‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 146 sur 170 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Et elle fit venir son mari à sa place , lequel leur préparoit un fort mauvais traitement: car d'abord qu'il les vit il en prit un pour son souper, et les deux autres s'en coururent de toute leur force vers leur ^>aisseau. Antiphates appela les autres citoyens, qui vinrent en grand nombre, plus semblables à des géans qu'à des hommes; et, prenant de grosses pierres, ils vinrent^Jondre sur leurs navires : et alors il tomba dessus une grêle horrible , et il s'éleva un grand fracas d'hommes qui périssoient et de vaisseaux qui se brisoient; et embrochant les hommes comme des poissons, ils se les gardoient pour leur souper. Ulysse, tirant son épée, coupa le câble de son vaisseau , et faisant ramer ses compagnons s'éloigna au plus vite.

'A(77rac»ia); S' è; ttovtov è7tY)pe<péaç ouye TcÉxpa- Nr,ùi; è\}.r, ' œjxàp al àXXai âoî.Xéeç aOxôô' ô).ovto.

Mais tous les autres périrent. Il s'en alla donc bien marri de la perte de ses compagnons, mais bien aise d'avoir évité la mort.

n).éo[;.ev, àxa/riaEvoi f,Top,

'Affixsvoi èv. GavctToio, çiXou; cXéffavTEç éta-'ocu?.

Il arriva à l'île Œée, autrement dite île de Circé. Pline dit que cetoit autrefois une île, mais que la mer s'étant retirée elle avoit été attachée à la terre ferme. Circé étoit fille du Soleil et de Per sée, et sœur d'Œtas, roi de Colchos et père de Médée, aussi grande enchanteresse que Circé. Cette ville est dans la Campanie, et les Latins l'appeloient Circes domus. Ulysse demeura deux jours au port de cette île, fort affligé à son ordinaire: et le troisième, pren^t sa javeline et son épée , il alla faire la découverte de l'île. Il monta sur un tertre vert, d'où il vit sortir de la fumée au travers des arbres, et il s'en retourna vers son vaisseau pour y envoyer quelques-uns de ses compagnons après le dîner; et en chemin quelque dieu eut pitié de lui. Il envoya devers lui un grand cerf, \jiii/.tç)(jiv , qui sortoit d'un bois pour venir boire à un fleuve , car il se sentoit pris de la chaleur du soleil,

Ay) -{ÔLp (l'.v l'/tv {xévo; fjeXfoio.

Il le frappa de sa javeline sur l'épine du dos, et elle entra bien avant. Il tomba sur la poussière en gémissant.

KàS ô' luea' èv xovîipffi (laxwv, àizb 5' lutaTc Oujjioç.

Ulysse retira sa javeline de la plaie, et, l'ayant mise à terre, il coupa des branches d'osier, et ayant fait un lien d'une aune de long, il en lia le cerf par les pieds; et il descendit vers son vais-

seau, le ti"Muant sur ses épaules, et s'appuyant sur sa javeline : car cétoit, dit-il, une fort puissante bête; et l'ayant jeté devant son vaisseau , il appela son compagnon , et leur parla à chacun avec des paroles fort caressantes. Mes amis , nous ne mourrons pas encore cette fois-ci, jusqu'à ce que le jour destiné arrive; mais, courage , tandis que nous avons des vivres , ne nous laissons pas mourir de faim.

Ils sortirent sur le rivage , et admirèrent ce beau cerf,

MàXa yàp (xéya 6ripiov y;ev.

Aùràp ÈTCei Tâpu'iQO'av ôp(o(X£voi ô»6aÀ{j.otciv.

Ils lavèrent les mains , et se mirent à manger et à boire jusqu'au soir; et quand le soleil fut couché, ils s'endormirent sur le rivage. Le matin Ulysse les assembla , et leur dit :

'O cpiXoi, où yàp t' tô(xev otty) Coçoç, oOS' ôuy] vjwç ^ Oùô' ÔTVï) YjAio; cpaecyiixêpoToç eTa' Ouo yaïav, OOô' OTzy] àwsixat.

Et il leur dit qu'il faut de nécessité aller voir en quel pays ils sont,

Totaiv Se xaTexXà(T0Yi oiXov rixop,

se souvenant de la barbarie d'Antiphates et du Cyclope, et ils pleuroieiit tous amèrement; mais cela ne servoit de rien.

!^>.X' où yàp Tiç 7ipf,^tç èytyvETO aupou-svotcTiv.

Il divisa ses compagnons en deux bandes, et il étoit le chef de l'une, et Eiirylochus de l'autre. Il jeta le sort de chacun dans un casque , et celui d'Eurylochus vint : il s'en alla donc avec vingt-deux autres , tout en pleurant , et laissant les autres qui pleuroient aussi de leur côté. Ils trouvèrent la maison de Circé dans un vallon, bien bâtie, et dans un lieu assez éminent, ou bien dans un lieu avantageux. Elle étoit environnée de loups champêtres et de lions, qu'elle avoit apprivoisés par des breuvages malfaisans. Ces loups et ces lions n'étoient pas hommes métamorphosés , mais des loups en effet , èp£(7Tepoi , sauvages , qu'elle avoit rendus privés ; et ils ne se ruèrent point sur les gens d'Ulysse , mais ils vinrent au-devant d'eux en les caressant de leurs longues queues, tout de même que des chiens caressent leur maître quand il revient de quelque festin , car il leur apporte d'ordinaire quelques friandises : ainsi ces loups et ces lions les caressoient.

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