‹ Œuvres complètesChapitre 37 sur 140 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pere

Iz.serajt difficile, sans s'étendre beaucoup, de décrire avec exacti- ‘tude l'articulation des vertèbres. Aussi me bornerai-je à en donner une idée générale, seulement pour faire copapnendre ce que j ’aurai à dire de leur luxation.

(4) De très-habiles gens prétendent que la luxation des vertèbres ne peut avoir lieu sans fracture , et que le déplacement de ces os est toujours un effet de la solution de continuité qu'ils ont soufferte. Dès lors toute la théori ie et les préceptes de pratique sur la luxation des vertèbres, considérée exclusivement comme telle, porteraient entièrement à faux, ce qu il est important de faire remarquer. Cette matière sera traitée’ dans la suite des Mémoires - de PAU démie royaie de chirurgie, (Note de l’ancien éditeur.) ”

Les vertèbres sont jointes par leurs corps ét par leurs apophyses obliques. Leurs corps sont aplatis par en haut et par en'bas, excepté les six. dernières du cou, et les deux ou trois premières qu dos. L'union-se fait par cärtilages et par ligamens.!

Les cartilages' n’ont pas la consistance de ceux qui éérventà joindre les autres parties : ils sont bien plus mous, flexibles, et capables deprêter aux différens mouvemens du corps. Is diet minces du côté dont on se plie, et épais du côté opposé. Ils sont égalément épais lorsque , le corps étant droit , les vertèbres sont perpendiculairementappuyées les unes ‘sur les autres » etils deviennent partout ar reg minces si l’on se tient droit avec un fardeau sur la tête.

‘Ces cartilages, qui’ont jusqu ’à sept lignes d'épaisseur aux vertèdes des lombes, en ont moïns à celles du cou et à celles du dos. Ils sont situés entré les corps des vertèbres, mais n'occupent point toute étendue de la surfâce par laquelle les corps des vertébres se trouvent joints : il y a environ une ou deux lignes dé la circonférence qui} n'étant point occupée par le cartilage , sért d'attache aux ligamens, L'endroit du corps dela vertébre où s'attache le cartilage est un peu-enfoncé , et plus poreux que le rebord où s’attachent les ligamens , qui est uné véritable épiphyse , large d’une ligne aux vertèbres du cou, d’une et demie à celles du dps, cé de deux lignes à celles des lombess

Les ligamens des vertébres sont en à Sarid nombre; les plus consi- ‘érables-$'attachent du corps d'une vertëbre à autre et occüpent par ces attaches tout le rebord ou l’épiphyse dont nous avons parlé. Leurs fibres ont différentes directions : ily en a d’obliques en sens différens , quise croisent; il yen a de circulaires, qui semblent n’avoir d'autre usage que celui de lier et de maintenir les autres ; enfin, parmi les plans obliques mêmes, on en remarque d’autres qui sont perpendiculaires. Ces ligamens ne se terminent point au rebord du corps de chaque vertèbre ; mais , après s’y être attachés, ils semblent passer par-dessus la partie ronde de leurs corps pour s'étendre sur plusieurs; de sorte qu’on" peut regarder ces fibres ligamenteuses extérieures comme un seul gain commun qui attache toutes les vértébres par la partie antérieure de leurs corps, depuis la tête de l'os sacrum jusqu’à la seconde vertébre du cou.

* Il ya encore un autre ligament commun bien Dern: qui recouvre la partie postérieure des corps des vertébres, et s’étend'intérieurement tout:le lang de la partie antérieure du canal. de la moelle de l’épine.

La seconde articulation des vertèbres: se fait par De nn ses obliques. Elle est regardée par les anciens comme un ginglyme ou une charnière , parce que chaque vertébre a quatre apophyses obliques, que les deux d'en haut reçoivent les apophyses obliques de la

vertébre de dessus. et que celles d’en bas sont reçues dans les deux apophyses obliques de la vertébre de dessous. On doit plutôt considérer ces articulations comme des doubles genoux, non..qu’elles soient aussi mobiles dans tous les sens que le véritable genou, mais parce que e leurs mouvemens ne sont point bornés à la flexion et à l'extension. ’épine ne peut. se mouyoiren différens sens, .et même circulairement, que les articulations des apophyses obliques ne soient autant de petits genoux.

