‹ Œuvres complètesChapitre 6 sur 140 · XVI DISCOURS SUR LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

XVI DISCOURS SUR LE TRAITÉ

portèrent un jugement avantageux de cet ouvrage ; “il mérita l'attention des étrangers : on l’imprima à Leyde en 1709 ; il fut traduit en allemand, et imprimé à Dresde en 1711 ; et M. Manget, qui publia en 1721 sa Bibliothèque chirurgicale donna à à M. Petit un témoignage estime à l’occasion de sa machine pour la réduction du bras luxé , gravée dans le second tome de cette même Bibliothèque "4 à la planche XV, article des Instrumens de chirurgie.

Tel fut le succès du premier ouvrage de M. Petit. Quoiqu'il ne l’eût composé que pour des élèves , les maitres de l’art en firent grand cas. Les anciens avaient transmis un fonds très-riche sur les maladies des os ; mais leurs observations, tout intéressantes qu’elles sont, ne peuvent être lues avec fruit que par des hommes déjà instruits , et à qui l'expérience a appris à discerner les objets sur lesquels ils doivent réfléchir. I faut avoir des principes pour sentir et connaître les différentes circonstances décrites dans chaque fait de pratique. Ce sont ces principes que M. Petit expose d’une manière simple, lumineuse , et la plus propre à en faciliter l'étude ; les connaissances générales sont des faits primitifs et fondamentaux qui éclairent les commençans sur les phénomènes particuliers dont ces connaissances elles-mêmes sont le résultat. Le Traité de M. Petit, envisagé sous ce point de vue , gagne à être comparé avec les ouvrages qu’on ayait avant le sien sur la même matière.

Celui qui était alors entre les mains de tous les chirurgiens, et qui leur servait de guide, avait été publié en 1689 par Laurent Verduc le père. Cet homme zélé pour le progrès de son art s'était voué à l'instruction des élèves; il s’était occupé pendant un grand nombre d'années à faire des cours particuliers sur les différentes matières

chirurgicales : il enseïgnait principalement l'art d’appliquer les bandes sur les différentes parties du corps. Pour faciliter cesexercices, peut-être trop négligés. de notre temps, il composa un Traité des bandages : c’est cet ouvrage dont Verduc étendit ensuite l'utilité en y traitant la matière des fractures et des luxations ; mais le titre même du livre annonce que l’auteur ne parle qué succinctement de ces maladies, et seulement par rapport aux principaux moyens curatifs, qui sont les bandages. Ce livre a été traduit en hollandais en 1691 : les Journaux des savans de Leipsick , année 1692, en font une mention honorable ; et, seize ans aprés la mort de l’auteur, en 1711 , il en parut une autre édition à Paris, dédiée par le libraire d'Houry à M. Maréchal, premier chirurgien du roi. L'oubli parfait dans lequel cet ouvrage est tombé, quoiqu'il n’y ait rien de contraire aux principes de l’art, nous parait une preuve de la supériorité de celui de M. Petit.

La seconde édition, qu’il publia en 1723, était déjà bien perfectionnée : c'était le fruit de dix-huit années d’études, de réflexions et d'expérience, Dans cet intervalle M. Petit avait été reçu &

