XXVI . DISCOURS SUR LE TRAITÉE
contraire ; quand il montait, c'était le pied droit, évitant avec le: plus grandi soin de faire de grandes flexions de ce pied: pour pe pas trop fatiguer le tendon. M. Monro n’a pas perdu le fruit de tant dattentions : il ne lui reste ni douleur, ni raïdeur , ni faiblesse , ni même de marque sensible de son accident.
Reprenons le fil des contestations auxquelles le Traité de M. Petit a ‘donné lieu. On lui a reproché une faute de raisonnement en mécanique, dans explication de la force des.moufles, 4 l'occasion dé sa machine pour la réduction de lhumérus. Il aurait pu se dispenser de toucher à cette question incidente, sur laquelle tout détail était superflu et déplacé : cela n’est permis qu'à ceux qui veulent faire de longs mémoires sur des sujets bornés. M. Petit avait moins besoin qu'un autre de cette ressource. Il avoua qu'il s'était mal expliqué. Cet aveu servit beaucoup à ses ennemis, énvieux et
malins ; ils ne manquèrent pas de le lui rappeler à toute occasion : les ignorans, ceux mêmes qui se rendaient le plus de justice, et qui connaissaient toute l'étendue du mérite de M. Petit, furent flattés qu'on l’eût surpris en faute. Cependant cette faute, si exagérée par des censeurs mal intentionnés, se réduit à une seule proposition, qu'on pourrait regarder comme une Simple inadvertance.
Suivant M. Petit, la poulie est composée d’un nombre infini de leviers qui se succèdent les uhs aux autres à mesure que lä poulie tourne. Il considère la moufle comme une machine très-forte, parce que les poulies y sont multipliées , et qu’elles se succèdent, dans la moufle comme ?es leviers däns les poulies. M. Petit n’a pas pris garde, disait-on, qu’un levier qui succèdé ne saurait donner plus de force qu’en a donné celui auquel il succède, si l'un et l'autre sont d'égale longuëur, comme ils le sont en effet dans la poulie. M. Andry objectait avec raison, d’après M. de La Hire, qu'une poulie n ’augmente ni ne diminue la force de la puissance, mais qu’elle sert seulément à changér la direction des puissances et des
poids. Mais ce que l’on a dit d’une seule poulié n’est point applicable à une machine* où plusieurs poulies sont réunies , comme dans la moufe. Descartes , qui a intitulé son traité de mécanique Explication des machines È engins Cr l’aide desquels on peut, avec wne pelite force, lever un fardeau fort pesant, parle en premier lieu des poulies, et il remarque qu’en les multipliant on peut lever les plus grands fardeaux avec les plus petites forces. Le R. P. Poisson, de lOratoire, qui a commenté.la Mécanique de Descartes, n’approuve pas qu’il ait parlé de la poulie avant lelevier : La connaissance du levier doit, dit-il, précéder celle de toutes. les autres parties de la mécanique, où tout s explique par le levier. La poulie aflachée par son centre, ajoute-til, est un levier. dont Vappui : appelé en grec hippomoclion , est au milieu ainsi que les bras d’une balance sont soutenus par le milieu , APR que les moufles sont plusieurs
leviers qu’on remue ensemble, et qui augmentent les forces suivant leur nombre. On voit par cet exposé combien M. Andry se montrait peu mécanicien en niant que la force de Ja moufle vint des leviers qui forment la poulie. L’objection solidement opposée à M. Petit, c'est que l’action des levi iers dans la moufle est simultanée, et qu xl l'admet au contraire successive dans chaque poulie , ce qui est une erreur. Elle serait fort grave dans ün traité de mécanique ; mais ici elle est de très-petite conséquence, et méritait à peine d'être remarquée; du moins n’était-il pas honnête de la lui reprocher sans cesse ‘après qu’il eut passé condamnation à cet égard.
