DES CAS QUI EXIGENT L'AMPUTATION DES MEMBRES
Parmi les plaies ; les fractures et. les grandes contusions qui nous déterminent à amputer les, membres, il. y en a dans lesquelles on ne saurait différer l'opération sans courir les plus grands dangers, et d’autres où l'on peut attendre plus ou moins long-temps : qu'un
bras , par exemple, ait été presque entièrement emporté par un boulet de canon, par un éclat de bombe; qu’il ait brisé les os, déchiré les chairs , ouvert les principaux vaisseaux, et coupé les nerfs ; une telle plaie ne laisse aucun espoir pour la conservation du membré : il faut donc se hâter de Pamputer : mais, siles'os ne sont pus brisée ; el que cependant le tronc principal de l'artère soit ouvert, alors la partie menace bien de tomber en mortification, mais on peut retarder amputation > parce que l’anatomie nous apprend, qu'il y a des branches collatérales capables quelquefois de suppléer à l’arête principale :-un chirurgien éclairé, dans ce cas, peut donc tenter de conserver lé membre en faisant une Jigature à propos, et en administrant les moyens les plus efficaces pour rétablir le mouvement et la vie dans la partie : les observations nous prouvent en effêt qu’il est permis d'espérer, dans un cas pareil, quelque chose de plus favorable que l’amputation.
Dans la supposition des vaisseaux ouverts il n° est pas indifférent -de faire attention à la manière dont ces vaisseaux ont. été, coupés : s'ils sont meurtris et déchirés, comme par quelque éclat de bombe, on court moins de risque de différer lamputation, parce que les vaisseaux, dans ces cas, ne fournissent pas beaucoup. de sang ; les chairs, qui ont été mâchées pour ainsi dire , s’appliquent contre l'ouverture des artères coupées, et s'opposent à l'écoulement du-sang: si au contraire l'ouverture est faité par un instrument tranchant, elle devient toujours plus grande par le tiraillement et l’effert des fibres, qui ont toute leur élasticité ; et alors il y a du danger à temporiser, à moins qu'on n’ait pu mettre le malade en sûreté en arrêtant l'hémorrhagie par les moyens usités.
On est quelquefois embarrassé pour se convaingre si les gros vaisseaux qui vont à une parlie sont entièrement coupés :. on croit que , si le membre conserve sa chaleur et sa sensibilité naturelle, sion y observe quelques mouyemens , et si on ne trouve rien qui menace la plaie de morlification , il est décidé que la. partie. est . vivante, et que l’on peut espérer de conserver le membre : lexpérience m'a pourtant appris que lon est exposé à se tromper. quelquefois, malgré ces circonstances qui paraissent favorables ; car le membre peut être chaud sans que ve soit un bon signe, puisque cette Chaleur peut dépendre des serviettes et des fomentations chaudes, ou d’autres moyens qu’ on pratique en’ pareil cas pour conserver la ‘chaleur naturelle ; mais , pour éviter toute surprise à cet égard, il suffit de considérer: qué Ja chaleur naturelle, qui dépend du mouvement des solides et des fluides , se soutient constamment , au lieu que Ja chaleur artificielle dont nous venons de parler se dissipe en peu de temps; dans ce cas il faut donc suspendre l'opération jusqu’à ce qu’on soit assuré d’où vient la chaleur du membre : les moindtes choses , quand il s’agit de la vie des hommes, tirent à conséquence.
