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Je ne songeais qu’à tronver quelque expédient convenable, contre un accident si fâcheux; j'imaginai Ja machine dont. j'ai parlé, et dont je traçai le modèle sur,le papier. Je mandai M, Perron, mon confrère, qui l’approuva, et la fit fabriquer : dès que je l’eus placée, le malade sentit qu’elle réussirait , parce, ‘disait-il, qu’elle appuyait sur les deux points’‘essertiels, et qu elle laissait en liberté tout le reste du moignon, Elle fit seule, mais avec bién plus d’exactitude et de régularité, ce que faisaient: les. quatre chirurgiens que
j’employais à comprimer le bout du moignon; elle tranquillisa le malade, rassura le chirurgien et la fanrlle alarmées garer enfin la consolidation du vaisseau et une parfaite son, ,
n * % 0 Lu ‘ex
On volt. par l'exemple que je viens île noie qu’on peut arrêter lé sang des vaisseaux coupés dans. les amputations sans styptiques , sans caustiques et sans ligature. Les observations ét les
réflexions que j'ai faites sur l’'asage de ces Moyens prouvent que la compression doit leur être préférée ; ‘et on sera d'autant plus porté à s’en servir qu ’elle peut s’exécuter par le moyen d’une machine. sûre, simple et facile à faire : mais je ne prétends pas borner son usage à Ja seule amputation de la cuisse ; je ne doute point qu’eile ne doive ‘encore mieux réussir aux bras et aux jambes’, puisqu'elle s’y ajustera plus facilement, et que les vaissqaux y sont moins considérables.
Quoique le bandage, ou la machine que la nécessité m'inspira, fût ma seule ressource dans la circonstance que je. viens de rapporter , je new’ ÿ serais peut-être pas fié autant que je le fis si, quelques ; mois auparavant, je ne m'étais tiré. avantageusement | d’une situation
beaucoup pis effrayante par une compression, presque semblable.
Le sieur Séneuze, libraire sûr Je quai des PAPAS #2 aprés avoir été dx- ‘huit mois sans sortir du lit à cause d’une fractivé compliquée des os'de la jambe, ‘consulta PTE chirurgiens, qui conclurent qu'on ne pouvait Jui ‘conserver la vie qu’en lui coupant cette partie. Je lui fis cette opération ên présence de.mes confrères, qui ne ‘fur ent pas moins étonnés que moi.de voir que le. tourniquet ni la ligature ne panyaius arrêter le sang. Pour: en reconnaître la: cause et y remédier je’n’avais qu’un instant. Cette cause était
“'ossification totale de l'artère : le tourniquet ne pouvait la comprimer ;. la digature, quoique forte, n’en pouvait rapprocher les parois, et, son canal restant. dé: même, la colonne du. a) sortait avec tout : son a volume et toute son impétuosité. |
Le malade serait mort entre mes mains si je n'avais: été Sorsbt à lérbtidte
1 mon ‘parti. J'eus. recours à la compression :‘j’appliquai ‘sur lPorifice des “vaisseaux plusieurs tampons de char pie soutenus pat des compresses graduées, que j'élevai au-dessus du niveaude la plaie pour que la compression fût plus forte sur les vaisseaux que sur les parties d’alentour; fais, pour comble de malheur, dix-huit mois d’inaction avaient occasioné l’ankilose de l’articulation de la jambe avec la cuisse, de manière que, ne pouvant plier le genou autant quil le fallait pour que le moignon décrivît un angle droit avec la, cuisse, je n’eus point la facilité de passer les jets de la bande à plomb du génôu sur le moignon, et du moignon sur le genou. On sait que ces jets de bande répétés assujettissent solidement l'appareil, et que la compression peut même
La
être moins forte et plus utile lorsqu'elle est faite suivant les lignes qui passent directement des ditférens points du Bee. sur tante ces jets” de bande sont appuyés et assujettis. AUDE Quoique Pimpossibilité de plier l’ar ticulation rendit-Îa compression difficile, j'y suppléai en DOPRDMET, en forme d’étrier, le miliew d’une longue compresse sur celles que j avais déjà placées de les vaisseaux; puis je fis tirer fortement vers la hanche les deux bouts de cette longue compresse : par ce moyen Jé sang fat arrêté; et, ‘si, pour favoriser l'effet des compresses, je ne pus pas passer. les jets de Bande précisément par la ligne’ suivant laquelle la compression devait se faire , j'en. vue A8 cependant assez pour réussir. Lorsque tout l'appareil fut appliqué, ‘ jé plaçai commodément le malade; je laissai, près de lui deux chirurgiens, qui, pendant six heures, tantôt lun, tantôt l’autre, tinrent les mains sur l'appareil pour le contenir : ‘ainsi, malgré tant de circonstances contraires à mon dessein, l’hémorrhagie füt arrêtée sans retour ; le quatrième. jour je lévai tout. l'appareil avec facilité, et il'ne s’échappañucune rar de Fe
Dans V'amputation de la Évube on coupe quelquefois l'artère qui perce letibia dans sa partie postérieure supérieure , ét qui fait souveñi un pouce de chemin dans l'épaisseur.et” suivant la longueur de Vos. Cette artère , coupée dans son canal osseux ; cause quelquefois une hémorrhagie qui inquiète beaucoup ceux qui ignorent le pas-" sage de cette artère : j'en aï toujours arrêté lé säng avec facilité par le moyen de quelques tampons de charpie appuyés'sur l'os, et soutenus par des compréesses assez élevées pour avoir part à la
compression que fait le: bandage. On ne dira pas sans doute que, dans les deux cas que je viens de rapporter , ce soit lapproximation des parois de l'artère qui ait at le sang, puisque ces parois étaient inflexibles : ; on ne dira pas non plus que les chairs formées et accrues dans lés mêmes parois ‘des vaisseaux ou sur leurs bords , en aient bouché la cavité ,. puisque le sang a été arrêté vant que la suppuration fût établie, el par conséquent avant la régénération des chaïrs : c’est donc le caillot, aidé de la compression , qui a’ arrêté l'hémorrhagie dans les circonstances que je viens de citer. Pour mettre cette vérité dans: tout son jour ‘il ne me reste plus qu'à examiner en peu de mots la manjère dont ce caillot se forme.
