LIVRE V
Seu tcrram, rapide pariter cum (larnine portant. Tum virgam capit : bac animas ille evocat Orco Pallentes, alias sub trislia Tartara miltit; Dat somnos, adimilque, et lumina morte résignât.
Virgile a encore traduit la suite, et raconte, aux mêmes termes qu'Homère, de la façon que Mercure part du ciel; ils le comparerai tous deux à un plongeon: mais Virgile a ajouté cette belle fictiou du mont Atlas où il le fait reposer.
Hic primum paribus nilens Cyllenius alis Constitit : hinc toto praeceps se corpore ad undas Misit.
il arrive dans l'île de Calypso ,
'Hîcstpovoe 'Hïev . oopa jJ-éya ffîtéo; ïxeto , Ttô iv: \\i\i.<Dr[ Naïev euTTÂÔxajio:.
Cette île s'appelle autrement Ogygie ; au moins Pline dit que plusieurs ont cru qu'Homère l'appeloit ainsi , Calypso quam Ogygiam appellasse Homerus existimatur. Elle est devers l'Italie , près des Locres qui en font une province. Ce qu'Homère appelle ici du mot de caverne n'en étoit pas une sans doute , mais c'étoit quelque grande grotte que la nature avoit faite , et que Calypso avoit ornée pour en faire son palais. Ainsi les nymphes de la mer logeoient véritablement dans des grottes, mais ces grottes étoient riches et comme enchantées, comme on peut voir au quatrième livre des Géorrjiques , où Virgile en fait la description. Celle de Calypso étoit bien agréable, si on croit Homère; car en voici la situation : Il y avoit, dit-il. tout autour une belle forêt pleine d'arbres verts, d'aulnes, de peupliers et de cyprès odoriférans; et là nichoient des oiseaux à grandes ailes, xavuaiîtTg&oi , ou qui volent les ailes étendues; il nomme des hiboux, des éperviers et des corneilles à la langue large. TavjY/oxTToi -zs. y.opcôvaî, et quelques oiseaux marins, ce qui montre que c'étoit un désert tout à fait retiré , et qui avoit quelque chose d'affreux. Ce qui est agréable sans doute , quand cela est adouci par quelques autres objets, comme de la vigne, des fontaines et des prairies qu'Homère y met encore.
*Hô' aOtoù TExàvucTO Jtspi (ttisiou; y^^f^p'^^o 'Jlaepl: r.êwaxra, teOrjXci oï o-Taou).y;civ • Kprjva'. ô' éçcîr,; Tttaups; péov •jôan Xeviy.ôi, II).Y)(jîai àXXrjXwv , Tsxpaaixévai àX).u&'.; àXXr,. l^fjLçi 6è XeifjLûivcÇ [i.aXaxoî tou rjôè (xeXîvou ©r.Xeov •
Racine ut 22
338 REMARQOES SUR L'ODYSSÉE.
SsXtvov est ce qu'on appsUe en latin apium, du persil: c'est une herbe de jardin, et qui n'est pas champêtre; ainsi ces prés-là doivent s'entendre aussi pour des jardins. Et on peut dire que cette belle île étoit en partie inculte et sauvage, et en partie cultivée, ce qui fait un beau mélange. Ainsi il ajoute qu'un dieu même l'auroit admirée avec plaisir
'EvQa -/w' suetta xaî àOàvaxoç TCcp ItisaOwv Q-f\ri<7a.\xo lowv, xal Tepcoôeivi <ppecrtv igo-iv.
C'est ce que fit Mercure, et après l'avoir admirée tout son loisir, èTteior] TiâvTa éw OyiYiaaTo 6u(xw, il entra dans la grotte de Calypso, et elle le reconnut aussitôt ; car, dit-il, les dieux se connoissent bien les uns les autres, quand ils demeureroient dans des lieux fort éloignés. On peut appliquer cela aux personnes de condition, lesquelles ont d'ordinaire quelque marque avantageuse qui les fait reconnoîlre. Il ne trouva pas Ulysse, car il étoit allé pleurer tout seul sur le bord de la mer. Homère le décrit admirablement :
OùS' àp' '08ua-crr,a [xsya^iqTOpa evôov eTeTiJ.£V, 'AXX' ôy' en;' àxT?)t; xXaïs y.a6r)[j,£vo:' êv8a Tiàpoç iteo, Aàxpy(7t y.al crTOvaxf,ori v.ai à^ysct Ouaov içiy^QwJ, IIôvTov eu' àrpuysTov ôepxécxsTO, 5àxpua Xeiêwv.
On ne peut pas mieux décrire un affligé. Il étoit assis, dit-il, sur le rivage de la mer, où il nourrissoit sa douleur de larmes, de gémissemens et d'inquiétudes, versant des pleurs dans la mer, où il avoit les yeux toujours attachés. Il semble qu'on voit un homme qui cherche la solitude pour pleurer, et qui regarde la mer à cause de la passion qu'il a pour son retour. Ainsi Virgile dit des Troyennes, au cinquième livre de ïÉnéide :
Cunetaeqne prorundum Pontum adspectahanl flenles.
Cependant la nymphe Calypso interroge Mercure qui l'avoit trouvée travaillant à une toile, et chantant avec une agréable voix: et il dit la même chose de Gircé, livre X
Ktpx-;ri; o' Ivoov àxov)ov àeiôouo'Yi!; èui xa>^ 'Igtôv èTTor/ojxevri; [lé^oLV^ àfiêpoiov ola Ôsawv AeTîToc Te xal yapievxa xai àvAaà îoya iiùo-noii.
faisant, dit-il, une grande toile, et incorruptible, telle que sont les ouvrages des déesses, qui ne font rien que de délicat, d'agréable et d'écUtint II dit encore que de cette grotte sortoit une odeur de