AMPUTATION DES MEMBRES. 801 | Lorsque les gros vaisseaux d’une extrémité sont dopé où comprimés, ef qu’en conséquence la circulation est presque totalement interceptée , Je sentiment se perd ordinairement. J'ai cependant vu des cas où les vaisseaux sanguins étaient, absol@äment hors d'état de transporter les liqueurs dans une partie, sans qué le‘sentiment et le mouvement fussent abolis, puisque lés maladesisentaient la chaleur des médicamens et des chatouillemens insupportables lorsqu' on frottait légèrement la peau avec un linge , et qu'ils avaient même des mouvémens convülsifs à l'extrémité du membre ; maïs, dans ce cäs, cela ne prouve point que ce membre puisse être conservé , parce que, dans les premiers temps d’une telle blessure, quelques brénches de nerfs et quelques ramifications de vaisseaux peuvent entretenir pendant un certain temps la sensibilité et le FO PEN qui s "éteignent ensuite insensiblement.
Un soldat ayant recu un coup de baïonnette qui ini traversait la Made itée rieure et postérieure de la cuisse, l’artère crurâle. paraissait. coupée au-dessus de l'endroit où elle passe de la cuisse entre les deux condiles du fémur pour aller se distribuer : à la jambe ;, on arrêta le sang en liant le membre; on porta le malade à Vhôpital , où il ne fut pansé que le lendemain matin : 'hénior rhagie était arrêtée ; la couleur de la peau n’était point changée ; il y avait même un peu de chaleur naturelle à la jambe; mais'le pied était fr oid et sans sentiment. On examina l'entrée et la sortie de la baïonnette ; on jugea que le tronc . de l’artère était coupé ; d’où l’on conelut qu’il faudrait amputer la cuisse , mais qu’on différerait l'opération, parce qu’il n’y avait que peu de gonflement et que le malade ne souffrait point : enfin, le troisième jour, le froid et l’insensibilité avaient gagné le genou, la cuisse était un peu gonflée ; on la coupa, Et le, malade eut le boutens de guérir.
Cette observation présente un de ces cas dites dont nous avons parlé ; elle prouve ce que je viens de dire sur la chaleur ét la sensibilité d’an membre dans lequel les gros waisseaux. sont coupés ; énifin elle fait voir combién « on est quelquefois embarrassé à se déterminer à l'opération : mais il‘y à des circonstances qui nous obligent à la faire, quoiqu’elle ne soit point essentiellernent nécessaire par dôme : : si, par exemple, les os sont brisés sans que les gros vaisseaux soient blessés, on pourrait se flatter de conserver le membre ; mais , si l’on est obligé de transporter le malade assez loin , et sur des voftires cahotantes, les secousses le mettront à la torturé, té esquilles d’os piqueront les chaïirs. À causeront des hémorrhagies dangereuses : et souvent lagangrène. Tel est le sort déplorable d’une infinité de soldats qu'on transporte d’un champ de bataille dans les hôpitaux ; j'en ai vu périr par lhémorrhagié beaucoup qu’on aurait sauvés si les circonstances éussent pérmis de’leur faire l’ampuütation avant de {es transporter; j'ai vu même des blessures , qui n'étaient point nécessairement mortelles par elle-mêmes, le devenir par les secousses et par l’action du froid ou de la chaleur , auxquelles les blessés étaient
exposés en. les transportant-auoin pour les établir dans: un hôpital. Ceux qui ont exercé la chirurgie danses armées ont été témoins, comme moi, de la mort d’une infinité de malheureux, qu'on aurait évitée Sans la fatalemécessité du transport. :
Indépendamment des blessures dont nous Yenons. de parler , il y a: d’autres maladiesqui exigent lamputation : telles sont, certaines luxations , les anévrismes , les, exostoses, Jes caries, etc. di.
