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ORAISON FDNEBRE

DE TRÈS niVTE, TRÈS PUISSANTE. ESClil.LENTE ÇT Tllfcs- VERTL'ia'SE PRINCESSE, MARIE- TnÉRÈSE, INKAX'TE d'eSPAGNE,

Prononcée le 24 novembre 17i6, dans ic'gliae de Noire-Dame

SpeclacuUim facli sumus mundo. (I Cor. iv, 9.) A' OMS sommes un spectacle pour le munde.

Madaaie,

Les princes élevés par la Providence audessus lies aiUres hommes sont pour eux le plus intéressant de tous les s|iectacles ; mais tous cous qui voient ce speciacle ne le regardent ()as avec les mêinc-s yeux. Le vulgaire, ébloui par l'éclat des richesses et des lionneur.s, ne perle pas plus loin ses regards. Il admire, ou il envie dans les jirinces les litres qui lus distinguent, sans remontera l'origine de ces titres, sans penser à leur destination, sans considérer le terme où ils doivent aboutir. Les sages du monde, méprisant les pensées du vulgaire, lie jugent pas des princes par la pomjie qui les environne; mais, s'ils évitent une illusion |)opulaire, ils ne discernent pas dans les princes, qui sont dignes de l'être, ce qu'ils ont de plus estimable. Pour conuaître

leur véritable grandeur, pour conlempler le spectacle qu'ils nous présentent, il f.iut consulter l'Evangile, il faut éiudier les maximes de la religion. Egalement contraires à la stu[)ide ignorance du [ieu| le, et h l'orgueilleuse sagesse des philosophes, elles nous apprennent à séparer d'une ligure qui pas^e, des vertus dont la mémoire et dont la récompense seront éternelles.

Ce sont. Messieurs, ces importantes maximes qui iloivent aujourd'hui nous occui>er. Nous pleurons une auguste princesse, que le ciei nous avait donnée, et qu'il a reprise [lour notre instruction. Sa vie courte, nia's pleine de vertus; sa mort imprévue, mais acceptée avec une parfaite résig'ialinn, enseignent l'usage légitime et b; détachement des grandeurs. C'est h ces deux poinis que je réduis l'cloge de très-liaute, trcs-pui-,sante, excellente et très-vertueuse princesse .Marie -Thérèse, infane d'Espagne, dauphine. Vous la verrez sanclilier par rinnooence de ses mœurs un élat que son élévation rend si dangereux pour le salul. Vous la verrez, soumise à la vcilonté de Dieu, renoncer généreusement aux biens qu'elle en avait reçus. Modèle accompli, soit dans sa vie, soit dans sa mort, et spectacle aussi digne de l'admiration des anges c|ue de celle des humines. Speclaculuin facCi sumus mundo, et angelis, et hominibus.

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

PREJIlEn POINT.

Madame ,

L'exemple que Madame la Dauphine devait donnerai! monde, dans l'usage qu'elle a fait des grandeurs humaines, aurait été moins instructif et moins éclatant, si toutes ces grandeurs n'avaient été réunies dans sa personne. Rit-n ne lui a manqué de tout ce qui peut flaller raiiiour-propre ; et ce qui est un piège |iour tant d'autres, a élé pour elle la nialière des jdus rares vertus.

Est-il besoin de relever ici l'éclat de sa naissance? Vous connaissez le sang dont elle est sortie: c'est le même qui depuis tant de siècles a formé tous nos rois; et, sans crainte d'être soupçonné de llattiTie, des Français jieuvent avouer (jue le sang de leurs maîtres est le plus beau sang de l'univers. Qui ne sait qu'entre les maisons régnantes, la plus ancienne sur le trône est la maison de France ; et que déjà supérieure ë toutes les autres par celle incnnlesiable prérogative, elle s'est encore élevée audessus d'elles par de continuels accroissements de gloire et de puissance ?

Madame la Dauphine avait pour aïeux les rois de France; elle avait le roi d'Espagne jiour père: c'est du trône môme, sans intervalle, que le sang des Bourbons avaii coulé dans ses veines. Née su faite des grandeurs, à peine |iouvail-elle en espérer dans le cours de sa vie, qui égalassent sa naissance : elle n'en voyait pas qui pussent la suriiasser

Parmi toutes les cours de l'Europe, une seule pouvait lui tenir lieu de la cour qui l'avait vue naître. Elle y trouvait la tige de sa maison, la jiatrie de son auguste père, une couronne qu'elle devait porter après ses ancêtres: et ce qui la loucliaii davantage, un prince qui seul était digne d'elle; car de tous l(;s ilésirs ()ue pouvait former la tille des Bourbons, et l'inl'anle d'Espagne, le moindre élait celui de régner. Tous les royaumes ne valaient pas pour elle l'éiioux (|ue lui promettaient ses hautes destinées : et si son cœur était sensible au dire de dauphine, à ce litre que des reines pourraient envier, ce qu'il avait de plus grand à ses yeux, c'était la main de qui elle l'attendait.

