrivée du Messie.

Au surplus, quand l'incrédulilé des Juifs ne serait pas aussi luanii'esienient prédite qu'elle l'est, formeraitelle une exception légitime contre la preuve des prophéties? Leur interprétation ne dépend pas du consentement des Juifs. Elles sont entre nos mains et sous nos yeux ; et pour juger si elles sont accomplies, nous n'avons besoin que de les confronter avec les événements. Les Juifs, dit-on, sont les interprètes naturels d'un livre écrit originairement en leur langue. C'est ce que l'objection a de plus fort. Mais il est aisé d'y répondre en distinguant deux espèces de Juifs : ceux qui vivaient au temps de Jésus-Christ et des Apôtres ; ceux qui dans la suite ont entrepris d'expliquer les prophètes.

La haine contre J^sus-Christ et contre le chrislianismr a été commune aux uns et aux autres, de même que l'attente d'un Messie belliqueux qui soumettrait tout l'univers à l'empire de leur nation. Mais les premiers Juifs n'.ivaicnt pas encore imaginé toutes les sul)tilités que leurs successeurs ont mises en œuvre, pour détourner le sens des propliéties. Au contraire leurs anciens Ttirgums ou paraphrases font foi que dans le siècle de Jé^us-Christ et même quelque temps après, on appliqu^iit au Messie parmi les Juifs, comme parmi les jhrétiins, les plus intéressantes de ces prophéties. Ce n'est que dans les siècles postérieurs que les rabbins se sont aperçus, que si le Messie était l'objet de ces oracles , les chrétiens avaient gagné leur cause. Alors ils ont mieux aimé s'éloigner de la tradition de leurs pères, et renoncer aux plus solides fondements de leur confi.incb dans la promesse d'un Messie, que J'étrc obligés de reconnaître l'exécution de celte promesse dans la personne de Jésus-Christ. De là sont nées ces finesses , ou pour mieux dire ces minuties grammaticales, ces conjectures arbitraires, ces explic;tiions violentes, quelquefois même ces altérations ou ces versions infidèles Ju texte hébreu qui font disparaitr, le ilessie dans les livres saints, et n'y laissent plus subsister que des événements ou des personnages voisins du temps où écrivaient les prophètes. Dans le détail de cette controverse, nous ne récuserions pas inènie les incrédules pour juges entre les Juifs et nous, s'ils voulaient bien n'écouler que la voix de la raison. Mais une autorité supérieure à tous les raisonncmenis décide le procès. Les Septante auleursd'unc IraJuclion grecque de l'ancien Testament, qui a paru quelques siècles avant Jésus-Christ, ont expliqué du Messie tous les passages que les Juifs lui ont disputé dans la suite. Ils ont !u ou entendu comme les chrétiens, les termes essentiels que les Juifs ont cliangés dans leurs exemplaires ou qu'ds ont diversement interprétés. Ces traducteurs savaient sans doute aussi bien l'hébreu, qui était leur langue maternelle, que les Jui s modernes et que tous les docteurs de celte nation qui onl commenté l'Écriture depuis l'établissement du christianisme, ils écrivaient dans un temps non suspect où des préjugés de p.wti

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ne les aveuglaient pas. Qu'on vienne maintenant nous objecter le témoignage des rabbins dans l'explication des prophéties, comme s'il suffisait d'être né Juif pour en posséder la véritable intelligence.

Ce témoignage esl détruit, on vient de le voir, ei par celui de leurs ancêtres et par l'évidence même des prédictions qu'ils cherchent à obscurcir. Pour le décrédiler sans ressource, il nous reste à développer le motif de ro])position que les premiers Juifs onl conçue, cl qu'ils onl transmise à leurs descendants, contre la personne de Jésus-Clirisl. C'est à quoi nous conduii l'examen d'une seconde objection.

