SUR P(»RT-ROYAL
Angélique de Saint-Jean n'avoit nul goût pour lui; et, quoiqu'il le sût, il n'en étoit pas moins prêt à se sacrifier pour la maison.
— M. Àrnauld, le plus souvent, n'avoit nulle voix en chapitre. On le croyoit trop bon : et c' étoit assez qu'il dît du bien d'une religieuse, pour que l'on n'en fît plus de cas. Ainsi il prônoit fort la sœur Gertrude; et la mère Angélique de Saint-Jean se retiroit d'elle.
Cette mère Angélique, à force de se confier à la sœur Christine, et de la vouloir former aux grandes choses, comme une abbesse future , lui inspira un peu trop de mépris pour les autres mères : en telle sorte qu'elle étoit en grande froideur pour la mère du Fargis , et mourut sans lui en demander pardon. Madame de Fonspertuis contribuoit un peu atout cela : bonne femme, bonne amie, mais un peu portée à l'intrigue; et ne haïssant pas à se faire de fête , surtout avec les grands seigneurs.
M. de Pomponne' demandoit un jour à M. Nicole : a Tout de bon, croyez-vous que ma sœur ait autant d'esprit que madame Duplessis- Guénégaud? » M. Nicole traita d'un grand mépris une pareille question.
— On subsistoit comme on pouvoit des livres et des écrits qu'on faisoit. Les Apologies des religieuses valurent cinq mille francs; les Imaginaires^ cinq cents écus. Bien des gens croyoient que M. Nicole, en tirant quelque profit de la Perpétuité^ s'enrichissoit du travail de M. Arnauld, et il souff"roit tout cela. On tira des Traités de piété seize cents francs. M. Nicole les fit donner à M. Guelphe; et celui-ci y ayant joint quelque trois ou quatre mille francs de M. Arnauld, les prêta à un nommé Martin, qui leur a fait banqueroute.
— Lorsque les religieuses étoient renfermées au Port-Royal de Paris, elles trouvoient moyen de faire tenir tous les jours de leurs nouvelles à M. Arnauld, et d'en recevoir. M. Nicole dit que c'étoient des lettres merveilleuses et toutes pleines d'esprit. La sœur Briquet y avoit la principale part. La sœur de Brégy vouloit aussi s'en mêler : elle avoit quelque vivacité, mais son tour d'esprit étoit faux, et n'avoit rien de solide.
Elles confièrent deux ou trois coflres de papiers à M. Arnauld , lorsqu'elles furent dispersées C'est par ce moyen qu'on a eu les Constitutions de Port-Royal , et d'autres traités qu'on a imprimés.
M. Nicole a travaillé seul aux préfaces de la Logique et à toutes les additions. La première, la deuxième et la troisième partie, ont été composées en commun. M. Arnauld a fait toute la quatrième.
^. M. de PompouBC, qui fui minislre des affaires étrangères sous Louis XIV, élaii llls d' Arnauld d'Andilly, et par conséquent neveu du giHnd Arnauld.