‹ Œuvres complètesChapitre 103 sur 140 · AT · texte numérisé non relu

AT

n'ont point passé dans le sac lacrymal, par Papent que le bandage est serré au point convenable.

Je me suis ser vi de ce bandage assez long-temps pour en connaître le bon et le mauvais : je l'ai rendu plus commode et plus parfait ; mais je m’en sers à d’autres usages, l'expérience m’ayant appris que non-seulement il estinutile aux fistules , mais qu’ peut être nuisible aux tumeurs lacrymales. En effet, si lon se rappelle l’état dans lequel se trouve le siphon lacrymal lorsque le sac'dilaté par les larmes forme la tumeur du grand angle, on verra clairement que le bandage dont il s’agit ne peut être utile, à moins que, par la compression qu’il fait, il ne débouche le canal nasal en forçant les larmes d'y passer et de couler par le nez; mais c’est ce qu’il ne peut presque jamais faire quand le conduit nasal est bouché; car, si, lorsqu'on l'applique , la tumeur est pleine, elle se vide presque toute par les points lacrymaux ayant qu'on ait achevé d'appliquer la pelote, et alors ce qui reste de fluide dans la tumeur est en petite quantité, et n’est pas assez pressé pour forcer le canal nasal et le déboucher. On voit par là que la précaution que l’on prend de vider la tumeur avant que d'appliquer le bandage est tout-à-fait contraire à l'intention que l’on a, puisqu'il faudrait plutôt , s’il était possible , boucher les points lacrymaux pour empêcher les larmes de sortir de la tumeur; il faudrait de plus que l'effort qui émpêcherait les larmes de sortir par les” points lacrymaux fût supérieur à la cause qui bouche le canal nasal : dans cette supposition le bandage compressif pousserait de. tous côtés les larmes qui sont renfermées dans la tumeur , et pourrait les faire passer dans le nez, ce qui guérirait le malade : si cela avait lieu, le bandage serait préférablé à toutes les opérations.

Mais, la tumeur étant pleine, quel moyen pourrait-on employer pour tenir les points lacrymaux bouchés pendant tout le temps que le bandage comprime le sac? Je n’en connais point : ce qui me fait. croire que le bandage compressif ne peut guérir la tumeur lacrÿmale. J'ai cependant fait la tentative d’ajouter au bandage une pelote différente de celles dont on le garnit ordinairement lorsqu'on ne veut. comprimer que le:sac : avec celle dont il s’agit j'ai essayé de com primer ensemble les points lacrymaux et le sac; elle est plugélevée. du côté du globe de l'œil afin d'empêcher les larmes de sortir du sac pendant l'application de la pelote ; mais, malgré mon attention , et les soins que j'ai pris pour réussir à placer cette pelote sans comprimer le sac pendant l'application, je n’ai pu empêcher que plus de la moitié des larmes ne sortissent par les points lacrymaux ; de plus cette pelote pressait douloureusement le globe de l'œil, sur lequefelle doit nécessairement appuyer pour comprimer les conduits lacrymaux : l’inflammation, la fièvre et autres accidens auraient donc pu succéder à la: déulenégue causait ce bandage , et c’est ce qui m’a fait abandonner cette entreprise.

Si l'on ne peut appliquer la pelote de manière que la tumeur reste pleine , il résulte que tout ce que peut faire le bandage est d’empécher pour un temps que la tumeur n’augmente , ou de l’effacer pour toujours en rendant le sac dur et calleux , en collant ses parois, ce qui anéantit sa cavité , ou enfin en oblitérant les conduits lacrymaux de sorte que les larmes n’y passent plus; mais, dans ces cas, ilest certain qu'il ne peut y avoir de guérison complète. En effet, si la tumeur ne disparaît que pour un temps , et même quand elle disparaîtrait pour toujours de l’une des trois manières que je viens de dire , si l'œil reste larmoyant, comme je l'ai toujours observé, le malade n’est point guéri. Je dis même que , däns ce cas, le larmoiement est plus incommode qu’il n’était lorsque la tumeur existait, el que le malade s’assujettit à la vider trois ou quatre fois par jour , plus ou moins ; on ne s'aperçoit pas qu’il ait l'œil larmoyant , parce que., pendant tout le temps que le sac est à se remplir , les larmes ne tombent point sur la joue; maïs, lorsque les larmes l’auront rempli, le larmoïiement recommencera, et il cessera de nouveau l'instant après qu’on laura vidé. Ainsi le malade n’aura point de Jarmoiement pourvu qu'il vide toujours sa tumeur l'instant avant qu’elle soit entièrement pleiné ; mais, si le sac est calleux ou bouché, que les conduits lacrymaux soient æblitérés, qu'il n'y ait point de tumeur, il y aura un larmoiement continuel ; LC tant que le sac est susceptible d'extension , il sert de réfuge aux larmes , et elles'ne tombent sur la joue que quaxid le sac ne peut plus en contenir. Ce qu’il y a de fâcheux dans ces trois cas c’est que l'opération est impraticable , et qu ‘il est impossible de rétablir le siphon lacrymal.