La France avait admiré les vertus des deux inlantes , épouses de nos derniers rois. L'Espagne lui en élevait une Iroisième: et, sans rien [jerdre de la prolonde vénrraiion qui est due à la mémoire de ces deux gran- Oes reines, nous avions lieu de croire (jue celte nouvelle alliance serait encore plus heureuse (jue les deux [premières. Anne et iXJarie-lherèse d'Autriche voyaienl avec «louleur les personnes qui leur étaient les 4>lus chères, divisées par des iniéièls opposés. La maison où elles étaient nées, celle où elles éiaient entrées, jalouses l'une de l'autre, se faisaient une guerre opiniâtre. Elles savaient sans doute à qui elles étaient

liées par des nœuds plus élroils; mais si rdtlachement h la France avait la première jilace dans leur cœur, faliait-il qu'elles y éloutfassent lout aulre sentimenl ? En applaudissant à nos victoires, pouvaieni-elles refuser quelque compassion au malheur de leur pairie? El la joie qu'elles re.'senlaient de la prospérité de nos armes n'aurail-elle pas élé plus pure, si ces armes eussent élé tournées contre il'aulres ennemis? Grâce au ciel, ces ennemis sont devenus nos alliés. L'Espagne a deuîandé des souverains à la Fiance; elle a reçu de nous un nionar(|ue digne, par ses qualités royales, du trône où il est monté par le droit de sa naissance. Un don si précieux a élé pour deux nations longtemps rivales, le sceau d'une concorde inaliérable. Madame la Dauphine, qui tenait à l'une et à l'autre, n'avait pas à craindre de les voir jamais désunies : et , apportant en France les mêmes vertus que les deux reines qui l'y avaient précédée, elle y entrait sous de plus favorables auspices.

Avec quelles acclamations ne fut-elle pas reçue à son arrivée dans ce r(jyaume ? Tous les cœurs volaient sur son passage ; toutes les bouches s'ouvraient à l'envi pour célébrer ses louanges. Peu|)les, qui vous livriez alors aux transporis de volrc allégresse , pensiez-vous qu'elle dûl ôir-e sitôt changée en la jdus amère douleur? Hélas, celle aimable princesse ne devait pas remplir vos espérances! Le ciel ne voulait que vous la montrer: cl, lorsque vous lui demandiez [)Our elle l'abondance de ses bénédictions^ il n'exauçait vos |irières que puur vous jiré- [larer un châlimenl |dus leirible. Mais où m'entraîne malgré moi le souvenir d'une mort qui a fait verser tanl de larmes ? Il n'est pas temps encore de déplorer dans Madame la Dau|)hine la caducité des grandeurs humaines. Voyons l'usage qu'elle en a su faire, et apprenons d'elle a bien vivre, avant qu'elle nous enseigne comment il faut mourir'.

Le véritable usage des grandeurs est do les ra|)porler à Dieu, qui seul est grand par lui-même, et qui a établi parmi les hommes la ditl'érence des rangs, et la disproportion des états. Ce n'est donc que par la [liété qu'on use légiiimement des grandeurs ; maxime d'une conséquence infinie, donl les grarids ne peuvent ôire troj" persuadés, et qu'on avait inspirée à Madame lu Dauphine dès sa plus tenilre enfance. Une reine qui n'a eu tant de zèle pour l'élévaiiun de ses enfanls, que (larce qu'elle a Iravaillé à les en rendre dignes, avait mis tous ses soins à cultiver ces heureuses dispositions. Les exemples et les leçons d'une mère si respectable prenaient une nouvelle force sous les yeux d'un père en qui les vertus guerrières et polilii|ues ont élé sanctifiées par les vertus clirétrennes. Dans celle école de la piété notre princesse avait ap()ris ce que doivent à Dieu ceux qui, tenant sa place sur la terre, sont plus étroitement obligés d'obser-

l'MlT. \. riIKOl.. I> MIF.NKT - ORAISONS FI .\. - I, MAIUE-TIIFUESR I) F.SP. j(oi

Ver Sis Iiii<, l'i tifi soiiiiMiir Si'» iiiti''r<Ms. Lis VLVités i|iruiiL- tVluc'iilioii sniiilo nvait grnvt^t's 1I.711S son i-(L>ur oui fait lri(iiii|ilii)r sn >iiélt» ih«>i ohslac'li's i|nVlli' nvail h ciniiliallro, l'ont présiTVi^o tlis latitt"i i|ui niirnicnl pu <>ii ternir l'tklat, l'ont eni icliiu do luûritos et (If Imnnos œuvres.

Elle tWail dans un ;\^o où les passions les plus vives„la raison moins l'ornuS', lo niondo plus se. luisant, paroi- ipi'il est moins connu, exposent.') mille périls une |iiélé niiissnnlc. I.'or;;neil. ce sentiment si naturel h l'homme, était pour elle une tentation inévilalile et conlinnello an milieu d'une eonr 011 tout prévenait ses désirs, où (ont l'averliss.iit do sa grandeur. (In'il est dillicile «lors à une jeune princesse de ne nas oublier Dieu, pour ne s'occuper que d'ellemi>mi; et des créatures ! Les niriiisements du siècle nnillipliés 5 l'excès, variés ù l'inlini, font noitre le dégoût, et bientôt prennent 1.1 place des exercices sérieux de la religion. Dieu s'efface insensiblement do son cœur: plus de reconnaissance pour les bienfaits dont il l'a comblée, plus de crainte des juiîements dont il la menace, plus de sensibilité aux promesses qu'il lui fait d'un bonheur éternel. Funeste aveuglement , rnmniencé par ce que le Sage nomtne Veuchantement de la ba/jnlelle (1), et consommé par les prestiges de l'adulation. On ne s'a[)proche d'elle qu'avec respect ; on ne la regarde qu'avec admiration; on ne l'éconto que pour lui applaudir ; on ne lui parle que pour lui plaire. Elle se croit une divinité, parce qu'elle a des adorateurs.

