SECONDE PARTIE
La reine soullrances , dans celle de la piété cliissa
devait passer [i;:r la voie des dès du'elle voulait marcher Le trône no l'aU'ian- [las do cette loi. Lite s'étend depaih les télés couronnées jusqu'à celles qui sont couvertes de poussière et de cendres : « A résidente super sedcni (jloriosani usqui: nd humiliiUuni in terra ei cincre. « {h'ccli. xl, 3.) Sa situatiLiu l'élcvait au-dessus de ce§
<5iUVilLb tUMPLEltS Uh LtlHA>t UK POMPIGNAN.
revers qu'un poole p;iïeii appelle les jeux insolents de la fortune, et qui oui un nuire nom dans le laii.i^.ige de la religion. Mais Dieu rallenjuil h un autre (^enre d'épreuves plus amer et |il!is douloureux. 1! en a [>ris la matière dans ses sentiments les plus tendres et en môme temps les plus vertueux, l'amour conjugal, l'amour maternel, l'amour filial.
Et pour commencer par celui qui devait tenir et qui tenait la première place dans son cœur, il n'y a jamais eu d'épouse qui ait dté plus altacliée que la reine à l'époux que Dieu lui avait donné. Assise sur le trône, elle n'en savait, elle n'en senlait que luicuï ce qu'elle devait à la main qui l'y avait placée. Soumise aux volontés du roi pnr devoir, elle se faisait un bonheur de ceite soumission, qui a été la règle invariable de toute sa conduite. Ses vœux les [dus ardents étaient pour la conscrvalion do sa personne, pour la gloire de son règne, pour la prospérité de ses Etals. Et, qaoiqu'en devenant notre reine elle eût pris une âme toute française, qui ne respirait que la félicité de celte nation, ses seiitimeuls pour le roi rinlércssaicnl par un motif encore plus toucliant à une félicité dont elle n'ignorait pas qu'il faisait Jui-môme dépendre la sienne.
De cet am.our, si autorisé par la loi de Dieu, est née une des plus terribles é/ireuves que la reine ait eu i soutenir. Je vous rappelle ici des jours d'inquiétude et d'effroi pour la France entière. J'aurai à vous en rii|>peler de consteinalion et de deuil. Ces aiUigeantes peintures forment le tableau des vertus laborieuses de la reine, et l'hisloircde ses épreuves est celle des malheurs l>ublics.
Elle ne s'occupait que de la flatteuse idée deslvicloires préparéesauxarmes du roi (17). Elle mesurait avec coni[)laisance l'espace qu'il devait franchir, volant d'une de ses Ifontières.oii sa présence a vuitdéconcerlé les projets de ses ennemis, ô une autie qu'il allait cl étendre contre Irurs inva.sion£(18).Toul à coup elieiipprend (]u'une maladie violenle l'arrèiedans sa marche rajiide (19J. Les courriers se succèdent les uns aux autres; ils apj)ortent lu nouvelle d'un danger qui s'aciruît et qui bientôt paraît extrême. Quels sanglots se tirent alors entendre de toutes jiarls, de quelles lamentations les villes et les campagnes retentirent, (juelle foule innombrable ne cessa d'assiéger les aulels ; il est inutile de le réjiéter; nos fastes en perpétueront la mémoire. J'ans cet aballement général, il nétail point de douleur qui approchât du celle de la reine; niais elle ne pouvait la borner à des larmes ou à dus |)rières oisives. A peine a-l-elle su l'état critique où le roi est réduit, qu'elle }iréci|iile son dé[iart. Le passage d'une reine eplorée avait de quoi redoubler i'éjiouvanle dans les lieux qu'elle traversait. D'un autre
(t7j Campagne de \~iï.
llSj Marthe du ro! Je la flanJre vers l"Alî>,çe.
côté, sa vue reiionnait la confiance. On ne pouvait croire que Dieu lui refusât une vie qu'elle eût voulu racheter de la sienne. On attendait plus d'elle et de sa piélé.poiir détourner le fléau qui nous menaçait, quo des vœux réunis de tonte la nation.
