‹ Œuvres complètesChapitre 139 sur 140 · OBSERVATION SUR UN ACCOUCHEMENT CONTRE NATURE · texte numérisé non relu

OBSERVATION SUR UN ACCOUCHEMENT CONTRE NATURE

Ex l’année 4727, étant à Varsovie, on me pria d'aller voir une pauvre

femme dans le village Chanlais, à une lieue de cette ville. Cette femme, depuis trois jours, était en travail pour accoucher d’un enfant à terme : je la trouvai mourante, non de douleur, de tension, d’inflammation , ni même de fièvre, mais d’une faiblesse extrême, suite dod iii re d’un long travail. La sagefemme, que je trouvai près delle, me dit qu’elle n’avait senti aucune douleur depuis trois jours : ce n ’est pas qu’elle n’eût senti, dans les commencepens,, celles que l’on appelle vraies douleurs; mais kr avaient cessé. La dernière douleur avait été si vive.que la malade fit de grands cris, accompagnés de contorsions et de mouvemens convulsifs, et, cette douleur cessant, elle tomba dans une faiblesse. extrême , et perdit cbtinaissanté, Après être revenue de cet état, ‘elle dit que, dans le plus fort de sa douleur, elle avait senti au ventre un Srtachehent: où déchirement extraordinaire, at la sage- fenime, qui s’en était aperçue, m’assura que ce déchirement avait été si prompt et-si violent qu’elle avait entendu un bruit semblable à celui que produit un linge qu’on déchire ; que, ayant touché la femme dans cet instant, elle avait trouvé, à l’orifice, une dilatation plus large que la paume de Ia main; que, faute de douleur, cette dilatation avait été presque toujours la même depuis trois jours, et que les eaux ne s’étaient point formées : elle se‘trompait. Je touchai la malade, et je m’aperçus qu'il se présentait, à l’orifice, une tumeur p'eine d’un fluide quelconque , contenu dans un kyste plus épais que ne doit être celui qui contient les eaux ordinaires. Je touchai l’extérieur du ventre et jy reconnus une hernie ventrale qui s’étendait depuis l’ombilic jusqu'aux os pubis, et une autre depuis, le nombril jusqu’au cartilage xiphoïde. La première, c’est-à-dire l’inférieure , était si considérable que les muscles droits étaient éloignés l’un de l’autre dé neuf à dix pouces : à la supérieure, il n’y avait que cha pouces de distance entre ces deux muscles ; de sorte'que , si l’ombilic n’eût point résisté, il y aurait eu une rupture évinplèté de la ligne blanche , depuis le cartilage xiphoïde jusqu'aux os pubis. Je fis quelques questions pour m'instruire quels avaient été les commencemens et les progrès de la tumeur, On me dit qu’elle avait commencé depuis long-temps, etqu’elleavait augmenté à chaque £ grossesse ef àchaque accouchement qu'avait en la malade; que, depnis six mois, l'augmentation avait été plus prompte et plus considérable , mais qu’elle n’était parvenue à la grosseur énorme où je la voyais que depuis trois jours. Je jugeai par ce récit que , avant le travail,

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et pendant les premières douleurs, l’écartement des” muscles droits; n’était guère plus considérable dans l’une que dans l’autre de ces tumeurs, et qu’apparemment il n’était devenu si grand à la tumeur inférieure, qu’en conséquence de la dernière et vive douleur pendant laquelle la malade et la sage-femme entendirent ce bruit, qui m'était sans doute que celui que'fit la ligne blanche en se déchirant. PU Dans un accouchement naturel la dilatation du col de la matrice, telle que je viens de le dire, et la persévérance des douleurs, auraient été plus que suffisantes pour espéreï une prompte délivrance de la mère ; mais l’accouchement, qui d’abord paraissait et devait être naturel, fut véritablement contre nature par les circonstances qué je vais rapporter. Deux médecins et un chirurgien, qui s’y trouvérent presque en même temps que moi, jugèrent différemment de l’état dans lequel était la malade : l’un croyait que ce qu’on tonchait de mou et rémpli de fluide était une mole; l’autre croyait que c'était une hydropisie de matrice enkystée; et quelques autres, surtout la sagefemme, pensaient que c’étaieñt les eaux qui, faute de douleur, n'avaient pu percer les membranes. trop épaisses. Ces différentes opinions m’engagèrent à retoucher a malade; et, ayant porté mon doigt aussi avant qu’il me fut possible dans toute la circonférence du corps qui se présentait, je reconnus, à n’en point douter, que nous touchions à nu la tête de l’enfant exorbitamment grossie par un hydrocéphalez parce que je sentis les pariétaux écartés l’un

de Pautre de’ plus de cinq pouces; et, portant mon doigt dans la partie su-

périeure , je reconnns l’angle de l’occipital : je ne rencontrai point le coronal; mais ce que j'avais touché me suffisait pour décider de l’hydrocéphale, et assurer de plus que la tête de l'enfant était dans la situation convenable à la sortie; qu’il serait même sorti sans la grosseur monstrucuse de la tête si la.malade avait eu de véritables douleurs ;:et sien même temps les organes qui servent à lexpnision du fœtus enssent été éh état de se contracter. .

