‹ Œuvres complètesChapitre 128 sur 140 · SIT · texte numérisé non relu

SIT

De ce qu on observe en sciant l'Os.

Cette AE n’est pas facile quand on ne s'est poirits exercé- à manier la scie : la principale difficulté vient de ce que l’on scie l’os en l'air pour ainsi dire; du moins est-il très-mal assujetti par deux personnes , qui, quelque fortes qu elles soient, ne sauraïent résister à la scie, et empêcher que le membre ne soit ébranlé; ce qui change la-direction de la scie. Il est rare d’ailleurs que deux personnes s'entendent si bien qu’elles tiennent toujours le membre dans la même direction et avec le même degré de force. Il est vrai que cette irrégularité n’est pas bien nuisible dans le commencement, c’est-à-dire lorsque l'os n’est pas encore à moitié scié; mais, lorsque la scie a passé la moitié de son épaisseur, les mouvemens irrégu- “liers de ceux qui tiennent le membre rapprochent. les parties sciées, et rétrécissent la voie de la scie, dont Je feuillet se trouve serré sans pouvoir aller ni venir...

Un chirurgien adroit et bien entendu pis ue pen ou Aitatsitis la difficulté en soutenant la partie avec la main gauche, et.en résistant ou obéissant à propos à l’obstacle qui s’ oppose au passage de la scie; mais la même difficulté peüt dépendre de. la scie même lorsque le feuillet n’est pas bien bandé ; lorsque les dents ne sont pas bien tournées alternativement, l'une à droite, et l’autre à gauche ; lorsque leurs pointes.-ne sont pas bien aiguës, leur tran-

:AMPÜUTATION DES MEMPRES. 815

<hant bien coupant, ou enfin lorsqu'elles ne sont pas limées obliquement, de manière qu’elles puissent jeter la sciure à droite et à gauche. Cette dernière circonstance éxige aussi que le feuillet Soit plus épais à l'endroit des dents que dans le reste de son étendue afin qu'il ne remplisse pas exactement la voie, et que la sciure puisse sortir facilement, sans quoi elle retiendrait le feuillet de la scie.

Pour scier l'os, autant qu'il est possible , le plus près des chairs qui doivent former le moignon, on met le doigt indicafeur dans la plaie; on retient les chairs vers le haut: on appuie l’ongle sur l’endroit.où il faut commencer de scier : on pose la scie dans l'angle formé par l’ongle et par l'os; on l'amène d’abord avec douceur, puis plus fort, mais par degrés : c’est ce que les ouvriers appellent amorier la’scie; de sorte que les dents n’entament l'os presque que par la seule pesanteur de la scie jusqu’à ce que la voie soit assez profonde pour que le feuillet n’en puisse pas sortir.

Du reste on sait que, lorsqu'il y a deux os dans le membre, comme à la jambe, on comnrence à scier le tibia, qui est le plus gros et.le plus solide ; lorsqu'on en a scié un quart ou environ, on commence de scier le pelit ou le plus faible, et l’on fait en sorte que celui-ci soit scié avant le gros., ou du moins en même temps ; mais , en finissant de scier, il faut mouvoir la scie avec douceur, crainte d’éclater la petite portion d’os qui reste encore à scier; si l'on n’a point pris cette précaution, et qu'il soit resté un bec, il faut le couper , ou avec la scie, ou avec une tenaitle incisive ; et, s’il y a quelques'autres aspérités , on lés détruira de même afin que les chairs que l’on rapproche n’en soient point blessées, Toutes ces attentions, qui peuvent paraître trop minutieuses, sont cependant d’une très-grande conséquence pour le succès de l'opération.

$ IV. é” De la Manière d'arrêter le Sang.

Il n’est point d’occasion dans laquelle la Chirurgie soit plus utile que lorsqu'il s’agit d’arrêtér le sang qui coule abondamment par louverture d’un vaisseau considérable: Lorsqu'un chirurgien est prévenu qu’il doit couper un vaisseau dans une opéralion, ses moyens pour arrêter le sang sont préparés ; il opére avec sécurité $ maïs , lorsque l’ouverture d’une artére est un accident qui lui arrive par inadvertance, quelle situation terrible pour lui et pour le malade! S'il ne se trouble point, son génie lui suggérera bientôt la manière dont il doit réparer le mal qu’il a fait. QU > EAN

Tous les moyens qu’on a mis en pratique pour arrêter le sang , et qui ont mérité quelque suffrage dans tous les temps, peuvent se réduire aux absorbans , aux astringens simples, aux styptiques , aux Caustiques , au fer brûlant , à la ligature et à la compression.