Il n’y a pas long-temps qu’on m appela pour décider si un enfant était guéri : il portait le bandage depuis six mois. J’examinai l'œil : il n’était pas guéri, mais, pour ménager célui qui ayait traité le malade, je dis seulement que je ne pouvais pas encore en juger; je ne pus m “empêcher de dire au père du malade * « Votre fils ne sera guéri complètement que lorsque les larmes ». auront repris leur cours naturel dans le nez: or elles coulent actuellement » sur la joue au lieu de couler dans le nez : par conséquent votre fils n’est: » point guéri. Il est vraique la tumeur làcr ymale n’existeplus, mais (3 ’est-parce » que le sac, qui a été long- -temps comprimé, et réduit à son étendue natur elle, . » peut avoir repris une partie de son ressort : c’est pourquoi il peut: quelque » temps résister à sa dilatation; mais les larmes qui repassent actuellement » de dilateront bientôt, parce qu’elles n’ont par leur cours libre dans le nez». Ce jugement fut confirmé : en-moins de quinze jours la tumeur commença à PRES et fut, au bout d’un mois, aussi grosse qu’elle l'avait été.

Je vois une dame, âgée de trente ans, qui, pour uñe tumeur lacrymale, qu’ elle avait dans sa jeunesse , a porté le bandagé deux années de suite : ses parens la crurent gunérie quoiqu'il ‘lui fût resté un larmoièment dont elle se plaint encore. Ce larmoiement n’est considérable que quand il fait froid : c’est ce qui en impose ; Car, quand ceux qui sont dans ce cas ont naturellement

peu de larmes, ils paraissent guéris quoiqu’ils ne le soient pas. La dame dont il s’agit est de ce nombre ; mais, outre qu’elle a l’œil naturellement sec, elle a les points lacrymanx exactement bouchés, et je ne doute point que le sac lacrymal ne le soit de même : le long usage qu’elle a fait du bandage dans l’âge le plus tendre a tenu ea toutes ces parties pressées les unes sur les autres , et c’est pour cela que la peau du grand angle de l’œil est aussi plus] enfoncée ‘dé ce côté-là que de l’autre, comme si la petote du bandage y avait laissé son empreinte. Cette nialade , Qui voudrait guérir , s’est adressée à moi; et, quoique je lui aie fait enittid que son larmoiement est incurable , elle met en usage successivement toutes les Heu astringentes que les ocülistesi ignorans appliquent ordinairement'dans les cas où ils véuléit donner du ressort. aux vaisseaux qu'ils disent être relâchés, ne sachant pas que, dans la maladie dont il s’agit, les vaisseaux, loin d'êtres relâchés et trop ouverts , sont au contraire entièrement bouclés, et qu’ils ne le sont que pour avoir fait usage du handage compressif. Cette dame ne peut donc guérir, . puisqu'on ne peut rétablir la fonction du siphon lacrymal, attendu que tout est bouché depuis l'orifice des Le lacrymaux jusques et compris l’orifice du canal nasal. L

