‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 140 · XXU, DISCOURS SUR LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

XXU, DISCOURS SUR LE TRAITÉ

dage si souvent sans exposer les parties’ rapprochées à changer de place, ce qui serait tout-à-fait contraire à la réunion ; au lieu que le dernier bandage imaginé par M. Petit laisse le talon et toute la jambe à découvert, de manière qu’on peut à chaque instant, sion le voulait, observer ce qui se passe, et appliquer les médicirièns nécessaires , sans être obligé de toucher à ce bandage. .

De ce quatrième avantage il en résulte un cinquième encore plus important. Le tendon d'Achille peut être coupé par un coup de faux, de sabre ou d'autre instrument tranchant. La difficulté de retenir les bouts du tendon rapprochés , et de panser chaque j jour la plaie, est une des causes qui a fait pratiquer la suture. On n’ignore point que celte opération était suivie d’une foule d’accidens fàcheux , et souvent mortels. Par le moyen da bandage on rapproché le tendon coupé, on le retient dans sa place sans causer la moindre douleur , et sans y faire aucun changement : il donne la facilité de panser la plaie, et de relever l'appareil sans risque, et aussi souvent qu'on le juge. à propos: 4

Ce bandage, qui a été employé plusieurs fois avec tout le succès possible; prouve le génie chirurgique de son inventeur. C'était un homme heureusement né pour le bien de humanité. L’acharnement de ses adversaires n’a manifesté que leur haine. Pendant qu'ils s’applaudissaient de leurs prétendus triornphes. contre M.Petit, il marchaït d’un pas ferme vers la perfection; ilest certain qu'il est parvenu à la plus grande sur le sujet qui nous occupe, considéré du côté utile. L’on a prétendu qu'il n’avait pas rencontré juste dans l'explication physique de la manière dont se fait la rupture du tendon d'Achille ; mais ceci serait-un point purement spéculatif, qui ne tient pas immédiatement à la chirurgie pratique , dans laquelle M. Petit excellait.

Il a écrit que Cnchale s'ést. cassé. les tendons en toinbant à terre droit sur la pointe de ses pieds , étendus de manière que ces tendons: furent, pour ainsi dire , surpris dans leur plus forte tension. Il paraît au contraire que le tendon. d'Achille n’est-dans une forte tension - que lorsque le pied. est. très-fléchi, et alors il n’est. susceptible de rupture que. dans le cas oùles muscles qui forment ce tendon se contractent avec beaucoup de-force et d'activité pour étendre :le pied fléchi , et malheureusement appuyé de façon qu'il résiste absolu- ‘ment à l’action contractive des muscles. On peut croire, contre -Yopinion de M. Petit, que Cochoix s’est rompu les tendons

avant sa chute, au moment même où.il avait le bout de. ses pieds appuyé. sur le bord: de la, table. Il avait manqué son..élan, la ligne de gravité était sans appui; la crainie de se tuer en tombant à la renverse fit faire à Cochoix un puissant effort des muscles extenseurs des pieds pour se redresser; mais la résistance de la table n’a pas permis aux pieds fléchis sur son bord d’obéir à

cette contraction. C’est Mans cet instant que le-tendon a éprouvé le. tiraillement violent auquel il » apu résister. L'auteur de la dissertation en formé de lettrés contre les ouvrages de M. Petit propose ce même sentiment comme le plus vraisemblable. Ma propre expérience m'a confirmé la justesse de ce raisonnement. J'ai été sur le point dé me rompre un tendon d'Achille : je montais un escalier étroit et obscur , dont les marches étaient inégales en hauteur et en largeur ; n ‘ayant pas mis le pied assez avant sur lune des marches, je sentis que j'allais tomber à la renverse ; et, sans une personne qui me soutint par derrière au moment même où je faisais, par l'action des muscles extenseurs du pied, un éffort pour dresser le corps, ef le jeter en ayant, je me serais cassé le tendon d'Achille. J'y sentis, pendant plusieurs jours, l'effét de la violente extension que ce tendon avait déjà soufferte., ‘|

La rupture peu donc se faire par l'action violente des muscles au raccourcissement desquels le pied fléchi ne pourra obéir , à raison de la résistance insurmontable du point d'appui. Mais il n’est pas moins vrai que le tendon peut.se rompre si le pied, étant étendu par une contraction, primitive des muscles, on tombe perpendiculairement à terre. Alors la résistance du sol fait fléchir violemment le pied pendant que Ja puissance motrice $ oppose à la flexion par un contre-effort. C’est ce que M. Petit a conçu, et toute la difficulté de son explication ne vient que de équivoque du mot tension, employé au. lieu de celui de contraction. Au reste M. Petit et son critique n’ont expliqué chacun qu'une seule manière. dont le tendon d'Achille se rompf; et il est constant que cette rupture peut également arriver dans la flexion et dans l'extension du pied, comme je crois l'avoir démontré.

On pourrait rapporter des témoignages anciens et récens , qui ne sont pas suspects, et qui ne laissént’aucun doute sur la question comment on peut se casser le tendon d'Achille. Ambroise Paré dit que cela arrive pour bien legere occasion , commé quelque pelit saut , pour une mal-marchure, pour avoir failli du pied en montant à Cheval, où poury étre monté trop alégrement el brusquement. Dans ces derniers cas les muscles extenseurs n “ont pas été surpris dans une forte tension par le poids du corps tombant avec vitesse, suivant l'idée de M. Petit. Nous. avons trois exemples récens ‘de Lnoburs qui se sont rompu le tendon d'Achille en retombant fort légèrement à terre après. avoir battu un entrechat. Ces ruptures se sont faites par effort contre l'action des muscles qui étendaient le pied. L’homme qui se Cassa le tendon à Dantzick en sautant d’une barque sur le rivage n’avait pas pris un élan assez fort; il ne porta que la pointe : du pied sur là poutre qui devait recevoir. Ja ligne de gravité du‘ corps. Le blessé’ dont parle M. de Lamotte se rompit le tendon Achille en sautant un fossé, Voici les propres tcrmes de l'auteur

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