CHAPITRE XIV
11 DE LA averuIRÉ DES TEXDONS: ri
Les tendons peuv ent se casser par la même raison qu’ ne ‘corde se casse lorsqu'elle ést trop tendue. Jai,donné, à ce sujet. plusieurs observations, qui sont imprimées dans les. Mémoires de l'Académie des sciences ; cé que j'en rapporte ici n’en est que Pextrait; mais il est suffisant pour l'instruction des jeunes CHERE en faveur de qui j'écris cé Traité (1). +
La rupture des tendons peut être complète ou in compléte. Je e.commence par la rupturé complète. TN paraît difficile qu'un effort seul puisse rompre complétement les tendons d'Achille : c’est cependant ce que j ’ai vu et que je fait voir à plusieurs de mes, confrères.
Lei nommé Cochois, va des plus babiles sauteurs de-sa troupe, dans un saut qu'il fit, à pieds joints, sur une table élevée de trois pieds et-demi., se rompit les deux tendons d'Achille sans se faire aucune plaie extérieure. Cette rupture se fit de manière que les muscles: au, gras de la jambe emportèrent de ii) côté la Re grande pp tion dé cés AUS et Hp es talons retinrent
@) Cette matière est l’objet d’une discussion assez étendue dans le Discours préliminaire, pag. XvI1 ét suip,
le reste : da portion qui. resta au.talon drait. avait plus. de. deux pouces de longueur , et cellé qui resta au talon gauche n en à avait que douze ou quinze fines Les bouts cassés étaient si éloignés l’un, de l'autre, qu'on sentait sous ia peau une ‘distance à mêttre trois doigts dans l'espace c qu'ils laissaient entre eux. J'ai. PANÉ cetle blessure jusqu’à parfaite Suérison : lé-cas m'a päru si singulier que j'ai cru devoir:en fairé AN âu. PAP 1 ;
-Ce que j'ai à ei sur cette néafiéte, se réduit à troïs Choses ; savoir : comment cétte rupture:s’est faite; comment Part et la nature ÿ ont remédié, et enfin l'explication dé Wois ‘phénomènes singuliers qui y ont été observés.
Pour comprendre comment cette rüpture a pu se faire il faut remarquer premièrement que, dans léfat naturel, quand nous sommes exactement droits sur.nos pieds, la ligne de gravité du corps passe par le milieu des es de la cuisse , de la jambe et du pied : | ces os pour dors se soutiennent mutééléiment, comme font les pierres d’une colonne, et nos muscles n’agissent presque point. Au contraire, pour soutenir notre corps lorsque nos jointures sont pliées, nos muscles agissent beaucoup, et leurs contractions sont d'autant plus fortes que la flexion des jointures.est plus grande ; elles peuvent mêmé être pliées au point que le poids du corps et les muscles qui le tiennent en équilibre feronteffort sur les os avec toute la puissance qu'ils peuvent:avoir : alors les apophyses où les muscles s’attachent pourront se casser si les muscles résistent ; mais , si les apophysés’ des os sont plus fortes, la rupture se féra dans les muscles ou dans leurs tendons.
Tout le monde sait que l'os du genou se casse: par un effort : pr une cause semblable j'ai vu la rupture des tendons des muscles droits extenseurs du genou. M. Poncelet, mon confrère, célèbre chirurgien, m'a fait voir un homme qui, dans un faux pas, se Cassa - los du ‘talon. par la seule rétraction du tendon d'Achille.
Si les muscles, les tendons et les os même peuvent se casser par des causes Si légères en apparente, ils ne résisteront sans doute qu'avec peine lorsque les musclés seront obligés d'agir nou-soulement pour résister au poids du COIPS, mais même pour. le reléver aveé force, lui faire perdre terre, et Vélancer en Vair, comme font les sau{éurs lorsqu’ ils sautent à pieds joints sur une table.
Pour sautervainsi ils plient et penchent la tête et le Corps sur Les cuisses ,” es cuisses sur les jambes, et les jambes sur les pieds ; leurs muscles” étant ainsi plié és et alongés comme pour prendre leur secoussé, is les remettent dans. celte, contraction subite qui fait ressort contre {erre, ‘d'où ils s’élancent en l'air, LL se redressent en grriant sur le bord de-la-table.- 7: Ci
Does cet effort paraisse suffisant pour Mau le tendon d'Achille, et que nf sauteurs se soient blessés en s’élançant ainsi, Peffoxt que fit le
sieur Cochois fut beaucoup plus considérable ; la table {sur laquelle il sautai® se trouva plus haute qu’à l'ordinaire; son élan ne l’éleva pas assez, il n’y eut que les bouts de ses pieds qui touchèrent sur. le bord de la table; ils n’y appuyèrent qu’en glissant, et qu'autant qu'il fallait pour se redresser, et rompre sa détermination en avant. la ligne de gravité ne tombant point sur la table, le sauteur tomba à terre droit sur Hà pointe de ses pieds, étendus de manière . que les tendons d’Achille furent, pour ainsi dire, surpris dans leur plus forte: tension, et que la chute de plus de trois pieds ajouta au poids) ordinaire du corps une force plus que suffisante pour les rompre , puisque, cette force étais celle qu'avait acquise le poids du corps multiplié par. la dernière vitesse de, la chute. |
L'art et la nature ont travaillé de concert à la réunion de.ces tendons rompus.
