‹ Œuvres complètesChapitre 117 sur 140 · S HI · texte numérisé non relu

S HI

Des Opérations qui se pratiquent au Phimosis qui vient de

naissance.

Rien n’est plus simple que l’opération dont il s’agit lorsque la. maladie est simple, c’est-à-dire lorsque tout le vice de conformation consiste dans le rétrécissement du prépuce ; mais, lorsque ce rétrécissement est compliqué de quelqu’une des circonstances dont nous avons RAR ci-devant, alors la simple i incision ne suffit pas.

L’incision simple ne se fait pas cependant toujours de la même manière, à cause de la difficulté plus ou moins grande qu'il y a d'introduire le bistouri avec lequel on la fait ; car, quand Fouverture du prépuce est fort étroite, on est obligé de passer un stylet fort menu, à la faveur duquel on introduit une sonde cannelée proportionnée à l'ouverture ; et puis on retire le stylet, on laïsse la sonde, et, dans la cannelure, on introduit le bistouri jusque près de là couronne du gland; alors on coupe d’un seul coup , si cela se peut, tout ce que le bistouri embrasse. Il est quelquefois difficile de couper d'un seul coup tout ce qu'il faut couper, parce que le bistouri, quoique le plus long et le plus étroit qu’il soit possible, quoique conduit par la sonde, ne s’introduit qu'avec peine : ce n’est qu'en coupant qu’il se fait place, et le malade qui se sent couper. se remue el LE de faire lincision complète.

Dans ce casje conseille de ne couper qu’ un ae ou la moitié 1 prépuce ; mais il faut du moins en couper assez pour se donner la facilité d'introduire le bistouri plus avant, et de choisir le lieu où l'on doit faire sortir la pointe pour éviter les vaisseaux. Pour faire cette seconde coupure on peut se servir de la sonde creuse afin de conduire la pointe du bistouri au lieu convenable; mais, comme cela est embarrassant, et que de plus l'ouverture du prépuce est alors plus grande, ,on peut conduire le bistouri seul : pour l'introduire avec facilité il faut qu’il soit long, fort étroit, bien tranchant et très-pointu; sa pointe doit être engaînée, pour ainsi dire, dans un petit morceau de cire; on la trempe, non dans l’huile , parce qu’elle amollirait la cire, mais dans le blanc d‘œuf, qui, au tieù de Yamollir, la rend plus ferme et plus glissante.

On introduit le bistouri à plat jusqu’au lieu où l’on a dessein de continuer lincision ; ensuite on le retourne de manière que le dos soit du côté du gland, et le tranchant du côté du prépuce ; alors on pousse la pointe, on perce toute l'épaisseur du prépuce, et on coupe ce qui restait à couper.

Lorsque l'ouverture du prépuce est moins étroite, on na pas

besoin de stylet, la sonde creuse suffit, et même l’on ne s’en sert point lorsque l’ouverture peut aisément permettre l'introduction du bistouri en cachant sa pointe avec un peu de cire comme il a été dit ci-dessus; l'ayant trempée dans le blanc d'œuf, on l’introduit à plat avec facilité entre le prépuce et le gland; on retire la peau de la verge du côté du pubis en l’embrassant avec la main gauche ; et , le bistouri étant parvenu au lieu que l’on juge convenable , on retourne sa pointe et son tranchant du côté que l’on veut couper. Pour ne point courir le risque de varier , on passe l’indicateur de la main qui tire et tient la peau de la verge derrière la pointe du bistouri : alors , en poussant le bistouri, sa pointe percé et passe en-decà du doigt; en baissant la maïn qui tient le bistouri, et le tirant à soi, on coupe tout ce qu’il est nécessaire de couper, et le gland est découvert dans toute son étendue. Cette méthode est la meilleure et la plus suivie, mais on ne peut pas toujours l’exécuter : non-seulement elle n’est pas praticable dans les cas que nous avons rapportés ci-dessus, puisque l'ouverture du prépuce est trop étroite pour permettre l'introduction du bistouri, mais elle ne peut être suivie dans les cas que nous allons rapporter.

8 IV

De l'Opération du Phimosis lorsque le prépuce est adhérent au gland ?

Pour découvrir le gland,et le tirer de la prison qui le tientrenfermé, il ne suffit pas que l'ouverture du prépuce soit assez large pour le laisser passer , il faut qu’il ne soit point retenu par quelque obstacle : le plus ordinaire est l’adhérence qu’il contracte avec le prépuce. J'ai vu quelquefois cette adhérence au phimosis qui vient de naïissance : mais elle arrive plus souvent au phimosis accidentel par lesinflammations et les ulcérations dont nous avons parlé ci-dessus.

De quelque côté que puisse venir cette adhérence, il est nécessaire de la détruire en faisant l'opération du phimosis : heureux le chirurgien et le malade lorsque cette adhérence n'empêche pas lintroduction du bistouri! J'ai fait plusieurs de ces opéralions, j'en connais la difficulté, les souffrances qu’elles causent au malade , et limpatience dans laquelle la longueur de l'opération le jette : je ne rapporterai ici que deux ou trois de celles qui ont été les plus Jaborieuses. $

Mais , avant d'aller plus loin, il faut décider une ion qui a partagé les sentimens des praticiens de mon temps, c’est de savoir quel est le lieu où il convient de couper le prépuce lorsque l’on fait l'opération dont il s'agit. Les uns ont enseigné de couper dans la partie supérieure ; d'autres on coupé sur l'un des côtés ; etil y en a qui coupent à droite et à gauche : ces derniers ont pour motif d'éviter les vaisseaux ; mais ceux qui ont de l'expérience savent que, quand

on les couperait, ce n’est pas un mal, puisque l'évacuation du sang ne peut être nuisible dans le cas dont il s’agit. De plus c’est qu’on arrête le sang avec facilité, et que jamais cette hémorrhagie n’a pu inquiétgr. un chirurgien pour peu qu'il soit versé dans son art. J'ajouteräi : à ces raisons que, en faisant l'opération sur les côtés, on n’évite pas l’hémorrhagie , il s'y trouve souvent des vaisseaux assez considérables : ce n’est donc pas la crainte de l’hémorrhagie qui doit nous déterminer, ce sont les avantages que l’on peut tirer en opérant d’une manière ou d'une autre : or il est certain qu’il est plus avantageux de couper le prépuce dans sa partie supérieure , c’est-à-dire vis-à-vis le milieu du gland, que sur les côtés :

4° Parce que, les deux lambeaux étant égaux, l’on découvre mieux le gland, et que, s’il est nécessaire de le découvrir tout entier, on le fait complètement, et avec facilité, en écartant également les lambeaux l’un de l’autre ; au lieu que, lorsque l’incision est faite sur les côtés, il y a un grand et un petit lambeau, ce qui fait que l'on ne découvre pas complètement le gland du côté du petit lambeau; il est cependant quelquefois nécessaire de le découvrir partout , comme on tu le voir dans les cas qui seront proposés ci-après.

