‹ Œuvres complètesChapitre 94 sur 140 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les instrumens piquans, tranchans ou contondans sont PA causes ordinaires des plaies de la tête. Les instrumens piquans, comme l'épée, la baïonnette , ‘la hallebarde, la. flèche, etc.. peuvent être poussés directement, ou plus ou moins obliquemen» avec plus ou moins de force : la pointe de ces instrumens , ayrès avoir percé les tégumens et les os, peut pénétrer plus ou moins avant dans la cavité du crâne, percer la dure-mère etla pie-mére, el blesser le cerveau ou le cervelet.

À mesure que ces corps pointus entrent, ils senversent les borf des trous qu’ils font dans les os, parce que ceux-ci, par leur safe résistent à leur passage; et, de même qu'un clou.qu'on enfe ns une planche la fend par sa grosseur, et que sa pointe L éclater au côté opposé à celui par lequel on le pousse, de / Lt les corps pointus, poussés avec violence contre la tête, "EDS té des portions des os-du crâne, et les fendent quelquefois : {ur que, dans cés cas , il y a non-seulement perforation, mai rt

Lorsque ces corps pointus ne blessent que lesfégumeng. crâne exclusivement, les plaies qu’ils font ne sont po}

rement fächèuses , à moins.qu'elles né soient négligées : l'accident qui les suit le” plus communément ést l'infflammation; mais on l'évitera en rasant la partie, en y appliquant une compresse trémpée dans l’eau vulnéraire spiritueuse ou autre, en saignant le malade plusieurs fois, et en Jui faisant observer un régime convenable: ,

Les plaies faites par le tranchant des épées! ou va sabres, quoique plus grandes, ne sont pas ordinairement plus fâcheuses que les plaies faites par les instrumens pointüus lorsqu'elles se bornent à l'os; mais les unes et les autres peuvent être accompagnées de évite bol, d'épanchement et de fracture, Suivant que le tranchant ou la pointe de l'instrument seront plus affilés, que l'épée eu le sabre seront plus pesans, qu’ils seront poussés avec plus ou moins de force, et que la direction du A aura été perpendiculaire, ou plus ou moins oblique.

Enfin les instrumens -tranchans où piquans ne ptrveut entamer les os qu’ aprés avoir divisé les chairs; mais les instrumens contondans poussés avec violence peuvent quelquefois blesser les os sans blesser les parties molles qui les couvrent : de manière qu’il ne paraîtra aucune plaie à l'extérieur, pas même d’enflure, tandis que les os seront fendus, enfoncés re brisés en plusieurs pièces. Le boulet de canon, l'éclat de bombe, les pierres et autres corps pesans peuvent être poussés avec plus ou moins de force, avoir plus ou moins d’inégalités, plus ou moiïns de masse, et peuvent frapper la tête dans les endroits où elle présente plus:ou moins de résistance, ou plus ou moins de surface au corps dont elle est frappée, etc.

Nous allons commencer par examiner les gios de ces causes sur les parties extérieures de la tête.

ART ICLE PREMIER.

DES PLAIES DES PARTIES EXTÉRIEURES. DE LA TÊTE FAITES PAR LES | | INSTRUMENS PIQUANS ET TRANCHANS.

. Les campagnes que j'ai faites dans les hôpitaux des armées du roi m'ont fourni de belles occasions d'observer ces sortes de blessures. À la retraite que fit le prince de Vaudemont sous Gand,

quatre bataillons de son armée, qui étaient restés dans les retran-

chemens que ce prince venait de quitter à la vue de celle du roi, furent écharpés par plusieurs de nos escadrons , qui entrérent dans . ces retranchemens. Leurs blessés furent au nombre de quatre ou. cinq cents : ils n’avaient que des coups de tranchant ou de pointe. Ils furent conduits dans l'hôpital de Courtray, dont j'eus la direction. Un si grand nombre de blessures du même genre a été bien capable de m’apprendre à les traiter. . te

Je me rendis donc, par ordre de M. de Bagnols, intendant dè l'armée, à Courtray, où ces. blessés n' arrivèrent que le troisième jour. Jusque là , outre le premier appareil, ils avaient été pansés par plusieurs chirurgiens qu'on avait tirés de différentes compagnies poûr avoir soin d'eux pendant la routé; mais la plupart de ces blessés : n'avaient point été saignés ; et presque aucun d'eux n'avait observé le régime : aussi en (Fours e ‘peu sans Réres ek ro Vu en Hier de périr. k

