‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 124 sur 170 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

IlaTpôç^ ô; sv vouCTOi xsÏTai xpaTÉp' àXyea Tzârr/ui^^ , Arjpôv Tr,*/-ô(J.£vo;, cruyspô; ôé ol èxpae 6aî[xa)V , %a7rà(7iov ô' àpa tôv ye ôôoi xaxÔTr.TOç ëXucrav ^ "flç 'OSuarj' àffTîaorTÔv èiicccxo yaïa v.aî uày].

Cette comparaison est tout à fait belle et bien naturelle, car il n'est rien de plus doux que de voir revenir un père d'une longue maladie, où sa vie étoit désespérée, tout de même que de voir lo port après la tempête. Aussi il se hâte tant qu'il peut de nager; mais quand il est un peu avancé , il entend un bruit impétueux et voit que c'est l'eau qui bat contre des rochers escarpés, au lieu du port qu'il pensoit trouver. Alors il perd courage et se plaint misérablement , reconnoissant bien que Neptune est irrité contre lui ; et une vague l'alloit pousser contre ce rocher , où il eût été brisé sans doute , si Pallas ne lui eût mis dans l'esprit de se prendre des mains à ce rocher, et de s'y tenir jusqu'à ce que la vague se fût brisée, ce qu'il fait , et Homère le dit admirablement.

AiiçoTépTci 6e y£p<7tv èu£<7<jij[j.evo; Xàêe TreTOYiç, Tv;; l'/fzo cïTevâ/cov, eîco; (J-éya y.O[jLa 7ïap-?//.0îv.

On diroit qu'on le voit attaché avec les ongles à ce rocher: mais le reflux de la vague l'arrache de là et l'emporte bien loin dans la mer. Toute la peau de ses mains s'en va en lambeaux , comme quand une poulpe est retirée de sa coquille; une infinité de petites pierres s'attachent à ses bras. C'est un poisson dont la peau est tendre et qui a plusieurs pieds : polypus. Et alors le pauvre Ulysse étoit perdu, si Pallas ne lui eût inspiré de sortir de l'eau où il étoit plongé et de suivre la vague qui se fendoit du côté du rivage. Et il arrive à l'embouchure d'un fleuve qui se déchargeoit dans la mer, et où on ne pouvoit prendre terre. Ulysse lui fait cette prière :

KXù6i, âvaÇ. ÔT'.ç irjGi- TîoXuXXtfftov ôs a-' txàvo) ,

AlSoïoç jxî'v t' è(j'\ xal àôavàTOicri ÔEOtaiv , !A.vop(ov ocTi: ïxr,Tai à),CL)[j.îvo; , . .

C'est ce que Sénèque a traduit dans les vers qu'il fit durant son exil, en ces mots : res est sacra miser. Et ce sentiment est d'autant plus beau qu'il est imprimé dans les cœurs par la nature même. Ainsi , dit Ulysse . je viens à vos eaux et à vos genoux : à vos eaux , (jôv T£ poov, comme à un fleuve , aâ te yoûvax', comme à un dieu. Et ainsi on peut traiter les fleuves d'une et d'autre façon :

'AXÀ èÀÉaipî , àva$, IxÉTr,; ùé to: suyofxai etvai.

346 REMÂBQUES SUR L'ODYSSÉE.

On révéroit les supplians et on ne permettoit pas qu'on les touchât. Cela se voit partout dans l'histoire, soit aux asiles, soit aux temples, soit aux palais, soit aux statues des princes, Aussi, dit Homère, ce fleuve arrêta son cours et retint ses flots, rendant tout paisible afin qu'il se poussât à bord, ce qu'il fait. Et alors il plie les deux genoux et laisse aller ses mains robustes.

à/1 yàp ùio\}.r\TO cpO.ov xv;p,

Et l'eau de la mer, eà>>a<7(7a -îioXXyî, lui couloit par le nez et par la bouche ,

'0 ô' àp aTîveuaTOç xai àvauSoç KîTt' ôXiYviTre^éwv xàixaio; Se [xiv alvoç ïxavev.

A la fin , il revient à lui et jette le ruban d'Ino dans le fleuve comme elle lui avoit commandé ; le fleuve emporte ce ruban dans la mer, et la nymphe le vient reprendre. La fiction de ce ruban est tout à fait belle : car il est vraisemblable que ce ruban ou ce linge, qui couvroit la tête d'une déesse marine, pouvoit soutenir un homme sur l'eau, et cela donne à Homère le moyen de faire paroître Ulysse dans toutes ces extrémités où on croit toujours qu'il va périr; ce qui suspend l'esprit et fait un fort bel efl"et. Aussi rien ne peut être mieux décrit qu'Ulysse flottant entre la vie et la mort , trois jours durant, comme il fait. II ne sait ici s'il doit passer la nuit dans le fleuve, dont il craint la fraîcheur trop grande, ou dans un bois tout proche, où il a peur des bêtes farouches, qui pourroient le surprendre en dormant. Néanmoins il choisit le dernier et va dans ce bois, et trouve deux arbres, l'un l'olivier sauvage, et l'autre l'olivier, tous deux nés d'un même endroit, et si étroitement serrés qu'ils ne pouvoient être pénétrés ni par le souffle des vents, ni par le soleil , ni par la pluie

To'jç (j,èv àp' out' àv£[xwv otàet (j.évo; Oypôv àévTcov, 0Ù5É tiot' ïjéXio; çaéôwv àxTÎciv lêaÀXev, Out' ô[j,êpo(; Trepdcacîxe ^lafJ.Trepe;* fï>ç âpa 7i^Jxvot 'AXXviXoi<3iv êçuv è7ta[j,oi6aôiç*

Là il dresse un lit de feuilles en grande abondance, et assez même pour couvrir trois hommes dans le plus grand froid de l'hiver. Il se couche dessus et se couvre avec quantité de ces feuilles, comme un tison caché sous la cendre en quelque maison écartée.

'O; ô' OTe Tiç 6a).ôv cttioSiyÎ èv£xpvn];e [xeXaîvv] , 'AYpoù éir' è(jy aTtr,ç, (î) |iri' Trâpa yeiTOveç àXXot, 27iép(i,a Tiupo; ctoî^cov, . . . .

LTVRE V. 347

Pallas l'endort,

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