90 Outre les avantages que procure J’incision qui partage le prépuce en deux parties égales, on peut ajouter que l'incision ou les incisions latérales sont difformes, et nuisent aux fonctions de la verge ; l'incision latérale découvre le gland d’un côté seulement, pendant que la partie du gland opposée est entièrement cachée, sans qu’on puisse la découvrir, surtout lorsqu'il y a gonflement et inflammation; car alors le prépuce ne peut plier, soit par son épaisseur , soit par sa dureté. Après la guérison, la difformité qui reste nuit à la génération en ce que le prépuce se trouve tout d'un côté, et forme un paquet de peau qui rend l'introduction de la verge difficile, et même douloureuse; mais la difformité est encore plus grande lorsque lon coupe dés deux côtés, parce qu’il reste un lambeau entre les deux coupures, qui fait à peu près le même effet que dans le cas précédent. J'ai été consulté plusieurs fois par gens à qui l’on avait fait cette opération sur les côtés : leur incommodité était si grande que je les ai fait consentir sans peine de souffrir les opérations suivantes.

-Lorsque l'opération a été faite des deux côtés, il faut coripés le lambeau qui se trouve au milieu, ce qui se. fait d’un seul coup de bistouri. Je prends l’extrémité du lambeau avec l'indicateur et le pouce d’une main; de l’autre je tiens le bistouri; je fais tenir la verge par quelqu'un qui tire la peau vers le pubis; je passe le tranchant du bistouri par-dessous le lambeau, et je le coupe d’une seule fois : ce qui'est facile à faire quand on sait manier cet instrument. Pour réparer la difformité dans ceux auxquels on ma coupé le

prépuce que d’un côté, j'ai pris de même l'extrémité du grand lambeau avec l'indicateur et le pouce de la main droite en même temps ; j'ai fait tenir la verge et tirer la peau vers le pubis, comme j'ai dit ci-dessus. Alors, tirant à moi le lambeau ;, j'ai passé un bistouri sous ce lambeau ; j'ai percé le prépuce à une distance égale à la première incision ; alors, sans quitter le lambeau, que je tenais toujours avec mes doigts, j'ai passé le bistouri transversalement vers la racine du lambeau , et je l'ai coupé comme j’ai fait le premier. Il est à remarquer que la première incision ne doit point être parallèle au bord cicatrisé ; il faut que ce lambeau soit plus large du côté de l'extrémité du prépuce que vers sa racine, ce qui se fait facilement en écartant la main qui tient le bistouri de celle qui tient le lambeau, de manière que ce lambeau,; étant emporté, soit presque triangulaire.

On voit combien il est plus avantageux de ne faire qu’une incision, et de la faire dans le milieu du prépuce : nous trouverons cependant par la suite quelques cas où nous sommes obligés de sortir de cette règle générale , mais ils sont rares ; un phimosis avec adhérence du prépuce au gland est une exception à cette règle. J'ai fait cette opération dans deux circonstances bien différentes : dans l’une le phimosis n’était pas adhérent à toute la surface du gland : j’eus la liberté de passer une sonde creuse entre un et l’autre ; maïs ; toute la partie antérieure étant adhérente au gland , ma sonde ne put occuper que la partie latérale ; je fus obligé de couper le prépuce dans celieu, ce que je fis en glissant un bistouri dans la cannelure de la sonde. Le petit lambeau n’était point adhérent , mais le grand l'était dans toute son étendue; et je le détachai en tenant le gland d’une main ; et en tirant ce lambeau de Fautre, ce qui ne put se faire sans causer beaucoup de douleur au malade , douleur d'autant plus grande qu’il se trouvait, de distance en distance, des endroits où-cette adhérence était si dure que , ne la pouvant déchirer, j'étais obligé de la couper avec le bistouri. Après avoir découvert le gland jusques et même par-delà sa couronne, je rognai ce grand lambeau de la manière que j'ai dite ci-dessus. J'aurai lieu d'en parler ci-après. ss

Le second phimosis au quel je ne trouvai aucun passage pour introduire le stylet ou la sonde me donna de la peine, et causa beaucoup de douleur au malade. Pour faire cette opération avec plus de facilité je fis pincer la peau du prépuce d'un côté , et je la pinçai de l'autre avec le pouce et l'indicateur ; puis je coupai longitadinalement, dans le milieu, non-seulement toute la peau, mais j’approchai dela membrane du gland le plus qu’il me fut possible sans entamer le gland, et, pour distinguer facilement cette membrane d'avec le gland, je faisais tirer l’un des angles de la plaie pendant que je tirais l’autre en sens contraire ; quoique cette mambrane soit collée au gland, étant ainsi tirée, elle est tendue, et le gland reste mou. Cette tension de la membrane fait aussi qu’on la coupe plus

facilement, et lon reconnait que l’on à coupé toute son épaisseur à ce que, dans les endroits où elle estentiérement coupée, elle s’écarte plus que dans les autres. En faisant avec dextérité et patience cette manœuvre j achevai de couper la membrane sans endommager le gland, et alors il ne s’agit plus que de séparer les adhérences, ce que je fis avec facilité, maïs en causant beaucoup de douleur, parce qu’on ne peut séparer le prépuce qu’en tirant, comme si l’on écorchait une anguille.

