‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 122 sur 170 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

cèdre et de quelque autre bois odoriférant qui brûloient dedans, Virgile a compris tout cela en ces trois vers, parlant de Circé

Assidue resonat cantu, îectisque superbis Uril odoralum noclurna in lumina cedrum, Arguto tenues percurrens pectine lelas.

Mais Homère ne dit pas que ce fût pour éclairer; car il dit que ce bois brûloit au foyer, flOp [xkv s-' èT/^apoçiv [j.éyoL xatexo, TYiXoOt 6' oo\Lri, etc. Il semble qu'Homère a voulu dire que cette île n'étoit habitée que de Calypso, car il ne parle point des babitans. Elle demande donc à Mercure ce qu'il veut; car, dit-elle, vous ne veniez pas souvent ici. Elle le fait manger, et puis après elle lui répond ainsi :

EipcûTôt; ji' cX96vTa, ôeà, 6e6v;

Vous m'interrogez, dit -il, moi qui suis dieu et vous déesse; c'est-à-dire vous savez bien ce que j'ai dans l'esprit. Car. comme il a dit devant que les dieux se connoissent bien les uns les autres,

Où yàp t' àyvôiTeç 6eoi àX).rj>.oi(ji TréXovTai,

il veut dire ici qu'ils lisent chacun dans leurs pensées, c'est-à-dire : vous m'interrogez, moi qui lis dans votre âme. et vous qui lisez dans la mienne, et qui savez aussi bien que moi tout ce qui se passe entre les dieux. Mais je vous le dirai pourtant, puisque Jupiter m'a donné celte commission bien malgré moi; car qui se plairoit à passer un si grand espace de mer où il n'y a point d'hommes qui fassent des sacrifices? On diroit que les temples fussent autant d'hôtelleries pour les dieux, et que pour celte raison c'est autant que si Mercure disoit qu'il n'a bu ni mangé depuis qu'il est parti du c'dl. Mais, dit-il, il ne faut pas qu'aucun des dieux ait la pensée de désobéir à Jupiter. On voit en plusieurs endroits de Vlliade combien Jupiter étoit absolu, et comme Junon et son frère l'appréhendoient. Et ainsi on peut dire que l'empire des dieux étoit monarchique.

n lui dit donc que Jupiter veut qu'elle renvoie Ulysse. Cette parole la fait tressaillir, c'.yf\Gv/, ce qui marque qu'elle aimoit beaucoup Ulysse.

En effet elle répond que les dieux sont inhumains et jaloux plus que personne, puisqu'ils ne veulent jamais soufl'rir que les déesses aiment des hommes.

Olxfc ÔeaT; àYaotaOe, rap' àvôpàaiv èuvà^EçOat 'A|x<i)aôtr,v, rjV tÎ; te 91X0V TtoiiQdcT' ày.O'.Try.

Ainsi, dit-elle, quand l'Aurore prit Orion pour mari, vous lui portâtes envie , jusqu'à ce que la chaste Diane l'eût tué de ses flèches. Ainsi , quand Cérès aux beaux cheveux coucha avec Jason pour satisfaire son amour

Jupiter ne fut pas longtemps sans en être averti, et le tua d'un coup de foudre. Vous êtes fâchés tout de même que j'aie auprès de moi un homme que j'ai sauvé de la mort , lorsque Jupiter brûla son vaisseau , où tous ses compagnons périrent; car je l'ai recueilli ici , et l'ai nourri avec grand soin, et l'ai aimé.

Tov (j.£v èyà) (|)i),e6v ts -/.siX iiptoov , y)8è ècpao-y.ov Orjcreiv àôàvaTOv xal 6t.yr,ça.ov 7^(xaTa Tiàvra.