Cette espérance ne fut point trompée :
Dieu ne fit que lui montrer un désastre dont la crainie seule l'avait plongée dans une mer d'affliction. Il jugea, ou plutôt il fit connaître [mr cet essc.i jusqu'où elle pouv:iit porter la résignation combattue par la sensibilité. Il lui réservait d'autres sacrifices. Il exauça la prière (|u'elle lui fit alors et qu'elle a encore renouvelée, en fe disposant à recevoir les sacrements des mourants, d'ajouter aux jours du roi ceux qu il retrancherait dosa vie. Cet auguste prince pleure aujourd'hui sa mort, l'unique chagrin qu'elle ait pu lui donner, et ses regrets la louent beaucoup mieux que tous nos discours.
Si Dieu a épargné l'épouse, en ne l'éprouvant quo par uns alarmes, il a moins ménagé la mère : il l'a frappée des coups les plus accablants. Ce fut déjJi pour elle un triste spectscle ipio de voir mourir deux des princesses ses filles, dont l'une n'avait aspiré qu'à ne s'éloigner jamais ni d'elle ni du roi ; l'autre venait leur reporter les hommages qu'elle avait reçus en Espagne et en Italie. Queliiues années ajirès, une mortj prématurée lui enleva l'aine de ses petits-fils, et lit évanouir avec lui les plus belles es|)éraiices' (ju'on ait pu concevoir d'un enfant destiné à régiicr. Mais ces pertes ne furent (|ue les (iréludes d'une autre bien plus cruelle. L'amour maternel de la reine n'était pas encore à sa dernière éiireuve.
11 lui restait un fils. A ce nom, il me semble cpie ses entiailles s'émeuvent, que ses yeux fermés par la mort se louvrent pour se baigner de nouvelles larmes, et que sa voix éteinte se ranime pour réjiéter un nom ipii lui est si cher. Que ne nous décotiviirait-elle pas d'un prince assez connu pour avoir mérité les regrets de la France et de l'univers, mais dont l'âme renfermait plus de tiésors iju'il n'en a pu déployer? La reine connaissait niieux que l)er!>onne tout ce qu'il était et tout ce qu'il pouvait faire. Il se montrait tout entier aux yeux d'une mère qui, à tout autre litie, aurait élé digne de sa confiance. La conformité des sentiments et des vertus était le lien do leur union. Même respect pour le roi, môme amour |pour les jieiiples, mémo [(urclé de mœurs, même attachement à la religion. Quelles délices ne goûtaient- ils pas l'un et l'autre. à passer ensemble leurs jours dans le sein de l'innocence et de la piété? Et qui n'eût pas envié, non leur grandeur (elle ne les avait jamais éblouis , elle ne fuil pas des heureux], mais les douceurs d'une amiiié si tendre entre une mère
(19) Le roi tombe malude à .Meu.
1053 l'AnT. X. TIIEOL. l'AUENKT.- ORAISONS FLN. II. MAIlIt:, HEINE DE FRANCE. 10?!»
( t iiii (ils, i|iii lie |iniiii5S(>hl | ns <*lrc It; |inr- ) 1^1' lin llt^lll>, 01 dniil IfS coiuliliiiiis |iri- >i'cs nirrciil iiu^mo si |mmi iri'xcmpli's?
('(•ilo iiiiiuii, (lonl lu Si'ii^iR'iir nvail formé !iii-iiii^me et ri-sscrri- les iiii'UiN, n-I-i'lliî 'loue |)ii lui (lo|ilairL>? A-l-il voulu, en bri-
iii( (t'S iui'ikN, |Minii- loul h l>i fuis la nièru i II» UN? Ou cidiroiis-iious (|ui' la vcrlu (11' co l'iiiKo, aH'iTniie |>(ir une lonj^uo liiilii- (uiie l't par ik- pi'ot'oiMJfS rrlW.'xions, déjà victDi ieuM' lii'S passions de la jinmosso, ait eu liesoin d'iMro prc^servi-e des écueils d'un «l.u'o plus avaiiri^'.' Disons piutùl (pio Dieu nvail pn^iiai'é dans ses conseils ('•lernels co «luUinient i» In Franee. Kl il l'allnil, ô luou Dieu 1 si vous nous permeltcz d'inlorroger en trendiiaiil votre providence, il fallait (|ue nos pt^cliés eussent rendu votre justice intlexihie, pour qu'elle n'ait /m être désarmée par les soupirs do la reine ; el qu'après avoir ohienu de vous la s.inctilicatii n do son lils, (Ile n'ait pu en obtenir sa conservation, si Jiécessnire à ce rovaunie.