De ces biessures, les unes n ‘étaient que des coups de trdhéhanit qui ne,coupaient que ii chairs ; d’autres pénétraient l'os, le coupant dans sa premiére et'sa sécnide table ; à d’autres, le sabre, ayant pénétré plus avant, avait blessé les Hhethbr nes et même le cerveau, parce qu'il avait été porté perpendiculairement. Plusieurs blessés que le sabre avait frappés obliquement avaient une portion d'os coupée, mais qui tenait encore ; il s'en trouva deux à qui la portion d'os avait été totalement emportée avec les tégumens; et un dont la portion d'os , quoique totalement coupée , tenait encore à la peau : dans ce dernier les deux tables étaient enlevées, et la dure-mère était découverte de la grandeur et de la figure d’un liard sans qu’elle fût endommagée. Ces infortunés étaient, pour ainsi dire , couverts de blessures : j'en ai compté jusqu’à cinquante à un même soldat, tant sur la tête qu'aux différentes parties de son corps ; le moins maltraité avait sept:ou huit plaies; quelques-uns avaient reçu trois ou quatre coups dans le même endroit, lesquels, n'ayant pas été portés dans la même direction , avaient formé des plaies en étoile.

Un état aussi déplorable était. bien capable d’exciter la compassion : . aussi ces, malheureux trouvèrent-ils chez leurs ennemis mêmes V asyle, la subsistance, la consolation et tous les soins'que l'humanité peut i inspirer : les saignées , quoique faites un peu tard , ne laissérent pas d’avoir un grand succés ; le repos , la nourriture et la tranquillité d'esprit, que leur procurèrent les attentions qu’on eut pour eux, changèrent de mal en bien presque toutes les plaies, qui n'étaient devenues dangereuses que pour n'avoir pas eu tous ces secours.

Les blessures faites par le tranchant du sabre qui n’intéressaient point les os furent guéries avec facilité, excepté trois ou quatre, dans lesquelles je fus obligé de rendre la plaie cruciale, et de débrider, par ce moyen, le péricrâne et le périoste : aussitôt après la fièvre, la douleur et l’inflammation cessèrent ; mais les coups de sabre qui endommageaient le crâne, soit qu'ils eussent été portés obliquement ou perpendiculairement, furent plus dangereux; il y en eut plusieurs qui causèrent des fractures pour CHE il fallut appliquer le trépan.

Parmi les blessures qui furent faites avec l'épée il yen eut une des plus graves, dont l’histoire mérite d’être rapportée :

Cet instrument avait coupé le muscle crotaphite transversalement au-dessus

da zygouna ; l'aile de l'os sphénoïde était percée , et la pointe de l'épée avait pénétré dans la cavité du crâne. Je n'apercus cé désordre que le cinquième jour; le\chirurgier qui avait eu soin da blessé dans, la route Pignorait ; on lui avait recommandé seulement de prendre garde à l'hémorrhagie, qui avait été

considérable, et de ne panser cette plaie qu’au bout de quarante=hnit heures. ,

Il y avait gonflement et tension douloureuse dans tout le côté de la face et du crâne; la fièvre était violente; le malade était assoupi avec réverie. La première fois ‘que je le pansai je ne levai de l'appareil que ce qui Se Sépara facilement, ne voulant point découvrir le, vaisseau ouvert de crainte de renouveler l’hémorrhagie ; le malade fat saigné trois fois depuis le soir qu'il était.arrivé jusqu’au lendemain malin;-en; je pansant je levai encore quelques bourdonnets, les plus voisins de ceux qui étaient appuyés sur le vaisseau ouvert; le malade fat saigné du pied, et j’ordonnai de répéter la même saignée deux heures après; le soir il prit un lavement; et, ‘une heure après, la sixième saignée fut faite. Le lendemain il se trouva mieux : tout l'appareil se leva alors, et je reconnus que l'os avait été enfoncé pat la pointe de l'épée. Je balançai si je trépanerais ou nôn; mais, comme les accidens ne marquaient point que la dure-mère ni le cerveau souffrissent , et que le pus ne séjournait pas , je continuai mes pansemens : toute l’enflure de l'extérieur du crâne et de la face se dissipa, excepté celle de Pæil du côté de la blessure, qui nonseulement était rouge et gonflé, mais encore fort douloureux ; le Hate ne