On peut donc dire que si les Juifs onl rejeté la rr'ission de Jésus-Chrisl, c'est parce qu'ils n'(mt pas remarqué en lui les caractères du Messie qui leur était promis. Ce Messie devait être roi, prince, dominateur. C'est le litre que lui donnent David (1) , Isaïe (2) , Jérémie (3) , Ezécliiel (4) , Daniel (3) , Osée (6) , Michée (7) , Zacharic (8) , Malachie (9). Tous ces prophètes onl célébré à l'envi la gloire de son règne, la sagesse et l'équité de son gouvernement, la durée de son empire, l'éten lue de sa domination. Il devail être guerrier et conquérant ; écraser les têtes superbes qui oseraient lui résister, teindre ses flèches et sa lance du sang de ses ennemis, épouvanter l'univers du bruit de sa valeur et de ses victoires, subjuguer les rois, s'assujétir toutes les nations. Telle est l'idée que les mêmes |)rophètes nous en donnent. Or Jésus-Christ n'a montré rien de semblable aux Juifs. Us l'ont vu naître et passer sa vie dans l'indigence et dans une condition privée. Ils l'ont vu mourir sur une croix, accusé des crimes les plus graves, et condamné par le tribunal le plus autorisé dans leur nation. Ont-ils pu découvrir dans cet état leur souverain et leur libérateur ? Mais, continuent les incrédules, si des raisons aussi puissantes ont détourné lesJuifs.de reconnaître Jésus-Christ pour Messie, les mêmes raisons subsistent ilans tous les temps et à l'égard de lous les autres hommes. On a beau produire quelques oracles qui lui conviennent, dès qu'il s'en rencontre plusieurs qii'il n'a pas remplis, il h'esl plus le Messie prédit. Toutes ces prophéties tant vantées ou sont convaincues de fausseté jiar leur contradiction réciproque, ou n'ont pas encore eu l'accomplissement qu'elles doivent avoir. Dans l'une ou l'autre supposition l'incrédulilé ne peut être confondue par la preuve tirée des prophéties.

Il n'est que trop vrai, et l'on en tombe d'accord avec les incrédules, que les Juifs n'ont pas trouvé o.n Jésus-Christ ce qu'ils cherchaient dans leur Messie. Il n'a point offert à leurs regards le spectacle éblouis-

(l)Ps.S

fè) Cap.

(-.) Cap.

(4) Cap.

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(.(i) Cap.

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(8) Cap.

(9) Cap.

<y09l'AIU. I\. IIILUL. L\LGET. — LIMIUEIH: t:\xu iruiu'r»>auu-(eiiipui'i'll(>. Il iicleura|io!iil:ip|>nrt(^ Iw I iclii'<iiifs iitiMs alU'iiil.iicnt. Il ni! s'«'>l pus mis \ leur uHi', jxiiir l'ciiiihallii- Un imi&^aiii'cs t'Ii aii^ùivs, iloiii le jciun leur élait si uilieux. Il n'a (Hiint l'Ievé par SM virtiiiiiH ot |wr si's ('oni|uOics leur naiion au-ilc&- »us lie loiiii-s l.'s auiri-s. Loin Je saiislairo Us ilt^irs que l'ciriiucil ri la otipiililr li-nr iri^piiaiont, il iii> Ifur a ouvorl nn'un l'IieniiM semé ilo roiicos et (l'i'pines, pour arriver ù une rélicilé iminorlcllc cl céleste. Il leur a proposé le renoneenienl, sinnn elTeeiif, du moins dans la préparai ion de leur CdMir à lous les liions sensililes. Des dehors si lininblis, une morale si aiisièie, des ofl'res si peu eoid'ornies aux espérances mondaines (pi'ils avaient connues les aliénèrent de Jésus-Christ. Ajoutez ii ces dispositions le crédit et l'autorité de leurs prêtres el de leurs docteurs, qui pins corrompus que le peuple sous le voile d'une pieté trompeuse, étaient aussi plus opposés ;\ la doctrine de Jésus-Clirist. Doit-on s'étonner, quand on sonde les profondeurs du cœur humain, qu'en de pareilles circonstances les Juifs aient lermé les yeux aux prédictions les plus évidentes qui leur annonçaient Jésus-Christ? ils ont imité l'aveugle endurcissement de leurs pères , et nos incrédules imitent M leur.