L'art y était absolument nécessaire, soit pour rapprocher leurs bouts éloignés, soit pour les maintenir rapprochés pendant que. la nature travaillerait à leur réunion. | Heat Pour faire la première opération je fis coucher le malade sur le ventre; je
“pliai son jarret,; je poussai Le gras de la jambe vers le’talon, et j'approchai le
talon vers le gras de la jambe ‘en étendant le pied jusqu’à ce que.les deux: bouts du tendon cassé se touchassent. Pendant qu'on tenait les partiesen cet état je trempai une double compresse dans l’eau-de-vie, avec laquelle j'entourai le lieu blessé; une autre compresse, plus épaisse que la première , large de deux pouces, longue de deux pieds et demi, fut appliquée postérieurement depuis le jarret jusques et par-delà les orteils, couvrant le grasde la jambe, le talon et la plañte du pied, Pour assujettir cette compresse, pendant qu'on la tenait ainsi, je pris une bande longue de quatre aunes,’et large de deux doigts, avec” laquelle je fis quatre tours au Heu de la rupture: des tendons: Avec ces tours de bande j’engageai le milieu de la compresse longuette; puis, portant la bande obliquement de dehors en dedans sur le pied, je la passai en travers sous la plante du pied; j’engageai en-ce lieu la longuette ;.et, revenant de dedans en dehors obliquement sur le dessus du pied, faisant une croix de Saint-André avec le premier tour oblique; je rapportai la bande au-dessus des ‘chevilles, où je fis un tour circulaire, et d’où je revins obliquement de dehors en dedans sur le pied, sous la plante du pied, puis par-dessus, pour faire une seconde fois la croix de Saint-André et le circulaire au-dessus des chevilles. Ayant répété ces mêmes circonvolutions jusqu’à. quatre fois, la bande étant arrivée aux chevilles, au lieu de rédescendre vers le pied, je remontai en circulant jusqu’au- dessus du gras de la jambe, où , après avoir fait plusieurs circonvolutions, je fis tenir ce qui me restait de bande pendant que, avec mes deux mains, je renversai les deux bonts de la longuette qui n'étaient point engagés. Le bout du côté da jarret fut renversé vers le. talon, et celui de la plante- du pied fut renversé du côté du jarret; je les assujettis l’un à l’autre avec des épingles; et, avec le resté de la bande, je passai et r'épassai plüsieurs fois pardessus en différens endroits de la jambe et du piéd, mais sans serrér de peur de comprimer. Ces deux bouts de longuette , ainsi renversés à contre-sens l'un de l’autre, et assujettis par la bande, retenaient le pied dans le dernier degré d’extension, de manière que les bouts des tendons p’étaientipas seulement approchés, mais se touchaient et se poussaient mutuellement. à
Après avoir appliqué ce bandage à l’un des pieds, j'en fis un semblable à l'autre, puis je mis un oreiller sous les jarrets pliés, afin, de relâcher iles muscles jumeaux, dont la tension aurait pu tirer en haut la portion supérieure du tendon rompu. Je mouillai l'un et l’autre appareil avec l’eau-de-vie; je
recommandai qu’on les humectât de quatre en quatre heures; je Saignai le malade lé soir même, et deux fois le lendemain, et je lui prescrivis le régime.
‘Huit jours après je “levai l'appareil, et je trouvai des dispositions favorables à la guérison : au quinzième je relevai l'appareil ; et, les dispositions me paraissant encore plus favorables, je ne doutai point de la guérison. Le vingtdeuxième, quelques légers mouvemens que je lui fis faire en le pansant me ebiiimiérent que la réunion était faite; et, le trente-deuxième jour, je le trouvai auprès du feu, où il s'était fait porter : sil me dit qu’il se sentait si bien qu’il espérait que, après la guérison , il pourrait faire ses exercices ordinaires.
On ne peut douter que l’art n'ait beaucoup de part à cette guérison, mais, sans la nature, toutes més précautions auraient été vaines : elle ne s’est pas contentée de fournir le suc nourricier qui a fait la soudure des tendons; les gaînes qui les enveloppent ont servi de moules; sans elles les sucs se seraient répandus dans le voisinage , la cicatrice eût été trop faible, et il se serait fait adhérence des tendons avec les parties voisines + ce qui aurait ôtécette facilité à glisser qui les rend si propres aux mouvemens.
Je finis cette observation par l'explication de trois phénomènes très-singu liérs : le premier est que le malade, l'instant d'après la rupture de ses tendons, étendait et fléchissait son Pipe le second c’est qu'il ne pouvait se tenir debout; le troisième est qu’il n’a senti aucune douleur tn se cassant les tendons, ni dans la suite pendant tout son!traitement.
-Il pouvait fléchir son pied, puisque le mal n’était point aux muscles fléchisseurs ;'et il pouvait l’étendre, quoique le tendon d’Achille fût rompu, parce que les muscles jambier et péronier postérieurs ‘qui n’étaient point rompus ,
- sont suffisans pour faire l’extension, comme je l'ai expérimenté sur les cadavres après leur avoir coupé le tendon d'Achille.
Le blessé ne pouvait se tenir droit parce que, quoique les muscles jambier et péronier postérieurs fussent suffisans pour étendre le pied, le-point par lequel ces musclés passent de la jambe au pied est trop proche de l’appui.
Cette observätion montre que l'éloignement dû tendon d’Achille fait toute la force du pied; et que , plus ce tendon est éloigné de Particulation, plus il a de force. Les animaux qui courent et sauteñt avec le plus de facilité sont ceux qui ont ce tendon plus éloigné ; les hommes qui ont le talon fort long se fatiguent moins à marcher; et, plus le pied Ft long, plus la longueur du talon est nécessaire.
Si les tendons d'Achille se sont cassés Sans | douleur, cela ne peut venir
que de la esse du mouvement qui les a rompus totalement et dans les inêmes instans. :
Toutés les fois que, dans une chute ou un effort violent, les os pourront résister , les tendons se casseront ; il arrivera le contraire siles tendons RTS On peut voir, dans un des mémoires que j'ai donnés à ce sujet à l'Académie des sciences, que la rupture des tendons par un seul effort. n’était pas une chose nouvelle ; j'y ai fait remarquer aussi que les.os mêmesoùs 'attachent les teridons ne sont pas exempts de fracture lorsque ‘les tendons résistaient plus que les os à un effort capable de rompre les uns ou les autres.