: Lorsqu'on tire du sang dans une poëlette , il se coagule d'abord tout entier; mais, à mesure qu’il se repose , la sérosité se sépare du caillot, qui n’est dis formé que de la partie globuleuse et de. la partie lymphatique; d’où l'on pourrait conclure que ces deux parties du sang sont également susceptibles de coagulation ; maïs nous avons observé plusieurs fois: que la partie rougé et la sérosité conservent ‘leur fluidité tandis que la partie lymphatique est seule coâgulée. A l'ouverture des cadavres: on trouve ordinairement le sang’ coagulé dans le. cœur et dans les gros vaisseaux; quelquefois la partie rouge et la partie lymphatique, exactement mêlées ensemble , forment un caillot rouge et assez ferme; d’autres fois ces deux sub-
sfances , quoique coagulées , sont. presque exactement distinctes jet forment un caillot de deux couleurs ; desorte que , la lympheétant plus légère, la moitié. supérieure du come est blanche, et l'inférieure est d'un rouge brun. :
Si on examine dans Je bassin dans FAR on vient de saigner. du
pied, ‘on trouve toutes les parties. du sang confondues. dans l’eau chaude mais, sion jette un pot d’eau froide dans. le bassin Jæn-wvoit la partie blanche se séparer -de. la partie#rouge , et s’élever-à la surface de l'eau, où elle formed es flocons assez solides , gr es partie rouge restera dispersée dañs Peau sans se réunir. ? + Enfin qu'on fasse macérer dans l'eau un caillot.de sang tel “rl s’est formé dans une. poêlette. après la saignée ; qu’on le divise. en plusieurs parties, et qu'on.le remue, légèrement, insensiblement toute la partie rouge se délaie et se disperse dans l’eau ,et : eaillot, devenu blanc, ne consiste ps que sans la paroi, Imphat que, qui reste coagulée. : : : . LT RE
- Deces observations il résulte don mA ta partie india dé non-seulement plus disposée à la coagulation que la partie rouge, mais encore qu ’elle est la seule quisse coagule ; et que la partie rouge
ne fait jamais partie‘du caillot que lorsque la partie blanche la retient : ainsi, en supposant que les deux. parties soient confondues ensemble à le caillot auraune consistance moyenne ; mais ; si la partie rouge-et la partie blanche sont séparées , lé caillot que la substance Fymphatique formera sera blanc et solide , tandis que le caillot-de-la partie rouge n'aura de consistance, ’autant. qu’il contiendra. quelque portion de lymphe.; de sorte’ qi les différens: degrés de blancheur et de solidité des caillots dépendent du plus ou du moins de parties globuleuses, que la:lymphe retient en:se coagulant. : le: çaillot de la lymphe, so est donc plus ferme et. plus durable que celui.de:la . partie rougé et de la partie, blanche. mêlées ensemble: :.il est :donc plus avantageux que le caillot qui arrête le sang. ne: fait. de pe pasie lymphatique seule. :
.. La pratique de la chirurgie serübler chnfitisnt 74 er: ilest én effet des maladies dans lesquelles le sang est plus disposé à former un ,caillot solide : telles sont les maladies: où la: Jymphe est épaissie, Si on fait, par exemple, quelque opération à ceux qui sont attaqués d’écrouelles on arrête. le sang avec. facilité ; et, ce qu’il y a de particulier, «mais que jen ’entreprends pas d'expliquer, c'est que, lorsqu’on.leur: coupe . ‘quelque: membre ; ils en guérissent presque. tous, et plus promptement que d’autres. J'ai observé: la - même chose dans les: opérations que j'ai faites à des vérolés ;ietmême, à ceux qui. étaient attaqués de scorbut au Free degré, C 'est-à-dire lorsque le sang. n’est pas encore dissons.; : Re 2: J'ai encore observé que la: disposition la plus Énorshles à Ja her: mation du ;caillot est celle .où de membre qu’on doit amputer a subi .
quelque inflammation ; car on sait que, dans cet état, la lymphe est plus disposée à se séparer de la partie rouge et à se coaguler , puisqu'elle forme une couenne blanche et solide dans les poëlettes après la saignée ; aussi l’hémorrhagie est-elle plus facile à arrêter dans cette circonstance que lorsqu'on coupe le membre à une personne immédiatement après sa blessure... - :
Enfin, lorsqu'un membre gangrené est coupé dans la partie morte, il n’y a point d'hémorrhagie , parce que le sang est coagulé dans une grande étendue du vaisseau, et que le caillot y est blanc et solide, comme on l’a observé dans le cas suivant. M. Martial, chirurgien-major de l'hôpital de Tournai , coupa les deux jambes à une pauvre femme ; elles étaient gangrenées : il les coupa toutes les deux dans la partie morte; il n’y eut point d’hémorrhagie à l’amputation de la première ; et il n’y en aurait point eu à cellé de la seconde si ce chirurgien n’eût point tiré un petit corps rond'; dur et blanc qu'il prit pour un bout de nerf où de tendon, et qui se trouva être un caillot de trois pouces de longueur. La colonne du sang l'avait poussé, et il sortait du vaisseau de la longueur de sept ou huit lignes ; lorsqu'il fut entièrement dehors , l'artère n’étant plus bouchée, le sang jaillit, et il fut arrêté par les moyens ordinaires.
Je reviens à la ligature des vaisseaux. Malgré ce que j'ai avancé en faveur de la compression, je ne prétends pas exclure absolament les autres moyens d'arrêter le sang dans les hémorrhagies: ils peuvent quelquefois être mis en usage, pourvu qu’ils soient aidés de la compression, qui est le moyen universel; et sans lequel la ligature même réussirait rarement : je crois même que celle-ci doit être préférée à l’armée, dans toutes les occasions où les blessés doivent être transportés; mais il faut qu’elle soit faite suivant les règles que nous allons donner. ;
On prend une aiguille courbe qui ne soit point tranchante , et qui soit enfilée de plusieurs brins de fil, que l’on cire , de manière que, étant retenus à côté les uns des autres par la cire , ‘ils forment , non un cordon, mais une espèce de ruban; si l'aiguille était tranchante, on pourrait endommager les vaisseaux ; et, si le fil avait la forme de cordonnet , il les couperait. Pour que cette espèce de ruban entoure le cordon des vaisseaux sur son:plat il faut passer l'aiguille de manière que, en glissant la pointe de bas en haut, aussi près de l'os qu’il est possible, on. tourne circulairement l'aiguille du côté des vaisseaux; on la passe deux ou trois lignes au-dessus ; puis on la passe de haut en bas, la tournant du côté du cordon des vaisseaux ;, ef la faisant sortir aussi prés qu’on peut de l’endroïit par où l’on a commencé : alors on dégage laiguilie ; on fait un premier nœud, que l’on'serre assez fort pour empêcher le sang de couler : sur ce premier nœud on en fait un second, qu’on peut serrer sans craindre de couper le vaisseau, parce que
les fils forment un lien aplati, comme je lai dit. D'ailleurs la ligature comprend beaucoup de chairs qui, garnissant la circonférence du cordon des vaisseaux ; le défend de la trop forte compression que ferait cette ligature si elle se faisait sur le cordon dénudé dé chaïrs.
Je ne puis m'empêcher de rappeler ici quelques observations que j'ai déjà faites sur le nœud du chirurgien, qui consiste à tourner deux fois les fils sur eux-mêmes : la raison de ceux qui le préférent est que le nœud simple se lâche ; maïs cela n’arrive
point lorsque les fils sont cirés, comme je le recommande, parcé
qu'ils se joignent de plus près, et forment un nœud plus serré, et parce que la cire les retient dans cette situation jusqu'a ce qu ‘où ait fail un second nœud qui assure le tout.
