DE LA LUXATION DU PIED
LES mouvemens du pied se font au moyen de deux articulations : la premiére , formée par l’astragale et les os de la jambe, est une vraie charnière bornée à la flexion et à l'extension. Il est évident qu’elle ne peut nullement contribuer aux mouvemens latéraux, puisque lastragäle non-seulement s’ engage carrément entre les prolongemens que font sur les côtés le tibia et le péroné, mais encore remplit exactement l'intervalle qui se trouve entre ces prolongemens , qu’on nomme les malléoles. Les mouvemens latéraux du pied dépendent donc de l'articulation de l’astragale avec le scaphoïde et le calcanéum, el aussi en partie de l'articulation de ce dernier avec le cuboïde.
‘Ces articulations », destinées à supporter tout le poids du corps et celui de différens fardeaux dont il peut être chargé, ne ‘pouvaient être affermies par un {rop grand nombre de ligamens. Quatre principaux servent à attacher le bout inférieur du péroné au tibia, et à empêcher qu’il ne s’en écarte. Trois autres ligamens partent de la malléole externe, et vont s'attacher à l'astragale et au calcanéum. Trois aussi lient fortement l’astragale avec la malléole interne. L’astragale es. ensuite ättaché au calcanéum par cinq ligamens particuliers. Enfin plusieurs ligamens très-forts. servent encore à attacher J’astragale au scaphoïde , et le calcanéum au cuboïde et au scaphoïde. Nous observerons que, sur ces différentes articulations , il ne passe presque que des tendons , non-seulement ceux qui servent aux mou- -vemens du pied, mais ençoré une grande partie de ceux qui font mouvoir les doigts. :
Des différentes Espéces et des Signes de la Luxation.du Pied.
Après ce qu’on vient de dire des articulations du pied , il n’est pas difficile de concevoir qu’il peut être luxé en différens endroits. Voyons d’abord ia luxation de l'astragale à sa jonction avecles os de la jambe.
T'astragale, et par conséquent le pied , peut être luxé en dedans, en dehors, en devant, en arrière. Quand lastragale est luxé en dedans , la plante du pied! est tournée en dehors ; lorsqu'il est luxé en dehors, la plante du pied est tournée en dedans. Si la luxation est en devant, le talon est fort court, et le devant du pied paraît long; enfin le talon est fort long , et le pied parait très-court, lorsque l’astragale est luxé en arriere.
Les luxations en dedans ou en dehors ne sont presque jamais des luxations simples , l’astragale ne pouvant échapper sur les côtés qu il n'y ait fracture des malléoles , ou tout au moins écartement du péroné , et alongemént forcé dés ligamens qui lattachent au tibia. Cet écartement du péroné peut arriver dans le cas de la luxation en dedans comme dans celui de la luxation en dehors. Ordinairément, dans la luxation en dehors , il y a au péroné une fracture plus ou moins éloignée de Particle, et, dans la luxation en dedans, il peut y avoir aussi fracture de tout lé corps du tibia; mais ce qui arrive le plus fréquemment c’est la fracture de la Mallédlé interne , fracture” qui souvent est accompagnée du diastasis du péroné.
On a quelquefois pris pour une luxation de tout le pied la lo de l’astragale et du calcanéum à leur articulation avec le scaphoïde et le cuboïde. Je ne l'ai vue que deux fois, et toutes les deux avaient été causées par l'engagement du pied sous la barre de fer qui fait le. - pont du ruisseau des portes cochères. On conçoit aisément que, le pied étant engagé et retenu dans quelque entrave de cette espèce , si le corps est emporté d’un côlé ou d'un autre, il y aura luxation, non de l'articulation .de l’astragale avec la jambe, mais de larticulation de l’astragale et du calcanéum avec le scaphoïde et le cuboïde. Cette maladie se connaît par la an ler qui indique le côlé où les:os se sont logés.
L’astragale est si fortement lié au Micaéuha qu’il me paraît trèsdifficile qu’il se fasse de luxation à à cette jointure.
Du Pronostic et de la. Cure de la Luxation du Pied. |
Les luxations de Yastragale en devant: ou en arrière sont moins dangereuses que celles quise font sur les côtés ; et , parmi ces dernières , les complètes sont presque toujours funestes. Ceiles qui'sont accompagnées de fracturessont cependant souvent moins fâcheuses que celles qui sont complètes sans fracture ; parce que, dans le cas où il n'ya point de fracture, presque tous: les ligamens sont rompus, EL faut néanmoins supposer que les fractures soient simples, c’est-à-dire qu’elles ne soient pointavec éclats, que les pièces frac-
turées ne soient point considérablement écartées , et surtout qu’elles n'aient point fait de plaies à la peau. Ea luxation accompagnée de fracture est aussi d'autant moins dangereuse que cetie fracture est plus éloignée de Particle.