Le Messie devait être, comme les Juifs le croyaient, roi et conquérant. Mais en quel sens fallait-il prendre les oracles qui avaient prédit toutes ces grandeurs? Était-ce dans un sens purement liltéial, ou dans un SCHS spirituel et métaphorique? Trois raisons établis saient la préférence du second sens sur le premier.

i° Le style des prophètes est plein de métaphores et d'allégories. C'est surtout en parhint du Messie que ces expressioiîs figurées leur sont plus familières. Ils l'apiiellent (I) .li/.'iciii/, pour faire connaître sa douceur el son innocence : Lion (2), pour désigner sa force et son courage. Veulent-i^s nous apprendre qu'il adoucira par ses lois et par sa doctrine les mœurs des hommes les plus barbares, qu'il répi imera les haines, qu'il apaisera les divisions, ils nous disent (ô) que de son temps le totip halitera avec Cacjneau. Que le léopard se couchera auprès du chevreau. Que te veau, le lion et la brebis demeureront ensemble, et qu\in petit enfant les conduira tous. Que le veau et l'ours iront dans Us mêmes pâturages, que leurs petits se reposeront dans Us mêmes tieuà-. Que le lion mangera de la paille comme le bœuf. Que l'enfant encore à la mamelle se jouera sur le trou de Caspic, et que celui qui aura été sevré portera sa main dans ia caverne du basilic. Décrivent-ils les merveilles qu'il opérera, le bonheur dont il comblera les hommes (i) ; Des eaux pures et vives inonderont les hautes montagnes et les collines élevées. La lumière de la lune sera aussi grande, aussi éclatante que celle du soleil. Et l'orbe du soleil sera sept fuis aussi vaste

(1) Emilie Agnum, Domine, dominaiorem terne

(2) Catulus leonis Juda. Requiescens accubuisii ut Ico. Gènes. ■19, 9.

(5) Isai. M. 0.7, 8, ibiJ., 05 ÏS.

(i) Isai. 50. 23,20.

LITE CO.NVAI.NCLE l'AK LIS l'KOl'IlLTIES. lOM) aus»i ifliiicelanl qu'il a coutume de l'être (t). llenfleuves de luit cuuteriinl des montagnes el des collines (2). />■« fmdemenls de la niilividle Jérusalem qu'il doit construire , seront de saphir, tes remparts de jaspe , set portes de pierres ciselées, el toute ton enceinte sera bâtie de pierres précieuses.

Je ne répiti- point les observations déjà faites sur cette montagne (pii jiarson idévation li;^iire une Église visible à tout l'univers, sur l'empressement unanime de tous les peujdes à gagner le sommet (!e cette montagne, c'est-à-dire à être rc<;us dans celle L^-lise, sur les voitures qui doivent les y conduire, sur les montures dont ils doivent se servir dans ce voyage, par où l'on s voulu signifier l'éclat et la solennité de ces conversions si promptes el si multipliées. Je supprime une foule d'autres exemples de celangage oriental rt prophétique fertile en comparaisons tirées de la nature. Les Juifs étaient sunisamment avertis que l'écorce de la lettre ne présente pas toujours dans les écrits des prophètes leur véritable sens; et tout les invitait à pénétrer sous celte ccorce les mystères (ju'ellc renferme.

2° Il y avait plus que des présomptions et des conjectures pour le sens spirituel des oracles concernant la royauté el lesconquctes du Messie. D'autresprédictions, qu'il est inuti'e de remettre sous les yeux des lecteurs, avaient clairement annoncé sa pauvreté, ses humiliations, ses souffrances, sa mort sur une croix. De tels caractères étaient incompatibles avec l'état d'un prince puissant, riche, victorieux; chéri de ses sujets, redouté de ses ennemis. Les Juifs devaient conclure de cette incompatibilité, que la gloire promise à leur Messie n'était pas celle qui frapoe les sens, que son royaume n'était pas de ce monde, que ses richesses étaient d'un plus grand prix que des trésors périssables, et ses victoires d'une autre espèce que celles qui ravagent la terre el l'arrosent ac sang l.uniain.