Une maladie dévorante, dnnt les premières aUeint.'s avaient jiarn se ralentir, tandis ,]u'elle continuait son ravaude intérieur, se .iéclare par les symptômes les plus efiVayants. La force de Idiuc avait longtemjis soutenu la faiblesse du corps ; mais enlin celui-ci succombe sous son épuisement; 'ous les secours humains sont impuissants, 'outes les prières s'élèvent inutilement vers 'c ciel, l/arrèt ét.iil porté : il s'exécute; et 'a reine boit jusqu'à la lie le calice où Dieu Hsail mêlé tant de liel et d'amertume pour elle.
Q.i'on ne iiise plus que la résignation chrétiei.ne endurcit le cœur, qu'elle déguise et nourrit l'iiulill'érence. Cette odieuse su|)pos;tion est l'une des chimères des incrédules. Sans enirer avec euv dans une discussion, qui serait ici déplacée, delà nature et des ressorts du cœur humain, sans enqilovtr une récrimination plu.ç juste contre leur doctiine, qui est par elle-même l'anéaniisseaient de toute allVction, do toute humanité, el n'en laisse siibsisler des étincelles que dans ceus de ses sectateurs en qui la bon é du natuiel peut prévaloir quel- ((Lietbissur la per^ersitédes pi iniipcs ; sans toutes Ces rép(<nses, j'en appelle à l'exemjile de la reine. Eile ne s'est promis ni murnuins ni |iiainles contre la l'roviiience ; elle s'esl humiliée sous la main qui la frappait; eile a dit, comme ce saint patriarche , le modèle de la patience : Le Seigneur me l'acuil donne', il me l'a ûlé ; que son suint nom sotl béni. (Jub, i,21.) -Mais en a-t-elle moins senti la douleur de cette perte irré|)arable'/ i.e temps a-l-il pu ajiporler du remède ou de l'adoucissement à celle plaie? A-t-ello été susceptible de ces consolations, dont l'usage ordinuii-e dans le monde est de disposer par degrés à l'oubli des peisonnes (|u'on a le plus aimées? Non; l'imago de son lils, moissonné dans la Heur de ses ans,
(20) Le roi Sunishs fui obligé de sortir, déguisé ^11 |>ajsan, de la ville de Uanlzick, où il avaiil suu-
M lonJDiirs été présent» <i son esprit. File le reiieinniidnit h ces palais rpi'il avait longtemps habités nvee elli«. Séparii-* de loi sur la terre, elle n'y attendait plus de snli-faclion ni de joie; et celle sépar/ilion n été l'époque fatale du dépérissement de sa sant'^,
Nous aurions pensé qu'après une telle dé-olalion, Dieu aurait donné (pielque n;lAirlie à la reine, el qu'il eiU du moins suspendu ses coups s'il devait lui en porter de nouveau : les iiommes l'auraient ciu ; mais leurs pensées ne sont jias les pensées de Dieu. Il avait résolu d'unir, dans cette princesse, le comble des soull'rances à celui des grandeurs humaines; il savait toutes les épreuves ((u'elle était capable do soutenir avec les grâces qu'il lui destinait; et presque dans le moment même que son amour maternel venait d'être crucilié par la mort de son fils, il rattacha, par la mort do son jière> h la croix qu'il tenait toute piêle pour son amour lilial.