Il n’est point de luxations plus don RTE re que celles. du. pied; j'en ai vu néanmoins plusieurs qui ont.été réduites et guéries par les moyens ordinaires; mais j'en ai vu d’autres où l'on s’est repenti de n'avoir pas fait d’abord Vamputation, parce qu'il est survenu des: accidens qu’on ne prévoyait point, et qui ont fait -périr en. peu de jours les malades. 11 paraîtra peut-être extraordinaire. que je propose ici de faire une opération telle: que lamputation dans une luxation , compliquée à la vérité, mais qu’on peut réduire : c’est. cependant le seul ré bah de sauver la vie des malades dans: a cas: que je vais désigner. | ) HP ANS
Les luxations du pied les sé Métiétiséé ne hbHE pas toujours celles où il y a le plus dé désordres apparens. L’astragale, ‘en sortant de sa cavité , casse quelquefois, l'une ou l'autre malléole ; et ces. luxations peuvent être suivies de moins d’accidens que lorsqu'il. my. a point de fracture : ceci paraîtra peut-être un paradoxe ; c’est néan-moins umé vérité que l’expérience confirme, et dont il est facile de: rendre raison. Il est constant que , quand l'astragale: est chassé de sa cavité, si une partie*de la force qui pousse cet os n’est pas employée à fracturer l’une où l’autre malléole, elle agira tout entière sur les parties molles du voisinage ; les ligamens , les capsuies et les tendons en seront plus rudement déchirés » Ja peau même pourra être percée par la tête de l’astragale : dans ce cas le renversement . du pied sera si grand que la portion. supérieure de cet os se montrera
toute’ en dehors ; et se trouvera commi étranglée dans louverture. des tégumens ; il ne sera pas possible de la replacer sans faire. des incisions ; en un mot, les parties peuvent souffrir &.un point que le délabrement soil irréparable comme on tee verra pRrre observation
qui suit :
Un habitant de Mons en ss md PQ a à une cave, et se luxa Îe pied du côté de la malléole interné. Un. bailleur faisait en vain, depuis ‘ deux. heures, tous ses efforts pour replacer le pied lorsqu'on m appela la difficulté de réduire cette luxation ne venait pas dé la tension des muséles ; l'astragale avait passé au-dessus de la malléole interne sans larompre; mais il avait fait à la peautune déchirure dans laquelle il était tetenu de facon qu ’on ne pouvait le remettre: dans:sa situation parles. extensions ordinair es. Je,coupai la peau haut, et.bas pour détruire l'étranglement, et l'os rentra facilement dans sa place. Le malade fut. soulagé de ses vives douleurs ; 1e le plaçai commodément', et je lui fis une copieuse : saignée. Tous les assistans et surtout les parens m'accablérent de louanges : je n'avais ‘alors mie seize
Ma jeunesse “me: fit recevoir ces éloges avec plaisir : je ne prévoyais Dé quelle: devait: être l'issue de mon- opér ation. Mon malade fut. à merveille les:.deux premiers jours; au troisième il-eut des: inquiétudes; la fièvre s’alluma, et il sentit de très-vives douleurs:;; je: trouyai le pied enflammé et 8 jusqu’au-dessus des malléoles ; je-ke passai à l'ordinaire ; je fis une sixiènie saignée, et j'ordonnai un cataplasme ‘émollient. J'appelai en consultation le- ‘chirur gien-major ‘de notré hôpital. I approuva les saignées et le cataplasme; mais il prononca un arrêt terriblé pôur le’ malade, pour la famille-et pour mon amour-propre : «Il fant, dit-il, saigner- encore le » malade, ‘et préparer l’appareil pour lui couper la RESTE demain ‘matin » sisles choses ne sont pas mieux ».. J’eusse souhaité: autant pour moi que pour le malade, qu’il n’eût: pas été si laconique, oi si prompt à se décider; mais les hommes. en. place ne se prêtent, pas toujours à certaines considérations. Nous sortimes ensemble, êt ilme dit que.,. si pareilles blessures me tombaient entre les mains, il fallait couper la jambe, et ne point attendre que les symptômes m'y cbligeassent. Je lui en demandai la raison. Il se contenta d’ajouter qu’il n’avait jamais sauvé dé pareils malades qu’en faisant l’amputation, mais qu’elle ne réussissaitque quand-on la faisait surte-champ. Le lendemain le pied du malade fut presque gangrené; je fis Pamputation, et le malade mourut cinq ou six jours après. Il y a plus d’une leçon pour la jeunesse, dans l’histoire que je viens de rapporter : je ne sais pas même si le procédé de notre chirurgien-major n’en doit pas. servir. à ceux qui seraient tentés de prononcer un parëil arrêt avec si peu de ménagement en présence des malades. En effet le malade s’écria : Je suis mor! et il nes si découragé qu’ on ne put jamais le Wanquilliser. |
