‹ Œuvres completesChapitre 89 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Objections contre l'accomplissement des prophéties dans

l'Église chrétienne.

Les objections qui nous restent à discuter sont fon-

(l) Oponet illum regnare donec ponat omnes ini. micos sub pcdibus cjiis. Novissima auteni inùniea destruetur mors, i Cor. 15, 25, 20.

lOiTTAUT. i\. riu;oL. iai:(;kt. — l iNCREbii.

(lér«sur Jo fuiu ai'luollviiifiil i-xistantsii-t d'iiiir iiuliirii'U' |>iililii|iif. F.llitl Siilil |U|- i-clj nirllli- |ihis S|ii!firuM's. M.ii>. il III' laiil pinir li-s ifxiuilie (|ii'uiii' cx- |ilk'aiiiiii liiK'lc lies iiruplKliis , iluiit un coiiu^lu r.ii'C»iii|ilis>ii-tiii>iit.

I.i's (iractcs, ilitoii, quo nous avons cilés pronieili'Ml ù l'Kulix' cliiiliciiiH' IVU'iuliieilaiis loiilo la terre. I!s assirent iiiie Ions IfS |(cn|ilis ilu uioiiile einbrasseronl la loi île Jisiis-C.lirist. Ils prétlisenl la ileslrucliun •■nlière de l'iilolilrie. Or rien île loul l'ela n'es! aocoiiil>li. Il y a ilrs tontréos que l'K^lise cliréiienne u'a jaiii.iis iii'eii|ii'es; d'aulres el en ir.'s-^raiiil nombre qui lui oui l'ié enlevées. Il y a îles nations à qui la vraie foi n'a pas éio prècliic. Il y en a beaucoup qui onl, o;i abjuré le ('llri^tinllisnle on renoncé à la communion ilerEplise tailuiliipie. L'iilolàliie subsiste encore et dans l.i plu> yi:inilo partie de rAinériqne, et en de V. sli's rovaimios de l'Asie. Que devient celle univer- 8 dite si souvent répétée par les propliêlus ? Quel loiids peuvent faire les incrédules sur des prédictions, ou démenties par l'événement, ou dont la vérité ne peut être soutenue sans en moililier les expressions? Ceux qui raisonnent ainsi supposent que les termes généraux, dont il s'agit, doivent être nécessairement entendus dans les propbètes avec une rigueur el une précision méiapliysique. Celle supposition est contraire à rus:;i;e de toutes les languis el en particulier au slylc de l'Écriture. Il est établi que ces manières de parler, tout l'univers, lotîtes tes nations, se prennent dans le sens moral d'une très-grande partie, surtout si c'est la seule connue de ceux à qui l'on adresse la parole. Je ne m'arrête point à prouver par l'autorité des écrivains profanes cet usage qui ne peut être sérieusement révoqué en doute. Mais il est essentiel de le justifier par des témoignages de l'Ecriture tirés des endroits même où l'universalité de l'Eglise est prédite. Le sens dans lequel elle doit être expliquée ue pourra plus êire problématique.

Les deux prophéties de Daniel tant de fois alléguées disent que l'empire spirituel du Messie figuré p-.r la petite pierre parvenue à la hauteur d'une montagne immense, remplira tonte la terre (1). Factiis eit tnons magnus et implcvit wiivcrsam terrain. Que toits les peuples, tontes tes trihits, toutes tes langites serviront le Fils de l'iiomme. Et omi.es (2) popali, et tribus, et li'igttœ ipsi servient. Voilà les termes les plus forts que nous ayons produits, pour élablir la promesse d'une étendue universelle pour l'Eglise, et de la vocation générale de toutes les nations. Sans sortir des mêmes prophéties , il est aisé de voir que ces termes n'ont pas besoin d'une modification étrangère au texte, pour être interprété dans un sens moral.

Daniel déclare à Nabucliodonosor que son empire est la tête d'or de la statue. La raison qu'il en donne est (3) que te Dieu du ciel lui a donné le royaume , ta puissance, l'empire, el la gloire dans totis tes lieux ha-

(1) Dan. 2,55.