Quoique ceite opération paraïsse douloureuse et difficile , ue l'est bien davantage lorsqu'il y a des adhérences dures : dans ce cas il ne suffit pas de tirer, il faut prendre le bistouri, et disséquer au risque d'entamer le gland, ce qui est quelquefois un accident fâcheux, surtout si celui qui a commis la faute n’est pas en état d’y remédier ; il en arrive une hémorrhagie qui est différente des hémorrhagies ordinaires en ce que le tissu spongieux qui compose le gland fournit du sang par toutes les bouches ouvertes, au lieu que les hémorrhagies dépendent ordinairement de la coupure d’un seul vaisseau. J'ai été plusieurs fois appelé pour remédier à ces sortes d’hémorrhagies, entre autres une à laquelle on avait fait trois fois la ligature. Celui qui avait fait celte mauvaise manœuvre ignorait la structure du gland; il ne savait pas que le sang , sortant également de tous les points de la surface coupée, ne pouvait être arrêté par la ligature, pendant qu'avec un plumasseau de charpie on l’arrêle facilement : ce plumasseaü doit être fort épais et trempé dans l’eau alumineuse trés-forte ; on l’applique sur la partie , et on le tient appuyé pendant un quart d'heure ou une demi-heure , après quoi on garnit le reste de la partie avec la charpie sèche et des compresses, le tout soutenu par un bandage emplastique médiocrement serré ; on fait tenir le tout en situation par quelqu'un qui soit au fait, et, sans autre secours, on arrête cette hémorrhagie, qui donne tant de : peine à ceux qui ne savent pas que le sang qui sort des entamures récentes du gland de l’urèthre et des corps caverneux sort comme d'une éponge, et qu’il ÿ est continuellement fourni par lés artères.

Il faut donc séparer les adhérences en:déchirant lorsqu’elles peuvent se séparer ainsT: et, lorsqu'elles résistent, il-faut couper, maïs avec dextérités et, s’il est impossible de prendre le juste milieu entre le gland ét la membrane du prépuce, il vaut mieux tourner l'instrument tranchant sur cette membrane, pour éviter d'entamer le gland, qui, dans cette occasion, est la partie précieuse ; ce qui peut rester de la membrane attachée au gland se sépare par la suppuration, ou peut être détruit par les moyens ordinaires.

Lorsqu'il n’y à point d'hémorrhagie , on panse avec de la charpie séche; dont on remplit la plaie depuis le bout du prépuce jusqu’à la couronne du gland; on applique des compresses, et le tout est maintenu avec un bandage convenable : celui qui m’a paru préfé-

rable est l'emplastique : c’est une bandelette de linge large d'un poüce, longue d’une «une, et couverte dans toute sa longueur , d’an côté seulement , avec l'emplâtre de céruse » de Nuremberg ou autre. Avec celte bande on entoure l'appareil, et on fait {outés les circonvolutions nécessaires pour le bien assujettir ; l’on achève d'employer celte. bande autour de la verge jusqu’à $a racine. Ce bandage a l'avantage de maintenir tout en état , et de ne point glisser, comme font les bandes qui ne sont point emplastiques; on doit se ressouvenir de l’endroit précis où finit cette bande pour n'être pas obligé de le chercher lorsqu'il s'agit-de lever le premier appareil. | M de Rail: +0

RVons

De. POpération du Phimosis par rapport aux chancres et poireaux | “En vénériens. »

Jai dit ci-dessus que les maladies vénériennes pouvaient causer le phimosis ; mais, si le malade attaqué de chancres où de poireaux ne l’a point apporté en naissant, ou quelque disposition à cette maladie ; dans ce cas on se dispense quelquefois de faire opération ;: surtout si l’on peut panSer les chancres ; maïs, si l’on ne peut les panser facilement , ou que le prépuce soit naturellement étroit, l'opération est indispensable. Je suppose donc que , malgré le gonflement du prépuce , on puisse découvrir le gland , et panser les chancres , alors on évitera l'opération , et l’on dissipera l’inflammation par les saignées, le rejos, la‘diète , et par l'usage des douches faites avec des décoctions émollientes”-et anodines avant chaque pansement ; en évitant la douleur , eten appliquant sur toute la verge les cataplasmes faits avec la mie de pain de seigle et un tiers de farine de lin, le tout cuit en consistance de cataplasmes avec de la décoction émolliente. Par ces moyens j'ai souvent réussi à calmer l’'inflammation et la douleur ; j'ai ramolli le prépuce ; je me suis ‘ donné la facilité de découvrir tout le gland , de panser les chancres, de'baisser le prépuce, et de le placer avec facilité sans causer la moindre douleur. PTT MEL NT ne «a ee ee

Supposons préséntement que l'inflammatiôn n’a pu se calmer , que le gonflément a augmenté, et que la douleur et la fièvre , portées à un certain point, mettent le malade en danger ; alors il faut faire promptement l'opération de la maniére qu’il sera dit ci-aprés ; enfin , quoique l’inflammation ait diminué, si l’on ne peut découvrir le gland pour panser les chancres » €tsi, au lieu de chancres, il y a des poireaux qu'il faille couper où consommer d’une façon ou d'autre, il faut faire l'opération ; mais » dans tous ces cas, si le malade à un phimosis de naissance , cela seul doit déterminer à faire l'opération.

Nous sommes convenus ci-devant que , lorsque le phimosis est

simple, il faut couper k prépuce dans sa partie moyenne ; mais, si leschancres, les poireaux ou autre maladie cachée sous le prépuce nous obligent quelquefois de sortir de cette règle générale , on ne doit s’en écarter que le moins qu'il est possible : je me suis souvent trouvé dans ce cas ; j’en rapporterai quelques-uns Jeux que les j 1eHBPS gens puissent en profiter. di Hi”:

