‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 128 sur 170 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

tout l'embellissement d'Énée aux cheveux, au teint du visage et à l'éclat des yeux , au lieu qu'Homère se contente de dire qu'Ulysse parut plus grand et plus gros , et que ses cheveux descendirent sur sa tête. Il est vrai qu'il dit après : xà>.).£Ï xal xàpiG^ cjt0.6wv. Virgile finit comme Homère :

Obslupuit primo iispeclu Sidonia Dido.

Mais ici Nausicaa dit à ses servantes : Ce n'est point contre la volonté des dieux que cet étranger est venu ici. D'abord il paroissoit comme homme de néant, mais maintenant il est beau comme un dieu. Ah! plût à Dieu que j'eusse un mari comme lui! ou bien, plût à Dieu que je le pusse appeler mon mari , et qu'il voulût demeurer ici ! mais donnez -lui à boire 'et à manger : ce qu'elles font, et Ulysse mange avec avidité, àpr.où.écoz; car il n'avoit pas mangé de longtemps. Cependant Nausicaa replie tous ses habits et se prépare à s'en aller. Elle monte à son chariot, et dit à Ulysse qu'il la suive. Tant que nous serons dans la campagne , venez derrière mon chariot avec mes femmes; mais lorsque nous arriverons près du port, où le peuple tient son assemblée sur de grandes pierres cavées exprès, et où l'on travaille à l'équipage des vaisseaux (car c'est là .oute leur étude , et les Phéaques ne s'appliquent point à l'arc ni au :arquois, mais seulement aux voiles et aux rames) , j'appréhende ieur médisance cruelle, car le peuple est insolent; et peut-être que quelqu'un d'eux diroit méchamment : Qui est ce bel et grand étranger qui suit Nausicaa? Où l'a-t-elle trouvé? Sans doute qu'il sera son mari. Ne l'a-t-elIe point sauvé de quelque naufrage ? Ou bien , n'est-ce point quelque dieu qui lui sera venu du ciel durant qu'elle faisoit ses prières? Et elle l'aura toute sa vie pour mari : aussi bien méprise-t-elle tous ceux de ce pays qui la recherchent en grand nombre, et tous fort nobles. On voit là une peinture admirable des discours d'une populace qui s'ingère dans toutes les actions des grands.

Aussi Nausicaa dit-elle qu'elle fuit ces bruits-là: et cemeseroient des outrages , dit-elle , car je trouverois moi-même fort mauvais qu'une fille fréquentât des hommes sans le consentement de son père et de sa mère , devant qu'être mariée publiquement. C'est pourquoi nous trouverons sur notre chemin l'agréable boisdePallas où est la métairie et les beaux jardins de mon père; demeurez-y jusqu'à ce que je sois arrivée dans la ville et au palais de mon père , et quand vous jugerez que nous y sommes , entrez dans la ville et demandez le logis de mon père ; il est aisé à connoîtrc , et un enfant vous y mèneroit, car il n'y en a point de pareil dans l'île des Phéaques. Quand vous serez entré , avancez-vous dans la salle , où vous trouverez ma mère assise près du feu contre un pilier où eue rvAci>E m 2?)

file des laines de pourpre avec ses femmes. Vous y verrez mon père qui est auprès d'elle dans son trône.

Tô) oYE olvoTiotâÇei £OYiu.evoç, àGàvatoç &c.

Mais passez-le, et allez embrasser les genoux de ma mère, et assurez-vous que si elle vous veut une fois du bien, vous reverrez vos amis et voire maison, si loin que vous en soyez. Cela dit, elle fouette ses mulets , qui courent et plient les jambes adroitement.

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Mais elle les gouvernoit sagement, afm que ses femmes et Ulysse la pussent suivre, et les fouettoit avec art. vocp 6' ÈTTsêaAÀcv iM-àaôXrjV.

Le soleil se couche et ils arrivent au bois sacré de Pallas, où Ulysse inroque la déesse et lui reproche de l'avoir abandonné.

Aoç fj,' êç ^aiYjîcaç çiXov sXôeîv rjô' âXeeivov.

Elle l'exauce , mais elle n'ose pas se découvrir à lui , aiôexo y»? pa TîarpoxaaÎYvyiTov , qui étoit grandement irrité contre lui.

LIYREVII.

Nausicaa arrive à la maison de son père, et ses frères viennent à l'entour d'elle et détachent ses mulets , et la nourrice lui allume du feu. Cependant Pallas a soin d'Ulysse , et afin que personne ne le voie et ne l'importune par des injures ou par des interrogations hors de saison, elle répand autour de lui un nuage épais. C'est ce que Virgile a imité au livre I de V Enéide, où Vénus en fait autant à Ënée. Et il l'a encore imité en faisant venir Vénus au-devant d'Énée pour lui apprendre des nouvelles de Carlhage, comme ici Homère fait que Pallas vient à la rencontre d'Ulysse sous la figure d'une jeune fille qui porte une cruche d'eau Ulysse lui demanda : Mon enfant, ne sauriez-vous menseigner la maison d'Alcinoiis?— Oui, ditelle, étranger, mon père, je vous la puis bien montrer, car le logis de mon père est tout contre. 11 ne se peut rien de plus beau que la justesse et Texactilude d'Homère; il fait parler tous ses personnages a\'^c une certaine propriété qui ne se trouve point ailleurs, car on diroit qu'il diversifie son style à chaque endroit, tant il garde bien le caractère des gens. Ulysse, par exemple, parle simplement à cette jeune fille, et cette fille lui répond avec naïveté. En d'autres endroits, Ulysse et les autres parlent en héros, et ainsi du reste. Pallas lui dit donc qu'elle le mènera ; Mais allez , dit-elle , sans rien

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