LIVRE lY. 3â
fait des mains de Vulcaiû; mais comme si ce n'étoit pas assez, elle ajoute :
Tito û£ 6pv^vuv TToalv r\'7iù Tù) xev èTii-j/^otYiç XtTiapoOç Tîoôaç elXaTî'.và^uv,
afin que vous y mettiez vos pieds délicats tout à votre aise. En cet état, Hélène parle à son mari. On voit bien qu'autrefois les dames ne faisoient pas tant de façons qu'elles en font à présent, et elles vivoient assez familièrement, comme Hélène qui fait apporter avec elle tout son ouvrage, devant des jeunes hommes qu'elle n'avoit jamais vus. Néanmoins elle dit à son mari qu'elle se trompe fort si ce n'est Télémaque, tant il lui ressemble; sans doute que c'est à cause qu'il ressembloit à son père. Et si Hélène le devine devant son mari, c'est que les femmes font plus de réflexion et examinent les nouveaux venus avec curiosité, car c'est leur coutume. Ménélas avoue qu'elle a raison.
Keîvou yàp xoioioe izôoe; , TotatSe xe xeîpe; , 'Oçt)aX(j.cov T£ po/aî, v.e:^v.\r\ t\ sçûiïeôOs xe -/aïxa..
Virgile dit : Sic ocnJos . sic ille manus, sic ora ferehat. Mais Homère est plus particulier . et ce tour des yeux ôç9aX[icôv {io).ai est tout à fait expressif. Aussi, dit Ménélas, cela m'a fait souvenir et parler d'Ulysse, et j'ai remarqué que cela Ta fait pleurer. Le fils de Nestor répond pour lui , parce qu'il est mieux séant qu'un tiers dise qui il est. H est vrai que c'est lui . dit-il ; mais il est sage , et ne veut pas se vanter devant vous, que nous écoutons comme un Dieu.
Nefieaffàxai ô' èvt 6u(xài, 'Ûo' £ÀÛô)v xô Tipwxôv, eTTeaooXîa; àvaçaiveiv "Avxa ctÉOev.
Et Nestor m'a envoyé pour vous demander des nouvelles de son père, dont labsence lui est insupportable, et le fait souffrir beaucoup. Ménélas s'écrie aussitôt :
'O r.ÔTioi , r, ij.àXa oy) qpiXou àvépo^ ulôç eoôv où> "ly.îO', o: eïvex.' è{jL£ïo 'itoXéa; èfAOYYicrev àéOXoyç.
La reconnoissance de Ménélas paroît par ces paroles. J'avois résolu, dit-il. de l'aimer plus que personne, et de l'emmener hors d'Ithaque, lui et sa famille, et son peuple, et lui donner une de mes villes, afin que nous vécussions ensemble.
O'joi y.vj àaijL£
"AaXo 6t£-/.ptV£V <ptX£OVX£ X£ Ztpr:Q\i.i'J(x) X£,
IIpîv y' ôte or Ôcxvaxoio p.éXav vÉoio; à[jL05cxàXuiJ;£v.
330 REMARQUES SUR L'ODYSSEE.
Mais quelque dieu nous a envié ce bien-là, et l'a privé de son retour. Ces paroles tendres les font pleurer tous quatre.
"Qç qxxTO, TOÏat 5è 7:a(Tiv yç' îfispov wpcre yooio, K>,aîe |J.èv 'Apysivi 'EXévï) Aie; ^xysyauia, KXaTe èè TyiXéjxay^oç t£ xal 'ArpsiÔT): SMevéÀaoç, O06' àpa NÉcTOpoç viîoç àoav.pu-to ëyev ocrae.
Car il se souvenoit de son frère Antilochus, et il dit à Ménélas . Croyez -moi, changeons de discours; car je n'aime pas de pleurer après ou durant le souper ,
Ou yàp sycoye Tspîrofi,' ô8up6[i.evoç [i-ETaSopuio;
mais demain au matin, tant que vous voudrez: car je n'empêché point qu'on pleure les morts, vu que c'est là leur récompense.
ToùTo vu y.al yspa; oTov ôï^upoiai PporoTcri KetcaffOai re x6[J!.yiv, pa).éeiv x' àizo Sàxpu rcapeicSv.
Ménélas loue son discours , et dit ces belles paroles :
'Peta 5' àpîyvwToç yovoi; àvépoç cLte Kpovtwv "OXêov in'.'jÛMGZi yaijiovTi Te yetvoaévw re.
Tel qu'est Nestor, à qui Dieu a fait la grâce de vieillir longtemps et agréablement dans sa maison, et d'avoir des enfans également sages et vaillans. Ainsi ils lavent les mains et soupent, et, pour leur faire oublier leur affliction, Hélène jette dans leur vin une drogue d'une herbe qui ôte toute la douleur et la colère,
NriTtevOéç t' àyoXov re, xaxwv éîiîXYjOov àTCavxwv
De sorte qu'après cela un homme auroit passé tout le jour sans pleurer , quand il verroit mourir son père ou sa mère , et qu'on tueroit cruellement son frère, ou même ses fils à ses yeux. Quelques-uns croient que cette herbe, quia été appelée nepenthes, n'est autre que labuglose, au moins Pline dit qu'elle a les mêmes qualités, liv. XXV^ chap. III , où il la décrit : Homerus quidem primus doctrinarum et antiquitalis parens ^ multus alias in admiraiione Circes, gloriam herharum Erjypto trihuit; et un peu après : Nobile illud nepenthes ohlivionem tristitix veniamque afferens^ et ah Helena ulique omnibus mortalihus propinandum ; il en parle encore liv. XXI, chap. xxi Komère dit donc que cette herbe, avec plusieurs autres, avoit été donnée à Hélène par Polydamne, princesse égyptienne