5" Il y avait dans ces mêmes prédictions sur la souveraineté et les triomphes du Messie des traits qui en décelaient le sens et les ramenaient à des idées spirituelles. Sa divinité par exemples! nettement exprimée dans les psaumes 44 et 109, montrait assez que, lorsqu'il y éuiil représenté ceignant son épée, perçant de ses flèches acérées les cœurs de ses ennemis, dominant au milieu d'eux, brisant les rois dans les jours de sa colère, remplissant tout de ruines, écrasant sur la terre les télés de plusieurs, il ne pouvait être question ni d'armes visibles el matérielles, ni de guerres ordinaires, ni de vengeances, telles que les rois en exercent sur leurs ennemis. Dans ces mêmes endroits et dans tous les autres, la bonté du Messie, sa justice, sa sainteté, son zèle pour l'insiructiou el le salut des hommes, servent encore de correctif aux expressions cxpliijuées par les Juifs dans un sens trop rigoureux et iroj! littéral. Ainsi , quand le psalmiste (3) décrit l'appareil guerrier du Messie, qu'il loue même sa

(1) Joël. 3. 18. Amos. 9, 13.

(2) Isai. 5 i. 11, 12.

(3J Ps. 44.

ion OElJVRES COMPLETES DE

grâce el sa beauté, marchez heureusement, lui dit-il, et régnez. Mais comment? Pur la vérité, ia justice, et la douceur. Voilà des armes bien opposées à ce glaive, à cet arc, à ces flèches formidables qu'il lui met daiis les mains. Dans le psaume 7i où il lui promet un règne si glorieux el si magnifique, il prédit que les montagnes recevront la paix, et les collines la justice pour le peuple. Que la justice paraîtra de son temps avec une abondance de paix qui durera autant que la lune, qu'il sera pour toutes les nations de la terre le principe et la source aes bénédictions qui leur sont destinées. Il ne connaît point en lui de vertu plus royale que sa tendresse pour ies pauvres, sa vigilance à pourvoù- à leurs besoins et à les délivrer des maux qu'ils éprouvent. Ainsi le prophète Isaîe commence la peinture du lègne du Messie (1), de ce règne, c« il ne jugera pas sur le rappint des yeux, oit il ne condamnera pas sur un ouï-dire, oit il j<igera les peuple^ dans C équité cl se déclarera le juste vengeur des humbles opprimés, oii il furppcra la terre par ta ve^ge de sa bouche , et tuera t'inipie du souffle de sa bouche (c'est par l'efficace de la p:iroie Cl non par la force des armes que le Messie déploie sa puissance), le prophète, dis-je, commenct celte peintnre, en assurant que l'esprit du Seigneui reposera sur lui, Cesprit de sagesse el d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, Cesprit de science et de piété, Cesprit de crainte du Seigneur ; et il la termine en lui donnant la justice el la foi pour ceinture el poui baudrier.

Le même Isaîe (2), surpris de voir paraître un héros donl ies vêtements sont couverts de sang , qui marche avec une force et une majesié inexprimables, lui deinanJe son nom. Je suis, répond-ii , celui qui enseigne ta justice. Je viens pour défendre et pour sauver. L'étonneaient du piophète augmente à cette réponse. Un niinibtère si doux el si pacifique s'accorde mal avec le sang yù ce héros senible s'être baigné. D'oit vient donc que votre robe est toute rouge, el que vos liabits sont comme ceux des hommes qui ont foulé te vin dans le pressoir? Oui, lui rcplique-t-il , j'ai foulé seul un pressoir, et personne d'entre les nations n'a été avec moi. Je les ai foulés dans ma fureur. Je les ai foulés aux pieds dans ma colère. Leur sang a rejailli sur ma robe, el lotis mes vêlements en sont tachés J'ai regardé autour de moi, et personne n'est venu pour m'aider. J'ai cherché , et je n'ai pas trouvé de secours. Mon bras seul m'a sauvé , el ma colère m'a soutenu. Ce n'est pas ici un guerrier semblable aux autres conquérants. Il nous apprend d'abord qu'il n'est venu que pour enseigner la justice , que pour défendre et pour sauver. Nous le voyons ensuite combattre et vaincre seul , sans troupes et sans alliés. Après cela , il est aise de comprendre le mystère de ce sang dont sa robe est teinte, de celte indignation el de cette fureur dont il a été animé dans le combat. D est couvert du sang de ses ennemis, parce qu'il a expié par ses souffrances les iniquités des hommes; el dans les cica-

(I)Isai. U.2, 3, 4, S (2) Isai. 03. 1-5.