Les absorbans et les simples astringens ne peuvent être utiles que pour de légères hémorrhagies : leur insuffisance, dans l’ouvérture des grands vaisseaux, a fait avoir recours à: l’alun , au vitriol, aux huiles; aux eaux : styptiques , aux escarotiques; les anciens chirurgiens se servaient même des cautères, de l'huile: bouillante , du plomb fondu et du fer rouge; ils ont combiné la brûlure de tant de façons différentes que c’était faire , selon eux, une grande-découverte que d'imaginer une nouvelle facon de birblérstils avaient des instrumens de différens métaux, ‘figurés suivant les endroits où ils voulaient les appliquer ; et, avec ces instrumens rougis au feu, “4 brülaïent les vaisseaux pour arrêter le sang.

Les chirurgiens , plus-éclairés, devinrent moins cruels: ny) imaginérent la ligature: on la mit d’abord en usage dans les hémorrhagies qui accompagnent les plaies. Ce moyen parut d'autant plus naturel à celui qui s’en servit le premier qu’on le mettait déjà en usage pour barrer les varices , les hémorrhoïdes et autres veines ; cependant on ne lappliquait point encore aux vaisseaux qu’on est obligé de couper dans l’amputation des membres. Ce ne fut qu’Ambroise Paré, premier chirurgien de trois de nos rois, qui l’employa le premier à cet üsage dans le seizième siècle. Cette manière d'arrêter le sang, quis sarut nouvelle, lui attira bien des contradictions ; mais il eut enfin la satisfaction de la voir adoptée presque généralement par ses contemporains , qui la pratiquaient avec un grand succès.

La ligatur erendit les chirurgiens moins timides:; l’'amputation des ‘membres devint uné opération plus sûre , moins: doper “et la guérison en fut plus prompte : on s’en est: presque universellement servi jusqu’à présent pour arrêter le sang ; non-seulement dans l’amputation des membres , mais encore dans l'opération de l’anévrisme et dans les plaies accompagnées de grandes hémorrhagies.

Mais les différens moyens dont je viens de parler n'auraient jamais réussi que rarement.sans Je secours de la compression. Pour faire cette compression, après avoir mis sur les vaisseaux les. stypliques, les caustiques, ou même après en avoir fait la ligature, on y applique des compresses pyramidales assujetties et soutenues par: plusieurs tours de bande suffisamment serrés pour résister à .limpulsion du sang de l'artére,qel's opposer à la chute trop prompte de lescharre que font les styptiques et le feu , ou à la séparation prématurée de la ligature : sans cette précaution on aurait presque {oujours à craindre Thémorrhagie , qui n’arrive encore-que trop souvent, malgré.les soins qu’on prend pour l'éviter. par une compression convenable...

La compression a dù être le premier moyen qui s’est présenté | naturellement à l'esprit des hommes pour arrêter l’hémorrhagie : c'est aus$i celui qui est le plus efficace ; et, quoiqu'il soit le: plus ancien, je mé flaite de lui donner aujourd'hui tous.les avantages de la nouveauté, soit par rapport à la imanière .de. .comprimer les

vaisseaux ; soft par rapport à l'usage: exclusif que je lui donne en rejetant celui des astringens., des stypliques, des caustiques , et de la ligature même , autant qu’ ilest possible, Je commence par quelques M radione Sür la manière dont {a nature concourt à avec Part pour arrêter le sang. fs *

: Lorsqu'une hémorrhagie pe PNA a été arrêtée par les absor-

É bans ou les styptiques, c’est toujours par le moyen d'un caillot, soutenu de la compression , que. lorifice du. vaisseau se trouve boûché. Ce cailot a ordinairement deux parties , lune au dehors du vaisseau , et l’autre au dedans : celle du dehors est formée par le sang sorti le dernier , lequel, en se caillant, a fait corps avec la charpie , la mousse ou oi poudres dont on s’est servi ; l’autre partie du Caillot, qui est dans. le vaisseau même , n’est précisément que la portion du sang quiétait prête à sortir audio on a bouché le vaisseau. Ces deux parties ne sont souvent. qu'un même caillot : celle. du dehors fait l'office de couvercle, et celle. de. dedans fait l'office de bouchon ; l'une et l’autre arrêtent le sang par la solidité qu’elles acquièrent en se coagulant, el par l'adhésion qu'elles contractent ensuile, l’une avec Fintérieur du vaisseau , et l’autre avec son orifice externe.

