‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 147 sur 170 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

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Et ils eurent pear, voyant de si grosses bêtes. Ils vinrent à la porte de cette déesse aux beaux cheveux ; et ils l'entendirent qui chantoit : voyez au cinquième livre. Polites , le meilleur et le plus sage des amis d'Ulysse , dit aux autres que c'étoit quelque fenmie ou quelque déesse qui chantoit, et qu'il falloit appeler au plus vite; ce qu'ils firent : et Gircé leur vint ouvrir la porte, et les pria d'entrer, ils la suivirent tous imprudemment, excepté Eurylochus. qti demeura à la porte , soupçonnant quelque trahison. En effet , d'abord qu'ils furent entrés , elle les fit asseoir sur de beaux sièges , et leur fit un mélange de fromage . de farine , de miel frais et de vin , et mêla dans le pain des venins malfaisans , afin qu'ils oubliassent leur pays. Homère, ce semble, ne fait pas mettre le poison de Gircé dans les breuvages , mais dans le pain, àvé\i.:(syt 8è (TiTto 4>àp[jLaxoc >.uYp'. Ovide , au contraire , qui , au reste , a suivi Homère mot à mot . lui fait mettre ce suc empoisonné dans le breuvage , au quatorzième livre des Métamorphoses. Homère nomme ici le vin Pram • nien, qui étoit encore fameux du temps de Pline, et qui naissoit à l'entour de Smyrne , dans l'Asie. Après donc qu'elle leur eût donné à boire , elle les frappa d'une baguette , et les renferma dans un toit à cochon ; et ils prirent tous la figure de cochon , la tète , la voix , le corps et le poil. Néanmoins leur esprit étoit toujours ferme et ectier comme auparavant ,

.... tt'jTàp voû; Tjv l[jLue5oç, ù)ç TO Tcàpoç uep.

Ceux qui se sont mêlés d'expliquer les fables ont dit que cette métamorphose des compagnons d'Ulysse en cochons signifioit que ces gens-là , s'étant abandonnés au vin et à la bonne chère , étoient devenus comme des cochons. Cependant cela ne revient pas bien au sens d'Homère , qui dit que leur esprit étoit aussi entier qu'auparavant ; car il est bien certain que l'ivrognerie et la crapule gâtent l'esprit tout le premier : et on peut dire des gens qui y sont adonnés que ce sont des cochons sous la figure humaine : au lieu que ceux-ci étoient des hommes sous la figure de cochons. Néanmoins tout le monde l'entend en ce sens-là; et Horace, parlant d'Ulysse .

Sircnurn voces et Circes pocula nosii, Ou» si cum sociis slukus cupidusque bibisset Sub domina merelrice luisset lurpis et excors, Vixisscl canis immundus, vel arnica lulo sus.

Elle leur donne donc des glands à manger , et autres telles viaades propres aux cochons.

RACINE m 25

.... oîa (Tueç xajiateuvdôeç alèv ISoucriv.

Euryloclius, qui avoit été sage, s'en vint droit à Ulysse pour lut apporter la nouvelle; mais il ne pouvoit parler, de tristesse.

Kyjp &yj.ï (j-eyocAfi) pséoXyijjLÉvoç • èv 6e ol ôaaô Aaxgj^ôçiv TiifjLuXavTO, yôov ô' wuto 6v)i/.6ç.

Il lui conte donc comme ses compagnons sont tous entrés , et qu'il n'en est pas sorti un seul. Ulysse prend son épée, et dit à Eurylochus de le conduire. Euryloclius se jette à ses pieds, et le prie de n'y point aller, parce qu'il n'en reviendra point. Ulysse lui dit qu'il demeure donc à boire et à manger ; mais que pour lui il est obligé d'y aller.

..... xpatepy] ôé \t.oi eTtXsT' àvdcYxy].

Assez près de la maison de Circé il rencontre Mercure à la verge d'or, xpuo-oppaTviç, ressemblant à un jeune homme à qui le poil ne fait que de naître.

TOÙTrep xapieff^aTYi riêr].

Mercure l'arrête et lui apprend l'état de ses compagnons ; et , alin qu'il n'y tombe pas . il lui donne un remède puissant pour r^idre inutiles les breuvages de Circé. C'est une herbe que Mercure arrache de la terre et en montre la nature à Ulysse.

'Pdjig fj-àv (léXav laxe, yàXaxTi ôà eweXov «v6oc.

Les dieux, dit-il, l'appellent moZy ; elle est difficile à déraciner aux hommes, mais tout est possible aux dieux. Pline, au liv. XXV, chap. IV, l'appelle laudatissimam herharum. Il dit qu'elle croissoit vers la montagne de Gyllène, en Arcadie, radice rotunda nigraque, magnitudine cœpœ^ folio scyllue, effodi autera difficulter. Les Grecs dépeignent la fleur noire, quoique Homère la décrive blanche. Quelques médecins croient qu'il en vient aussi dans la Gampanie; et Pline dit qu'on lui en avoit apporté une sèche , qu'on avoit trouvée dans la Carapanie , et que sa racine étoit de trente pieds de long. Il dit en un autre endroit qu'elle est excellente contre la magie. Mercure la donne donc à Ulysse, et lui dit que quand, après avoir mangé , Circé lui donnera un coup de sa baguette , il tire son épée comme pour la tuer-, et alors, dit-il, elle aura peur et vous invitera à coucher avec elle. Cela montre que pour surmonter la volupté il faut du courage et de la tempérance; car Socrate entend cette vertu pai' l'herbe moly. Mercure dit à Ulysse qu'il ne refuse point de coucher avec elle, afin d'obtenir la délivrance de ses com-

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