‹ Œuvres completesChapitre 91 sur 232 · ORAISON FDNÈBRE · texte numérisé non relu

ORAISON FDNÈBRE

tE TRÈS-UAUTE , TRÈS-PUISSANTE ET TRES- EXCELLENTE PRINCESSE MARIE , PRINCE SE DE POLOGNE, REINE DE FRAKCE ET DE NAVARRE,

PronuKcdc à Saint-Denys le II du mois d'août

lnvoca\i, el veiiil iu me spiriUis sapienli»; cl prœ-

(14) Desideria inutitia et nocivu quœ mergiint homi<iCi in inleritum et perdiiionem, il Tim. vi, 9.}

LEFRANC DE POMPIOAN. tMQ

posui illam rpgnis et spilibus.... vencruiU aulem jiiilil omuia bona paritercum illa. (Sap. vir, 1, 11.)

J'ni invoqué le Seigneur, et il m'a donné la sagesse. Je l'ai préférée aux ruyrimnes et aux trônes, et tous les biens me sont vemts avec elle.

Monseigneur (13),

Tels furent les désirs de Salomon ; et c'est ainsi que Dieu les exauça : il accorda la sagesse à ce prince, qui ne demandait qu'elle ; il y joignit tous les autres biens qu'il no domandail pas. Tels ont été ausçi les premiers vœux de l'auguste princesse que nous pleurons. Ils ont eu le même accomplissement.

Que pensez-vous, Jlessieurs, qu'elle demanda au Seigneur dans cet âge oii il est si rare de régler et d'épurer ses désirs ? Ce n'était pas une couronne. Di'S exemples ni des leçons domestiques lui en apprenaient la caducité. Une voix plus puissante encore se faisait entendre au fond de son cœur, et lui défendait de s'altachcr à tout ce qu'il y a sur la terre de plus séduisant. Sans cesse elle invoquait la Providence, dispensatrice de tous les biens. Mais ses prières, comme ses pensées, s'arrêlaient à uii seul, à la sagesse, ce don céleste, supérieur à tous les trésors, à toutes les grandeurs humaines. Donnez-la moi, disait-elle à Vi\{;v\, celle sagesse qui siège avec vous sw le même trône: « Da tnihi sedium luarum assistricetn sapienliam. » (Sap, is, k.) Qu'elle m'accompagne, qu'elle m'inspire toujours: « Ul mccum sil et mecuni laborcl, » [Ibid., 10.) Quelle m' enseigne ce qui doit vous plaire. (( Ut sciam quid acceplum sit apud te. (Ibid.) Donnez-la moi, et vous me donnez tout.

Oui, dit alors le Seigneur, prononçant sur sa destinée, oui, vous aurez la sagesse que vous avez si justement préférée a (les biens périssables. Sapienlia et scicntia data sunt libi. (Il Parai, i., 12.) Mais si elle a été l'unique objet do vos désirs, elle ne sera pas pour vous le seul de mes bienfaits. J(i vous donne avec elle ce que vous n'avez pas attendu de moi, les richesses et les honneurs : Divilias aulem et gloriam dabo tibi. [Ibid.) Je ne mets pas plus de bornes à votre élévation sur la terre que n'en eût pu mettre l'andjition la plus vaste et la plus heureuse dans ses projets : vous porterez la plus belle couronne de l'univers.

La reine a donc pu, en parvenant au fallu des grandeurs, tenir le nicime langage que Salouion. Mais elle n'en eût été (jue plus à (daindre, si elle eût imité son inconstance dans le service de Dieu. Grâce au ciel, celte sagesse, dont son âme avait été remplie de si bonne heure, ne s'est jamais démentie. Elle l'avait apportise sur le tr(jne ; elle l'y a conservée jusqu'à la lin de ses jours. Par elle la reine a su se défendre des illusions de l'orgueil, résister aux attnaits corrupteurs du luxe et de la mollesse, éviter tous les pièges que lu rang sublime où elle était placée rendait jilus dangereux pour sa

(15) Monseigneur le Uaupliiii.

loti PVRT. \. TIIEOI,. PAUKNKT. -OIIAISO.NS FIN.- II. MVIlli:, IIKINF. KM FHWCi;. lOU

p'éitS. Vous lu !8vi«/ , Mi'ssicuis {(^l la plu- |iai'l tlo ('0u\ i|iii m'iMiliMuli-nl, iL^niuiiis ociiiiiiri's ilo eu i|ui.' In roiiuiiuiii^e tiniioiiçnit |i'ir latil do voix, iircWioiiiiiiil ci» t|ucj'iii h ItMir ilirc, plusieurs iiii^inti |iuuri'iiionl y njnulor), vous le savez, l;i vit- ilc la rcino n'a élu, ila/is (iiut siiiicouis, i)un l'asNouilihigo ot lu (issu dos verlus clirétifurus. l'^llo \o< n loulos pratii|Utk^s avec plus ou nioitis de pcrferlioii. lui deuv uu)ls voilà .•■ou éloge ; il n'outre cl il n'oiuet riou.

Mais |)uis(pie cet éloge n'osl pas seulon\i ut un liîumijunagft île notre vénération, un >oul.igeint'nl à noire douleur, que c'est O'iC'ire un modèle projiosé à notre iinitalion, il est juste d'élen Iro le récit do ses vertus, t'I d'.' clioisir dans bur noiuhre les plus propres à nous instruire et à nous touclier. Il y en a eu de plus paisibles et de |)lus tran(|uillos ; il y en a eu do idus laiiorieuses et de plus jiénibles. Les unes n'ont en à combattre et h vaincre que les penchants Iransniis à tous les liimnies parle |iéclié de nos premiers pères; les autres ont eu à sacrilier les allauliemenls les plus légitimes cl les plus purs. CcUos-là olFraient les devoirs ordinaires de la reliijion à remplir: celles-ci des épreuves extraordinaires à soutenir.

Dans 1 exercice de ces deux sortes de vertus vous verrez la sagesse divine présider à tontes les actions, animer tous les sentiments de la reine. Puissent aujourd'hui mes paroles couler de la même source 1 Je n'appelle pas à mon secours la sagesse du monde. Je ne clierch>> pas les orncmenls d'une élo<iuenc3 profane. Ils siéraient mal dans le minislère que j'exerce; ils défigureraient le sujet que je traite. La (liété ne iJoit être louée qu'avec le langage et les maximes de l'Evangile ; et ce n'est qu'en m'y renlermant, que je |)uis rendre un véritable hommage à l'Hinnortelle mémoire de Irès-liaule, Irès-puissanle et très-excellente princesse Marie, princesse de Pologne, reine de France et de Navarre.

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