La piété de .Madame la Dauphine surmonta ces dangereux obstacles. Un esprit ami du vrai.elnourri de bonne heure par de solides rétlexions, lui tenait lieu de rexpérience qui ne s'acquiert que par les années. Nous avons vu dans sa personne l'acromiilissement de cet oiacle du Saint-Esprit, qu'une vie sans tache avec une sagesse ]>réinaturée est une vieillesse vénérable: Cani sunt sensus hominis, et œlas seneclulis tila immaculata. (Sap. iv, 8 ) Le momie étala devant elle tous ses charmes; mais, docile aux mouvements de la grâce, ûdèle aux promesses de son baptême, elle méprisa les pompes et les magniticences du monde; elle en détesta les plaisirs profanes, et, comme Esther, elle pouvait dire, qu'assujettie malgré elle aux bienséances de son rang, elle ne goùlait de joie véritable que dans le Seigneur. Avec ces grâces nobles et touchantes, qui lui gagnaient les cœurs, elle n'avait garde de s'appiO[)rier des hommages qu'elle devait renvoyer à Dieu. Elle savait qu'il regarde d'un œil jaloux, les com- ])lai5aiices secrètes d'une âme éprise d'ellemême, qu'il ne peut soutfrir qu'on veuille lui dérober la gloire de ses dons, et que c'est surtout dans les grands <iu'il pui.it

ovrc plus <le rigueur l'ingralitudo cl la présomption.

Vicloriouso du ces olislacics, la'piéli^ de Madame la Dauphine fut oxeniple des défauts qui aurai. m pu la rendre moins respectable aux yvux (les honnnis. Li- monde ennemi de la jdété ne ilicrchi' que des préloxles pour la décrier. Censeur inexorable, il lui reproche les moindies imperfeiiious • cl lilût h Dieu que celle censnn.- liu mondé ne fiU jamais autorisée par la conduite do ceux qu'elle attaque l'iût ;i Dieu que lo véritable esprit de la religion fût mieux connu, et plus exaclenienl suivi (,ar tous crux qui font (irofession de piélé. Nous lo disons, il est vrai, el nous ne pouvons tro[i le dire, la cause de Dieu est iimépendante de celle des homries. Tous ces défauts, qu'on sujipose quelquefois, qu'on exagère souvent , qu'on bhlnio loujniirs avec malignilé, sont condamnés par l'Evangile, source de la vraie piélé; et si c'est contre elle, comme on n'en peut douler, que les libertins veulent se prévaloir du mépris qu'ils affeclenl pour les dévots ; si, confondant les intérêts de l'une avec les iniérèls des autres, ils prétendent conclure on que la morale chrétienne est impraticable, ou qu'elle n'est pas aussi sainte qu'on veut le leur persuader, ils s'aveuglent eux-mêmes, et dans une erreur inexcusable ils cherchent la justification de leurs désordres. Mais tous nos raisonnements ont moins de force pour les convaincre que des exein|)les. Une piélé sincère et sans mélange ne laisse plus aucune ressource à leur o()iniàire incrédulité.

Telle a été la piété dont je vous fais aujourd'hui l'éloge, d'autant jdns intéressante pour la religion , que Dieu l'avait exposée sur un plus grand théâtre. Car où des exemples à l'épreuve de la critique sont-ils plus nécessaires qu'à la cour et dans la personne des princes ? Madame la Dauphine était pieuse, mais sans faiblesse et sans snpersiition ; elle était pieuse, mais sans celle molle délicatesse, esclave des douceurs el des commodités de la vie; elle était pieuse, mais sans ce zèle amer si clairvoyant pour découvrir le mal, si éloquent pour le publier. Indulgente envers les autres, et réservant pour elle toute sa sévérité, elle avait mis une garde autour de sa bouche, pour ne laisser jamais échap|)er une (larole qui put blesser la charité (2) : elle avait environné ses oreilles d'une haie d'épines (3), pour ne donner aucun accès aux discours envenimés de la médisance. Eiilin elle était pieuse, mais sans cet altachemunt à son propre sens, qui préfère les œuvres de choix aux œuvres commandées, et pour des pratiques arbitraires néglige les lievoirs essentiels de l'Elat. Après ce qu'elle devait à Dieu, le premier de ses devoirs était de mériter la tendresse

(1) Fascinalio nugacilatis obscural boiia {San. iv, 12.)

(2) Posui ori meo cuslodiam. (Psal. xxxvm, 2 )

(5) St:pi nurem luam spinis. Linguam ncqttam noii audire. (Eccli. xxvin, ^8.)

KCl

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

et la confiance du roi, de lii reino et de son iuigusle é[ioux. Son altacliemcnt et son respect pour le roi n'av;nent |ioi;U de borins. Pleine d'admiralion pour ses vertus, de zèle pour sa gloire, sans cesse elle demandait au Tout-Puissant la conservation de sa persoiHie sacrée et l'Iieureux succès de ses entreprises. Son amour pour le prince, à qui le ciel avait uni sa liistinée, n'avait point <raulres vœux à former ijue de le voir étudier longtemps et imiter un jour un si beau modèle. Déjà elle voyait avec une joie, qui lie se peut exprimer, le lils marcher sur les traces du |)ère; et loutt-lois, si j'ose le dire, il lut un moment où elle s'allligea de ce qui faisait sa plus douce consolation. A la veille de la célèbre bataille de Fontenoy, jamais les cœurs des Français n'avaient été dans une agitation si violente. Nous comptions, il est vrai, sur In valeur de nos troupes, que la présence du roi devait rendre invincibles. Mais, lorsque nous pensions que le roi et Monseigneur le Dauphin, inséparables l'un de l'aune, partageaient les mêmes dangers, et qu'un seul jour pouvait enlever toute l'espérance do cet empire, qui de nous ne frémissait pas à cette pensée ? Un trouble plus cruel déchirait votre âme, aimubio et vertueuse princesse, 'l'reu blante pour un père et pour un époux, vous attendiez le sort de deux télés si ciières. Vous accusiez celte ardeur pour la gloire qui les avait séparés de vous dès les premiers moments que vous goûtiez le bonlieur d'être à eux. Vous oUrîles alors votre vie pour détourner le coup qui luenaçait la leur; et si la justice divine exigeait d'illustres victimes, vous conjurâtes Dieu de ne frapper que vous. Les jours luécieux de ces deux grands princes ont éié accordés h des |irières si pures. Ils vivent. Mais pourquoi fallait-il que ce lût ()our vous regrelt'.M?