J'ai rapporté que Mme la présidente de Boissise, Rorcoant doucement dans la cour de l'hôtel de Soubise, se cassa los du talon par la seule rétraction du
tendon d'Achille: j’y-ai fait mention d’une: ad DTA dont M. Poncelet n'a faitipart; y'yai-rapporté, l'exemple, des, rotules enAdeRe per Ja môênie causé; j'ai fait faire à M. Peron., maître. -en chirurgie, et trés-expeit pour les bandagés , une machine pour suppléer au tendon du muscle droit -extènseur de la jambe, qu'un officier: hoHandais s'était ‘rompu €n sautant un ‘fossé. M: Martinon, mon confrère ,iet M. La Salle, ancien comuhissaire au Châtelet, ont été dus le mêmecas,:et; en sont tous, deux guéris, à cela prés que, ‘<omime la réunion dece tension ne, peut janrais se faire: pl ebet jamais aussi l'extension de la jambe ne peut être aussi par faite art Ja blessure. À ces exémplés j'en joins deux autres: ,: : EN
L'un de ces exemples. esk la rupture, du, tendon d'Achille; arrivée à une folie de trente-cinq ans très-puissante : elle passait sut une planche qui
traversaitun batèansises pieds glissèrent : elle tomba au fond du bateau toute droite sur le bont du pied droit, qui appuya seul sur le bord d’une traverse. “La plante durpied, je talon et tout lé pied gauche portèrent à faux, de manière que le tendon d'Achille du-pied.droit souffrit seul tout leffort, et fut, pour ainsi dire, accablé dui poids de: tont le corps, auquel poids Ja chute dé plus de six pieds de haut ajouta une, force plus, que suffisante ‘pour le rompre , puisque cette force étaiteelle qu'avait acquise le poids du corps male pie par la dernière vitesse de fa chute,
M, Garnier, chirurgien ordinaire-de la malidé, m'y appela avec: plusieurs autres confrèr es; il fit Pa pplication des compr esses et du bandageque j j'aidéerits ci-déssus ? Ja abbé a été guérie én aussi peu de temp ‘es ‘aussi: sparfaitement que le fut'le sieur Cochois:+ 4840)
J'ai fait sur'cette maladie Plusieurs observations LE 1x
Premiérement la force qui a rompu le tendon de cette ford était plus grande que celle qui ronipit ceux du sieur Cochoïs, parce que cette femme est fort pésante, qu'elle est tombée de six pieds de haut, ‘et qu’elle n’a appuyé que sûr un seul pied; Cochois, au contraire, ést plus légers il est tombé de moitié moins haut, et ses deux pieds ont partagé l'effort de la chute,
. Secondement la Male a:souffert quelque douleur au voisinage de la rupture, et Cochois n’a point souffert; ni lun ni l’autre n’ont senti dé douleur dans l’instant de la rupture de leurs tendons; et, si la dame en a ressenti au voisinage dela tuplure, c’est parce que, élit tombée, elle n’a rien trouvé ‘pour se retenir, et Cochois se retint à la table ‘sur laquelle ilsautait ; de sorte que , sans ce secours, il aurait fait une seconde chute qui aurait, causé des déchiremens : c’est ce que Ta malade n'a pu éviter, ce qui a causé uné ecchymose par l’épanchement” dé quelques gouttes de sang que les vaisseaux 'rompus avaient laissé échapper sous la peau et dans les cellules des graissés.
La troisième observation que j'ai faite c’est que les femmes doivent (à causes égales) se rompre le tendon d’Achille plus facilement que Îes hommes, parce que le talon de leurs souliers , étant très-haut,. leur tient Ié-tendon d'Achille plus raccourci, et que leurs pieds, par cette raison, sont toujours dans l’exten- ‘sion, çe qui donne au poids du corps multiplié par la dernière vitesse beau- Coup plus de prise sur eux qu'il n” en aur ait si les femmes étaient accoutumées -à des talons ni soulièrs plas Base GENE LOT «.
nr e joindrai à à cette as patte que J'ai. faite à sur la lotir
du ligament tendineux , qui attache la robes à la tubérosité du tibia.
M. Galin, maître en ae , M'appela pour voir lé fils d’an perruquier de
la rue Saint-Honoré, vis-à-vis le Grand-Conseil.; cet: enfant, âgé de neuf ans, était tombé la jambe fléchie ; le seul poids du cor ps força la jambe, et la porta au-delà de son plus haut dégre dé flexion: Les muscles. €xtenseurs furent si étendus qu'ils. étaient en Situation de se rompre aussi bien que la rotule ou son ligament. Ce dernier appa énient méut tu la foret ce résister au poids du corps ,etse rompit. HI
+ Les signes qui font connaître déteri pente sont !t
4° Lewvide que l’on sent sous la peau entré le‘bout dela rotule et. le us $
.2°:L'angle dela partie mférietre de l& rotule: qui:fait «saillie en dehors parce qu elle est:tirée par les pie extenseurs; et qe ’elle-n’est,plus retenue en son ligament ; j CG 4
3° La. faiblesse de l'extension ail la jdiabes : ‘qui ne. se fait plus que par les portions latérales de l'aponévrose dés mb » qui passe aux côtés dé la * rotule pour s’insérer au tibia.
ette rupture était sans douté comme foèllé dei térdoil d'Achille : il y avait. ecchymose, parce que l'enfant fit une ten Ken rayé arieun corps: voisin à quoi il pût se retenir." w
: L'appareil fut appliqué dans-les mêmes vugs que tééhi de la neue dés tendons d'Achille : une compressé longue de dix-huit pouces.et large de trois “doigts s'étendait depuis le milieu de a cuisse; passant sûr le genou, jusque vers le milieu de là jambe. Le croisé du baridage qui assujettissait la-compresse était placé sous le jarret; les deux circulaires assujettissaient la com- - présse , lune au-dessus, et l’autre au-dessous de la rotule.
“Aprèsique plusieurs contours de bande eurent ainsi assujetti cette compresse, les bouts. furent renversés à contre-sens Pun de autre : celui qui montait sur la cuisse fut renversé du côté de la: jambe, et celui: qui montait su la jambe-fut renversé du côté dela cuisse; puis Le développement du reste de la même bande fut employé-en contours circulaires pour assujeliir.ces deux bouts de cormpresse renversés de manière que, la jambe:ne pouvant se fléchir, les dénx bouts du ligament cassé pouvaient jouir de teur proximité mutuelle et #9 repos, deux choses cepiprnen nécessaires Faut ere leur réunion.
Les, . ations que j'ai données sur la des du tendon d'Achille sont si singulières que plusieurs ont douté qu'elles fussent véritables. Qué£lques-uns, pardes épreuves ( extraordinaires, ont tessayéla forcedes tendons , ét ont cru trouver dans leur résistance : ‘des preuves de l'impossbtité des faits que j'avais avancés ; ; d'autres ; sans Chercher
la. vérité. se sont contentés de nier ces faits.
Les, disputes que j ai été obligé de soutenir me donnérent occasion ‘ de: chercher dans les auteurs quelques faits qui me fussent favorables. Jesaisis. d'abord l'observation d'Ambroise, Paré : je la. citai ; mais ma cause n’en parué pas meilleure. Les personnes d’un sentiméntt contraire s'imaginérent que je regardais cette observation comme sembable aux miennes; et, ne. trouvant point de conformilé dans les symptômes , ils.se. ‘crurent encore plus en droit de nier ce que j'avais avancé. Pour me défendre j de. fis l'analyse de l’observation d'Ambroise Paré ; je la comparai:- aux miennes , ét je montrai que la différènee des symptômés: venait, de.ce que la rupture des tendons de Cochois! était complète ; HIDTSANE au contraire x rupture
du tendon citée par Ambroise Paré, n'était qu'une rupture incomlète.
; Lorsque j'écrivis sur cette otre) je n'avais point encore vu de rupture incomplète du tendon d'Achille : tous les raisonnemens que je faisais n'étaient fondés que sur ce que j'avais observé aux ruptures incomplètes des tendons des autres parties du corps, et sur la comparaison que j'avais soin d'en faire avec celle qu'Ambroise Paré rapporte du tendon d'Achille.