DES MALADIES DES O8. 7. Xvn

l'Académie royale des sciences , et Von avait admis dans les Mémoires de cette compagnie plusieurs inventions de notre ‘auteur relatives, aux. maladies des .os : il ne manqua pas d'en enrichir son ouvrage. Le Journal des savans du mois de mars 172% rendit compte de cette Seconde édition. M. Andry, l'auteur de l'extrait, dit qu’elle était plus châtiée que la première; qu'on pouvait la regarder comme un nouvel ouvy rage , puisqu'il y avait un volume d’augmentations : mais les éloges qu'il donne à certains endroits du livre sont bien témpérés par plusieurs traits de salire et &e mauvaise plaisanterie, qu'il convient de passer sous silence. Les réflexions vraiment critiques méritent une tout autre considération, puisqu'elles ont excité des controverses utiles. Le point le plus contesté est précisément celui qui a fait le moins d'honneur aux adversaires de M. Petit : on lui a nié le fait de la rupture du tendon d'Achille. Un sauteur dont le nom est célébre par cette Gispute, ayant voulu s'élever à pieds joints sur une table de frois pieds de haut, se rompit les deux tendons d'Achille sans aucune plaie extérieure. M. Petit connut le mal, et par ses soins le blessé guérit fort heureusement de cet accident. L'histoire de cette cure donnée à l'Académie royale des sciences, et publiée dans ses Mémoires , année 1722, avait excité l'envie et Ja jalousie de quelques confrères. M. Andry se rendit l'écho de tous les propos que ces passions basses faisaient tenir contre l’habile chirurgien. Les uns niaient la possibilité du fait : la tradition nous rappelle les expériences sur lesquelles ils prétendaient s’autoriser dans leur opinion. Des poids assez considérables furent attachés au tendon d'Achille d’un cadavre sans pouvoir le faire rompre. Il fallait être bien peu instruit pour tirer d’une: telle épreuve une conséquence contre la possibilité du fait contesté , puisque rien ne ressemble'moïns aux circonstances dans lesquelles un tendon doit sé casser , sur un homme vivant , par la contraction forcée des fibres musculaires dont le tendon estune suite. D’autrés $’obstinaient à nier que le fait fût arrivé à Cochoix (c’est le nom du Sauteur). Il se trouva même un chirurgien , alors en. ‘une grande réputation à laquelle la survécu , qui n’a pas réclamé contre la citation faite d’ après lui dans “des écrits publics; on assurait qu'il avait-examiné les tendons d'Achille de Cochoix, et qu'il les avait trouvés sans aucune division. Une telle assertion ne pouvait être l'effet d'aucune méprise , ni de négligence ; ni d’ignorance ; il fallait que M. Petit, ou son confrère, fût de mauvaise foi. M. Andry, qui ne voulait pas parler d'aprés soi, pour éviter le reproche personnel d'une imputation aussi injurieuse, se contentait de tenir l'observation pour suspecte, el Sa critique. se réduit à établir quatre omissions, que M. Petit a eu, dit-il, intérêt de faire en cas qu’il eût mis de l'exagération dans sés récits.

La première omission est de n'avoir pas nommé ceux de ses confrères à qui il dit avoir fait voir la rupture du tendon d'Achille. Ce

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reproche, très-faible pour le fond de la chose, devenait insultant par le motif qu'on donnait à cette omission. On avait empêché par là, disait-on , d’avoir recours à des témoins pour s'éclaircir du fait.

La aGde est de n’avoir pas dif si les gras de jambe devinrent

plus gros après la blessure , Ce qui a dù arriver, suivant M. Andry,

‘par la rétraction des muscles. M. Petit démontre le contraire. La troisième omission est de n’avoir pas fait mention de l'inégalité ou bourrelet qui à dû se faire à l'endroïitde la soudure des deux bouts rOMmpUS. Cette objection en mérite à peine le nom. On reprochaïit quatrièmement à M. Petit d’avoir omis de citer une observation d'Ambroïise Paré sur la rupture dù tendon d'Achille parce que la comparaison ne lui aurait point été favorablé. Les différences sont, à la vérité, tr és-frappantes. Ambroise Paré. dit que, dans ce cas, la douleur est grande en là partie. Le malade de M. Petit n’en sentit aucune pendant toute la cure , et sa guérison fut parfaite. Ce succès n’est pas conforme à la doctrine de Paré sur la rupture du tendon d'Achille, dont i7 ne faut , dit-il , espérer aucune guérison : ains au contraire dés le commencément faut prognostiquer et prédire qu'il restera toujours quelque dépression en la partie, avec dépravation de l'action de la jambe, c’est-à-dire que le malade clopinera toujours quelque peu à raison que les extrémités du tendon rompu ou reldché ne se peuvent jamais parfaitement rejoindre. M. Petit donna, dans cette dispute, les preuves d’une grande sagacité ; il découvrit, dans les circonstances différentes que présentaient la description du cas faite par Ambroise Paré et celle qu’il avait donnée sur le même sujet, que Paré n’avait connu que des ruptures incomplètes du tendon d'Achille, et que les accidens dont il fait mention sont moins une suite nécessaire de la nature du mal que de la conduite qu’on tenait én le traitant. En effet les moyens dé guérison se bornaient à faire garder long-temps le lit, à employer dans le commencement des remèdes répercussifs, et ensuite des emplâtres qui on{ la vertu de consolider. Ces procédés ne marquent aucune attention à la principale indication curative. La nature exige essentiellement la réunion des parties divisées ; et, dès que les vues de l'art n'étaient point dirigées vers ce but, il n’est pas étonnant que les cures fussent imparfaites ou troublées par des accidens. Paré établit limperfection de la cure comme un effet nécessaire ; et nous lisons dans une thèse soutenue à Dantzick le 30 mars 1730 4) combien les suites de Ja rupture du tendon d'Achille peuvent être funestes lorsque l’on ne - prévient pas les accidens, ou qu’on n'y sait pas remédier d'une manière convenable. Un homme de cinquante-six ans se rompit le tendon d'Achille én sautant d'un bateau sur:le rivage. Le pied se tuméfia sur-le-champ; le cinquième jour l inflammation fut considé.