La ‘campagne suivante, je fus appelé par un des mes amis qui bolEit un “paysan qui, en tombant: s’étäit fait une pareille luxation. Mon confrére, quoique mon ancien en chirurgie , était tombé dans-une plus grande faute que moi: n'ayant pas osé faire des incisions- pour réduire los, le.pied, la jambe et la moitié inférieure:de la: cuisse se gonflérent et s’enflammèrent,; c'était le cinquième jour. N’ayant pas regardé comme un axiome la décision du chirurgien- -major de Mons, je ne proposai point Parputation ; je conseillai seulement de dilater l'ouverture de la peau pour réduire l’astragale. Cela se fit avec succès ; il sortit une grande quantité de sang corrompu et: de matière fétide; les douleurs cessèrent, Ta fièvre diminua , et le malade. | fo guéri e en six semaines. AE A
Le deux observations, faites à sit mois l’une de Pautre, me donnèrent bien à penser. Mon confrère s’applaudissait ; il mé semblait cependant qu’il y avait bien de li rrégularité dans sa conduite. Je lui fis part de ce qui m'était arrivé en comparant son procédé avec le. mien. Nous convinmes qu'il aurait. dû réduire le pied, comme je l’avais fait : cependant Vévénement et l'autorité de notre major me prouvaient que je n’avais pas bien procédé ; ‘ il me restait néanmoins quelque doute en voyant que le malade de mon confrère , pour le moins aussi affecté que le mien, et traité hd. irrésuriéients avait été UC HT
Depuis ces deux malades j' ‘en ai vu plusieurs en \pérétlé cas : les
uns sont guéris sans perdre leurs membres ; on a fait l'ampatation à d’autres jet, de ceux-ci, ilen est plus bu qu’il n’en est échappé ; j'enai même vu guérir par les seules forces de la nature.
- Ces observations sont bien capables de rendre un chirurgien in-
“certain sur la route qu’il doit suivre dans des cas semblables : : il faut cépendant qu’il prenne un parti. Je'crois que le plus sage est celui de réduire d’abord la luxation, et ensuite de tenter tout ce qui peut
prévenir les accidens avant que de se déterminer à l amputation ;
mais ils paraissent s’annoncer, il ne doit pas s'attendre qu'ils soient
parvenus à un certain degré ‘pour. recourir à l'opération; le
moindre délai, dans ce cas, serait funeste : c’estune circonstance
bien délicate pour un praticien. Si le génie et l'expérience lui sont nécessaires, c’est dans cette occasion ; S'ils temporise mal à propos, il perd tout ; maïs aussi. il ne doit pas donner dans l’excès de ceux
qui sont toujours impatiens de-donner des preuves. de leur dexté-
rité. Ces deux extrémités sont également vicieuses ; il faut savoir prendre. un juste milieu. Je reviens ; en: faveur des jeunes chirur-
-giens, aux deux malades dont j'ai rapporté l'histüire ; je vais exa-
miner pourquoi celui dont je pris soin mourut de la gangrène, quoique j'eusse tout tenté pour la prévenir ; et pourquoi celui de mon confrère guérit, quoiqu'il ne paraïisse pas avoir été aussi bien traité que le mien. La discussion de ces faits répandra un nouveau
jour sur la matière que je traite. Il paraît que, outre le déchi-
rement des parties, il faut faire ‘attention à l’'ébranlement que le
membre a reçu. Le désordre apparent n’est pas le plus considérable; une partie de la force du coup ou de la chute est employée
à faire la plaie ; mais le surplus du mouvement se communique aux parties du voisinage; tout. le corps même peut en être ébranlé ;
le froissement.des parties et la secousse violente engourdissent les Vaisseaux ; la circulation $e ralentit ; le sang, qui a perdu sa flui-
dité, et qui ne coule que très-difficilement dans les capillaires, se trouve peu disposé à la résolution ou à de. bonnes suppurations ; toules les liqueurs croupissent dans leurs couloirs, parce qu’ils ont-perdu leur ton : de là une disposition prochaine à la gangrêne et à la pourriture. Les anciens se proposaient peut-être de pré-
venir ces derniers accidens en faisant des scarifications profondes. autour de certaines fractures et luxations.
