‹ Œuvres complètesChapitre 62 sur 140 · FRACTURE DES COTES · texte numérisé non relu

FRACTURE DES COTES

Quant à la suite du: traitement qui convient à la fracture dont nous parlons, la réduction faite, il faut saigner lé malade plusieurs fois, par ticuliérement sila douloths est grande , et qu'il y ait difficulté de: respirer. On doit prescrire une diète exacte, donner des lavemens, des potions anodines et même des narcotiques ; employer, en un mot, tout ce qui est capable de diminuer la quantité et le mouvement du Sang: Ces remèdes ont ici les mêmes avantages qu’ils peuvent avoir pour appaiser ou prévenir l’inflammätion et le dépôt dans les autres parties ; mais ils ont encore. une utilité plus particulière. Cette utilité est fondée sur ce que la poitrine est, pour ainsi dire, l’officine ou la manufacture du sang : c’ést là qu’il est prétiaré et revivifié par la respiration ; ainsl, moins it y a de sang, moins il faut de force et de fréquence dans la. respiration ; il faut done diminuer le sang par les saignées et la diète. Plus on calmera son mouvement, plus il y aura de tranquillité et de douceur dans la respiration ; moins les muscles de la poitrine agiront, ét plus les côtes cassées seront dans le repos qui convient pour leur réunion. Les lavemens sont d’un grand secours , tant parce qu’ils vident le bas-ventre, et le débarrassent des mMatiètes corrompues qui peuvent passer dans le sang, que parce que le diaphragme peut s “aplanir avec plus dé facilité du côté du bas-véntre Jorsqu' il est vidé : ce-qui rend la respiration plus libre et moins serrée. Le malade doit être demi-assis dans son lit pour respirer plus facilement, et il ne doit point parler, ni faire aucune chose‘ capable d'augmenter la respiration. On né lève le bandage que lorsqu'il se relâché , ou qu'il incommode le malade:

Les accidens les plus fâcheux de cette maladie se terminent ordinairement en douze ou quinze jours ; et, au bout de trente, le cal est entièrement formé. Le

De la Félure et de l'Enfonçure des Côtes.

La fêlure et l’enfonçure des côtes passent dans le public non-seu- Jement pour des maladies fort communes, mais encore pour des maladies qui demandent des traitemens particuliers, un manuel, des appareils appropriés. Ces préjugés sont dus aux bâilleuls, hommes dont le grand talent est de savoir mettre à profit la-crédulité du peu- ‘ ple, Chaque chute leur fournit un sujet de miracle, qu'ils savent rendre plus ou moins grand suivant la simplicité du bléssés Tel , à leur avis, aura les os moulus, brisés, qui, soûs une physionomie qui annoncerait un homme moins kinplé; n'aurait qu’une fracture , qu'une enfonçuré. Un homme d’esprit ou cru connaisseur en serait quitte pour un mal beaucoup. moindre. Ceux qui connaissent. les bâilleuls ne m’accuseront pas d'en imposer.

Voyons au fond ce que sont en soi la fêluré et l'éiifonçure dei côtes. Si l’on entend par félure des côtes une fracture incomplète :

une fente dans ces os, la possibilité de cette fracture, fêlure ou fente, est démontrée ; mais il faut manquer de pudeur pour oser, dans ur cas particulier, en assurer l'existence. En effet par lequel des sens pourrait-on la reconnaître? Serait-ce par la vue? La côte est couverte. Serait-ce par le toucher ? Il n’y a point d’inégalité. Seraït-ce enfin par louie? La crépitation y est impossible. Sur quel fondement, encore une fois, pourrait-on donc assurer l'existence de cette fêlure? I faut convenir qu’ un honnête homme est bien embarrassé lorsqu'il se trouve vis-à-vis d’un bâilleul qui soutient que la côte est fêlée; car enfin, s'iln’y a point de signes pour lautoriser à affirmer cette prétendue fêlure , il n’y en a point aussi qui nous fassent reconnaître qu'elle n’y est pas; mais heureusement les malades n’en doivént point être plus alarmés. Ces maladies seront sûrement guéries par es remèdes prescrits pour la contusion qui nécessairement suit le coup dont la violence pourrait faire présamer cette félure.