LEFRANC DE POMPIGNAN. Jcia

triées des plaies qu'il a remues , i! |>ortc les marques de sa victoire sur la mort, l'enfer et le péché. Personne n'a voulu ni n'a pu partager avec lui l'honneur de celte victoire. 11 ne la doit qu'au zèle el au courage avec lequel il a lutté contre de si terribles ennemis.

11 n'est point de prophèle qui ail mieux dépeint que Daniel le règne spirituel du Messie. Il Oj pose en deux endroits ce règne, comme nous l'avons souvent dit, aux quatre puissants empires qui l'ont précédé. Dans la première prophétie , c'est une pierre détachée sans main d'une montagne, qui brise et réduit en poudre l'or, l'argent, l'airain et le fer, quatre métaux dont était composée la statue de Nabuchodonosor. Voilà un emi)ire qui n'est figuré ni par des métaux précieux, tels que l'or et l'argent, ni par des matières aussi duies et aussi pénétrantes que l'airain et le fer. Il n'a aucune cause humaine dans sa naissance , el il n'en a pas davantage dans ses progrès inouis, qui changent une peliic pierre en une montagne immense dont louic la terre est remplie. Dans la seconde prophétie, le Fils de l'honmie est victorieux de la lionne, de l'ours, du léopard, et d'un quatrième animal encore plus farouche. Les quatre premiers enij)ircs sont représentés par des bêtes dévorantes , symlxiles de l'ambition et de la cruauté des conquérants qui les ont fondés. Le cinquième appartient au Fils de l'homme, dont la doueeiir et la justice excluent les violences et les usurpations. Son règne est en même temps celui des Saints. Il n'est monté sur le trône , il ne s'y soulien; que pai la sainteté; et dans ce royaume , si différent de tous les autres , les sujets fidèles à leur maître deviennent autant de rois par l'imitation de ses vertus.

Ce dénoûment , si simple , si naturel , si conforme 5 l'espri' et au tissu des prophéties , concilie leurs prétendues oppositions. Il ferme la bouche aux incrédules, et ne laisse aucun prétexte aux anciens et nouveaux ennemis de Jésus-Christ , de lui contester la qualité de Mi'ssie. Car il en a réuni dans sa personne loue les caractères. On ne revient point sur ceux dont on lui a déjà fait l'application. Le litre de roi el celui de conquérant ne lui sont pas moins dus dans le sens spirituel qui vient d'être exposé.

il règne sur les esprits dont il a éclairé les ténèbres, réformé les erreurs, détruit les préjugés; sur les cœurs qu'il a délivrés du joug des passions, purifiés des souillures du péché, sanctifiés par sa grâce, élevés à une haute perfection. Quel empire aussi noble et aussi auguste que celui qui s'exerce sur ce qu'il y a dans l'homme de plus intime, de plus libre et de plus indépendant ; je veux dire ses pensées, ses senliments, ses penchants, ses désirs. Il règne dans le ciel, au milieu d'une multitude innombrable d'esprits célestes et de bienheureux, qui, chantant sans cesse ses louanges, mènent leurs couronnes à ses pieds. Il règne sur la terre, dans cette société visjble qui subsiste depuis tant de siècles, où non seulement on croit les dogmes qu'il a révélés, on fait profession d'une

iOiSl'AUr. I\. llli;i>l,. lAKUtr.-LI.NCKLDl 1.1 olM.>iNs.aiu'« iii>i(ilubl(' aa\ luia n» {\ u pifïi'riir» , iiiuis , di' |iluH , uù un l'uiluru lui iiiOiiic cuiiiiiic bk-u uvix' uni' pruluiidi- et rvligieubu viiii-Vutiuii.