Si lon s’est servi des styptiques ou des escarotiques , le caillot est plus tôt formé que quand on a usé des absorbans ou des simples : astringens ; il occupe une plus grande élendue de la cavité du vaisseau, ce qui fait un bouchon. plus. profond ; lé couvercle, ou la portion extérieure du caillot ; est aussi beaucoup plus épaisse, parce que, en même temps que les styptiq eset les escarotiques coagulent le sang , ils brûlent uhe portion du Vaisseau et des chairs voisines, qui , ” faisant corps avec le sang caillé , forment ensemble un couvercle

plus épais et plus étendu. cn EL REA

La ligature arrête le sang en plissant et serrant le vaisseau, comme fait le cordon avec lequel on lie un sac : lé sang qui est prêt à sortir, retenu par la ligature , se coagule à la vérité plus lentement que lorsqu'on se sert des styptiques; mais il se coagule toujours ,

et on doit le regarder comme la portion du caillot que j'ai appelée lé bouchon, qui, dans ce cas; est retenu par la ligature ; au lieu - que, dans l’autre, le bouchon: éstretenu par la portion eRenqure du caillot que j'ai appélée le. couvercle.

Ce caïllot ou bouchon est, par sa figure , bien différent de pi qui se forme après Vapplication des styptiques; celui-ci est. cylindrique , et celui qui se forme après la ligature a üne:figure pyramidale ; donf la base est du côté de l'intérieur du vaisseau , et la pointe du côté: de la ligature. Cette figure est trés-favorable pour retenir le sang après la chute de la ligature, pourvu qu'elle se sépare sans effort par la seule suppuration- et l'accroissement des chairs qui se

forment au-dessus de l'endroit lié ; car alors’, quand même lorifice du vaisSeau ne serail pas entièrement réuni ou fermé par les chairs, ;

il serait du moins si considérablement rétréci que le caillot (supposé qu'il fût entièrement détaché de la paroi du vaisseau, comme cela arrive quelquefois ) ne serait pas chassé en dehors par l'impulsion du sang; sa pointe s'engagerait tout au plus däns ce qui resterait d'ouverture au vaisseau, et, en x entrant avec force , le boucherait exactement. Il n’en est pas ‘de même lorsque: quelque convulsion ou quelque autre mouvement violent de la part du malade sont cause de la séparation prématurée de la ligature : cette séparation se fait alors avant la parfaite oblitération du vaisseau, et le caillot est poussé avec tant de force qu'il détruit en passant tout ce qu’il y a de commencé pour la réunion ; et l'ouverture du'vaisseau , devenue aussi large qu RARE laisse Hp le sang comme le DÉCRIRE jour.

La forme du caillot, telle que je viens de la décrire, se voit parfaitement dans le moignon de ceux qui sont morts depuis le PUS jusqu’au vingtième ou trentième jour de l’amputation.

Après la chute de la ligature , il arrive assez souvent une légère hémorrhagie, parce que le caillot, en durcissant , a diminué de . volume, ets rest détaché par quelque ‘endroit de la paroi du vaisseau; mais cette hénforrhagie subsiste seulement jusqu’à ce que le caillot, entiérement détaché de la paroi du vaisseau, puisse être repoussé . par. le sang vers l'endroit que la ligature a rendu plus étroit, ou jusqu’à ce que le sang qui passe entre le caillot et le vaisseau ait bouché cet intervalle en s’y caillant. |

Lorsqu' on a arrêté lé sang ave | es styptiques où avec les caustiques , si, à la chute de l’escharre , il survient hémôrrhagie, ne füt-ce qu’un suintement, le ‘sang nes arrête souvent pas avec facilité, parce que, dans ce caf’, l’orifice du vaisseau n’est pas rétréci comme quand on s’est servi de Id ligature : si le caillot , qui est presque cylindrique, tient'encore par quelque endroit à la paroi du vaisseau, il n’y aura qu’un suintement; mais, s’il en est entièrement détaché, la plus légère impulsion du sang le Chassera dehors, etl’hémorrhagie recommencera, à moins que, par une compression artistenfent faite sur l'extrémité du vaisseau’, on ne relienne le caillot, prêt à s’échapper , jusqu’à ce que le sang remplisse l’espace qui se trouve entre lui et la paroi du vaisseau » qu'il S'y coagule, et qu'il le ponie une seconde fois.