Bien des praticiens pensent que la laxation. complète de l’astragale ne peut jamais guérir qu'il ne reste claudication outout au moins difformité à la jointure. J'ai cependant eu l'avantage de guérir parfaitement plusieurs de ces luxations ; mais, lorsque la luxation complète est telle qu'il y à ruplure des tendons, de la plupart des ligamens , et de la peau même , dans ces cas je n’ai jamais vu guérir ; et alors le seul moyen de sauver la vie du malade est de lui couper promptement la jambe. On peut cependant tenter de la conserver ; mais, si, dans les vingt-quatre heures, on ne voit point une dis position favorable ,. ik ne faut pas différer l'amputation ; plus tard il n’est plus temps.
La luxation de l'astragale et du Lau d'avec le scaphoïde et le. cuboïde est sujette à bien moins d’accidens que la première ; mais la réduction. en est plus difficile, par ce qu’on a moins de prise pour faire des extensions.
De quelque espèce quesoit la luxation. du pied , Le plus sûr moyen pour réussir est de faire des extensions suffisantes , et c’est la raison pour laquelle je ne me suis jamais contenté des mains : je me sers toujours des lacqs; et j'aurais eu recours aux machines s’il avait fallu plus de force. Il est vraï.que la luxation qui est simple, fort récente et sans fracture n’a pas toujours besoin des extensions fortes qu’on peut faire avec les lacgs : cependant il est plus sùr de s’en servir, On ne risque rien d'employer des moyens qui multiplient les forces, puisqu'on peut les modérer ; mais n’en avoir pas assez met en risque de ne faire qu’une réduction imparfaite, dont les suites sont la claudication .ou la difformité.
On doit attacher un lacq à deux anses au-dessus des malléoles , et un autre lacq à une anse qui entoure et embrasse le pied audessus du talon et du cou-de-pied. On fait tirer l’un ou l'autre lacq par quelqu'un de fort; et, lorsque les extensions sont suffisantes , on fait la réduction, mais différemment selon l’espèce de déplacement,
Si le pied est luxé en dehors, on embrasse le bas de la jambe | près des chevilles avec une main, le pouce étant situé au-dessus
de la malléole, externe : avec l’autre main on embrasse la plante du pied vis-à-vis de la jambe, et, dans le même temps qu’on pousse le-bas de la jambe du côté interne, on tourne la plante du pied du côté externe. Si la luxation est en dedans , on embrasse de même et la plante du pied et. le bas de la jambe ; mais on tourne la plante du pied du côté inferne, et on pousse le bas de la jambe du côté externe.
‘Lorsque le pied est luxé en devant, il a avec üneé main entbrasser le: bas de la jambe par-dessous, à deux doigts près du talon , puis, avec l’autre main, prendre le pied près de Ia jointure , et. pousser dans le même temps le. picf. en arriére , et le bas sr ja jambe en devant.
“Au contraire , dans la, luxation en arrière, on emipoignéra! d'üne main le bas de la jambe, par-devant, près dé la jointure , et, avec l'autre main , on empoignera le talon ; puis, dans les mêmes instans , on poussera le bas de la jambe du côté du talon, et le Enbn du côté du bout de la jambe, c’est-à-dire en devant.
Pour appareil on metira d'abord, en forme d’étrier, uné comprésse de quatre doubles, dont on appliquéra le milieu en travers sous Ja plante du pied , et dont ensuite'on portera les deux bouts, l’un en dedans et l’autre en dehors de la jambe, jusqu’au milieu. Avec i une autre compresse en huit doubles on fera. un 8 de chiffre , qui, de la plane du pied ; viendra croiser sur le devant de l'articulation , puis envéloppera les deux malléoles : pour contenir le {out on prendra .une bande , avec laquelle on décrira un 8 de chiffre en passant du dessus du pied sous la plante , et de la plante sur le dessüs : on couvrira une malléole ; on passerà ensuite derrière le pied au-dessous du {alon, puis on couvrira l’autre malléole ; on. reviendra sur le pied croiser 1 bande ; on passera de nouveau sous la plante du pied pour venir faire une circulaire sur le tarse et le.métatarse, et on recommencera les mêmés tours jusqu'à ce que toute la bande soit employée. On placera le pied du malade dans le creux d’un oreiller mollet, et on soutiendra la couverture du lit avec un. archet. Du resle on doit s'attacher à prévenir les accidens par le moyen des
saignées, du régime et des remèdes généraux.
Je ne dirai rien de particulier des luxations des orteils du pied : eiles ne diffèrent point de celles des doigts de la main.
es CHAPITRE XIV.