Ces apophyses obliques sont recouvertes, au = a de chaque ar-

ticulation, d’un ligament ou d’une tunique ligamenteuse qui retient

la synovie. Outre ce ligament, on -en trouve plusieurs.autres trèsforts qui affermissent cesarticulations , et assujettissent les vertèbres aussi sûrement par leurs apophyses que nous avons yu qu es l’'é-

aient par leur COTPS.

Parmi ces ligamenslesuns atlachent entre elles les pars ses AE verses , et les autres lient ensemble les apophyses épineuses. Ceux-ci se MontDé au dehors, mais on en.wvoii encore de considérables

dans l’intérieur du canal de l’épine. Il y en aun, à l'articulation de

chaque: vertébre,. qui. va de la racine d'une apophyse épineuse à la racine d’une autre ; et enfin, outre tous ces jgamens , on.en trouve un , COMMUN à toutes les vertèbres ; qui partintérieurement.de la tête de l'os sacrum , vers la racine de sa première apophyse épineuse,.et qui, passant par-dessus tous les ligamens particuliers dont.on a parlé , s'attache fortement à la partie-intérieure de la racine des apophyses épineuses de toutes les vertèbres. | Les muscles de l’épine:ne sont pas moins difficiles à décrire) que Yarticulation des vertèbres ; mais,:comme leur description n est pas si utile pour l'intelligence de ce qui suit , je me contenterai de dire que presque tous les muscles sont situés à la partie postérieure et aux latérales, et qu'il n’y en a aucunen devant, si ce n’est au cou, où se trouvent le long. fléchisseur et une. portion du scalène.: Parmi ces muscles de lépineil y en a qui sont communs à un grand nom-

. bre de vertèbres , et plusieurs qui sont propres à chacune.

Tous ces A3 fontmouvoir l’épine d’une manière trés-sonslble, surtout vers les lombes, où toutes les vertèbres jouissent d’un mou vement considérable. Celles du cou sont aussi assez mobiles ; mais les vertèbres du dos $e meuvent beaucoup moins, parce qu ‘elles soft assujetties aux côtes, que les cartilages qui unissent leur Corps sont minces ,. et que leurs apophyses épineuses sont aies Hate et « couchées Jes unes sur les autres.

On sait que l’épine forme un canal qui contient la Moelle, et que les pièces de ce canal peuvent être mues sans incommoder cette moelle ni les nerfs qui en sortent par le derrière et par les côtes, à travers les trous que forment les échancrures des vertèbres par leur union.

LUXATION DES VERTÈBRES. 29 -xhimportancé des parties renfermées dans le canal de l'épine exigeaitencore que l'articulation des vertèbres füt forfsolide; aussi se Juxent-elles difficilement, tant à cause du nombre prodigieux de leurs muscles et de leurs Tigariens que. de l'union de leurs corps si bien ciméntée par les cartilages mitoyens qu'on dirait que la nature

sé serait efforcée de concilier , dans cette jonction d'os, la fer AE et la mobilité (1). |

Des différentes Di de Luxations des Vertèbres.

“Les vertèbres peuvent sé luxer complètement, c’est-à-dire de Façon que l’os luxé ne touche plüs à l'os auquel il était joint par le côté qui faisait Sa jonction, Ces luxations complètes sont rares, difficiles , et ne sont poini l’objet de l’art, puisque, lorsqu’ elles arrivent, le malède doit nécessairement mourir, où Mo le moment même, ou peu de temps après.

Les luxations des vertèbres " doiét presque foujours incomplètes, c’est“à-dire que les vertèbres luxées se touchent par la plus grande partie de leurs corps, et ne se luxent entièrement que par leurs apophyses obliqués. Les deux apophyses pbliques mêmes ne se luxent pas toujours ensemble également, et une seule peut sortir de son lieu, pendant que l’autre reste presque dans sa situation naturelle.

Une vertèbre luxée peut l'être par en haut ou par en bas seulement, où en même temps par en haut et par en bas; ce dos cependant est assez rare.

Il y a des luxations d’une seule vertèbre, et d’autres qu’on dit être de deux , de trois vertèbres , et plus : c’est ainsi, par exemple, qu’on dit que les cinq vertébres des lombes. sont luxées lorsque la première vertèbre des lombes est luxée d’avec la dernière du dos, et que la dernière des lombes l’est d’avec los sacrum. Cette façon de parler n' est pointexacte, puisque, dans l'exemple donné , la luxation est seulement.de deux vertébres, les trois qui se FE | entre la premiére et la cinquième des lombes n'étant pas réellement luxées ; mais il restera toujours qu’il peut y avoir des luxations de plusieurs vertèbres, c'est-à-dire que les vertèbres des lombes, comme celles du cou et du dos, peuvent être en même temps Intense Le ce a endroits.