L’obturation des RETE Par l'usage de la seule compression ne se fait pas tout-à-fait de même, surtout si l’on a observé, en la faisant , toutes les circonstances que je rapporterai ci-après ; et dont une des principales est de comprimer les vaisseaux par le côté : alors l'embouchure n’est plus ronde elle est aplatie comme l'anche d’un haut-bois ; les parois et les bords, appliqués l'un contre l’autre, se réunissent et se consolident comme ‘deux parties fraichement COUpÉEs ; ensuite toutes les deux ensemble se joignent avec letchairs.

voisines, et cette adhésion, qui se‘fait. peu à peu, est suivie d’une réunion et d’une cicatrisation communes. Il se forme. un caillot intérieur comme après la ligaturé ; mais il n’a pas la même figure, puisque son moule est différent : : cependant, supposé qu’il se détachât, il arrêterait de même le sang, pourvu: que Jouverture du vaisseau ‘fût en partie réunie, parce-qu'il est plus épais du côté de la cavité du vaisseau que du côté de son orifice. H y a donc cette différence , entre la réunion d’un vaisseau procurée par la.ligature et celle qui est procurée par la compression , que: la. première pe se fait, pour ainsi dire, que dans le point où le fil afréuni toute la circonférence du vaisseau, et que la Seconde se fait non-seulement d’un bord à l'autre, mais encore dans toute l'étendue. des surfaces intérieures qui ont été appliquées l'une sur l’autre, par l'aplatissement du vaisseau comprimé : c’est ce qui rend cette. adhésion plus étendue et plus capable de soutenir le caillot, ‘et de résister à impulsion du sang. : |

Après l'examen que je viens de faire dr moyens d'arrêter le sang il paraît qu’il n’est pas diffitile de se déterminer sur le choix : Ja compression mérite sans doute la préférence; les absorbans sont insuffisans pour les grandes héimorrhagies ; les styptiques et les escarotiques causent beaucoup de douleur ; ils.détruisent les parties, découvrent quelquefois les os, et l’on Loue risque de voir couler le sang une-seconde fois à la. chute des escharres. lest vrai qu’on se rend plus maître. du sang lorsqu'on se sert de. la ligature ; mais elle cause de grandes Gouleurs , des mouvemens convulsifs;, et quelquefois la convulsion du moignor ,. qui souvent est mortelle, Ou, par elle-même , ou parce qu’elle occasione l'hémorrhagie par ie mouvemens aa paix À es que, le malade ne peut s'empêcher dé faire.

Je ne dirai rien de la manière d’arrêter le sang:avee le plomb fondu ou les métaux rougis-dans les Charbons ardens : c’est une nféthode aussi cruelle qu "InÉdéle . qui a; “été proscrite unanimement depuis long-temps. TE

Telles sont lés réflexions qui m n'ont fait préférer la coinpressions ; mais on peut objecter que, si eile. est trop forte, la partie pourra tomber en gangrène, et que!, si elle est trop faible elle ne pourra arrêter le sang dans un gros vaisseau »»SuTrtout pese il est coupé. entièrement , comme dans les. amputations des membres. J ’avouerai que ce sont là les défauts de làcompression, telle qu’elle s’est toujours. pratiquée ; mais j'en propose une qui aura des forces suffisantes , qu’on pourra graduer et ménager de manière qu’elles n “agiront que sur le point qui doit être comprimé ; ce qui sauve les inconvéniens dont je viens de parler. | ;M

L'art de comprimer les vaisseaux ne consiste pas dans la quantité des forces qu’on emploie, mais dans la manière de les appliquer ;. car la force, de la colonne de sang qui sort d'une artère: n’est pas si

considérable qu’un caillot adhérent à d’orifice du vaisseau ne puisse lui résister : une compresse soutenue d’un léger bandage peut quelquefois suffire; le bout. du doigt; quoique légérement appuyé sur l'orifice d’un vaisseau ouvert, est suffisant pour en arrêter le sang, et il ne faudra pas d’ autres moyens si on pouvait toujours tenir le doigt dans cette attitude , et sile moignon d’ünmalade agité pouvait garder assez long-temps la même posilion ; mais, comme cela n’est point praticable, il faut trouver une machine qui fasse l'office d'un doigt, et qui, solidement appliquée sur le moignon, suive si bien les attitudés d’un malade inquiet qu’elle.garde toujours les mêmes rapports avec le moignon ; qu’elle soit telle enfin que le vaisseau se trouve toujours pressé dans les mêmes points a ave le même degré de compression.

- Une condition essentielle à ane sets ndolfiiie est qu 'ellé ne gêne point le malade afin qu'il puisse la supporter tont le temps nécessaire sans aucune incommodité : pour cela il faut qu’elle n’agisse que sur

les parties qui doivent être nécessairementscomprimées, laïssant toutes les autres en pleine liberté ; il faut de plus qu’elle soit con-

struite de manière que, suivant les circonstances , on Pas la relâcher ou resserrer suivant le besoin.