Depuis trois mois j'en traile une toute semblable à celle qu'il décrit ; et, dans le traitement, j'ai eu la satisfaction de voir confirmer ROUE ce que ÿ ‘avais écrit sur cette matière ; et même de faire plusieurs remarques utiles et curieuses ; qui ont écHäphé au fameux auteur dont j'ai parlé,
Un homme .de quarante-cinq à cinquante ans, descendant un escalier, s’aperçut qu’on le conduisait, se retourna, et acheva de descendre à reculons. Plus attentif à répondre à la politesse qu’on lui faisait qu’à l'escalier, il ne s’apercut qu’il descendait les deux derniers degrés à la fois que lorsqu'il m'était plus temps de se reprendre, et les mouvemens qu’il-fit pour éviter la chute furent une fausse démarche dans laquelle son pied, considérablement étendu , fut porté à terre par le’ poids de tout le corps, ce qui fit souffrir au tendon d’Achille une extension considérable, à laquelle résista bien la portion de ce tendon formée par le solaire; mais la portion que forment les j jumeaux , n’y pouvant résister, Se Cassa avec un bruit de craquement. -
Cet homme eut le courage de surmonter la douléur et de marcher, étant obligé de prendre des attitudes pénibles et gêntes, malgré lesquelles cependant il se traîna, pour. ainsi dire, depuis la rue St-Antoine jusqu’à la rue de Condé (ce qui fat environ mille pas). Ce ne fut point, comme on peut juger, sans augmenter son mal qu'il fit tant de chemin. Etant arrivé, il appliqua dessus plusieurs linges trempés dans l’eau-de-vie, Il passa une très-mauyaise nuit, et le lendemain il eut recours à moi.
Je trouvai la jambe enflée et tendue PORC ER ement depuis le talon jusques et compris le jarret. Malgré l’enflure, j aperçus, en touchant au travers de la peau, une cavité située sur le tendon d’Achille, de la largeur de ce tendon, un peu plus longue que large, profonde d’une l£ne, et éloignée’ du talon de deux grands pouces.
Lorsque je pliais le pied, cette cavité descendait, et s’élevait en ddhoré; au contraire, lorsque j’étendais le pied, la.cavité réiiontaité et s’enfonçait. En prenant le tendon d’Achille au-dessus et au-dessous de cette cavité je la con- . duisais de tous côtés avec le tendon; ou, si je portais les deux mains en sens contraire , je donnais à cette cavité une situation oblique : ainsi tout prouvait que cette cavité inséparable du tendon n’était formée que par l'éloignement des fibres tendineusés des jumeaux rompues, mais adhérentes encore Âla portion tendineuse du solaire. D'ailleurs il y avait de vives douleurs, une grande inflammation, et autres signes qui accompagnent la rupture incomplète.
La douleur et l'inlammation ne me permirent point alors de faire le bandage propre à la réunion ; j’appliquai seulement un cataplasme de mie de pain et de vin. Je fis saigner plusieurs fois le malade; et, lorsque la douleur, et surtout l'enflure, furent presque passées, je touchai plus facilement la partie.
Je me confirmai ainsi dans le jugement que j'avais porté, et j’appliquai un appareil semblable à celui que j'ai décrit en parlant de la rupture complète des tendons de Cochois.
Je levai cet appareil au bout de huit jours; 5. lenfluré était encore diminuée, et il n'y avait plus de douleur. Huit jours ‘après tout approchait de l'état naturel ; la cavité était presque effacée ;.et la réunion allait être parfaite quand le malade, qui ne sentait aucune douleur, ne croyant pas que le repos fût aussi essentiel à sa guérison que je le disais, se leya pour se mettre dans un fauteuil auprès du feu; ilappuya la pointe du pied, fôrça le tendon d'Achille , et renouvela son mal et ses douleurs:
J’eus recours aux saignées ; je lui fis un bandage plus serré, et je l’obligeai à gardér le repos plus exactement. Six jours après, jé ne trouvai pas les houle ta tendon aussi près l'an de l’autre qu Pils étaient avañt le nouvel accident ; et : le jugeai, aux. pansemens qui suivirent, qu’il n’y aurait pas une, réunion aussi parfaite qu’elle Paurait été sans ce dérnier effort : j'espère cependant qu'il marchera presque aussi facilement qu’il faisait avant sa blessure ; maisil aurait -êté plus promptement. et plus sprement, guéri S'il se füt contenu au lit, comme jele lui avais Pres it. \ re
. Quoique la:maladie que je viens de décrire soit la même que celle qu'Ambroise Paré rapporte, j'ai cru ne pas devoir la passér sous silence, parcé que, outre qu'elle est une nouvelle preuve de la fra-
-gilité des tendons , elle peut me servir de fondement, solide pour la æ<omparaison que je dois faire de la rupture complète du tendon * AAchille avec la rupture incomplète de ce même tendon.
Loi tous de. la Rupture complète du Tendon d'Achitte avec la Rupture incomplète de ce méme Tendon.
Le tendon d'Achille est formé par l'union intime du tendon des jumeaux à celui du solaire. Dans la rupture complète ces deux tendons sont entièrement rompus; daps la rupture incomplète l’un des deux est seulement rompu. | .
Dans la rupture incomplète dont il s’agit ici c’est la por tion du tendon d'Achille formée par les jumeaux qui se trouve rompue, pendant que celle que forme le solaire reste dans son entier.
La solution de continuité est presque la seule chose qui:soit commune à ces deux ruptures ;.et, de cette même solution de continuité, complète dans l’une, incoripilète dans l'autre, naissent toutes les différences de ces deux ruptures.
En effet, de cela seul que le tendon d'Achille est rompu entié-
rement , il n'arrive aucun, accident dans la rupture complète ; et, de cela seul que ce tendon n’est rompu ou. cassé. qu’ en partie, il doit nécessairement survenir de fâächeux symptômes : c'est ce que j'ai presque toujours remarqué dans la rupture ou coupure incomplète des tendons des'autres parties ; Ti douleur, l'inflammation , la fièvre; l’insomnie , le délire et la gangrène même, qui y survien-
nent quelquefois , rendraient cette maladie presque toujours mor.
telle sans le secours de la chirurgie ; au liéu que la’ rupture complète
n'est pour: l'ordinaire suivie. d’atcun accident fàcheux , Surtout
lorsque elle se fait PERRIER cest du moins ce que jai observé jusqu à présent.