El peut arriver que kes conduits lacrymaux soient oblitérés, et que le sac ait conservé la plus grande parti de sa cavité; j'en ai rapporté plusieurs exemples. La petite vérole en était cause; mais le bandage produit le même.effet : il oblitére les conduits lacrymaux, et ne peut point anéantir ni boucher la cavité du sac ; je crois même que, quand il arrive que le sac se Muches le bandage y à la moindre part; la compression ne peut jamais approcher si exactement les parois du sac que lorsqu'il devient plus épais par le gonflement inflammatoire que la forte pression est capable de causer; car, ce canal étant renfermé dans une gouttière osseuse et profonde, la pelote d’un bandage n’appuie que les bords de la gouttière, et n'en peut comprimer le fond dans lequel presque tout le sac est logé. J'ajouterai que j'ai vu plusieurs malades quitter ce bandage parce que , bien loin de diminuer leur tumeur , ils'ont observé qu’elle avait augmenté. J'ai voulu me convaincre par moi-même de ce fait : j’en ai reconnu la vérité ; et, si l’on réfléchit sur ce qui pourrait être la cause d’un fait si singulier, on comprendra facilement que , si le bandage causait inflammation, il nesserait pas étonnant que la tumeur augmentât ; mais, comme les tumeurs que j'ai vues augmenter par l'usage du bandage n'étaient point enflammées, j'ai cru que la cause de cette augmentation était 1° que la plupart de ceux qui font usage du bandage ne s’en servent point pendant le jour, et que, le soir, lorsqu'ils le remettent, ils n’ont pas soin de-vider exactement le sac avant de l'appliquer ; les larmes qui restent dans le sac sont poussées par le bandage à la circonférence , où elles font effort contre les parois ; elles alongent les fibres aux endroits où la pelote ne presse pas immédiatement: de sorte que, lorsqu'ils ont ôté leur bandage , le sac est flasque , et il peut y entrer une plus grande quantité de larmes ; à la vérité ce qui

entre de plus n’est pas considérabie ; mais, si peu que ce soit, ne fütce qu’une larme! chaque jour, cela suffit pour que la tumeur augmente : c’est ce qui n’arriverait pas si les malades dont il s’agit vidaient exactement leur tumeur avant que d'appliquer le bandage, et s'ils avaient la constance de le porter continuellement. La même chose s'observe à l’anévrisme vrai: cette maladie est faite par une dilatation de l'artère ; on l’a guérie souvent par l'application du bandage ‘compressif; mais il arrive quelquefois que, quand la compression n’est pas exacte , la tumeur augmente plutôt que de diminuer, parce que l'endroit comprimé résiste, et que, dans les endroits que le bandage ne comprime point, le sang agit plus puissamment qu’il ne ferait s’il n’y avait point du tout de compression.

Le bandage lacrymal ne convient donc point dans tous les cas que je viens de rapporter. Maïs ce bandage , dans lequel on reconnaît le génie de l'inventeur , quel qu'il soit , et auquel je ctois avoir ajouté quelque perfection , sera-fil un instrument inutile ? Non sans doute : on y trouve deux choses essentiélles à tout bandage ; savoir :‘une partie qui peut s’assujettir non-seulement à la figure de la tête , mais . que l’on peut figurer et appTloprier à toutes les parties du corps au voisinage desquelles on veut établir un point de compression , soit pour coller les lèvres d’une plaie, soit pour l'expulsion du pus d’un sinus , soit pour arrêter une hémorrhagie »s0it pour guérir les anévrismes ; enfin pour la tumeur lacrymale, même dans les cas que je vais rapporter. | à slt

Après avoir fait l'opération à la tumeur lacrymale , il arrive quelquefois que le sac lacrymal reste dilaté ; ce qui est rare lorsque lopération a été faite suivant ma méthode. Pour remédier à ce symptôme je me suis servi du bandage,, et j'ai très-heureusement réussi; mais j'ai observé premiérement qu’il ne faut pas que le bandage soit serré; il suffit qu’il comprime assez pour maintenir le sac dans ses bornes naturelles, et que les conduits lacrymaux soient légèrement comprimés de manière que les larmes puissent passer ; et on juge que la compression est à ce degré lorsque, après l'application du bandage, l'œil n’est point larmoyant. :

Pour réussir il est absolument nécessaire que le canal nasal ait été bien débouché dans l'opération, sans quoi le bandage augmenterait la dilatation du sac au lieu de la diminuer : cette dilatation est quelquefois plus considérable aux conduits lacrymaux qu’elle ne l'est au sac, et j'ai vu que l’eau froide ou un petit morceau de glace appliqué deux ou trois fois par jour remédiait à cette dilatation ; mais, si cela ne suffit pas, on appliquera le bandage, et on le serrera modérément.

Page 1