DES MALADIES ’DES OS. XLVIT
lecture des histoires, perdent de vue les principes qui doivent se
graver dans l’esprit par la méditation..Il y a néanmoins des observations essentielles qui sérvent à établir des, points de doctrine
fondamentaux : elles méritent un examen particulier. Telles sont
celles qu'on lit dans l'ouvrage de M. Duverney (1) sur les fractures
en long des grands os des extrémités, fractures dont M. Petit nie
la possibilité. Voilà deux sentimens contradictoires sur une question
intéressante. La raison, l’autorité des grands maîtres, l'expérience,
sont ici mises en opposition par les défenseurs des deux opinions.
Les hommes seraient-ils assez malheureux pour que leur vie fût
livrée, dans certains accidens, aux vaines disputes de l’école? Tà-
chons de lever toute difficulté sur ce sujet. L’incertitude est étran-
gère à l’art; elle est dans Fesprit de ceux qui n’en saisissent pas les
principes, et qui ne voient dans la nature que ce que la préoccupa- . tion leur permet d'y reconnaître (2).
M. Petit croit imaginaire la fracture qu'on dit se faire exactement selon la longueur des os. Il en donne une raison très-solide, c’est qu'il n’y a point de coup, capable de fracturer los suivant la longueur, qui ne puisse le rompre en travers avec bien plus de facilité. Il fallait s’en tenir là ; mais M. Petit, trompé sans doute par des citations infidèles du tbété de Fabrice d’ Afjuapendente à a cru trouver, dans la facon dont ce savant chirurgien-médecin s'explique sur les fractures en long , qu'il n’avait entendu parler que des fractures obliques. I n’y a cependant aucune équivoque sur ce point dans Fabrice d'Aquapendente. En exposant les différentes espèces de fractures il distingue expressément l’oblique de celles qui sont en long et en travers ; et, après avoir donné des signes généraux et positifs des fractures, cet auteur établit particulièrement le diagnostic de la fracture en long ; il semble même marquer l'ordre dans lequel doivent naître les symptômes indicatifs de cette espèce de fracture. Le membre, dit-il, est d'abord plus gros que dans l’état naturel ; ensuite la douleur se manifeste ; enfin le membre devient inégal (3). Et, plus bas, en parlant de la génération du cal, il adopte le précepte de Galien , qui recommande que le bandage soit un peu plus serré pour la fracture en long que pour la transversale ; car, sans cette précaution , il PUIRr ES dit-il, aisément se déranger G.
(2) Tom. I, p. 467 et suiv.
(2) Non crimen arts si se god professoris est. Cornel.-Cels. , de Re medicä, üb, IT, cap. VI
(3) Quôd si.0s seoundèm | longitudinem fractum sit, primô Lau membrè crassities ultra naturalem: statum; deindè dolor, tum membri inæqualitas. Fabric. ab Aquap. , Chirurg. univers. , lib. IV. de Fractut® , cap. I.
(4) In fracturé per longitudinem facté pr prorsus curatio adhibenda
XLVHI DISCOURS SUR LE TRAÏITÉ
Ce que Galien ét Fabrice disent du bandage qui pourrait: facilement $e relàcher, un auteur la entendu des pièces d'os qui se désuniraientsi le bandage était moins serré. M. Duverney rapporte trois pages du texte de cet auteur (1), qu’il ne désigne que par la qualité decélébre praticien de son temps. Il pouvait avoir beaucoup d’expérience , mais il avait bien peu dérudition ; car , en cet endroit même, oùtil se trompe si visiblement sur le sens de Fabrice d’Aquapendente , il ajoute que Gui de Chauliac n’a fait que copier Fabrice. L’anachronisme n’est pas tolérable : Gui de Chauliac écrivait sa Chirurgie en 1363; Fabrice d’Aquapendente n’est mort qu’en 1619. L'auteur avait pris pour un traité original un de ces abrégés dé Gui de Chau: liac qui était le manuel des chirurgiens vulgaires il n’y.a pas plus de cinquante ans. Quoi qu’il en soit , il oppose des raisons judicienses à l'opinion qui admet les fractures en long : les signes les plus certains qu’on en donne sont , dit-il, «une douleur fixe et continue ». qui s’augmente par la pression, et quand on s’appuie sur la par- » tie blessée. Mais qui ne voit que tous ces accidens ne sont que des »: suites d’une forte contusion du périoste? Pour la tumeur qw’on dit » se former à l'endroit de la fente par l'écoulement des sucs nour- » riciers de l'os, il est aisé de juger qu’elle doit sa naissance aux » sucs épanchés entre Vos et le périoste. Enfin, supposons qu’il y » eût dans l'os une simple fente , elle seréunirait d'elle-même par la »' sève quidécoule des vaisseaux du périoste , et le principal soin du > chirurgien sera de faire tenir son malade dans un grand repos, et » d’user des plus puissans résolutifs. »
M. Duverney prétend qu'un chirurgien de Paris très-connu de son temps fut la victime du sentiment contraire à l'existence de la fracture en long ; qu’il en avait une de cette espèce au tibia , et que cette maladie ne fut connue que peu de temps: avant sa mort. Pour prévenir de semblables fautes il donne trois observations, qui méritent, dit-il, beaucoup plus de considération que les raisonnemens les plus spécieux.; J analyse ces trois observations , etje ne les trouve rien moins que concluantes. :
Dans la première il est question d’un chanoine qui, par une chute d'environ douze pieds de haut, se heurta la partie moyenne de la jambe gauche antérieurement : il s’y fit une tumeur avec échymose. La douleur, qui fut très-vive, et tous les autres accidens cédèrent , au bout de quelques jours, aux saignées et à l'application des topiques convenables. Le malade se crut guéri, et agit en conséquence. En se couchant il s’apercut d’un peu de rougeur avec ten-
La quæ in fransvers , saltem ut deligatio magis ACIOS gatur; alias enim À Sort posset decidere. Ibidem, Cap. vi.
(4). Tom,I, pag. 165.