Ce que je viens de dire de la secousse et de ses effets se trouve confirmé par des observations que la pratique journalière présente
: à ceux qui veulent y prêter la moindre attention. 1° Si l’on examine
les membres après l’amputation faite dans le .cas dont il s’agit, on verra que les muscles sont d'un rouge brun ; ce qui prouve que le sang est arrêté dans ses vaisseaux. ILy a encore: ceci dé particulier
c'est que les chairs qui sont au-dessous ne paraissent pas aussi rou-
ges ; cela est très-naturel : la secousse doit agir plus fortement sur la
-:AMPUXATION DES MEMBRES. : 805
portion du ;membre ,qui tient au corps, parce que cette portion reçoit, par sa résistance, toute l'impression.du coup ; et conséquemment tous les: ébranlemens qu’il occasione, En Second lieu, lorsqu’on fait l’amputation d’un membre dans un ças où il n’y a point.eu de commotion, le sang coule librement. dans les vaisseaux ; si, au contraire , l'opération est-faite aprés ung chute , Je sang ne coule presque point, ce qui démontre qu'il est arrêté dans ses CANAUX :
on. a même obsergé que les gros vaisseaux eux-mêmes ne fournissent quelquefois du sang que long-temps après que le tourniquet est lâché. 3° L'irritation des parties nerveuses, dont un sujet peut être plus susceptible qu'un autre , peut produire une inflammation plus vive , et un engorgement plus considérable qui détermineront la gangrène dans un: malade , tandis que, la même cause ayant moins d'intensité : dans un autre, il sera à l'abri des fâcheux accidens qui em résultent.
Mais je ne prétends pas insinuer ici que la cemmotion et l'irritation soient les seules-causes des gangrënes qui surviennent aux grandes contusions, aux fractures et aux luxations. Je sais que les humeurs peuvent, de leur côté, être disposées à la corruption, et que cette cause peut être regardée comme une des principales quand elle se rencontrera surtout avec la commotion; la naissance des accidens en sera plus prompte, et leur suite Due funeste. J'ai simplement voulu prouver que la commotion.et l'irritation suffisaient pour déterminer la mortification, puisqu'on observe que. cette fâcheuse termi- . naison a souvent lieu dans des blessés qui ont plait joui d'une parfaite santé.
Pour faire Papplication de toutes ces remarques aux deux observations que j'ai rapportées je dirai donc que le malade de mon confrère est güéri parce qu'il lui est survenu des suppurations louables', qui se sont établies , ce qui peut être arrivé parce que la - commotion n’était pas assez forte pour interrompre le cours des liqueurs, et éteindre le principe de la vie dans la partie ; ou bien parce que ia constitution de ce malade le rendait moins susceptible d’une irritation violente., et quele mien est mort par üne disposition contraire ; ajoutez encore que la suisR gs vicieuse des humeurs à pu y contribuer. |
On ne saurait trop peser tout ce que je viens de PP ce Acahte être pour nous une matière à réflexion. Nous.apprendrons à connaître les cas où il. faut se presser, et ceux où nous devons temporiser ; nous saurons distinguer ceux où la gangrène. surviendra infaillible ment, avant même que les accidens se déclarent ; nous ne serons . point surpris de voir faire tant d'opérations inutiles à Ja suite des chutes , des éclats de bombes, et des fracas faits par les boulets de canon ; enfin ,nôus conclurons qu'’il.est d’un chirurgien prudent de faire. attention à l’histoire des maladies, et d'en examiner les moindres circonstances ; nous rappelant toujours qu’on pèche autant contre
les'règles en faisant une: amputation sans une nécessité évidente’, quand bien mêmé le malade survivrait} qu'en hs agé de la faire dans un cas où êlle aurait été nécéssaire.