C'est sans doute pour l'accomplissement de ce dessein, aulant que pour l'exemiilo des princes, que Dieu avait prolongé la carrière de Stanislas au delà des limites ordinaires qu'il a marquées à la vie des hommes.
Monarque unique, dans l'histoire du monde, (lar la singularité des événements qui eo:nposent la sienne, peu do rois lui ont été semblables dans le grand art do régner. Deux fois une lière et courageuse nation l'a (ilacé sur le trône (>ar ses suffrages ; deux fois il a été forcé de descendre de ce trône niObi!e et chancelant. 11 n'a pu licrdre celui que l'amour et la vénération des Polonais lui avaienl dressé. Les prospérités, dont il n'a jamais abusé, ont été lo chercher dans le sein des disgrâces qu'il ne 's'est jnm-ais attirées. Fugitif, délaTssé, n'ayant plus pour soi et j)our les siens d'autre appui que lui-même, il a vu le plus puissant roi de 1 Europe rechercher son alliance et lui de.!:anJer sa fil.'o. Echap(ié, au travers de mille péris, h une année ennomie dont il était investi, il a retrouvé un( couronne et des sujets. Quel souvenir n;o reliace, dans ce moment, Stanislas sortai.t de Dantzick f20j? Un vil habillement cache le roi de Pologne el le beau-père du roi du France. Sans suite, sans garde, livré à des conducteurs inconinis (|iie le hasard lui a procurés, aux(juels il ne [)cutse lier, il erre dans des matais, il n'a pour asiles que des cabanes. Une reine de France ignore ee que son père est devenu. Elle tremble que sa tôle, mise à prix, n'ait é;é la proie d'une liertidie merceijaire ou d'une brutale férocité. Mais Dieu veillait sur cette lète pr'cieuse. Jl avaic ordonne à ses anges {t'sal. xc, 11) de la conduire el de la défendre. La Lorraine était destinée h ressentir les ellets de la bonté, de la sagesse el de la piété île Stanislas. Le repos, qui lui est otfeit uprôs
tenu un 1. ng sicjje contre une ainice luoscowilc. el où il n'avait plus d'esjioir d'être secouru.
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
tfliil de fatigues, ne l'endort pas dans l'oisiveté. La vieillesse ne l'appesantit pas. Sa vie, tout avancée qu'elle est, sera encore assez longue s'il peut en marquer les jours ()ar ses bienfaits. Il s'applaudit d'ôlre débarrassé, dans ses nouveaux Etats, des autres soins qui occupent les souverains : il n'a que celui lie faire du bien h ses sujets; son âme en est remplie tout entière. Prolecteur des sciences et des beaux-arls, il les honore encore |)lus en les cullivanl. Mais il met nu-dessus de tout les mœurs et la religion. Ce sont là les vrais soutiens de l'ordre civil et de la tranquillité publique : ce sont aussi les grands objets de son zèle et de sa magnificence. La Lorraine n'oubliera jamais les utiles établissemenls dont il l'a eiH'icliie; et les siècles futurs apprendront qu'il y a eu dans le nôtre un gouverueuieni qui rendrait tous les peuples heureux, s'il s'élcndait sur tonte la terre, et si la (erre elle-même pouvait être le séjour du véritable bonheur.