Les vaisseaux qui sont dans les chairs doivent être liés de [a même manière, excepté que étant moins gros, on embrasse moins de Chairs dans la ligature:; mais il en faut toujours embrasser , ne fütce que pour retenir la ligature , crainte qu’elle ne glisse.
Lorsqu'on ne voit point l’orifice des vaisseaux , ou quand même
-on le verrait, il faut, pour mieux s’en assurer , rire lâcher le touraiquet, ou le lâchersoi-même ; alors le sang, qui sort en jaillissant, montre l’endroit où il faut faire la ligature ; on resserre le tourniquet pendant qu’on la fait, et on le lâche ensuite pour être sûr de lavoir bien faite.
Il n’est pas indifférent de serrer plus ou moins la ligature ; il est difficile de trouver le juste milieu ; s’il ne fallait serrer précisément que pour arrêter le sang , il ne faudrait pas serrer beaucoup ; mais cela ne suffit pas : il faut serrer assez pour que tout ce qui s’est compris dans la ligature tombe en mortification ; d’ailleurs , si l’on serre trop, on peut couper les vaisseaux, et lhémorrhagie surviendra ou sur-le-champ , ou peu de temps après , parce que la ligature tombe trop tôt. Il y a donc un juste milieu que l’usage apprend, et qu’il est rare de trouver la première fois que l’on fait cette opération : des deux extrémités on tombe plus souvent dans celle de serrer trop fort; ce qui est suivi de l'inconvénient dont je viens de parler ; et, si, on ne serre qu’autant qu’ilie faut pour arrêter le sang , il arrive que la ligature tombe fort tard, ou qu’elle ne tombe point d'elle-même ; alors on est obligé de la couper : ce que j'ai vu plusieurs fois , et notamment à M.le maréchal de Biron , à qui on avait coupé le bras. La ligature avait été serrée au point qu’il fallait pour arrêter le sang, mais pas assez pour que tout ce qui se trouvait dans la ligature tombât en mortification : de sorte qu’une partie des chaïrs et du cordon des vaisseaux, comprise dans la ligature, s’étant conservée vivante , elle s'était réunie avec les parties voisines , et retenait le fil de la ligature : or, comme il était à craindre de renouveler l'hémor-
rhagie en tirant ce fil avec force, on attendait que la nature le séparât, |
J'ai été appelé plusieurs fois pour dontier mon avis sur de pareils vas ; j'ai toujours -conseillé d'attendre que la nature disposât de la ligature ; et elle n’a jamais trompé mon attente : j'ai vu , au bout de deux ou trois mois, cette ligature tomber d'elle-même ; il est vrai que j'ai quelquefois roulé le cordon du fil autour d’un lambeau de toile assez long pour que les deux bouts renversés, à droite et à gauche , le long du moignon, puissent être compris dans l'appareil; à chaque pansement on tournait le lambeau de toile pour tortiller peu à peu toute la ligature, et -cela réussissait si bien qu’en peu de jours on la trouvait séparée du moignon ; j'ai même vu cette séparation se faire dans des sujéts à qui la ligature tenait fortement depuis près d’un an que l’amputation avait été faite.
Lorsque le nerf accompagne les vaisseaux, et qu’il ne fait avec eux qu'un seul et même cordon , on lie le tout ensemble; il y a cependant lieu de croire que, lorsqu'on a commencé à faire usage de la ligature, on ne liait point le: nerf: on prenait l'artère seule avec un bec de canne de corbin, ou une autre pincette, et, la tirant à soi, on passait un fil ou cordonnet autour , et on la liait seule , sans se servir de l’aiguille ; de sorte que le fil serrait immédiatement l'artère , sans que le nerf fût compris dans la ligature.
Lorsque j'ai commencé à exercer la chirurgie , on liait indifféremment le nerf, ou on ne le liait pas ; on était fort éloigné de croire que cette- ligature füt fâcheuse : j'ai été présent à plusieurs controverses, sur ce sujet, entre le grands maîtres de ce temps-là : les uns disaient qu’il était indifférent de lier ou de ne pas lier le nerf ; d’autres voulaient qu’on le liât absolument , disant que, puisqu’ dû lie les vaisseaux sanguins pour retenir le sang , il n’était pas moins nécessaire de lier les nerfs pour retenir l'esprit animal. Je n’examine point la validité de ces raisons ; mais j'en tire cette conséquence que , chez ces maîtres de l’art, la ligaturé du nerf dans lamputation n’était pas un objet qui leur semblât mériter quelque attention ; j'ai souvent vu pratiquer la ligature avec le bec de canne, le bec de corbin etle valet à patin; j'ai observé quelquefois que, sans le vouloir, on pinçait le nerf avec l'artère et la veine, parce qu’ils ont presque toujours une enveloppe commune, et qu’ils sont quelquefois si près les uns des autres qu’on perdrait beaucoup de temps à les séparer, ce qui fait qu'il n'est pas toujours facile d'éviter de les prendre tous ensemble dans le bec de corbin ; à moins D OT considérablement l'opération.
J'observerai ‘en passant, que te bec de corbin ne peut s’enfoncer assez avant dans les chairs pour qu’on puisse toujours tirer le cordon des vaisseaux assez en dehors pour donner prise à la ligature, et la rendre solide ; j'ai souvent vu recommencer deux ou trois fois cette manœuvre sans pouvoir lier les vaisseaux ; et, dans ce Cas ; l'opérateur appliquait un bouton de vitriol. M. Naudin , mon premier
maître , me disait que M. Petit, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, p’avait jamais voulu renoncer à ce bouton de vitriol ; mais qu’il n'avait jamais voulu limiter, parce que cette méthode exposait les malades à des hémorrhagies mortelles; il n’approuvait pas non plus l'usage de bec de corbin, parce que lé ligature esttrop difficile à bien exécuter par ce moyen, et que la mieux faite glisse souvent parce qu elle n’est point rétenue. Ces considérations lui firent imaginer de faire la ligature de la manière que je l'ai décrite, c’est-àdire en comprenant assez de chairs pour éviter quelle fil ne coupât les vaisseaux ; méthode qui a encore l'avantage d'empêcher que l'effort du sang artériel ne chasse la ligature, puisqu'elle est retenue par les chaïrs dans lesquelles le fil est engagé. Voilà ce que-cet habile chirurgien m’a appris , et ce que j'ai pratiqué sous ses yeux pendant plusieurs années. Ainsi, si Ambroise Paré est l'inventeur de la ligature, on peut dire que la manière dont on la pratique aujourd’hui est due à M. Naudin. Je reviens au nerf qu’on OR PReEN dans la ligature des vaisseaux.
