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plaintes que les religieuses des Champs pourroient faire contre la lésion qu'elles souffroient dans un partage si inégal. L'arrêt leur fut signifié (7 juin 1669) par ordre exprès du roi, et elles n'eurent d'autre parti à prendre que celui de la soumission et du silence. Le tout fut enregistré au Parlement, et Sa Majesté se chargea de le faire approuver à Rome.
a On ne sait pas en quel état sont maintenant les revenus de la maison de Paris : ce qu'on peut dire, c'est qu'ayant toujours eu la liberté de recevoir des pensionnaires et des novices . les biens de cette maison auroient dû considérablement augmenter
« Il n'en est pas de même des religieuses des Champs. Il y a dixsept ans qu'on leur donna ordre de renvoyer leurs novices et leurs pensionnaires, et qu'on leur fit défendre de recevoir des novices»^ jusqu'à ce qu'elles fussent réduites à cinquante professes du chœur. Ainsi leur communauté n'ayant reçu aucun nouveau secours depuis» ce temps-là, il n'est pas étrange que leurs revenus soient diminués, comme ils le sont en effet, d'autant plus qu'il leur a fallu emprunter plu3 de quarante mille livres pour les seuls amortissemens qu'elles ont été obligées de payer.
«Quoi qu'il en soit, il est aisé de justifier qu'en déduisant les charges à quoi elles sont tenues, leur revenu ne monte pas présentement à plus de neuf mille cinq cents livres , sans y comprendre deux fermes qu'elles font valoir par leurs mains, et qui coûtent autant que le produit qui en revient , à cause de la mauvaise qualité des te-'res.
a Sur cette somme il faut qu'elles vivent . et elles sont encore quarante religieuses du chœur et quatorze converses. Il leur faut de plus nourrir et entretenir quantité de filles qu'elles sont obligées de prendre pour leur aider à faire les ouvrages nécessaires de la maison. Comme elles sont la plupart âgées et infirmes, elles ne peuvent plus guère faire autre chose que de vaquer à l'office du chœur, qu'elles n'ont point encore interrompu , non plus que les veilles devant le saint sacrement. Au lieu qu'autrefois les ecclésiastiques, les médecins, et les autres personnes qui desservoient leur maison, Dien loin de leur être à charge , leur payoient même pension la plupart, il faut qu'elles payent aujourd'hui tous ceux qui les servent. il y a plus de cinq ans qu'elles n'ont chez elles ni médecin ni chirurgien, se contentant d'envoyer chercher du secours, ou à Paris ou ailleurs, le plus rarement qu'elles peuvent, et dans leurs plus pressantes nécessités. Ajoutez à cela le grand nombre de bâtimens et fermes qu'elles sont obligées d'entretenir et ceux qu'elles ont été obligées de faire construire au dedans de leur maison, qui ne suffisoit pas pour loger un si grand nombre de religieuses.
« C'est à monseigneur l'archevêque à juger si. étant chargées de tant de dépenses inévitables , on peut retrancher sur un revenu si
modique sans les réduire à la dernière nécessité. Elles ont lieu d'espérer que , s'il n'est pas en état de leur faire le bien que sa charité voudroit peut-être leur faire, du moins il ne voudroit pas achever de les accabler : Arundinem quassatam non confringet et lirium fu migans non exstinguet. »
Ce mémoire produisit donc l'effet qu'on en espéroit, ainsi qu'on l'a dit plus haut, page 114. Le roi ayant chargé l'archevêque de nommer des commissaires pour examiner les revenus des deux maisons, ces commissaires en font conjointement la visite, dressent leurs procès-verbaux au mois de mars 1697, et les présentent à l'archevêque. Celui-ci fait son rapport au roi, qui juge les prétentions des religieuses de Port-Royal de Paris mal fondées , et n'y a aucun égard. Les choses en restent là jusqu'en 1702. Elles font assigner au mois de juillet de cette année les religieuses de Port- Royal des Champs au grand conseil, pour les obliger de leur remettre tous leurs titres, papiers, etc.. et à se contenter d'une pension viagère de deux cents li\Tes ; mais elles sont encore débou tées de leur demande , et condamnées aux dépens , par arrêt rendu à l'audience du 22 février 1703. Ces moyens sont donc insuffisans pour parvenir à la destruction de la maison des Champs ; mais on en emploie d'autres qui réussissent, comme on le verra par la suite. Reprenons noire récit à l'année 1702.