L’anévrisme nous oblige quelquefois d’amputer un membré lorsqu’il se trouve dans le tronc dé l'artère qui se distribue dans Ja partie, et que le tronc n’a point de branche collatérale qui puisse sé*dilater pour rétablir la circulation : on a été obligé bien des fois,dé couper le bras ou la jambe pren ronnisth heures nent avoir fait it l'opération de l’anévrisme. +. 'E "D
Jai fait l’'amputation de la cuisse à un homme qui avait un anévrisme: au pli du jarret; ce malade s'était apereu d’une petite tnmeur dans l’intérieur du pli de la jambe : elle était grosse comme une petite noix; :il croyait qu’elle venait d’un effort qu’il avait fait en montant, à cheval. Comme elle n’était pas . douloureuse , illa négligeait ; il ne s’en aper cevait ‘presque que par hasard : ; après trois ou quatre ans, elle augmenta, et personne ne connut que c'était un anévrisme. Je fus consulté ; 5Je sentis la pulsation', la tumeur était pr ofonde ;. je conseillai un: bandage compressif, que le malade aurait accepté si je lui eusse permis de marcher ; mais il refusa ; ne pouvant se résoudre à garder le repos , il continua son même. train.de Red: 4 tumenr. avait été insensible pendant huit ans; elle devint très-douloureuse la neuvième année , et, la dixième , elle était trés-grosse sans être serisible. La flexion et l'extension. de la jambe ne pouvaient plus se faire, parce que les muscles. fléchisseurs , dont les. tendons passaient sur la tumeur, ne ponvaient s ’alonger assez’ pour que la contraction des extenseurs pot dis Son effet : au bout de six mois cette tumeur excéda la grosseür de la tête d’un enfant. L'anévrisme‘étant au-tronc: : de l'artère, on ne pouvait pas se dispenser de faire l’amputation, parce que, s’il eût crevé, le malade aurait perdu la vie, parce que la. .douleur..était revenue et augmentait chaque jour, enfin parce qu il y avait des exostuses et des süppurations sourdes dans les condiles du fémur et dans ceux du tibia. Tel est le cas le plus PRE où l’anévrisme exige l amputation.