Des Causes des Luxations des FerPeies

Les vertèbres ne peuvent être luxées par un effort qui agisse selon l'extension de Y’épine que le cartilage et les ligamens qui joignent leurs. corps ne soient FORD et, dans ce cas, le malade périt bientôt

. 75 : 2 1 Na 3 (4) Cette structure semble démontrer l'impossibilité des luxations.

30 | TRAÏTÉ DES MALADIES DES Os.

nécessairement par la compression ,. par le tiraillement violent, ef même par. la rupture de la moelle de Yépine.

Les apophyses obliques étant plutôt. rapprochées qu’éloignées parl'extension de l’épine, on sent assez pourquoi ces apophyses ne peuvent être lüxées par des caüses qui agissent selon l'extension, , mais seulèment par des efforts dans le sens de la flexion de l'épine., soit que cés efforts se fassent directement de derrière en devant, soit qu'ils se fassent un peu de droite à gauche, ou de gauche à droite.

Si, par un effort violent, l’épine est pliée directement en devant,

les apophyses obliques inférieures d’une vertébre sortiront des bûbe -nes que leur prescriyent les apophyses obliques, supérieures de la vertébre ‘de dessous ; et, pour lors, il y aura luxation .des deux apophyses obliques de là vertébre de dessus. Si l'effort se fait un peu de gauche à droïte en fléchissant l'épine, l’apophyse. oblique gauche sera luxée. Enfin, si l’épine est fléchie de droite à gauche , il y aura luxation du côté ‘droit.

Des Signes diagnostics des Luxations des Vertébres.

“Les signes qui font connaître les luxations des vertèbres Sont communs et propres.JLes communs sont la figure contrefaite de tout le corps, - la difficulté ‘et quelquefois l'impuissance de marcher, l'engourdissement des parties quissont au-dessous de la luxation, et-enfin leur paralysie, soit sur-le-champ , soit quelque temps après. Le-ventré devient paresseux ; les urineset les excrémens sont retenus les premiers jours , et sortent involontairement dans la suite: alors la gangrène survient, et la mort west pas éloignée.

La figure du corps est’ contrefaite, parce que l’épine n’a plus sa rectitude ordinaire. Cette perversion de figure vient nécessairement du seul dérangement des apophyses obliques, qui ne peuvent être luxées qué lépine ne se jette du côté de la flexion , et que le corps ne reste plié: Si les muscles avaient part à là mauvaise figure de la partie luxée, comme dans les autres luxations, le corps ñeseraïit point fléchi ; puisque les muscles qui recouvrent toute la partie postérieure dei ’épine, ét gs HO en Ha DORE NORGE ee à la tirer en arriére. 4

Il est diffiéile et quelquefois même impossible au malade AE Marcher, tant parce que, l'épine n’étant plus droite, la ligne de direction du poids du corps se trouve changée, ; et ne passe plus par l'endroit du pied qui appuie à terre, que parce que, si le malade, pour mar- "cher, essaie de l'y faire passer, comme font les boue tous les

mouvemens qu'il se donne à ce ‘dessein sont autant de sécousses qui ébranlent et pressent la moelle del’épine: ce quicause de violentes douleurs, que le malade évite en cessant cette fâcheuse. épreuve.

Ce qui fait encore la difficulté de marcher c’est que la com-

pression de la moelle interrompt le cours des esprits animaux dans les muscles qui servent à la progression. ‘Ces muscles ne sont quelquefois qu'affaiblis ; mais souvent ils perdent entièrement leur ressort dans les vingt-quatre heures, et même plus tôt, selon, le degré de compression que souffrent la moelle et les nerfs. ‘|

L'engourdissement des parties inférieures est la suite d’une compression médiocre ; mais la paralysie, la paresse du ventre. la rétention d'urine, les déjections involontaires et la gangrène sont les effets d'une compression totale de la moelle et des nérfs.