(3) Dan. 2, Ô7, 38.

m; t.U.NNAI.NtJLi; I-AU les l'IlOlMIETIES.JOiS H'h pur ta fiifants des hommes et par 1rs bltet des ili'impt. Que les oiieaui du ciel t'Iuieiit en ta main, ri tuiilfi cliutes soumises à sa doininalion. Il s'en l.ill.iit beaucoup, à p:irler rigoureusement, que la pui-Kuiici! de Nabueliodcinosnr ne s'étendit dans touti! la terre li.ibitable. D.inii'l n'était pas nalleur. Il a f^iil en d'autres occasions à ce prince el à ses successeurs les rcprésenlalions les plus fortes et li'S ineiuces les plus elfrayanles. Mais le roi de Dabyloiic possédait une pariie considérable de l'Orient. Il avait pénétré, en subjuguant l'Egypte, jusqu'aux fronliêres d'Afrique. La terreur de ses armes s'était ii'pandue dans les contrées de l'Asie où il n'avait jiu les porter LV tous les peuples connus dans le pays où parlait Daniel, Nabuchodonosor régnait sur les uns, il était célèbre et redouté chez les autres, et le jjrophèlc pouvait dire, selon les idées reçues, (|ue tous les lieux habités par les enfanls des hommes lui étaient soumis

Il ajoute que le troisième empire figuré par le ventre et les cuisses de la statue commandera à toute la terre (1). Impcrnbit univcrsœ terra-, t'est l'empire d'Alexandrc-lc-Grand. Quoiqu'il ait élé plus vaste que celui des .\?syriens, ce n'est |)oiirta[it que dans le sens moral qu'on a pu lui attribuer une domination universelle sur toute la terre. Il en est de même de l'empire romain plus puissant à la vérité que tous ceux qui favaifut précédé, mais Irès-éloigné encore d'une étendue parfaitement égale à la surface du globe terrestre. Eera-t-OD reproche à Daniel d'avoir dit que la quatrième bête , emblème de cet empire , dévorera toute ta terre, la foulera aux pieds, et la brisera (2). Dcvorabit universam terrant , et conculcabit et comminuct eum. On trouvera les mêmes expressions plus fortes, plus énergiques, plus absolues dans des auteurs grecs et latins qui en exaltant la puissance de Rome , l'ont appelée la reine el la maîtresse de l'univers, sans craindre qu'on les accusât d'exagération , parce qu'il y avait des peuples dans le monde qui ne reconnaissaient pas ses lois.

Ainsi, lorsque nous lisons dans Daniel que le royaume du Jiessie, qui est l'Eglise chrétienne , doit remplir toute la terre, que toutes hs nations doivent y être incorporées , ces expressions sont susceptibles des mômes lenipéraments que celles dont il s'est servi pour designer l'universalité de l'empire des Assyriens, des Grecs et des Romains. Les premières sont même d'autant plus exactes dans leur vérité morale, que l'Eglise chrétienne a certainement surpassé par son élendue les empires dont on vient de parler. Car elle s'est établie dans tous les lieuï habités ou conquis par ces nations. De plus elle s'est répandue en beaucoup d'autres pays qu'elles n'ont pas seulement connus. Si l'on vent ne laire allenlion qu'à l'étendue actuelle de l'Eglise calliolique, je soutiens que cette Eglise mérite, à plus juste titre que l'empire romain, l'éloge de remplir l'univers et de régner sur ions les peuples. Indépendamment de l'espace imn;('nsc

(t)l)an. 2, 39.

(2) Dan. 7, 25.

