LIVRE PREMIER
Les dieux s'assemblent. Jupiter prend sujet de parler de la mort d'Égisthe. qu'Oreste venoit de tuer pour venger la mort d'Agamemnon son père ; et ii dit ces belles paroles :
'O TOTcoi, oTov Sri vu ôsoùç Ppoxol a'.xtowvrat! 'El r;ac'ajv yâp oaci v.à/.' êu.(J.îvai* ol Ôè xai aOtol Iç-ï^CTiv àxacôaAÎrjfftv UTîéptxopov àXys' ej^ouaiv.
Car, dit-il, n'avions-vous pas envoyé Mercure à Égisthe pour lui dire de ne point épouser Clyteranestre, et de ne point tuer Agamemnon, s'il ne vouloit être tué lui-même? Et cependant il s'est attiré tout cela, en dépit même du destin, c'est-à-dire de nos volontés.
"Oç èça8' 'Epfiïta;* àXX' où çpe'va; Alyiaboio IIeïô', àyaôà «ppovéwv* vûv ô' àQpôa nâvu' àTTSTiaev.
Pallas prend occasion de plaindre Ulysse, qui est mallieureux , dit-elle, sans l'avoir mérité; car Galypso le retient et veut qu'il l'épouse, l'amusant par des paroles douces et amoureuses, pour lui faire oublier son pays.
Aùxàp 'Oout7(yeTj;^ 'IsfJLEVoç xaî xaTTvôv ànoOpcôjxovTa vor^cat 'H; yoL'.r,:;,^ ôavô'tiv l[xetp£Tat.
Il exprime par là combien est puissant l'amour du pays, puisqu'un héros et un esprit aussi fort qu'Ulysse ne souhaite autre chose que de voir seulement la fumée de son pays, et puis mourir, quoiqu'il fût dans une île si belle, comme nous verrons au cinquième Ûvre, Virgile a imité en la personne de Vénus la harangue de Pallas, I, Étœide.
Téicvov £[JLÔv, TïciTov ce Itio; çuyev epxo; ôoôvxo)^.
Homère se sert souvent de cette façon de parler, qui est belle, et qui marque bien qu'une parole lâchée ne se peut plus rappeler.
Pallas prie Ju[)iler d'envoyer Mercure à Galypso, el cependant elle s'en vient à Ithaque, où elle trouve tous les amans de Pénélope qui jouûient aux des devant la porte, tandis que leurs valets a()prètoienl le souper. Telemaque, au contraire, eloit dans la maisou triste et afiligé, ayant toujours son père dans l'esprit, et soupirant après son retour. II voit Pallas sous la figure d'un étranger, et se fâche qu'on la fasse si longtemps attendre à la porte. 11 va au-de-
Tant d'elle, et la prend par la main. C'est ce qu'on voit bien au long au livre VII, dans l'île des Phéaques, où Ulysse est reçu comme un roi, sans qu'on le connût; et au livre XIV, où il est reçu par son fermier, sous la figure dun pauvre vieil homme. Et lorsqu'il remercie son fermier du traitement qu'il lui fait , voilà ce que répond Eumeùs :
Eetv, ouy.oi 6£[j.iç ëar', ovS' el -/axitov aébzv eXOot, Eeïvov àTifXYiaai ' Tipoç yàp Atoç elcjiv ôcTïavTSç
SeTvOl T£ UTWT^Ol TE.
Peut-être Homère , étant errant comme il étoit , et n'ayant point de pays certain, a voulu être bien reçu dans les pays étrangers. Et la première chose qu'on dit à un étranger lorsqu'il entre dans un logis, c'est qu'on le prie de manger, et qu'on l'écoutera après. C'est ce que fait ici Télémaque : il prend ses armes, et les serre avec celles de son père; il le fait asseoir auprès de lui, lui fait laver les mains, et le fait mettre à table. Voilà l'ordre de tous les festins d'Homère : après que tout est préparé, une servante vient, qui donne à laver avec une aiguière dorée, tenant dessous un grand bassin d'argent; après on se met à table. Celle qui a soin de la dépense sert toutes sortes de pains et de fruits sur la table :
2ÏT0V ô' aîooÎYi TafxÎYi T:ctpÉbr\v.z ©époueya, EIoaTa 7iô>.X' ÈTîiôeîcya, yapiJJofxévYi TrapeovTWV.
Ce mot d'aîooivi fait voir que c'étoit quelque femme âgée. Le cuisinier met après les viandes,
AaiTpo; ôè xpeiûv Tîivaxaç -Trapsôrixev àet'paç llavTOÎwv *
et met en même temps des coupes d'or auprès de chacun. Il semble qu'Homère fait couvrir ses tables de viandes toujours grossières. (Voyez Apol. pour Hérodote , seconde partie.) Ainsi , dans V Iliade, au deuxième livre, Agamemnon sert un bœuf aux chefs de l'armée; Achille sert un mouton aux principaux d'entre eux qui le vont voir, et à Priam tout de même. Et l'on ne voit guère d'autres viandes que des bœufs, des moutons, des chèvres, des porcs et des agneaux. Mais ce mot 7:avToio)v, marque ici qu'il y en avoit de plusieurs sortes. Enfin il leur fait verser à boire par un héraut : c'étoit sans doute quelque sorte de valet de pied, ou bien des gens dont on se servoit pour faire des messages, ou des gens qui portoient quelque marque particulière comme des hérauts, à cause qu'on fait comme une espèce de société et d'alliance quand on boit ensemble.
KripuÇ ô' aùxoïffiv ôàfx' èt^i^x^xo olvoxoeucûv.