Je divise cette maçhine en deux parties : lune comprime le tronc de la branche de l'artère coupée , et l’autre comprime l'ouverture de la branche même par laquelle le sang s'écoule. Voici la manière de se servir de cette ROM dont je vais faire A aq à une cuisse coupée :

- La première partie s tatioiiatée must de faire Popératiois : éelleé est même tres-essentielle ; elle est composée d’un bandage circulaire qüi fait le même contour que le circulaire d’un brayer , et qui, aprés. avoir embrassé le COrpPS au-dessous des hanches, vient se rendre dans laine , précisément ay-dessous de l’arcade des muscles du ventre; dans l'endroit où passe l'artère crurale ; un autre circulaire entoure la euisse au-dessous du pli de la fesse ; et vient se rendre dans laine, où se trouvent, l’une sur Pautre, denx plaques de tôle garnies de chamois : celle de dessous est plate du côté qu’elle touche à la plaque du dessus ; mais, du côté qu’elle touche au pli de l’ane, elle est garnie d’une pelote bien rembourrée ; le centre de cette pelote est: appuyé précisément:sur le passage de l'artère crurale à la sortie du ventre; la plaque de dessus est attachée aux deux circulaires, qui lui servent de points fixes; quelques liens attachent ces deux ‘circulaires entre eux; celui qui entoure les hanches empêche la plaque de descendre , et celui qui entoure la cuisse l'empêche de remonter afin qu’elle réponde toujours au même endroit du pli de laine : une vis, qui peut. tourner sans fin sur, Ja. plaque de dessous, passe dans un écrou taraudé dans Ja plaque de: dessus; de sorte que , lorsqu'on tourne cette vis

AMPUTATION DES MEMBRES. 82t

à droite , on écarte les deux plaques Pune de l'autre, et on les rapproche dotsqu on la tourne à gauche: mais ;, afin qu elles s'éléignent . ou qu’elles s’approchent en ligne droite , il y a deux petites fiches, qui s'élèvent perpendiculairement de la piatdé de dessous, et passent chacune par un trou percé dans la plèque de dessus , l’une à droite, et l'autre à gauche de la vis ‘ ces deux tiges dirigent l'approche et l'éloignement des deux plaques , et c’est par leur moyen que cellesci s’'approchent ou s’éloignent toujours parallèlement.

Ce bandage étant placé comme je viens de dire:, si l'on tourne la vis à droite , les plaques s’écarteront l’une de l'autre; mais, parce que: les deux circulaires retiennent la plaqué de dessus, et s’opposent à son élévation, il faut de nécessité que la plaque dé dessous

s’abaisse et s'enfonce dans le pli de laine ; que la pelote dont elle est garnie comprime le tronc de l'artère crurale à mesure que l’on tourne la vis, et que cette vis, tournée un certain nombre de fois , comprime si éxagtement éette artère eh le sans n'y puisse Le passer.

Ce bandage n ie là qu'à retenir le sang pendant lopération; mais, pour arrêtér le sang des vaisseaux que l’on vient de couper , il faut un second bandage, composé d’une double plaque comme le premier. A la plaque de, dessus viennent aboutir et s’accrocher quatre courroies , qui sont solidement retenues aux deux Circulaires du premier bandage. Avant que de les appliquer, il faut placer, en comprimant, un peloton de charpie sur lé vaisseau, non pas directement sur son embouchure, mais sur le côté le pluséloigné de l'os, afin que, en le poussant vers l'os ; les parois de l’artère s’appliquent luve contre l’autre; et que , pressé , d’un côté, par le peloton de charpie, et, de l'autre, par la résistance de l'os de la cuisse , le vaisseau prenne la figure de l’ançhe d’un haut-bois. Sur le premier peloton de charpie on en place un autre plus large, et sur celui-ci un troisième et même un quatrième , toujours plus larges , et toujours poussés suivant la même direction ; ensuite on posé, sur ce dernier tampon de charDie, le centre de la pelote; que l'on assujettit avec les courroies, qui viennent toutes se rendre à la plaque de dessus : alors, en tournantla vis à droite, les deux plaques s’éloigneront ; et, comme les quatre courroies empêchent Pélévation de la plaque supérieure’, il faut que la plaque de dessous s’enfonce et appuie sur Le tampon de charpie le plus extérieur; celui-ci, sur les autres, et successivement jusqu’au premier appliqué, lequel, pressant le vaisseau , ainsi qu’il a été dit, ‘en effacera si exactement la cavité qu'aucune goutte de sang ne pourra épancher.

Après avoir fait cette dernière manœuvre, on lâche par degrés et peu à peu la vis de la pelote qui comprime le tronc de l'artère dans laine pour laisser passer le sang jusqu’à ce que l’on ‘commence à sentir le battement de Partère : si l'on s ‘aperçoit qu’elle batte trop:

fort, et qu’il passe trop de sang, ,on resserre la vis d’un demi-tour,

plus ou moins, afin de n’en laisser passer qu autant qu’il est nécessaire pour conserver la vie dans le moignon.