De trois personnes à qui: j'aix vu Lis rupturé omaptéts du tendon d'Achille, aucune n’a senti de douleur niénse rompant ce tendon, ni après se l'être rompu; et les deux ruptures incomplètes Trapportées, lune par Ambroise Paré, l'autre-dans ce Mémoire, ont été très-douloureuses, L
T y a lieu de croire que la douleur qui accompagne cetie ruplure incomplète vient de ce que, dans le temps que la ruplure-se fait , la portion supérieure du tendon qui se casse est tirée en haut, et” est obligée. de suivre la rétraction du corps musculeux -des jumeaux vers la partie supérieure , pendant que le tendon du solaire qui reste entier est au contraire -retenu ou tiré vers le talon : ces deux forcés ne peuvent agigwen sens contraire qu il n'arrive dilacération ou déchirement aux fibres, qui font Junion intime-de cette portion cassée avec le tendon du solaire : cette portion supérieure du tendon cassé ne peut remonter, pepdan, que le solaire “est retenu au talon , qu ‘elle ne cesse de répondre aux mêmes endroits des fibres du tendon, de ce muscle auxquels elle répondait; et se trouvait intimement. attachée avañtsa rupture ; et elle n’a pu perdre cette correspondance ‘ et cette adhérence intime qu’il ne soit arrivé dilacération et alongément à quelques-unes des fibres qui faisaient son union. C’est donc cette. dilacération et cet alongement forcé qui song, cause de la douleur : c’est aussi. par cette raison qu'il n'ya de douleur € que dans Vétendue du bout supérieur où il y a dilacération, et qu'il n’y'en a + point dans toute l'étendue du bout inférieur auquel il n'y a point M, ne peut y avoir de dilacération.
I naît de là une question tonte naturelle : ‘ savoir : pourquoi , ja la rupture incomplète dont nous parlons, la portion inférieure ne souffre aucune dilacération , puisque , dans Pétat naturel, elle n'est pas moins adhérente au tendon du solaire qué la portion supérioure?
Pour rendre raison de ce fait il faut remarquer que Ia cause ‘de la dilacération du bout supérieur vient, comme je lai déjà dit, de ce
que, pendant qu’il est tiré en haut par le corps charnu dés jumeaux . le tendon du solaire fait effort pour le retenir au ‘talon ; èt que ces “deux- efforts, à contre-sens l’un de l'autre, , donnent occasion at dé- ‘ chirement des fibres qui leur résistent. Mais il n’en est pas-de même de la portion inférieure de ce tendon rompu : les jumeaux ne peuvent tirer vers le haut, puisque, étant cassée, elle est séparée d'eux; {, quoiqu'elle puisse être tirée'en haut par le musclé Solaire, rien
ne pouvant la retenir, ou la tirer en sens contraire à l action de ce muscle , cllele suit sans résistance et sans effort , ef ainsi elle répond
RUPTURE DES TENDONS. : .n, 205
toujours au. tendon du muscle solaire: panitiostit points d’adhérence par lesquels elle yrépondait avant la rupture: Si l'on fléchit le pied , cette portion inférieure du tendon cassé péut'bien: descendre ; mais le tendon du solaire descend avec elle dans la même proportion ; et, comme ils se suivent toujours lun l'autre säns trouver aucune résistance. s0 soit. pour monter ,: soit pour “descendre ; il n'arrive ni dilacération ni ‘alongement dans les fibres qui font leur union.
:Cette douleur, qui n’ accompagne que la rupture incomplète, ne se. fait sentir d’abord que depuis l'endroit de la ruplare jusqu’à lendroit - de la jambe. où le tendon des j jumeaux cessé d’être uni avec le tendon du, solaire;, car, depuis. la rupture jusqu’au talon, le malade n’ en sent aucune. On peut toucher la portion inférieure du tendon cassé, et la porter. à droite: et. à. gauche; sans exciter aucune sensibilité ; mais on ne peut mouvoir domi la pren ARERUES sans causer 4, douleurs très-vives.
J'ai dit que la douleur ne se » faisait deuities d'atoid que jé fétendie de la, por tion supérieure ; parce: qu'il n’y avait qu’elle qui souffrit dilacération ; mais. il arrive par la suite; c’est-à-dire vingt-quatre heures . après la rupture , plus. tôt ou: plus tard, qu Al survient une douleur universelle dans toutes les parties du pied ; de la jambe, et même jusqu ‘au-dessus du jarret; cette douleur s'étend ainsi parce que la portion supérieure du tendon cassé; qui est douloureuse par les raisons que nous avons dites, excite; dans le corps musculeux dés jumeaux, des. contractions qui tirent et secouent à chaque instant les fibres dilacérées , ce qui réveille et augmente la douleur. En conséquence. Pintlammiatiéé: survient : cette inflammation ne se borne pas aux parties.blessées ; elle s'étend au voisinage ; la douleur s étend de même ;.et toute la jambe devient douloureuse parce que toute la jambe est enflammée ; cependant la douleur + és plus. vive, et a son siège principal dans étendue de la portion supérieure. du tendon cassé, parce que cette seconde cause de douleur ne diminue pas l'action dela premiére : au contraire cette portion du tendon cassé en, est plus vivement irritée, puisque l'inflamma- * tion qui y estsurvenue la rend rare fes Re à à contractions du corps musculeux.
..… Ceque nous vénons de. dires de la rupture incomplète w arrive point lorsque le tendon est entièrement cassé; tout: étant. rompu, aucune des fibres tendineuses ne retient le tendon’: il obéit à la. rétraction du corps musculeux en coulant-dans sa: -gaîne ; et, on y ayant point de, résistance , il n’y a point de “divalsion et t point de
douleur.