Madame la Dauphine n'était pas moins fidèle à ce qu'elle tievait à la reine. Soigneuse de lui plaire, elle n'avait point trouvé, pour y léussir, de voie plus digne de l'une et de l'autre que de travailler à lui ressembler. Et quel autre guide eût-elle pu choisir dans la cariière qui lui était ouverte? La reine lui ai)prenail, par ses exemples, h porter sur le trône la modestie et l'humilité chrétiennes; à faire respecter la vertu; et ce qui est encore iilus, à la faire aimer, h n'estimer, dans la grandeur, que le pouvoir de soulager les misérables. Attentive à ces salutaires instructions, tille aussi tendre que respectueuse. Madame la Dauphine avait dans le cœur de la reino une jdace que la mort n'a pu lui ravir.

Ainsi regardait-elle l'anacliement à ses devoirs comme la base et le fondement de sa [ùété. Sur ce fondement solide elle avait bâti l'édllice d'une vie remjilie de méiitcs et de bonnes œuvres. Dans le recitque je dois vous en faire, vous n'entendrez, Mes-

(4) Quod liominibus allitm est, ubuminalio est unie Dcuni. [Luc. XVI, 15.) (5j Dixi Domino : Ùeus meus es lu, i/uoniam bo-

sieurs, que des actions cîTîimrfures, que les exercices paisibles d'une piété constante et uniforme. Je n'ai h vous raconter aucun de ces événements extraordinaires qui réveillent l'attention par leur nouveauté, et par leur éclat excitent les applaudissements; mais puis-je croire que des Chrétiens soient plus aveugles sur le vrai mérite que des [ihilosO|ihes éclairés par les seules lumières de la raison? Puis-je croire que vous réserviez toute voire adaiiralion pour des actions belles en apparence, vicieuses, ou du moins équivorpies dans leurs motifs? Non, vous savez trop bien celle parole de Jésus- (Jlirisl que ce qui est élevé aux yeux des hommes est abominable devant Dieu (4-); vous n'ignorez pas qu'une intention pure donne aux plus petites choses un prix inestimsbie, et que le souverain Etre, qui n'a pas besoin de ses créatures (5], ne voit rien en elles de grand que l'hommage de leur cœur et le sacrifice de leur volonté.

Je ne craindrai donc pas de vous entretenir dis œuvres saintes et des pratiques édifiantes de Madame la Dauphine. Je vous parlerai avec confiance de ses prières tantôt secrètes, tantôt publiques; les unes où, suivant les conseils du Sauveur, seule et n'ayant que Dieu pour témoin, elli; répandait son âme devant lui ; les autres où, mêlant ses vœux à ceux des fidèles, adorant avec une foi vive le Dieu caché ([ui s'immole, et qui repose sur nos autels, ne so lassant jamais de chanter avec l'Eglise, et en présence des esprits célestes les louanges du Seigneur (G), elle réjouissait le ciel et la terre par la ferveur de sa piété. Je vous dirai que, dédaignant des lectures frivoles, elle nourrissait son cœur de la parole divine, et qu'ojiposant Ks véri:és que cette parole lui a|iprenait, aux fausses et pernicieuses maximes du monde, elle s'écriait avec le Prophète Roi : Quelle dilférence, ô mon Dieu, eiilre votre loi saiiile et lej mensonges que m'ont débiles les impies ! Nurraicrunt mihi inirjui fubulaliones,scd non lit lex tiia{l^sal cxviii,8o.) J "ajouterai qu'a Itérée des eaux salutaires qui r(jaillissenl jusqu'à la vie éternelle, elle les puisait dans les sacrements, qui en sont le canal et la source: soit que se présentant au tr.bunal de la pénitence, leconnaissanl dans l'homme, qu'elle y voyait assis, le Dieu dont il lenail la place et dont il exerçait le jiouvoii', elle fît l'humble aveu de ses l'autes, elle eiï'aç-ît, par ses larmes, des lâches qu'une âme moinS pure n'eût pas aperçues, et devînt tous les jours plus juste en s'accusant, et se condamnant elle-même ; soit qu'admise à la table du Seigneur, revêtue de cette robe blanche, sans laquelle on est indigne du banquet sacré, elle mangeât le pain des anges, et reçût, avec la chair adoiable du l'ils de Dieu, l'esprit vivifiant qu'elle communique.

iiorum iiicorum non cges. (i'sal. xv, 2.)

(0) lu lompectu iinijelorum psuHam libi ; adurubo ud lemjjlum sanclum luum. {Psul. cxxxMi, 1.)

I IM r.VUr. X. TtlEOL. PARENET. - OllAISONS IL'N. — 1, il VIUE-ÏIIEMLSE D'ESI".

C.v !io «Mil |>!>s \t\, jo lo rtV^l*'» <l"s vor- (iis (|Ui^ |i> inonilf iiiliiiiri'. .Moisi i|ii'vlli>s sont rfs|i('Ctnt>li'S aux yr\i\ i|i' la Toi! lit >|ii'il i-s( roitsolaiit l'Oiii' (Ml iiiiiii.stri' tlo ri-lviui- (;ile iJo iravoirli l'arlcr, l\ la liiri.' iJi'sniiU'Is, (|;io «l'un iiicWile nvotir |i;tr la irli>;ion ! Jo iiu vions point iiitMi-r h la ci>iiMiruliiiii tics saiiil'i inv^lùres un ;i!iiiôf<v'"''r'e iMolaiic; In Hatlcrio ne iléshonorc |i()iril un iliscoins «juo jo prononco ilaii'i la fliairo de vorili'^ , i>t je nit loiio, ili'vant une nssoinliU^i! do Cliréliuiis, que dus aclions qu'ils doivunt iiniltT.