La gangrène commence par attaquer les endroits de la peau qui répondent aux apophyses épineuses des vertèbres, aux épines des os des hanches, au grand trochanter, au COCCYX | et à ia pointe des fesses, parce que , le malade se tenant toujours sur le dos, ces endroits Son comprimés'par le poids du corps entre les os di le lit; les liqueurs sont arrêtées dans leur cours, et les vaisseaux sont d'autant plus affaissés que ces parties, qui ont déjà perdu de leur ressort, et qui sont paralytiques, ne peuvent résister à la compression.

- Les signes propres à chaque espèce de luxations des vertébres nous font connaître s’il y a une ou plusieurs vertèbres luxées ; si la luxation est des deux apophyses obliques ; si elle est de Tapopby se oblique droite, ou de l’apophyse oblique gauche seulement.

. Quand la luxation est de déux ou de trois vertèbres, la courbure de l'épine est plus grande qué lorsqu'il n’y en a qu’une de luxée.

Lorsque les deux apophyses obliques sont luxées , l’épine se trouve pliée directement en devant. Le:malade sent une douleur considérable si on lui plie davantage l’épine, parce que, dans la flexion , on alonge encore les ligamens et les: muscles extenseurs, qui sont déjà dans une violente extension. Le malade au contraire se sent soulagé lorsqu’on.lui redresse un peu lépine, parce qu’on or dt par là l'extension des muscles et des ligamens.

Lorsqu'il n’y a qu'une. seule apophyse oblique de ie l'épine n’est point pliée directement en devant, mais d’un côté ou d’un autre. Si.elle est pliée du côté gauche, la luxation est à l'apophyse oblique droite , et au contraire le corps penche à droite lorsque c’est l'apophyse oblique gauche qui est luxée. Le malade souffre lorsqu’on plie le corps du côté qu’il penche, el se etouve” soulagé si on le pousse du côté de la luxation.

Je ne donne point de signes. pour réconnaître les vhtions qu’ on dit se faire directement en arrière , directement à ‘droite ou à gauche ; je crois que ce que j'ai dit suffit pour faire comprendre que. ces luxations sont impossibles. Je laisse le soin de donner leurs

We leurs sighes à ceux qui croient en avoir vu. œ

. Du Pronostic des Luxations des Vertèbres.

Les mébres des lombes se luxent tra facilement que celles ii : cou , et celles-ci plus facilement que celles du dos.

ts Les vertèbres des lombes se luxent avec plus de facilité que les autres parce que les efforts s'y font sentir avec beaucoup de force, tant à cause de la longueur plus grande du levier que de l’action d’une plus grande quantité du poids du corps sur cés vertèbres.

20 Le corps des vertèbres des lombes est plat, à la différence des vertèbres du cou, qui ont une cavité, dans la partie supérieure de leur corps, qui recoit léminence de la vertèbre de dessus, ce qui leur. donne entre elles une liaison plus forte que celle des vértébres des lombes.

30 Le cartilage étant plus épais aux vertèbres des lombes > leur donne plus de facilité à se mouvoir ; la flexion y est plus grande et plus forte ; ét Von sait que les luxations sont plus fréquentes et plus faciles aux articulations dont les mouvemens sont considérables.

Par la même raison les vertèbres du dos sont moins susceptibles de luxation que les autres, puisque , comme on l’a remarqué, elles ne font pas de grands mouvemens ; d’ailleurs la liaison qu’elles ont avec les côtes sert beaucoup à les affetmir.

La luxation des vertèbres est toujours trésdangereé: Elles ne peuvent être dérangées que la moelle et les nerfs de l'épine ne soient comprimés : or qui ne voit les accidens qui doivent suivre nécessairement de cette compression ? Si la moelle est comprimée, les parties inférieures tomberont en paralysie et en gangrène ; ét, si quelques nerfs seulement sont comprimés , il y aura des douleurs insupportables dans le lieu de la compression ; ‘et paralysie dans les parties où les nerfs comprimés se distribuent.

Lés luxations des vertèbres du cou et du dos sont plus dangereuses que celles des vertèbres dés lombes, parce qu'il faut un: plus grand effort pour les luxer, et que ; étant luxées , il ÿ à une plus grande quantité de moelle comprimée , et par conséquent plus de. parties paralytiques. La compression des nerfs qui sôrtént' de la moelle à Pendroit du cou et du dos ést aussi plus fâcheuse que celle des nerfs lombaires , parce que ceux-là ont de plus grandes communications avec la huitième. paire et le nerf intercostal , et contribuent à former les branches les. plus importantes à l'économie naturelle.

