‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 110 sur 170 · LIVRE II. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE II. 3i

Il lui dit donc de se taire , et Télémaque aussi , tout grand discoureur qu'il est, aûc)a iisp TcoXOayôov èév-ra; et qu'il songe seulement à renvoyef Pénélope chez son père, ou à voir manger tout son bien iusqu'à ce qu'elle se marie.

'HijleTç Ô' a-j -OTiôsYaevoi ■îiu.aTa Tcâvra, Eivev.a TTÎ; àpsTriç èp'.oatvo[j.£v, o-jùk [i-ex' â}.\a;

Eh bien , dit Télémaque , n'en parlons plus : mais au moins faitesmoi donner un vaisseau, afin que j'aille chercher des nouvelles de mon père, afin que je puisse prendre mes mesures là-dessus. Alors Mentor, le plus fidèle des amis d'Ulysse, dit ces belles paroles : Il ne faut plus qu'un roi traite ses peuples avec douceur, puisqu'on ne se souvient plus d'UPysse, et que tant de gens qui sont ici ne détournent pas seulement de paroles tous ces jeunes gens de leur dessein. »

Mri Tiç Iti Tïpôçpwv àyavè; xcd yitcioç ïcstui SxyiTTToOyoç pacO-eO:, \ir/A çpec-iv aïc-aa eloôi^j !.\Xà' atôt yaXeuô; t' zlt] v.al aiTyXa psi^o'..

"Qç OUTIÇ jJLÉtXVYjTai 'Oo'JOGYiO; 6îlOlO

Aac5v olaiv à^CLOCZ, TiaxTip 6' cî); yjTi'.oç -^îv,

Mais Liocritus , un des jeunes gens, lui dit des injures, et se moque de tout cela et d'Ulysse , même quand il seroit de retour. Ainsi l'assemblée est rompue, et chacun s'en va de côté et d'autre. Mais Télémaque va sur le bord de la mer, et. se lavant les mains, invoque Pallas.

KXÛ6Î f;.ot, ô x^^^ô; 6e6; rjÀuOe; yju.STspov ôc5.

Pallas vient à lui sous la figure de Mentor, et elle l'excite par les louanges de son père.

Tri/É(/.ay', o-jS' OTitÔev xaxô; eacea'. , où* àvo-^u.o>v, El i''(\ TOI (70U -iiaTpo: èvÉTtaxTa'. (xévo; v;ù, Olo; èy.Btvoç eriv Ts/écai ipyov Te £7ro? ire.

Mais si vous n'êtes pas son fils , c'est-à-dire si vous ne lui res- • eniblez pas, vous ne viendrez pas à bout de votre entreprise.

lïaùpoi fâp TO'. TiaîSe; ô|xoTot Ttarpl Tziloyca'.' 01 7t)>éovec y.ay.tou^ , TzaOpot Se ts uaxpôï; àpc''ouç.

Mais je vous connois , dit-elle , et espérez tout , principalement fivec un aral paternel comme moi, qui vous suivra partout. En efiiet, Pallas protégea toujours Ulysse.

Totoç vàp TOt ÉTaipo; i^ùi iraTpwïoç el[xi.

Mais allez; faites provision de vivres, et moi je vous troj^verai un vaisseau et des compagnons.

Télémaque s'en va chez lui , et y trouve tous les jeunes gens qui s'apprètûient à souper. Antinous le prend par la main, et le prie de souper avec eux. Télémaque dit qu'il songe plutôt à se venger d'eux, et arrache sa main de celle d'Antinous. Les autres se moquent de lui, et lui monte en haut, en une chambre où étoient toutes les provisions du logis, comme de l'or et de l'airain, des habits, aXi; t' eùcoôs; eXaiov, et de l'excellent vin qu'on gardoit depuis longtemps pour le retour d'Ulysse.