Non-seulement les praticiens les plus éclairés n'hésitent point de lier le nerf dans les amputations, mais je l'ai vu lier aussi dans l’'anévrisme , sans que les accidens qu’on lui attribue soient survenus": j'observerai cependant qu’il ne convient point de le faire dans ce dernier cas, parce que, comme, dans l'opération de l’anévrisme, le membre doit rester dans son entier , il est absolument nécessaire de conserver le nerf pour ne point abolir le sentiment et le mouvement de la partie; mais, dans l’'amputation, le nerf étant inutile, puisque le membre est coupé ; il n’y à aucun inconvénient de le lier.
Cependant un chirurgien de mes jours qui s'annonce pour un grand praticien pense que tous les accidens qui arrivent aux amputations dépendent de la compression du nerf compris dans la ligature des vaisseaux ; il donne pour preuve de ce qu'il avance qu'une foule d’accidens ont accompagné les amputations qui ont été faites en Bohème eten Bavière dans les années 1742 et 1743; et il ajoute que, pour éviter ces accidens , il a imaginé une double aiguille avec laquelle il prétend faire la ligature des vaisseaux sans lier le nerf. Mais, au seul aspect de cette aiguille , on doit juger qu’elle ne convient point, soit qu’on veuille lier tout le cordon des vaisseaux , soit qu’on veuille éviter le nerfen ne liant que les vaisseaux sanguins, puisque la ligature ‘doit les entourer dans toute leur circonférence, et être assez profonde, et comprendre assez de chaïirs pour qu’elle né glisse point, ce qui ne peut: s’exécuter qu'avec une aiguille simple , dont la courbure et la longueur fassent environ le liers d’un cercle de trois pouces de diamètre.
D'un autre côté c’est une erreur de croire que les accidens qui surviennent aux amputations soient eausés par la ligature du nerf : s'ils dépendaient de cette cause, ils se manifesteraient dans-le
moment même que. le nerf serait liés il.ne se passerait pas trois ou quatre jours. sans qu'ils se déclarassent, comme :cela arrive ; d'ailleurs ces mêmes accidens accompagnent souvent les grandes plaies et les grandes opérations , dans lesquelles. on n'a fait aucune ligature ; en un mot, je puis assurer qu’une pratique de plus de cinquante ans m'a appris que la ligature du nerf n’est point la cause du tressaillement, des convulsions, du délire, des frissons et de la fièvre qui arrivent dans les premiers temps de l'amputation.
En parlant du choix des moyens pour arrêler le sang j'ai observé que la ligature des. vaisseaux. causait de grandes douleurs, des mouyemens convulsifs.,.et quelquefois la convulsion du moignon , qui est souvent mortelle ; mais ce n’est point parce que le nerf est compris dans cette ligature que ces accidens arrivent, c'est par lirritation des fibres musculaires et aponévrotiques que le fil étrangle. Aussi la fièvre , les vives douleurs, les mouyemens convulsifs , ne se déclarent-ils que le troisième ou le quatrième jour, temps auquel l’inflammation commence à se manifester. Dans cet état il semblé que:la nature.soit indéterminée entre la suppuration et la gangrène. Si l’irritation ne passe pas certaines bornes, et si la force vitale se conserve dans le moignon, la nature triomphe, la suppuration s'établit, et tous les accidens cessent; mais, si Pinflammation fait des progrès trop rapides par la violence de Pirritation, les mouvemens convulsifs et la gangrène terminent bientôt la vie du malade. | , isa tb"
J'ai remarqué, dans ma pratique, que , plus les malades sont forts et vigoureux lorsqu'on leur fait l'opération, plusils sont exposés aux accidens dont nous parlons, parce que l'irritation causée par l'étranglement des chairs que la ligature embrasse est en proportion de la constitution vigoureuse des. malades : or voilà pourquoi il meurt, dans les armées. tant de soldats de l’amputation qu’on leur a faite pour. les blessures qu'ils ont reçues le jour d’une bataille ou dans un siége ; et voilà encore pourquoi les malades, qui sont déjà affaiblis par une longue maladie lorsqu'on leur fait l'opération , sont moins exposés aux. accidens funestes que la ligature produit. MIS
Ce que je dis doit servir de leçon aux. jeunes chirurgiens qui sont dans les hôpitaux ; ils auront souvent occasion d'observer , comme moi, que l’étranglement des chairs par.la ligature , soit qwon y ait compris le nerf, soit qu’on l'ait évité , est la seule cause des accidens ani font .périr les malades avant que la, suppuration soit établie ; et que ces accidens sont d'autant plus violens et, font des-progrés d’autant plus rapides que le blessé a plus de force. Que, dans une blessure avec fracture, une :esquille d’os-pique constamment quelque partie tendineuse, aponévrotique. ou ligamenteuse:, la douleur, la fièvre, l’inflammation.et les mouyvemens convulsifs termineront bieniôt la vie du malade si on n’extrait pas le, corps étranger ; il en est de même
de la ligature : les mêmes parties , violemment serrées par le fif, souffrent une irritation qui donne lieu aux même accidens : c’est pourquoi j'ai enseigné qu'on doit préférer , autant qu’il est possible , la compression à la ligature pour arrêter le sang. Léon
De l'Application de P'Appareil.
Lorsque l’on a fait toutes les ligatures, on applique le premier appareil , lequel a été rangé ow visité par l'opérateur même, qui doit être sûr qu’il ne manque rien de tout ce qui est nécessaire , OÙ de tout ce qui peut l’être : il a placé chaque pièce selon Fordre de leur application afin de les trouver sous sa main , et ne point attendre qu’on les lui présenté ; à moins que ce ne soit quelqu'un d’intelligent, ou qui le soit plus que lui, comme il arrive quelquefois dans ces cas, . comme dans toutes les autres opérations graves ; il faut que tout ce qui compose l'appareil puisse satisfaire non-seulement aux intentions générales que l’on doit avoir dans tout pansement, mais que l’on puisse trouver de quoi remédier aux accidens qui peuvent arriver, et qui embarrassent toujours beaucoup ar on ne les a point prévus.
On doit avoir surtout ce qui est nécessaire pour favoriser la ligature ou les autres moyens qu’on aurait pu employer pour arrêter l’'hémorrhagie , et qui réussissent difficilement sans la compression: ainsi il est nécessaire d’avoir des petites compresses épaisses pour mettre sur les ligatures, sur les boutons de vitriol, ou sur les bourdonnets trempés dans les eaux styptiques. Ces compresses ont deux utilités : lune est qu’elles séparent les fils de la ligature ou les bourdonnets de charpie d’avec le reste de l'appareil, afin de ne les point confondre , et l’autre, c’est que, l’élevant au-dessus du niveau des chairs, le bandage appuie. plus fortement sur l'embouchure des vaisseaux coupés.
