‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 26 sur 170 · FRAGMENS · texte numérisé non relu

FRAGMENS

devant elle : ce qui la faisoit un peu souffrir. M. Nicole étoit le plus poli des deux, et étoit plus à son goût. Madame de Longueville se dégoûtoit fort aisément; et, d'une grande envie de voir les gens, passoit tout à coup à une fort grande peine de les voir.

M. Nicole fut toujours bien avec elle : elle trouvoit qu'il avoit raison dans toutes les disputes. Il dit qu'à sa mort il perdit beaucoup de considération : « J'y perdis même, dit-il, mon abbaye; car on ne m'appeloit plus M. l'abbé Nicole, mais M. Nicole tout simplement. »

Elle étoit quelquefois jalouse de mademoiselle de Vertus, qui étoit plus égale et plus attirante.

— Grand différend contre M. Pascal. Il vouloit qu'on défendît toujours les propositions par le bon sens qu'elles avoient , et qu'on n'en signât point la condamnation. M. Arnauld et M. Nicole étoient d'avis contraire. M. Arnauld, entre autres, fit un écrit où il terrassoit M. Pascal, qui étoit petit devant lui. C'est ce qui a donné lieu au bruit qui se répandit que M. Pascal avoit abjuré le jansénisme. Celui-ci, dans sa dernière maladie, ayant lâché quelques mots de ce différend au curé de Saint-Étienne ., qui comprit que , puisque M. Pascal avoit été de contraire avis avec ces messieurs, il avoit été d'avis de l'entière soumission au Formulaire , feu M. de Paris en tira avantage, fit signer cette déposition par le curé, qui, ayant été depuis convaincu du contraire , voulut en vain revenir contre sa signature. M. l'archevêque se moqua de lui.

M. Nicole appelle tout cela les guerres civiles de Port-Royal.

— La mère Angélique de Saint-Jean étoit entêtée aussi qu'elles ne dévoient signer en aucune sorte ; et quand l'accommodement fut fait, elle persistoit toujours dans son opinion. M. d'Aleth lui écrivit, M. Arnauld, M. de Sacy : tout cela inutilement. M. Nicole eut ordre de faire un écrit pour la convaincre. Enfin elle se rendit, il ne sait comment, en disant qu'elle n' étoit nullement convaincue.

Il estime qu'elle avoit plus d'esprit même que M. Arnauld; trèsexacte à ses devoirs , très-sainte , mais naturellement un peu scientifique, et qui n'aimoit pas à être contredite. Madame de Longueville ne l'aimoit pas , et pourtant convenoit de toutes ses bonnes qualités. Elle avoit plus de goût pour la mère duFargis, qui savoit beaucoup mieux vivre.

— Deux partis dans la maison : l'un , la mère Angélique , la sœur Briquet, et M. de Sacy; l'autre, la mère du Fargis, M. de Sainte- Marthe, et M. Nicole. Ces derniers avoient toujours raison; mais, pour l'union, M. de Sainte-Marthe cédoit toujours.

M. Nicole dit que c'est le plus saint homme qu'il ait vu à Port- Royal. Il sautoit par-dessus les murs , pour aller porter la communion aux religieuses malades, et cela de l'avis de M. d'Aleth : en sorte qu'il n'en est pas mort une sans sacremens. Cepenaant la mère

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