. voyait que des nuages rouges , ce qui marquait l’inflammation dela rétine et la pression des vaisseaux sanguins qui rapportent le sang de l'œil dans les sinus de la base du crâne. Je me contentai toujours du pansement ordinaire, me croyant assez à temps de faire l’opération s’il survenait quelque accident ; je fis saigner encore le malade deux fois, l'une du pied, et l’autre de la gorge : 0 gonflement de l'œil diminua pen à peu; l’os se recouvrit, et le malade guérit par faitement sans exfoliation et. sans difformité; le niusels crotaphite se réunit très-bien, quoique coupé transver don presque dans toute son étendue.

Quelques=uns de ces coups de pointe. furent également fâächeux par linflammation qui survint. Je m’attachai à la combattre ; je ne pus cependänt empêcher qu’elle ne continuât dans quelques-unes de ces plaies, toutes simples qu’elles parussent, et que , en se communiquant au voisinage, elle ne gagnât bientôt tout le crâne. On sait que cette inflammation est quelquefois si considérable qu’elle cause des accidens presque semblables à ceux que cause celle de la dure-mère. J'aurai occasion dans là suite de UE les signes qui distinguent. l'une et l’autre.

Plusieurs des derniers blessés dont je viens dé ciel eurent des enflures aux paupières, à tout le. visage, aux oreilles et même au cou, qui furent accompagnées de fiévre, de délire et d’assoupissement. Lesi incisions pour débrider le péricrâne et le périoste (1) , les saignées

(4) M. Petit nomme péricräne la calotte aponévrotique for mée par les muscles frontaux, et occipitaux; et il donne le nom de périoste à la membrane qui couvre immédiatement les os du crâne : € ’est ainsi que l’auteur s’en explique lui-même, comme on le verra plus loin. . (MWote de l’ancien éditeur.)

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du pied réitérées, l'application des suppurans sur les plaïes, celle des fomentations émollientes et résolutives sur les parties enflammées , en sauvérent quelques-uns ; mais à d’autres il se fit des suppurations dans plusieurs endroits, et je fus obligé d'ouvrir plusieurs abcès derrière les oreilles et sur le crâne : le périoste se trouvait quelquefois détaché par ces suppurations , et le pus, dans certains blessés, s'évacuait par la premiére plaie. Toutes les inflammations

<rysipétateuses qui se sont terminées par Suppuration ont été suivies

d’une parfaite guérison ; et toutes celles dans lesquelles la suppuration n’a pu s'établir ont causé la mort. Dans les blessés qui ont été dans ce dernier cas les plaies devenaient sèches ,etne présentaient que des bords affaissés : à l'ouverture des cadavres on ne trouvait rien dans la cavité du crâne , pas même dessous ni vis-à-vis la plaie ; mais, en examinant le foie, on y trouvait constamment inflammalion avec dépôt; accident assez ordinaire aux plaies, et surtout à celles dela tête , comme je le dirai en son lieu.

“ARTICLE Il.

DES LÉSIONS DES. TÉGUMENS DE LA TÈTE PAR LES CORPS É :CONTONDANS. is

Les corps contondans ne meurtrissent Ruelquététs que les. tégumens de la tête sans les entamer au dehors, ne produisant qu'une bosse; d’autres fois lesmêmes corpsdéchirentetenlèventen lambeaux une porlion des mêmes tégumens : ces deux circons{ances sont l’objet de cet article. SL

Des Bosses à la tête sans plaies aux tégumens..-

Rien n’est si commun que la bosse à l’occasion d’un coûp à la tête ; elle n’est souvent qu’une bagatelle. On en guérit beaucoup par la

seule application d’un bandage compressif ; lorsque la peau n’est point entamée , et qu'il y à peu de sang épanché, une compresse . épaisse ‘trémpée dans l’eau-de-vie aromatique, dans un blanc d'œuf

battu avec un peu d’eau alumineuse , ou bien trempée dans l’eau fraîche , suffit en effet pour dissiper ces bosses, surtout si Tapplication du ‘bandeau’ se fait l'instant d’après le coup ou la chute, (9 ’est-àdire avant que le sang ait eu le temps de s’épancher ; mais, Si la

: bosse est considérable, on ne la guérit pas PORTES par les mêmes

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