La luxation de deux ou trois vertèbres est plus fâcheuse que la luxation d’une seule , parce qu il y a plus dé nerfs intéressé et que la moelle se frouve comprimée en plus d'engpoits ou de plus srande étendue.

- La luxation de deux dou obliques est plus facile à réduire

que celle d'une seule apophyse; mais, quoique la luxation incom- . plète soit plus difficile à réduire, elle est moins dangereuse que la complète , parce que, dans F une , la moelle est moins comprimée que dans l'autre. ,

-Si l’on ne réduit point la luxation des vertèbres , le malade meurt infailliblement. Il meurt même , -quoiqu’on la: réduise ; si l’on à trop différé la réduction , parce qu’il s’est fait des dépôts, ou parce que la moelle et les nerfs, qui sont des parties molles et tendres, ont été {rop long-temps comprimés pour pouvoir reprendre leur ton : ainsi , la compression et l’affaissement de la moelle et des nerfs ne sant point, la paralysie et les autres symptômes subsistent dans toute leur vigueur, etla mort n ’est pas moins certaine que si l’on

n’eût point fait la réduction.

J'ai cependant vu un soldat qui n’est point mort d’une luxation de vértèbre , quoique la réduction n’en ait pas été faite; ç’'a été sans doute parce que la cause de cette luxation n’était qu'un Simple effort, lequel n’a pu causer aucun ébranlement dans la moelle; ce qui donne lieu de penser que la luxation des vertèbres n’est peut-être pas moins dangereuse par la commotion qu’une chute violente fait à la moelle que par le déplacement même des os. .

L'expérience semble justifier cette réflexion. On a vu des fractures et des enfonçures du crâne qui mont été suivies d'aucun accident fâcheux quoiqu’on ait. négligé d'appliquer le trépan, ce qui paraît prouver que les parties peuvent s’accoutumer peu à peu à une légère compression. Il est vrai que ces cas sont rares ; et ne font point de règle; mais on en conclura toujours que, dans les luxations, la moelle qui aurait pu résister à une légère compréssion n° y résistera pas si en même temps elle souffre un ébranlement, qui, quoique plus difficile à cause de la mobilité des vertèbres, est: cependant la suite nécessaire d’une chute violente, et entraîne avec soi les mêmes périls que la commotion du cerveau. :

On peut comparer encore les accidens qui suivent les luxations des vertèbres aux accidens des plaies de tête. Lorsque ces accidens ont paru à l'instant même du coup ; ou peu de temps après, qu ils cèdent aux nombreuses saignées , et diminuent après l'application du trépan, on peut attendre une heureuse terminaisons mais’, si ces accidens ne diminuent point, ou si, aprés. quelque temps ; il en survient de nouveaux, on ne peut faire qu'un pronostic très-fàcheux. Il en est de même as luxations des vertèbres : quand la paralysie et la gangrène sont venues peu de temps aprés la luxation, qu’elles semblent céder au grand nombre de saignées , et qu'elles diminuent sensiblement aprés la réduction, on peut $e flatter de la guérison ; mais, lorsque, après les saignées abondantes et la réduction, les aboliibrté ne diminuent point, ou lorsque, ne s’étant point manifestés d'abord ) ils surviennent : après que la réduction a été faite, le

malade est alors sans ressource, et l’on doit regarder ces accidens

comme les avant-coureurs d’une mort prompte et inévitable, parce

qu’il s’est fait, dès les premiers temps, des désordres irréparables.

Outreles dangers dont on vient de parler, et qui sont inséparables

de la luxation des vertèbres, il y en a qui naissent des mauvaises manœuvres qui sont décrites par les anciens, qu’on suit encore

aujourd'hui, dans la pratique, pour la réduction des vertèbres. C'est ce que j'espère démontrer en élablissant une, nouvelle méthode que. j'ai déjà proposée depuis long-temps, et qui, quoique fondée sur là

structure naturelle des parties, sur l'ouverture des cadavres, sur

d'heureux succès, et, j'ose le dire, sur la mauvaise réussite de

l'ancienne méthode, n’a cependant pas été suivie, tantil est difficile.

de secouer le j joug des préjugés.

De la Cure de la Luxalion des Vertèbres..