Mais puisqu'il n'est pas permis aux dieux mêmes de désobéir à Jupiter, eh bien! qu'il s'en aille; car, pour le renvoyer je n'ai point de vaisseau, mais je l'assisterai de mes conseils. Mercure dit qu'elle fait bien , et s'envole aussitôt. Elle va chercher Ulysse qu'elle trouve en cet état où il étoit, et qu'Homère décrit encore plus exactement ,

Tov 6' àp' èix' àxTÎiç eups ya6r,(i.evov • oOôé ttot' ôoai Aaxpuocpiv TÉpaovTO • xareiSeTo cï yXuxùç alwv N67TOV ôoupojjL£V(o , ÈTrel oOy.sTt -îîvôave Nij[j.ç7]. 'AXX' YjToi v'jxraç |xèv iaue<TX£v xai àvàyxv} 'Ev (yTzza<Ji ■^'kacuvpoXm Tiap' oOk è6éXo)v èôe^ouay) • "Haaxa ô' èv TréTpvjoi xal ^lôvtGci xaÔîÇwv •

et le reste de ce qu'il a dit auparavant.

Ses yeux , dit-il , n'étoient jamais secs , et les plus beaux de ses jours se consumoient à soupirer pour son retour : car la nymphe ne lui pouvoit plaire , ou , comme je crois , la nymphe n'agréoit pas son retour. Mais il passoit les nuits avec elle qui le vouloit, quoiqu'il ne le voulût pas, et il alloit pleurer tout le jour sur des rivages et sur des rochers. Calypso lui dit qu'il ne pleure plus, et qu'il se fasse un petit vaisseau de branches d'arbres , et qu'elle le pourvoira de tout ce qu'il lui faut. Ulysse tremble de peur, pi'^riae; car il croit qu'elle lui prépare quelque autre mauvais tour , et il veut qu'elle lui jure le contraire. Calypso sourit.

Xcipi T£ (jLtv xarspeEev , Itto; t' ècpax', ex t' ôv6[^.aJJev ■ 'H ôr) â).iTp6; y' èa-(Tc xal oûx àTrocpwXia eîow; •

Vous êtes un rusé, dit-elle, et il n'est pas aisé de vous tromper. Anr^s. elle le rassure, et jure même par le Styx, qui est, dit-e"e.

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le plus grand et le plus terrible jurement des dieux, qu'elle ne songe point à lui faire mal, mais qu'elle ne lui veut que ce qu'elle se vûudroit à elle-même, si elle étoit dans une pareille extrémité.

Kai yàp èu-ol vooç iazh èvaidifxoç , oùSé |xoi aÙT^

Après elle le ramène à sa grotte , et le fait asseoir sur le même siège d'où Mercure venoit de se lever. Elle le fait servir à table de viandes telles qu'en mangent les bommes.

.... Ny[x?Yi ô' £-i6dt Tiàpa 'zâ.aœj èowSyiv, "E^ôsiv xal 7iiv£iv,oIa ^poToi àvèpsç eoouaiv.

Elle s'assit vis-à-vis de lui , et ses servantes lui servent l'ambrosie et le nectar. Cela montre que l'ambrosie n'étoit pas une viande dont les hommes pussent manger, parce qu'ils néloient pas immortels, et que la nature des dieux étoit tout à fait différente de celle des hommes. C'est ce qu'on voit plus clairement dans ce bel endroit de la blessure de Vénus, au cinquième livre de V Iliade. Car Homère dit qu'il n'en coula pas du sang, mais une certaine liqueur pareille au nectar , les dieux ne se nourrissant pas d'une nourriture commune aux hommes. Calypso lui dit alors : Ulysse , vous voulez donc vous en aller? faites ce que vous voudrez, mais assurez-vous que vous aurez bien à souffrir devant que d'arriver chez vous; au lieu que vous seriez ici à votre aise , et vous seriez immortel. Quoique vous ayez tant d'envie de revoir votre femme , après qui vous soupirez tous les jours, toutefois je ne crois pointlui céder en rien, soit pour le corps, soit pour l'esprit; car une femme mortelle ne disputeroit pas de la beauté et de la taille du corps avec des déesses. — Je sais tout cela, répondit Ulysse, et que la sage Pénélope vous est beaucoup inférieure en beauté et en majesté ou en riche taille.

