XXIV DISCOURS SUR LE TRAITÉ
dans la description qu'il Gonne de cet accident, et de la manière dont îlest arrivé: « Le pied ne s'étant trouvé porté qu'à demi, le » reste était ‘demeuré en l'air el, sans appui, de manière ‘que le D talon avait été obligé de soutenir tout le corps pour le. préserver » de tomber. au foud du fossé ; ce qui ne se fit qu'au moyen d'un » Si grand effort qu’on eñtendit ‘en même temps un craquement » Comme un coup de fouet, accompagné d'une douleur. si vive » que le‘blessé fut obligé de s'asseoir, et de demeurer sur là » place pendant un peu de temps ». Ambroise Paré avait dit aussi que, dans la rupture du tendon d’Achille, on oit un bruit en cette partie. Cornme d'un coup. de fouet; ce qui ne convient, a-t-on dit. depuis , qu'à la rupture entière et subite. C’est une. ‘proposition fausse qu'on tâchait de faire valoir contre M. Petit. L'observation de M. de Lamotte, qui n’a pour objet qu'une rupture incomplète , Sert encore à faire connaître le discernement de M. Petit dans son juge-
ment sur les faits rapportés par Ambroise Paré, et combien il était supérieur à ses adversaires dans la discussion des matières vraiment chirurgicales.
Nous croyons devoir ajouter à l'histoire de cette PAIE sur Îa rupture du tendon d'Achille lobservation dont le célèbre M. Monro, professeur d'anatomie à Edimbourg, est le sujet, et qu'il a rendue, publique. Il a eu le malheur de se éaëser le tendon d'Achille de la jambe gauche, La méthode qu'un homme aussi éclairé a suivie pour sa guérison mérite d’être connue. Les réflexions q'on lirera de cette relation ne diminueront point le prix des remarques de M. Petit ; on sentira au contraire de plus en plus les obligatioris qu'on Jui a d'avoit étt , pour ainsi dire, le créateur de l’art sur ce,point important , et de l'avoir porté à sa plus haute perfection. Le procédé de M. Monro est fondé sur les mêmes principes, et il est trèsutile qu’on ne l’ignore pas, afin d’y avoir recours dans l'occasion au défaut de 1a pantoufle de M. Petit...
Le tendon fit, en se rompant, un bruit aussi fovt que celui qu’au-. raïit fait une noix écrasée avec le pied. La sensation que M. Monro éprouva lui fit croire. que le talon de son soulier était entré dans un trou. |
Dés qu'il se fut aperçu de son accident, il prit son pied de la main droite, l’étendit de force, et, pressant son gras de jambe avec l'autre main , il attendit du secours dans cette posture. On lui ap-. pliqua d’abord des compresses sur le cou-de-pied , qu’on tâcha d’assujettir dans la plus grande extension au moyen d'un morceau de planche et d’une bande : mais, ayant été fort incommodé de cet appareil, il eut recours au suivant :
H se fit faire un chausson d’un double coutil bien matelassé, qu’il fit ensuite ouvrir par le bout afin que ses doigts y fussent plus à l'aise : au talon de cette espèce de chaussure était cousue une
forte lanière de cuir : cette laniére devait se boucler à une demiguêtre qui n’embrassait que le gras de la jambe, et qui se lacait par-dessus ; il y avait fait faire deux rangs d'œillets de chaque côté afin de pouvoir la serrer à volonté.
Tout étant prêt, il enveloppa son pied et sa jambe date une flanelle imprégnée de vapeurs de benjoin : ayant mis son chausson et sa guêtre , il passa la lanière dans la boucle qui répondait exactement au milieu de la partie postérieure du gras de la jambe, et la serra jusqu’à ce que son pied fût assez étendu, et que la guêtre fût descendue au point où il la voulait. Il garda cet appareil nuit et jour, ayant soin seulement de serrer davantage Ja lanière lorsqu'il voulait s'endormir. Il desserrait aussi de ternps en temps la guêtre, de crainte qu’elle ne lui fit enfler la jambe, Il fut quinze jours sans rémuer le pied, le tenant tout le jour sur une chaïse , qu’il faisait glisser lorsqu'il voulait aller d’une chambre dans une autre. Au bout de cé temps il commença à faire de légers mouvemens de flexion et d'extension, qu’il augmentait peu à peu, et qu'il cessait dés qu'il sentait la moindre douleur. Quelquefois il les continuait pendant une demi-heure, évitant de faire le moindre mouvement de l’autre jambe. ‘
Lorsqu'il commença à marcher, il eut soin de mettre toujours la jambe gauche devant afin que son pied fût plus étendu ; il sappuyait sur une canne pour prévenir les faux pas. Ayant été obligé de sortir au bout de six semaines , il Substitua pendant le jour la machine que nous allons décrire au premier, appareil, qu ke tan encore la nuit pendant plus d’un mois.
Cette machine consistait en une pièce idée dont le ÉNTES était mince et fort, et les extrémités aplaties et concaves, de façon que l’une embrassait fa partie antérieure de la jambe , et l’autre, la partie supérieure du pied. Il y avait, à la partie antérieure de cette pièce , trois anneaux , un sur chaque extrémité, et l'autre au milieu.
Lorsque M. Monro avait mis son bas et son soulier , auquel: il avait fait faire un talon de deux pouces de hanteur, il plaçait cette machiné de façon que sa partie inférieure fût entre les orteils et la boucle du soulier, et.que la supérieure appuyât sur la partie antérieure de la jambe, ensuite il passait un ruban où une lanière de cuir dans chaque anneau des extrémités, et par leur moyen il
assujettissait la. machine à la jambe. et au pied. Il mettait dans l'anneau du milieu un troisième ruban , qu'il faisait passer sous le pied tout contre le talon. Ce ruban passait encore par deux ouvertures pratiquées aux extrémités d'un quatrième ruban qui embrassait le talon par-dessus le quartier du souliér, M. Monro fit usage de cetté machine pendant cinq mois: pendant tout ce temps il se fit porter en chaise lorsqu'il était obligé d'aller dans les rues. Quand il descendait un escalier, il posait le pied gauche le premier ; at