Voilà quelle était la situation de la malade, dont tout le monde: convint. IL fat question de délibérer sur les moyens de la tirer dun état si périlleux.: mais, avantde rien entreprendre, quoïque je crnsse l’enfant mort, je l’ondoyai; après quoi, pour délivrer la mère, il fut proposé d’aller chercher les pieds, et on l’aurail fait si je ne m’y étais pas fortement opposé par les raisons qu’on dira ci-après. Lg |

Je .plaçai la malade comme pour un accouchement naturel ; je passai sous les reins une nappe pliée en six doubles; je mis un petit oreillersur le ventre, et je fis croiser par-dessus, en forme de croix de saint André, les deux bonts de la: nappe, que je donnai à tenir à deux personnes qui m'’aidaient dans cette opération, et auxquelles je dis ce qu’elles devaient faire au hesoin. Alors, ayant un bistouri caché sous l'indicateur de ma main droite, je mis Je” doigt indicateur de la main gauche sur le sommet de la tête de lenfant pour meservir de conducteur; j’enfonçai mon bistouri jusqu’au séjour de l’eau , autant élojgné du milieu qu’il me fut possible, pour ne point offenser le sinus longitudinal. Je fis une ouverture assez grande pour y introduire à l'aise l'indicateur de la main gauche qui m'avait servi de conducteur : les eaux sortirent en abondance. Aloxs j’ordonnai à ceux qui tenaient les deux bouts de la nappe de les tirer par gradation pour comprimer le ventre; mais, ne voulant pas que l’évacuation fût si prompte, je la modérais à mon gré avec ce même doigt , que je tenais toujours dans l'ouverture. Après avoir évacué trois pintes d’eau, qui est tout ce que contenait l’hydrocéphalie, le doigt mdicateur me servit beaucoup; car, avec cé doigt et le ponce , je saisis les tégnmens; ou,

pour mieux dire, 14 poche hydropique dans toute son épaisseur; je la tirai dans le passage, et, joïgnant ma main droite àla gauche, j’eus toute la prise nécessaire-pour tirer l'enfant avec beaucoup de facilité. L’instant après la malade sa Sentit plus forte ; la parole qu’elle avait perdue lni revint; une cuillerée de vin dé Hongrie la ramina davantage ; et , si je ne me pressai point d’achever l'opération ; c’est parce que l'enfant était mort, et depuis plus d’un Jour; c’est pour cela aussi que, pour délivrer la femme, je né liai ni coupai le cordon , et que , en tirant vec donceur le placenta ; ilse détacha, et sortit avec facilité. RUE | 5" ea je Jé fis mettre dans uñ bassin le tout. ensemble pour l’examiner à loisir. Je inis la malade dans $on lit en situation Commode, et j’assujettis les bouts de la nappe, qui jusqu'alors ne l'avaient été que par les mains de ceux à qui je.les avais confiés pendant le cours de l'opération. La sage-femme gouverna sa malade à la mode du paÿs, et réussit à la mettre sur pied, comme bien d’autres à qui elle avait fait des accouchemens naturels; et en effet, à l’exomphale près, cétte femme devait être regardée comme toutes celles qui accouchent naturellement. | “dés |

Il y a plusieurs choses à observer dans cet exposé. 1° Si oh s’en rapporte au récit de la sage-femme, c’est que les eaux.ne s'étaient point formées, c’est-à-dire qu'elles-ne s'étaient puint présentées à l'orifice, renfermées dans les enveloppes communes du fœtus en forme de vessie, comme cela arrivé ordinairement; mais il est certain que la sage-femme s'était trompée, et que sans doute les eaux s'étaient vidées sans qu’elle s’en fût aperçue, puisque la première chose qu’on toucha*immédiatement fut là peau de la tête de l'enfant dénudée de toute membrane. Il ÿ à apparence que ce qui l'avait jetée dans cetté erreur était que ces eaux pouvaient n'être point abondantes , et que ce qu’il pouvait y en avoir n’était. point sorti tout à coup , mais peu à peu et en différens temps ; ét , en second lieu , que la tête répondaït au doigt à peu prés comme auraient répondu les eaux naturelles et ordinaires si elles avaient été en quañtité suffisante, et que les membranes n’eussént point été rompues. Ces circonstances l'avaient abusée au point qué , chaque fois qu’elle y portait son doigt, quoiqu’elle ne ouchât que l’hydrocéphale , elle croyait toucher la poche naturelle que forment les. eaux quand elles sont retenues dans leurs membianes ; elle m'avoua même que plusieurs fois elle avait été tentée de les déchirer, mais qu’elle les avait trouvées trop dures. | s) xt |

20 On voudra peut-être savoir pourquoi les douleurs ont d’abord élé si vives , et qu’elles ont cessé tout à Coup. Il n’est pas surprenant que la malade resséntit des douleurs très-violentes dans le commencement de son travail : la ligne blanche n'étant que dilatée, l'action des muscles du bas-ventre pouvait -encore presser la matrice, et pousser la tête de l'enfant sur son orifice ; mais, pendant.la dernière douleur, ces muscles s'étant déchirés tout à coup dans lendroit où

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