Ainsi cette machine a plusieurs utilités : par A moyen de Ja

premiére pièce on se rend totalement maître du sang ; l'attention.

du chirurgien p'est point partagée ; il est plus assuré et plus ferme en opérant : l'opération finie, on lâche autant de sang qu’on le juge

à propos : veul-on panser ie malade, on retient le sang jusqu’à ce qu'on ait levé l’ancien. appareil, et appliqué le nouveau , en prenant

les précautions dont j je parlerai ci-après.

. La seconde partie de cette machine arrête le sang ( en comprimant l'ouverture du vaisseau coupé, ainsi que je l’ai dit ci-dessus : or l’on conçoit bien que, si la compression ordinaire peut arrêter le sang dans une branche sans. que le trone soit comprimé , celle-ci l’'arrê-

tera bien. plus facilement , puisqu elle arrête la, colonne de, sang

dans le tronc même ;'et qu’on n’en laisse passer qu l'autant qu'on le juge nécessaire ,. Pendant que le surplus est obligé de refluer dans le tronc voisin , ou dans les vaisseaux collatéraux.. .

. Un autre. avantage que cette machine, à sur les autres” moyens: d'arrêter le sang , et sur la compression ordinaire , est q que , aussitôt que la suppuration est établie on peut, sans nes l'hémorr hagie, lever entièrement l'appareil à. chaque pansement ; au contraire , lorsqu'on s’est servi des autres moyens, On laisse, à chaque pansement, tout ce qui est placé sur les vaisseaux ; on craint de les dégarnir: : ce qui reste s’échauffe , se pourri, et contracte une odeur: incommode au malade et à tous ceux qui l’approchent : de plus ce reste d'appareil retient une partie” du pus, qui, en séjournant ,

devient âcre, irrite la-partie , -et cause des douleurs. oil inflammation 3

la fièvre, linsomnie et d d’autres accidens.

Avec notre machine:on n’a rien à craindre à la rec du: premier. appareil ; on serre la vis des plaques qui sont dans l’aine; on empêche le sang de couler dans .le vaisseau ; on détache alors les courroies .de la pelote de dessus le moighon, on la lève, et on ôle del appareil tout ce qui peut aisément se séparer ; ensuite on applique de nouyeaux tampons de charpie à la place des anciens ; on replace, on attache la pelote ; on en serre la vis au. degré qui convient; Fa relâche peu à peu la vis de l'aine pour la. remettre au degré où elle était, et l’on achève le pansement. On. pourrait dire que cette manière de consolider les vaisseaux est une imitation de la manœuvre des fontainiers, qui, pour réparer un tuyau de fontaine , CORRE cent par fermer le robinet du réservoir pour se rendre maîtres de

l’eau qui empêcherait leur soudure : la vis de l’aine est une É de robinet qui retient le sang , Ou modére son mouvement ; jusqu à

ce que les sucs nourriciers aient soudé et consolidé l'ouverture du

vaisseau. ;

Ce moyen d'arrêter le sang est préférable aux autres, non-seulement parce qu'il est plus doux, plus sûr, plus commode, mais encore parcé qu'il est plus naturel : en effet. les styptiques, les escarotiques , lé feu et la ligature n’arr êtent le sang qu’en détruisant une partie des vaisseaux, des nerfs et des chairs voisines ; la compression ne détruit aucune partie ; elle les rapproche Ltégient, et procure leur adhésion : ajoutez encore que la compression bién graduée ne produit jamais d’inflammation ; mais qué, si, on se sert des autres moyens, l'irritation vive qu’ils causent excite une inflammation violente, qui est suivie d’une suppuration abondante , A et de la chute prématurée’ dés escharres et des ligatures.

La chute des escharres sera toujours suivie d'hémorrhagie quand la partie du caillot que j'ai appelée le bouchon restera attachée avec la partie que j'ai appelée le couverclé, parce qu’elles tomberont ensemble , et qu’alors lorifice du vaisseau ne sera ni bouché ni couvert. Pai tâché de déeouvrir pourquoi ces deux parties du caillot tombaient quelquefois en même temps; j'ai remarqué que cela. dépendait de la. maniêre dont on faisait la compression ordinaire, c’est-à-dire la compression directe, sur lorifice d’un vaisseau ; car , si on la faisait sur le côté, de facon à approcher les bords et les parois du vaisseau , on efnpécherait la communication du caillot externe avec l'interne ; ils n’auraient point d’adhérence lun avec l'autre; lextérne se séparerait seul ; linterné resterait dans le vaisseau, et l'hémorrhagie ne suivrait pas si souvent la chute des escharres.