Les côtes peuvent s’enfoncer , cela est certain; mais soutenir que, sans fracture , elles puissent rester enfoncées , c’est être ignorant ou fourbe. Les côtes s’enfoncent, c'est-à-dire qu'une ou deux côtes peuvent être poussées en dedans, et. perdre en ce sens le niveau qu’ ‘elles avaient avec les côtes voisines ; mais elles reviennent d’ellesmêmes, et nécessairement elles reprennent leur niveau sitôt que le corps qui a frappé ou celui sur lequel on est tombé cessent d’être appliqués au lieu de l'enfonçure. Ç est donc par ignorance ou par fourberie que les bâilleuls font croire qu'ils ont Fclre les côtes à des gens qui n’avaient qu'une simple. contusion ; mais doit-on en être surpris ? Souvent, dans ce même cas, ils n ont aucun scrupule. de supposer des fractures, donnant pour preuve le bruit trompeur qui accompagne l'emphysème. L'histoire suivante va manifester les suites funestes que peuvent avoir leurs impostures et leurs mauvaises manœuvres. e :

Il y a douze ou quinze ans qu’un renoueur fut appelé pour panser un homme qui était tombé de cheval , et qui disait s’être brisé les côtes : le renoueur, en arrivant, n'eut pas de peine à faire croire que les côtes étaient cassées, quoiqu’elles ‘fussent toutes dans leur entier, parce que les eris-du malade et la douleur qu’il disait sentir l’avaient IS ‘établi comme vrai dans l’esprit de tous les assistans, qui jugent ordinairement de la grandeur des maux par celle des cris. Le malade fut pansé de la façon du renoueur pour fracture et enfoncure; les douleurs ne cessérent ni ne diminuèrent; la fièvre survint, ainsi que les envies de vomir et Ia jaunisse accompagnée de tous ses symptômes. Le malade, réduit à la derniére extrémité, perdant la confiance aveugle qu’il avait ei-devant en son bâilleul, eut recours à moi, Je Ie trouvai avec une difficulté de respirer des plus fortes une toux violente , un crachement de sang considérable ; ses urines étaient briquetées : ; il avait es yeux égarés : c'était alors le dix-septième j jour de sa chute.

Le bäilleul avait fui à mon approche ; je ‘levai l’inutile appareil qu'il avait appliqué ;.j'examinai attentivement le lieu frappé; je trouvai un peu d’œdème;

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mais. je ne reconnus aucun yestige de fracture, pas même les prémices du eal : ce qui me fit chercher ailleurs la cause des symptômes qui affligeaient de malade, TL était tombé sur les cinq fausses côtes du côté droit; la peau était un peu enflée; il y avait une fièvre considérable avec rongeur et dureté dans la partie cuntusé , et surtout avec une douleur pulsative si vive que je n’hésitai point de dire qu’il se formait du pus, et que déjà il y en avait , mais que, étant:trop profond pour qu’on pût l’apercevoir au toucher, on devait en soupçonner le dépôt au-dessous des côtes, peut-être même. dans le foie, ou du moins dans la partie de ce viscère qui touche au diaphragme. Tel fut mon avis sur, la triste situation du malade, qui n’était que trop bien fondé à imputer son état à la mauvaise manœuvre du bâilleul, Les côtes n'ayant point été cassées, la première source du désordre était sans doute:la contusion du foie,

en conséquence de Ja chute sur les fausses côtes, Cette contusion devait être d'autant plus grande que les côtes n'avaient poiñt été cassées ; mais elle n’eût pas eu des suites si fâcheuses sans la mauvaise manœuvre du bâilleul, qui fut vicieuse en trois choses : 1° en ce qu’il avait appliqué un ciroëne , médicament qui empêche la transpiration ; 2° en ce qu’il avait soutenu le ciroëne avec des bandages trop serrés, lesquels, ‘pressant la poitrine, empêchaient la respiration; 3° il n'avait point fait saigner le malade , comme il le devait , non-seulement pour appaiser la douleur, mais aussi poùr éviter le dépôt et l’abcès que je croyais déja formés au point que pour lors les saignées ne pouvaient tout au plus servir qu’à diminuer l’engorgement des parties “voisines, ét par là prévenir la gangrène, qui ne manque pas d'accompagner la suppuration de ces sortes de dépôts ; gangrène si fâcheuse et si prompte qu’elle emporte le malade avant la maturité de l’abcès. Pour guérir cette. fâcheuse mäladie, dans laquelle , comme on vient de le: voir, on-avait plus à craindre la gangrène que l’abcès, mon avis fut de saigner Je malade au plus tôt; de répéter la saignée autant que les forces pourraient le permettre; d'appliquer , sur toute l’étendue du mal, un-cataplasme avec la pulpe des herbes émollientes et anodines; j'ordonnai énfir. que là boisson, le régime et les autres choses convenables seraient observés. Ce que j'avais "prescrit fut exécuté.