Lorsqu'il y a deux os au membre que l’on à coupé, la ligature, faite au cordon des vaisseaux qui passent entre deux, ne serait ‘point soutenue par la comprésse si celle-ci était large, car eile appuierait sur les deux os : c’est pourquoi il faut la faire étroite 4
et disposée de façon qu'elle puisse passer juste dans l’espace qui se ‘trouve entre les deux os; et, si l'on veut couvrir les fils de la fi- -gature, on met sur la Dériiérel compresse une autre plus large, qui puisse appuyer sur le bout des os, pourvu que la première rempiisse l'espace qui se trouve entre les deux.
Par-dessus toutes ces compresses on met de la charpie brute dont on garnit tout le moignon ; on la soutient avec une compresse en huit doubles, dont les angles sont coupés en rond : cette compresse est un peu moins étendue que la surface du moignon ; le
tout est maintenu par deux bandelettes ou compresses longuettes de linge plié-en:trois, longues de quinze à dix-huit pouces, et larges: de deux pouces et demi plus. ou:moins;; ce: deux longuettes sont mises en. croix ; l’une est pliée sous le jarret;,si c’est pour la jambe, elle passe sur le moignon, et: finit au-dessus du genou ;l'autre commence sur un côté du: genou, croise et traverse la pre-. mière sur. le milieu du moignon, et: finit de l’autre.
Bien des chirurgiens se servent d’une troisième:compresse plus. longue que les deux premières, avec laquelle. ils, font.une circon-. volution autour du moignon pour embrasser les deux premières : je ne blâme point cette pratique , mais je ne me sers point de cette troisième compresse pour.ne pas charger la partie, qui l’est déjà assez. Je crois pouvoir m'en passer d'autant mieux que le premier tour de la bande fait son office : la bande doit avoir un peu plus de deux pouces de large, et trois aunes et demie de long, plus ou moins, et roulée à un seul chef; le premier jet de la bande doit être obliquement placé, depuis le dessus de Particulation du génou , en descendant vers l'extrémité du moignon, où l’on la passe circulairement autour de l'appareil, en remontant et circulant vers le jarret; on fait trois ou quatre tours; de là on passe la bande sur le genou, puis, en descendant, on la passe sur le moignon ; on remonte sur le genou par le côté opposé, d'où on repasse encore sur le moignon , et on continue d'employer ainsi la bande jusqu’à ce que le tout soit bien couvert; mais il faut éviter, autant qu’on peut, de faire ce qu'on nomme des renversés : pour cela on est quelquefois obligé de faire ua demi-circulaire au-dessous du genou afin de changer la direction de la bande, pour éviter de la passer sur les mêmes. endroits. Lorsqu'on a bien couvert le moignon par cinq ou six contours en doloires ; on emploie le reste de la bande à faire des circulaires autour du moignon, depuis le bord de l'endroit coupé en remontant : elle embrasse ainsi tous les autres jets de bande, et vient finir au-dessus du genou, où on l'attache avec une ou deux épingles. ù
Je n’approuve point l’emplâtre et les deux comprésses cruciales : dont bien des gens se servent encore : elles sont très-difficiles à placer, trés-incommodes à ôter quand on change d'appareil, eton ne peut les appliquer qu’elles ne fassent beaucoup de plis , qui blessent la partie , surtout. lorsqu'elles ont été mouillées , parce qu elles durcissent en séchant ; enfin j'ai cru devoir les tetraiéhet, parce qu’elles sont inutiles, et que l'appareil , tel que je viens de le décrire , est plus doux , puisque, s’il est bien appliqué , il ne forme aucun pli ni bourrelet capable de presser douloureusement le moignon. On -obsérvera. que toute cette manœuvre doit se faire le moignon étant plié,
parce qu'il serait impossible de le plier ensuite sans beaucoup de … douleur.
Je crois qu’il serait inutile de m’étendre davantage sur la manière d'appliquer le premier appareil : une description plus étendue serait trop minutieuse; il suffit de dire que cet appareil doit remplir trois intentions : la première , de favoriser, par une compression modérée, les moyens dont on s’est servi pour arrêter le sang; la seconde, de concourir à rapprocher les chairs par l'application des compresses et des contours de bande qui doivent tendre à la réunion; la troisième, de contenir la charpie et les autres pièces de l'appareil , avec lesquelles on recouvre les chairs coupées.
$. VI fr, De la Manière de placer le Moignon.
Lorsque l'appareil est appliqué de la manière que je viens dé décrire , il faut placer le corps et la tête du malade un peu élevés lorsque pra la cuisse ou la jambe qu’on a coupée. J'ai vu des malades; dans une situation contraire , se plaindre de douleur de tête, que jai : soulagée «en léur mettant un oreiller de plus sous les épaules. Le moignon doit être placé mollement sur des oreillers de crin ou de paille d'avoine , mais élevé le plus qu’il est possible, pourvu que le malade n’en soit point incommodé. On laisse le tourniquet lorsque quelque ligature trop faible pourrait faire craindre l’hémorrhagie ; mais il doit être lâche, et sans causer la moindre compression.
On fait en sorte que la. partie coupée ne touche à quoi que ce soit , et que rien n’appuie sur elle : pour cela on se sert d’une espêce d’archet fait avec un ventre de tambour ou avec de l’osier , et dans lequel on place l'oreiller sur lequel est appuyé le moignon ; il faut aussi qu’il y. ait beaucoup de place entre le moignon et le ventre de larchet, soit pour pouvoir l’ôter facilement sans toucher la partie malade , soit pour placer des serviettes chaudes ou des fomentations, selon les différens cas.
On place auprès du malade une personne intelligente, dont les fonctions doivent être de tenirle moignon avec ses deux mains : l'une qui appuie sur l’appareil qui couvre le moignon pendant que l’autre appuie sur le genou, de sorte que, étant diamétralementopposées , elles fortifient la compression que le bandage fait sur l’orifice des vaisseaux coupés ; mais il faut que celui qu’on charge de cette fonc: lion soit au fait; car il n’est pas moins dangereux de presser trop que de ne pas presser suffisamment : j'ai vu en effet quelquefois des mains maladroites causer beaucoup de douleur et inflammation en appuyant trop fort sur le moignon, et d’autres qui laissaient SchApDeE je san en n n'appuyant pas assez.
le: & VIL | De la Manière de conduire le Malade jusqu'à parfaite guérison.