OEL'YRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN. i020

qu'elle embrasse sur la terre , en rapprochant tous les lieux où sa doctrine est professée , elie compte parmi les liommes plus de prosélytes que Rome n'a jamais compté de sujets. Elle a franclii les mers et les autres barrières qui avaient arrêté les armes romaines. 11 n'est point de climat peuplé par des hommes oii , depuis la découverte du nouveau Monde , la renommée au moins ne la fasse connaître, ce qui n'a pu se dire de l'empire romain dans le plus haut degré de sa gloire et de sa puissance. Enfin, elle a siu- toutes les sectes qui lui sont opposées , sur toutes les religions distinguées de la sienne un avantage, qui lui assure incontestablement le nom d'Eglise catholique. Peut-être oceupent-elles, si on les rassemble toutes, un territoire plus étendu que le sien ; peut-être y a-lil dans le genre humain plus d'erranls de toutes les sortes que de véritables fidèles. C'est un calcul où je ne veux pas entrer; .Mais les sociétés des païens, des Siusulmans, des Juifs, des hérétiques, n'ont rien entre elles de commun. Ou elles se haïssent et se méprisent réciproquement , ou les unes sont ignorées des autres. L'Eglise catholique au contraire ne forme dans toutes les parties du monde, où elle est répandue , qu'un seul corps visible à tous les hommes, uni par la même police, le même culle, la même foi. En un mot la vraie et la fausse religion remplissent l'univers, avec cette différence, que l'erreur s'est divisée en se multipliant, au lieu qu'on retrouve partout la même vérité.

Les prédictions sur la ruine de l'idolâtrie doivent être entendues avec de semblables réserves. Il sulht pour leur acconiplissement'que les idoles n'aient plus ni temples, ni autels, ni prêtres, ni sacrifices, ni adorateurs, dans une très-grande partie du monde. L'accomplissement de ces oracles a même plus d'élendtje que celui des prophéties sur l'universalité de l'Eglise. Le nombre des idolâtres est peu de chose, comparé au reste des liommes, et des sociétés considérables qui ne sont ni catholiques ni élirétiennes ne reconnaissent et ne servent qu'un seul Dieu créateur.

11 faut d'ailleurs considérer que, lorsque les prophètes ont annoncé le renversement des idoles, iisavaient devant les yeux, ainsi que les Juifs qui écoutaient leurs discours ellisaient leurs écrits, les peuples idol.ilres ou voisins de la F'alestiiie, ou connus alors dans le monde par la navigation, par le commerce, par des correspondances politiques, par la réputation de leur valeur, de leurs conquêtes, et de leurs talents. C'est par rapport à tous ces peuples chez qui, à la honte de la raison humaine, l'idDlàtrie était profondément enracinée au milieu des plus belles connaissances, que les prophètes en ont prédit la deslruclioii. Leurs oracles ont été parfaitement vérifiés. L'Egypte, la Phénicic, l'Arabie, la Chaldée, les autres contrées de l'Orient où les .\ssyriens et les Perses ont régné, .''Afrique, la Grèce, et le reste de l'Europe, tout ce qui a l'ait part;c de l'empire romain, dont !a grandeur a été .-évéléc aux prophètes, tous ces pays ont vu tomber des dieux àt bois et de métal à qui des iKilioiis polies, savan-

tes, guerrières, rendaient un culle insensé. Gn n'y a plus adoré ai des êtres inanimés ni de vils animaux; inicrieurs en toutes manières à l'homme qui se dégradait jusqu'à les invoquer. Cette révolulicn, ouvrage du christiaiiisme, n'a-t-elle pas accompli les prédictions des prophètes? Sont-elles moins véritables, parce que l'idolâtrie n'est pas encore entièrement éteinte parmi les nations, qui n'entraient alors pour rien dans l'histoire et dans la description de l'univers?