Pendant que M. Petit préparait sa réponse à l’auteur du Journal des savans sur les objets que mous venons de discuter, il parut une brochure in-12 sous ce titre : Dissertation sur une machine inventée pour réduire les luxations, où l’on fait voir le danger qu'il y a de s’en servir. Cette attaque était faite par des praticiens uniquement livrés. au traitement des luxations et des fractures. MM. Bottentuit parurent sensibles aux traits lancés en général. contre les bailleurs el renoueurs, dont M, Petit dévoilait la présomption et l'ignorance. Ce qu'il avait avancé contre cette espèce d’'empiriques ne regardait point des chirurgiens instruits qui professaient spécialement et par goût la partie de . Vart sur Jaquelle une longue expérience pouvait leur avoir donné, des lumières particulières. Ils crurent voir dans la préface du livre de M. Petit un auteur, qui était son propre panégyriste, et à qui lon pouvait en conséquence refuser sans injustice une entière confiance dans la cure des maladies des os. C’est le premier grief des auteurs de ja dissertation : ils le prennent. pour texle, et ne manquent.pas de le commenter au désavantage de M. Petit, qu'ils accusent, en termes.exprés, d’avoir décrié les meilleures méthodes parce: que ses mains, peu, au. fait et sans adresse, n’ont pu s’en,servir utilement. Hs établissent que, avec une parfaite connaissance de. la disposition des parties , une . longue expérience et une grande dextérité , on réussira à réduire les luxations par la seule opération de la. main; ils prétendent que les
machines sont: moins sûres et moins parfaites , et qu’elles ne sont
employées que.par ceux qui ont cru pouvoir surmonter plus aisément avec..elles la résistance que leur peu d'adresse et d'expérience leur faisait trouver dans les luxations les moins difficiles.
La préférence qu’on“donne ici à l'opération de la main sur celle des machines -peut faire un. principe très-solide dans la chirurgie des luxations. Je crois.qu'il mérite d’être discuté avec la plus g grande attention ; mais il aurait fallu. le faire ‘de sang froid, ce qui est bien difficile lorsque Von écrit avec passion. Elle devait être bien vive contre M. Petit pour faire dire que sa machine fait horréur, et qu'elle donne l'idée des chevalets sur lesquels on tourmentait les premiers chrétiens. On représenté les lacqs qui servent aux exten- Sions comme des liens qui garrottent les membres, qui les meurtris-
XXVIH DISCOURS SUR LE TFRAITÉ
sent, et y causent des douleurs inouïes. Personne cependant n’a donné sur les extensions des préceptes plus salutaires que M. Petit. Il n’a omis aucune des précautions qui peuvent rendre cette opération la plus utile, la plus facile et la moins douloureuse qu'il est possible. Il a même étendu sa prévoyance jusqu'à marquer certaines dispositions accidentelles que le hasard peut présenter, et qui exigeraient des attentions particulières, par lesquelles on évitera des impressions fâcheuses et des désordres funestés de la@art des moyens dont l'usage est indispensable.