Un manant , ; ayant frayé en mauvais lieu, de surpris de ce que, quelques jours aprés, il sentait une douleur piquante ‘dans le bouton de la verge (c’est ainsi qu’il nommait le gland) ; ; il le fut bien davantage lorsqu'il se trouva’dans une érection continuelle, qui l’empêchait de dormir, et, qui pis est, de travailler, car il ne vivait que de son labeur quotidien, Das cet état il fut. trouver un frater des gardes ; qui le saigna plusieurs fois, et Ini appliqua des fomentations émollientes, dont il ne fut point soulagè. La verge enfla si considérablement qu’elle serait tombée en mortification s’il n’eût été secouru. Il me vint trouver malgré la peine qu’il avait à marcher : quoique toute la ver ge fût enflée, il y avait certains endroits plus élevés, de sorte qu’elle ne gardait pas sa rectitude. Le prépuee était presque clos ; et il était élevé du côté droit, formant une’ tumeur grosse comme un œuf, de couleur brune, ayant un point noir au milieu. Ce pauvre malhemreux avait perdu beaucoup de sang toute la nuit, et il en perdait encore un caillot de la longüeur du doigt, qui se détacha en le tirant, ce qui occasiona une hémorrhagie plus considérable que celle qu’il avait eue pendant la nuit. J’introduisis une sonde creuse dans l'ouverture du prépuce ; je la poussai le plus avant qu’il me fut possible sans rien forcer , en la plaçant sous la tache noire, afin que cette tache fût comprise dans l’incision que je fis, en introduisant un bistouri long et étroit dans la cannelure de la sonde, et en coupant tout ce qui y était compris. On voit que cette incision était latérale, et que, pour soulager le malade, jene pouvais la faire ailleurs : en etfet je découvris la tumeur par son sommet, et je coupai par le milieu la tache noire, qui était la marque extérieure de la gangrène. Je tronvai cette gangrène bien plus considérable dans le dessous du prépuce, qui était noir et pourri; je tirei un gros caillot de sang qui entourail le gland, et je vis un chancre de huit lignes de diamètre placé dans les plis du prépuce et sur la couronne du gland , qui en était ‘xongé : du fond de ce chancre était sorti tout le sang que le: malade avait perdu, et il en aurait perdu encore si je ne l'avais arrêté de la manière que je lai dit cidessus. Le malade fat guéri du phimosis, de la:vérole qu’ilavait, en passant par les remèdes, et de Ja faim, par mes soins charitables.

Je ae Ar pour visiter un malade attaqué d’un phimosis du même genre. Les chancres occupaient le filet, et l'avaient presque entièrement rongé; l’urèthre même était percé dans ce qu’on appelle la fosse naviculaire; le malade avait, de naissance, non-seulement un phimosis, mais son prépuce élait si long qu’il surpassait le gland de deux travers de doigt lorsque la verge était dans l’inaction. Je fus obligé de faire lincision dans le milieu dé la partie basse du prépuce , où il y avait une tumeur de la grosseur d’une noix ; tout le prépuce était gonflé à proportion, Je me servis du bistouri étroit pour faire cette incision ; puis, ayant reconnu le mal, je: coupai du préprice tout ce qui excédait la longueur de la verge ; et, pour le faire d’un seul coup afin d’éviter la douleur, je fis tenir un des angles de l'indicateur, puis, avec un bistouri , je coupai tout le superflu. Je pañsai à l'ordinaire , et, après avoir traité

le malade.de la vérole, il fut guéri parfaitement , «excepté le trou de l’urèthre, qui ne put jamais se fermer; ce qui m’obligea, quelque temps après, de couper le pont entre les deux ouvertures : par ce moyen je n’en fis qu’une. Je fis cette opération, que j'avais voulu éviter d’abord, parce que l’urine, en sortant, faisait deux jets, qui s’écartaient l’un de l’autre de six pouces, et tombaient sur la culotte et les bas du malade: L'ouverture de l’uréthre était alors fort considérable ; mais cela ne nuisait en rien à ses fonctions, pas même à la génération, comme le jeune homme en a donné des preuves depuis sa guérison. ; |

Ceux qui ont des chancres à la circonférence de l'ouverture du prépuce , soit au bord externe, soit au bord interne de cette ouverture, ont presque toujours le phimosis, quoiqu’ils n'aient de naissance aucune disposition à cette maladie; la douleur, la dureté, l'inflammation que causent les chancres rétrécissent si considérablement le prépuce que l’on ne peut voir le gland, pas même l’ouverture de lurëthre. : | |

Cette espèce de phimosis est plus ficheuse lorsque les chancres sont dans le bord interne, parce qu'il est difficile de les panser: :

On traite ce phimosis par les remèdes généraux et les topiques appropriés à l'inflammation et à ia cure des chancres; mais, si le malade a de naissance quelque disposition au phimosis, il n’y a point de doute qu’il ne faille faire l'opération, et souvent même quelque chose de plus, comme on va voir par les observations suivantes. Ve - |

En l’année 1693, étant ‘dans l’hôpital de Lille, sous M. Corbis, chirurgien-major dudit hôpital, je fus chargé de panser un soldat du régiment Magalotti, attaqué de plusieurs chancres occupant toute la circonférence du bord du prépuce , accompagnés d’inflammation et du gonflement-de toute la verge. M. Corbis n'ordonna de saïgner le malade, et de lui appliquer des cataplasies faits avec les farines cuites dans la décoction émolliente. Quatre saignées en deux jours et les cataplasmes. appäisèrent Pinflammation, et, quoiqu'il n’y eût plus difficulté à découvrir le gland, M. Corbis jugea à propos de couper tout le bout. du prépuce affecté par les chancres. Cette méthode me parut nouvelle :.j’en demandai la raison. Il me répondit que; en emportant ainsi le bout du prépuce, il faisait d’un seul coup deux choses fort utiles : la première est qu’il raccourcissait le prépuce, que le malade avait beaucoup trop long, puisque, dans l'érection, le gland ne se découvrait presque point ; et la seconde, qu’il regardait comme la principale, c’est qu’il emportait les chancres, et que par là il croyait éviter de passer le malade par les grands remèdes, puisque, n’étant malade que depuis cinq jours, le virus n'avait pas encore infecté la masse du sang. Après l’opération le malade n’eut aucuns-symptônies ; la guérison fut fort prompte ; il sortit de l'hôpital , et je n’en ai su ancune nouvelle depuis. J'étais alors trop persuadé de tout ce que disait M. Corbis pour douter de la guérison complète de ce soldat : je suivis ce précepte sitôt que j’en trouvai l’occasion.