'Ev gà Tîîôoi oivoio Tca)>atoO r.ouixÔTO'.o "Ecrracrav, àxpirixov 6etov tîotov èvTÔ; eyovTe;^ 'JK^EÎTi; 710X1 xoïyoy àç,r,çôitQ, eittot' 'Oouaacùç OIxaûô voCTTOGEtE, xai ècÀyea TroXXà {xo^r^ca:.

Tout cela étoit à la garde d'Euryclée , à qui Télémaque demande tout ce qu'il lui faut, et le meilleur vin, dit-il, après celui qu'on garde pour mon père. Elle pleure; mais il lui ordonne d'apprêter tout, et de ne point dire son départ devant onze ou douze jours, à moins qu'elle n'apprenne d'ailleurs

*ûç àv (j-r) xXaîouaa xarà ypoa xaXov lâTTTig.

Ce qu'elle lui promet, et elle prépare tout; et lui s'en retourne avec tous ces jeunes gens pour couvrir son dessein. Pallas cependant, sous la figure de Télémaque , amasse des gens et trouve un vaisseau.

AuffÊTÔ t' rjcXiû;; (jxiowvtÔ xe lîàcjat àyuiat.

Homère décrit ainsi le soleil couché dans les villes , disant que les rues étoient devenues obscures; et il le fait justement coucher, afin qu'on ne voie point Pallas, qui monte son vaisseau en mer, et l'équipage. Après elle endort tous les jeunes gens, qui s'en vont chacun chez soi; elle avertit Télémaque que tout est prêt. Il la suit, et fait apporter ses provisions : ils s'embarquent. Pallas 'ail venir un vent favorable -, le vaisseau s'avance ea pleine mer : et tous ceux qui étoient dedans boivent en l'honneur des dieux j et surtout de Pallas.

'Ex, TiàvTwv 6c jiaAiata Màç -(\o.\jy.(îiTuo'. xoupi;j.

C'est là l'épilhète ordinaire de Minerve; et, comme disoient nos vieux traducteurs, Minerve aux yeux pers : c'est entre le bleu et le vert, car ce n'est pas bleu tout à fait, comme on voit par ce pas-

LîVKîi: îi. n^

sage de Cicéron, I, de Nat. Deorum : Cxsios oculos Minervae^ exruleos Nepluni. On voit cette couleur dans les yeux de chat, d'où vient que quelques-uns l'ont appelée felineus color; mais beaucoup mieux dans ceux d'un lion : de là vient que les poètes ont donné ces yeux-là à Minerve, qui étoit une guerrière. En un mot, ce sont des yeux entre le bleu et le vert, mais des yeux fort reluisans et perçans. Et souvent on n'appelle Minerve que de ce nom-là, yla.^. xwTîi;, comme d'un nom honorable. Ainsi elle le témoigne, lorsqu'elle dit à Junon, tandis que Jupiter étoit en colère contre ellCj au huitième livre de VIliade :

lA., 0, 374.

Junon au contraire, qui étoit d'une humeur plus posée et plus majestueuse, est appelée ^nù)~\,^, aux yeux de bœuf. Ce sont de grands yeux bleus qui ont beaucoup de majesté ; aussi Homère ajoute toujours poôJTri; TîÔTv.a 'Hpri. Enfin Vénus, qui n'étoit point guerrière et qui ne tenoit pas tant sa gravité, mais qui au contraire étoit d'une humeur gaie et tout amoureuse, est appelée éXtxcôTriç, ou éXixooXc'îa^io;, aux yeux ou aux prunelles noires, ou, si l'on veut, aux yeux pélillans, et, comme a dit Homère, ô[i.[j,aTa {j,apfj.a{pûvTa : ce qui exprime admirablement de certains yeux qui ne peuvent se tenir en place, et qui ont toujours un mouvement adroit et lascif. Catulle appelle cela ehrios ocellos^ et nous disons quelquefois des yeux fripons : Atque ipsa in medio sedet voluptas ^ dit ane ancienne épigramme '. Mais, pour revenir à la couleur des yeux de Vénus, Homère les fait noirs, et tous les anciens aussi; et on voit que la plupart des beautés de l'antiquité ont été ainsi qualifiées.

Page 1