Pour réduire les vertèbres tee on mettra, selon la longuétr d’un lit large de trois pieds, un gros drap roulé en forme de traversin, et on couchera le malade en travers sur ce lit, le ventre appuyé sur le dräp roulé, vis-à-vis la vertèbre luxée. Deux aides appüieront l’un sur la partie supérieure de l’épine, près de la racine du cou, et l'autre sur los sacrum, pour faire pliér l'épine ; alors on pressera sur celle dés vertèbres luxées qui est immédiatement au-dessous du lieu le plus éminent de la tumeur qui paraît à l’endroit de la luxation'; c'est-à-dire qu’on appuiera sur la vertébre luxée qui tient à la partie inférieure de l’épine; dans le même temps on relévera la partie supérieure du tronc, ou celle qui est du côté de la tête, et, par cop” mouvemenñs, la luxation se trouvera réduite. ,

Pour comprendre. les avantages de cette nouvelle méthode il suffit de savoir quelle est la situation des vertèbres lorsqu'elles sont luxées. Alors les pointes des apophyses obliques inférieures de la: vertébre de dessus se sont élevées sur les pointes ou parties tranchantes des apophyses obliques supérieures de la vertébre de dessous ; et ce sont ces apophyses obiiques qui, en se rencontrant ainsi par leurs bouts, empêchent l’épine de se redressér, quoïqué les muscles fassent effort pour l’étendre. Cela étant, il est évident que, pour réduire les vertébres , it faut commencer par plier davantage l’épine afin de dégager les pointes des apophyses obliques , qui seules éloignent les vertèbres luxées. Ces apophyses obliques étant un peu écartées ; on peut aisément les faire repasser l’une/sür l'autre, : et les remettre ans leur place en suivant exactement la manœuvre’ que nous venons de ad pe et qui réussit torjours LATE elle Le bien exécutée.

On voit combien il est nécessaire de s 'élcigner , dans ce ces, de la manière ordinaire de réduire les luxations, maniére dans laquelle

on tourne les membres du côté des muscles tendus afin de les relächer, lorsqu'au contraire on est obligé de les étendre davantage pour la réduction des vertèbres , puisque, encore une fois, c’est l'unique moyen d’éloigner les apophyses, qui nécessairement doivent lêtre pour pouvoir être remises à leur place.

Ceux qui, pour réduire les vertèbres, font des extensions et des contre-extensions avec des lacqs et autres’ moyens ; ceux qui pendent le malade par-dessous les bras; ceux-là, dis-je, ne peuvent

.jamaïs réussir, parce que tous leurs efforts tendent à redresser l’épine ; qui ne peut l'être que lorsqu'on fait cesser. l'attouchement des apophyses obliques , qui seul fait obstacle à la réduction. k

Ceux qui mettent des bâtons en forme de rouleaux à côté des apophyses épineuses, et qui pressent dessus avec un levier , font pour le moins aussi mal que les autres: leur effort tend à presser les unes contre les autres les apophyses obliques , qu'il s ’agirail au contraire de dégager pour les faire passer en leur lieu naturel.

. Les deux autres espèces de luxations de l'épine, ou les luxations d’une seule apophyse , demandent à peu près les mêmes opérations que la luxation des deux apophyses obliques. I s ‘agit d'augmenter. la flexion dans le sens même que l’épine est fléchié par la luxation ; ; de sorte que , si la luxation est à l'apophyse oblique gauche, on doit appuyer sur l'os dé la hanche gauche et sur l'épaule droite ; et au contraire que, si c’est l’apophyse oblique droite qui est luxée, il faut appuyer sur l'os de la hanche droite et sur l'épaule gauche, afin de faire une flexion inégale qui réponde à l'inégalité du déplacement.

Quand la luxation est réduite, il faut appliquer sur toute l’'épine des compresses , retenues par un bandage de corps ; sur le’ ventre on met une ventriére , et le tout est soutenu. par un scapulaire. On couche le malade sur le dos dans un lit égal; on fait de fréquentes saignées du bras, et l'on prescrit une diête sévère. Lorsqu'on a shine ébsémpti les Vaisseaux , et que la douleur n’est pas considérable, on donne des potion$ vulnéraires ; mais, tant que la douleur est violente, on ne doit donner que des anodins el même quelquefois des narcotiques. :

On ne panse que rarement, et le plie tard qu il est. possible, particulièrement si le malade est tranquille , et.ne, souffre jaue médiocrement. On observe du reste ce qui se passe 2 afin de remédier aux accidens qui peuvent survenir. : .