On voit, par cette baton combien la compr ession latérale estutile pour faire réussir les autres moyens d'arrêter le sang ; et l’on prévoit même déjà qu’elle peut suffire seule : en effet, pour : empêcher que lé sang coule par ‘un vaisseau ouvert, il ne faut qu'une compression qui le retienne jusqu'à ce que les'adhérences du caïllot avec le vaisseau, et des parties du vaisseau entre elles et avec les chairs voisines, soient assez fortes pour résister à l'impulsion du sang. il ne faut pas pour cela un. temps bien consiférable : lé jour que l'appareil se sépare ‘avec facilité , qui. est , pour l'ordinaire, le quatrième ou le cinquiéme, la réunion est faite, et,:si. lon : continue, la compression, ce nest que pour plus. grande sûreté.

L'état des vaisseaux qu’on vient de couper dans Vamputation ne’ saurait être plus favorable pour leur réunion. La pratique nous apprend que , pour réunir des parties fraîchement divisées , il suffit de les rapprocher, et de maintenir les lèvres de la division dans un contact permanent ; c’est ensuite à la nature à faire le reste : et elle le fait lorsqu'elle n rest point contrariée, comme elle l’est dans le cas dontnous parlons, par les autres moyens qu’on met en usage pour arrêter le sang. Ces moyens, en effet, tels que les styptiques et la ligature;, retardent la consolidation de l'artère coupée par la douleur

et linflammation qu’ils excitent; au lieu que ; en se servant de la compression, la réunion du ‘vaisseau commence dès le premier instant qu’il est comprimé ; de manière que, lorsque , *à la levée du premier. appareil, là suppuration détache les tampons de charpie dont on s’est servi pour le comprimer ;, on s’aperçoit-que la réunion de ses parois est déjà faite. Il est vrai qu’elle n’est: pas: ‘encore bien solide : c’est pour cela que, avant de lever lappareïl, on a soin de “serrer la vis de la pelote de laine qui comprime exactement le tronc de l'artère; de sorte que ce qui reste de sang dans le vaisseau, depuis cette. compression jusqu'à l'ouverture, n’a point. le mouvement d'impulsion qui serait capable de forcer cette réunion commencée. Ce que je viens de dire. de ta machine et, de, ses usages n’est point un simple projet ; je ne la propose qu’ après l'avoir mise. heureusement en usage à l’amputation de la cuisse d’une personne de distinction : toute la France a pris'tant de part à cette guérison, la maladie était si considérable, et accompagnée de tant de circonsRRceE singulières, que je me crois obligé d'en rendre compte.

Au siége d’Aire, en 4710, cette personne reçut un, coup de balle de mousquet qui lui perça Ta cuisse ‘droite de part en part, et brisa l'os en tant de pièces qu'il y a lieu de s'étonner que les deux portions principales aient pu se réunir par ün' cal assez fort pour sdutéhir le Corps, et conserver ‘la “facilité ‘de marcher: pendant vingt ans. Cet illustre blessé fut prisonnier de guerre; et, quoiqu'on eût pour Jui tous+les égards et les soins dus à une personne de sa condition, sa blessure resta fistuleuse, parce qu ’on ne tira de sa plaie aucune des esduilles, qui cependant. étaient ‘en grand nombre, comme il paraît par celles qu’on a tirées en différens temps, soit par Vouverture de la fistule , qui a: subsisté dix-neuf ans, soit par celle de quelquéS-uns des abcès qui sont survenus PAPAS lé cours RUE cette Mb et laborieuse ‘ maladie.

Il y avait un an et sp pré à que la douleur vive, et presque “continues. que le malade souffrait, . l'obligea de prendre un parti; iF assembla piégée personnes ‘habiles, au nombre desquelles furent ceux que le savoir et l’expérience ont élevés aux premières places. Il fut mis'en question si l’on ouvrirait la fistule pour tirer une ane considérable’ qu’on y sentait avec la sonde, ou si on couperait la cuisse : on décida que, avant toutes ces choses, on tirerait Pesquille, regardant l'ampatation de la cuisse comme une dérniète

ressource, Chargé d’exécuter ce dont on était convenu, je dilatai la fistule autant qu’uné barrière osseuse qui la formait me permit de le faire : par cette dilatation je ne pus découvrir qu'environ huit lignes du milieu de l’esquille, qui avait trois pouces de longueur ; les deux extrémités étaient cachées dans une espèce de caverne osseuse, et'tenues. presque immobiles par des chairs dures et calleuses. Après avoir essayé en vain de pousser l’esquille, soit en haut, soit en bas, pour la tirer par une de ses extrémités, je fis fairé un instrument avec Lequel j je La coupai en deux : alors je la tirai avec facilité,