Al ya des exostoses qui engagentà à couper un membre où ee. qu’une de ses parties : telles sont celles qui attaquent l'articulation du pied, celle de lajambe, du poignet, du coudé ; et même celle dü bras avec épaule ; mais, si l’exostose est vérolique , est-il toujours nécessaire d'attaquer le virus avant d'en venir à. l'opération ? Ne peut-on pas, surtout lorsque le cas est pressant ; commencer par amputer le membre avant d'avoir recours au spécifique ? Les, observations suivantes prouvent que cette marche , qu'on est quelquefois forcé de mA n’entraîne aucun inconvénient, A
Je fus appelé pour voir un ‘homme. auquel on avait coupé la cuissé en conséquence d’une exostose qui affectait la partie supérieure de la jambe et les condiles du fémur : Pamputation était faite depuis quinze jours, .la süppuration n'était pas encore bien établie; ce qui découlait de la plaie n'avait ni la consistance, ni,la couleur, ni Pod convenables ; le moignon était plutôt flétri que DOfE, le nsitde n'avait ni douleur , ni fièvre , ni. dévorement ; il était fort:abalu’, et ne dormait: point. Il s'agissait de proposer des remèdes:
pour ranimer. la partieset procurer la sppphrapion: Je’soupçonnai que le malade . avait la vérole; Vayant interrogé, j appris qu ’il avait eu plusieurs fois des chancres, qui. avaient été, traités par la papacée, et, les tisanes sudorifiques,. Comme je suis per suadé que ces remèdes s sont infidèles, je ne balançai pas dans mon jugement. J'étais confirmé dans ma facon de penser par l’état ‘du moignon, l'espèce de suppüration, Vabsence de la fièvre, et l'abattement du hilade tous symptômes que j'ai vus souvent réunis dans ‘ceux qui avaient de grandes plaies ou ulcères et la vérole. Je conclus done qu’il fallait traiter le maïide par les frictions. Dès la troisième application il dormit ; le moignon se gonfla un peu, la suppuration s'établit, les chairs devinrent belles, en un mot il “ke oi , : 04 h |
Je pourrais | rapporter. plusieurs faits de cette natures: 20 tout de. monde ne fait pas l'attention qu'il convient. Jairvu périr , dans les hôpitaux, un grand nombre de blessés qui seraient guéris si, au lieu de les noyer. d’apozèmes, ou de les brûler avec des cordiaux, .on s'était avisé de leur faire des frictions mercurielles
dont ils avaient besoin.
Maïs voici une autre. Me pet bien capable: de D le préjugé de ceux qui pensent qu'une pan est incurable loxsqué le blessé a la: vérole : :
M. Léauté, eitus gien-major des camps et armées du roi, et moi, travérsant le camp de Nervingue huit jours après que la bataille y fut donnée, nous trouvâmes un garde du roi, qui, le jour du combat, avait eu les deux jambes emportées par un boulet dé canon = il avait été oublié dans ün buisson; fl n'avait pes été pansé, et il n'avait, pendant ce temps-là, pris d’autre nourriture qu’un quart de pain de munition et environ demi-roquille d’eau-de-vie. Nous lui trouvâmes assez de force pour Ini faire l'amputation des restes de ses deux jambes : l’une fut conpée au-dessous, et l’autre au-dessus äu genou. Ce malheureux avait deux poulains et des inde: par toutile corps ; F* avait des ulcères à la suite de plusieurs chancres!, qu’il avait traités avec l’eau de vitriol. Les opérations faites, on .le mit dans un fourgon; il fut conduit à l'hôpital d’Huy : deux mois après, nous le tronvâmes en si bon état qu'il était sur la liste de ceux qui devaient partir pour les Invalides. Lorsqu'il y fut arrivé , M. Morand le père fut surpris de voir que , malgré la vérole, il avait résisté à deux a si considérables il le SN avec les frictions.
Ge: cas prouve que la vérole n'enipéchié pas tot les Midtes de se cicatriser : il était nécessaire d'opérer sur-le-champ 3: le vice local ne permettait pas qu’on différât. Mais , si la suppuration: ne se fût pas bien établie, le malade serait: moft,; à moins qu'onne lui eût donné des ffictions mercurielles avec beaucoup de ménagement. Je né l'aurais pas fait alors ; mais je l'ai fait depuis, non-seulement dans le cas de V'amputstion ; mais dans toutes les opérations où j'ai éprouvé que la difficulté dobtenir une sien: ‘louable dépendait de la vérole.
Telles sonties principales nina qui. dément déterminer à faire l'amputation des membres : on trouvera ‘ailleurs de quoi éclaircir
ce que nous m’avons pas détaillé dans ce chapitre. Il s’agit actuel lement de décrire l'opération en général, de donner la méthode que l'on doit suivre dans les cas particuliers , et de faire les exceptions nécessaires, soit par rapport aux différens membres qu'il faut couper , Soit par rapport aux différentes causes qui déterminent à M un à