XXXIV DISCOURS SUR LE TRAITÉ
quer que, dans les opérations qu’on fait au bas-ventre, la tête devait être fléchie sur la poitrine, parce que, pour l’action des muscles sterno-mastoïdiens , les muscles droits et pyramidaux seraient obligés de se contracter pour leur faire un point fixe de la poitrine. On peut juger combien il faudra multiplier les observations pour acquérir des principes solidement digérés et réfléchis sur les différens cas où l’on pourra en faire une application utile, J’avance, sans crainte d’en être repris ; que les luxations tiennent le premier rang parmi ces cas. M. Schreiber prescrit singulièrement cette même étude en médecine pour la connaissance des maladies convulsives. Voyez les journaux de Leipsick, année 1729 (1).
Avant que M. Petit eût eu le temps de publier sa réponse à l'article du Journal des savans du mois de mars 1724, M. Andry, son antagoniste, fit imprimer une lettre qui était supposée luï être écrite par un médecin, et dans laquelle on se plaignait des louanges qu'il avait données , dans ce journal, au Traité des maladies des os, et des conséquences dangereuses qui pouvaient en résulter. M. Andry avait grande opinion de son autorité : « Comment (disait-il en parlant de » lui-même sous le voile de l’'anonyme), comment de jeunes aspirans » qui voient parler de la sorte un médecin de la faculté de Paris, et » un médecin qu'ils savent avoir été choisi par cetté faculté même » pour enseigner dans ses écoles la chirurgie, ne se rendront-ils » pas à ce jugement? » On se propose, dans cet écrit, de détruire le témoignage avantageux et peu fidèle rendu au livre de M. Petit en essayant de donner un échantillon des fautes de l’ouyrage par l'examen du chapitre ‘de ia luxation du bras. J’ai choisi ce chapitre, dit l'auteur, parce qu'il est moins chargé de fautes que les autres. Cette censure contient 60 pages d'impression in-12, en 19 paragraphes, qui ont pour titre sommaire : Fautes d'anatomie et de chirurgie contenues au Traité des maladies des os, dans le chapitre de la luxation du bras. Les personnes capables de juger de cette controversé ne devaient pas être du parti de M. Andry, à qui l'esprit de dispute ou de chicane fit commettre à chaque page des fautes assez grossières en voulant prêter des absurdités à M. Petit, relever des fautes où il n’y en avait pas, et en s’efforçant de grossir aux yeux de ses lecteurs des méprises si légéres qu’elles étaient DRE ceptibles.
L'on aurait peu parlé de cette critique sans une circonstance singulière , dont le public fut surpris. Elle était approuvée de M. Winslow, en qualité de censeur royal ; et il avait aussi donnéson approbibion au Traïté des maladies des os , comme commissaire nommé , pour l’examen de ce livre, par l'Académie royale des sciences.
Lau x" (4) Act. lipsiens., an. 4729, p. 500. Idæa distincta quorumdam medicinæ principiorum.
M. l'abbé Bignon, président de cette compagnie, et qui avait l’intendance de toute espèce de littérature, voulut être informé de cette contrariété d'avis de 14même personne sur le même objet. M. Winslow écrivit, à cette occasion, une lettre à M. l’abbé Bignon, dans laquelle il déclare que son approbation au livre de M. Petit est un malheur trés-fâcheux , mais purement accidentel , et une faute très-imprévue ; que l’auteur avait promis de faire des corrections à son ouvrage, aux endroits qui lui avaient été indiqués ; qu’il y avait lieu de compter qu'il ne négligeraïit pas-un avantage si nécessaire à sa réputation ; mais que, distrait sans doute par ses occupations particuliéres , ilavait abandonné son livre au sort de l'impression. M. Winslow finit par dire qu’il ne prétend pas justifier la complaisance qu'il a eue de donner une approbation anticipée ; qu'il «voue hautement qu'il a fait une faute, et qu'il en demande pardon. Cette lettre ne fit'aucun tort à M. Petit. Elle futimprimée, par les soins de M. Andry, dans le Journal des savans du mois de janvier 1725.
Ce fut à peu près dans le même temps qu'il répliqua, par un ouvrage de 200 pages; à la réponse de M. Petit. Cette nouvelle sortie portait le nom et les qualités de M. Andry, sous ce frontispice : Examen de divers points d'anatomie , de chirurgie, de physique , de médecine , ele. , au sujet de deux lettres plaintives écrites, par un chirurgien de Paris, touchant l'exposé qu'on a fait, dans le Journal des savans, de quelques-unes des fautes d’un Traité de ce chirurgien sur les maladies des os. |
Cet écrit ne fitpas fortune. Il apprêta à rire aux rivaux de M. Petit : c'est la coutume ; mais il ne convainquit personne. On y débute par des personnalités contre la qualité de membre de Y'Académie royale des sciences. « Le titre d’académicien est illustre , disait M. Andry : » il est réspecté avec justice dans le monde; mais il en est ici de » l'Académie comme des ordres religieux les plus célèbres , où les » simples frères partagent, avec les pères les plus distingués, le même » nom de l’ordre, et, àraison de ce titre commun, partagent aussi » les honneurs. Cependant , si, dans le public, le nom d’académicien » égale en apparence tous les membres de l’Académie, il ne faut », pas croire que les personnes éclairées les confondent..…..... Les » académiciens d'un certain mérite le souffriraient impatiemment : » et, si, dans un monastére , le religieux même le plus humble est » bien aise qu’on le distingue du simple rang des frères lorsqu'il » n’est pas de cette classe inférieure, on ne doit pas trouver étrange » que des académiciens d’une science et d’une érudition consom- » mées jointes aux plus rares talens de l'esprit ne veuillent pas qu’on » les conforide avec quelques sujets que l'Académie a bien voulu ad- » mettre, et qui, quoique reçus sous le même titre que les autres , » ne SOn{ pourtant, dans le fond, que ce que les frères des couvens » sont parmi les pères de leur ordre, »