Cfiie Église , son royuunii' , csl en intime ifinj» sa iMiiiiiuMe. Il l'a ac(|iiiM- au prix do son san|!. (^'csl uiudcfiouillf t|u'd a l'nicvci' au prince drs léni^bri-s. Il a l.iil à ci'l implacable ennemi île son l'ère el de la n;»lurc humaine une yneire d'un n i.;veau genre, où le vainipieur devait être ininiulé, el trioniplier par la cunsiinnnatiiin de son sacrifice. Il a olilcnu de la Justice di\iiie, pleiiiemenl salisl'aile, le rap|iol des exiles, l'alVruncliissenient des captifs, l'abolition de lu sentence de mort prononcée contre les criminels. Après celle première victoire, le fondement de toutes les autres, jusipi'où n'a-t-il pas poussé ses coiiquètes? Il a renverse les idoles , ruiné leurs temples et leurs autels. Il a cliassé du inonde l'esprit séducteur qui s'y faisait rendre de sacrilèges hommages. Il s'est assu jelti , par la voie de la pei'suasion , l'empire romain et beaucoup d'autres peuples (pie Rome , avec toutes ses forces, n'avait pu subjuguer. Il a vaincu d'abord les e.nporeurs et les rois , en maintenant et en étendant le christianisme malgré leurs persécutions ; enfin, il les a enchaînés à son char, en les attirant eux-niènies à la connaissance el au service du vrai Dieu. Les exploits militaires que les Juifs attendaient de leur Messie auraient-ils approché de ces succès d'autant plus glorieux qu'ils ont été plus utiles cl plus salutaires aux hommes ?

Conformément à ces idées spirituelles, Jésus-Christ paraît comme roi et comme conquérant dans l'Apocaly|)se , où saint Jean a rassemblé les traits les plus Irappants des anciennes prophéties. Il voit tes (1) deux qui s^ouvreitt, et un homme en sortir, porté sur un cheval blanc. On ["appelle le fiiUie et le véritable. Il

iuge el combat avecjustice «7 est vêtu d'une robe

teinte de sang, et son nom est le Verbe de Dieu. Les armées célestes te suivent, montées, comme lui, sur des clievaux blancs , Itabitlées d'un lin blanc el pur. Il sort de sa bouche une épée à deux tranchants pour en frapper les nations. Il les gouvernera avec une verge de fer ; et c'est lui qui foule te pressoir de ta fureur el de Li colère du Dieu tout-puissant. Et il porte écrit sur sou vêtement et sur sa cuiàse , le Roi des rois et te Seigneur des seigneurs.

Combien de fois l'Évangile et les écrits des Apoirps nous ont-ils représenté Jésus-Christ conune roi , comme héritier el successeur de David , conmie destructeur des puissances infernales , comme chef d'une milice invincible ! Il n'a donc rien manqué à Jésus-Chiisl de tout ce qui distinguait le Messie dans les livres prophétiques des Juifs ; et ce peuple est doublement inexcusable de n'avoir pas reconnu le Messie à ses vrais caractères, el de lui en avoir supposé qui n'étaient pas prédits.

Pourquoi, dira quelqu'un, tendre un piège à la simplicité, ou, si on l'aime mieux, à la grossièreté des Juifs? Pourquoi leur annoncer une domination , (I) Apoal. 19, li-lC.

11. t.O.NN AIMAI. l'AU I.I.S l'UOI'IIF.TIKS. lui i (les richesses, di-s victoires ipii n'éulenl pas celles

qu'ils espéraient"! Ne valait-il pas niicu< leur expliquer, netlemenl el sans ligure, en (pioi ilevaicnl consister la gloire el la grandeur du Messie? Question semblable à louus celles des incrédules, qui ne trouvent jamais de preuve assez, claire , si elle a pu l'être davantage : (|uestion dès-lors bu|)ernue , et ipji nous dispenserait d'une réponse , s'il n'était p.is important de rendre raison de ce langage méta|ihorique employé par les prophètes dans la descriplion du règne du Messie.

