DE
Du lundi, 22 juin 1789.
Messieurs,
Nous venons avec joie ex(5cuter l'nrrêlé ])ris par la majorité des députés do l'ordre du clergé aux états généraux. Celle réunion, q\ii n'a aujourd'hui jiour objet (jue la vérilicalion commune des pouvoirs, est le signai, et je puis dire, le prélude de l'union constante qu'ils désirent avec tous les ordres, et particulièrement avec celui des dél'Ulés des communes.
Du mercredi, 24 juin 1789.
Messieurs,
La niajririlé du cierge a délibéré ce malin, dans !a salle où étaient assemblés les députés de l'ordre aux états généraux , qu'il fût léi'éré aux trois ordres réunis du contenu au procès-verbal de la séance rojale qui fut tenue hier. Je prie l'assemblée, à laijuelle vient de fe réunir la majorité lie l'ordre du clergé, de procéder incessamment à la vérilicalion commune des pouvoirs des membres du clergé, qui ne l'ont pas encore été, pour qu'ils puissent délibérer, dans l'assemblée générale des re[)résentants de la nation, de tout ce qui s'est passé dans la séance royale dont je viens de parler.
Du vendredi, 26 juin 1789.
Messieurs,
Nos expressions ne pourraient pas rendre ]a reconnaissance de la députalion du Dauj)hiné : mais iiermetlez-nous de vous dire ((uo celte province a quelque droit à la confiance de l'assemblée, par son zèle pour la chose publique.
Du vendredi, 3juillel 1789, Messieurs,
Une bouche ])lus éloquente que la mienne n'exprimerait pas dans ce moment les sentiments qui pressent luon cœur; elle n'égalerait pas le prix de 1 honneur que je reçois.
La carrière que j'ai parcourue ne me [)romettail pas, vers son déclin, un événement aussi glorieux. Que me laisse-t-il à désirer? de m'ensevelir. Messieurs, dans mestriomjiiies, et de porter mes derniers regards sur ; heureuse restauration du notre commune patrie.
Du 4 juillet 1789.
Monsieur (1), Dans l'exercice de la place qui vous a été confiée, ,vous avez laissé un excellent modèle à tous ceux qui la rempliront après vous; mais vous leur avez laissé en même temps un juste motifde craindre de ne pas l'égaler. Du lundi, 6 juillet 1789.
Mess'eurs, L'assemblée nationale apprend avec joie
le succès des soins des électeurs de Paris, pour réiablir le calme et Torde dans Fa capitale. PJlle n'a jamais douté que le loi n'accordât la grâce qu'il avait daigné lui faire espérer.
Exprimez, Messieurs, h vos conametlants, conibirn elle est satisfaite de leur zèle et de leur patriotisme, et annoncez- leur qu'elle vient de prendre des mesures pour hâter ses travaux, trop longtemps relardés, suricgraîid objet de sa convocation et celui de la constitution du rovaume.
Sire,
Du 15 juillet 1789.
L'amour de vos sujets pour votre persoiuie sacrée semble contredire, dans ce monunt, le profond respect dû à votre présence, si pourtant un souverain peut être mieux respecté que par l'amour de ses sujets. L'Assemblée nationale reçoit avec !a plus vive sensibilité les assurances que Votre Majesté lui donne de l'éloignement des troupes rassemblées ]iar ses ordres dans les murs et autour de la capitale, et dans le voisinagedeVersailIcs. Ellcsu[>|iosequeco n'est pas simplement un éloignement à quel<iiie distance, mais un renvoi dans les garnisons ou quartiers d'oii elles étaient sorties, que ^'olre Majesté accordée ses désirs,
L'Assemblée nationale m'a ordonné de rap|ic.lor, dans ce moment, quelques-unsde ses derniers arrêtés, auxquels elle attache la plus grande importance. Elle supplie Votre Majesté de rétablir, dans ce moment, la communication libre entre Paris et Versailles, et dans tous les temps une communication libre et immédiate entre elle et Votre Majesté. Elle solliciie avec instance l'approbation de Votre Majesté, pour une dé|)utation qu'elle désire envoyer à Paris, dans la vue et avec l'espérance qu'elle contribuera beaucoup à ramener l'ordre et le calme dans votre capitale. Enfin elle renouvelle ses représenlalions auprès de Votre Majesté sur les changements survenus dans la composition do votre conseil. Ces changements sont une des principales causes des troubles funestes (jui nous affligenl,etqui ont déchiré le cœur de Votre Majesté.