Un valet d’officier , qui tomba dans le cas du soldat dont je viens de parler, :

vint me trouver; et, comme les chancres de celui-ci wétaient pas au bord

du prépuce , mais dans le milieu de la face ihterne, je n’osai pas les ve ter que je n’eusse demandé conseil à mon maître, lequel me dit qu’il n’y avait point de difficulté, pourvu que les chancres Hu pénétrassent point audelà de la membrane interne du prépuce , et que cette membrane et la peau eussent ‘conservé la facilité qu’elles ont de glisser l’une sur l’autre ; car,

quand ces membranes sont adhérentes l’une à l’autre, 1e chancre doit êre regardé comme un cancer adhérent auquel on ne doit point faire l’'amputation. Or les chancres du malade dont il s’agit étaient dans ce cas ; mais,

ayant remontré que la difficulté de mouvoir ou faire glisser la membrane et la peau du prépuce l’une contre lPautre pouvait être causée par le gonflement inflammatoire du prépuce, M. Corbis me dit qu’il fallait dissiper cette inflammation avant que de décider. Je fis plusieurs saignées au malade , et

j'appliquai des cataplasmes : le chancre , ou plutôt la membrane, devint mobile, et je fis l'opération, qui réussit comme la première. Je ne sais point non ol ce que. celui- -ci est devenu; ce qu’il y a de certain, c'est que cette épreuve ne diminua pas la Confiance. et l'estime que j'avais pour mon maître.

Quelque temps après, je vis un autre malade qui avait fait cinquante ere à pied pour venir se faire traiter dans notre hôpital, qui, dans ce temps-là, était le seul du département de Flandre dans lequel on traitât-les vérolés. Ce malade n’avait plus de chancres, mais il en avait eu autour de l’ouverture du prépuce, et, depuis qu'ils avaient disparu, le malade était couvert de pustules. Le chiv urgien de son régiment avait mis en usage les tisanes sudorifiques êt la panacée des Invalides, remède qui alors était fort à la mode , et que, par ordre du roi, on envoyait dans les hôpitaux avec la manière de s’en servir. M. Corbis, qui l’avait mise en usage des premiers ‘et plus qu'aucun autre, ne lui avait pas donné son approbation ; il croyait les frictions plus sûres. — Le malade dont il s’agit fut donc traité-par les frictions mercurielles, qui lui procurèrent un flux de bouché des mieux conditionnés : aussi fut-il parfaitement guéri de la vérole : cependant le prépuce restait si étroit qu’il lui fallut faire l'opération , après la guérison de laquelle il partit pour aller rejoindre son régiment, et je né l'ai pointu depuis. :

Il est à remarquer que, quoique ce dernier malade eût été guéri parfaitement de la vérole , et qu’il n’eût apporté en naissant aucune disposition au phimosis, néanmoins son phimosis subsista après les frictions. J’attribue ce fait non-seulement à ce qu’on ne s'était point servi du remède propre à la guérison de la vérole, mais aussi à ce qu’on avait laissé cicatriser les chancres sans tenir l'ouverture du prépuce élargie; de manière que, les chancres s'étant cicatrisés dans cette situation, leurs cicatrices ont été crispées, et ont dû rétrécir l'ouverture du prépuce; car, quoique le dernier traitemént ait achevé de fondre les duretés, il n’a pas fondu les cicatrices.

Pendant deux automnes et deux printems que j'ai travaillé à l'hôpital de Lille, j'ai vu quantité de soldats, attaques de chancres au bord du prépuce, tomber dans. le même cas : j'ai fait l'opération à plusieurs ; d'autres n’en avaient pas eu besoin, parce qu'ils avaient le prépuce fort court, et par conséquent le gland presque tout découvert, En pareil cas l'ouverture du prépuce se trouve dans la

partie la plus large du gland, ce qui la maintient dans sa largeur: naturelle pendant que les chaneres $e cicatrisent. J'observerai encore que, lorsque l’on fait l'opération dans tous les cas, il m'est: pas toujours nécessaire de couper le prépuce jusqu’au fond ; il suffit qu'il le soit à quatre ou cinq lignes près du repli de la membrane interne, à -moins que l’étranglement ne s’étende plus loin, ce qui n'arrive ordinairement que lorsqu'il y a dans.le repli des .chancres ou äes poireaux considérables. Le

M. Corbis extirpait les poireaux comme les chancres , et il en portait le même jugement : si j'ai suivi quelque temps cette pratique, c’est que la plupart des malades que nous traitions dans cet hôpital ne reparaissaient plus : on-les croyait guéris ; ou," si quelqu'un par hasard venait se plaindre, on regardait sa maladie comme une acquisilion nouvelle, malgré {ous lés sermens qu'il faisait de n'avoir touché aucune.femme depuis. son traitement. Si le jugement était faux, il n'était pas téméraire; la vie licencieuse. d’un soldat ne permef presque pasde juger autrement : on verra cependant dans la suite combien cette manière de traiter les chancres’peut être abusive, et combien on peut'se tromper en jugeant de l'avenir par le passé, surtout er fait de la maladie vénérienne.

Quoique je-m'écarte de mon sujet, je ne puis passer sous silence quelques faits dont il convient d’instruire les jeunes gens : comme je n’écris que pour eux, les maîtres me pardonneront les digressions, J'étais si persuadé de la bonté de la méthode de M. Corbis que ; étant à Tournai aide-major de l'hôpital de Marny, sous le fameux M. Martial, major dudit hôpital, j'eus occasion de la pratiquer en maitre sur quelques soldats de la garnison. | ;

Le premier. qui tomba: entre mes mains avait'un: chancte sur le bord de louverture du prépuce, qui était extrêmement long et rétréci. Je fis l’extirpalion du chancre, et j’emportai une portion du prépuce. Je lui donnai les tisanes et la: panacée: pendant un, mois , ‘et il fut guéri en apparence; peu de jours après, il vint me trouver, ayant tout le corps, mais particulièrement la tête, plein-de pustéles véroliques. Je l'envoyai à Lille; je fis part de cette observation à M. Corbis, qui le passa par les grands remèdes. Il vint me voir après sa guérison , et m’apporta la réponse à ma lettre. Jé commençais à douter que la pratique de mon maître fût aussi sûre qu’il le disait; sa lettre ne me rassura pas, et je l’aurais sans doute suivie plus long-temps si le malade dont il s’agit se fût éloigné de moi, ou si les pustules n’avaient pas été si promptes à reparaître. L'AIR