S'il était nécessaire de désigner le Messie |)ar des marques qui le lissent connaître, il ne convenait pas de prévenir son ministère el d'anticiper ses instructions. L'état des Juifs vivant sous une alliance dont les promesses étaient tcnqwrelles ne le permettait pas. La majesté de ce Messie, si supérieur '.t tous les prophètes , qui n'étaient que ses avant-coureurs , le souffrait encore moins. Il y avait des mystères dont il fallait lui réserver la publication , des vérilé-s qu'il n'était donné qu'à lui d'enseigner ouverlement à tous les hommes. C'est pour cela que les dogmes sublimes d'un Dieu unique dans son essence , el subsistant en trois personnes distinctes, du Verbe, seconde personne de cette auguste Trinité, incarné dans le sein d'une Vierge et fait homme pour notre salut, du péché originel commuiuqué par la voie de la génération à toute la postérité d'Adam , de l'expiation de ce péché et de tous les autres commis dans le monde, par le sacrifice volontaire de l'IIomme-Dieu crucifié, de la grâce intérieure qui met le Saint-Esprit dans les âmes, qui découvre à rentendement le bien qu'il faut faire , et agit sur la volonté pour qu'elle l'exécuie; que tous ces dogmes , dis-je , n'ont été insinués par les auteurs sacrés de l'ancienne loi que rarement, par intervalles, et presque toujours sous des expressions figurées. Il en a été de même des vérités pr-atiques. Que l'homme dût aimer la pauvreté, les humiliations et les croix ; qu'il dût se regarder sur la terre comme étranger el comme voyageur, attendre avec une vive confiance rimmortalité bienheureuse , la résurrection de son eorps , la possession de Dieu , c'est ce que les forts d'Israël n'ignoraient pas, mais ce qu'on ne trouve point dans leurs écrits avec la môme suite et le même développement que dans l'Évangile. La retenue qui leur était imposée sur ces matières exigeait qu'ils ne parlassent qu'en termes couverts de la véritable royauté du Messie el de ses victoires réelles. Ils n'eussent pu en expliquer la nature, sans dévoiler par avance toute l'économie de la nouvelle loi. Il était juste qu'ils laissassent au Messie le soin d'apprendr» aux hommes, de sa propre bouche, les maux dont ils devaient espérer de lui la délivrance , les biens qu'il venait leur distribuer, l'empire qu'il allait établir. Il en a résulté, je l'avoue, dans les prophéties une obscurité qui a été pour le plus grand nombre des Juifs une occasion d'erreur et d'aveuglement. Épris des récompenses terrestres que leur loi leur promettait , maii Siiiis les y attacher avec excès e'. s;i!!S le*

iOla ŒUVRES COMPLETES DE

détourner tl'iii. boiilieur plus solide, ils n'ont rien vu que de sensible ci de temporel dans leur Messie : digue cliâ!.iii:ent de la corruption de leur cœur , mais cliàtiinent qu'ils pouvaient éviter. Il n'a tenu qu'à eux de considérer avec atienlion tous les motifs qui devaient les dcteruiiiier au sens spirituel. D'ailleurs les événements dont ils étaient témoins éclaircissaient les prophéties. Jésus-Clirist leur montrait tant d'autres caractères du Messie accomplis en sa personne, qu'ds n avaient plus qu'un pas à laire pour y démêler celui de roi et de conquérant.

Eh ! que nous importe, après tout, leur dépendance servile de ta lettre qui tue'? Sont-ils nos modèles et nos maîtres? Plaignons-les. Travaillons à dessiller leurs 5 eux. Jiais quoi qu'il en soit du degré de lumière qu'ils ont eu pour l'inierprétatioii des prophéties, il doit nous suflire que les obscurités qu'ils ont pu y iiouver soient dissipées à notre égard.

Il laut néanmoins observer, pour la parfaite intelligence de ces oracles , que ce premier sens métaphorique n'en remplit pas toute l'étendue. Ils en orrt un rtuire lié à celui-ii , également spirituel , mais qui se "■approche davantage de la signiiicaiion littérale des lermes. Les prophètes n'ont pas eu setslement en vue iine partie du ministère du Messie. Ils l'ont envisagé tout entier durant sa vie et après sa mort , sur la terre et dans !e ciel , dans son premier et dans son second avènement, pendant ia durée des siècles et dans i'éternité. C'est sous ces divers aspects combinés qu'ils ont aimoncé son règne et ses victoires. Si , pour vérilier ce qu'ils ont prédit , tout ce que Jésus-Christ a t'ait jusqu'à présent laisse encore quelque chose à désirer, qu'on porie ses regards sur ce que la religion nous apprend de la fin du monde , du jugement universel, de la punition des méchants dans l'enfer, de la magnificence et Je la pompe de la cour céleste.