Si ropoiidanl la vertu smilo ne siiflll \'ns, s'il faul des action-i ùclftianli-s, ro quo nous nvous vu do Madame la Oaujiliino ne nous d(>!inail-il |>i>s droit d'en allendre? Que no ju'Oinetlait l'as î\ lu religion sa i)iélé solide, si)ii îèlo |)our la pureté do la toi, sa tendresse pour les nieiulnes soullranls de Jésus-Christ ? (Jue no pronietlait pas îi i'Eial In prudence qui réjjilait toutes s(ïs parides et toutes ses déinaielios , la pénélratiuM de son esprit cultivé jiar l'étude des langues, capable de tout a|ipiendic et de tout r-elenir; la bonté lie son iijour qui l'eiit rendue la ir.èie des pou|)les, ((ui la rendait déjà les délices de sa luaisoii ? Quelles es(iéianees l'ondées sur de si belles qualités? Des esjiéranoes I Qu'ai-je dit et (juelle luiicsle idéo viens-je do vous rappeler? La terre n'était donc pas iliçjaede posséder longtenips cet iuesliuiable trésor? Le ciel le redemandait, cl nous devions le perdre lorsque nous en aurions connu tnut lo prix. Adorons, mes frères, les jugements de Dieu. Entrons dans les vues de sa providence. La vie de AKid.iuie laDaupliine nous a enseigné l'usage légitime des {grandeurs liumaiiies. Instruisons-nous aussi par sa mort; et que cet événement à jamais mémorable nous inspire le détachelijetU des mêmes fraudeurs.

SUCO^iD POINT.

Ce n'est pas toujours aux grands (|u'il est j)lus dillicile d'inspirer le détachement des grandeurs. Ils les connaissent mieux par expérience que jiar les (leintures qu'on peut leur en taire. Ils sentent le vide (|u'elles laissent dans leur dme, les inquiétudes, les alarmes, les cliagriiis mortels qu'elles leur causent; et si, malgré ce sentiment, ils aiment encore les grandeurs, c'est que le cœur de l'homaieest un abîme do conlradictions, et que, ne |K)Uvanlèlre sans désirs, il clarche nécessairement les taux Liens, tandis uu'il n'aime pas les véritables.

Mais l'ex, érience qui fait comprendre la

qui pore

vanité des grandeurs à ceux qui les possèdent n'est pas une preuve assez convaincante pour ceux qui les désirent sans les posséder. Ils ne peuvent croire que dans ce qui flatte leur ambition^ la réalité soit si foi t

(7) Quoiiiain cum interierit, non snmcl omiiin, neque dcicendcl cum co glona ejus. {Psul. xi.viii, ISO

(8) V ox dicentis : Clamn, et dixi : Qiti,l clamabo ? Oiitnii caro feiium, et omnis gtoriu ejus quasi [los

OKiVHES coMPi.. ur. Lefranc diî I'ompignak. li

AU<<lossous do l'itppnronco. lU rtVusi'jil le témoignn^e m^^mo des grands i|ui se plaignent d. s maux inséparables de leur étal: ils Ne lignrent au moins qu'ils soraii'til pbis heureux que ceux qui ne savent pas rùtrc au milieu des grandeurs.

La mort, cet écueil inévilablc des grandeurs liumaines, peut seule en désabuser Ions les hommes. Elle n(( leur permet pas de douter que les grands et les petits ne subissant, sans distinction, une loi leur est commune, et ([u'eiilants d'un pc coupable, ils ncsoienltoiis enveloppés dans la niémo condamnation. Les fortunes les plus brillantes s'anéantissent par la nifu't do ceux (jni en ont joui ; elles ne desceiiileni pas avec eux dans la nuit du tombeau (7;; et si le Sfmvenir s'en conserve encon; sur la terre, c'est pour apprendre aux hommes qui leur succèdent, (pi'une prospérités! leii durable ne vaut pas tous les soins cpi'on se donne pour l'oblenir.

Avouons néanmoins (pie les morts des grands ne sont pas toutes également inslrurlives. Mourir est pour les grands, coiaïu'î pour les antres hûuimes, un événement ordiiiaire qui ne surprend personne, et qui, lont iiiiéressant qu'il est en lui-mémo, ne lait, sur la plupart des esprits, (juo de légères impressions. .Mais mourir dans les premières années do sa jeunesse; mourir après un très-court intervalle entre le danger de la moit et l.i mort lyôme; mourir au milieu des pleurs et de la désolation d'une famille royale, et de toute une cour; mourir avccjes sentiments d'une religion éclairée et d'un détaciiomcnl In-roïquo, ce soiil des circonstances (pi'il est lare de trouver réunies dans la mort des grands, et dont le concours, dans la mont do Madame la Daujildnf», olfre la matière des plus toucliantes réilexions.

J'ai enirndu, disait le prophète Isaïe, «ne voix qui m'a oi:(lonné de crier; et quoi? La vie de l'homme passe comme l herbe, el toute sn gloire dispurait comme une fleur. Celle herbe a été desséchée, relie (leur est tombée, pnrce que l'Esprit du Seirjneur a soufflé sur elle (Sj. Ainsi se sont évanouies toutes les grandeurs de Madame la Daupliine. Sa vie eùt-elle duré un siècle entier, ce serait toujours cette herbe passagère, et celte fleur abattue presque aussiiôt qu'écloso. Car qu'est-ce que cent années? Qu'est-ce môme que mille ans aux yeux du Seigneur (9)? Un jour qui s'écoule av.c rajjidité. Que dis-je? Un jour déjà passé |iour ne plus revenir. Qu'est-ce dune que viiigl ans, cet espace qui parait si court aux hommes mêmes?