Du lundi, 20juillet 1789, Messieurs,
Vos sulfrages ont élevé M. le ducdeLianrourt à la dignité de président. Je lui remets la place que vous avez daigné me cimlier. Cest ma dernière fonction ; elle est bien propre h faire oublier ou à réparer celles que j'ai exercées jusqu'à présent.
(3) Réponse à M. Bailly, qui lui céJail le fauteuil de la présidence des éuts généraux.
NoTici: uioc'.UM'innui: sur. i,k WARouiS m: i'omimgnan.
(1) Pimii'iniian (Jonn-Jacrincs L<i Franc, iii.'ii- |tii'< 'lt>\ iiniquit à MonlaiiNaii. lu 17 noi^t 1709; il (■■l:iil ti!s du iT.'Miior |pi(^siileiil ili' la I oiir tlt•^ iiiJi'Silt' col'u ville. Après nvoir luil, Miiis lo P. l'ortV-, ji^soito, tios l'-luiles snliiji^s et hrillanlfs, il inll lioaiUMiip de /.èle h a;i|irfiii|ro les lois et la jurisiuiideiice. A peiiii' éifiil-ii reviHii de hi cli;n>;o d"avocat ^ît^néral dans la cour souvoraiiiu dont son père avait tHi^ le chef, i|u'il s'occupa priiici- |i«lemcnl di' l'assiette et do la peieo|iiiondi' l'inipiM. P.ir-lii, il so rendit ca. ah'e d'exercer ili;.;neii!enl le iiiinislèro diilicilc qui lui é'ait conlii^. Leduc de Nivernais, réiuindanl !i l'abiié Maury, successeur de l'oniiii^naii h l*ai;adùaiie française, rap(i"lie un discours éloquenl, mais hors de mesure, dans lepiel ce mai^islrat s'ahandonnait h son enlhousiasuie jxiiir la réformation des ahus, discours qui le lit exiler. Cette disgrâce, a;ouie le dun acadiWnicien,dégoûla l'ompignan de son étal , et la charge de premier président de la môme cour, dont il fut pourvu vers 1745, ainsi que l'avaient été son père et ensuite son oncle, ne sembla le rattacher à la niaifii '.rature, que comme pouvant lui fournir souvent l'occasion d'être le légitime interprète du [icuple aujirès du souverain. 11 léiiigea plusieurs foiS; les remontrances adressées au roi par les compagnies supérieures dont il faisait partie. Voltaire, (]ui d'aliord l'ava't recherché, loué, Oalté môlue (2), quoiqu'il eût étéjaloux du succès de la tragé fie de Didon ; Voltaire, qui se lit depuis l'ennemi acharné de l'homme .qu'il avait si bien traité ilans sa correspondance avec lui, cite, en la bUUuani, une lettre que ce môme Pompignan avait adressée au roi, en 1750, et où il embrassait, d'une manière un peu vive, la cause de ceux qu'il délyndaU volontairement. Le philosophe de Ferney a souvent reproduit ce grief pour appeler sur le président l'aniujadversion du gouvernement ; et cependant S'js remontrances élaient U'un bon citoyen, d'un véritable magistrat, qui cherchait h concilier ses doubles obligations envers le prince et envers les sujets. Le chef delà cour des aides de Monîauba:i obtint ensuite une cliargo de conseiller d honneur au parlement de Toulouse, distinction extraordinaire et unique. Un mariage avantageux ayant augmenté sa fortutune, concourut, avec son goût pour les lettres, à lui iane quitter toute espèce de lonclions publiques : du reste, il c^jnscrva le tilie de premier président honoraire de la cour à laquelle il cssait d'api-artenir activement. Nous n'aurons donc plus désormais qu'à envisager sa vie littéraire, en la