Le lendemain je trouvai le malade beaucoup mieux; je le fis resaigner, et j'ordonnai qu’il le fût encore le soir, qu’on continuât le cataplasme, qui avait déjà amolli la partie au point que je pouvais toucher l'intervalle des côtes; je les trouvai plus écartées que dans l’état naturel, et, en portant les doigts au-dessous du rebord-cartilagineux des côtes, depuis le cartilage xiplioïde ” jusqu’à l’éxtrémité de la dernière côte , je sentais une dureté considérable et le malade ressentait .des douleurs très-vives: Le Jendemain je trouvai tout l'extérieur beaucoup plus libre ; et, m'étant aperçu qu’il y avait une fluctuation sourde près de l'extrémité “ la dernière des fausses côtes, je proposai ouverture de l’abcès ; on s’y opposa : le danger paraissait diminuer; la confiance diminua aussi ; ce qui devait produire un effet tout contraire chez des gens sensés. Je ne retournai plüs voir le malade, et j’appris qu’un charlatan, grand purificateur de sang, s’était emparé de sa confiance en lui promettant de lui faire sortir cet abcès par les urines. Aprés avoir été quinze jours dans l’üsage de ses remèdes sans aucun soulagement, on revint à moi; je revis le malade ; je le trouvai avec des étouffemens si violens et si longs que jecr aignis de le voir périr en ma présence. Je touchai la partie malade, que je trouvai bien changée : la tumeur, qui se cachait sous les fausses clés ; s'était rendue extérieure ; la fluctuation y était aussi manifeste que dans l'hydropisie ascite ; on sentait une pulsation ROUE à celle de l’anévrisme ; ce qui néanmoins

ne m'enipêcha pas de pr optser, l'ouverture » Parce que j'avais déjà ouvert des tumeurs de cette espèce qui n'avaient appris que ceux qui, dans un cas semblable, craignent d'ouvrir un anévrisme ont une crainte mal fondée.

Après avoir fait un pronostic aux parens, dans lèquel je leur montrai le peu d'espoir qui restait à la guérison, je fis l’ouverture de l’abcès; j’en tirai deux rintes de pus le premier jour; Le lendemain il en sortit plus d’une pinte ; les jours suivans, jusqu’au septième, la matière diminua toujours, ainsi que quelques-uns des symptômes; mais le devoiremrent, la fièvre, la suppression des ‘urines, l’enflure et l’hydropisie emportérent le malade le vingt-septième jour de l'opération. Je fis l’ouverture du cadavre, je remarquai -qué l’abcès était entre le foie et le diaphragme , depuis sen éntreniérveux jusqu’à l’endroit où ce muscle s'attache à la” dernière des fansses côtes; le ligament suspensoir était détruit, la superficie du foie ulcérée dans presque’tonte l'étendue de l’abcès; Ye diiphragme était adhérent aux côtes et au lobe inférieur du poumon droit ; il y avait une chopine de lymphe purulente épanchée dans la poitrine, et toutes les côtes étaient dans leur intégrité, sans aucune

apparence de fracture nidecal , F ‘ :

Dans cette observation on remarquera que, n’y ayant point de fracture aux côtes, la contusion du foie était l'essentiel de cette : maladie ; qu’elle n’est devenue mortelle que par l'ignorance du bâilleul : il a négligé la saignée ; ; il a gêné la respiration par des bandages, qui, auand même: il y aurait eu fracture aux côtes, auraient été trop serrés : ainsi, par cette manœuvre TA À l’abcès est survenu.

Cependant le malade aurait pu’ guérir malgré toutes ces ‘faites si, au lieu de eroire le second charlatan, on m'avait laissé faire l'ouverture quand je la proposal la première fois : c'était le temps que le pus commençait de se manifester ; il n'avait point, encore fait tout le désordre, et l'on pouvait vraisemblablement espérer guérison.

Cette observation n’est pas la seule que je pourrais rapporter ; mais elle est une de celles qui montrent, à n’en point douter, le danger qu'il y a, d'écouter ces gens vains, présomptueux; qui masquent leur ignorance par un babil ou par un silence artificieux, qu'ils accompagnent ut at de la vaine et séduisante promesse de guérir, :

, CHAPITRE v.

DE La FRACTURE DU STERNEM.

Le sternum peut être enfoncé et cassé par “quelque COUP violent : il lui survient des accidens presque semblables à ceux qui surviennent dans la fracture des ‘côtes ; il arrive même quélquéfois une hémorrhagie intérieure par Ja rupture des'artères et dés yeines

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