Sile pouls s'élève , il faut faire de Loos saignées du br as : on peut même utilement employer celle de la gorge, parce que, outre qu’elle n’est pas moins révulsive, on à lieu de croire qu'elle peut de plus, en-facilitant ‘le cours des esprits, réndre la Compression et l’affaissement de lamoelle et des nerfs de l’épine moins à craindre, La saignée du pied peut. aussi avoir lieu , pourvu cependant qu'on observe deux choses : la première, que les vaisseaux soient bien.

désemplis par les saignées du bras; la seconde, que l'on puisse saigner au piéd sans remuer le inalade,

‘On fait dés frictions avec des linges chauds aux parties où ily à engourdissement ou paralysie , et on y. applique des fomentations spiritueuses. Si le malade n’urine point, on a soin de le sonder ; et, si le ventre devient paresseux, ‘on donne ‘des layemens, qu'on rend, s'ille faut, pargatifs. S'ils ne réussissent point, on purge le malade ; mais il faut qu’il ait eu assez de sang tiré, et que le purgatif ne soit point violent. Lorsque le ventre est tendu et douloureux, on doit, outre les remèdes généraux, avoir récours aux embrocations étaux fomentations émollientes et anodines.

‘Sily a gangrène, on la traite én particulier, selon les différens degrés d’altération. Quand l'altération est légère, on se sert de lotions et de fomentations spiritueuses et salines, comme l’esprit de vin camphré et la dissolutiou de sel ammoniae, le tout bien chaudement appliqué, et souvent réitéré. Si quelques endroits paraissent d’un rouge pourpre, il faut, outre les lotions dons on vient de parler , y appliquer l’onguent du styrax. -

Si les marques ou taches sont livides , il faut scar ifier ; jusqu’au vif, foménter avec la lotion indiquée, appliquer des plumasseaux .couverts d'un digestif fait avec le basilicum et l’onguent de styrax,.et par-dessus mettre des compresses épaisses trempées dans la lotion bien chaude , et retenues avec un bandage convenable. Quand..les eschares ‘commencent à se séparer, on aide à leur séparation en coupant dans le mort, et évitantles endroits vifs, pour ne point causer de douleur : alors lès médicamens peuvent mieux pénétrer ; mais, si, malgré ces précautions , la gangrène gagne, il fauten venir aux incisions , et même aux taillades profondes , ayant soin de ménager les parties qu’on doit nécessairement épargner.

Ces remèdes ne sont d’aucun secours lorsque la gangrène survient après que la luxation a été réduite , parce que, comme on l’a déjà dit , la gangrène annonce alors-une mort prochaine et inévitable ; mais , lorsque la disposition gangréneuse a précédé la réduction, elle cède pour l'ordinaire à l'application des topiques que nous avons conseillés , pourvu d’ailleurs que la réduction soit bien faite, et que la contusion de la moelle ne soit pas trop considérable. On peut espérer aussi de guérir, au moyen des incisions et des taillades, la gangrène, quand même elle serait plus avancée, comme il arrive -lorsqu'on'n’a pas assez tôt fait laréduction; cependant ces gangrènes, qu'on regarde comme curables en elles-mêmes, peuvent quelquefois devenir des plus fâcheuses lorsque , après la rétention, il survient déjection involontaire de Purine et des excrémens stercoraux. Cés matières croupissantes, échauffent, corrodent les parties déjà attaquées de gangrène , et empêchent l’action des remèdes. On ne peut trop exhorter les chirurgiens qui seront chargés de

. ÆUXATION DU, COCCYX: 37

ces funestes blessures de tenir toujours . leurs malades le plus pro- . prement qu'il $éra possible , de les visiter souvent , d’obvier à leurs besoins, et d'écouter. patiemment leurs, plaintes ; car-il est certain qu'il n’ y en a pas qui soient plus dignes de compassion. Il faut, pour tenir leur lit sec ,. qu il soil garni d'une .alaise, ou demi-drap et d’une toile cirée. L'alaise sert de plus à retourner le malade, et à le placer sur le ventre pour donner la facilité de. le nettoyr et de panser les parties gangrencés. Si la paralysie ne Cesse point après Ja cure de la aba les eaux de Bourbon sont très-efficaces.. On en donne la douche sur les parties qui ont souffert ,.et.on.les fait prendre intérieurement avec les mêmes précautions qu'on observe dans leur usage après les atta- «ques d'apoplexie.

se ci CHAPITRE: V.

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