Il ne suffisait pas de parler detoutes ces choses, dune un article à part, en traitant des luxations en général : on retrouvé dans les chapitres qui concernent chaque luxation l'application particulière de ces principes, modifiés suivant la variété des circonstances. I : faut encore remarquer que ces chapitres. doivent s’éclairer les uns : par les autres ; je veux dire que, quand on n’a pas étudié la matière. à fond, et que, par des études légères ou trop interrompues ; on n'a acquis que des conhaissances de délail, sans avoir saisi l’'ensemble de la doctrine :en rapprochant les différèns points qui sont relatifs, on sera exposé à faire des fautes, même en suivant à la lettre tous les préceptes généraux : jé trouve qu'il en manque un essentiel sur les extensions dans le chapitre où ils sont exposés, et de linobservation . duquel j'ai vu résulter plusieurs fois d'assez grands inconvéniens. Ce pr éceple n’est pas moins nécessaire pour les extensions qui conviennent à'la réduction de la cuisse, de la jambe, etc., que pour celle du bras, quoique M. Petit ne lait “donné que dans l endroit où il explique l'usage de sa machine pour le bras luxé : «Il faut, dit cet habile praticien, qu'un aide tire avec ses deux » mains la peau du bras, autant qu'il sera possible vers le haut, et » qu'il la tienne ainsi relevée pendant l'application du lacq, sans » quoi il arriverait que, dans l'effort de l'extension, la peau pour- » rait êtré trop considérablement tirée en bas, ét que , le tissu » cellulaire qui la joint aux muscles étant trop alongé, il s’y ferait » rupture de quelques petits vaisseaux, ce qui-produirait une » échymose ». La douleur de cette extension forcée de la peau est si vivé qu’elle a souvent obligé de cesser les téntatives qu’on faisait pour la réduction. J'ai vu des malades, qui, après des efforts inefficaces, se plaignaient moins de la luxation ‘que du mal qu'ils souffraient à l'endroit où les lacqs avaient*porté. Jen ai vu qui refusaient de se soumettre à de nouvelles extensions par la crainte de ce tourment, et sur qui la précaution indiquée par M. Petit permit ensuite de faire sans aucun tiraillement des extensions suffisantes, au moyen desquelles les nos furent PÉRIIES sans difficulté.
Si M. Petit n'avait eu à répondre qu'au ANS SMS contre l'usage des machines, cette objection aurait ouvert un champ assez:
DES MALADIES DES OS. suix
vaste à üne défense susceptible dérudition. En remontant jusqu’à la naissance de l’art on aurait trouvé dans la doctrine d'Hippocrate sur les fractures et les luxations des: argumeéns très-spécieux en faveur des machines : les Commentaires de Galien auraient fourni des réflexions plus étendues. Oribase a fait un livre particulier qui ne laisse rien à désirer sur les machines convenables à la réduction des os fracturés et luxés. Faute d'étudier les ouvrages de ces grands hommes, l’on n’en a pas l'idée qu'ils méritent : c’étaient les têtes les mieux organisées de leur temps, et peu d'hommes ont fait autant d'honneur à l'esprit humain par Fétendue et la solidité de leurs connaissances, Les modernes n’ont élé que leurs copistes. L’ambi, le banc d'Hippocrate, son glossocome, ont été décrits et loués par Ambroise Paré, par Dalechamps, par Fabrice de Hilden, par Scultet, etc. Michault, chirurgien de Paris, mort en 1694, s'était acquis beaucoup de‘réputation par ses machines imitées d’ “Hippocrate. Il en faisait des démonstrations aux curieux dans sa maison. Il fallait que la prévention publique füt portée fort loin en sa faveur pour faire dire à M. Petit, dans sa première édition de 1705, que la machine du célèbre M. Michault le père était la plus parfaite qu'il connût , et digne de son inventeur. « Je le nomme inventeur, con- » tinue M: Petit; car le banc d’Hippocrate, que quelques-uns rent » qu’il a corrigé, est si différent qu'Hippocrate avouerait lui-même » limperfection de son banc, et considérerait celle de ce célébre » chirurgien comme un chef-d'œuvre. » Or ce chefd” œuvre si vanté n’est plus connu. M. Petit n’en fait aucune mention dans sa seconde édition, parce qu'il n’y avait plus en 1723 d'hérilier du-nom et du crédit de M. Michault. On: voit par cet exemple quel fonds on peut faire sur les éloges que les hommes reçoivent de leur vivant. Le Nécrologe des chirurgiens de Paris, composé par Devaux, dit que Michault était fort versé dans la doctrine d'Hippocrate. Ii y avait: lu, sans doute qu'on captive l'opinion du vulgaire par des inventions anciennes ou nouvelles ; mais Hippocrate ajoute que, quelque utiles qwelles soient, il. est honteux ®y avoir recours lorsqu'on à sous la main des moyens plus simples. Il peut même y avoir plus d'habileté à se servir de ceux-ci, et un honnête homme n'hésite pas à leur donner la préférence. Les charlatans et les imposteurs tiennent une conduite différente, parce qu’ils courent après la faveur du peuple. Ce sont les propres termes dont se sert le prince de la médecine et de la chirurgie (4)< |
(4) Er plurius Der ille eligendus est qu omnium minimo neyotio com paratur ; hoc siquidem ma gis officium est virt probt, et plus habet artificit, nisi quis in popularem auram incumbat. (Hippocrat., Charter, lib. de articul., Tom. XIT, p. 464.) Ego sanê primum auctorem laudo cujuscumque machina menti ibintéi naturam excogitati, minimé enim diffido nonnulla restitui Posse si qués rectè præparans concutiat; sed turpe extstimuvt ejusmodi morbis
dl
Ne 3 DISCOURS SUR LE TRAITÉ
On ne peut trop faire remarquer un travers dans lequel on donne communément à l’occasion des instrumens et des machines:
Les opérations deviendront moins'sûres lorsqu'on attachera aux moyens mêmes l’habileté qui doit les diriger. Comment peut-on penser qu'une opération puisse être assujettie uniquement à la mécanique d’un instrument? Nous ne chercherons point d'exemples hors de notre sujet -pour prouver que ces inventions ne suppléent point à l'intelligence qui doit en être le guide: « Je me cr ois obligé, » dit Scultet en.parlant du banc d'Hippocrates d'enseigner parti » culièrement là maniére de lemployer pour que les commençans » me tombent. point dans le eas que je sais être arrivé, de mon » temps, à Padoue, à un médecin-chirurgien d’ailleurs très- » célèbre ». Il emprunta eé banc pour la réduction d’une fracture de jambe ; maïs, ne sachant pas s’en servir, il eut la honte d’être obligé d'avoir recours 'à celui qui le lui avait prêté pour en apprendre usage (1). M. Petit aurait pu opposer cet exemple si l'on eût déerié sa machine après des essais infractueux ‘en d’autres maïns que les siennes. Mais la brochure dont nous rendons compte citait deux cas où M: Petit, appelé pour la réduction- du bras luxé, fat obligé , après des tentatives inutiles, d'abandonner l'opération, qui réussit en d’autres mains -sans.le secours d'aucune machine. Ces faits bien constatés empêchérent sans doute M. Petit de répondre par écrit à cette critique. Il se contenta d’une défense verbale devant un grand nombre d'élèves fort empressés de suivre ses leçons dans l’amphithé âtre des écoles de chirurgie. Il reprit des fautes de détail dans les objections qu’on lui avait faites, ce qui donna lieu à une réplique de 24 pages, où l’on prouve , ce qui avait déjà été discuté dans la première dissertation, que le point d’appui de l’arc-boutant destiné dans la machine à faire la contre-extension agit violemment sur le muscle grand pectoral , et sur le deltoïde à son attache supérieure, pendant que l'extrémité inférieure de ce muscle est tirée avec 1e bras par l’action de la moufle, ce qui force les fibres ; et pou même déchirer le muscle , Sans qu'on puisse retirer, des efforts qu’on fait sur lui, aucun âvantage pour réduire la luxation. Le bras du malade passe dans larc-boutant : <’est un morceau de coutil fendu en -boutonniére, On l'approche du plus près qu'on peut de l'épaule, de manière qu’un de ses côtés arc-boute contre la clavicule
et l'acromion, où passent les muscles deltoïde et sus-épineux ; et.
l'autre, contre la côte inférieure de Pomoplate et les parties moyennes des vraies côtes, où.se trouvent. le grand pectoral et autres muscles. On faisait remarquer , à cetfe occasion, combien cette pièce
itu mederi, cum ejusmodi machinationes magis sint impostorum. (id. , page 374.) Rare (4) Scultet, Ar mament. chirurg., tabut. XXII.
hd. dé
PO ee