Enfin, si l'on s'obstine à presser, contre les règles du langage ordinaire, la signification de ces termes, toute ta terre, tous les peuples , si l'on refuse d'y admettre les exceptions les plus légitimes et les plus autorisées, prouvera-t-on que les prophéties, où ils ont été employés, aient dû s'accomplir tout à la foisct dans le même temps ? La nature des choses demande au contraire un accomplissement successif. Les erreurs, dont le monde était infecté, n'ont pu s'abolir que par degrés. La foi a dû se répandre de proche en proche. Le moment, où la lumière de l'Evangile éclairera tout l'univers, sans qu'il y reste les moindres ténèbres , n'est pas déterminé. En attendant , cette lumière marche continuellement selon les secrets desseins de Dieu. Il la retire de certains peuples qui méritent d'en être privés. Il la rend>à d'autres qui l'avaient perdue, et il la communique à quelques-uns qui n'avaient jamais eu le bonheur de lavoir. 11 ea reste encore sur qui elle ne s'est pas levée, et nous na pouvons douter que ceux-là n'aient leur tour. Jésus- Christ nous assure que (I) les temps des nations seront remplis, et S. Paul , développant la pensée de son divin Maître , ajoute (2) que les Israélites entreront les derniers dans son Eglise. Alors on pourra dire avec l'exactitude la plus rigoureus.e, que (3) toute la terre aura été inondée de la science de Dieu comme d'un déluge universel, et que (i) toutes les nations jusqu'aux extrémités du monde auront été l'héritage du Messie. Toutefois l'Eglise chrétienne portée en peu de temps, par une protection manifeste du ciel, à un point de splendeur, et à une étendue qui a effacé les plus grands empires, s'y est constamment maintenue malgré des pertes toujours réparées avec usure : et sans avoir besoin des événements que nous attendons, les incrédules sont dès à présent confondus par l'accomplissement des prophéties sur l'Eglise chrétienne.

Sera-t-d aussi f:icile de les justifier sur d'autres avantages qu'elles promettent à cette même Eglise. Il est prédit que le Messie gouvernera son empire dans une éternelle et proiondc paix. Le titre de pacificateur est celui jiar où les prophètes aiment à le désigner. Iiidépendamnient de ce litre, ils nous annoiiceiil par de magnifiques peintures la plus parfaite et la plus heureuse concorde entre les enfants de

(1) Luc. 21, 24.

(2) liom. 11,23, 2G.

(5) Rcpleta est terra scientiâ Domini sieut aquas maris opcrienles. Isai. 11, U.

(i) Postula à me el daho lini génies h«redilaieni 'uam et possessioiicui luain tcrminos leirae. Ps. 2 8.

Kiii ivviiT. IX. riiKOi.. E\i:(:i:T..Ti.i;iN(:iu:i>n

l'K);li>e. (.'(ïat ce i|iic Ai(;iiiUciit (I) li-s lions, \vi iiui's. Us leopai'ils , lti> Iuu|i8, ul tuuU'S les bOlrs réroci-s uppi'ivuUét's jusiju'uu ,Hiiiit lie bninlir tl.iiis les iiiJiiii'S lUluragi'S avi'C If bu'ul', la brebis cl l'agiifaii, il d'obéir «aius l'csislaiicf îl la voix et à la main il'uii oiil'aiil qui les conduira. Les nouveaux sujets du Messie forgeront (12) de leurs épèes de* tocs de charrue, el de leurs lances des faitir. Vue mtlion ne tirera plus t'i'pi'e coiilre l'autre. Et ils n'apprendront plus le initier de la guerre pour s'enlreluor. L'homme dormira iranquiltemenl à t'ombre de sa vigne et de son figuier, sans craindre les atla(|ues d'un ennemi. Dieu leur déclare (5) qu'ils s»'ronl i\ l'abri de Ions les accidents funestes à leur vie el à leurs biens, des brigandages, des armes meurtrières, des morsures envenimées : qu'ils pourront dormir avec cunliance jusiiue dans les déserts el les loriils, repaires des animaux l'arouclios. Il esl encore promis à l'Eglise chrétienne (i) qu'elle sera nommée la cité du Seigneur, ta Sion du saint d'Israël. Qu'en conséquence on n'entendra plus parler d'iniquité dans son territoire. Que le salut environnera ses murailles ; et les louanges de Dieu retentiront à ses portes. Le Seigneur sera sa lumière éternelle. Tout son peuple sera un peuple de justes. Ils posséderont la terre pour toujours, parce qu'ils seront les rejetons que Dieu aura plantés, et tes ouvrages que Dieu aura formés pour le glori/ier. Qui peut dire que ces oracles soient accomplis dans l'Eglise chrélieiine? N'y a~l-il jamais eu dans son cnceinta ni haines, ni divisions, ni rapines, ni meurtres? Les guerres entre les royaumes qui la composent ne sont-elles pas au^si ordinaires et aussi sanglantes qu'entre les Etats où la vraie foi n'est pas professée? Les crimes et les attentats sont-ils inouis parmi ses enfants 'î Les chrétiens et les catholiques sont-ils tous autant de justes uniquement occupés à glorifier Dieu par de saints cantiques et par des œuvres de piété?