Après avoir bien placé le malade, il faut pourvoir à différentes choses : on doit commencer par le tranquilliser sur son état en lui donnant les espérances les plus flatteuses : c'est le calmant le plus efficace qu'on puisse lui procurer ; on prescrit ensuite le régime qui lui convient ; on le saigne une ou deux heures après l'opération ; il n’est pas inutile de lui annoncer cette saignée sans visiter le moignon: il pourrait soupconner quelque chose de fâcheux si on n'avait pas soin de le prévenir. | |
Les saignées doivent être plus ou moins répétées, suivant l'état plus ou moins vigoureux et pléthorique du malade, et suivant qu’il a perdu plus ou moins de sang dans l'opération : en général elles doivent être nombreuses lorsque le membre qu’on à amputé est considérable , comme la cuisse; lorsque le malade est dans toute sa vigueur, comme le jour ou le lendemain d’une bataille , et lorsqu'on a fait la ligature des vaisseaux; toutes ces circonstances réunies doivent faire craindre l'irritation la plus vive, qui aurait les suites funestes dont nous avons parlé si on ne les prévenait pas en affaiblissantle malade, et en le calmant par les potions anodines, et plus ou moins narcotiques suivant les cas. A “mes
Toutes les saignées doivent être faites avant la levée du premier appareil, qui ne doit avoir lieu qué quarante-huit heures après l’opération , à moins que quelque accident ne nous oblige à le lever plus tôt; souvent même on n’en lève qu’une partie, dans la crainte de renouveler lhémorrhagie , surtout lorsque le moignon est sec, et qu'ilnesuppure point , ou lorsque le sang n’a pas été bien arrêté ; c’est surtout dans ce cas qu'il faut que le tourniquet soit placé, et prêt à être serré au besoin , avant de lever les bandes et les compresses , ce que l’on doit faire le plus légèrement qu’il est possible et sans secousse ; lorsqu'on arrive aux parties de l’appareil qui touchent immédiatement les chairs, on observe de ne lever que ce qui sé sépare aisément ; on laisse tout ce qui est adhérent, pour ne point causer de douleur, et pour né point donner lieu à l’hémorrhagie, * qui arriverait indubitablement pour peu qu’on forçât ce qui résiste à la séparation ; il vaut mieux attendre que Ja suppuration le sépare, et, pour la hâter, on garnira des plumasseaux de digestif, et on les appliquera sur ce qui reste de l'appareil avec beaucoup de douceur et de légèreté. | sé Lite hd
Les compresses longuettes que l’on emploie dans le Second appareil ne doivent pas être si épaisses que celles dont on s’est servi au premier; les bandes seront aussi moins lorigues; on les serrera moins, parce qu'il ne s’agit plus de comprimer les pelits vaisseaux ; mais il
faut cependant que les gros le soïent ; on satisfait à ces deux fndications, qui semblent contradictoires , en donnant un peu plus d’épaisseur aux petiles compresses que l'on met sur les ligatures des gros. vaisseaux, eten passant sur ces compresses les jets de bande, qui vont du genou au moignon et du moignon au genou; les contours circulaires doivent. être moins serrés que ceux que l’on fait au premier appareil, parce que le moignon se gonfle toujours , et que K si les circulaires étaient serrés, ils intercepteraient la circulation dans les petits vaisseaux, et occasioneraient une inflammation et peutêlre la gangrène.
Ce gonflement du moignon est inévitable ; il est même d’un bon présage lorsqu'il est mollet, sans douleur, et que la couleur de la peau n’est point changée ; si l’on mouille quelquefois les compresses el les baades avec le vin ou avec l’eau chauäè animée d’un peu d'eau- de-vie , c’est moins pour réprimer ce petit gonflement que pour que Dot s’ajuste uniment, et ne fasse aucun pii sur la partie; j'ai vu souvent l'inégalité des bandes et des compresses causer des douleurs suivies d’inflammation et d’abcès : on aperçoit ces défauts de l'appareil par les vestiges qu’il laisse sur la partie. 2
Quand le gonflement du moignon est médiocre, ettel que je viens de le dire, que le malade ne souffre pas, que le pouls est un peu élevé, mais mollet , que le malade n’est point agité , qu’il n’a point le visage niles yeux rouges , que la peau n’est point sèche , qu’au contraire elle est un peu humide, c’est un signe que la suppuration s'établit, et l'on ne manque pas de s’en apercevoir à la levée du troisième ou quatrième appareil : alors les plumasseaux sont un peu humectés d’une humeur blanche, qui règne même sur toute la surface de la plaie, et que l’on voit augmenter à chaque pansement.
On ne doit encore panser le blessé qu’une fois par jour, et ce pan-. sement! doit se faire avec DEPD ENS pour ne point exposer {trop long-temps la plaie à l'air : on ne doit point surtout l'essuyer , pour ne point irriter les chairs, qui sont si sensibles dans ces premiers temps ; car , si on s'occupe indiscrètement à enlever ; avec un linge ou de la charpie , {oute l'humidité dont elles sont couyertes, on agace les extrémités des nerfs coupés ; on augmenté la phlogose et Pinflammation, qui , devenant plus considérable , occasione une fièvre plus forte qu’elle n’aurait été. Cette fiévre peut détourner la suppuration; elle la tarif même quelquefois, ce qui est suivi de ce qu'où nomme reflux des matières purulentes ; d’autres fois la gangrène s’ empare de la plaie, ou, si le malade a le bonheur d'éviter ces inconvéniens , il arrive au-moins une suppuration orageuse qui le met en danger.
Je viens de dire qu’il convient de mouiller quelquefois les compresses et les bandes avec le vin chaud ; mais, si, malgré cette sage conduite, le moignon se gonfle, s’il devient rouge, luisant et douloureux , il faut faire une forte décoction d'herbes émollientes dans:
Peau , en imbiber les bandes et les compresses ; on les mouille plusieurs fois avec cette décoction pendant le jour et pendant la nuit; car il faut constamment tenir la partie chaude et humide : si le mal augmente, on applique des cataplasmes faïts avec cette même décoction, la pulpe des herbes bieñ passée au tamis ; à quoi on ajoute au moins un tiers de farine de graine de lin; on a recours en même temps aux saignées et aux tisanes de nr nitreuses , aux sirops et aux apozèmes , auxquels on ajoute quelquefois la poudre tempérante de Sthal , ou du nitre purifié , , qu’on met aussi dans la tisane ordinaire; sile Véntss est serré, on letient libre
par les lavemens d’eau simple ou d’eau de casse bouillte : dans laquelle on ajoute Île cristal minéral ; il en faut cependant” user sagement, car la trop grande liberté du ventre n’est pas moins à craindre que la constipation , surtout avant que la suppuration soit bien établie.
On n’est pas long-temps à s’apercevoir du succès de ces remèdes par la diminution de la fièvre, de la douleur, et principalement par l’humidité des plumasseaux , par la -mollesse du moignon, par la disparition de la rougeur et du luisant de la peau; signes qui annoncent une suppuration prochaine.
Cette suppuration , ainsi préparée par tous les secours que je viens de proposer, est toujours louable ; elle détache entièrement le reste de l’appareil , elle devient peu à peu blanche et égale ; alors il ne
s’agit que de continuer à panser avec douceur et promptitude ; mais , comme la suppuration devient abondante , il faut panser deux fois par jour : je me donne bien de garde d'imiter ceux qui essuient à chaque pansement le pus qui couvre la surface des chairs ulcérées ; ma méthode est d'appliquer les plumasseaux, et de n’essuyer la peau des environs qu'après avoir entièrement couvert la plaie.