Dans l’une et l'autré rupture Téloignément des hptitae cassés: jai un espace entre eux ; qui fait que, en touchantà travers la peau ; on aperçoit une, cayité ou -enfoncement à à l’endroit de larupture. Cette cavité est moins profonde ‘dans la rupture : incomplète que dans la
rupture complète parce qu'il y'a moins de fibres tendineuses rompues dans celle-ci que dans l'autre. : :
Dans la rupture complète l’espace qui se trouve entre les bouts cassés vient moins de la rétraction du’ bout supérieur que de léloi- - gnement du bout inférieur ; car, dans celle-ci; l’espace entre les bouts rompus augmente à proportion, que Yon fléchit le pied ; et il diminueà mesure qu’on l’étend : de maniére- que , lorsque le pied est aussi étendu qu’il est possible qu’il le soit, on faittoucher les bouts cassés ; et alors on n’aperçoit plus l’espace qui se trouvait entre eux : ; au contraire; dans la rupture incomplète , l'éloignement des fibres : cassées vient presque tout entier de la rétraction des fibres supérieures , puisque la portion inférieure reste intimement attachée au tendon du solaire, qui, n'étant point rompu, nep permet pas cette grande flexion du pied, laquelle ; dans la rupture complète , fait presque tout l'éloignement du bout inférieur : de $sorte qu'il faut nécessairement, dans la rupture incomplète ; que la portion Supérieure , qui est la seule qui puisse se retirer , soit aussi la seule qui fasse l’éloignement des bouts cassés. Mais ; dans cette rupture , la cavité ou l’enfoncement que produit l'éloignement des bouts cassés n’augmente point sensiblement lorsqu'on fléchit le pied: et'il est difficile de l’effacer entiérement , quelque extension et quelque effort qu’on fasse pour rapprocher les bouts, parce que la portion cassée ne glisse pas facilement sur le tendon du muscle: solaire , au lieu que le tendon entièrement cassé peut glisser dans sa gaine avec une {rèsgrande facilité. Ÿ
La rupture complète des tendons des autres parties est ra toujours sans douleur ; car, lorsque les tendons rompus ont quelque adhérence , comme il arrive à tous ceux qui ne coulent point dans des gaînes, les fibres qui font cette adhérence, résistant à la rétraction , sont dilacérées , ce qui cause douleur ; maïs cette douleur n’est pas si vive que celle qui accompagne la subite incomplète, parce que, dans cette rupture, les fibres dilacérées sont tendineuses,, et que, dans les autres , elles sont membraneuses , et d'ailleurs moins tendues , puisque naturellement elles sont ettentitiles pour se prêter aux mouvemens ordinaires des tendons qui y sont adhérens.
‘Dans la rupture incomplète , en quelque endroit que soit le tendon, si la douleur est suivie de fièvre , de délire, d'inflammation , de disposition gangréneuse , on fait cesser tous les accidens en coupant la
portion du tendon qui était restée entière , parce que, celle-ci étant coupée , rien ne résiste à l’autre : tout obéit à à l'action du muscle qui fait la rétraction ; et, n’y ayant plus. de résistance ; il n’y a’ plus de divulsion , par conséquent” plus de douleur , et tous les accidens doivent cesser bientôt après. | PE 1
Après tout ce que j'ai dit,onnes 'étonnerà pas de ce que ; dans la rupture incomplète, on ne peut fléchir le pied du malade’sans lui
causer de vives douleurs ; et on ne sera pas surpris s’il souffre moins lorsqu’on lui étend le pied fortement, puisqu’en pliant le pied on tend violemment les fibres dilacérées, et qu’on les relâche au contaire par la forte extension du pied. Dans la rupture complète, n’y ayant aucunes fibres dilacérées , mais toutes étant rompues , on doit pouvoir fléchir le pied du malade sans lui causer la moindre douleur, quoiqu'on ne puisse le fléchir sans éloigner considérablement les bouts cassés l’un de l'autre, et sans’augmenter par conséquent la cavité ou le creux qui se fait sentir au travers de la peau. J'ai dit qu’on fléchissait le pied sans douleur dans la rupture complète , et j'ajouterai qu’on peut le fléchir un peu plus qu’on ne faisait avant la rupture, parce que, le tendon d'Achille étant cassé siya. plus de liberté du côté de la flexion qu'il n'y en avait avant la rupture ; cependant il ne faudrait pas porter trop loin la flexion, parce qu'on alongerait les ligamens postérieurs beaucoup plus qu’ils n'ont coutume d’être alongés dans les mouvemens naturels. La difficulté de fléchir le pied dans la rupture incomplète, et la trop grande facilité de le fléchir dans la rupture complète, font une différence trés-notable entre ces deux maladies, ‘et peuvent servir de signes pour les distinguer l’une de l’autre. | Une autre différence, qui est très-essentielle, c’est que, dans la rupture incomplète, le malade peut marcher, et, en marchant , il peut passer alternativement un pied devant l’autre, quoiqu'il souffre; au lieu que, dans la rupture complète, quoiqu'il ne souffre pas, il ne peut marcher, ou, s’il marche, il lui est impossible de portier alternativement un pied devant l’autre. A Pour rendre raison de toutes ces choses il faut remarquer que, dans la rupture, incomplète, la portion tendineuse que forme le . muscle solaire n’étant point cassée, la plus grande portion du tendon d'Achille subsiste, ce qui suffit pour gouverner le pied de façon que la ligne de direction du corps tombe sur la partie du pied | malade qui appuie sur le plan; mais, lorsque le tendon est entié- | rement rompu, le pied ne peut être gouverné, la ligne de direction tombe.en deçà ou en delà de l'appui, et le corps ne peut être soutenu sur le pied malade. Celui qui n’a qu’une rupture incomplète marche la: jambe pliée; et alors les jumeaux sont relâchés, le | solaire seul esten action, et le pied peut soutenir le poids de tout le | corps suffisamment pour donner le temps au pied sain “de passer . devant le-malade, et ainsi faire qu’alternativement le Corps soit | porté tantôt sur un ; tantôt sur l’autre pied. : IN HA | | Au contraire. celui qui a la rupture complète ne peut jamais | porter alternativement un pied devant l’autre; car il ne peut se transporter qu'il n’ait le pied sain derriérele pied malade. Dans cet | étatle pied sain soutient le poids du corps pendant que lé malade | porte son pied blessé en devant, ce qu'il fait en étendant la jambe
et le pied autant qu’il est possible, ensuite il penche son corps en devant pour placer sur:le pied.et la jambe malade une partie du poids du corps, afin que le. pied sain, moins chargé, puisse s’approcher du pied malade, ce qui se-doit faire avec vitesse ; mais le pied sain ne s ‘approche du pied.malade qu’en glissant , ei presque
sans quitter la terre; et.ilne s’en approche même qu ‘autant que le pied blessé s’en soit éloigné, le malade n ’osant jamais hasarder de passer le pied sain au-devant du pied. malade; car, pour le passer ‘ainsi, il faudrait que le pied malade püût soutenir le poids du corps jusqu’à ce: que le pied sain fût passé. au-devant; ce.qui ne se peut à cause dé la rupture complète du tendon d'Achille, qui est, pour ainsi dire, le gouvernail.au moyen duquel la ligne de direction du poids du corps doit toujours tomber sur.le point d'appui.
Celui qui »’a qu’un tendon d'Achille complètement cassé peut marcher de la façon-que je viens de dire ; mais celui qui aurait ces deux tendons complètement rompus ne pourrait marcher d'aucune façon ; car les deux muscles extenseurs , qui restent entiers, sont trop près de l'appui pour gouverner le poids du.corps , et le tenir en équilibre.