La dillîcuUé se réduit donc à concilier avec les prophéties les calamités publiques et les désordres particuliers que nous voyons dans le sein de l'Eglise. Cette conciliation serait plus embarrassante, si les prédictions des prophètes ne regardaient que l'état présent de l'Eglise. Cependant on prouvera que dans cet état même elles ont un accomplissement véritable quoi(iue imparfait. Mais il faut commencer par établir que les prophètes dans leurs descriptions de l'Eglise ont entendu quelque chose de plus que la société visible des fidèles répandus sur la terre.

L'empire de Jésus-Christ soit sur la terre soit dans le ciel est au fond un seul el unique empire. C'est toujours la mêmdjEglise achevant ici-bas sous ses auspices le cours de son pèlerinage, et recueillant avec lui dans l'éternelle patrie le fruit de ses travaux et de ses combats. Elle est gouvernée par le même chef, el animée par le même esprit dans ces deux états

(1) Isai. 11, 6,

(2) Isai. 2, i. !

' , Mich. 4, 3, i.

(:,; Ezech. 3i. 23-28. Osée 2, 18.

^i] Isai. 00, 14-21.

m cowAiNcrr: v\n les puoi'iieties. «022

loul (equi le» di>ti:>giie l'un de l'.intre, c'citt qii clin voit à découvert dans le «econd ce qu'elle n'a connu (|ue par la foi dans le prender, et qu'elle possède co tpi'elle a espéré. Il n'est pas cliiniiaiit que les prophètes aient nqjproehé dans le niémi' tableau de l'Eglise clirelienne ses deux situations dillrrenles. Qui ne sait qu'éclairés par une lumière surnaturelle à qui tous les siècles sont présents, ils passent souvent dans leurs discours d'un personnage ou d'un événiMiicnl IIguralif à la vérité ligurée. Ici ce n'est pas l'image sépaiée de ce qu'elle représente. C'est la réalité môme (|ui sans changer de nature, s'élève à une plus haute perfection.

Il est constant que cet étal de perreclion promis à l'Eglise dans le ciel n'a pas été ignoré des prophètes. Il y a môme des traits dans leurs prédictions qui s'y rapportent nécessairement. L'éternité de l'empire du Messie, laquelle doit s'étendre au-delà des siècles et survivre à la durée des astres ne convient qu'à l'Eglise triomphante. Elle seule peut goûter cette félicité parfaite et sans mélange, qui exclut les pleurs, les géluissemcnts, les maladies cl les besoins du corps, les peines de l'àme, la diversité et l'intenipérie des saisons. Ce n'est que d'elle qu'il est écrit (1] que te soleil ne luira plus sur elle pendant le jour, m ta tune pendant la nuit. Que son soteil ne se couchera plus, sa limt ne décroîtra jamais, parce que le Seigneur sera sa lumière éternelle. C'est pour insinuer aux hommes sous des idées sensibles la beauté de la cité céleste qu'il est dit (2) que ses fondements seront de saphir, ses remparts de jaspe , ses portes de pierres ciselées, et toute son enceinte ae pierres précieuses.

Ces descriptions soit dans le sens littéral, soit dans le sens spirituel, n'ont pu être bornées par les prophètes à l'état présent de l'Eglise. La fin de cet état est prédite avec celle du monde. Pendant qu'il dure, il est inséparable des allliciions et des misères qui sont pour l'homme voyageur le châtiment du péché , l'exercice delà vertu, la semence du bonheur éternel. Cet état exige le secours des livres saints el l'enseignement des pasteurs désignés par la clarté du soleil el de la lune. Quelque gran;leur qu'il y ait dans l'édifice visible de l'Eglise, on sent assez que ce merveilleux assemblage des plus précieux matériaux (jue la terre enferme dans son sein, annonce une plus riche et plus magnifique structure.