Une heure, un moment, un point presque imperceptible dans l'éternité. Vingt ans. voilà le terme que Dieu avait niar('|ué aux jours d'une si grande princesse. Ni sa haute naissance, ni la su|)ériorité de son rang, ni

agri. Exskcalum est feiitim, et cccidil flos, quui Spirilus Dommi sufllavit in eu. (ha. xi,, 6, 7.)

(9) Mille imni aiae ociilos tuos lanqiiam dies hc sterna quœ j>:(Vleriit.(I'sal. i.\.\\\\^ i.j

OEi;VRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN,

sa . jeunesse, ni lous les vœux que l'on faisait poii-r elle n'ont pu reculer sa dernière lieun'. Elle est morle A peine peut-on dire qu'elle ait vécu.

Je me trompe, Chrétiens; sa vie a élé longue, si nous comptons ses œuvres et ses vertus. Le Sage m'apprend que ce n'est point par le nombre des années qu'il faut mesurer la durée de noire vie, et qu'une âme juste, que Dieu aime, et qu'il se halo de retirer de Ja société des iiommes pécheurs, achève, dans peu de temps, une longue carrière (10). Je sais qu'une mort aussi prompti' ne peut être trop amèrement pleurée. Mais est-ce sur nous? Est-ce sur Ma.iame la Dauphine que nous devons répandre des larmes? C'est un malheur pour nous de l'avoir perdue. En est-ce un pour elle de n'avoir pas possédé plus longtemps de vaines et de périssables grandeurs? Regrettons lous les biens que nous eût procurés une si belle vie, si Dieu eût daigné la prolonger; mais no plaignons pas une pieuse princesse, qui n'a été eidevée h la fleur de son ûge, que pour entrer plus lot dans un royaume préférable à tous les empires du monde.

Si sa piélé nous était moins connue, si sa vie eûl été moins chrétienne, sa mort précipitée pourrait nous alarmer. Rappelezvous, Messieurs, quel l'ut votre élonnenient à la [iremière nouvelle de la mort de Madame la Dauphine. L'étal, dont elle venait de sortir, toujours dangereux par luimôme, n'avait annoncé rien de sinistre, et il s'était heureusement terminé. On était tranquille sur une sanlé dont le rélablissen>ent ne paraissait ni douteux, ni éloigné. Tout à coup un trouble affreux succède au calme le plus profond. Le danger se déclare, et eu peu d'heures il devient extrême. La violence du mal surmonte les remèdes, 'foules les ressources de l'art sont inutilement éjiuisées. L'instant falal, que les bommes n'ont \<n prévoir, que tous leurs ellorts ne peuvent diilérer, l'instant lalal arrive, et de toutes parts on entend dire, Madame la Dauphine n'est plus.

Témoins de celte mort soudaine, ce serait eu. Chrétiens, d'en avoir été conslernés.

IlU ne se borne pas à exiger de nous des sentiments stériles. Il veut que noire tristesse et notre crainie soient pour nous des semences de conversion. Combien de l'ois les livres saints, pour nous préparer à la visile du Seigneur, nous aveitissenl-ils qu'il viendra nous surprendre; semblable (il le déclare lui-même), semblable à un voleur qui protile des ténèbies de la nuit et da la négligence du maître pour attaquer une maison sans garde et sans défense (llj? Nous voyons tous les jours l'uccoujplisseiiienl de cette elTrayante menace, et nous

(10) Scnectnsvcnerahilis est, non ci'iuturna; ncque fimiorum numéro coinpuialn... Consinnntnlus in brevi exi leiil tcniporii iiiulta. l'Iacita cnini enti Dco anima illius. P'.uptcr hoc propcravii eduren illum de iiieclio inÎQuitutum. \^Sap. iv, 6, 13.;

formons de^s projets chimériques pour l'avenir. Insensés 1 Peut-être le glaive est-il déjà suspendu sur nos têtes. On'a'tendonsnous, et que faut-il de plus pour nous réveiller de notre sommeil léihargique, que la m 'rt inopinée de Madame la Dauphine? Nos jours sont-ils plus précieux que les siens? Aurons-nous contre les attaques de la mort dos secours dont elle ait été dépourvue? Dieu nous ménagera-l-il davantage? Les hommes seront-ils |)lus empressés h nous conserver? Cherchons, il en est temps, cherchons comme elle noire sûreté dans la vigilance chrélienne. Toujours prôtn à qui lier des grandeurs qu'elle possédait s;ins altachement; trop sage et Irop prudente pour laisser éteindre la lumière qui guidait ses pas, Madame la Dau[ihine avait jiris les précautions nécessaires pour recevoir l'Ejioux, et au premier bruit de son arrivée, elle s'est vue en état d'aller h sa rencontre. Elle avait vécu comme devant mourir, et le coup qui a tranché le fd do sa vie n'a été imprévu, n'a été accablant que pour ceux que ses vertus lui avaient allachés par des nœuds éternels.