Au lieu d'emplâtre en croix , dont on se sert ordinairement pour retenir les plumasseaux , je me sers d’une bandelette emplastique de diapalme , de Nuremberg ou autres; cette bande sera moins large que la plaie, mais cependant assez longue pour que , après avoir traversé le moignon , ses deux bouts puissent couvrir, l’un, le condile externe, l'autre le condile interne du fémur, et se joindre ou se dEbiker même au-dessus du genou. Cette bande sert à retenir tout l'appareil, ce que la main d’un aïde ne ferait pas avec autant d’exactitude, de sûreté et de légèreté. L'appareil , ainsi maintenu, donne toute la facilité d'appliquer le bandage sans que l’aide fasse aucune manœuvre ; au lieu que , lorsque l'appareil est tenu en situation par l’aide, CIE et est obligé de changer de main, ou de lever tantôt un doigt, tantôt un autre , à chaque pièce d’appareil que l’opérateur veut placer, et à à chaque tour qu'il fait faire à sa bande. Il est aisé de s’apercevoir que tous ces mouvemens ne se font pas sans causer beaucoup de douleur, que l'on évite en se
servant de la bandelette emplastique. D'ailleurs les deux extrémités de la bandelette, passées l’une sur l'autre au-dessus du genou ; se collent ensemble, et retiennent les plumasseaux fixés sur la plaie, au lieu que, s'ils étaient soutenus par les doigts d’un aide, ils changeraient de place , et frotteraient douloureusement les chairs,
Enfin cette so convient parfaitement lorsque, après la suppuration établie, les ligatures ne sont pas encore séparées : on sait que la plaie Ckise un bandage lâche, au lieu que l'endroit de la ligature qui n’est pas tombé doit être beaucoup plus comprimé. Pour satisfaire à ces deux intentions on met sur la ligature une compresse de l'étendue convenable, mais fort épaisse; on la retient à sa place avec les bandelettes d’emplâtre : par ce moyen on évite la chute prématurée de la ligature, et par conséquent l'hémorrhagie ; le reste de la plaie ne souffre point de cette compression : on peut la panser avec {oule la légèreté qui convient. Au moyen de cette longuette , qu'on peut laisser plusieurs jours, on peut lever tout le reste de l'appareil, et panser le blessé sans craindre l’hémorrhagie; en un mot, je ne saurais:trop insister sur l'utilité de cette bandelette; je l'ai souvent mise en usage au premier appareil pour maintenir la compresse qui s'applique sur la ligature, et cela dans les cas où le moignon douloureux et méRonnt de gangrène ne permettait pas de serrer le bandage, et je m’en suis trèsbien trouvé dans la suite des pansemens, comme on le verra par les remarques suivantes.
En suivant la méthode ordinaire dans 1ée pansemens ; € rasthediee en me servant d'emplâtres et de compresses tailléesen croix deMalte , je me suis aperçu que la fièvre, qui doit diminuer par gradation lorsque la suppuration est établie, se soutenait au contraire, et que les blessés ne dormaient pas tranquillement. Après avoir réflécni sur ce fait, et sur ce qui en pouvait être la cause, j'ai reconnu que je devais l'attribuer à usage des cruciales, soit parce qu’elles blessent les parties voisines par leur dureté, ou par l'irrégularité de leurs plis , comme je l’ai dit ci-dessus, soit parce qu’ellesis’unissent et se collent les unes aux autres, et forment, avec le reste de l'appareil, une espèce d’enveloppe ou de calotte que le pus ne saur ait percer pour arriver à l'extérieur : aussi , toutes les fois qu’on. lève ces compresses réunies, trouve-t-on, dans le fond de l'espèce de. vase qu'elles forment, plus d’une; palette de pus: or ce pus , séjournant ainsi d’un pansement à Pautre, et s’altérant, agit sur la plaie comme lorsqu'il séjourne dans des sinus que l’on diffère d'ouvrir. Tout le monde sait qu’il agace les chairs, et qu'il reflue. quelquefois dans la masse du sang; d'où il résulte plusieurs accidens: trèsdangereux. Dans le.cas dont je parle Jes. blessés sont tranquilles immédiatement après le pansement, et même. pendant. quelques.
heures ; mais ensuite leur pouls s'élève peu à peu ; ils sentent de la chaleur au moignon, puis de la douleur ; Ia fièvre et les inquiétudes augmentent ; ik passent de mauvaises nuits : comme {ous les accidens diminuent , et qu'ils disparaissent même entièrement l'instant après que les malades ont été pansés ; il y a lieu de croire qu’ils n’ont pour cause que le pus retenu ; ceux qui n’y font pas attention combattent le mal avec des apozèmes purgatifs et avec des fébrifuges , mais sans succès ; tandis qu'il suffit d'éviter le séjour du pus en pansant plus fréquemment, ou, ce qui vaut encore mieux, en disposant l'appareil de manière que le‘pus puisse s’écouler à mesure qu'il se forme , ainsi que je viens de le prescrire.
Quoique la suppuration soit abondante et bien conditionnée , que le moignon soit dégonflé et devenu mollet, que le malade soit tranquille et sans fièvre, et que, dans cet état ; tout annonce la guérison, on voit cependant quelquefois que , sans des causes manifestes, il survient des démangeaisons àla peau dela circonférence du moignon, qui devient rouge et douloureux, et que, peu aprés , les chairs de la plaie deviennent molles, tendres, sanieuses, et s'élèvent. Cet état dépend souvent de abus qu’ on fait des topiques dont on se sert dans les pansemens, |
J'ai vu commettre de grandes faites aux jeunes praticiens concernant l'usage des topiques suppuratifs , qu’ils suppriment quelquefois trop tôt, et dont ils font d’autres fois usage si long-temps que les chairs: croissent trop , et deviennent baveuses ou fongueuses. Comme ce que j'ai à dire sur ce sujet ne regarde pas seulement les amputations , mais les plaies qui suppurent, et tous les ulcères qu’on veut conduire à guérison par une bonne cicatrice, j'ai cru que, pour l'instruction des jeunes chirurgiens , il convenait de donner quelques règles générales sur cette r qui n’est pas des moins importantes.