Voilà quel é'ail le père de la reine. Elle lui devait beaucoup plus que sa vie : les vertus (jui in ont été l'ornement. Non moins sage ijue Mardociiée, mais plus grand et plus autorisé devant les hommes, il avait in.'^truit son enfance, il avait préparé sa jeunesse au de^ré d'élévation oij elle était uiontée : comme lui, mais sans ùlre inleilogé ou entendu par des voix étrangères, il n'avait cessé de l'éclairer et de la soutenir par ses conseils, il quittait souvent ses Etals pour la voir, lui ouvrir son cœur et recevoir les épaïuhements du sien. Là, au nnlieu de la lamille royaie, il jouissait de la bénédiction promise aux anciens patriarches, d'ôlre entouré de la foule de ses enfants. 11 les écoutait avec celte attention qu'inspire et qu'anime l'intérêt. 11 leur parlait avait celle véiité qui caractérisait tous ces discours. Il levait sur eux ses mains paternelles pour sui)plier le Seigneur d'être lui-môiiie leur père
La reine s'était rendue à son tour auprès de ce prince, courbé sous le jioids des années, llélasl elle ignorait que ce voyage ferait la dernière de ses joies et l'avanl- (coureur des maux qui allaient fondre sur elle. Sortie cJ'entre les bras du son père , l'esprit rem|ili des agréables images que sa présence, ses entretiens et les acchunalions de la Lorraine y avaient laissées, elle trouve en arrivant son fils allaiiué de la maladie qui devait terminer ses jours. Elle le perd; et deux mois s'écoulent a peine, qu'elle apprend l'accident ini|irévii , bientôt suivi de la mort du roi son père. O Ulle, ô mèie, longtemps heureuse par ces deux titres 1 laaujtenanl ils l'ont tous vos malheurs. En (ist-ce a^sez sur la terre |iour assurer votre ponhcur dans le ciel? Vous aviez craint, et ce lut votre première iiensée à la nouvelle qu'on vous apporta, que vous aMiez être J éjiouse d'un si grand roi, vous aviez ciaint que celle couronne passanèrc ne vous privai
[%{) La princesse aioulc de la rçiao.
d'une couronne éternelle. On vous réiion- (lit (21) qnei'iew y pourvoirait par des croix. Il y a pourvu. Il a choisi les plus pesantes pour une âme aussi pure el aussi sensible que la vôtre.
importante leçon, chrétiens auditeurs; car si Dieu traiti; ainsi ses serviteurs, ses •favoris, qui n'offrent à son amour jaloux que des attachements légitimes, dont il ait à leur demander le sacrifice, avec quelle rigueur punira-1-il les âmes mondaines, esclaves de leurs criminelles pas.sions? El si le salut du juste lui coule si cher, quel sera le sort du pécheur el de l'iuipiel Et si jitstus vix salvabilur, impius et peccalor ubi parebunt? (/ Peir. iv, 18.)
Accablée coup sur coup, do la mort d'un fils et d'un père, la reine ne fit plus que traîner des jours languissants. La religion i'allermil contre le découragement et le désespoir; mais rim|)ression de la douleur, ses eU'orts même pour en modérer la violence, altérèrent , détruisirent son tempérament. Il résista d'abord à la même maladie qui avail emporté son fils. Nous nous flattânies de sa guérison. Mais le temps .s'avançait, oij de celte vallée de larmes, lu reine devait passer à la céleste patrie. Une maigreur livide, une fièvre dont le feu la con^ump,un affaiblissement sensible el qui s'augmente chaque jour, annoncent la dissolution prochaine de la maison terrestre qu'elle habitait. Ses vœux redoubliMit pour celle qui l'ullend dans les cicux, que la main des hommes n'a pas construite, el (pii doit durer éternellement. {II Cor. v, 1.) Au milieu de ces saillies pensées, elle n'oublie |ias ce qui mérile sur la terre son attention. Elle assure aux uns la récoii;pense^ de leurs fidèles services ; elle donne aux autres les dernières et les [ilus touchantes preuves do son amitié. Elle prend de justes mesures pour qu'une œuvre salutaire qu'elle a commencée, ne demeure pas imparfaite. Elle la confie à des mains aussi siîres que les siennes aux princesses ses filles, héritières de son zèle et de sa charité, plus encore que des biens qu'elle leur laisse. Confiance qui ierail seule leur éloge, comme celui do la reine, n'aurait besoin (jne do leur piété , ouvrage de ses iuslructions el de ses exemples.