(4)-Commerc. littorar. , Norimberg , Spéc. LT, ann. 1731.

rable, et accompagnée dé fièvre aiguë. La tumeur s ‘odvrié d’ellemême aux environs de la rupture ; il en sortit une liqueur lymphatique gélatineuse. L’ulcère fit des progrès, et. découvrit les deux bouts du tendon divisé. 11 se fit différens abcés ; les os se carièrent, la gangrène survint; enfin, au bout de cinq mois. de traitement inefficace, on fit l'amputation de la jambe, et le malade mourut le onzième jour de cette opération.

Les lumières que M. Petit a jetées sur cette matiere rassureraient le public de la-crainte de semblables accidens si les progrès de l’art étaient connus de tous ceux qui sont ‘admis à le pratiquer. Mais les découvertes les plus utiles sont souvent contredites par ceux qui devraient les admirer , et le plus grand nombre , toujours trop content de ce qu'il sait, s’épargne volontiers la peine de l'examen et de la discussion sur ce qu'on lui présente de nouveau. L'on ne peut trop blâmer une pareille inattention dans ceux surtout que le public honore de sa confiance en les préférant à d’autres dans l'exercice de leur profession. Mauquest-de-Lamotte , qui ne manquait ni de zèle nid’application , comme on le voit par ses Observations de chirurgie, très-estimées de plusieurs grands maîtres , n’est pas à couvert de quelques reproches au sujet de la rupture du tendon d'Achille. I parle avec la plus grande estime de Fouvrage de M. Petit : c’est d'aprés les exemples qui y sont rapportés qu'il jugea d’ une rupture - incomplète de ce tendon ; elle est le sujet de Pobservation qui termine le quatrième volume de sa Chirurgie complète. Il ne pouvait donc ignorer la méthode de procéder à la réunion par l'application du bandage si bien décrit par M. Petit pour contenir les parties divisées, que la situation seule rapproche de la manière la plus exacte. Malgré cela M. de Lamotte dit que , si ce tendon eût été totalement rompu, - il en aurait tenté la réunion par la suture , après avoir fait tne incision aux tégumens pour découvrir les deux éxtrémités du tendon divisé. H se contenta du bandage, parce que la rupture du tendon n était qu incomplète. Le malade guérit avec l'inconvénient d'un peu dé - gêne dans le mouvement du pied. : PAPE

Cette observation, dans laquelle on. indique l'incision des tégumèns et la suture du tendon d'Achille comme les moyens d'en guérir la rupture complète, montre combien la vérité a de peine à se placer dans les esprits livrés à la-routine. C’est un habile chirurgien, instruit de tout ce quia mené à la perfection de l'art sur cet objet, qui donne un précepte dont l'exécution serait une des plus grandes impérities qu’on pût commettre (1). Que l'ignorance ait des victimes, cela est naturel ; maïs l'inconséquence que nous relevons en aurait . de même : © "est en quoi elle n’est pas pardonnable.

(4) Voyez, dans le troisième tome des Mémoires de l’Académie royale de chirurgie, l’excellente dissertation sur l’abus des sutures, par Pibrac.

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