Archevêque de Paris
2. Longtemps ambassadeur à Rome, chargé depuis son retour en France, de se mêler des affaires de la Couslilulion, le cardinal d'Estrées avait pris courageusement le parti des opprimés.
du diocèse de Paris ; le tout , dit l'arrêt , pour des raisons mûrement délibérées , et pour le bien de l'État.
Le mardi suivant 29, le lieutenant de police d'Argenson, muni de cet arrêt , porteur de vingt-deux lettres de cachet , accompagné de deux commissaires du Châtelet et d'un greffier, escorté du prévôt de la maréchaussée et de trois cents archers , se transporte , à sept heures du matin , au couvent de Port-Royal. Il investit la maison , s'empare des portes , consigne les domestiques , se fait d'abord remettre les titres et tous les papiers, pose des scellés partout, et, quand cette première partie de sa commission est remplie, il annonce aux religieuses les autres ordres dont il est chargé. Elles étoient en tout quinze religieuses du chœur , y compris la prieure , et sept converses. Sans résistance, sans protestations, sans murmures , toutes se résignent à leur sort en récitant leur office accoutumé au milieu des archers qui les conduisent. Il y en avoit quelques-unes si vieilles et si infirmes qu'on ne put les transporter que sur des litières. Elles furent conduites chacune dans autant de maisons différentes, à Nevers, Autun, Moncénis, Rouen, Amiens, Compiègne , Blois, Chartres , etc. , afin qu'il n'en restât pas deux réunies pour se consoler ensemble.
Quand elles sont toutes en marche , d'Argenson envoie un courrier à la cour pour annoncer le succès de son expédition.
Un mois après, l'abbesse de Port-Royal de Paris se rend au monastère des Champs , accompagnée de ses gens d'afi"aires , et emmène avec elle plus de cent voitures chargées de meubles, efiets, orne mens d'église , et provisions Qe toutes sortes. Une partie fut vendue sur les lieux.
Mais les implacables persécuteurs de Port-Royal n'oublioient pas que , quarante ans auparavant , ils avoient vu cette maison presque anéantie , et que , peu de temps après , elle s'étoit relevée plus triomphante. Pour ôter aux exilées et à leurs amis tout espoir de retour, ils résolurent de faire disparoître les bâtimens; c'est ce qui fut ordonné par un autre arrêt du conseil du 22 janvier 1710, dont l'exécution fut prompte. Le vénérable monastère fut démoli , ainsi que tous les édifices qui y avoient été successivement ajoutés. On vendit les matériaux , et on tâcha d'effacer jusqu'aux vestiges des constructions.
Ce sol nu étoit encore une terre sacrée ; il renfermoit les dépouilles des Le Maistre , des Arnauld , des Racine , et de tant d'illustres personnages dont les malheurs de Port-Royal relevoient encore la mémoire. En 1711, on ouvrit les sépultures, on exhuma ces morts qui avoient voulu être éternellement réunis . et on les dispersa dans les églises de Paris et dans les cimetières des villages voisins.