‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 125 sur 170 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Tandis qu'il dort. Minerve s'en va à la ville des Phéaques. C'est une île autrement dite Corfou, Corcyra, sur la mer lonie, entre l'Épire et la Calabre. Elle s'appeloit encore Schérie ; mais les Phéaques, qui logeoient auparavant près des Cyclopes, dont ils étoient tourmentés, vinrent, sous la conduite de Nausilhoûs. habiter cette île. Nausilhoiis s'appeloit autrement Phéax et éloit fils d'une nymphe nommée Phéacie, fille d'Asope, que Neptune engrossit. Il avoit bâti une ville, dit Homère, dressé des temples aux dieux et divisé les terres de chacun. Après quoi il mourut; et son fils Alcinoûs régnoit présentement. Homère dit que ce peuple étoit loin des peuples ingénieux, sxà; àvSpàiv à.\zir^a~âtjiv. Cependant il les représente pour les plus ingénieux hommes du monde. Ils ne recevoient point les étrangers chez eux que pour les renvoyer en leur pays quand l'orage les avoit jetés contre leurs côtes ; ce qu'ils faisoient charitablement, comme ils firent à Ulysse; mais ilrs n'étoient adroits que de la main et pour les exercices du corps : car c'éloit un proverbe parmi les Grecs et dans Platon, Alcinoï apologus , pour des contes à perte de vue, à cause de ceux qu'Ulysse leur fait, se jouant d'eux comme d'hommes grossiers. Néanmoins il y a trois ou quatre personnages qui n'étoient pas bêtes de la manière qu'ils sont ici dépeints; tels qu'Alcinoûs, sa femme Arête, sa fille Nausicaa, un musicien et quelques vieillards. Minerve va donc chez Alcinoûs lorsque tout le monde étoit couché, et vient dans la chambre de Nausicaa.

Bîi o' iuL£v è; 6àXa[iov TiOAuSaîoaXov, o) evi xoupY] Kotj;.aT', à6avàTr,ci cur,v xal elôo: ôp-o-r,,...

Kî auprès d'elle deux servantes belles comme les Grâces;

lîàp oï oO' àyj^'.TZoloi , XapÎTOjv à~o y.iWo^ lyoycrai,. ..

car les Grâces étoient les servantes de Vénus. Elles étoient donc couchées cor.tre la porte, qui étoit bien fermée: mais Minerve entra dedans comme le souffle du vent, et parut à Nausicaa sous la figure d'une de ses compagnes. Elle lui dit qu'elle est bien négligente de laisser là ses beaux habits sans les laver; cependant on vous mariera bientôt, -et alors il faut que vous soyez bien vêtue, car cela est hoDorable et cela réjouit le père et la mère.

348 REMARaUES SUR L'OOYSSÊË.

'Ex yàp TOt TOUTwv cpàxtç àvâpcÔTiou; àvaSaîvff. 'EaÔAr; • )(atpouGtv ôà iraTYip -/.ai TïÔTVta (xi^xYjp,

Allez donc demain les laver et demandez un chariot à votre père . car les bains sont éloignés. Elle disoit cela pour faire en sorte qu'Ulysse, qui étoit tout nu, eût quelques habits, et parût honnêtement devant Alcinoûs; car elle lui dit de laver aussi les habits de ses frères qui la doivent mener aux noces. Aussitôt Minerve s'en retourne au ciel erapyrée , qu'Homère décrit ainsi :

'Ave'êri -^laM-x-Mizi:; AOr.vr;

OuXv)[X7:6vô', Ô6i cpaai Ôswv eSoç àaçaXèç alel *E[X[X£vai • oux' âvéjj.oici TivâccreTai , oute tcot' o(j,êp(p ileuerai, ours yitùv ÈTriTïiXvatat • àXXà [mV aïGpy) IlÉTTTaTa'. àvÉçeXoç, Xeuxiq ô' è7i:tÔ£opo[ji,ev aiyXï] • Ta) ev, TÉpuovTai u.àxapsç 6eoi ■Jîfji.aTa uàvxa.

Aussitôt l'Aurore paroît dans son beau char èOôpovoç. Nausicaa admire son songe , et pour l'exécuter elle vient trouver sa mère et son père: l'une étoit auprès du feu avec ses servantes, et l'autre s'en alloit à l'assemblée avec les principaux des Phéaciens. Dès qu'elle le voit , elle lui tient ce discours , qui est tout à fait naïf et propre à une jeune fille. Elle l'appelle son papa quoiqu'elle fût déjà à marier.

IlaTtTïa (pt).', oùx àv Sv) jj,oi èçoTiXio-crsiaç aTcrivYiv 'rt|;r,),yjv , euxuxXov .... ;

Il semble qu'elle commande , mais il faut imputer cela à l'affection des pères pour leurs enfans. Elle lui dit donc : Vous voulez que vos habits soient bien propres quand vous paroissez en public. Tout de même j'ai cinq frères qui sont bien aises quand ils vont au bal d'avcir des habits honnêtes; j'ai soin de tout cela, dit-elle, car elle n'ose pas nommer le nom du mariage.

"Oç eopax' • a'ioexo yàp ôaXepèv yàp-ov è^ovotx^vai IlaTpi œî/to- ô ôà Tiàvxa v6ei. . . .

Mais il se douta bien de tout, et commanda qu'on lui attelât un chariot, ce qui est exécuté, et sa mère lui met des viandes dans une corbeille et du vin dans une peau de chèvre ; et lui donne aussi de l'huile dans une lampe d'or, afin qu'elle se frottât elle et ses servantes. Elle monte sur le chariot, prend les rênes et le fouet, ses mulets courent aussitôt , et elle arrive aux bains où ses servantes laissent paître les chevaux le long du rivage. Cependant elles lavent tous leurs habits dans le bain qui étoit de l'eau du fleuve, et après les étendent au soleil sur le gravier du rivage. Elles se lavunt et se frottent d'huile , et dînent ensuite. Après elles jouent à la balle;

Page 1