‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 101 sur 170 · H/uii^ii/ov. — «. Soldats cliréUeas · texte numérisé non relu

H/uii^ii/ov. — «. Soldats cliréUeas

lui, et à s'agiter de tout le corps pour l'exhorter à demeurer ferme. Tout le monde se tourna aussitôt pour les reçrarder: mais avant que personne mît la main sur eux, ils vinrent eux-mêmes se présenter devant le tribunal du juge, en disant (ju'ils étoient chrétiens : de sorte que le proconsul, et tous ceux de son conseil, commencèrent â être saisis de crainte. Et pendant que les coupables attendoient avec assurance les supplices auxquels ils se voyoient près d'être condamnés, les juges au contraire trembloient de frayeur. Enfin ils sortirent de ce lieu (pour être conduits à la mort) avec la même allégresse que des vainqueurs après leur victoire, étant tout joyeux d'avoir rendu un si illustre témoignage à la vérité, et de voir que Dieu les faisoit triompher d'une manière si glorieuse.

Il y en eut une infinité d'autres', soit dans les villes ou dans les bourgades, que les païens immolèrent à leur fureur. J'en rapporterai ici un exemple. Il y avoit un chrétien nommé Ischyrion^ qui s'étoit mis au service d'un magistrat, et qui étoit comme l'intendant de sa maison. Son maître lui commanda de sacrifier aux dieux; mais voyant qu'il refusoit de lui obéir, il lui en fit de très-grands reproches: voyant ensuite que cela ne l'ébranloit pas, il le chargea de mille injures. Enfin , le voyant toujours infiexible. il prit un grand bâton ferré par le bout, et lui en ayant percé les entrailles de part en part, il le tua.

Que dirai-je du grand nombre de ceux qui, s'étant réfugiés dans les déserts et sur les montagnes, y périrent tant parles rigueurs de la faim et de la soif, du froid et des maladies, que par la cruauté des voleurs et des bêtes farouches? Ceux d'entre eux qui sont échappés de tous ces périls savent quels ont été ceux que Dieu a choisis, et qui ont reçu de lui la récompense de leurs travaux. Je ne vous en rapporterai qu'une histoire, et je crois qu'elle suffira pour vous faire juger de ce qui peut être arrivé aux autres.

Chérémon, homme fort âgé, étoit évêque d'une ville qu'on appelle Nil. Ce vieillard, s'étant enfui avec sa femma sur une monta^ gne de l'Arabie, n'est point revenu depuis; et quelques recherches que nos frères aient faites de l'un et de l'autre, ils n'en ont pu apprendre aucune nouvelle, et ne les ont trouvés, ni morts ni vifs. Il y en a eu plusieurs autres qui, s'étant retirés sur cette même montagne, furent pris par les Sarrasins, et réduits en servitude par ces barbares, dont les uns ont à peine ét-é rachftés avec de trèsgran'ies s^m -es d'argent, et les autres ne l'ont pas pu être encore jusqu'aujonid'hui

Ce n'est pas sans sujet, mon très-cher frère, que je vous éciisces choses^; mais c'est afin que vous connoissiez combien de maux et

<. Euscbe, chci[j xlh. — 2. Saint Ischyrion. — 3. Saiul Denis ilAlex.indrie.

quelles misères nous avons ici endurés , quoique ceux qui y ont eu plus de part que moi les peuvent aussi connoître plus parfaitement. »

Voici ce qu'il ajoute encore un peu après : « Lors donc que ces saints martyrs qui, étant devenus les héritiers du royaume de Jésus-Christ, sont maintenant assis avec lui. et qui, ayant été faits participans de la puissance qu'il a de juger les hommes , les jugent en effet avec lui-même; lors, dis-je, qu'ils étoient encore parmi nous, ils reçurent à leur communion quelques-uns de nos frères qui étoient tombés et que l'on avoit convaincus du crime d'avoir sacrifié aux idoles. Car jugeant que les sentimens de regret et de pénitence qu'ils voyoient en eux pourroient être agréables à celui qui aime beaucoup mieux la pénitence du pécheur que sa mort, ils écoutèrent favorablement leurs prières , ils se réconcilièrent avec eux, et donnèrent à l'Église des lettres de recommandation en leur faveur, les faisant participer à leurs prières et à leur' communion.

Que nous conseilleriez-vous donc, mes frères, en cette rencontre? Comment devons-nous nous gouverner? Souscrirons-nous, et nous conformerons-nous à la sentence que ces saints martyrs ont prononcée? Devons-nous autoriser leur jugement par notre conduite, et faire grâce comme ils l'ont faite? Traiterons-nous avea douceur ceux qu'ils ont traités avec compassion? ou, au contraire, devons-nous condamner leur jugement comme injuste et déraisonnable, et nous constituer, par ce moyen, les examinateurs et les juges de ce que ces saints ont arrêté? Faut-il que nous contristions leur bonté par notre rigueur, et que nous renversions ce qui a été ordonné par eux? »

Ce n'a pas été sans raison que Denis a inséré ces choses dans sa lettre, et qu'il a remué cette question touchant la manière dont on devoit traiter ceux qui , durant la persécution , étoient tombés par infirmité.

Car ce fut en ce temps ^ que Novatien, prêtre de l'Église de Rome, s'étant élevé contre eux par un esprit aveuglé d'orgueil, et soutenant qu'il ne leur pouvoit plus rester aucune espérance de salut, quand même ils feroient leur possible pour retourner à Dieu par une sincère conversion et une confession pure de leurs péchés, il se fît l'auteur d'une secte particulière de gens qui, par un excès de vanité, se nommèrent Purs. Sur quoi, après que l'on eut assemblé à Rome un fort grand concile où se rendirent soixante évêques, outre les prêtres et les diacres, dont le nombre y étoit beaucoup plus grand, et que l'on se fut informé du sentiment particulier de tous les pasteurs des autres provinces , touchant ce qu'on devoit

t. 'EaTtàorstî. — 2. Eusèbe, cbap. xuu.

faire sur ce sujet, on déclara par un décret qui fut publié partout, que Novatien et tous les complices de son audace, aussi bien que tous ceux qui adhéreroient à l'opinion cruelle et impitoyable de ce faux docteur, de^'oient être réputés comme des membres retranchés du corps de l'Église : et que . pour ceux des frères qui étcie^jt malheureusement tombés durant la persécution, on devoit leur appliquer les remèdes de la pénitence, afin de leur procurer la santé '„ On pourroit rapporter ici l'histoire de Sérapion. écrite par nain. Denis , et qui est dans l'office du saint sacrement.

i. Eusèbe, chap. xU7.

Racim- in

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