Aussi l'Apôtre S. Jean destiné à marquer dans l'Eglise de Jésus-Christ l'accomplissement des anciennes prophéties n'attribue celles-là qu'à l'Eglise victorieuse et couronnée dans le ciel. Un ange, dit-il (3), s'appiccha de moi et me parla en ces termes: Viens, et je te montrerai l'épouse de l'Agneau. 11 ajoute, i\yi' enlevé en esprit sur une haute montagne, il vil la cilésainte de Jérusalem qui descendait du ciel, venant de Dieu et illuminée de la clarté de Dieu. A ces traits on reconnaît l'Eglise triomphante, quand toute la suite de l'Apoca-

(1) IsaiCO, If), 20.

(2) Isai. 51, 11,1-2.

(3) Apoial. 21, 10, 11.

1023 œUVRES COMPLETES DE

Ivpse ne nous npprpnJraitpns qu'il ne s'agit qne d'elle riaiis les deux derniers cliapilres de ce livre. S. Jean répète (t), en racontant le spectacle dont il l'ut alors témoin, toutce que nousavons vu dans Isaïe.queleslondeiaeiiis, les murs et les portes de la nouvelle Sion sont des pi us belles pierreries ? que le soleil et la lune ne l'éclaii-ent poiut, parce que Dieu et l'Agneau lui servent de lumière : qu'il n'y aura pas de nuit dans cette cité, dont les portes ne seront jamais fermées : que ses liabilaiits ne seront plus louniientés par la faim, par la soif et par les clialeurs brûlantes : qu'ils jouiront d'une vigueur et d'une santé inaltérables : que tous les rois de la terre y apporteront leurs richesses ei celles des nations: que Dieu essuyera les larmes de tous les )eiix, et qu'il y rognera une joie éternelle.

Mais S. Jean nous rappelle en môme temps une autre prédiction d'isaïe (2) qu'il applique également à l'Eglise Irionipliante. C'est qu'// (5) n'entrera rien (tans cette ville d'impur et de souillé, aucune personne coupable d'abomination et de mensonge. Une sainteté, une justice, un amour de la paix incompatibles avec la cupidité, la discorde, et le péché, sont donc promises par les propliètes dans le même esprit qu'un empire iiimiorlel, et une félicité exempte de toutes sortes de maux. Nous voyons en effet ces deux promesses marcher ensemble et comme de niveau dans les mêmes propliéties. Dès-lors il est manifeste que les faits qui nous sont objectés ne donnent pas la moindre atteinte à la vérité des prédictions.

On l'avoue. Tous les enfants de l'Eglise répandue sur la terre ne sont pas autant de justes et de saints. Ils ne sont pas tous unis, comme ils devraient l'être par les liens d'une charité fraternelle, qui étouffe les ressentiments et les haines, qui bamiisse les dissensions, qui les délivre du soin de pourvoir à leur défense, en leur étant l'envie de se nuire et de s'attaquer. Ils n'ont pas oublié l'art funeste de s'entrc-détruire dans la guerre, et Dieu ne permet que trop souvent qu'ils l'exercent pour punir les crimes des princes et ceux (les peuples. Mais, lorsque les prophètes ont annoncé la cessation entière de tous ces fléaux, ils ont eu princip-ilement en vue l'état de perfection réservé à l'Eglise dans le ciel. C'est alors seulement qu'il n'y aura plus parmi ses enfants d'injustice et d'iniquité. Que les armes fabriquées pour la destruction du genre humain seront à jamais brisées ou converties en instruments de paix, que les cantiques de louanges et d'actions de grâces retentiront sans interruption dans l'enceinte de la nouvelle Jérusalem ; et que Dieu recevra de tous les citoyens de cette ville sainte un hommage aussi pur qu'unanime et perpétuel. Les propliètes ne devaient pas oublier cette dernière partie de l'éloge de l'Eglise. Ils en avaient dit assez pour la rendre reconnaissable dans son premier état. Il était

(1) Apnoal. 21, i, 18, 19, 20, '21, 23, 2i, 25, 26 ; ibi.l. 7, 16, 17; ilml. 2-2, 2.