Peu de temps après, j’eus occasion de faire une semblable épreuve sur un jeune soldat qui avait, de: naissance, un. phimosis, et le prépuce trop long. Une demi-douzaine de echancres éntouraient lé bord externe de l'ouverture du prépuce; et, comme il ny avait que Cinq jours qu’une: femme impure lui avait communiqué ce mal, je-le crus dans le:même cas du premier malade. que j'avais vu traiter suivant cette méthode , et je la suivis avec exactitude. Jemportai l’excédant du prépuce avec les chancres; je.coupai le restant, selon

sa longueur et dans son milieu , jusqu’à trois ou quatre lignes de la couronne du gland ; je pansai le malade à l’ordinaire; et lui fis prendre la tisane sudorifique et I#panacée. Il fut guéri en un mois. ‘Quinze jours après cette prétendue guérison, il eut tout le corps couvert de pustules véroliques ; je l’envoyai encore à M. Corbis, qui le traita et le guérit comme le précédent. Il avait un si grand nombre d'observations contraires aux miennes qu’il ne quitta point sa méthode ; il crut que j'avais manqué à quelque circonstance ,

ce qui pouvait bien être; il me manda, sur toute chose, que la plupart des malades ne faisaient pas leur déélaration juste, et que sans doute les deux malades sur lesquels j'ai pratiqué sa méthode avaient eu quelques maux de plus ancienne date : je ne la quittai point tout-à-fait, mais je m'en méfiai | toujours jusqu’à ce qu’une plus, longue expérience m’eût permis de décider

par moi-même. ; hé 4 éd

En 1698, de retour de la guerre, j'eus occasion de mettre en pratique ce que j'avais pu apprendre sous les différens maîtres que j'avais suivis. Un‘domestique me consulta pour un chancre:sur le bord du prépüce, qu’il disait n’avoir que depuis peu de jours; il était dur, circonscrit, mais sans inflammation. Jetlui fis l'opération, et lui administrai les remèdes susdits : il fut guéri, et partit peu après pour Londres, où it fut très-sage, et révint deux ans aprés sans qu’il parût aucun vestige ni symptôme de la maladie vénérienne. ‘ | ES |

Me Séia de nouveau partisan de la méthode de M. Corbis, et prêt à la suivre toutes les fois que le mal serait récent, et qu'il n’y

aurait point lieu de croire la masse du sang infectée du virus.

Voilà où j'en étais torannl me tomba en main une jeune fille, qui avait été violée la veille du jour qu’on me la présenta pour la visiter, et faire lerapport de son état pour le produire en justice. Elle avait, de naissance, l’ane des nymphés plus longue de deux travers de doigt qu’elle ne devait l’être : cette nymphe était bardée de cinq ou six boutons chancreux de la grosseur de:la tête d’une épingle, qui, le quatrièmé jour, s’ulcérèrent, et furent autant de chancres. Je fis l’amputation de l’excédant de la nympbe avec les chancres, et la guérison fut prompte. Si la méthode devait réussir, c'était sans doute dans ce cas : il s’agissait des chancres causés par un seuVattouchement impur des plus, récens, cependant je n’eus pas l'avantage de voir -celui-ci confirmer la méthode de M, Corbis; au contraire cette jeune fille eut; deux mois après, des pustules véroliques., et Le fus obligé, pour la guérir, de lui donner la salivation.

Toutes ces expériences me dégoûütérent beaucoup de la méthode : je fus cependant obligé dé la suivre encore dans un càs qui ne paraissait pas moins favorable que le précédent.

Un jeune homme assez simple, qui, pour la première tés -qu il avait usé du coït, gagna un chancre sur l'extrémité du prépuce, ne sachant ce que c'était, s’en plaignit à sa dame , qui, plus savante que lui, me le mit entre les mains. La part. qu’elle ÿ prenait nrengagea de lui donner le choix de deux méthodes; elle choisit la plus eourte, et je ne fus pas fâché de la pratiquer dans un cas si favorable, avec une fermie résolution de l’abandonner ahso-

lument supposé qu elle ne réussit pas. Après avoir assuré la dame que cetté méthode n'était pas sûre, je fis l'opération au jeune homme , qui d’ailleurs avait besoin qu’on lui rognât un peu le prépuce; il eut le sort des précédens ; l’un et l’autre malades furent traités et guérirent par la bonne méthode. ‘

J'abandonnai pour toujours une partie de la mauvaise , c’est-àdire que je conservai encore le droit d’amputer les chancres et les poireaux quand le prépuce est trop étroit ou trop long ; mais je traite le vice intérieur en administrant les frictions et procurant le flux de bouche autant qu'il est nécessaire el possible. Quoique cette digression ne soit pas absolument de mon sujet, j'espère qu’elle ne déplaira pas : il serait à souhaiter que ceux qui ont des méthodes particulières voulussent les suivre exactetement, en observer les suites, et publier de bonne foi les bons et mauvais succès ; mais malheureusement ceux qui suivent les méthodes détournées sont trop ignorans pour en apercevoir les défauts , cu assez LA pour les cacher.

Lou | AE à À De l Opération qui convient aux Phimosis squirrheux, cancéreux et carcinomateux. | :

Il y a des phimosis qui peuvent être causés par l’endurcissement. du prépuce : cet endurcissement l'empêche de se replier sur lui-même lorsqu'on veut découvrir le gland ; cela peut arriver, par différentes causes que je né parcourrai point, mon dessein étant de ne parler à fond que des causes que j'ai vues. Pour. bien entendre ce que j'ai à dire sur ces trois espèces de phimosis il ne faut pas oublier ce que j'ai dit au commencement touchant le phimosis de naissance : il n est pas douteux que ceux qui apportent cette maladie en naissant ne soient plus à plaindre lorsqu'il leur survient quelque cause qui par elle-même peut produire le phimosis. On verra, par les observations suivantes, qu’il importe beaucoup d’être informé de cette circonstance.