On ne doit quitter les suppuratifs que lorsque le moignon est entiérement dégonflé , et que les chairs sont grenues ; on ne ies quitte même que par degrés , en se servant d’abord du baume d’Arceus ou du mondificatif d’Ache : je prends ordinairement parties égales de ce baume et d'huile d’hypericum, que je fais fondre ensemble au baïnmarie dans un vaisseau de verre; puis je prends un magdaléon d’emplâtre divin , avec lequel je fais remuer et mêler ensemble le baume et l'huile ; ce qui se fond de l’emplâtre donne’ autour une couleur brune ; mais qui devient d’un beau vert. Comme c’est le vertde-gris qui fait ce changement, que c’est lui qui rend l’onguent mondifiant, on met plus ou moins d'emplâtre, selon que lon veut pius ou moins mondifier. J'ai, par l'usage de cet onguent, évité les ex- : croissances et conduit des amputatiôns de jambes et de cuisses à parfaite guérison sans m'être servi de pierre infernale ni d’aucun consomptif; mais il faut s'y prendre de bonne heure, car le mondificatif
que je propose peut bien s'opposer à l'accroissement des chaïrs : mais il n’est pas assez fort pour les consommer lorsque l’on a négligé de prévenir leur accroissement extraordinaire ; le temps d’en commencer l'usage est lorsqu'il n’y a plus de douleur , que le moignon es{ sans rougeur et sans tension , en un mot lorsque le dégorgement du voisinage est parfait.
Dans cet état il y en a qui appliquent la charpie sèche ; mais L ’ai éprouvé qu’elle réprime trop brusquement la suppuration , et j'ai vu succéder à cette pratique la rougeur, la douleur, la fièvre et le reflux des matières purulentes. La charpie sèche a encore un défaut, qui est de s'attacher à la circonférence de la plaie, et dy retenir le pus, comme ferait l'appareil avec les cruciales que nous avons blämées ci-dessus.
Mais je ne prétends pas dire que la charpie sèche soit toujours nuisible ; je la crois au contraire très-utile lorsque la suppuration est considérablement diminuée , et que les chaïrs grenues paraissent devenir mollasses et blanchâtres. Lorsque je m’en sers dans ce cas, je garnis les plumasseaux du même mondificatif dont j'ai parlé ; et je les applique de manière que le côté de la charpie sèche soit sur la plaie, et celui de l’onguent en dehors : cette manière de panser a cet avantage que la charpie ne s’imbibe pas d’une grande quantité de pus; la plaie est moins sèche , au lieu que, lorsque les plumasseaux ne sont point garnis d’onguent, le pus les traverse , s'insinue dans le reste de l’appareil, et la charpie s'attache aux bords de la plaie, d’où l'on ne peut l'enlever sans faire saigner les chairs, ou déchirer ia cicatrice commencée.
Dans l'usage des moyens dont je viens de parler intention: doit être de prévenir l’accroissement excessif des chaïirs; mais, si, malgré ces moyens , ou pour les avoir négligés, elles s’élévent trop, il faut les réprimer ; le choix des consomptifs qu’on emploie dans cette vue n’est point indifférent : s'ils sont trop faibles, ils opèrent lentement, et détruisent peu de chairs à la fois , de sorte qu’elles ont le temps de se reproduire d’un pansement à l’autre ; et , s'ils sont trop forts , ils causent des accidens dont les suites peuvent être fàcheuses ; car ils peuvent causer la mort s'ils sont arsénicaux, où donner le flux de bouche s'ils sont mercuriaux, comme je l'ai vu arriver plusieurs fois.
La pierre infernale est le consomptif qui convient le mieux : on la met en usage lorsqu'on s'aperçoit que les chairs, de grenues , fermes est rouges qu’elles étaient , deviennent lisses, molles , pales, et presque insensibles. Pour retirer de cette pierre tout le fruit qu’on peut désirer it faut qu’elle soit faite avec l'argent, et non avec le cuivre ; il faut qu’elle soit bien sèche, afin qu'il ne s’en fonde pas trop à chaque application ; mais les chairs qu’on doit toucher doivent être un peu humides , sans quoi la pierre ne ferait aucune impression
sur elles : si les chairs sont extrêmement élevées, molles et insensibles , on doit, avant de les toucher avec la pierre , les essuyer un peu fortement au point de les faire saigner. L'irritation qu’on excite par ce moyen dans les chairs fait que la pierre les entame plus pro-
fondément, et qu’elle produit une escharre plus épaisse ; mais il
ne faut pas répéter souvent des applications aussi fortes > Parce que la plaie deviendrait bien douloureuse ; et s’enflammerait à la fin ; at contraire , lorsque les chairs sont peu élevées , et que la cicatrice fait des progrès , il faut toucher la circonférence de la plaie si légérement que la pierre produise plutôt l'effet d’un dessicatif que d’un consomplif ; enfin, pour terminer ce que j'avais à dire sur les pansemens , je rapporterai deux observations qui prouvent combien il est dangereux de ne pas prendre toutes les précautions requises pour que la pierre infernale ne s'échappe pas des doigts ou du porte-pierre, et qu’elle ne tombe pas dans quelque cavité d’où il serait difficile de la retirer. fn
J’ai vu un morceau de pierre infernale s'échapper dans le gosier en touchant un ulcère aux amygdales; le malade fut obligé de l’avaler. Cet accident devint mortel, quoiqu’on eût fait vomir le malade, et qu'il La rejelät; mais sans doute qu’il s’en fondit une partie pendant le temps qu'il la garda : il vécut pendant quelque temps, mais avec des maux d'estomac, des nausées, des vomissemens, des tranchées, des dévoiemens et des dysenteries fréquentes, lesquelles, se succédant dans des temps plus on moins éloignés, lui causèrent une maigreur et une exténuation universelles qui le conduisirent au tombeau,
J'ai été appelé en consultation pout voir un homme à qui on avait fait l'opération de l’empième pour un épanchement de sang à l’occasion d’un coup d'épée. L'opération avait parfaitement réassi jusqu’au quinzième jour de l'opération ; il ne sortit presque plus de matière ce jour-là ; et, une heure après avoir été pansé, le malade fut pris d’une toux sèche et presque continuelle, avec douleur et chaleur dans la poitrine , la fièvre, et une agitation si grande que l'on appela le chirurgien, qui, sachant que ces accidens étaient causés par un morceau de pierre qu’il avait laissé échapper dans la poitrine, eut recours à moi pour y remédier. Nous visitâmes le malade , Qui étouffait : l'appareil étant levé, il sortit plus d’un demi-setier de matière lymphatique brune et inégalement colorée par la pierre. Cette évacuation ne sonlagea pas beaucoup le malade, parce qu’il restait encore beaucoup de pierre qui n'avait pas eu le temps de se fondre. Je fis injecter de l’eau tiède dans la poitrine , et placer le malade convenablement pour favoriser la sortie du corps étranger. Cette tentative n'ayant pas réussi, je fis rempiir la seringue ; j'introduisis le tuyau dans la poitrine; et à côté j'y glissai mon doigt indicateur; puis, poussant le piston de la seringne avec force, et retirant mon doigt à propos, l'injection et le reste de la pierre sortirent. On pansa le malade à l'ordinaire; ses accidens diminuèrent peu à peu ; ils cessèrent entièrement ; la plaie reprit son train ordinaire , et fut promptement cicatrisée.