‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 140 sur 170 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

chère; car ils avoient encore beaucoup de vin de réserve qu'ils avoient pris au pillage d'Ismare, ville des Cicons. Il jette la vue sur l'île des Cyclopes. il voit la fumée qui en sort, et il entend le bruit des chèvres et des brebis. Il attend encore la nuit et le lendemain au matin, et il fait demeurer là le reste de ses vaisseaux, et s'en va avec le sien pour voir qui sont les habitans de cette île. Quand ils sont arrivés au bord, ils voient une grande grotte ombragée de lauriers, et là dorraoient grand nombre de brebis et de chèvres, et en tenant de cette grotte étoit bâtie une espèce de grande salle où étoit couché un homme prodigieusement grand, lequel habitoit loin du voisinage des autres, car il étoit fort méchant : et c'étoit une chose étrange combien il étoit grand, et il ne ressembloit pas à un homme qui mange du pain, c'est-à-dire à un homme commun, àvSpi v£ aiTo^âyo), mais plutôt à une haute montagne séparée des autres. Ulysse commande à ses gens de l'attendre, et en ayant pris douze avec lui, il s'y en alla après avoir pris un vaisseau de vin noir, jjL£>.avoç, et fort délicieux, que lui avoit donné Maron, prêtre d'Apollon, à cause qu'il avoit sauvé lui, sa femme et ses enfans: car il demeuroit à Ismare, dans un bois sacré à Apollon. Il fit de beaux présens à Ulysse, sept talens d"or travaillé, une coupe d'argent, et douze vaisseaux d'un vin doux et sans mélange, ou incorruptible,

'Houv, àxTipàcriov^ ôeûv tîotôv.

Et pas un de ses valets ni de ses servantes ne savoit qu'il l'eût; eî il n'y avoit que lui.

'A)>X' aÙTOç àXoxo; ts ç''Xr) , Ta|jL(r, ts {jli' oit].

Et ce vin-là etoit si puissant qu'on y mettoit vingt mesures d'eau , sur une de vin,

Tàv 6' ÔT£ Tivotsv [Lz)ir,oioL oîvov souSpov, "Ev oÉTza? ea'jTÀTiffa;, uoaTOç àvà er/.ocri txsTpa XeO'* oo|xti ô' r,ocïa àiîô xpr,Tï;poç oocôôsi, QtGTZzait] ' tôt' av outoi àTrocryecôai cîXov r,£v.

Et Pline dit que ce n'est point une fable, liv. XIV, ch. iv : Durât etiamviseadem in terra generi vigorque indomitus. Qwippe cum Mutianus ter consul (c'est sans doute ce grand capitaine qui fit Vespasien empereur) ex his qui nuperrime prodidere sextarios singulos ocionis aquœ misceri compcrerit pr.Tsens in eo tractu; esse autem colore nigrum^ odoratum vetuslate pinguescere (et on l'appeloit vinum maroneum], Vino anliquissima claritas maronco. Kt il ajoute qu'Aristée fut le premier, en ce pays-là, voisin de la Thrace, qui mêla le miel avec le vin, suavitate prxcipue utriusque naturœ sponte pro-

venienlis. Cela montre qu'Homère n'a rien dit sans fondement; et on voit bien qu'il éloit instruit de tout ce qu'il y a ds beau dans la nature. Ulysse prit donc un petit vaisseau avec quelques vivres , et son courage l'excita à aller trouver cet homme.

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Ils entrèrent dans l'antre de ce Cyclope , et ils ne le trouvèrent pas. Homère ne dit pas son nom; mais les autres poètes, comme Théocrite, Virgile et Ovide, l'ont appelé Polyphème. Ils trouvèrent dans son antre des vaisseaux tout pleins de lait, et les étables remplies d'agneau--:, de cabris, séparés les uns des autres: les jeunes agneaux à part, les plus jeunes ailleurs , et en un autre endroit ceux qui ne faisoient que de naître. On voyoit nager le lait clair sur tous les vases ; et tous ceux qui servoient à traire le lait étoient tout prêts. Les compagnons d'Ulysse le prioient bien fort de prendre force fromages , et de chasser dans leurs vaisseaux tout ce qu'ils pourroient d'agneaux et de cabris; et il eût bien fait.

OOô' âp' ë(j,£),X' ETapoiai çavelç èpaxeivô; easaôat.

Ils s'amusèrent donc à manger quelques fromages en attendant ; et il vint bientôt portant une charge de bois qu'il jeta à la porte pour faire cuire son souper. Ce bois fît grand bruit en tombant , et ils se retirèrent tout eflrayés jusqu'au fond de l'antre. Le Cyclope fit entrer toutes les chèvres et les brebis pour tirer le lait , et laissa les mâles à la porte. Et étant entré, il ferma son antre avec une pierre si grosse que vingt-deux chariots à quatre roues ne l'auroient jamais pu bouger de là; et il dit un peu après que cette hoUe fermoit son antre comme qui fermeroit un carquois ou un étui de son couvercle.

ïôo-cryiv yj^îgatov TisTpviv è7îé8r]X£ 6ijpY]criv.

Et s étant assis,

navra xarà [xotpav xac tjti' e^.Spuov rjvcev éxaatr].

Après quoi il fit prendre avec la présure la moitié de son lait , et le mit bien proprement sur des claies d'osier, et mit le reste dans des pots pour boire à son souper.

Homère a voulu décrire le ménage des champs en la personne du Cyclope . et tous les poètes l'ont suivi en faisant un berger de Polyphème . témoin la belle églogue de Théocrite , qu'Ovide a copiée dans le treizième livre de ses Métamorphoses. Après qu'il eut ainsi

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