‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 49 sur 170 · DE WIT · texte numérisé non relu

DE WIT

C'étoit sur le pensionnaire de Wil que rouloit la principale conduite des affaires des États : homme zélé pour la république, et ennemi de la maison d'Orange, qu'il tenoit le plus bas qu'il pouvoit. Il avoit hérité ces sentimens de son père, vieux magistrat de Dort, qu'on regardoit autrefois comme le chef du parti opposé au prince Guillaume. Ce prince, jeune et entreprenant, fier de l'alliance du roi d'Angleterre, qui lui avoit donné sa fille, regardoit le titre de gouverneur et de capitaine général des États comme trop au-dessous de lui, et aspiroit assez ouvertement à la monarchie. II fit arrêter Wil dans son hôtel à la Haye, et l'envoya prisonnier, avec cinq des principaux de ce parti, dans son château de Louvestein. En même temps il marcha vers Amsterdam . qu'il avoit fait investir, et ne manqua que de quelques heures la prise de cette grande ville. On peut dire, avec assez de certitude, qu'il n'y avoit plus de république de Hollande, si la mort de ce prince, qu'on croit même avoir été avancée par quelque breuvage, n'eût interrompu tous ses desseins. H laissa sa femme enceinte du prince qui vit aujourd'hui, dont elle accoucha deux mois après la mort de son mari. La Zélande et quelques autres provinces vouloient qu'il succédât à toutes les dignités de son père: mais la province de Hollande, où la faction de Wit étoit la plus forte, empêcha que cette bonne volonté n'eût aucun effet. La charge de gouverneur et capitaine général ne fut point remp'Ie; et les États s'emparèrent, et de la nomination des magistrats et de tous les autres privilèges attachés à cette charge. On prétend que le vieil Wit, avant que de m.ourir, ne cessoit d'encourager son fils à l'abaissement de cette maison, dont il regardoit l'élévation comme la ruine de la liberté, et qu'il répéloit souvent ces paroles : a Souviens-toi, mon fils, de la prison de Louvestein. ?>

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