- Un ecclésiastique fut subitement attaqué d’un gonflement dans toute: la peau de la verge, mais particulièrement dans l’endroit où cette peau forme le prépuce; le gland était entièrement caché sans qu’on pût même apercevoir le trou de lurèthre. La pudeur l’empêcha de déclarer son mal; il fut son chirurgien lui-même pendant sept ou huit jours qu’il appliqua des linges trempés dans l’eau-de-vie de lavande ; mais, n'étant point soulagé, il s’adressa à l’apothieaire du séminaire où il était, lequel lui appliqua des cataplasmes faits avec les farines , la pulpe d'oseille., d'oignons de lis, la pâte de pain d'épice et l’huile rosat. Le remède , soigneusement appliqué pendant huit jours, ne changea point la maladie ; et, comme elle n’était pas inflammatoire, la tumeur durcit au lieu de suppurer. Les choses étaient dans cet état loïsque

le malade se mit entre mes mains, Je jugeai que la résolution était le seul

partf qu’il fallait prendre; et, comme sans les émolliens on ne peut parveñir à résoudre les tumeurs dures , je les mis en usage, tant en fomentations, bains, douches, que cataplasmes. Les succès fut tel qu’en quinze jours la tumeur s ’amollit ; ; je pus sans crainte ajouter les résolutifs, et, peu de temps aprés, faire DRParon du phimosis, qui eut un bon succès.

Un fiacre me consulta pour une semblable maladie : plusieurs choses avaient

“contribué à la rendre bien plus fâcheuse. La première était la nécessité où ik,

était de continuer son métier, si contraire à sa guérison, La seconde sont les résolutifs et les maturatifs les plus puissans dont il faisait usage depuis un mois sans que la tumeur eût diminué ni se fût âmollie; au contraire elle était beaucoup plus grosse, plus dure, et si douloureuse qu'il ne pouvait souffrir que sa chemise le touchât. Toute la verge était fouse et gonflée; il ressentait des élancemens fort vifs et très-fréquens, mais il n’y avait aucune apparence de suppuration. Je lui conseillai les bains, la douche, les fomentations, les Cataplasmes émolliens , et surtout la saignée , la diète et le repos. Il sel mal mon conseil, parce qi ’un charlatan à quion le fit voir promit de le guérir avec un emplâtre fondant dont il faisait un secret; il en usa ‘pendant un mois : cet emplâtre était un mélange de plusieurs, entre lesquels dominait le diabotanum. Un remède si contraire, joint à ce que les saignées ne furent point faites, et que le malade ne suivit aucun régime , mirent le pauvre homme dans un état déplorable : il eut encore recours à moi. Je m’in-

. formai -de tout ce qui S’était passé, et j’appris que, quelques jours après

l'application de l’emplâtre, la tumeur s'était accrue de moitié; que les élancemens avaient été plus forts et plus fréquens, et que le charlatan faisait espérer que la suppuration terminerait bientôt un si grand mal, que de pus s’évacuerait par une ouverture que ferait son emplâtre; qu’il se donnerait bien de garde de la faire lui-même, parce, disait-il, qu'ifne fallait pas que le fer y touchât. Le quinzième jour de l'application de eet emplâtre, il parut une pustule brune, de la grandeur d’un liard, sur le milieu de la peau du prépuce. Cet événement nouveau ne fit point changer de manœuvre; la noirceur de la pustule augmenta, elle commença de se séparer le vingt, et le: fut entièrement deux ou trois jours après. On s'attendait, ainsi que le disait Pempirique, qu’il sortirait une quantité considérable de pus par ce trou; et cette évacuation devait procurer la guérison; mais on fut bien surpris de voir que, au lieu de pus, uneexcroissance de chair dure, brune et saigneuse boucha le trou, Ss’éleva, s’accrut, et s’épanouit comme un: champignon à la circonférence du trou qui lui donnèit passage , et.qui l’étranglait au point que, lorsque je vis ce champignon qui imitait le carcinome, il était large comme

Ja main, pendant que l'ouverture par. laquelle il sortait n'avait pas plus de

sept à huit lignes. de diamètre. La première chose que je is fat d’ emporter cette excroissance en coupant son pédicule au ras de la peau ; ensuite j'introduisis une sonde creuse dans l'ouverture; je la fis sortir par. l'ouverture na-: turelle du prépuce, et, avec un bistouri droit, .je coupai le prépuce dans. son niilieu ; alors je décor le gland, qui heureusement n’était point adhérent au champignon, et qui n'avait sonffert que par la compression que le : corps étranger lui avait faite; J ’emportai presque tout le prépuce afin de ne: Jaisser aucune portion de ce qui pouvait être altéré. Les choses se passèrent: bien, et j'ose dire mieux que jé ne l’espérais, car je ne pouvais me persuader que cette maladie ne fût au moins vénérienne, malgré .les protestations que le malade me faisait de n’avoir de sa vie approché du sexe de près-nji de loin:

Un plaideur de Basse-Normandie vint à Paris pour .soliciter ses juges. I se logea. dans mon quartier pour se-faire traiter d’une tumeur qu'il portait dépuis einq ou six ans. Cette tumeur était dela grosseur d'un œuf de poule, : et semblait occuper tout le prépuce ; elle était dure, sans douleur, et n'avait point changé la couleur dela peau. L’ouverture naturelle du prépuce était fort étroite, et l’on ne pouvyaitla rendre plus grande, parce que la peau n’était pas extensible ; de manière que le prépuce.et le gland, semblaient ne faire qu’une seule pièce. Ilest vrai que, de naissance , il n'avait jamais pu découvrir le gland, quoique, depuis plus de vingt-cinq ans.qu'il était marié, il eût toujours vu sa femme, excepté dans les derniers temps.que la tumeur était devenue plus grosse, Il sortait de temps en.temps, par l’ouverture naturelle du prépuce, une matière purulente, assez fluide, mais très-puante, dont: on n'avait pas encore reconnu la source. Je n’apercus, peu-de jours aprés, que cette matière ne venait point du canal de Purèthre , parce qu’il n’en paraissait point dans les urines reposées, et que, l'instant, après avoir pissé, on en faisait sortir en comprimant'toute la tumeur. . Je fis l’opéraration du phimosis avec quelques précautions, parce que le gland était enfoncé de plus d’un pouce, Ayant introduit, une sonde creuse jusques environ le lieu où je jugeais devoir être le gland, j'y portai le bistouri, et je coupai foul'ce'qui était compris dans cette éténdue : ayant aperçu le gland, je plaçai la sonde au-dessus, et j’achievai de couper le prépuce jusqu’au-delà de son repli; alurs, en écartant les deux lambeanx du prépuce autant que leur épaisseur et lêur dureté purent me le permettre, j’examinai le: gland; je le trouvai sain., et je remis à couper les lämbeaux jusqu’à ce que j'eusse vu-s’ils ne reviendraient pas à. leur épaisseur naturelle, soit par Ja.suppuration., soit par l’usage des émolliens et des résolutifs. Je vis. au contraire que le. prépuce augmentait tonjours. Je l’attribuai d’abord au gonflement que l'opération pouvait avoir occasionée ; mais , Comme ce gonflement et la dureté augmentaient ‘sans causer de douleur, et sans que Ja conteur de la peau fût altérée, je jugeai que cette nraladie était de la nature du squirrhe, et que l’extirpation était le seul moyen de la détruire. Elle fut faite de manière que j’emportai tout ce qui était: dur et ce qui pouvait être suspect. Le gland fnt entièrement découvert. TI n’était point endommagé par la maladie, et ne le fut point par l'opération; la suppuration S’établit en peu de jours, et le malade guérit sans âucune incommodité.