(2) Non a<ljiciet ulirà ut perlranseat per te incircumcisus et innnundus. Isa. 52, 1. Non audietur ultià iiiiquitas in terr.i iu\. Ibid. liO, 18.

(3) Ap(,cal.2l,27.

LEFRANC DE POMPIGNAN. J02i

juste, qu'on appuyant notre foi sur des fondemonissi solides, jls soutinssent, ils animassent notre espérance par des promesses si consolantes. En vain se plaindrait-on de l'inexécution prétendue de ces promesses. Le présent et le passé répondent de l'avenir. Un délai nécessaire, dont les causes sont connues, n'autorise pai" la défiance et justifie encore moins l'incrédulité. Cependant ces prophéties qu'on nous oppose ont déjà commencé à s'accomplir sur la terre, sans préjudice de l'accomplissement consommé qu'elles doivent avoir dans le ciel. La société des fidèles est véritablement une Eglise sainte, une Jérusalem spirituelle, la cité où Dieu haoite, qu'il enrichit de ses Ions, et qu'il éclaire de son esprit. Elle est sainte par Jésus-Christ son fondateur et son chef, l'auteur et le modèle de toute sainteté ; par sa doctrine, qui n'enseigne rien que de digne de Dieu, et de salutaire à l'homme; par sa morale, qui condamne tous les vices, inspire toutes les vertus, ennoblit tous les devoirs, épure tous les motifs ; par ses sacrements, qui confèrent la grâce et la justice aux âmes disposées à la recevoir; par son culte public, qui réunit si parfaitement tous les hommages que la créature doit h l'Etre suprême, la louange, la prière, l'action de grâces, et l'expiation du péché ; par les saints et par les élus qu'elle enfante, qu'elle élève, qu'elle forme, et qu'elle conduit à travers les orages de cette vie , jusqu'au port de l'éternité bienheureuse. Hors d'elle il ne peut y avoir de vraie sainteté, et tous les enfants de Dieu sont les siens. Elle a civilisé par ses instructions des peuples farouches accoutumés aux rapines et endurcis au carnage. Elle a fait voir à la terre étonnée des prodiges d'humilité, de désintéressement, de constance dans les supplices , de ch.asteté , d'amour des ennemis, de p.ardon des injures, de libéralité pour les pauvres. Ces exemples héroïques de piété communs dans les premiers siècles de l'Église sont devenus plus rares dans la suite. La charité de plusieurs s'est refroidie selon la prédiction de Jésus-Christ (1). Mais ce n'est pas à l'Eglise que ce refroidissement doit être imputé. Elle ne participe point à la dépravation de ceux de ses enfants, qui s'écartent de ses maximes , et négligent les secours qu'elle ne cesse de leur offrir. Son esprit toujours pur et toujours invariable réclame contre les abus et les excès qui se commettent dans son sein. Elle voit avec douleur l'ivraie semée par l'homme ennemi dans le champ du père de famille. Mais, instruite qu'il ne lui est ni permis , ni possible de la déraciner, elle attend avec impatience le temps de la moisson , où le froment ramassé dans les greniers qui lui sont préparés, n'aura plus à souffrir le mélange du mauvais grain.

Nous avions promis de convaincre l'incrédulité par les prophéties. C'est au lecteur équitable à juger, si notre promesse est remplie. Il n'eût fallu , pour confondre les incrédules, que l'exécution bii-n prou vée d'une seule prophétie. Voilà un nombre proiîi-

il) Maith. n. 12.

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ilfii livres suinls, iluiit ou iiU pu Kur numljer l'ac- Il les, eiijnitla M'I^ioiicliréliennencsoilBOnouviage?

ŒUVRi:S COMPLETES

DR

ARCHEVÊQUE DE VIENNE

THEOLOGIE PARÉ.XÉTIQUE

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