C'est ce que j'ai observé dans mon Mémoire de la rupture complète : des deux tendons d'Achille arrivée, au nommé Cochois, en 1722.
On pourrait objecter encore que, quoiqu'il paraisse que, dans la rupture incomplète, le malade puisse marcher, attendu que le solaire n’est point cassé ; cependant læ vive douleur devrait le retenir, et l'empêcher de se servir de son pied. Je réponds à cela que le
malade peut prendre effectivement une attitude pour marcher dans laquelle il n’est pas absolument sans douleur , mais cette attitude est telle que la douleur qu’il ressent est supportable ; car il plie la jambe en marchant, et par ce moyen il relâche les jumeaux de façon que la portion du téndot cassé ne cause presque plus de tiraillement par sa rétraction ; et en même temps il étend le pied pour appuyer sur la pointe, et par là l'action. du solaire ass même Léon à diminuer la douleur.
Lorsque la rupture complète: est guérie, le malade. alé plus droit et plus ferme que celui qui est guéri de la rupture incomplète, quelque parfaite que soït sa guérison. On ne:s’étonnera pas de ce fait si l’on remarque que l’on peut faire un rapprochement parfait | dans la rupture complète, et que, dans la rupture incomplète ; on | . ne peut jamais approcher les, fibres cassées aussi exactement qu'il |
le faudrait pour faire une réunion-exacte des points, Cela étant, la | distance qui reste entre les bouts:cassés doit rendre la cicatrice plus faible; on peut même soupconner que la réunion qui.se fait en ce cas est moins la réunion des:deux bouts cassés l'un à l’autre que Ja réunion de tous les deux à deux: points différens :du tendon du “solaire : ainsi, après la guérison, il y aura un point dans lequel la “portion: ‘du tenüon d'Achille: formée-par le solaire ne. sera point
accompagnée de celle qui forme les jumeaux et, en’cet endroit, le tendon d'Achille sera un peu plus faible qu'il n’était avant la rupture. Ce qui semible prouver ce que je dis c’est que, après la guérison de la rupture incomplète , on remarque une espèce d’enfoncement ; et que, après la guérison de la rupture complète, il y a au contraire augmentation ‘dé volume par le calus qui s'y forme... d
Jusqu'à présent je n'ai connu de rupture inoupMté du tendon d'Achille que celle dans laquelle la portion du tendon formée par les jumeaux sé trouve rompüe ;, pendant que la portion que forme le solaire reste entière; cependant je ne ferais aucun doute qu'il ne puisse y en avoir d'aütrés! Je crois, par exemple, qu’il est possible que le tendon du solaire se cassé pendant que le tendon des jameaux résistera : la portion de l’un des jumeaux peut se casser, et l° autre résister ; de plus je me suis rappelé une maladie de la jambe que je n'ai point connue dans le temps : aujourd’hui que j'ai plus d’expérience , jé ne puis m'empêcher de croire que cette PRRr ne Tü, la rupturé du tendon du muscle Se |
Un homme, sautant un fossé, et arrivant au bord opposé à celui d’où il avait pris sa secousse, appuya à terre, ayant les pieds et les genoux fort étendus : il sentit beaucoup de douléur à la jambe gauche, ‘dans la partie moyenne et interne du tendon d'Achille, à l'endroit par où passe le tendon du muscle plantaire : l’'inflammation suivit de près la chute; les saignées et les topiques guérirent. le malade ; mais, pendant: très-long-temps, ‘il ne put marcher sans douleur, et je ne pus en connaître la cause. Le tendon du plantaire est fort petit et très-plat ; c’est pourquoi l'embonpoint de cet homme , et l’enflure, qui était considérable, purent fort bien dérober au toucher la connaissance de la rupture. Je ne donne cette DIRE AES “à comme un avis à ceux qui “koiphé ont trouver un vue cas.
le n°? 1”
Quand jai ait que le nés du solaire pédtré se casser ‘pendant que celui des jumeaux demeure en son entier, cela n est point sans fondement : en effet, si quelqu'un tombe de haut sur la pointe du pied, ayant la jambe pliée et le pied étendu ; et qu'il se fasse ‘une rupture au tendon d'Achille , elle ne sera qu'à la: portion de ce tendon que forme le solaire , puisque , suivant la supposition, la jambe‘étant pliée, le tendon des jumeaux est relâché, et ne doit point souffrir dans sa chute; le pied est étendu ; le muscle solaire est en contraction ; il n’y a donc que lui qui soit tent et qui puisse se rompre, d'autant mieux que, dans le cas proposé, il “tout l'effort de la chute. ir.
Si quelqu'un tombe de haut, la jambe et le pied. Hiôn élenaie, le ‘tendon des jumeaux et celui id solaire supportent ensemble l’effort; mais il y à deux raisons pour lesquelles le tendon des jumeaux doit y succomber , ‘et se rompre! plus tôt que celui du solaire. La première est que celui du solaire est plus fort parce qu'il y a plus
* de fibres tendineuses, qu il est plus court, et qu’il est rond ; au lieu ‘que celui des jumeaux est plat. ;
.La Seconde raison pour laquelle le tendon du solaire doit résister plus que celui des j jumeaux c’est que la tension du tendon du solaire ne dépend que de la contraction de ses fibrés charnues et de l’effort qui se fait au talon, au lieu que celle du tendon des jumeaux dépend non-seulement de la contraction des fibres charnues de ces muscles et de l’effort qui se fait au talon, mais encore du mouvement de l'articulation de la jambe, sur laquelle passent les jumeaux : ce qui se fait lorsque la jambe est, dans sa ‘plus forte extension, comme il arrive toujours, lorsque, étant droit, on se penche en devant, parce qu’alors les condyles du fémur font une saillie en arrière, et que les muscles jumeaux passent sur ces condyles . comme sur une poulie : cette saillie des condyles doit leur donner un degré de tension de plus que n’en a le solaire, puisque celui-ci ne va que des os de la jambe au talon , et ne passe point par l’articulation de la cuisse avec la jambe, comme font les muscles jumeaux.
Je finirai cechapitre par quelques observations qui ne peuvent jeter encore que plus de lumière sur la matière que je viens de traiter.