J'ai vu depuis des {umeurs de même-nafure en différens endroits du corps ; j’en dirai quelque chose dans le chapitre des Amputations mais je pe puis passer sous silence un fait qui peut donner quelque idée de la nature de ce mal.

Le portier d’un seigneur de mon quartier avait, depuis trente ans, une Jambe éléphantique, Dans les commencemens on y appliqua toutes sortes de remèdes ; mais, l’enflure augmentant toujours, je lui conseillai l'usage du bâs de peau de chien , et il s’en servait encore dix ou douze ans après, que je le vis pour la seconde fois à l’occasion d’un coup qu’il’ reçut en serrant du bois. On jeta d’assez haut sur sa jambe une bûche qui causa un engorgement considérable depuis les orteils jusque dans laine. T1 fat promptement secouru par les saignées, le régime et les topiques, qui n’empéchèrent pas qu'il se fit une suppuration dans la jambe , entre les corps graisseux et la mem brane aponévrotique qui couvre les muscles. Cette suppuration, bien connue

par la fièvre, la douleur et la pulsation , m'était pas sensible au toucher. Le malade serait mort si nous eussions suivi les timides conseils de quelques: consultans, qui craignaient d'entamer l’enveloppe éléphantique sous laquelle était le pus. Nonobstant cettre crainte frivole,; je coupai longitudinalement depuis la tubérosité du tibia jusqu’à deux travers de doigt de la malléole interne ; il sortit plus d’une pinte de pus mal digéré; le malade fut soulagé des vives douleurs qu’il ressentait ; mais, comme le pus avait détaché les tégunrens dans toute la circonférence de la jambe , que ces tégumens avaient plus de trois travers de doigt d'épaisseur , et que, étant fort durs, ils se rapprochaïent de manière qu’il wétait pas possible d’évacuer tout le pus, j’introduisis mon doigt par-dessous une des lèvres de la plaie, et ; avec un bistouri droit et très-fort, j’emportai, dans toute la longueur et l'épaisseur, une bande large de deux travers de doigt; alors , par cette ouverture, et à l’aide des bandages, je conduisis mon malade non à une parfäite guérison, puisqu’il resta une fistule , mäis il a gardé encore plus de dix ans la porte de son maître.

Cette observation semble être déplacée, il est vrai. Je pouvais au moins la rendre plus courte ; maïs je l’aurais peut-être oubliée : elle contient bien des circonstances qui peuvent servir ailleurs; et, si je l'ai placée ici, ce n’est que par rapport au lambeau que jai emporté, lequel ressemblait parfaitement aux deux lambeaux du prépuce que j'ai emportés aux phimosis qui font le sujet des observations ci-dessus. En effet ni l’un ni Fautre de ces phimosis n'avaient jamais pu suppurer ; ils avaient toujours été indoiens ; jamais Ja peau n'avait changé de couleur ; leur consistance intérieure était la même, et les soins que je me suis donnés pour les analyser par la dissection ou par la macération ne m’ont appris autre chose sinon que tous les corps cellulaires de la peau , de la graisse el des autres membranes voisines étaient , dans lun et Yautre , remplis d'une lymphe congelée qui rendait les lambeaux si durs qu’en les coupant on jugeait par le bruit que faisait le bistouri combien ils résistaient à leur séparation. J'essayai en vain de séparer la peau; et les différentes coupes que j'en ai faites ne m'en ont pas appris davantage : mais , par la macération dans l’eau tiède, j'ai rendu les corps mollets ; et, après quinze jours de macération, changeant tous les jours leah. je les ai amollis encore plus. Lorsque ces corps ont été six semaines en expérience, la .mollesse était plus grande; enfin, quand, au bout de deux mois, la putréfaction commenca de se manifester par l'odeur , je trouvai les lambeaux assez mous pour les exprimer avec la main comme si c’eût été une éponge. Je faisais cette expression dans un vaisseau plein d’eau claire : d’abord elle fut fort blanche, mais boueuse, et j’eus la patience de changer d’eau à chaque expression , que je continuai jusqu'à ce que l’eau ne füt plus teinte , c'est-à-dire jusqu'à ce que la lymphe épaisse qui remplissait les cellules en füt entièrement sortie. Ces lambeaux furent réduits à un fort petit volume : ce n’était plus qu'un reste de la peau et des

membranes cellulaires de la graisse. On voyait avec facilité Ja disposition de toutés les cellules lorsque ; en prenant une extrémité de ces lambeaux, on les remuait dans l’eau bien claire : alors l’on voyait les cellulés les moins rompues se remplir d’eau , et les lambeaux membraneux qui voltigeaient ;, de sorte que rien ne ressemblait mieux à une éponge ; il y a plus, c'est. que, en soufilant

avec un chalumeau , on remplissait tous les corps graisseux comme un tissu cellulaire. :

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