On verra le soleil et la lune obscurcis , les étoiles précipitées du ciei, les puissances des cieux ébranlées, les cieux , la terre, et lo-js les cléments embrasés. Quel prince , .luel conquérant a pu faire dans l'univers une si étonnante révolution ? Au milieu de ce bouleversement de la naluie la voix et la trompette des anges rassembleront des quatie parties du monde les vivants ei les morts. Le Fils de l'boiurae paraîtra daiis l'appareil ie plus nrajeslueux, tenant en sa main la croix, instrument de son supplice, devenue celui de sa jîloire et de soi triomphe. Sa présence glacera de frayeur les dénions et les impies. Ils s'écrieront : Montagnes, tombez sur nous. Cavernes, dérobez-nous dans vos sombres retraites à la colère de l'Agneau. Assis sur son tribunal, il y exercera la plus haute fonction de la royauté , et celle aussi pour laquelle il prend (1) le titre de roi dans l'Evangile. (1 jugera souverainement les hommes. Les élus seront à sa droite, les réprouvés à sa gauche. Il prononcera aux uns et aux autres l'arrêt irrévocable que leurs œuvres auront mérité. Mais quelle bouche peut exprimer ,

(!) Tune dicet P>ex bis qui à dextris eiiis erunt... et re=iwndens flex dicet illis. Hcitih. 25. 54, 40.

quel esprit peui concevoir la vengeance qu'il tirera de ses ennemis, en les plongeant dans les abîmes éternels? vengeance non pas inspirée par un transport de fureur, tel que les hommes en ressentent. La divinité nadinet pas le trouble et les excès de cette passion; et SI l'Ecriture sainte elle-même a été forcée, en parlant de Dieu, de proportionner son langage à nos idées ordinaires, eue nous avertit assez d'en retrancher tout ce qu'elles ont d'imparfait et de défectueux. C'est une justice tranquille, éclairée, incorruptible , qui exécutera elle-même la sentence qu'elle aura portée contre les réprouvés ; et plus elle agira sans le mélange des passions humaines, plus les coups qu'elle frappera seront accablants. En comparaison des toud-i-es lancées par le Tout-Puissant , que sont les supplices décernés par la justice des rois, les guerres qu'ils déclarent à leurs ennemis, l'horreur et l'épouvante que leurs soldais traînent en tous lieux , les milliers d'hommes passés au fil de l'épée , les villes saccagées et détruites, les campagnes désolées, et tous les maux enfin par où des princes ambitieux ei des vainqueurs impitoyables ont cru signaler sur la terre leur puissance et la force de leurs armes ? Ecartons ces lugubres idées , et contemplons le Messie achevant sa victoire par la défaite de la mort, le dernier de ses ennemis (1). Il conduira ses élus ressuscites sur la montagne de Sion l'objet continuel de l'admiration et des vœux de tous les prophètes, dans cette cité du Dieu vivant , où les anges, ses premiers habitants , attendaient avec tant d'impatience celte nouvelle colonie. .\uprès des richesses de l'éternelle Jérusalem l'opulence des états les plus florissants , les trésors des plus grands potentats sont une misère réelle et une affreuse indigence. Il y a une distance infinie entre les délices de ce séjour bienheureux, et tout ce que l'imagination, au défaut de la vérité , offre ici -bas de plaisirs et de joies. Les monarques suivis d'une garde nombreuse, environnés d'une cour attentive à leur plaire , obéis avec tant de promptitude au moindre signe de leur volonté, ne sont que des esclaves vis-à-vis du Messie couronné de la main de son Père, assis à sa droite, régnant dans les splendeurs des saints.

S'il n'a pas été permis aux prophètes d'annoncer ce régne et ces triomphes aussi clairement que l'Evangile les a révélés, faut-il être surpris que, pour en crayonner le tableau allégorique, ils aient employé les plus vives et les plus riches couleurs? Nous savons maintenant ce qu'ils ont voulu peindre; et loin de trouver leur pinceau trop hardi, nous devons convenir qu'il est encore demeuré bien au-dessous d* la noblesse et de la hauteur de leur sujet.

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