Aux ajiproches de sa mort le roi fut pénétré de la plus vive douleur. Il venait do lui donner une preuve éclatante de la tendresse qu'il avait pour elle. Occupé de ses glorieuses conquêtes, qui ont réuni à la monarchie française l'ancien patrimoine de nos rois, sur le point d'ajouter de nouveaux lauriers à ceux qu'il venait de cueillir, il avait interrompu ses exploits pour consoler, pour soutenir par sa présence Madame la Dauphine dans les ennuis, et les périls de son état. Plus touché de la conservation de celte princesse, que sensible au plaisir de remporter des victoire?, il s'était reposé de l'exécution de ses grands desseins sur un général digne de toute sa confiance, et n'avait ()as voulu reuieltre en d'autres mains le soin d'une sanlé qui lui était si chère. Exemple qui apprendra aux rois, dans les siècles à venir, qu'il est des circonstances oij le père doit l'emporter sur le conquérant, et où les devoirs domestiques sont préférables aux travaux militaires. Ce n'était pas là un de ces projets ambitieux des princes, que Dieu réprouve (12), et qu'il se plaît à c<u)fondro. Mais que les pensées de Dieu sont dilférentes de celles des bommes (13) I Le loi es|)érait ôlre le témoin de la naissance d'un (lelit-tils. Il se fiai tait au moins de voir l'iieureuso délivrance de la mère, et c'est le spectacle de son agonie et de sa mort qui lui était réservé. On l'avertit de l'extrémité où est Madame la Daui)hirie. il accourt auprès d'elle, et ne lui trouve plus que les restes languissants d'une vie qui s'éteint. A peine jieut-elle tourner vers lui des yeux qui

(II) Ecce venio siciU fur. (Apoc. xvi, 15.)

(l-2) baminus rtpruOal cunsilia principum. {Psul.

N\XH, 10.)

(lô) iVy» cnim coyilationes meœ cogilatipnes t*-

slrœ, iicil Dominus. (Isai. lv, 8.)

\. TIIEOL. l'AllF.NF.T. - OHAISONS FIN. - I. MAUll! TIlKlltSK I) I SI>. lo:8

llC.V l'AUT.

voiil so ft-nnor ponr jniiiBis. Sa boucliu n'a |iliis (lo vdix |M)iir lui L'X|iiimur si'S deriiii rs M'iiliiiiiiils. La ninrl .ivoc loulos si>s iiiirri'Uis f.Nl |pi'iiitu sur son visaj^o. Les ikiiiiiTS M'cuuîs, i\{tr I l'I.^list' ncconle ?i ses (>iiLiiil>, soiil lus seuls <|iii |i(iisseiit lui Ciru ulilf<. I.a iclii;iou du roi ne |icul soulVrir t|u'on les n'inidi", ul il m-uI lui-inc^uii' (itru |iri^ent, lorsii'i'un |icu\ cl tidèlo |>i)niil"e vpr.^o sur lu f(jr|is do l;i |iriii(:oSSo l'Iuiilo s.'dul.iire lios inour.uits. O uniuai'iui'l li liéros ! ô p^rul iùi vous arrai liuiU 5 volro nriiiéc, i's:-co là lo ((110 vous ôliez venu clit-ri lier?

Mais tiiu- vois-je? Toul la f;unillc rovalu est en lariiK'S. La roiiio a besoin di- loulu sa \>ià[é pour no pas succouiluT à l'excès do son {illliclion. Deux aujjusles prinLX'sses, (|ue la resscuililanco des vérins, que les liens du sang cl de l'aniilié avaient si étroileini ni unies à Madame la Daupliine, n'ont pour s"ex[)li(iuer que (les sou|>iis, et |)Oiir su consoler (|ue des ()rières. La cour, ofi les |)laisiis sont si vils, où b.'S all'uires sont si sérieuses; la cour, oublianl t.iut le reste, ne pense en ce moment et ne s'intéresse qu'à ce di^plorable événement.

Parmi lant do dmilenis, il en est une qui les surpasse toutes. Faul-il, Messieurs, que je vous la nunuiie? Ignoïc 7,-vous ([u'esl-co qui aimait plus tendrement Madame la

était promise dans une vie plus hoiueuse, et cello proiiK-sso allait s'accomplir. Kllu Compta pour rien les richesses île In lerrc. Son trésor était dans le ciel. Dieu s'en élail rendu le dépositaire, et il devait liienlôt lo lui restituer. La couroinio, dont la mort procliainii lui ùtait l'espérance, n'eut aucune p;irt à ses regrets. Lllo touchait an moment de recevoir, des mains mêmes île Jésus- Chrisl, une couronne incorruptible.

Déterminée sans peine à tous ces sacrifices, elle n'eut de combats à livrer eontro elle-méiio, que dans le sairilice de ses senlimenls. Llle aimail avec tonte la seiisibililé d'une Ame vertnenso qui n'a pas .'1 rougir do ses penchants. Klle aimait ce que la nature et le devoir, ce que la raison et l.i reli:^ion lui ordonnaient d'aimer. Hni peut dire ce qui se passa an fond de son rojur, lorsqu'il fallut su résoudre à lont sacrilier? Quoi, Seijîiienrl je ne (lonrrai donc plus aimer ce que j'aimais, ou je ni' verrai plnsco (|ui' J'aime 1 Vous séparez ce que vous avez uni. \'ous m'anacliez aux créalures pour élie seul l'objet de tontes mes all'ections; Oui, vous me tiendrez lieu de père, de uière , de frère et d'époux. Je ne cesserai pas d'aimer ce que je perds. Je ne l'ai. lierai plus que dans vous et pour vous.

La grâce achevai! son triomphe dans l'.lnio de celle princesse : elle y l'nablissail le

lianphine? qu'est-ce qui (mi était plus ten- lé^ne de la cliaiité parfaite, dans laquelle

lirement aimé? Amour muluel, eslinn.' et conliancc réciproques, senlimenls d'autant plus doux que vous étiez pins purs et plus légitimes, vous faisiez le bonheur de deux jeunes é|)0ux; vous êies au.ourd'liui leur supplice. On ne sait qui est plus digne do compassion, on l'épouse mouranlc, ou l'é- I OUI désolé. 11 ne peut consentir à se voir séjiaré d'elle. La vie lui est odieuse, sans ce qu'il aime, et la douleur qui le presse J'ourrait lui devenir funeste, si le souvenir de ce qu'il doit à Dieu, au roi et à l'Etal, n'en niodérait la violence.