On s'avise à cette époque de proposer en Sorbonne un cas de conscience, qui consiste à savoir si l'ecclésiastique qui ne croit pas à un fait contenu dans une constitution apostolique peut , lors de son adhésion à cette constitution , faire une restriction mentale , et si un silence respectueux sur le fait est une soumission suffisante. Quarante docteurs décident pour l'affirmative ; d'autre part on crie au jansénisme. Le cardinal de Noailles exige que ces docteurs se rétractent. On dispute de nouveau, et la guerre recommence.
A l'instigation de Godet Desraarais . évêque de Chartres , le roi sollicite de Clément XI une bulle qui prononce sur la suffisance ou l'insuffisance du silence respectueux à l'égard des points de fait renfermés dans les Constitutions apostoliques. Le 15 juillet 1705, Clément XI donne sa bulle commençant par ces mots : Vineam Domini Sahaoth; mais, fidèle au système de la cour de Rome, il se garde bien de distinguer les points de foi d'avec ceux qui ne sont que de fait, quoique cette distinction fût le pivot sur lequel rouloient, depuis cinquante ans, ces querelles théologiques.
La bulle fut publiée en France ; mais le pape ni les évêques n'en ordonnèrent la signature. Toutefois le cardinal de Noailles exige celle des religieuses de Port-Royal. Celles-ci se soumettent à l'ordre de leur archevêque , en ajoutant seulement cette réserve : « Sans déroger à ce qui s'est passé à notre égard à la paix de l'Église sou» Clément IX. » Cette clause déplut à la cour de France, mais ne fut
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point désapprouvée par celle de Rome , malgré toutes les intrigues
qu'on y fit jouer.
Au défaut des foudres de l'Église, on recourut donc aux coups d'autorité. En avril 1706, on signifie aux religieuses un arrêt du conseil portant défense de recevoir des novices, défense sous laquelle ces religieuses gémissoient depuis vingt-sept ans, quoique jusque-là elle n'eût été que verbale.
Dans ce même mois meurt leur abbesse , Elisabeth de Sainte- Amie Boulard, qui avoit succédé à la mère Agnès de Sainte-Thècle I Racine. Les religieuses sollicitent vainement de leur archevêque la / permission de procéder à l'élection d'une autre abbesse.
Enfin on se prépare à porter les derniers coups. Le Port-Royal de Paris demande la révocation de l'arrêt de partage de 1669, la suppression de l'abbaye des Champs, et la réunion de tous ses biens à la maison de Paris. Le conseiller d'État Voysin est commis par le roi pour prendre connoissance de l'état temporel des deux maisons, mais la séparation des deux abbayes avoit été faite avec le concours de la puissance ecclésiastique. On recourt donc au pape; on sollicite une bulle , et on la sollicite de la part du roi. Elle est accordée le 27 mars 1708.
Vainement les malheureuses victimes adressent leurs réclamations au cardinal de Noailles', au cardinal d'Estrées^, au nonce, au pape, au roi, au Parlement. Leur perte, jurée depuis soixante ans, est consommée le 15 décembre 1708, par l'enregistrement des lettres patentes rendues sur la bulle qui autorisoit la suppression. En conséquence le cardinal de Noailles fait procéder à l'enquête de commodo et incommodo. Les témoins entendus dans cette information sont les curés de quelques paroisses voisines, tout prêts à régler leur témoignage sur les intentions de leur archevêque. Le décret de suppression de l'abbaye de Port-Royal des Champs et de réunion de ses biens à l'abbaye de Paris est rendu le 11 juillet 1709. Les religieuses des Champs appellent de ce décret à la primatie de Lyon; l'official refuse de recevoir leur appel. Elles se pourvoient au Parlement par appel comme d'abus de ce déni de justice. La cour craignit les suites du procès qui alloit s'engager au Parlement sur cet appel ; elle eut recours à des voies plus promptes et plus efficaces.
Le samedi 26 octobre 1709, le conseil du roi rend un arrêt qui ordonne la perquisition de tous les papiers qui se trouvent à Port- Royal, la saisie et transport de tout le mobilier, et enfin l'enlèvement des religieuses et leur dispersion dans difl'érentes maisons hors