Libre de tout autre soin , la reine ne s'occupe l'ius que de sa jiréparation à la mort. Je no vous décrirai pas la suite des actions saintes par où elle s'y est préparée. Ce sont les mêmes qui ont rempli le cours de sa vie. Il ne lui a fallu, pour bien mourir, qu'ai liever de vivre comme elle avail vécu. L'attente des derniers sacrements n'avait pas été pour elle le fondement d'une aveugle sécurité. Elle n'avait jamais complé ipi'ils dussent lui lemr lieu des vertus clirélieiines qu'elle aurait négligées, ni qu'elle I ùl impunément faire entre Dieu et le monde le jiartage de sa vie, et un pailage aussi inégal, que de l'abandonner au mond«
lOil l'AUT. AI. TIIK.OL. SOC. - ESS\I CIIHIQIK SI U l.A IlLPl Ul.lUlE [iFS I.KTTIIKS. lOSS
|>rosi|iM' liiiil cnlièrc, [iniir n'en lii-n ii'-s' r- Vfi- ù Uii'ii i|uo lis iléliiis. Aussi o-l-dlo re^u l'fs niéuiL's suci-fnu-nts, non avec un excès ilo (erreur, ijuisucrùdo sont uni ilan^i les innurniilsù l'exrès di,' leur conliunco |passcts lieiiucoup inuins jiiir une prélendue bienséance (|ui est un dernieroulrn^^oà lu religion, n;iiis avc'C lus (lisiiositions (|uc la loi inspire il lu vue du li'Mijis (|ui lini' , et de l'éti-rnité qui s'a|>|iri)('lit'. Ji>nis!>;int encore dans ces iiionicnl.s décisils d..- (rtulu la liburlô de son esi'rit, eilo est enlr-i'e etisiiilo dans un i5l.it,
où Dieu lui a épargné le péiiiblu combat do la nature l'unliu les assauts de la inoit. C'est le seul inénagement tpi'il ait eu pour elle uprtis tant d'éiMfnves et de soiillranees, l'illo u paru dt'vaiit lui dépouillée de ses t;randeui's , suivie de ses bonnes œuvres. Les unes sans les aulies ne lui auraient laissé parmi les bomnics iju'un nom bie'ilût o:il)i.é. lilli-s auraient aggravé sa condaiii- Maiion au tribunal du souverain juge. Mais les graiuleurs sancliliées pav les boniu;S ii-uvres en ont lait une reine selon le cœur de Dieu, chérie et respectée pendant sa vie, picuiée après su morl. Notre consolation est de ne l'avoir perdue sur la terre que pour acquéiir une protectrice dans le ciel.
lille sera surtout la vôtre, Monseigneur. Kde attendait de vous ce que la mort nous
a ravi dans votre auguste père. Mais (pii'l nom viens-jo encori) do prononcer devant vous? Kl y apHilcrai-jo celui d'uno inére , qui fi emporté vus regrets et les noires dans lu môme tombeau que son époux? l-'aiit-il que mon Irislo minisièrc vous rappelli; uiijonrd'bui toutes vos perles et louli-s vos douleurs? l^'esl ainsi, .Monseigneur, que Dieu instruit vos premières années. Il accuniulo autour de vous les (neuves du néant des grandeurs liumaines. Le degié qui vous approche du liôno vous aviMiit du terme (ju'elles doivent avoir. Dieu l'ait (lius pour volio iiislruclion : il vous enseigne le vénlable usage de ces grandeurs [lar des modèles (pii ne s'ellaccront jauiais de votre esprit. D'heureux présages nous annoncent que vous saurez les imiter. Daij,iiez, grand Dieu, contirmer ces (uésagos. Couvrez do l'oiiibre de vos ailes, prolég( z de vo'.re droite ce précieux rejeloii de tant de rois. Conservez-nous, et comblez de vos dons avec lui les iiriiu'es ses Irères, l'objet après lui de nos espérances et do nos vœux. Q lo ce sacritice que nous allons vous oîlVir pour la délivrance d'une iiue (|uu vous avez peutêtre déjà couronnée, soii, pour la personne sacrée du roi, pour son royauujo, pour l'Eglise de France, la source de vos bénédictions. Ainsi soit-il.
DE
ARCHEVÊQUE DE VIENNE
THÉOLOGIE SOCL\LE
ESSAI CRiTIQUE