Inutiles regrets I JLidame la Dauphine avait au dedans d'elle-même une réponse de mort. Avertie par un pressentimeiil tidèle du peu de temps qui lui restait h vivre, son premier soin lut d'ajipeler auprès d'elle son conducteur dans les voies du salut. Après la confession de ses péchés, pleine de confiance dans les miséricordes du Seigneur, elle n'eut plus d'autre pensée que d'accepter, avec une soumission sans réserve, le calice qui lui était présenlé. Ce ne fut jias le renoncement aux ^jandeurs humaines qui coula le plus à son cœur; leur faux éclat ne l'avait jamais séduite. Dans les derniers momenis de sa vie, elle en sentit encore mieux tout le néant. Sa naissance, la (.lus illustre qui fût au monde, lui parut un faible avaiilage, et jmisqu'elle était .souillée par le péché, un sujet d'humiliation, plutôt que de vanité. Sa plus solide gloire, sa véritable noblesse était l'adoiition dont eile avait reçu les prémices dans le baptême, dont elle avait conser\é l'esprit pendant sa vie, dont la consommation lui

tous les atlacliemenls légilimes, é|)urés do ce qu'ils ont eu d'humain et de naturel, vont se réunir et se confondre. Dans ces saintes dis|)osilions, niadame la danphino savait ce qu'elle allait (lerdre ; elle ignorait ce qu'elle avait déjà jierdu. La sage prévoyance du roi lui' avait épargné la douleur d'apprendre qu'elle eût survécu à son auguste ()ère. Ces deux belles âmes éloignées l'une de l'autre sur la terre, se sont retrouvées dans le ciel, plus tôt qu'elles no l'avaient esjiéré. N'en douions pas, Chrétiens; leur (idélilé inviolable dans le service de Dieu léjiond de la récompense qu'elles ont obtenue. Le |ièie,né enFraiice, et conduit [lar la Providence sur le trûno li'Espagne; la iille née en Espagne, et destinée à monter un jour sur le trône do Fiaiice , sont maintenant auprès du Dieu les pn>li-cteurs de ces deux grands rojaumes. Délivrés des dangers continuels et des misères du pèlerinage, arrivés dans la céleste patrie, ils s.'y inléressenl pour les piiices et pour les peuples qui leur ap[)artieiinent^ Par l'ellicace de leurs prières, lus doux premiers monarques du monde, respectables par leurs vertus, .invincibles par leur union, régneront avec autant de gloire pour eux que de bonheur pour leurs sujets. La paix sera le fruit do ces mêmes |irières; mais une paix juste, solide, honorable, tellu qu'on doit l'attendre , et de la modération du roi dans ses victoires, el de szn inllo.vible fermeté à soutenir les iniérôls do s.i couronne.

Joignons, mes frères, joignons nos vusui à ceux deMadame la Dauphine. Faisons djs-*

condredii ciel cette paix lié^siralile , (|ii'elle y sollicite I onr nous. Commençons par nous [iiociirer h tious-môines la 'paix intérieure, compagne do l'innocence; et bannissons (le nos cœurs ces désirs inutiles et pernicieux, qui piéripilent les hommes dans la mort et la perdition (Ui. Tout parle, tout nous instruit aujourd'hui «Je la fragilité des grandeurs humaines. La mort que nous pleurons, dont les ditrérentes circonstances sont pour nous autant de leçons, la triste cérémonie qui nous occuiie. Qu'elle est diirérenle des auires cérémonies qui nous ont rassemblés dans ce niôiue lieu ! Nous y avons chanté des vieloires: nous y avons lendu au Dieu des armées de solennelles aciions de grâces : nous avons vu suspendre aux voûtes de cet augu'^te temple les drapeaux sanglants enlevés à nos ennemis. Qu'il est doux à des cœurs franç.ds d'ap- [ilaudir aux triomjihes de leur maître, et qu'ils viennent avec cm|iressement au pied (les autels porter le Iribut de leur juste reconnaissance ! La religion qui a sanctitié notre joie, et nous a comniand^ces canliques d'ai.tions de grSces, ne met aujourd'hui dans notre bouche que des plaintes et des lamentations. Elle enveloppe sous de .siniples voiles les trophées qu'elle cache à nos yeux, et ne nous présente à leur [ilace («u'un aii(iareil funèbre. Ce mausolée nous fait souvenir que le .corps de Madame la Daupliine, rendu à la terre, dont il tirait son origine, attend la résurrection générale. Ces titres, ces inscriptions, ces symboles nous retracent ce qu'elle a été, et nous disent qu'elle n'est plus. Ce sacrifice de proiiitiation nous invita à implorer la miséricorde divine, et pour la princesse, dont nous célébrons les obsèques, s'il lui reste des péchés à expier, et pour nous, jiécheurs mille fois plus coupables, à qui les voies de la pénitence sont encore ouvertes. Ainsi nos jours defôtes sont changés en des jours de deuil, cl les joies de ce monde passent coumie ses grandeurs.

Que ce spectacle ne soit pas pour nous l'objet d'une vaine curiosité. Qu'il im|irime dans notre esprit, par des rcllexions profondes, les vérités du salut, dont l'ignorance et l'oubli sont la sourire de tous nos désordres. Puissions-nous iuiiler les vertus que nous avons admirées dans Madame la Dauphiiie 1 [luissions-nous mépriser, comme elle, tout ce qui doit tiiiir, pour n'uimer que ce qui demeure éternellement 1 Ainsi soit-il.

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