‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 141 sur 170 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

tout disposé , il alluma du feu , et vit Ulysse et ses compagnons, et leur demanda qui ils étoient, si c'étoient des marchands ou des pirates. Dès qu'ils l'ouïrent, ils pensèrent mourir de peur à l'effroyable ton de sa voix,

Act7àvT0)v çOôyYov te ^apiv aÙTov Te ■jréXtopov.

Ulysse pourtant lui répondit qu'ils étoient Grecs et soldats d'Agamemnon , dont la gloire étoit répandue partout.

ToffoYiv yàp ôiÉTtepae uoXtv, xat àiz^yAtat Xaouç IIûXXûu;.

Et il le prie au nom de Jupiter, vengeur des supplians et des étrangers, d'avoir pitié d'eux en leur donnant quelque chose, et de respecter les dieux. Le Cyclope lui répondit : Vous êtes bien sot, mon ami , et vous venez de bien loin , puisque vous me dites de craindre ou de respecter les dieux.

NrjTîtôç el:, o) ^etv', r, rr,À69£v £lXr,),o'j9ac,

car les Cyclopes ne se soucient point de votre Jupiter , nourri d'une chèvre, ni de tous les dieux; car nous valons bien plus qu'eux, et je ne t'épargnerai ni toi ni les tiens, en considération de Jupiter, si ce n'est que je le fasse de mon bon gré. Mais dis-moi si tu as ici près quelque vaisseau.

"ilç oâro Tze'.oâ^tji'j ' eas ô' où Xâôsv eioôta uoXXà.

Et il lui répondit que son vaisseau s'étoit échoué contre leur île. A cela, cette âme farouche ne répondit rien, et il jeta les mains sur deux de ses compagnons , qu'il brisa contre terre commue de petits chiens; la cervelle couloit par terre et la rendoit humide : et. les ayant coupés par morceaux, il les apprêta pour son souper, et les dévora comme un lion nourri sur les montagnes , mangeant tout jusqu'aux intestins, les chairs et la moelle des os,

'Hjj-eïç oà y.XaiovTE; àv£(î-y£6o[xev Ad veïpa; , IXÉTXia épy' ôpôœvTcç* à'j.r,yav(ri o' iyz ôup-ôv.

Et après qu'il eut rempli scn grand ventre , (xeyàXçv èixTt/.rjcs-aTo v/lSùv, de chair humaine et de lait qu'il buvoit par-dessus , il se coucha tout de son long parmi ses brebis, et s'endormit. Ulysse eut envie de lui fourrer son épée dans le cœur,

Oùrâij.Evai lûpô; ctvqOo:, 061 ^pive; ^îiap ix°^'^^''> Xeïp' èuijxacyo-âixsvo.'*

c'est-à-dire de la fourrer jusqu'aux gardes dans un si grand corps; mais il songea que s'il le tuoit ils fussent aussi bien morts là dedans, leur étant impossible de reculer cette horrible pierre qui bouchoit l'antre. Ils attendirent donc en gémissant le retour du jour; et quand il fut vena, le Cyclope fit de même que le soir, et prit aussi deux des compagnons d'Ulysse pour son dîner, après lequel il mena paître son troupeau et ferma sa caverne. Ulysse demeura là.

y.axà pu(7(7o5o[j.£uo)V,

Et TTCoç Ti(j(7aiu.riv, Soir] Ôs aoi euycç 'Aèrjvri.

Il aperçut contre la muraille une grande branche d'olivier que le Cyclope avoit coupée pour en faire son bâton quand elle seroit sèche. Elle étoit aussi grande que le mât d'un vaisseau chargé, à vingt rames. Il en coupa la longueur d'une toise qu'il donna à ses compagnons pour l'amenuiser par le bout, et la mit après dans le feu pour la mieux ajuster. Ensuite de quoi il la cacha sous le fumier, qui était là en grande abondance. Il jeta au sort pour prendre quatre de ses compagnons qui l'aidassent à lui crever l'œil quand il dormiroit, et le sort tomba sur ceux qu'il eût voulu choisir luimême. Sur le soir , le Cyclope revient et fait rentrer dans son antre tout son troupeau, mâles et femelles, soit qu'il le fît exprès, ou que Dieu le voulût ainsi. Homère prépare une invention pour faire sortir Ulysse. Et après qu'il eut fermé encore son antre, et fait le reste à son ordinaire, il prit encore deux des compagnons d'Ulysse. A ce compte-là, il y en eut six de mangés, et il n'en restoit plus que six autres avec Ulysse. Cependant Virgile n'en compte que deux, et mal ce me semble, car Homère en compte trois fois deux, au souper du premier jour, et au dîner et au souper du lendemain. C'est au troisième livre de V Enéide, où il imite parfaitement Homère. Ovide en parle, en passant, au quatorzième livre des Métamorphoses. Enfin. Ulysse, tenant une coupe pleine de ce vin délicieux, lui dit :

KOxXwil», T^ , Tiie oïvov.

Je crois que de ce mot de tî] , qui signifie prend, vient le même mot que nous disions aux chiens. Voyez, lui dit-il, quel vin étoit dans notre vaisseau. Je vous en donnerai encore un coup afin que vous me renvoyiez.

G'j ôï pi.a[veai oOxéx' àvexTÛç.

Comment voulez -vous que personne vous vienne jamais voir « puisque vous êtes si cruel? Il prit le vin et le but.

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