EToo; àxiôvoTÉpr, , [jLî'YeOô; ir' eiaavxa lûécrôai • 'H y.£v vàp Spoiô; ÈGTi, au 6' àOàvaxo; xat àyripa):,

Avec tout cela, je souhaite passionnément de voir le jour de mon retour; et s'il faut que je souffre, je souffrirai, ayant l'àme assez patiente; car j'ai déjà beaucoup souffert, et je veux bien encore souffrir cela.

TÀr;<yo[j.ai, è'^ (rcr.Osacfiv iywv TaXairevôéa ôuu.ôv 'Hôr, -yào (xâ/.a TtôXX' £Jta6ov xat tïôX/.' ijjLoyrjaa Kuaaci "/at tco)c'[X(o» (Xcxa xat xôSs xoXci yavécôa).

Oq voit là un beau caractère d'un esprit fort et résolu qui ne

craint point les traverses. Le soleil se couche, et alors se retirant tous deux au fond de la grotte ,

Tsp7uÉ<y6Y)V (ptXoTrjTt, Tiap' àllri'Koiai aevovTSi?.

Dès le matin Ulysse s'habille, et Calypso lui met elle-même de fort beaux habits; puis elle lui donne une hache à manche d'olivier, une scie , et le mène en un endroit de l'île où il y avoit force arbres secs, qu'il coupe pour en faire son vaisseau. Calypso lui donne encore un vilebrequin et des clous, tant Homère est exact à décrire les moindres particularités; ce qui a bonne grâce dans le grec, au lieu que le latin est beaucoup plus réservé, et ne s'amuse pas à de si petites choses. La langue sans doute est plus stérile, et n'a pas de mots qui expriment si heureusement les choses que la langue grecque. Car on diroit qu'il n'y a rien de bas dans le grec, et les plus viles choses y sont noblement exprimées. Il en va de même de notre langue que de la latine; elle fuit extrêmement de s'abaisser aux particularités , parce que les oreilles sont délicates et ne peuvent souffrir qu'on nomme des choses basses dans un discours sérieux, comme une cognée, une scie, un vilebrequin. L'italien au contraire ressemble au grec , et exprime tout , comme on peut voir dans l'Arioste , qui est en son genre un caractère tel que celui d'Homère.

Enfin Ulysse bâtit adroitement son vaisseau ; et l'on apprend de là qu'il n'est point messéant à un grand homme de faire les plus petites choses, parce que la nécessité les rend souvent très-importantes comme en cette occasion, où vraisemblablement Ulysse n'auroit pu sortir de cette île déserte, s'il n'eût su lui-même se faire un vaisseau aussi bien que le plus habile charpentier du monde, comme dit Homère. 11 travailla durant trois jours, et au quatrième tout fut fait, et le monta en mer avec des leviers, \}.o-/\oXGiy . Tout le bâtiment de ce vaisseau est décrit par le menu. Calypso le pourvoit de vivres et lui envoie un vent favorable; et il part et met les voiles au vent. Il s'assit sur la poupe , et gouverne adroitement le timon, sans souffrir que le sommeil lui fermât les yeux, observant les Pléiades et le Boote qui se couchent tard , et l'Ourse qu'on appelle Chariot, qui est là auprès, et qui regarde l'Orion, et qui est la seule qui ne se mouille point dans les eaux de l'Océan. Il navigua sept jours durant, et au huitième il aperçut la terre de Phéaque qui paroissoit de loin sur cette mer obscure sous la forme d'un boucher. Mais par malheur, comme Junon dans Virgile, Neptune le voit en revenant d'Ethiopie par terre sans doute , car il le vit de la montagne de Solyme.

Et comme il étoit fort irrité contre lui à cause qu'il avoit aveuglé Polyphème son fils, il se fâcha fort, et le veut persécuter devant

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