et tout de suite trois autres, dont l’uné était plus grosse que la Hretiére, et les deux dernières plus petites; mais ce qui paraîtra surprenant c’est que , ayant porté mon doigt dans le fond de la fistule, je t'ouvai un morceau de drap de la culotte, qui n'avait perdu que sa couleur; quelquesours après,

il sortit, en. trois pansemens différens, trois | morceaux de. fer: rouillé, ; qu’on jugea être des. parties. de l’anneau d’une clef que la: balle avait brisée, et dont le reste fut trouvé’ dans la: poche de la culotte le jour même de Ja blessure. Le ‘succès de toutes ces opérations semblait promettre une. guérison parfaite; mais les douleurs ,;- qui n'avaient été que diminuées, revinrent bientôt aussi vives qu'auparavant, L’insomnie, la fièvre lente et la maigreur détruisirent nos espérances; enfin les forcés , qui ‘diminuaïent chaque jour, nous obligèrent d'annoncer. au-malade: a nécogéitäi de: Aamputation ; ou plutôt le malade, devenu haleine gie aepuis vingt ans qu’il en était le sujet, reconnut lui-même Ta nécessité de cette opération : il la proposa, et décida dù jour et de l’heure qu'il voulait qu’on la fit.

Le 23 février 1730, à dix heures du matin, tout était. pr été, mais s l'opéra ation ne fut faite qu’à onze, parce que notre courageux malade n’était pas éveillé : nous. lui laissâmes dchéver cette nuit, qui fut une des plus tranquilles qu il eût encore passées depuis sa bléësire! L'opération faite, les vaisseaux furent liés à l'ordinaire : lé malade, couché, fut si tranquille qu’il paraissait avoir oublié les douleurs qu’il venait de souffrir, et mépriser celles qu’on pourrait lui causer par la suite; son courage l'empêchait de douter de sa guérison : sûr de vivre, i: ne $ ’occupait qu’à former des projets agréables; il ne sonpconnait aucun danger ; son esprit jouissait de cette tranquillité que <opRe JE douce. espérance, où plutôt la SOCUTLLES. hi yes

Avec de pareilles dispositions . les guérisons sont faciles ; “ mais, s'il est avantageux qu'un malade ait du câurage,, il. faudrait pouvoir y dônher des bornes : l’exemple.de celui-ci prouve-qu’on peut en abuser. Ce qui le conduisait si rapidement à à la guérison, ce” courage intrépide lui fit entreprendre de se lever lui-même sans secours, et de s’asséoir le dos contre lé chevet de son lit; ce qu'il fit avec tant de promptitude et de force qu'il alarma: les assistans, et qu’à l'instant il s’aperçut qu’il perdait son sang :-+ce fut le vingtunième jour de l'opération. J'étais heureusement chez lui ; le malheur . fut. aussitôt réparé par Vapplication d’on bouton de vitriol ; soutenu.d’un bandage convenable ; il observa plus exactement le repos. Copendaunts le onzième jour de l'application du vitriol, à la chute ‘de l’escharre, FHEDOECARER revint ; j'étais encore auprès du tue et, profitant des. ndén ton que j'avais faites sur les défauts de la ligature et l’infidélité des caustiqnes , je crus. pouvoir tenter d'arrêter le sang.par la seule compression : je la fis avec les moyens ordinaires ;: ce quéje regardai cependant plutôt, comme une épreuve que la nécessité m'obligeait de faire que comme un moyen assuré. La crainte me fit placer près du malade quatre chirurgiens, :qui se relevaient d’heure en heure-pour tenir le moignon; et appuyer .sur Vendroit de. j artère ouverte afin de fortifier l’action du bändage qui faisait la compression... : 444 0.

Dans cette cruelle extrémité ilsemblait que, pour sauver la vie du | malade, nous n’eussions à choisir que l'application, des caustiques , cou, la ligature du vaisseau ; mais comment se fier une. seconde fois à l’un: ou à l'autre puisque tous deux nous avaient manqué? La lig gatüre fut cependant proposée :.elle parut difficilè.et dangereuse, parce que, l'artère avait été racçourcie de près d’un pouce, soit part la portion qu’en avait: retranchée. la première ligature, soit par celle qu’en avait brûlée le-yitriol : elle n’était pourtant pas impossible ,. puisqu'on pouvait faire une incision. pour découvrir artère et la lier ; mais cette opération eût êté dangereuse sur ,6n malade exténné et fatigué par

les: douleurs, par la-diête, et par une, nb abondante, qui durait depuis près de trente jours. |

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