Certaines gens se sont imaginé que, lorsque le tendon d'Achille
est entièrement cassé, le gras de la jambe doit être plus gros, parce que ; disent-ils, si les tendons se rompent, leurs corps Scathsdtleex doivent se retirer, et par cette rétraction grossir considérablement le gras des jaihes : mais ces gens-là se trompent": Texpérience ne s'accorde pas avec leur imagination. Il n’y a point de gonflement apparent aux gras de pre) lorsque le tendon est cassé net, et,
qui plus est, il ne doit point y en avoir. En effet, n’y ayant point de douleur , point de contraction, point d’irritation convulsive, il ne doit point y avoir de gonflement. -D’ailleurs les muscles du tendon cassé ne se retirent guère plus que lorsque , dans l’état naturel, on fail effort pour étendre le pied. Ce qui a pu les tromper c’est qu’ils
ont cru que le tendon cassé permettait aux muscles une rétraction beaucoup plus forte, ce, qui n’est pas, ces muscles n ayan{] presque pas plus de liberté de se retirer vers leurs attaches supérieures que si le tendon d'Achille n’étäit point rompu : on sait que , dans cette rupture, la gaîne ne se rompt point ; et, comme elle est fortement attachée par ses parties latérales à la membrème aponévrotique qui couvre la jambe par en.haut à la partie supérieure du tendon, e par en bas à los du talon, elle retient les muscles, . s'oppose ‘A une rétraction extraordinaire, Quoique ce que je viens de dire suffse pour prouver que le
‘ gonflement considérable des-muscles du gras de la jambe, après
la rupture du tendon d'Achille, est un être imaginé, je ne serais pas. content si je ne prouvais que, bien 1 de se gonfler, ils s’aplatissenf en se raccourcissant.
a À Les jumeaux et le solaire ont la même structure qui est ici représentée : chacun de ces mus- .cles, dans son épaisseur, est composé de deux tendons; les fibres charnues se trouvent entre les deux, et vont s'attacher ‘obliquement de l’un à . Vauütre. A B est le tendon supérieur. CG D est le tendon inférieur ; ils forment deux parallèles, entre lesquelles chaque fibre charnue 1; 2, 3, 4, 5,6, 7,8, 9, décrit une oblique.
J'ai dit que le solaire et chacun des jumeaux ont la même structure: leurs tendons se réunissent tous au point D pour former le tendon d'Achille, qui s’insére au talon : ainsi, lorsque les : fibres charnues de chacun de ces trois muscles se raccourcissent,. comme il arrive. quand on fait | …un.effort pour étendre le pied, il faut. que le > tendon inférieur C D' remonte en s’approchant -du tendon supérieur À B; et qu’alors le bout D arrive en F, et le-bout C en E, ce qui ne peut arriver que les fibres charnues ne décrivent une |” ligne moins oblique et plus courte, et que par 8 conséquent les parallèles ou tendons A B, C D ne s’approchent; et ils ne peuvent se rapprocher | que ces muscles ne s’aplatissent. On pourraït m’ob- B jecter que, si ces muscles deviennent plus plats , ils doivent devenir plus larges; cela est vrai; mais, comme ces changemens se font dans la même proportion, il reste toujours qu’il ne doit point y avoir de gonflement au gras des jambes dans les plus fortes contractions des muscles.
jumeau et solaire. Fi. MOULE dt SH Veut-on prouver: ce fait par une expérience facile : que l’on mesure exactement le gras de la jambe, soit dans la contraction la plus forte, soit dans le plus grand relâchement Ce ces muscles, le gras de la jambe aura toujours le même volume. On demandera peut-être pourquoi la gaîne ne se rompt pas lorsque le tendon se casse : je: dirai que c'est parce que les fibres de la gaine ont une direction opposée àla ligne par laquelle le tendon est tiré lorsqu'il se casse. Les fibres de la gaine sont circulaires ; ailleurs elles sont naturellement disposées à prêter, puisqu'elles s’alongent, et se remettent dans leur premier état pour suivre Île tendon dans tous ses mouvemens : de sorte que, plus le tendon est en situation d'être cassé, plus la gaîne est pliée sur lui, et par conséquent moins exposée à être rompue. , NT ui à VER Une objection qu’on peut me faire semble être sans réplique : si
les muscles du gras de jambe ne se retirent pas plus que dans l’état
naturel, pourquoi, dans la rupture du sieur Cochois, y avait-il une
si grande distance du bout cassé à l’autre? Je: réponds que les bouts
du tendon cassé s’éloignent lun de l’autre, moïns par la contraction
des muscies du gras de la jambe que par la flexion du pied. Cette
flexion éloigne le taion du gras de la jambe ,-et par conséquent le
bout inférieur du tendon cassé s'éloigne du bout supérieur. Les
muscies ne se retirent guère plus que si le téndon n’était point
cassé: ainsi c’est moins le bout supérieur du tendon qui s'éloigne
de l’inférieur que c’est linférieur qui $ ‘éloigne du supérieur. Ce que
je dis n’est pas une réflexi on faite au cabinet, c’est un fait de
pratique qui ne peut parvenir à à la connaissance de ceux qui n’exercent point notre art, mais qu ’ont observé ceux qui ont vu le tendon
d'Achille entièrement coupé par ün instrument tranchant, conime
par une faux, par un sabre ou autres instrumens. Plusieurs-ont! été guéris de cette blessure par la suture ; j'en ai g ri plusieurs par le seul rapprochement. En étendant le pied on affbroche les. bouts du tendon coupé, et on les. maintient dans cet état par un bandage
convenable. Ceux qui ont fait celte opération: peuvent.assurer que
l'approchement des deux. bouts coupés. se fail si exactement que la réunion en est aisée, et moins pie Li pat: le pancose, seul que
par la suture. à:
J'ai remarqué. aussi que le bout toférieur fait dix fois plus de chemin que le supérieur pour se rapprocher ; et que, le pied étant fléchi, la partie inférieure de la gaine est vide de toute la quantité que le bout inférieur s’est éloigné du bout supérieur. Le
Je ne dis pas qu'il ñe puisse arriver quelque: gonflement inflammatoire lorsqu'il y a irritation ; je né lai. cependant poinè] yu survenir au tendon entiérement cassé ou coupé.
Ceux de cette derniére espèce que j'ai guéris par le seul rapprochement et le bandage n’ont eu aucun accident.
On demande encore si, aprés la soudure des deux tendons, on n'y aperçoit point un calus : je répondrai que les os, les cartilages et les tendons ne peuvent se réunir que par un calus; mais-qu'à Ja vérité celui qui se trouve dans la réunion des tendons. qui ont. des gaines est moins considérable que celui qui se forme à la réunion des tendons qui ne sont point engainés, ‘parce que la gaîne borne
fe
les sucs nourriciers , fe les ru sr $ Cat | LortEls
# EXOSTOSE ET CARIE.+ 213