suivant par ordre dr dates. PfMHpij;nan était flgé de Aingt deux ans lorsqu'il vint pour la première fois â Paris, sans en rien dire h sa famille, piirti'r sa trag.'die de Didon, sujet euqirinjlé de Virgile, et poiw le quid le secours de .Métastase lui avait aussi été fort utile, ("elle pièce eut luMucoup do succès dans la nouveauté (I7.')'ti, et elle s'est mainteniu- longtemps au théâtre. La conduite en est sage et régulière, les caraclères sont soutenus, et le stylo ne manque ni d'élévation, ni de ()ureté. (Quelques scènes écrites avec chaleur, surtout cdles entre linéo et Didim, où l'auteur va jusqu'au pathétique, n'empêchèrent pas la critique de remar(]uer, entre autres défauts, do longues sentences et de froides moralités. Les morceaux les l)!us travaillés sont des imitations, quelcjnefids ni^ômo des traductions littérales de Virgile. Cet ouvrage n'a guère que le rôle de la reine de Carlhage, (jui est fort beau pour l'actrice et réunit j il us d'un genre Je mérite: car c'est un lole assez coui't que celui d'iarbe, (|u'on a vanlé souvent, et dont la grauileur, l'énergie sauvage, contrastent avec le caractère passionné et voluj)tueux de la reine; il (leut, au surplus; être regardé comme une création du poêle français.
Quant au personnage d'Eiiée, il mancpie de force et de noblesse. En résumé, ajirès avoir vu repré>enter la pièce de Pompignan, on ne craini |)as d'assurer que Didon, si ailmirable dans l'Enéide, ne peut ligurer avanlageusemcnl sur noire scène tragique. Le même auieur doiniaj'J'année suivante, 17.35, au tliéàlrellalien, la Adieux de Murs, petit diaii'.e en un acte et en vers libres, où il avaii entrepris de censurer nos mœurs, do peindre nos travers et nos lidicules, et (|ui fut assez goûté. Il publia, en 1740, un Voyage de Languedoc et de Provence, dans h' genre de celui de Bacliaumont et Chapelle. Ou j trouve moins de négligence, mais aissi moins de grAce et d'abandon. Sa disseitalion sur le ncclar et sur l'ambroisie , en prose et en vers coiume son Voyage, est assez estimée : l'agrément et le goût y sont joints à I érudition. Pompignan en avait puisé les matériaux dans une dissertation italienne de l'abbé Venuti. Il faut citer ensiiile, dans l'ordre deses écrits, \es Poésies sacrées et philosophiques, tirées des Livres sainCs, ouvrage dont Voltaire s'est tant moqué, et auquel, malgié riipigruruiiie si connue et reproduite sous tontes les formes par ce ci'lobie écrivain, oii a beaucoup touché, et no'Mue quelquefois avec r.dmiralion. La li.u-pe observe très-bien, dans son cours de Miéralure ;tome Xlll), ({u'un trait de satire
(I)>niis avons cru ne pnnvniv niifiix lairc con- la savanlf! tSic.nrnpiiie dn '\Iirliaii(l, I. XXXV, p. .5()S iiaitrc à nos le<lciirs Lcfv.inc il • Pnmpis-iian (pi'cn ('2; Lcilivs éiiiics de Circv, !o 50 oclolire 1/58, ci
cxirayanl, avec au'.orisalion, la i;i.'licc sv.iv.u:lc de l^j ti avril 1759.